Nouvelle Societe

12-06-15

Billets doux: 005 Les Autres

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 9:10

1644016-2213605   Les Autres ? D’abord, il faut la lucidité de comprendre qu’une identité – la conscience dans le mode de se percevoir comme un « MOI » essentiellement distinct du NON-MOI – n’entre jamais en relation avec « les Autres » que sous la forme de «pseudo identités » qu’elle se construit dans un Non-Moi qui est lui-même sa création et dont elle définit les attributs .

C’est de la mise en scène des interactions entre ces pseudo-identités – (l’identité qu’elle perçoit comme « sienne » ne lui paraissant pas différente de ses autres perceptions) – que la conscience reçoit ce qu’elle ressent comme des relations avec l’altérité…. dont les Autres. De cette interaction découle toute conscience et toute vie.

Cette relation apparaît multiforme, une séquence de translations dans le temps et l’espace que la conscience apprivoise en les traitant comme les effets d’une cause. Rien, toutefois, ne permet de poser que ces pseudo-identités doivent quoi que ce soit, pour leur création ou leur comportement, à des causes étrangères à la conscience elle-même. C’est un pur acte de foi de supposer que de la somme de ces pseudo identités naisse une autre altérité que celle – la seule – qui est toujours sous son masque une relation de Moi à Non-Moi.   

 On peut dire de l’altérité, comme de l’identité, qu’elles sont « illusions ». On le dit depuis toujours, mais on n’en a alors rien dit, car il ne peut être d’autre réalité que ces illusions, comme rien ne peut être permanent que cette impermanence et comme l’éternité ne peut être autre que l’instant présent. Il faut acepter que cela reste ineffable.

Avoir exprimé ces quelques idées sur « ce qui est et n’est pas », d’ailleurs, dans ce texte et les six (6) précédents, ne peut avoir ni suite ni importance, autre que ma satisfaction d’avoir fait le pas qui me semblait nécessaire pour passer a ce « n’importe quoi » dont je parlais dans le texte #1 de cette série.  Ces considérations  nous amènent seulement à pied d’oeuvre pour le faire, en faisant  table rase de quelques idées préconçue prétentieuses

https://nouvellesociete.wordpress.com/2015/01/07/billets-doux-001-distanciation/ Que le lecteur ne s’étonne donc pas si, ayant pris de cette façon quelque distance de la vanité de diverses problématiques dont le monde présent nous assaille, j’y interviens désormais dans les textes qui suivront avec une bien plus grande simplicité et beaucoup plus de détachement.  

Pierre JC Allard

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26-09-09

Trancher ce chef qui ne sait voir

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

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Comme dans Starmania, « il se passe quelque chose à Metropolis ». Aux Hexagonaux qui pensent que les égouts de Clearstream ont reflué dans la Seine, je dis : consolez vous, on a en a aussi plein les arpents de neige.. Et au pays des grands espaces, c’est toujours plus gros. Pas dans le sens de long et de large, mais dans le sens d’épais et de mal dégrossi…

Pourquoi je vous en parle à vous ? Parce que ça me permet de prendre un peu de distance et de résister à la tentation d’aller lancer des cailloux sur ce balcon d’où de Gaulle a parlé . Mal dégrossi ? Tenez, jugez par vous mêmes. ….

«Aujourd’hui, on a eu l’occasion de démontrer hors de tout doute que c’est un bon projet pour Montréal, que c’est un coût qui est très compétitif à comparer avec Toronto et Ottawa, et finalement, que c’est un processus transparent, qui respecte les règles de l’art» …..

«Le vérificateur général conclut que le contrat a été octroyé dans un contexte qui ne favorisait pas l’obtention du meilleur prix. À l’évidence, il y a eu des accrocs à des étapes cruciales du processus, qui m’apparaissent inacceptables. »

On parle bien du même contrat. Un contrat pour l’installation de compteurs d’eaux, prévu pour 32 millions de dollars au départ et qu’on évalue maintenant à 618 millions… Et c’est bien le même homme qui parle : Gerald Tremblay, Maire de Montréal. La première déclaration est du printemps, la seconde de l’automne ; l’été à porté conseil ? En fait, l’été a apporté bien des critiques, mais une seule a été entendue : une critique assassine du Vérificateur général – pensez Cour des comptes – qui ne laisse pas indemne un seul aspect de ce contrat. Un massacre.

Plein de trous, d’erreurs, de souçons de malversation et de corruption. Surtout, des clauses importantes de ce contrat – le plus important de l’histoire de la ville – ont été modifiées en cours de route, sans que le Comité Exécutif, l’organisme responsable pour la ville en ait été même avisé. Rien de subtil. Cette casserole est une casserole.

Ainsi, le fardeau du financement du projet a été transporté du fournisseur de services, le consorcium GÉNIeau… à la Ville elle-même ! …. Inusité… et un changement qui vaut de l’or pour le fournisseur, quand on parle de centaines de millions de dollar et d’un projet dont la côut initial s’est multiplié par 19 !

Ces faits amènent un chroniqueur vedette du plus grand quotidien de la ville (Yves Boisvert, de La Presse) à paler d’un “ plan croche monté par des gens croches”. – « On n’a pas la preuve« , dit-il, « mais pour qui sait lire, c’est l’histoire d’une collusion et d’un trucage »…. Ca paraît mal… Or, vous ai-je dit qu’il y a des élections à Montreal ce premier novembre 2009 et que le Maire – et toutes les autres créatures politiques mêlées à cette affaire – vont devoir faire face au jugement des électeurs leurs créateurs ? Alors Monsieur le Maire a réagi…

Le Maire Tremblay, a réagi en montrant la porte au Directeur général et au Directeur principal du Service des affaires corporatives, les deux (2) plus importants fonctionnaires de la ville. Deux fidèles de la première heure de sa garde prétorienne politique. Les deux épaules, pourrait-on on dire, que couronne le chef de cette administration municipale. On a donc le scénario traditionnel. Trahi par ses lieutenants, un maire, victime innocente qui n’a rien vu, corrige énergiquement la situation. Circulez, plus rien a voir…

Un scénario d’autant plus crédible, que l’épaule qui aurait dû se soulever pour bloquer ce jab et que le chef ne le prenne pas en pleine gueule n’en est pas a sa première distraction. Le Directeur principal du Service des affaires corporatives qui n’a rien vu n’est pas un inconnu. Avocat, c’est lui, il y a quelques mois, qui avait suggéré qu’on procède à une privatisation partielle de la Société d’Habitation et de Développement de Montréal en s’appuyant sur un avis juridique interne, plutôt que d’en référer à Québec.

Une malencontreuse décision, contestée dès le depart, qui a conduit à des operations troubles et finalement à une enquête policière toujours en cours.

On a donc « ce pelé, ce galeux d’où nous vient tout le mal » et le maire peut flotter allegrement au dessus des nuages… À moins qu’on ne se demande pourquoi ce premier problème est arrivé sans que le Maire y voit clair… et pourquoi il a laissé en place le responsable, lui permettant une autre erreur à laquelle le Maire n’a pu non plus rien voir… Et quand on se le demande, on voit d’autres faits gênants.

D’abord, les deux « congédiés » ne l’ont pas été, même si le raport du Vérficateur général laisse supposer un faute grave qui l’aurait justifié ; ils sont “partis”… avec une indemnité de départ qui représente au total 426 564 $. Même en leur donnant le bénéfice du doute qu’il ne s’agit que d’incompétence, c’est une bien jolie prime à l’incompétence.

Et ce n’est pas tout… Quand le Chef de l’opposition officielle de cette démocratie quasi parlementaire qu’est la gouvernance de Montréal propose de réunir d’urgence les élus en conseil extraordinaire pour annuler le contrat de GENIeau au plus tôt et limiter les dégâts, le maire s’y oppose. Il préfère que « le contentieux de la Ville se penche calmement sur la procédure d’annulation du contrat... », renvoyant l’annulation du contrat en novembre, après les élections, ce qui occasionnera des millions de dollars de frais supplémentaires aux Montréalais !

Dans cette affaire nauséeuse de plus d’un demi milliard de dollars, ces petits millions paraissent une vétille, mais n’a-t-on pas l’impression d’un vieux film en noir et blanc, quand le cambrioleur qui a embarqué les Rembrandt du château prend le temps de mettre le pot de caviar du frigo dans sa poche avant de quitter les lieux du forfait ?

Jean Cournoyer, un de mes vieux confrères de classe, ex-politicien devenu journaliste, disait hier du Maire Temblay : « Si j’etais lui, je sacrerais mon camp » C’est l’opinion de la plupart des gens que je rencontre, lesquels sembleraient souhaiter qu’il laisse a son parti la chance de présenter un autre candidat… Mais rien ne permet de croire que Gerald Tremblay ne se présentera pas malgré tout à ces élections. On sent chez ceux qui trempent dans cette histoire la désinvolture qui accompagne l’assurance d’une parfaite impunité, comme s’il n’y avait nulle part un pouvoir et une justice qui pourraient intervenir.

Ce qui suscite des questionnements, car ce pouvoir qui pourrait intervnir, c’est celui du gouvernement – Libéral – du Québec. Or le maire est un ancien ministre Libéral, et cette administration qu’on pourrait soupçonner de piller Montréal sans aucune vergogne est une cohorte d’anciens libéraux que Gerald Tremblay y a trainée dans son sillage.

Denis Lessard, comme Boisvert un journaliste respecté, publie aujourd’hui une liste édifiante des liens entre l’administration Tremblay et ce gouvernement de Québec qui devrait la surveiller… et toute une liste de projets qui semblent une caution de cette administration.

Aggravant l’inquiétude, ce Gouvernement Charest à Québec rejette du revers de la main la proposition d’une enquête publique sur les nombreuses allégations de malversations dans le secteur de la construction dont cette affaire de compteurs d’eau semble un simple élément.

On découvre aussi que la firme Pricewaterhouse, dans un rapport de 2006 qu’on avait gardé jusqu’ici bien discret, disait que le processus d’appel d’offre de la Ville était vicié, ne permettait pas une véritable comcurrence et conduisait à ne donner les contrats qu’a une demi-douzaine de compagnies… Comme celles du consorcium GENIeau, par exemple. Ce qui rappelle que le Gouvenement de Québec a aussi la responsabilité de jeter un oeil sur ces procédures d’appels d’offres… On est un peu inquiet.

Alors, chers cousins, une bonne pensée pour nous. Car quand des amis qui vivent pour l’indépendance du Québec me demandent si la Cour Supérieure – une juridiction fédérale – n’a pas un droit de contrôle sur toutes ces choses et si la Gendarmerie Royale du Canada ne pourrait pas en dernier recours nettoyer ces écuries d’Augias, je sens que avons quelques ennuis, nous aussi… Pour cette question de la GRC, j’ai dit que je me renseignerais…

Pierre JC Allard

16-09-09

Google. La pensée en liberté

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L’Histoire commence avec l’écriture. Dans ce qui vient avant, on cherche des traces, après on lit les signes. Si l’humanité a fait quelques pas depuis 5 000 ans, c’est surtout parce qu’on a pris des notes et qu’on a ajouté une mémoire collective à nos mémoires individuelles. On a vite compris qu’on voyait plus loin si on grimpait sur les épaules des autres. Celles des « géants », comme Bernard de Chartre l’aurait dit et comme Newton l’a fameusement répété. Or, les épaules des géants, ce sont les textes qu’ils nous ont laissés.

Quand est venue l’imprimerie, des nains on pu se joindre aux géants pour amonceler leurs pierres et la pyramide s’est élevée plus vite. Lecture, réflexion, découverte, science, techniques… En haut de la pyramide du savoir, à laquelle chacun peut contribuer, on a trouvé l’industrie et l’abondance. Quand le Timespour marquer l’An 2 000 a choisi Gutenberg comme « Homme du Millénaire », ce n’était vraiment pas bête. Malheureusement, quand le savoir apporte la richesse, le pouvoir est jaloux du savoir.

L’Église, d’abord, s’est approprié le site et a bâti un mur d’interdits : ne montait pas qui voulait à la pyramide du savoir. Pas les femmes, pas les pauvres, pas les autres… Alors la pyramide a grandi, mais moins vite qu’elle ne l’aurait fait si on avait tous pu y grimper et apporter son caillou. Dommage… L’Église est partie, mais il est resté un mur et, même aujourd’hui, ne monte pas toujours qui veut au savoir.

Il y a un guichet et un prix à payer pour lire et savoir. A l’entrée, comme cerbères, il y a la faune des éditeurs, imprimeurs, distributeurs, agents, libraires et que sais-je qui barbotent autour du livre, pour contrôler et faire payer l’accès à l’écrit et à la culture. Oh, il y a bien quelques petits sentiers qui permettent de se faufiler et d’atteindre la connaissance sans payer le prix qu’en exigent ceux qui la tiennent en otage, mais il faut se battre… ou tricher.

Ce qui est inacceptable, car avec l’Internet est venue la possibilité concrète de donner à tous l’accès à toute connaissance et à toute culture. Le temps est venu de la bibliothèque universelle, virtuelle, globale, exhaustive. L’objectif final, c’est que tout ce qui a été écrit et qu’on a conservé, tout ce qu’on a publié et tout ce qu’on publiera soit disponible en ligne.

Pas seulement la littérature, dite grande ou petite, mais aussi les journaux, les périodiques, les manuels et tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique. Il faut que tout ça puisse apparaître à l’écran de l’usager et être imprimé à sa discrétion SANS FRAIS. Il est impérieux qu’on abatte le mur et les guichets élevés ceux qui se sont arrogé un droit de cuissage sur l’écriture et sont en fait les geôliers de la culture. Il faut détruire le mur.

Crucial, car si tous peuvent avoir accès à tout ce que la mémoire collective a accumulé, chacun partira de plus haut pour aller poser sa pierre. La pyramide grandira BEAUCOUP plus vite. C’est la voie du progrès, du développement, de l’enrichissement comme du plaisir qu’apporte la culture. L’humain a choisi l’arbre de la connaissance. Il faut en cueillir tous les fruits et inviter tout le monde à table. TOUT ÊTRE HUMAIN A DROIT À TOUTE LA CONNAISSANCE. Nous devons tous avoir accès à tout ce qui a été écrit depuis toujours. C’est notre patrimoine.

C’est le devoir et ce doit être la responsabilité de la société de s’approprier toute connaissance et toute culture et de les mettre gratuitement à la disposition de tous ses citoyens. C’est à l’État, mandaté par nous tous, de rémunérer les auteurs et tous les créateurs pour les motiver à produire plus et mieux, mais la propriété de ce qui est pensé et créé ne peut être que collective et son usage ne peut être que libre pour tous. L’État qui ne le fait pas ne fait pas son travail.

On trahit la culture française en ne le faisant pas, car la prochaine génération ne prendra connaissance que de ce qui aura été numérisé. Or, la Bibliothèque Nationale de France, qui détient 13 000 000 de documents, n’a réussi à ce jour qu’à en numériser que 300 000 en format texte – environ 2% ! – et l’Association des archivistes français déplore la disparition de la Direction des archives de France, diluée dans une « Direction générale des patrimoines de France », dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP)…
Pendant qu’on tergiverse, Google, qui a numérisé 10 000 000 de documents aux USA, presse le pas et part même en croisade pour sauver aussi les « petites cultures », numérisant tout gratuitement, contre l’engagement d’un accès public gratuit. C’est ainsi qu’on est à compléter la numérisation de la bibliothèque de Barcelone, en catalan… Google est le Chevalier qui vient abattre le mur et libérer la pensée. Il y parvient en deux (2) opérations dont les effets se complètent.

La première, c’est cette numérisation de tous les documents écrits. Un travail colossal, mais indispensable dont j’ai parlé il y a longtemps. La deuxième, c’est une procédure pratique et efficace que Google vient d’annoncer, pour rémunérer ceux qui écrivent.

Il était difficile de payer sur Internet de tout petits montants. Google va intervenir pour consolider les petits paiements de chaque lecteur à tous les auteurs… et les versement à chaque auteur de ses nombreux lecteurs. Chaque auteur pourra ainsi devenir autonome et vendre lui-même sa prose, dont Google fait aussi la promotion méthodique. Intelligente. Gratuite.

Aujourd’hui, l’auteur ne touche que 6, 8 ou 10% des 20, 30, 40 euros que coûte un bouquin. Via l’Internet et Google, l’auteur ne touchera peut-être que 1/100e ou 1/200e de centime du mot pour ses écrits, mais à ce prix, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions de gens voudront le lire…. C’est par là que passe la rentabilité future du métier d’écrivain.

Numérisation et micro paiements permettent de briser les barreaux de la prison et de libérer la pensée. Google, bien sûr, veut aussi numériser la France. À la rage folle de l’élite de ce qui y scribouille. Le Syndicat national de l’Edition française (SNE), ne veut pas comprendre que Google est là pour aider notre vieille connaissance, Quidam Lambda, héritier de la même culture que le SNE et qui paye sa quote-part de son entretien, mais à qui on n’envoie pas des exemplaires gratuits des espoirs au Goncourt et au Renaudot pour avoir son avis.

Le SNE ne comprend pas que QL, qui paye pour ses livres, en a marre de les payer au prix fort, pas pour mettre du beurre sur les épinards des écrivains, mais pour faire vivre la faune des geôliers de la culture. Le SNE qui a visiblement fait le choix de grenouiller et de grouiller, monte aux barricades contre le projet Google.

Le 4 septembre dernier, le ministère de la Culture et de la Communication a adressé“ses observations sur le projet de transaction” au tribunal américain chargé de vérifier la légalité des ententes entre Google et les autres intervenants. Le SNE allégue que l’intervention de Google est “non conforme” au droit de la propriété intellectuelle et au droit de la concurrence.

Même son de cloche à l’occasion des auditions de Google Books devant la Commission européenne : “cette affaire (intervention Google gratuite) pose une question de principe” : le respect du droit d’auteur qui garantit la rémunération des créateurs et fonde la diversité culturelle..

Bullshit (selles de bœuf) ! Tout le monde est pour la rémunération des créateurs. Il faut seulement affirmer que c’est à l‘État de le faire, selon le consensus social et d’assurer ainsi vraiment l’égalité d’accès au savoir et à la culture. Tout le monde est aussi pour la diversité culturelle. Il faut simplement cesser de dire des âneries et favoriser la diffusion des diverses productions culturelles si on veut qu’elles survivent.

Il est temps de dire que, comme vecteur d’un message, enveloppe d’une oeuvre, contenant d’un contenu, le livre est l’accessoire. C’est un bel objet qui a sa place dans les musées, mais Il n’y a plus de raison pour que tout ce qui est écrit ne soit pas accessible à tous. Il faut arracher la culture à ses geôliers qui tirent une rente d’en réclamer itérativement la rançon. Il est temps que l’âme de l’écrit échappe à son enveloppe matérielle et s’envole, immortelle, sur les ailes de Internet. LIBRE.

Vivement la pensée en liberté ! J’aurais préféré que l’État la libère, mais peut-on espérer une bonne action de ceux qui ont imaginé HADOPI. Ici, c’est Google le preux chevalier. On peut trouver que Du Guesclin est laid et dire qu’on n’aime pas les Bretons… mais c’est lui qui vient sauver la France.

Le SNE et ceux qui le soutiennent concoctent une mixture délétère de chauvinisme et de corporatisme qui leur permettrait de momifier la culture francaise. Il faut les ignorer. Tout ce qu’à pensé l’homme est à toute l’humanité. Google va numériser ? Vivement Google.

Pierre JC Allard

05-09-09

Mairofolies

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Une ville, dans le systeme de gouvernance qui prévaut aujourd’hui  au Québec, a bien peu de pouvoirs.   D’abord, elle n’est qu’une créature du gouvernement de Québec qui pourrait légiférer sa mise en tutelle… ou son extinction.  Ensuite, elle ne s’occupe pas des grands dossiers . La politique étrangere, la monnaie, c’est Ottawa. La santé et l’éducation, c’est Québec… alors, souvent, au municipal, on rigole…

Mais Montréal, pour faire les petites choses qu’on lui confie, c’est tout de même un budget de 4 milliards de dollars,  ce qui est l’ordre de grandeur de celui  de Cuba pour s’occuper de presque tout sur son île… ou du PNB au complet de Haïti ou d’une grande partie des pays du monde.   Alors, un peu de sérieux ne fait pas de mal.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/31/montreal-labeaume-et-sim-city/

Maire de Montréal, c’est peu de pouvoir, mais une grande autorité… si on parle sérieusement et qu’on est respecté. Le 1er novembre, on va se choisir un maire. On le voudrait sérieux et respecté. Or, ce n’est pas gagné.  Les choix à faire ne sont pas évidents.  Il y a clairement deux (2) candidats dans le peloton de tête – Gerald Tremblay et Louise Harel – mais ils ont tous deux leur handicap.

Gerald Tremblay, le maire en poste, a le défaut que son administration ait prêté le flanc à de sérieuses accusations de corruption. Nul n’a fait la preuve qu’il en ait été le responsable ou le bénéficiaire, mais il a indubitablement l’image d’avoir été naïf  ou négligent.  Inspire-t-il aujourd’hui le respect et la confiance nécessaires ?  Ne suffira-t-il pas d’un candidat minimalement  acceptable pour que population vote CONTRE Tremblay ?

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/06/le-proces-de-la-sottise/

Louise Harel, la principale rivale du Maire Tremblay, est respectée et perçue comme compétente.  Son handicap ? Être identifiée comme indépendantiste par une large part des anglophones de Montréal et être largement soupçonnée de venir sur la scène métropolitaine continuer  le débat national. Elle a été farouchement opposée à la dilution des pouvoirs du Grand Montréal dans un réseau pyramidal de villes, puis d’arrondissements, dont tout le monde constate qu’il est inefficace, mais dans lequel les minorités voient une protection.   The Gazette ne laissera pas les anglophones l’oublier.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/06/le-charme-discret-de-la-zizanie/

Tout indique un clivage de l’électorat selon les critères de la langue et de l’identification politique au palier national. Entre le libéral Tremblay et la péquiste Harel, tout est donc clair et simple.  Mais ça, tout le monde le sait… Les deux partis ont donc vite pris action pour échapper à cette fatalité.   Ils comptent pour le faire sur l’enchevêtrement des mélodies en sourdine de leurs deuxièmes violons.

Louise Harel, dont le point faible est  la communauté anglophone, a obtenu le soutien de Julius Grey, avocat bien connu des causes controversées; elle en sera certes une pour lui dans son propre milieu….    Pour un anglophone qui ne veut vraiment pas voter pour Tremblay – mais qui  ne sait comment voter Harel sans paraître félon – le soutien de Grey sera une excuse acceptable, mais il faudra que Tremblay l’ait vraiment bien déçu.

Riposte de Gerald Tremblay, recruter comme flamboyante seconde Diane Lemieux, grande rivale de Louise Harel au sein du Parti Québécois.  Ceux qui n’aiment pas Madame Harel pourront ainsi voter contre celle-ci sans abjurer leur foi indépendantiste… Avec Grey et Lemieux, on enlève ce que pourrait avoir de choquant une partage « ethnique » des votes, mais on risque de simplement réduire la motivation et d’avoir un absentéisme record.

L’autre scénario est celui du troisième homme  – Richard Bergeron, de Projet Montréal – dont on ne peut mieux définir la position sur la ligne de départ qu’en citant le blogue Rue Frontenac : «  Le meilleur candidat à la mairie de Montréal s’appelle Richard Bergeron. Il n’a aucune chance de gagner, parce qu’il est trop brillant pour jouer la petite game politique …»

Un jugement qui semble une flatteuse accolade… sauf quand on comprend que les Montréalais SAVENT que gérer cette ville va être une petite « game » politique … Quand le candidat Bergeron souligne la roublardise de Louise Harel qui a infiltré le parti Vision Montréal pour en prendre le contrôle et a presque réussi  en faire autant de Projet Montréal, il lui donne aussi involontairement l’accolade, car c’est cette roublardise qui sera souvent nécessaire au Maire de Montreal dans ses tractations avec les autres paliers de gouvernement, ses fournisseurs et ses employés.

Plutôt que de défier ses rivaux sur ce plan de l’astuce, Bergeron a pris pour stratégie de jouer à fond la carte de l’intégrité. Il l’a fait ostensiblement, en  mettant dans son camp camp le juge John Gomery, connu pour son rôle dans la Commission du même nom sur  le scandale des commandites.

Stratégie habile, car si les affaires de corruption dans l’administration municipale font la manchette des médias, il suffirait que le Maire Tremblay perde des points dans les sondages et ne paraisse plus avoir une chance de gagner, pour que le vote anti-Harel de la commuauté anglophone afflue vers Bergeron et le propulse en tête.  Un coup de dés…

Il y a aussi la “quatrième option”, Louise O’Sullivan. Ex-membre du Comité Exécutif, démissionaire du Parti de Gerald Tremblay en  2005, elle est actuellement en retrait. Si les sondages lui donnaient une quelconque importance, toutefois, elle pourrait se rallier à l’un des autre partis à des conditions intéressantes… et ces élections la feront connaître…

Autre chose ?  Il y a Michel Brulé, l’éditeur, qui n’a jamais renié son intention annoncée en mai de se présenter comme candidat à la Mairie de Montréal. Silencieux pour l’instant, mais s’il faisait acte de candidature et capturait  le vote ultra-nationaliste que Louise Harel ne peut se permettre de courtiser, il brouillerait sérieusement les cartes…

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/07/michel-brule-l’incontournable/

Je meurs d’envie de voir les premiers vrais sondages..

Pierre JC Allard

03-09-09

Dans la boule de cristal

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 9:30

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Bonne rentrée à tous

Alfred Desrochers, poete québécois de l’époque où le rap pouvait encore marcher sur douze pieds, parlait des “jours gris que septembre ramène”.  La visibilité est bien bonne cet automne, le plafond est haut et il semble bien que, comme disait le susdit poete, nous allons parcourir cette saison “nimbés de souffles d’ouragans”.   Au cours des semaines qui viennent, je vais me remettre à l’actualité, car c’est bien MAINTENANT que “ça va se passer”.

Je vais attirer votre attention sur certains dossiers, allant du particulier au général en ajustant mes multifocales québécoises.  Au foyer le plus proche, je vais même parler quelquefois des élections à Montréal. Pour ceux du « 75 » et assimilés, ne craignez pas de vous y perdre:  il n’est pas nécessaire de connaître pour comprendre, c’est comme chez vous….  Mon premier article sur ce thème – Mairofolies –  laissera pressentir la couleur.

Passant du municipal au provincial (national) québécois, nous verrons une petite partie de ce que Jean Charest ne fera pas, de ce que  le Parti Québécois privé de son Démosthènes Legault ne dira plus et de ce à quoi l’ADQ sans Dumont ne pensera même pas. Un mot pour les autres, Verts et QS, seulement s’ils se rendent intéressants dans leurs versions respectives de « Rêves d’’enfants »

Au fédéral canadien, nous couvrirons cette élection qui vient et qui, hélas, n’a pas des airs d’insurrection. Nous le ferons avec la même tendresse que met un pit-bull à couvrir une levrette.   Je n’aime ni Harper ni Ignatieff, mais j’essaierai de les détester sans parti-pris, avec équité et équanimité, en ne répétant de chacun que le moins dégueu de ce que l’autre en dira. Je leur trouverai une raison d’être ; peut-etre même un sens: le travail de fiction ne me répugne pas.

En France, c’est le bon sens que je chercherai : le travail d’analyse a aussi ses charmes.  Je verrai donc si les circonvolutions des politiques partisanes permettent d’entrevoir la réalité présente – pas si rigolote – d’une politique dont les éléphants devenus souvent des éléphantes ne pensent qu’a un accouchement en 2012.  Il y aura aussi cet emprunt dont nous parle le Prince-Président. Mais en aura-t-il le temps ?

Derrière la France – ou, de plus en plus, devant la France – l’Europe.  Resserrement à Strasbourg contre un Lothaire américain ?  Il ne faut jurer de rien, mais l’Allemagne fait de timides pas à gauche… Si elle y prenait goût ?  Et le dossier immigration va s’enfler avec la crise ; en Italie peu à peu, peut-être en Angleterre d’un seul coup. Il y a aussi l’hypothèse d’un rapprochement de l’UE avec la Russie qui changerait complètement l’équilibre des forces dans le monde. Pour tout de suite ou pour plus tard ? A suivre avec attention.

Je m’attaquerai, comme tout le monde, à l’énigme américaine.  L’Establishment a-t-il vraiment décidé de mettre au rancart capitalisme et du même coup démocratie pour instaurer une « démocratie » encore moins démocratique ? Si oui, il contrôlera d’abord l’internet, qui devient une sérieuse épine au pied, avant de pousser à plein régime la pression médiatique et d’installer un « état d’urgence » qui ne sera plus un État de droit. Pensez à de grandes marches au flambeaux…

Le signe avant-coureur de l’issue de cette lutte entre les « Anciens » – tenants de la gouvernance par une corruption sans limite – et les « Modernes » du New World Order, qui croient qu’on peut désormais la faire avec des slogans et des menaces.  Il apparaîtra quand on verra l’aboutissement du dossier de l’assurance maladie.  Un autre signe avant-coureur de l’évolution vers une dictature bienveillante sera que, si elle s’installe, je ne parlerai plus que de poésie.

Dans les marches de l’Empire, je jetterai coup d’œil de temps en temps sur ce que font les Japonais, les Indiens, les Brésiliens, les Africains. Et bien sûr, il y a les Chinois…  Mais les cartes maïtresses et cachées du poker qui s’en vient, ce sont deux jokers globaux dont la boule de cristal ne peut pas nous avertir de la valeur d’atout ni des impacts.  Tout est fait et bien fait pour que les vaticinateurs de tout acabit ne puissent pas en prévoir l’usage… sans quoi il n’y aurait plus de jeu…

Premier joker : la nouvelle monnaie, qu’il faudra bien mettre en place si on veut continuer à faire des affaires… La question ici est : QUAND. Quand la substitution aura lieu, j’en parlerai pour dire « je vous l’avais bien dit », mais brièvement, car tout le monde, alors, dira la même chose et il faudra plutôt penser à réajuster tous les autres dossiers.

Deuxième joker : la pandémie annoncée, dont il faudra bien enfin nous montrer si elle est là pour nous faire peur ou pour nous tuer. Si elle a lieu, il faudra tous tenter de se rendre utiles. Ce n’est que lorsqu’elle sera là  que chacun pourra voir comment.  J’en parlerai alors… si on peut encore  en dire quelque chose…

En attendant, il est inopportun de trop s’interroger sur les rats qui peut-être la véhiculent.  Contrairement à ce temple du Rajasthan (voir la photo) où voir et toucher le rat blanc vous promet la version hindouiste de la vie éternelle, découvrir dans la boule de cristal que ce sont certains de nos rats attablés qui propagent cette peste supposée en gestation n’augurerait rien de bon pour les intrépides écornifleurs. Passons rapidement.

Ce qui ne m’empêchera pas les écornifleurs mécontents, dont je suis, de sentir en eux, comme les contestataires du passé : « le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges ». Avec ce dernier salut à Desrochers, je me remets au travail.  Souhaitez-moi une longue vie…

Pierre JC Allard

01-09-09

Questions nationales: film nécessaire

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Il faut voir ce film de Roger Boire et Jean-Pierre Roy présenté hier soir 31 août au Festival des films du monde.  Le film prendra l’affiche du Cinéma de l’ONF du 17 au 22 septembre prochains.

Il y a vingt angles sous lesquels on peut aborder la critique objective technique et artistique d’un film, dont aucun, hélas, à partir duquel je deviendrais un observateur compétent. Je laisserai cette tâche à d’autres.  Totale subjectivité, donc, de ce que je veux en dire.  Subjectivité qui n’est pas simplement narcissisme, cependant, parce que  je pense que beaucoup s’y reconnaîtront.  Ce film m’a fait beaucoup de  peine.

Il m’ a imposé un deuil nécessaire.  Pour les gens de mon âge – adultes en 1960  – l’Indépendance du Québec a été le projet qui politiquement nous a définis. Définis si complètement, que nous avons transmis aux générations qui nous ont suivis, la première déjà vieillissante, une vision en blanc et noir d’un avenir que, naturellement, la réalité a ensuite révélée en demi-teintes.  Une vision simpliste d’un monde compliqué.  Le deuil pour moi a commencé à l’enterrement de Bourgault (voir l’image) et se termine avec ce film.

Douloureux, car ce film nous oblige à lever le voile avec pudeur et à identifier la reine morte, mais Il FAUT le faire.  Ceux de ma génération qui se sont impliqués dans cette aventure – nous étions nombreux hier, à cette première, de ceux qui en restent  – ont la responsabilité d’encourager l’autopsie. Ce n’est pas une vivisection.

Les politologues, Balthazar en tête, nous ont fourni des explications bien plausibles pour le fiasco final de la quête pour l’indépendance.  On en trouvera sans doute bien d’autres, mais il est important d’accepter la plus fondamentale : si la jeune fille n’est pas devenue femme, c’est surtout parce qu’ELLE NE LE VOULAIT PAS.

Il eut été gratifiant de la séduire, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait.  Au lieu de l’accuser d’inappétence ou de s’accuser de ne pas l’avoir prise, le moment est peut-être venu de se féliciter d’avoir respecté son choix plutôt que d’être passé à la violence. Les Québécois ne voulaient pas un pays. Il se sont perçus dans un autre rôle. Peut-on vraiment prétendre qu’on les aime et les vouloir si différents ?

Les Québécois se sont créé un autre destin ; le défi est maintenant qu’ils s’y complaisent et s’y réalisent. On peut regretter que le Québec n’ait pas vécu les affres et les joies d’une indépendance politique à l’âge où « tout le monde le faisait », mais ne tombons pas dans le piège de vouloir  le faire trop tard. On ne s’amuserait pas et l’on n’y grandirait pas. Le temps des nations est fini ; nous sommes à celui des cultures.

Le film de Boire et Roy ouvre la porte a une entomologie de la psyché des Québécois de la fin du vingtième siècle, mais il a aussi la subtile délicatesse de la remettre dans un contexte qui nous fait sentir moins étranges.  Car il est hors de doute que les Écossais diront non et les Catalans aussi.  Les premiers verront qu’ils ne pourraient partir qu’en abandonnant la dot du pétrole, les seconds que l’Espagne est un bon tapis vert où optimiser leurs mises. Ils attendront l’autonomie accrue qui échoira inévitablement aux régions dans la construction européenne.

Évidemment, Écosse et Catalogne ne sont pas, bien au contraire, les parents pauvres des États respectifs où l’Histoire les a mises en tutelle… mais  serions-nous ceux de l’Amérique, si nous mettions tous nos efforts à devenir plus et mieux  ?  Avoir les oripeaux d’un État a été un désir légitime  pour une nation, mais c’était hier. Avant que chacun dépende de tous… Si vraiment, Québécois, nous nous sentons une nation et que ce désir d’indépendance  a été frustré, le temps est venu de lâcher l’ombre pour la proie et d’apporter une réponse collective – NATIONALE – aux défis d’aujourd’hui.   Ce film devrait encourager cette réflexion.

Pierre JC Allard

La consommation globale

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

Dans une économie industrielle, les consommateurs solvables dont on a surtout besoin sont les travailleurs. On s’attend d’un bon travailleur qu’il consomme ; c’est pour ça qu’on rend sa demande effective en lui payant un salaire qui dépasse le niveau de subsistance. Hélas, le producteur en situation de concurrence veut garder ses prix et donc ses salaires au plus bas et, parfois, il mesquine un peu, avec ses travailleurs. Si on mesquine un peu trop, on risque que la demande globale ne soit plus effective pour acheter tout ce qui est produit.

Au début de l’industrialisation, l’élargissement de la clientèle ainsi que l’augmentation de la demande et de la consommation effectives sont venus tout naturellement. On parvenait facilement à donner plus d’argent à des travailleurs qui n’en avaient pas et à les faire consommer, car l’industrie offrait un revenu plus élevé aux paysans qui arrivait avec l’exode rural et ceux-ci, qui n’avaient rien, voulaient tout. Simultanément, l’augmentation des volumes de production permettait de baisser les prix ; il y avait donc chaque jour plus de gens dont la demande devenait effective. Il pouvait y avoir des déséquilibres, mais on ajustait au cas par cas, au prix de quelques inconvénients parfois tragiques, mais toujours passagers.

Cette situation ne pouvait durer, cependant, car il est clair que si le producteur en position de force ramasse tout l’argent qu’il peut, le travailleur finira par en manquer. Or, le pire scénario, pour les producteurs, c’est que la demande globale ne soit plus « effective », qu’il devienne apparent que les consommateurs en bloc n’auront pas l’argent nécessaire pour acheter tout ce qu’on leur offre. Le pire scénario, car le producteur, individuellement, n’y peut rien : c’est toute la classe des producteurs qui dépend de la consommation de toute la classe des consommateurs.

Pour garder la demande effective, il faut mettre entre les mains de ceux dont les besoins restent à satisfaire en clair, les travailleurs – assez d’argent pour qu’ils puissent acheter tout ce qui est produit. Si le revenu adéquat n’est pas entre les mains des consommateurs, une partie plus ou moins grande de la production ne sera pas vendue et certains, plusieurs ou tous les capitalistes seront ruinés. Il ne suffit donc pas de donner aux travailleurs le seul argent nécessaire à leur survie; il faut aussi, comme Henry Ford l’expliquait avec une géniale simplicité, leur donner l’argent nécessaire pour que soient consommés les biens qu’ils produisent.

La richesse du capitaliste industriel, devient ainsi dépendante du pouvoir d’achat qu’il consent au travailleur/consommateur et le revenu du travailleur ne tend plus vers le « niveau de subsistance » de Malthus, mais vers un « niveau de consommation globale  » qui optimisera l’espérance de gain des producteurs. Le revenu que détermine ce « niveau de consommation » pour les travailleurs, c’est la rémunération minimale qu’il faut leur distribuer pour que tous les biens et services produits par l’économie soient vendus avec profit et consommés.

Maintenir ce niveau de consommation, toutefois, est bien plus complexe que d’abaisser le travailleur à son niveau de subsistance ! Il ne s’agit pas seulement de rehausser le niveau des salaires, même s’il faut commencer par là, mais de mettre le « bon » revenu entre les mains des bons acheteurs potentiels, chacun selon ses désirs d’achat, dans la mesure où ces désirs coïncident avec l’implacable nécessité de maintenir la demande effective pour les biens produits et donc la valeur des équipements qui les produisent.

Cette contrainte de la demande effective pose un frein efficace à la concentration de la richesse dans un régime capitaliste. On ne peut transformer la distribution de la richesse qu’au rythme des objectifs de production et donc au rythme de l’amortissement rentable du capital fixe. Lentement. si la richesse se concentre trop entre les mains de quelques-uns, c’est la catastrophe, car un milliardaire ne consommera jamais, par exemple, même s’il en change vraiment souvent, autant de chaussures qu’un million de travailleurs dont il aura fait des va-nus-pieds.

Si la concentration de la richesse dépossède totalement les acheteurs potentiels de chaussures, les milliardaires qui fabriquent et vendent des chaussures cesseront d’être des milliardaires et rejoindront eux aussi les rangs des déshérités. Pas peu à peu, mais instantanément, car leur fortune ne repose pas finalement sur les équipements eux-mêmes, mais sur la foi inébranlable de tout le monde ou presque en l’existence de milliards de gens qui achèteront des chaussures et les payeront.

Un système économique sous le signe du capitalisme industriel repose sur cette foi qu’il y aura toujours des consommateurs ayant en main l’argent nécessaire pour acheter des chaussures, des voitures, des maisons… Si cette foi se perd il n’y a plus de milliardaires. Il n’y a plus de capitalistes. Il n’y a plus que des larmes, car nous avons vu ce qu’il advient de la richesse du producteur, quand il semble que ses produits ne se vendront pas.

S’il semble que c’est toute la classe des consommateurs qui n’aura pas l’argent nécessaire pour acheter la production globale et que c’est tous les biens qui ne se vendront pas, les conséquences en sont si catastrophiques, que la simple menace que ceci puisse arriver peut créer une panique qui décuple les effets du déséquilibre. On risque la crise. Si la crise vient, le pauvre devra se serrer la ceinture sur une taille mince, mais c’est une énorme panse que devront perdre investisseurs et producteurs.

Pierre JC Allard

31-08-09

L’abominable satisfaction

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

Ce qui est investi en capital fixe y reste investi : la machine est inflexible. Lorsqu’il s’agit de produits de consommation courante, le producteur peut fidéliser son client en répondant le mieux possible à sa demande et en se contentant d’une parcelle de sa loyauté : l’acheteur qui aime une mayonnaise ou un ketchup reviendra sans doute en acheter, même s’il découvre les marinades et les chutneys. Il ajoute à sa consommation, même si son revenu limité l’oblige parfois à faire des choix

Dès qu’il s’agit de la production de biens durables ou semi-durables, toutefois, la situation est tout autre et le producteur est sans défense. L’excellence ne suffit plus. Elle peut même cesser d’être un avantage, car rien ne met plus sûrement fin à la demande de l’ingrat consommateur que de la satisfaire pleinement. La pleine satisfaction du désir du client, pour le producteur, est une abomination.

Une structure industrielle est prisonnière de son passé, incarné par l’équipement en place et en cours d’amortissement. Une entreprise n’est jamais aussi profitable que si elle continue à produire ce qu’elle produit déjà et elle est donc victime d’une forme d’hystérèse, forcée de poursuivre indéfiniment dans la voie où elle s’est engagée.

Cette obligation de poursuivre dans la même voie met chaque producteur en grand péril, car la valeur de son capital devient alors totalement dépendante de l’espérance de profit à retirer de la vente d’un seul produit. Si ce produit ne se vend pas et si, surtout, il devient apparent qu’il n’y a pas au moins un espoir crédible qu’il se vendra, ce n’est pas seulement une perte au palier des matières premières, des stocks et du travail investi dans les invendus que subit le producteur, c’est toute la valeur de son investissement qui est mise en péril.

Toute cette capacité de production qu’il a mise en place, en effet, n’a d’autre valeur que cette espérance du profit à tirer de la vente du produit. S’il n’existe pas d’acheteurs pour ce produit, l’équipement qui lui sert à le fabriquer ne peut pas se transformer miraculeusement pour produire autre chose ; il ne vaut plus que son poids en ferraille. Le producteur perd alors le capital investi dans son équipement et qui, par définition, constitue sa richesse. IL PERD TOUT. Il est ruiné. Si derrière lui il y a un investisseur qui l’a soutenu de ses deniers, ce dernier perd aussi sa mise.

Malthus prédisait que le capitaliste avide réduirait les salaires à merci et garderait la classe ouvrière au niveau de subsistance. Il semble qu’il n’ait pas prévu que le « capital fixe », n’ayant pas d’autre utilité que de produire ce qu’il a été conçu pour produire, ni d’autre valeur que l’espoir du profit qu’on tirera de ce qu’il produit, il se créerait inévitablement une dépendance des producteurs et investisseurs envers les consommateurs.

Le capital a une importance primordiale, dans une société industrielle, parce qu’il est investi en équipements qui multiplient la production de toutes ces choses utiles qui constituent la richesse réelle. Le producteur qui investit son capital en équipement multiplie sa richesse, mais si un produit ne se vend pas le producteur y perd beaucoup. L’investisseur est prisonnier de son investissement. Le pouvoir du consommateur, qui apparemment n’en a aucun, est que ce qui est produit DOIT être vendu. Il faut que le consommateur achète. Le producteur est à la totale merci du consommateur et de son abominable satisfaction.

Chaque producteur a donc le problème immédiat de se prémunir contre la satisfaction de son client. Le producteur apprend vite à reconnaître le danger qui se cache derrière le sourire du consommateur satisfait. Il apprend qu’il ne faut jamais satisfaire un besoin si l’on n’en a pas créé un autre. Un producteur veut élargir sa clientèle et la garder, mais il veut surtout qu’elle consomme. Il veut garder son client heureux, mais insatisfait et ne lui donne donc toujours qu’un peu moins que ce qui lui est demandé.

Le producteur surveille donc toujours son client volage avec une suspicion résignée, mais la volatilité de la demande immédiate du consommateur n’est qu’une partie de son problème. Il apprend aussi à surveiller avec appréhension l’horizon d’où peuvent apparaître deux autres dangers. Le premier est l’arrivée inopinée d’un produit similaire, un ersatz qui rendra son produit à lui sans intérêt ou un meilleur produit. Qui se souvient encore des règles à calcul ? Des machines à écrire ? Le deuxième est que, plus simplement, le besoin soit toujours là, mais qu’une innovation rende son équipement désuet et son capital fixe sans valeur puisqu’il ne peut plus alors produire et vendre à profit,

Face à ce danger de l’innovation, le producteur constate bientôt que lui est ses concurrents ont des intérêts communs. Seul, Il est sans défense, mais tous ensemble les producteurs ont un pouvoir économique et donc politique non négligeable. Ils peuvent donc influer sur l’État et se prémunir contre les dangers qui les menacent en biaisant l’évolution naturelle des événements.

Des lois et des réglements peuvent être mis en place pour que leurs intérêts ne soient pas sacrifiés à l’abominable satisfaction des consommateurs. Telle innovation qui viendrait créer le chaos dans un système de production en équilibre peut être jugée « dangereuse » et interdite, ou taxée de façon discriminatoire et sa diffusion retardée, parce qu’elle est importée, produite dans des conditions jugées inacceptables, ou pour quelque autre motif ou prétexte. Il suffit d’une bonne relation avec la pouvoir.

Production et gouvernance doivent marcher la main dans la main. Non seulement pour se protéger contre les caprices du consommateur et sa satisfaction, mais parce qu’il y aussi cette question de demande effective dont l’État doit s’occuper.

Pierre JC Allard

30-08-09

L’inflexible machine

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

Quand commence la production de quoi que ce soit, producteur et consommateur forment un couple béni par le ciel. Le consommateur a un désir, le producteur veut le satisfaire. Il n’existe pas, cependant, de communauté d’intérêt plus courte, car producteur et consommateur constatent presque aussitôt que leurs attentes sont irréconciliables. Dès que son besoin prioritaire est satisfait, en effet, le consommateur prend pour maîtresse le second besoin sur la longue liste de ses désirs et le producteur se morfond au foyer, car il ne peut pas suivre.

Le producteur ne peut pas suivre le consommateur dans ses fantaisies, car une entreprise industrielle a besoin d’un équipement pour produire. C’est l’équipement qui détermine son volume de production, qui est le facteur le plus important de sa productivité et qui donc, en bout de course, détermine sa profitabilité. C’est l’équipement qui fait l’industrie, mais l’équipement a aussi ses caprices, qui sont encore plus contraignants que ceux du consommateur.

Quand un capital financier se transforme en équipement (capital fixe), il acquiert la vertu multiplicatrice magique qui, dans une société industrielle, en fait la source de toute vraie richesse. Une machine est un multiplicateur de production et donc de richesse. L’essence du capitalisme industriel, c’est que la machine est un tel multiplicateur du travail qu’il devient oiseux de travailler sans machine. Vous n’avez donc plus, pour les exploiter, à maintenir les travailleur en esclavage ; vous n’avez qu’à contrôler leur accès à la machine et a prélever à la source la plus grande partie du profit, en ne leur laissant, comme l’expliquait Malthus, que le revenu de subsistance nécessaire à leur survie.

Un schème séduisant pour le capitaliste, mais en pratique, il y a un problème. Quand le capital-argent s’incarne et devient capital-fixe (machine), il perd sa flexibilité. L’équipement est conçu pour produire quelque chose et rien d’autre. On ne peut pas prendre une horloge et en faire un bateau, ni une presse à imprimer et en faire un four à pain. Le capital fixe cesse d’être omnivalent et devient I N F L E X I B L E. Il ne sert plus à produire que LE produit pour lequel il a été conçu. Le capital investi dans une presse à imprimer va y rester et sa rentabilité va donc dépendre totalement de la demande pour des imprimés, parfois, même, pour une sorte bien précise d’imprimés.

Quand le client est satisfait, il veut autre chose, mais fabriquer un nouveau produit veut dire un nouvel équipement. L’acquisition de l’équipement représente, pour le producteur, un investissement considérable. Pendant un laps de temps variable, mais toujours significatif, tout le profit qu’il pourra retirer de son entreprise ne suffira qu’à compenser le prix qu’il a dû débourser pour acquérir cet équipement. Quand il aura touché l’équivalent en profit d’exploitation du prix de son équipement, auquel il faut ajouter l’intérêt sur ce montant, car Shylock, le capitaliste qui le finance n’est jamais bien loin, alors, mais alors seulement, il réalisera un profit net.

Quand il atteint ce moment tant attendu, le producteur qui a amorti son équipement et dont l’entreprise est enfin ainsi devenue vraiment lucrative ne souhaite rien tant que de continuer à produire longtemps avec cet équipement. La rentabilité, pour un producteur, c’est d’amortir son équipement, puis de continuer à s’en servir longtemps. Idéalement, de produire sans rien changer, jusqu’à la fin des temps.

Il ne faut donc pas s’étonner si un imprimeur préfère imprimer plutôt que de promouvoir la boulangerie ou la navigation. Pour continuer d’imprimer, quand il a amorti son équipement, il visera de nouvelles clientèles cibles en baissant ses prix jusqu’au niveau le plus bas qui lui laissera une marge bénéficiaire, négligeant même parfois de se constituer une provision suffisante pour le renouvellement éventuel de son équipement. Il utilisera la publicité, rognera sur la qualité du papier, jouera la carte de l’obsolescence – dont la cas archétypal est bien celui d’un journal quotidien ! – et tentera de toutes les manoeuvres pour continuer à extraire un profit de son investissement.

Ne lui parlez pas de pain. Ne lui parlez pas de sauver les forêts en lisant son journal sur écran. Ne lui parlez pas des besoins, ni des désirs des consommateurs. La période de grâce pendant laquelle il peut produire avec son équipement amorti durera, en effet, aussi longtemps qu’il y aura une demande effective pour ce que cet équipement peut produire avec profit.

Un producteur ne veut pas changer de production, il veut continuer. Aussi longtemps que son équipement n’est pas raisonnablement amorti, d’ailleurs, il ne PEUT pas changer et DOIT continuer. Dans une situation de forte concurrence, il ne peut vraiment produire profitablement que ce qu’il produit déjà. Les nouveaux désirs du consommateur ne suscitent donc pas chez lui un grand enthousiasme. Le consommateur frivole, inconséquent, déloyal, versatile, dont les goûts peuvent changer de façon radicale, parfois imprévisible est une menace pour le producteur

La notion théorique d’une production tout entière tournée vers la satisfaction de la demande est donc mise à mal dans la minute qui suit l’acquisition de l’équipement. Le consommateur satisfait son besoin prioritaire, puis veut passer à la satisfaction du suivant; le producteur veut lui vendre la même chose. Il n’est pas suffisant pour le producteur que le consommateur consomme ; celui-ci doit consommer ce que le producteur peut produire avec l’équipement qu’il possède. Producteurs et consommateurs ont des intérêts divergents. Il s’agit de savoir qui obtiendra satisfaction, ce qui dépend de leurs pouvoirs respectifs et donc, essentiellement, de la concurrence.

29-08-09

Le travailleur consommateur

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

Quand apparaît l’industrie, ceux qui ont quelque richesse et un peu de flair y voient une occasion à saisir et les industries naissent. La richesse cesse d’être seulement le résidu statique d’une opération antérieure de brigandage, ou d’une procédure d’extorsion légitimée par le passage du temps, dont on n’a qu’à tirer les fruits, pour devenir un outil. La richesse apparaît comme le moyen de créer davantage de richesse en multipliant l’efficacité du travail.

La richesse peut créer de la richesse, si elle revêt la forme d’une machine et devient un « capital fixe ». Aidé d’une machine disposant de l’énergie nécessaire, un travailleur peut transformer plus de matière première et produire une valeur plus grande. On s’enrichit davantage, et il semble juste que celui qui fournit la machine bénéficie d’une partie de cette valeur accrue, ette machine étant elle-même le produit d’un travail précédent. Il y a une plus-value à partager entre le travailleur, le propriétaire du capital fixe, le fournisseur de la matière première et celui de l’énergie. Ce partage, comme toute autre transaction, se fait selon la force des parties en présence.

Quand il s’agit de production industrielle, matière première et travail sont surabondants. Autrement, il n’y aurait pas lieu d’industrialiser le processus, puisque personne ne cherche sciemment à se créer un problème d’approvisionnement. C’est donc le capital qui est la denrée rare et c’est celui qui a l’argent qui a le pouvoir. L’équilibre entre les facteurs pourra se modifier avec le temps, bien sûr, mais au départ c’est le « capitaliste » qui organisera la fabrication et qui imposera ses conditions. Il est l’industriel, le patron, il a des travailleurs comme il a des machines. Ce sont SES travailleurs.

Le but de l’industriel est de faire un profit en répondant par une production de masse à une demande qui semble intarissable. Pour la demande, il n’a, en effet, que l’embarras du choix : tout le monde manque d’à peu près tout. Il n’y a plus qu’à produire, mais il reste une formalité à régler. Comment une population pauvre va t-elle payer pour les biens qu’on va lui offrir ? La population se présente à l’industriel comme une masse de consommateurs qui ont divers besoins, qu’on verra à satisfaire un à un, au rythme de la mécanisation, mais qui doivent avoir l’argent pour les payer. Où est l’argent ?

C’est alors que l’industriel découvre la face cachée de ses travailleurs. Pour rentabiliser une production de masse, il faut une consommation de masse. Or, une masse de consommateurs, ça ne peut être que les travailleurs, car il n’y a pas des masses de producteurs et, de toute façon, la femme du patron veut encore des robes de soie cousues mains. Comme c’est avec son salaire que le travailleur, qui est aussi le consommateur, doit payer à sa femme ses robes d’indienne, il faut lui en faire gagner. En travaillant.

L’industrie crée des emplois, distribue des salaires et la demande de consommation du travailleur, quand il aura des sous en poche, va cesser d’être une supplique ou un voeu pieux pour devenir «effective ». Il sera promu « consommateur ». Il va pouvoir consommer, ses besoins seront peu à peu satisfaits, l’industrie fleurira et le producteur fera un profit. Le bonheur .

Ce serait le bonheur, si ce n’était d’un dilemme à résoudre. Quand l’industriel a décidé de fabriquer des robes de coton, il leur a fixé un prix qui lui paraissait correct et a aussi fixé ses salaires. Il a prévu faire un profit. Pour maximiser son profit, il lui faut vendre le plus de robes possible, au meilleur prix possible, en payant un minimum en salaire. Simple, mais maintenant qu’il sait que le consommateur, c’est aussi SON travailleur, il y a un os. Il faut payer le travailleur au prix qui en fera un bon consommateur. Il y a un équilibre à maintenir.

L’équation n’est pas simple, car les consommateurs sont pas seulement ses travailleurs, mais ceux de ses concurrents et ceux-ci comme ceux-là n’achètent pas que chez-lui, hélas, mais aussi chez ces concurrents. L’industrie ne fabrique pas non plus que des robes ; elle fabrique aussi des souliers, des chapeaux melons et l’agriculture est aussi en voie de mécanisation accélérée.

La structure industrielle –  et donc l’équation que chaque industriel doit résoudre, quand il fixe ses prix et ses salaires – se complique donc à mesure que progresse l’industrialisation. Elle se complique, aussi, à mesure qu’entrent en scène, banquiers, syndicalistes, politiciens, philosophes, économistes et autres intervenants. Les penseurs et les théoriciens de l’économie cherchent un point d’équilibre.

Les producteurs et investisseurs – et l’État lui-même qui doit gérer cette industrie en ébullition – ne manquent pas de conseillers qui vont leur donner la liste des ingrédients et des incantations pour réussir la potion magique de l’équilibre : les gourous sont nombreux. On leur en proposera beaucoup, car l’effet recherché est subtil, mais il y a surtout Trois Nobles Vérités, qu’on va découvrir par essais et erreurs au cours des décennies et qui vont s’avérer incontournables pour atteindre le samadhi de l’équilibre. Si une société industrielle les ignore, elle va à la ruine.

Ces Trois Nobles Vérités sont : le Paradoxe de l’Abominable Satisfaction, l’ Équation de la Consommation Effective Globale et le Postulat des Deux Richesses

Mais, avant tout, une société industrielle doit comprendre et accepter son karma : le Karma de l’Inflexible Machine.


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