Nouvelle Societe

08-02-05

T20 Le travail partagé

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 3:29

Pour que l’État puisse garantir un revenu chaque travailleur, il doit se responsabiliser pour le placement des travailleurs. Il faut, pour cela, que des postes de travail conformes aux qualifications de chaque travailleur sans emploi existent en nombre suffisant.  Or, il est clair que ces postes de travail actuellement n’existent pas.

Ils le deviendront à moyen terme, puisque l’on tiendra compte des exigences du marché du travail pour former les futurs travailleurs. C’est ce que fera une politique de main d’œuvre intelligente et, particulièrement, le processus de certification par concours dont nous avons parlé. À court terme, cependant, l’équilibre ne peut être atteint que si l’on procède au partage du travail.

Essentiellement, il s’agit d’affecter un plus grand nombre de travailleurs à l’exécution de chaque objectif de production, ce qui conduit à une réduction du temps de travail de chacun, Le principe est simple, la réalisation est complexe et nous en parlons dans les textes suivants, mais il faut d’abord en comprendre le principe de base et écarter deux (2) idées fausses: celle pernicieuse que le travail partagé mène à travailler moins … et l’autre, erronée, que le but soit de créer des emplois.

Il ne s’agit pas de travailler moins. Le but du partage du travail n’est pas de hâter le saut dans la la civilisation des loisirs. C’est le travail qui crée la richesse et une société où l’on travaille moins est une société qui s’appauvrit. Le partage du travail est une façon de relever le défi de la transformation de notre structure de travail basée sur l’emploi en une structure de travail autonome: une structure mieux adaptée à l’exécution des tâches inprogrammables qui constituent la véritable demande de travail d’une société post-industrielle. Il s’agit de travailler plus et de travailler mieux.

Travailler plus, globalement, parce que le travail partagé fait que l’on travaille tous. On réintègre les chômeurs, les assistés sociaux et les décrocheurs, ceux qui ont cessé de participer, les « déserteurs par résignation » de la population active. L’apport productif de ces gens que l’on remet au travail est un gain net pour la société qui les entretient aujourd’hui sans compensation, dans la mesure où ce qu’ils produiront vaudra plus que la différence entre les prestations qu’ils touchent présentement et les salaires qu’ils gagneront. Il n’y a rien là que d’enrichissant.

Travailler mieux, parce que l’objectif du travail partagé est aussi de libérer une part croissante de la population active d’une partie de ses tâches salariées – lesquelles sont de moins en moins adaptées à nos vrais besoins – pour lui permettre de faire un travail de créativité, d’initiative et de relations humaines pour lequel il y a une demande effective. On a donc tout à fait tort, quand on réclame une équivalence entre la réduction du travail salarié et le nombre d’emplois créés. C’est là, justement, ce que l’on ne veut pas! Ce qu’on veut, c’est un travailleur libéré des heures salariées et qui devienne productif hors de la structure des emplois.

En libérant peu à peu le travailleur du salariat, tout en garantissant son revenu, on lui permet de se recycler sans heurts dans l’encadrement plus motivant du travail autonome et de produire des services mieux adaptés à la demande actuelle dans des activités inprogrammables qui correspondent vraiment à la demande. Le critère incontournable de son utilité est que, s’il en tire un revenu il y a une demande effective pour le service qu’il offre.

Ce passage progressif à l’autonomie est le véritable but. Le partage du travail prend sa vraie dimension et devient une solution valable à nos problèmes, quand on cesse de le définir de manière simpliste comme une réduction du travail en général, pour préciser qu’il ne s’agit d’une réduction progressive que du TRAVAIL SALARIÉ, cette réduction permettant une redistribution de la charge de travail hors de la structure traditionnelle des emplois.

Le partage du travail est un réaménagement des ressources humaines pour qu’elles produisent plus efficacement les services dont nous avons besoin. C’est le passage obligé vers une participation croissante plutôt que décroissante de la population à l’effort de production collectif. Celui dont la semaine de travail salarié passe de 40 à 35, à 30 ou a 20 heures ne reçoit pas un « ticket pour la plage ». On s’attend de lui, au contraire, à ce qu’il contribue encore plus de travail à la société.

Il pourra le faire dans le cadre d’un emploi à temps partiel pour son salaire garanti; mais durant la partie de son temps dont il aura été libéré par le partage du travail, il agira en parallèle comme travailleur d’autonome ou participera à un programme d’apprentissage. Le travailleur reçoit son revenu garanti en échange d’un emploi; c’est la responsabilité absolue de l’État de le lui procurer s’il en fait la demande. Simultanément, il développe – ou met à profit s’il la possède déjà – une compétence supplémentaire dont il pourra tirer un revenu comme travailleur autonome. Un revenu à la mesure de ses efforts, de son talent et de son ambition.

La sécurité du revenu est le premier pas. En garantissant à tous la sécurité du revenu, on élimine le besoin de défendre la permanence dans quelque emploi que ce soit, ce qui ouvre la porte à un réaménagement de la production, à un accroissement accéléré de la productivité dans le secteur de production des biens – et donc à un enrichissement collectif. Le second pas, c’est le partage du travail qui rend la mobilité possible, accroît la production  et permet d’affecter plus de travailleurs à la formation.

Rémunéré pour des heures d’emploi salarié, le travailleur, hors du cadre des emplois, assume sa créativité et son initiative ou améliore ses compétences par recyclages successifs. Il saute d’un emploi salarié à un contrat de services, à un statut de travailleur autonome, à une entreprise personnelle… ne retombant que bien involontairement dans le cadre contraignant d’un emploi salarié, lequel sera devenu pour lui un simple filet de protection sous ses voltiges. C’est le travail autonome qui va devenir la norme… et personne ne sera plus jamais exclu.

Pierre JC Allard

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