Nouvelle Societe

13-02-05

T25 Le loisir en banque

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:24

Les besoins de la production ne peuvent correspondre à une répartition satisfaisante de la charge entre les travailleurs que si le nombre des travailleurs est minutieusement ajusté pour chaque profession.  Une organisation intelligente de la formation va permettre à terme qu’il le soit, mais hic et nunc, ce n’est pas le cas.  On ne peut satisfaire aux besoins de la production qu’en exigeant des divers groupes professionnels des prestations globales de durées différentes.

Le système actuel a résolu le problème en faisant varier le nombre des travailleurs dans chaque catégorie et en excluant les travailleurs en surplus. C’est cette solution bête et méchante  – mais simple – qui a permis de maintenir la rigidité des heures de travail.  Le travail partagé va être plus complexe à gérer. On veut qu’il soit équitable, mais qu’il ne devienne pas une contrainte. Cela n’est possible que si une grande flexibilité existe quant à la façon de faire ce partage.

On ne peut obtenir le résultat souhaité en créant le minimum de distorsions dans la production et le minimum d’inconvénients  pour tous, que si on laisse employeurs et salariés  décider eux-mêmes de la façon la plus commode pour eux de diminuer la durée du  travail. Seule la durée annuelle des heures de travail permises pour les diverses professions sera donc fixée par la loi ; il sera discrétionnaire  que l’’on fasse varier le nombre d’heures de travail par jours, celui des jours ouvrables par semaines ou celui des semaines de travail durant l’années.

Pour que le travailleur conserve son salaire d’avant le partage, il suffira qu’il fournisse à son ou ses employeurs le nombre d’heures de travail par année correspondant à sa profession et que, pour faire l’appoint de ses heures de travail antérieures, il  accepte son affectation par l’État a des cours de formation ou à des Travaux d’Intérêt Collectifs (TIC) d’une durée flexible.  L’employeur lui payera ses heures travaillées et l’État lui payera la différence. Le travailleur touchera ainsi son plein salaire d’auparavant, mais il recevra normalement en plus une formation et/ou fournira sous forme de produit TIC des services utiles supplémentaires.

Au moment du partage, il est vraisemblable que l’employeur  complétera ses effectifs et que de nouveaux travailleurs seront embauchés qui seront rémunérés avec les sommes déduites du salaire des travailleurs dont la durée d’emploi aura été réduite.  Pas toujours, toutefois ; il est possible que l’employeur satisfasse ses besoins en utilisant moins de main-d’œuvre.

S’il y parvient, ce sera une bonne nouvelle ; il économisera sur ses salaires et pourra donc investir davantage en équipements ou en procédés qui lui permettront d’autres économies… Dans un régime de revenu-travail garanti, une mise à pied n’est plus une catastrophe, c’est une opportunité. Pourquoi ne pas, plus simplement et sans partage, affecter aux TIC et à la formation les travailleurs déjà en chômage ?  Pour trois (3) raisons.

D’abord, parce qu’on ne répartirait pas alors l’effort de formation sur l’ensemble de la main-d’œuvre ; on le concentrerait  sur ceux qui n’ont pas manifesté l’initiative de s’adapter eux-mêmes aux changements du système de production. Une sélection contre nature.

Ensuite, parce qu’on ne fournirait pas alors aux employeurs une occasion et une motivation pour augmenter leur productivité  en réaménageant leur main-d’œuvre et qu’on ne pourrait non plus favoriser le passage de  tous les travailleurs vers le travail autonome en leur donnant la chance de le faire au départ en parallèle à un emploi salarié.

Enfin, parce qu’on n’aurait pas alors prétexte pour procéder à une diminution constante des heures de travail salariés sans réduction de salaire; or, c’est cette diminution qui équivaut à une hausse du taux horaire et permet de distribuer au travailleur sa part en loisir des gains de productivité. En principe, on tentera donc de répartir entre tous les travailleur le travail salarié, l’affectation aux TIC, celle à la formation… et le loisir.

La diminution des heures de travail – un phénomène en marche depuis des décennies – est la reconnaissance de cette valeur qu’est le loisir. Une richesse, qui doit aussi être distribuée équitablement. La montée du travail autonome rendra cette décision du loisir plus facile et plus flexible – chaque autonome prendra bien le loisir qu’il voudra – mais le système  instrumentera néanmoins le loisir pour palier les inévitables difficultés d’ajustement de la main-d’œuvre à la demande de travail.

Souvent, pour mieux arrimer la production d’une branche d’activité à celle d’une autre, le système pourra souhaiter que certaines professions travaillent moins ou davantage pour un temps.   Il pourrait y parvenir sans difficultés indéfiniment en augmentant le pourcentage des heures accordées à la formation ou aux TICS, mais les travaux collectifs, les recyclages et perfectionnements ne doivent pas être inutiles. Ils doivent répondre à un besoin.

On voudra aussi parfois, pour éviter des goulots d’étranglement, accélérer  la formation  de certains travailleurs et ralentir celles des autres. Il peut donc être opportun, parfois, pour la société comme pour les individus, que certains travailleurs  soient mis simplement « en loisir ».  Il faut que le loisir fasse partie de l’équation.

Comment concilier le besoin que certains travaillent plus, avec la volonté que le loisir soit réparti équitablement ? Une distribution équitable du loisir ne peut se faire à l’horizon d’une année, car les déséquilibres entre offre et demande doivent être résorbés par la formation, laquelle ne peut produire ses effets que sur une période d’années.

Cette conciliation n’est donc possible que si est allongée la période de référence durant laquelle les loisirs peuvent devenir  égaux pour tous. On peut faire au travailleur « crédit » de son obligation de travail pour son revenu – et percevoir au plus vite ! – ou, au contraire. lui mettre du loisir en banque.

Il faut que le travailleur à qui l’on demande de travailler davantage pour un temps puisse récupérer son loisir, qui sera alors différé et non perdu.  Il faut penser à une « Banque du loisir » qui, sur la durée d’une vie, lui permettra de travailler plus ou moins, sans que son revenu – ni l’équité ! –  n’en soit affectés. À la limite, c’est sa pension qui lui sera payée plus tôt ! Il faut donc penser « plan de carrière » pour le travailleur.

Pierre JC Allard

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2 commentaires »

  1. Si l’Etat affecte le travailleur salarié à la formation ou aux T.I.C, comment la baisse du temps de travail dégage-t-elle « du loisir » pour ce même salarié?
    Il y a là quelque chose que je ne saisis pas.

    Commentaire par jean-michel rey — 16-11-11 @ 3:16

  2. @ JMR

    Deux concepts a retenir. 1) L’État n’affecte le travailleur à la formation ou aux TIC que pour la part de son temps qu’il le rémunère afin que son revenu ne baisse pas. Cette part est dégressive à mesure que le travailleur assume son autonomie. En travailleur autonome, il définit son propre loisir. 2) Ce qui constitue le temps normal de travail pour justifier son salaire garanti doit, surtout au départ, varier selon les métiers pour s’ajuster aux exigences de la production; certains doivent travailler plus, parce que leur nombre est (relativement) insuffisant dans certaines spécialités. Pour qu’ils soient traités avec équité, ils doivent en t+1 travailler moins. C’est un « loisir’ qu’ils accumulent. Mieux nous pourrons prévoir la demande de main d’oeuvre, plus diminuera le temps qu’il faudra affecter à cette variable d’ajustement.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 16-11-11 @ 11:30


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