Nouvelle Societe

11-11-16

Consultations publiques sur la réussite éducative

Filed under: Auteur — Pierre JC Allard @ 7:42

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D’abord, une lettre ouverte au Ministre….

Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport

 

Monsieur le Ministre

La création du Ministère de l’Éducation du Québec, le 13 mai 1964, a été peut-être le moment fort de la Révolution Tranquille. Un grand moment d’espoir, d’ambition et de confiance en soi, pour un peuple qui se croyait petit parce que mal nourri de savoir. L’éducation nous ferait grandir. Elle n’était pas que le meilleur outil vers la modernité, c’était aussi le plus beau symbole de notre avenir. On avait trouvé la porte …

Hélas, 55 ans ont passé et s’éduquer est devenu, commun, puis trivial. L’éducation – perçue comme grande pourvoyeuse de jobs mais mangeuse de budgets – a cessé d’être un défi stimulant pour apparaître comme une formalité, une charge ou un pensum. On VOIT qu’il n’y a plus de liens nécessaires entre ce que l’école enseigne et ce que le travail exige, bien peu de passerelles entre la culture qu’on peut apprendre et celle qu’on respecte… et d’énormes dissonances entre les valeurs qu’on encense et celles qu’on applique. Sans encore trop le dire, sans même en être bien consciente, la population déçue referme doucement la porte.

Or « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »… Si on ne renoue pas l’histoire d’amour avec l’éducation et qu’on ne la voit pas comme la porte d’entrée vers l’excellence qui justifie des sacrifices, on lui accordera de moins en moins d’attention et le Québec aura un autre destin. Il n’y a pas ici l’espace d’en débattre, mais il fallait poser le problème.

Cela dit, le champ de l’éducation est vaste. Cette consultation aborde le problème en mettant l’accent sur certaines questions. Respectant le gabarit proposé, nous n’avons commenté que les thèmes de l’Axe I. Nous nous sommes cependant prévalus de l’invitation d’y joindre des commentaires « ouverts » qui ratissent bien plus large.

Nous l’avons fait avec plaisir, mais conscients que la présente consultation ne peut se laisser distraire de ses priorités en s’engageant trop avant sur toutes les pistes de réflexion que ces commentaires pourraient laisser entrevoir. Nous n’avons donc pas cherché à faire de chacun d’eux un argumentaire; le but n’a pas été de convaincre, mais seulement de suggérer qu’on y réfléchisse.

Les courts textes que nous avons mis en référence, cependant, ne sont pas des digressions gratuites ; ils visent à « vulgariser » ce débat. Comme nous croyons qu’il devra l’être, car tout le monde devrait réfléchir à l’éducation. C’est une vulgarisation que nous avons déjà initiée, d’ailleurs, puisque plusieurs de ces textes ont déjà été publiés sur la Toile (Web), particulièrement sur les sites Les 7 du Québec, Centpapiers et Agoravox.fr où nous avons accueilli  plus de 8 000 000 de visites.

Nous croyons que cette diffusion populaire préalable de quelques idées novatrices n’aura pas été inutile pour que soient maintenant reçues plus facilement par tous les réponses et recommandations concrètes qui sortiront de cette consultation. Nous saluons votre initiative comme le signal de départ d’un vaste chantier pour repenser l’éducation auquel nous devrions tous nous sentir la responsabilité d’apporter notre pierre. Nous vous remercions de nous permettre d’y participer.

Nouvelle Société

Pierre JC Allard

 

Axe I : L’atteinte du plein potentiel de tous les élèves

« L’atteinte du plein potentiel de tous les élèves est au cœur de la mission de l’école et des services de garde éducatifs à l’enfance. Plusieurs types de stratégies et d’interventions devront être mises en œuvre au cours des prochaines années pour permettre aux élèves d’atteindre leur plein potentiel. Pour alimenter la réflexion sur ce premier axe, des questions sont soumises en fonction de quatre thèmes. »

 

Thème 1 : Une intervention dès la petite enfance

Une société ne peut se désintéresser de l’éducation de ses enfants pendant les premières années de leur vie. Elle doit, à la mesure de ses moyens et dans le respect de la mission naturelle des parents, assurer aux enfants au moins un encadrement large qui équilibre au mieux les chances de tous, protégeant les enfants des milieux défavorisés des conséquences les plus graves d’un mauvais départ. Nous proposons, pour y parvenir, quatre (4) mesures bien concrètes. ,

  1. Une DPJ qui devient DPJE.

Une Direction de Protection de la Jeunesse et de l’Enfance, présence discrète mais constante de l’État pour assurer la protection de l’enfant au sein de ce qui est parfois un milieu familial hostile ou par trop incompétent. La DPJE verra chaque enfant dans les trois (3) mois de sa naissance, puis mensuellement jusqu’à son entrée à l’école primaire. Annuellement, par la suite, ou selon la fréquence que justifiera une situation qu’elle jugera critique. Il s’agit de protéger l’enfant contre la violence, bien sûr, mais aussi contre la simple ineptie.

Il est déraisonnable, en effet, que rien ne soit fait pour remédier au plus tôt aux lacunes qu’on peut déceler chez l’enfant par un diagnostic rapide. Chaque fois que sa visite de l’enfant en suggèrera l’opportunité, la DPJE exigera une visite médicale ou la consultation d’un psychiatre ou psychologue et elle verra à ce que soient faits les suivis nécessaires.

Les problèmes de comportement et d’apprentissage de l’enfant – hyperactivité, dyslexie, etc – seront ainsi identifiés tôt, et les mesures correctives adéquates pourront être appliquées sans délai.

  1. Une Formation Parentale

On a dit que pour « former un gentleman il faut éduquer son grand-père » Le cadre culturel dont bénéficie l’enfant est un élément déterminant de son éducation; or, les parents ne sont pas tous égaux. Pour réaliser l’intégration de l’enfant dans un cadre propice à son développement – sans l’enlever à ses parents, ce qui a déjà été tenté ailleurs et regretté – il faut le pourvoir, autant que faire se peut, de parents qui aient un minimum de compétence pour l’éduquer. Si, comme c’est si souvent le cas aujourd’hui, l’enfant passe une partie significative de son temps en garderie, il convient de s’assurer que ceux qui le gardent aient aussi cette compétence minimale.

Cette compétence minimale peut être inculquée aux parents et gardiens par le biais de modules de « formation parentale » introduits au curriculum du tronc commun de l’éducation générale de niveau secondaire. Savoir éduquer ses propres enfants, n’est-ce pas, la plus essentielle des formations que l’on puisse recevoir? Ainsi, par exemple, un module de 60 heures devrait être mis en place pour enseigner aux futurs parents et gardiens les rudiments essentiels de ce qu’un éducateur compétent devrait savoir, devrait avoir comme comportement, et devrait transmettre comme apprentissage à l’enfant durant une (1) année. 60 heures de formation pour savoir comment orienter le développement d’un enfant durant une année, est-ce assez? Certainement pas; mais c’est un pas en avant. Faisons le plutôt que de tergiverser.

Sept (7) modules de 60 heures chacun pourraient « capaciter » les premiers éducateurs de l’enfant à assumer leur responsabilité envers celui-ci durant les sept (7) premières années de sa vie. On ne devrait pouvoir être reconnu comme gardien d’un enfant que si on a suivi et réussi les modules correspondant à l’âge de celui-ci. C’est une mesure de justice sociale primordiale et il n’en est pas d’autre qui puisse produire autant de résultats pour si peu d’efforts.

  1. Des mini-garderies. 

Considérant le mode de vie qui prévaut désormais dans notre société, il manque un palier dans la structure d’encadrement de nos enfants. Il faut aller au bout du concept  des Centres de la petite enfance (CPE) Entre le milieu familial et le placement en garderie traditionnelle, il devrait exister l’option de la « mini-garderie », réunissant de 1 a 8 enfants dans un local adéquat, sous la garde d’une personne majeure, saine et de bonnes mœurs dont on n’exigera que deux (2) choses : a) qu’elle ait réussi la « formation parentale » appropriée, et b) qu’elle en fasse sa seule occupation rémunérée et n’occupe donc pas un autre emploi.

Pour chaque enfant, jusqu’à un maximum de 8, dont il sera convenu qu’il assure la garde en mini-garderie, le gardien recevra de l’État un dédommagement journalier qui sera inférieur au salaire minimum, mais qui, s’il en accueille plusieurs, lui procurera un revenu d’appoint intéressant. Il faut encourager les voisins à s’entendre pour que certains qui répondent aux exigences se constituent seuls ou ensembles en mini-garderies. Rien d’ailleurs ne devrait interdire que l’un ou l’autre des parents d’un enfant, s’il a la formation parentale requise et répond aux autres exigences, puisse se déclarer comme gardien et recueillir alors le dédommagement prévu pour garder lui-même son ou ses enfants comme ceux des autres.

La mini-garderie règle la question du gardiennage de chaque jour, mais offre aussi une solution efficace à plusieurs autres problèmes:

  1. on fixe un plancher minimal de la compétence des éducateurs de première ligne et on met en place un contrôle léger de cette activité
  2. on renforce des liens de voisinage, favorisant ainsi l’éclosion de petites cellules de coopération locale, ce qui est un élément essentiel d’une meilleure société ;
  3.  c) on favorise une socialisation plus efficace de l’enfant, progressive et sans    solution de continuité;
  4. d) on permet l’affectation à cette tâche utile de ceux qui, faute d’une préparation    professionnelle adaptée aux exigences du marché ne peuvent pas trouver aujourd’hui un travail, mais ont les qualités nécessaires pour être gardiens.

L’enfant, pour assurer sa socialisation, passera progressivement à une garderie traditionnelle ayant plus de 8 enfants sous sa garde. Dès l’âge de 3 ans, l’enfant viendra à la « grande » garderie une journée par semaine, puis deux jours à 4 ans, 3 à 5 ans, quatre jours par semaine en Pré-maternelle et 5 en Maternelle.

Cette intégration progressive est non seulement bénéfique pour l’éducation de l’enfant, mais aussi créatrice de travail utile pour les parents et gardiens. Elles est aussi source d’économies substantielles pour la collectivité, puisqu’une partie significative des activités de garde de l’enfant seront alors prises en charge à un coût plus modique.

  1. La vraie « télévision éducative »

Nous donnons ici un sens spécifique restreint à cette appellation. Pour aider parents et gardiens, 7 canaux de télévision devraient être créés qui diffuseraient en permanence une programmation éducative visant respectivement les enfants de 0 ( moins de 1 an révolu), 1, 2, 3, 4, 5 et 6 ans. Une programmation dont la première caractéristique sera de PARLER.

Parler un langage grammaticalement correct. Utiliser un vocabulaire qui, selon le canal et donc le niveau choisi, aura la richesse et la diversité qui conviennent à des enfants de l’âge-cible. Rien n’interdit, au contraire, que des images soient là pour attirer et retenir l’attention de l’enfant; mais l’accent doit être mis sur le LANGAGE. Il faut que les enfants de toutes les classes sociales aient la chance d’entendre – et inconsciemment d’assimiler – la structure correcte du langage et un vocabulaire de base adéquat.

Ces canaux doivent être là, en arrière-plan, pendant que les enfants jouent et s’amusent, comme une source additionnelle d’information à laquelle chaque enfant, selon sa personnalité et son développement, prêtera plus ou moins attention, mais dont il retiendra inévitablement quelque chose.

Ces canaux devraient être toujours en marche dans une mini-garderie durant les heures de veille, sauf quand le gardien lui-même s’adresse en groupe aux enfants. Il serait souhaitable que les parents acceptent de les garder aussi en marche à la maison le plus souvent possible, ayant l’humilité d’accepter que le modèle d’expression que proposeront ces canaux aura pour résultat de procurer à leurs enfants une compétence au niveau du langage que la majorité des parents ne peuvent transmettre parce qu’ils en ont été eux-mêmes privés.

Thème 2 : Une réponse adaptée aux élèves ayant des besoins particuliers

L’école moderne, voulue universelle et démocratique, s’est bâtie au XIXe siècle sur la prémisse parfois implicite que tous les élèves sont égaux… ou presque. La société a donc voulu veiller à ce que tous y maitrisent un tronc commun de valeurs, de culture et de connaissances qu’elle a défini et qu’elle juge indispensable. Si certains n’y arrivent pas sans aide – s’ils sont par exemple affectés d’un handicap ou d’une déficience – ils sont dits « inadaptés » et la société se sent le devoir moral de leur fournir des conditions d’apprentissage qui répondent à leur condition et leur permettent d’y parvenir.   Ils ont des ‘besoins particuliers’. Comment satisfaire ces besoins particuliers?

La solution traditionnelle a été de chercher, soit à adapter le déficient ou l’handicapé aux conditions d’un programme fait pour tous – comme la victime sur le lit de Procuste – soit, au contraire, à adapter à sa condition certaines variables de ce programme. En ce dernier cas, s’ils sont nombreux à partager certains mêmes besoins, la façon la plus efficace de le faire est de regrouper les inadaptés en sous-ensembles quasi-homogènes, selon leurs similitudes et donc la nature de leurs besoins. On peut alors créer des programmes ad hoc pour chaque groupe, lequel aura sa clientèle, son contenu, sa pédagogie, ses outils didactiques appropriés… et, idéalement, sera géré de façon autonome.

Problème résolu ? Pas tout à fait. Car après le Rapport Robbins de 1963, avec l’explosion des connaissances et de la demande « push » et « pull » pour plus d’éducation, on en est arrivé, en Grande Bretagne d’abord puis un peu partout, à une nouvelle compréhension des choses. Voyant que les individus entrent à l’école inégaux et différents, on a souhaité qu’ils en sortent, autant que possible : a) plus ÉGAUX, enrichis d’un « tronc commun » de valeurs et de culture qui les souderait en UNE société cohérente, mais, aussi, b) enrichis de connaissances et de compétences diverses qui ne les rendraient pas similaires, mais COMPLÉMENTAIRES…. Et donc, encore plus dissemblables !

Avec ce double but, l’éducation est devenue bipolaire. Avec un consensus social bien affirmé pour l’égalité citoyenne que doit exprimer ce tronc commun de valeurs et de culture, mais un consensus aussi pour que, sur le plan professionnel, les apprenants divergent et se distinguent au plus tôt, afin de favoriser l’universelle complémentarité qui est la voie vers l’enrichissement collectif. Un équilibre à trouver, mais avec la primauté accordée au matériel et à l’économique, l’aspect professionnel a vite couvert la quasi-totalité du cursus pratique et c’est la complémentarité qui a prévalu. L’éducation comme apport social, introduite pour que les gens se rassemblent et se ressemblent, est donc devenue la plus active des forces de différentiation.

Dans ce contexte de sélectivité et de primauté à l’expertise, on s’applique encore à exfiltrer de la cohorte les malvoyants, malentendants et autres handicapés bien ostensibles pour leur offrir un traitement spécial, mais cette opération encore nécessaire n’est plus la seule. Il faut donner un autre sens à la volonté de répondre aux « besoins particuliers ». Il ne s’agit plus seulement de compenser des déficiences pour adapter les marginaux à des normes, mais de ‘CLASSER’, si on peut dire, TOUS les individus de TOUTE une population, pour offrir à chacun le programme le mieux adapté à ses spécificités positives, à ses buts et intérêts… et aux besoins de la société

     TOUS les élèves ont désormais des « besoins particuliers ». Ce sont les besoins particuliers qui sont devenus la norme. Chaque individu étant différent et devant viser a développer une complémentarité aux autres, il ne peut y avoir de formation efficace et adaptée à ses besoins que si elle est un agencement de connaissances sui generis. On l’a compris, mais on recule encore devant la conclusion incontournable qu’à chaque apprenant doit correspondre un programme « sur mesure » et que l’éducation comme nous la dispensons encore est devenue un rituel sans pertinence dont il faut changer les bases et les principes et surtout le rapport du normé à l’exceptionnel.

L’éducation doit devenir un buffet ouvert de toutes les connaissances accumulées de l’humanité, à partir duquel on compose autant de menus qu’il y a de convives. Chaque « menu » est un agencement unique de connaissances, répondant au « besoin particulier » de l’apprenant … qui doit être de répondre à un besoin particulier de la société ! Ce qui est commun à tous est essentiel, bien sûr, mais n’exige plus qu’une part relativement modeste et décroissante des efforts d’éducation. C’est le discriminant, le distinctif qui est le défi à relever. Il faut donc autant de programmes qu’il y a d’apprenants. Il n’y a plus que des « juments vertes » dans le pré, et il n’y a qu’elles qui intéressent beaucoup, car on prévoit qu’un jour il en faudra de toutes les couleurs… et peut-être pas deux tout a fait de la même teinte…

Aucun expert ne conteste cette évolution. Ce qui est objet de débats, c’est la logistique et l’échéancier de cette transformation vers un universel « sur mesure », son coût comme élément des investissements et dépenses de l’État et, surtout, la stratégie pour informer la population en général, les syndicats et les enseignants que les contenus éducatifs, la pédagogie, la docimologie et la structure d’encadrement de l’éducation sont à revoir entièrement. Les implications politiques sont évidentes. Il va falloir sacrifier beaucoup de notions désuètes, faire une hécatombe de vaches sacrées… Nous croyons suffisant d’en indiquer quelques exemples, car il y a tant à dire… Le système en est plein.

  1. Quand on veut une éducation sur mesure, la première vache sacrée à abattre est la notion que l’enseignement est au coeur du processus d’éducation. Au cœur de l’éducation il y a l’apprentissage. Enseigner n’est que le moyen – un des moyens – vers le but qui est d’apprendre. Le but est la transformation de l’apprenant lui-même par l’acquisition du savoir. Il faut donc accepter et privilégier l’AUTODIDAXIE.   Rien n’est plus important que de rendre l’individu plus apte à apprendre, et à apprendre seul sans la médiation d’un tiers. Est donc prioritaire tout ce qui permet un accès direct au SAVOIR. L’enseignant n’est PAS la source de la connaissance et il n’a pas à s’en prétendre le dépositaire exclusif. Son rôle – qui est crucial, mais ne doit pas être incontournable – est d’être un guide pour des apprenants dans l’univers en expansion des connaissances. Si l’enseignant se veut et se rend indispensable, il est un goulot d’étranglement.
  1. Le « savoir » est la somme de ce qui est su La somme de ce qui a été connu, appris, compris et conservé. C’est notre patrimoine le plus précieux. Le savoir de l’humanité qui a été conservé l’a été principalement par l’écriture. L’apprenant doit donc d’abord apprendre à lire, puis à apprendre en lisant… et à comprendre ce qu’il lit. La notion implicite que l’écriture ne puisse pas traduire fidèlement la pensée – et qu’un intermédiaire soit requis pour verbaliser le message et ainsi « enseigner » à un élève qui écoute – est une sottise; un vestige des temps de l’illettrisme. Réunir des élèves à plusieurs, non pas pour qu’ils échangent, mais pour qu’ils écoutent et apprennent ensemble… est encore plus bête. Le COURS MAGISTRAL est une aberration dont le défaut majeur est naturellement le nivellement par le bas, puisqu’il oblige à fixer les temps d’enseignement au niveau qui convient à l’élève le plus lent. Mais la dévotion à cette vache sacrée a aussi permis à celle-ci de vêler d’autres bêtises…
  1. a) La notion que les manuels scolaires et autres écrits pertinents peuvent (doivent?) être inaccessibles à ceux qui veulent apprendre et qui souhaiteraient les lire et les comprendre. Le plus souvent, ils sont écrits dans un langage abstrus et pédant qui en réserve la lecture aux enseignants et initiés. C’est le sabotage voulu de l’autodidaxie, sacrifiée ainsi aux corporatismes
  2. b) La notion que l’enseignement programmé (programmed learning ) comme il découle de la pensée de Skinner, les avancées indiscutable de Alfred Carrard en formation professionnelle, les méthodes de l’ANIFRMO en France ou du TWI aux USA qui peuvent faire de l’éduqué un partenaire plus actif de son éducation ne sont pas une ‘vraie éducation’, mais des pis-aller pour faire face à des crises.

Rien ne peut justifier cette approche; l’économie des ressources éducatives n’est pas une excuse raisonnable. L’enseignement magistral peut et doit être remplacé par un enseignement « préceptoral » qui permette à un enseignant de répondre, si nécessaire, aux besoins variés de plusieurs élèves.

Thème 3 : Un accompagnement tout au long du parcours scolaire

      Il est bon de mettre cette question dans son contexte large. La vie moderne en société impose à chacun une multitude de décisions dont la fréquence, la multiplicité, la complexité et la diversité sont telles qu’il n’a pas la compétence de les prendre. Ces décisions vont de l’achat trivial de tout bien de consommation, à celle VITALE d’accepter une chimiothérapie. En toute matière qui exige une expertise – et quelle démarche n’en exige vraiment aucune ! – le profane qu’est la plupart du temps chacun de nous est si démuni, face au professionnel, qu’on doit douter qu’il puisse donner un consentement éclairé à quoi que ce soit qui lui soit proposé dans le cours de ses démarches courantes.

Depuis toujours on a accepté cette arnaque ininterrompue. « Que celui qui achète prenne garde ! » (Caveat emptor) – disait déjà la Droit Romain… Mais ne peut-on pas penser que l’un des aspects de l’évolution de la société par l’éducation soit justement – puisqu’il est impossible de faire de tous des experts en tout – de faire bénéficier peu à peu chacun de l’assistance d’autant de conseillers-experts divers qu’il en faudra pour le protéger de ces arnaques et même pour les prévenir ?

Devenant un spécialiste, chacun devient plus dépendant d’autres spécialistes, et lui assurer la disponibilité de ceux-ci devrait devenir une grande mission de l’État. Chacun devrait déjà avoir son médecin de famille et, par celui-ci, un accès efficace à toutes les ressources médicales, mais ce n’est qu’un premier pas timide dans cette voie d’un accès universel à l’expertise. Il faudra vite que chacun ait son dentiste, son ophtalmo, chaque femme son gynécologue et chaque enfant dont pédiatre etc.,

Ceux-là et bien d’autres fournisseurs de services seront payés par l’État et rémunérés par capitation. Cette tendance est irréversible, car elle est la seule façon de baliser une croissance illimitée de la richesse de la société en orientant la consommation vers les services utiles, en gérant intelligemment les ressource et en maintenant une certaine justice sociale, plutôt que de la voir dilapidée en gadgets insignifiants et en réalisations privées somptuaires pour les seuls bien nantis.

Le grand mérite du paiement par capitation est qu’il laisse à la collectivité, représentée par l’État, le pouvoir efficace de répartir richesse et travail selon les priorités sociales, mais sans enlever à l’individu son droit de choisir son fournisseur et d’en change, ni donc supprimer la pression que doit exercer sur le fournisseur le lien étroit qui devrait toujours exister entre sa rémunération et la satisfaction de son client.

Il n’y a pas que les ressources médicales dont il faudra offrir les services payés par capitation, mais bien d’autres, dont les juristes et les orientateurs scolaires et professionnels (« conseillers en orientation ») qui devraient accompagner chaque individu durant toute sa vie active. Le choix que fait chacun d’une occupation – métier ou carrière – est sans doute LA décision économique la plus importante de sa vie Son insertion sur le marché du travail est un moment unique, que poursuivra une séquence de décisions-clef qui a un impact non seulement sur lui, mais sur la société elle-même.

Il est étonnant que l’État n’ait pas déjà mis en place une encadrement visant a optimiser l’utilisation des ressources humaines qu’il forme à si grands frais et traite ensuite avec une désinvolture et une absence de suivi qui confine à la grossière négligence. Comment peut on supporter que nul ne prenne le chômeur par la main et ne l’aide en toute priorité à reprendre sa vie active ? Après la sécurit que doit garantir l’ordre public, RIEN N’EST PLUS IMPORTANT que de mettre toute le monde au travail.

Quand on pense à un accompagnement tout au long du parcours scolaire de l’individu, il faut donc y voir la première étape d’un accompagnement tout au long de sa vie de travailleur et comprendre qu’il s’agit d’une même problématique. L’enfant qui manifeste un problème durant sa première enfance sera naturellement vu par un orientateur dès que la DPJE aura décelé le problème – (cf Thème 1, supra) – mais l’enfant qui n’a PAS de problèmes le sera aussi, dès la première année du primaire. L’enfant aura son orientateur payé par capitation que choisiront les parents, et qui le restera durant tout le Premier Cycle de l’éducation générale.

Au moment du passage au Deuxième Cycle, il pourra changer d’orientateur. Etant encore mineur, ce sont encore ses parents qui y veilleront, mais il sera alors considéré normal, à ce moment de sa vie où il devient adolescent, qu’il soit tenu compte de ses propres préférences pour le choix de ce nouvel orientateur. Ce dernier, en effet, jouera un rôle décisif pour le déroulement de la vie de l’adolescent, puisque c’est lui qui l’accompagnera pour le choix crucial de sa transition vers le travail et/ou une formation professionnelle.

Thème 4 : La qualité de l’enseignement et des pratiques pédagogiques

On peut donner à cette question une interprétation pointue et y voir un appel à préciser la problématique de la docimologie qui sera appliquée dans le système d’éducation du Québec. Mettant à profit sa formulation, nous choisissons d’y voir plutôt une invitation à distinguer ici entre une « qualité de l’enseignement » – s’évaluant à la mesure du succès du changement apporté chez ceux qui le reçoivent – et une « qualité des pratiques pédagogiques » qui chercherait à mesurer l’efficacité des méthodes utilisées pour dispenser cet enseignement. On peut juger cette distinction arbitraire ou même spécieuse; mais, si on l’accepte, elle peut faciliter une meilleure compréhension des raisons qui justifient une répartition plus claire des tâches entre deux (2) types d’intervenants en éducation.

Il semble utile, en effet, de distinguer en éducation entre, d’une part, ceux qui interviennent directement auprès de l’apprenant pour lui transmettre un contenu cognitif, ou de toute autre manière le transformer (éduquer) dans le cadre d’une relation humaine interpersonnelle immédiate et, d’autre part, ceux qui contribuent à la définition de ces contenus cognitifs et de tous les autres paramètres qui ne sont pas directement lié à cette relation interpersonnelle pour fin d’enseignement. On peut dire des premiers qu’ils sont les seuls vrais enseignants, des pédagogues « pratiquants », et que c’est à leur seule action que doit se mesurer la « qualité des pratiques pédagogiques » ainsi que la pertinence des modes opératoires de transmission des connaissances et compétences que chacun d’eux utilise.

La « qualité de l’enseignement », elle, ne dépend pas que des seuls enseignants, encore moins de l’un ou l’autre d’entre eux, mais de l’activité aussi de tous les intervenants. Elle doit être évaluée aussi, bien sûr, mais elle ne peut l’être qu’au vu de ses résultats et il ne faut pas tomber dans le piège d’y chercher un outil pour évaluer des performances individuelles, alors qu’il s’agit de toute évidence d’une réalisation collective. On évite bien des malentendus si on ne l’oublie pas. De cette distinction entre enseignants et tous les « éducationnalistes », on peut tirer bien plus que des pratiques docimologiques; on peut en déduire une nouvelle structure du système d’éducation.

Que proposons-nous ?

Que le Ministère définisse ses objectifs, ses programmes par « modules » dont les objectifs de chacun soient précis et quantifiables, ainsi que les tests, examens et critères permettant de juger de l’atteinte de leurs objectifs. Qu’il assure la logistique de ces tests et examens et en confirme la réussite, de même que la diplomation éventuelle par programmes. Planification, administration, logistique, moyens didactiques et docimologie doivent être la responsabilité du Ministère, directement ou via ses instances régionales et locales. Le Ministère ni ses émanations, toutefois, n’ont à intervenir dans le processus d’enseignement lui-même : ILS L’ENCADRENT. Enseigner – la pédagogie, au sens le plus large est l’affaire de l’enseignant. C’est lui, l’expert

Comme le capitaine d’antan sur son navire, l’enseignant qui entre dans sa classe doit y être « Maître après Dieu ». On lui donne un objectif d’enseignement global, mais, sous réserve du respect des bonnes moeurs, comment il y parvient et comment il enseigne ne regarde que lui. Il n’a pas à appliquer une discipline, mais il en décide et elle le sera selon ses directives. Il sera évalué selon sa performance qui sera naturellement évaluée en grande partie à l’aune du succès de ses élèves, mais ce succès sera apprécié au vu des attentes raisonnables et des objectifs concrets réalistes fixés à l’élève après consultation de son orientateur (cf thème 3 supra.). Chaque élève est une PERSONNE. Sa formation est faite pour lui. Son apprentissage est essentiellement autodidactique et l’enseignant n’est pas seulement son guide dans l’univers des connaissances, mais aussi son médiateur auprès de toutes les autres ressources du système d’éducation.

Quand on choisit cette approche « sur mesure », où la relation apprenant-enseignant devient l’axe autour duquel tout le reste tourne, il n’est pas question de remettre l’élève entre les mains d’une cohorte de spécialistes en diverses matières – parfois une douzaine en une seule année ! – qui ignoreront même son nom. L’apprenant ne doit avoir qu’un seul enseignant (Mentor) pour la durée de son éducation de niveau primaire ( Cycle général 1) et à un seul (Précepteur) pour celle de son éducation secondaire ( Cycle général 2).

La façon normale de procéder doit être que l’élève étudie les modules qui constituent son programme, simultanément ou en séquence, seul ou en équipe, suivant les conseils de l’enseignant. C’est l’enseignant qui assure l’évaluation formative de son apprentissage. Quand l’élève croit avoir maitrisé le contenu d’un module, il peut demander à passer un « pre-test » en reflétant le conten. Quand il le réussit à la satisfaction de l’enseignant, ce dernier peut l’inscrire à l’examen formel qui permettra à l’élève d’obtenir l’attestation qui fera la preuve qu’il a bien appris et compris le contenu de ce module.

L’examen formel pour chaque module vise à être pratiquement exhaustif « en compréhension » du contenu du module dont il atteste la connaissance. Ces examens sont tenus mensuellement sur une base régionale, sous l’autorité du Ministère. La somme des attestations qu’il a reçues fait foi des connaissance acquises de l’apprenant. On comprend qu’en ramenant toute évaluation à un contrôle de connaissances objectives, on escamote volontairement tout jugement qualitatif péremptoire, y substituant un choix d’alternatives. Nous pensons que c’est bien avec cette impartiale rigueur qu’une société doit évaluer son système d’éducation et ses pratiques pédagogiques

Recommandations (AXE I)

        Durant la petite enfance, nous recommandons que l’enfant bénéficie: a) – d’un encadrement plus vigilant par l’État (DPJE), pour éviter les inepties et les horreurs de la violence dont les enfants sont trop souvent victimes au foyer et pour permettre de remédier aux lacunes de l’enfant avant qu’il ne soit trop tard;

b) – d’une attention plus grande et d’un premier « coaching » plus compétent en mini-garderie, de la part de ses propres parents ou de voisins proches ayant reçu une formation parentale et étant eux-mêmes assistés de canaux de télévision éducative créés à cette fin.

Nous croyons que TOUS les apprenants ont des ‘besoins particuliers » et que pour y répondre adéquatement il faut privilégier l’autodidaxie, renoncer aux cours magistraux, adopter une approche qui donne à chaque élève – intégré à un groupe permanent – un programme sur mesure… et un seul enseignant (mentor, au Primaire, précepteur au Secondaire.

Nous recommandons que l’orientateur, scolaire ou professionnel, (conseiller en orientation), soit considéré comme une ressource sociale essentielle, au même titre que le médecin et que chacun ait donc le sien, rémunéré par l’État par capitation. Il travaille avec l’enseignant au succès de l’apprenant visant a réaliser son potentiel, et aide ensuite le travailleur dans ses choix de carrière.

Nous recommandons que toute l’éducation soit définie en termes de « modules », ‘valant’ chacun pour fins d’évaluation un nombre d’heures normé de formation, et que toute évaluation soit faite et toutes attestations et tous diplômes accordés par l’État, par modules, suite a des examens visant a une connaissance exhaustive du contenu dudit module.

Evidemment, c’est une affaire à suivre…

Pierre JC Allard

ANNEXES:

https://nouvellesociete.wordpress.com/2014/02/10/education-formation-et-culture/

 

3 commentaires »

  1. « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien hors de l’État » Benito Mussolini, y compris pour « l’enseignement » ? Que valent alors l’amour d’un père, l’amour d’une mère, tout à l’air d’être fait pour soustraire (arracher) l’enfant à l’influence (non qualifiée) de ses parents , on se croirait aux heures les plus sombres d’un état qui pratiqua ce genre de politique avec le résultat qu’on sait.
    Les enseignants n’ont aucun compte à rendre aux parents, ce sont eux qui détienne la vérité, la science, les savoirs, les parents sont tenus à l’écart de tous les programmes scolaires puisque ceux-ci sont établis par de vieux barbons qui doctement précisent que les jeunes n’y connaissent rien et de surcroît n’ont aucune expérience.
    Le mot État ou ministère ou orientateur ou encore enseignant sont cités plus de 30 fois, le mot mère jamais même si il est tout juste inclusif dans la notion de parents

    Commentaire par zelectron — 11-11-16 @ 9:15

  2. @PJCA,
    J’ai lu et relu, soumis ce texte au microscope de ma négativité pour être vaincu par sa justesse, son humanité et l’espoir concret qu’une nouvelle société ne peut qu’en advenir.

    Salutations distinguées.

    Commentaire par jfbelliard — 17-11-16 @ 8:08

  3. @ PJCA et zelectron

    Précision sur le cheminement intellectuel que ma pensé a parcouru afin d’émettre mon commentaire du 17 novembre 2016 à 8h08.

    http://www.aryanalibris.com/index.php?q=L%27Homme+subjugu%C3%A9

    Ce sont à des femmes du calibre des Esther Vilar, Alice Miller, Christiane Olivier qu’il faut identifier et confier la tâche de mettre en place ce que vous préconisez.

    Commentaire par jfbelliard — 27-11-16 @ 9:18


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