Nouvelle Societe

10-02-05

T24 Le travail paralllèle

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:05

Le travail partagé  facilite ce saut inéluctable vers le travail autonome, en rendant possible qu’on le tente « en parallèle » à un emploi, avec une sécurité de revenu comme filet sous le trapèze. On favorise ainsi l’initiative, mais en protégeant les victimes innocentes de cette transition vers l’autonomie dont nous profitons tous. Son apport fondamental, toutefois, c’est qu’il est créateur d’une richesse réelle.  On permet un travail qui répond à une vraie demande.

Pour le faire il faut changer notre approche actuelle de l’aide aux sans-travail. Celle-ci est basée sur la situation dite « normale » du travailleur qui a un emploi et la notion de justice distributive. Si ce travailleur-ci perd son emploi, on présume qu’il ne travaille pas. S’il ne travaille pas, il faut lui fournir un revenu minimal de subsistance, sous une forme ou une autre. S’il recommence à travailler – ou plutôt, si on le surprend à travailler – on n’a plus à lui fournir ce revenu.

Cette vision ne colle plus avec la réalité, parce qu’il y a présentement une demande énorme dans notre société pour des services qui peuvent être rendus par des travailleurs sans formation ou dont les compétences sont surabondantes sur le marché du travail. Dans certaines profession, la moitié des services sont rendus au noir. Ces services sont essentiellement ceux que le travailleur autonome peut produire en sus de son travail salarié.  Il y a une demande pour le travail des sans-travail. La demande pour les « services simples » qui remettrait les inactifs au travail est là.

Hélas, cette demande n’est effective qu’au prix que peut demander, pour rendre ces services, le travailleur au noir qui en demande peu parce qu’il ne cherche à en tirer qu’un revenu d’appoint. 
 Elle n’est pas effective au prix qu’en demanderait une compagnie spécialisée ou un travailleur autonome soumis à la fiscalité qui souhaiterait en retirer son revenu complet. Le consommateur ne veut pas payer ce prix pour ces services.

Il faut donc qu’on puisse être à la fois, un travailleur autonome et un employé dont le revenu est garanti. Le mot-clé est ici « parallèle ».  L’accepter c’est remettre en question notre conception de l’assistanat et forcer la révision tant de nos programmes sociaux que du contrat social implicite entre le travailleur et l’État.  Mais il faut le faire, car le marché exige un prix pour les « services simples »  – les services que l’individu est convainu de pouvoir se rendre à lui-même sans avoir une compétence particulière –  qui soit inférieur ou équivalent à celui du travail au noir… sans quoi il n’est pas preneur.

Si ces services ne sont pas offerts à ce prix, qui, pour le travailleur, ne peut correspondre qu’à un revenu d’appoint, une demande demeure insatisfaite, alors que quelqu’un qui pourrait la satisfaire ne travaille pas.  C’est une situation absurde… qui crée un marché qu’on dit noir parce que l’État me l’approuve pas, mais où les deux parties trouveraient leur avantage à s’entendre.  Un exemple type de ces prohibitions contre nature qui ne sont jamais respectées.

Il faut ignorer l’Histoire pour penser qu’on pourrait éliminer efficacement le travail au noir par la répression. Il serait d’ailleurs particulièrement odieux de sévir trop brutalement contre des travailleurs au noir au seuil de la pauvreté, pendant que la drogue, le tabac, l’alcool font encore l’objet de trafics mal réprimés. Il vaut mieux « blanchir » le travail au noir, c’est-à-dire laisser travailleur faire ce travail au prix du marché.  Le fisc y perdrait ? C’est justement la preuve que notre fiscalité est bancale et nous en parlons ailleurs.

Dans un système de travail partagé, tous les travailleurs qui le désirent tirent un revenu d’un emploi salarié dont la durée a été réduite, le corollaire étant que nul travailleur apte au travail ne touche plus un revenu sans avoir fourni sa cote part de travail. Puisque personne ne reçoit plus une aide financière sans apporter sa juste contribution en travail, on ne peut accuser qui que ce soit de vendre ses services à rabais en profitant d’un soutien que lui apporte la collectivité.

Celui qui s’est acquitté du travail salarié pour lequel il reçoit son revenu garanti ne commet donc  rien de déloyal en utilisant le temps libre que lui consent le travail partagé pour devenir un travailleur autonome et offrir, « en parallèle » à son emploi, tous les services qu’il peut fournir, au prix dont il convient. 

 Ces services incluent, entre autres, ceux qui sont aujourd’hui rendus au noir. Le travail parallèle blanchit le travail au noir.

On doit blanchir le travail au noir. 

 C’est une situation type où la loi du marché doit s’appliquer sans contrainte, puisqu’il ne s’agit pas de services essentiels pour l’acheteur et que le prix qu’en retirera le fournisseur de services ne représente pour lui qu’un revenu d’appoint.  Il faut le faire vite, car cette prohibition, dans une économie de services et de sous-emploi chronique, ne permettra pas de harnacher cette bête avant qu’elle ne nous désarçonne. Le travail au noir n’est que la première manifestation d’une désobéissance civile qui peut se propager et détruire notre société.

N’y a-t-il pas un danger que le travailleur « en parallèle » mette progressivement en péril de plus en plus d’emplois dont il concurrencera la production à meilleur prix, toujours parce que son travail parallèle ne vient que compléter le revenu qu’il tire se son emploi?  Bien sûr… et ce n’est pas un inconvénient. C’est ce qui entraînera le remplacement des emplois par le travail autonome dans tous les cas où le travail autonome est plus efficace. Le défi n’est pas de préserver ces emplois, c’est de garantir au travailleur le revenu qu’il en retirait. Tant mieux s’il passe ensuite de plus en plus de temps hors de la structure des emplois. C’est la transition qu’il faut gérer.

L’avenir du travail en parallèles est prometteur. Certains des fournisseurs de ces services « en parallèle » connaîtront le succès. Quand le marché sera porteur et que leur rémunération horaire pour leur activité parallèle dépassera celle de leur revenu d’emploi, ils auront la réaction normale de renoncer à leur emploi et de se consacrer entièrement à leur travail autonome. Ceci d’autant plus facilement, qu’ils pourront TOUJOURS revenir à un emploi salarié quand bon leur semblera. Le travail parallèle aura conduit à l’autonomie.

Pierre JC Allard

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