Nouvelle Societe

23-11-16

Réformes éducatives : Docimologie et Orientation

Filed under: Auteur — Pierre JC Allard @ 1:17

orienteur

 

De récentes consultations publiques au Québec ont mis en lumière des propositions novatrices touchant l’éducation. Ceci est le troisième et dernier article que je propose ici pour attirer l’attention sur quelques unes de ces propositions dont je crois que la France pourrait aussi tirer parti .

Dans mes articles précédents,, j’ai fait allusion: 1) aux Centres de la Petite Enfance au Québec (CPE), 2) à une « formation parentale » courte pour tous afin de rendre parents et gardiens plus compétents à guider les enfants durant la période pré-scolaire, 3) à une programmation télévisuelle à plusieurs niveaux pour améliorer une maitrise progressive du langage, 4) à des choix à pour privilégier l’autodidaxie et 5) à une « approche préceptorale » de l’enseignemnet proche de la pédagogie différenciée

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/france-et-quebec-faire-bouger-l-186579

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/france-et-quebec-faire-bouger-l-186672

 Pour clore cette série de trois (3) articles, j’ajoute ici deux (2) autres concepts – la « docimologie objective » et une « orientation universelle» – qu‘on a aussi évoqués au Québec et qui me semblent porteurs.

 Ce que je dis sur ces deux (2) thèmes, comme sur les cinq (5) précédents, est évidemment du niveau # 1 de la vulgarisation. Un petit appel du pied pour « éveiller l’attention », car je ne crois pas qu’un site comme celui-ci ait vocation d’aller plus loin. Ce sont les réactions qu’auront suscitées ces trois (3) articles qui nous indiqueront si, en restant à ce niveau #1 il est utile, de traiter ici de ce genre de sujets.

 

#6 UNE DOCIMOLOGIE OBJECTIVE

 Aussi important que savoir, il y a de savoir que l’on sait. Si l’enseignant est un guide dans l’univers des connaissances, il lui faut non seulement la boussole de son expertise, mais aussi un plan de cet univers qui ait des coordonnées et ses repères.   Tout ce qui est su doit pouvoir être appris, et donc exister en forme documentaire accessible. Quand il semble opportun de faciliter l’accès au document et sa compréhension, ce qui peut être appris devrait pouvoir être enseigné.

 Or, on ne peut le faire efficacement que si les unités de connaissances sont identifiées, ordonnées, et que les liens entre elles sont explicites. Surtout les liens qui déterminent quels apprentissages doivent nécessairement précéder certains autres.

Considérant ces liens qui n’ont rien d’arbitraire, on peut voir le système d’éducation sous l’angle d’un agencement de « modules » de connaissances à transmettre. Optimiser cette transmission est la fonction des enseignants. L’enseignant est le « pédagogue » au sens strict. Il doit être le seul décideur de la façon dont le contenu est enseigné. Dans une approche préceptorale que nous avons vue à l’article précédent, PERSONNE ne doit intervenir dans la dimension pédagogique de la relation entre l’enseignant et l’apprenant

Qui « garde les gardiens » ? Cette totale liberté quant aux moyens d’enseigner doit être doublement encadrée. Quant aux aspects administratifs de la structure dans laquelle elle s’insère, bien sûr, mais aussi quant aux objectifs de l’enseignement. Dans un système d’éducation public, c’est à l’État de créer et de maintenir cette structure, comme c’est à l’État de déterminer le but du système d’éducation, ainsi que le contenu de chaque module, de même que les critères et les modalités d’évaluation normative de son apprentissage.

 L’interaction doit être continue entre l’enseignant et une autorité – la plupart du temps régionale, mais totalement dirigée par un Ministère de l’Éducation nationale, pour en assurer la cohérence – qui assure l’affectation des ressources humaines et matérielles du système, incluant celle des expertises d’appoint que réclamerait l’enseignant, ainsi que le passage des tests et examens et la diplômation. L’État doit vérifier que l’éduqué a bien appris ce qu’on prétend qu’il a appris. La docimologie est l’affaire du Ministère.

 Pourquoi avoir préciseé : docimologie « objective » ? Parce que s’il ne semble pas opportun que la société se veuille multiculturelle – elle perdrait sa raison d’être et sa cohésion comme sa cohérence – il faut néanmoins, dans un monde qui impose une large cohabitation entre gens « différents », qu’existe, au sein de tout État ou entité politique significative, une TOTALE ADHESION à un minimum consensuel. C’est ce minimum qui devient dès lors l’assise l’une éthique commune indiscutée. ET LA JUSTIFICATION DE LA LOI ! Un État dont la LOI n’est pas le reflet d’un l’éthique commune ne peut évoluer que vers une scission, un schisme… ou une Saint-Barthélemy.

Il est donc nécessaire de bien préciser les contours de ce minimum consensuel et de ne pas introduire à la légère des points de dissension.   Si on considère que le respect de l’égalité homme-femme fait partie du minimum consensuel pour être un bon citoyen français, traitons ce concept comme une valeur essentielle, indéniable. Mais si on accepte que l’on puisse sans déchoir aimer ou ne pas aimer Robespierre, Torquemada, Marx ou Mussolini, par exemple, qu’on ne fasse pas d’une opinion qu’on en a « bonne réponse » à un examen d’Histoire !   Le prof n’est pas là pour biaiser le jugement de son élève, mais pour vérifier sa connaissance de FAITS.

Idem des goûts et de l’esthétique; on a le droit de ne pas aimer Lamartine ni même François Villon. Des qu’on s’écarte du « minimum consensuel », on a le droit de ne PAS partager les mêmes valeurs…. La docimologie dont on conviendra doit en tenir compte.

 La façon normale de procéder doit être que l’élève étudie les modules qui constituent son programme, simultanément ou en séquence, seul ou en équipe, et qu’il le fasse non sous le joug mais avec l’aide de l’enseignant. C’est l’enseignant qui assurera l’évaluation formative de son apprentissage. Quand l’élève croit avoir maitrisé le contenu d’un module, il peut demander à passer un « pre-test » en reflétant le contenu. Quand il le réussit à la satisfaction de l’enseignant, ce dernier peut l’inscrire à l’examen formel du Ministère qui permettra à l’élève d’obtenir l’attestation qui fera la preuve qu’il a bien appris et compris le contenu de ce module.

 L’examen formel pour chaque module vise à être pratiquement exhaustif « en compréhension » du contenu du module dont il atteste la connaissance. Ces examens sont tenus mensuellement sur une base régionale, sous l’autorité du Ministère. La somme des attestations qu’il a reçues fait foi des connaissance acquises par l’apprenant. On comprend qu’en ramenant toute évaluation à un contrôle de connaissances objectives, on escamote volontairement tout jugement qualitatif péremptoire, y substituant un choix d’alternatives. Nous pensons que c’est bien avec cette impartiale rigueur qu’une société doit évaluer son système d’éducation et ses pratiques pédagogiques.

 

#7 Orientation universelle

 Est-il souhaitable que chaque apprenant ait un orienteur ? Il est bon de mettre cette question dans son contexte large. La vie moderne en société impose à chacun une multitude de décisions dont la fréquence, la multiplicité, la complexité et la diversité sont telles qu’il n’a pas la compétence de les prendre. Ces décisions vont de l’achat trivial de tout bien de consommation, à celle VITALE d’accepter une chimiothérapie. En toute matière qui exige une expertise – et quelle démarche n’en exige vraiment aucune ! – le profane qu’est la plupart du temps chacun de nous est si démuni, face au professionnel, qu’on doit douter qu’il puisse donner un consentement éclairé à quoi que ce soit qui lui soit proposé dans le cours de ses démarches courantes.

Une invitation récurrente à la manipulation. Depuis toujours, on a accepté cette arnaque ininterrompue. « Que celui qui achète prenne garde ! » (Caveat emptor) – disait déjà la Droit Romain… Mais ne peut-on pas penser que l’un des aspects de l’évolution de la société par l’éducation soit justement – puisqu’il est impossible de faire de tous des experts en tout – de faire bénéficier peu à peu chacun de l’assistance d’autant de conseillers-experts divers qu’il en faudra pour le protéger de ces arnaques et même pour les prévenir ?

Devenant un spécialiste, chacun devient plus dépendant d’autres spécialistes, et lui en assurer la disponibilité devrait devenir une grande mission de l’État. Chacun devrait déjà avoir son médecin de famille et, par celui-ci, un accès efficace à toutes les ressources médicales, mais ce n’est qu’un premier pas timide dans cette voie d’un accès universel à l’expertise. Il faudra vite que chacun ait son dentiste, son ophtalmo, chaque femme son gynécologue et chaque enfant son pédiatre etc.,

Ceux-là et bien d’autres fournisseurs de services devraient être payés par l’État et rémunérés par capitation. Cette tendance est irréversible, car elle est la seule façon de baliser une croissance illimitée de la richesse de la société tout en orientant la consommation vers les services utiles, en gérant intelligemment les ressource rares et en maintenant une certaine justice sociale, plutôt que de la voir dilapidée en gadgets insignifiants et en réalisations privées somptuaires pour les seuls bien nantis.

Le grand mérite du paiement par capitation, c’est qu’il laisse à la collectivité, représentée par l’État, le pouvoir efficace de répartir richesse et travail selon les priorités sociales, mais sans enlever à l’individu son droit de choisir son fournisseur et d’en changer, ni donc supprimer la pression que doit exercer sur le fournisseur le lien étroit qui devrait toujours exister entre sa rémunération et la satisfaction de son client.

 Il n’y a pas que les ressources médicales dont il faudra offrir les services payés par capitation, mais bien d’autres, dont les juristes et les orienteurs scolaires et professionnels qui devraient accompagner chaque individu durant toute sa vie active. Le choix que fait chacun d’une occupation – métier ou carrière – est sans doute LA décision économique la plus importante de sa vie Son insertion sur le marché du travail est un moment unique, que poursuivra une séquence de décisions-clefs qui a un impact non seulement sur lui, mais sur la société elle-même.

Il est donc étonnant que l’État n’ait pas déjà mis en place une encadrement visant a optimiser l’utilisation des ressources humaines qu’il forme à si grands frais et traite ensuite avec une désinvolture et une absence de suivi qui confine à la grossière négligence. Comment peut on supporter que nul ne prenne le chômeur ou tout assisté par la main et ne l’aide en toute priorité à reprendre sa vie active? Après la sécurit que doit garantir l’ordre public, RIEN N’EST PLUS IMPORTANT que de mettre toute le monde au travail.

Quand on pense à un accompagnement tout au long du parcours scolaire de l’individu, il faut donc y voir la première étape d’un accompagnement tout au long de sa vie de travailleur et comprendre qu’il s’agit d’une même problématique. L’enfant qui manifeste un problème durant sa première enfance sera naturellement vu par un orienteur dès que la DPJE aura décelé le problème, mais l’enfant qui n’a PAS de problèmes le sera aussi, dès la première année du primaire. L’enfant aura son orienteur payé par capitation que choisiront les parents, et qui le restera durant tout le Premier Cycle de l’éducation générale.

 Au moment du passage au Deuxième Cycle, il pourra changer d’orienteur. Etant encore mineur, ce sont encore ses parents qui y veilleront, mais il sera alors considéré normal, à ce moment de sa vie où il devient adolescent, qu’il soit tenu compte de ses propres préférences pour le choix de ce nouvel orienteur. Ce dernier, en effet, jouera un rôle décisif pour le déroulement de la vie de l’adolescent, puisque c’est lui qui l’accompagnera pour le choix crucial de sa transition vers le marché du travail et/ou une formation professionnelle pour adultes.

 

Pierre JC Allard

 

 

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