Nouvelle Societe

02-03-09

Le travail au pouvoir

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:41

Le Capital a fait son deuil de la production. Les travailleurs vont devenir les nouveaux les propriétaires des entreprises. Le facteur travail va pouvoir hisser son drapeau sur un secteur de production conquis…. et occupé. Il faut comprendre, en effet, que c’est le capital monétaire qui va quitter la production. La structure de production reste inchangée quand le Capital la quitte.

Le capital réel – le capital fixe qui est présentement dans l’industrie – ne peut évidemment pas la quitter. C’est quand les travailleurs prendront formellement possession des entreprises que le remplacement des vieux équipements par de nouveaux viendra peu à peu s’harmoniser avec les changements radicaux de structure et de comportements que ses nouveaux propriétaires voudront alors introduire. En attendant, ils vont occuper le secteur production. Meublé et garni.

C’est le capital monétaire qui va partir et cette migration des ressources monétaires hors du secteur de production ne sera pas le cataclysme qu’on pourrait anticiper. Le capital monétaire – qui symbolise les industries, mais dont la réalité propre est « dans le miroir » – y gagnera à la présence des travailleurs sur la ligne des acquéreurs potentiels de la structure industrielle. Un fait, d’ailleurs, qui ne sera pas étranger à la bonne grâce que mettront les capitalistes à les y accueillir….

Vendre le secteur de production aux travailleurx sera un gain pour les capitalistes. Ils ne doivent se faire trop d’illusions, cependant, sur l’impact que pourra avoir cette vente sur les « réajustements » que devra vivre l’économie monétaire. Paradoxalement, la réalité n’aura pas le pouvoir de changer l’illusion. Les déséquilibres « virtuels » devront bien se régler dans l’univers des illusions…

Le départ du Capital de la production ne signifie pas qu’on produira sans capital. Ce sont les travailleurs qui, y investissant leur compétence – le capital désormais de loin le plus important – accepteront d’en financer aussi le capital fixe devenu accessoire. On leur fera crédit… Un apport externe en capital sera possible, surtout au moment de l’achat ou du lancement de l’entreprise, ou avant une expansion significative de ses activités, mais il sera exceptionnel. Les capitalistes vont quitter la production.

Le drapeau du travail va flotter sur un secteur de production pacifié, car la complexité croissante irréversible de la production exige la complémentarité… et le consensus. Ce sont ces exigence qui conduisent à la montée en puissance des travailleurs dont sortira cette structure où tous les travailleurs seront des entrepreneurs. Des partenaires consentants, chacun prenant une partie de la valeur de la production, selon l’évaluation faite par consensus entre eux de l’apport de sa compétence.

Les mécanismes mis en place pour en arriver à ce consensus seront évidemment négociés et présentés de façon ingénieuse, voire astucieuse, mais les ententes financières entre les travailleurs eux-mêmes obéiront à de nouveaux principes généraux. Ainsi, leur contribution à l’achat des équipements ne sera pas prétexte à leur concéder une participation plus grande aux profits, ni au processus de décision.

Les travailleurs ne tireront pas un bénéfice de leur investissement monétaire; ce ne sera que leur droit d’accès au revenu qu’ils retireront de l’entreprise comme travailleurs-entrepreneurs. C’est l’évaluation consensuelle de son apport en compétence qui déterminera la part des profits qui échoira à chacun. Les décisions ponctuelles seront prises par qui a la compétence de les prendre et les décisions corporatives par consensus, puisque chacun est présumé remplir une fonction essentielle. Les dissidents quitteront.

Le syndicalisme trouvera dans cette nouvelle structure une nouvelle mission. Il ne sera plus un instrument de lutte contre le capital, mais d’arbitrage entre travailleurs, les protégeant du chantage qu’ils pourraient exercer, les uns contre les autres, au gré des fluctuations de leur indispensabilité.

En plus de ramener la paix sociale, de favoriser l’entrepreneuriat qui est incontournable au fonctionnement d’un systeme de production complexe et de permettre une redistribution relative de la richesse, la prise en charge de la production par les travailleurs aura aussi deux (2) autres avantages non négligeables.

A court terme, les travailleurs qui seront devenus propriétaires des entreprises s’en occuperont ; les roues de l’économie réelles continueront donc de tourner, quels que soient les soubresauts que pourront subir les marchés financiers. C’est une idée rassurante. À moyen et long terme, le résultat de ce changement de propriétaires va être de mettre fin à la mauvaise habitude de produire pour produire.

Une habitude néfaste, car produire pour produire, en effet, crée ce paradoxe, qu’on y réussit d’autant mieux que la production est inutile et ne satisfait pas la demande. Il en est résulté, durant des décennies, une inefficacité voulue, se traduisant par un gaspillage éhonté des ressources humaines et matérielles.

Un énorme gaspillage dont personne n’a eu cure, puisque le véritable but de la production était simplement de produire pour assurer la stabilité sociale, par la rentabilisation du capital et la distribution à la classe laborieuse de revenus permettant la consommation. Produire pour produire afin de protéger le capital a créé une abondance monétaire fictive au détriment de la satisfaction des vrais besoins.

Maintenant que les ressources humaines en se spécialisant sont redevenues rares, que la compétence est devenue le capital le plus précieux et que les travailleurs-entrepreneurs – qui sont les détenteurs de ce capital-compétence ! – vont contrôler la production, ils n’auront aucun intérêt à travailler plus pour moins. Ils ne penseront plus l’efficacité en termes de production, mais de satisfaction. La recherche de l’inutile va prendre fin.

On va réduire l’assuétude envers la consommation de biens superflus qui détourne de la satisfaction des vrais désirs et oblige à un travail inutile. On va renouer avec cette réalité, que la véritable efficacité ne se mesure pas en bien produits et en services offerts, mais en satisfaction apportée pour la moindre consommation possible de travail et autres ressources naturelles.

En donnant aux travailleurs-entrepreneurs le contrôle de la production, on remet l’humanité en marche vers l’abondance réelle, celle qui correspond à la satisfaction croissante de ses besoins et de ses vrais désirs. Dans un système de production sous contrôle des travailleurs – qui sont aussi les consommateurs – on peut spontanément revenir à une « simplicité volontaire ».

Pierre JC Allard

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