Nouvelle Societe

07-02-05

T8 Les services simples

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:43

On fera des décideurs des travailleurs autonomes.  Et « décider » ne s’applique pas que dans un contexte de hiérarchie corporative, mais de haut en bas de l’échelle des compétences. Le statut qu’on accorde au travailleur doit être celui qui lui permet le mieux d’accomplir les fonctions du poste de travail qui lui est confié. Or, quand on regarde les services que l’on attend des travailleurs et les circonstances dans lesquelles ils doivent les rendre, il semble bien que l’autonomie prévaudra et que ce sont des travailleurs autonomes qui s’accapareront de la majorité des postes de travail au sein de la main-d’œuvre, des plus simples aux plus complexes.

Il y a des services « simples » – que quiconque peut rendre avec un minimum d’habileté et sans longue préparation – et des services « complexes » qui exigent une formation préalable, disons supérieure à trois (3) mois. Ce choix d’une durée est ici arbitraire ; affaire de sémantique et d’opportunit taxinomique. Le plus court le délai qui permet de bien identifier une compétence, le plus utile… mais le plus exigeant pour les planificateurs.

Programmer tout apprentissage qui exige plus de trois mois et en faire la base d’une certification professionnelle est un objectif déjà ambitieux. N’en cherchons pas plus et disons que ce qui exige moins de trois mois de formation est un service… simple. Laver des vitres est un service simple, une opération à coeur ouvert est un service complexe. Les deux sont des activités en partie « programmables, mais non-programmées », même si l’on peut penser que la première sera tôt ou tard entièrement mécanisée, alors que la seconde ne le sera sans doute pas. Simples ou complexes, les services seront surtout exécutés par des travailleurs autonomes.

D’abord, voyons les services simples, le domaine des « petits boulots ». Nous parlons de services, mais nous pourrions dire tout travail qui ne requiert pas une structure industrielle de production. Il y a une demande pour les biens de production artisanale, tout comme pour les services. Il y a une infinité de services simples qui peuvent être rendus dans notre société et on peut augmenter indéfiniment le nombre des fournisseurs de services simples – pensez aux jeunes volontaires qui se précipitent pour nettoyer votre pare-brise..

L’élasticité de la demande pour un service en fonction de son prix n’est pas infinie.  La demande, pour tout service, cesse tout bêtement quand le besoin est satisfait – pensez à votre façon de réagir à l' »offre de travail » du deuxième volontaire laveur de pare-brise -…  mais elle varie grandement selon le prix qu’on en demande. La demande pour une large part des petits boulots ne peut être satisfaite  que par des travailleurs autonomes. Pourquoi ?

Parce que l’offre de travail pour les petits boulots dépasse si largement la demande, qu’on peut difficilement dorénavant en tirer un revenu de subsistance. En l’absence d’une aide massive de l’État pour assurer son recyclage et sa formation, le travailleur chassé du secteur industriel ne peut se convertir qu’en fournisseur de services simples et rien d’autre.  L’offre de main-d’oeuvre  pour les exécutants de « petits boulots » est donc énorme et le salarié n’a pas sa chance…

La profitabilité des compagnies qui affectaient des employés à la prestation de services simples s’est  effondrée. L’entrepreneur qui paye le salaire horaire syndical pour un travail exécuté selon les règles syndicale – la rénovation domiciliaire en est un bon exemple – ne peut concurrencer le travailleur autonome qui va accepter de travailler au niveau de subsistaance que grâce à des subventions déguisées, à des coalitions qui réduisent illégalement la concurrence, à une réglementation coercitive et à des moyens de pression dont la légitimité est souvent douteuse. L’emploi est ici bien précaire.

D’autant plus précaire que la barrière du niveau de subsistance n’est plus ici infranchissable. Il y a une limite au nombre de ceux qui peuvent « vivre » de la prestation de services simples. Un nombre bien supérieur de travailleurs peuvent toutefois en tirer un revenu d’appoint satisfaisant , en parallèle à un revenu d’assistanat.  Le prix du service peut alors s’ajuster sans limite à la demande effective et un prix suffisamment attrayant peut susciter une demande nouvelle, rendant le client conscient d’un besoin qu’il avait jusque là ignoré.

La rémunération des travailleurs autonomes qui ont choisi de faire ce travail,  est donc vite tombée SOUS le niveau de subsistance et la migration des travailleurs du secteur industriel vers les services simples a provoqué un effet pervers: le « travail au noir« .

 Une partie croissante de ces services a été rendue illégalement pour un revenu d’appoint complémentaire aux paiements de transfert qui constituent la couverture sociale d’assistanat.

Non seulement il en est résulté une perte fiscale qu’on estime à des milliards par année, mais ces revenus d’appoint, dont la distribution et l’importance sont difficiles à cerner, rendent impossible une analyse rigoureuse de l’adéquation des paiements de transferts aux besoins réels des sans-travail.

Les services simples – de la rénovation au gardiennage en passant par toutes les formes de bricolage et de services personnels – répondent à un besoin manifeste et vont créer une somme énorme de travail au cours des années qui viennent. Mais ils ne peuvent pas être considérés comme une source féconde d’emplois. Celui qui voudrait retirer un plein revenu-salaire de ces petits boulots ne pourra jamais concurrencer ceux qui n’en veulent en tirer qu’un revenu d’appoint.

Le marché des petits boulots appartiendra donc de plus en plus aux travailleurs autonomes – jusqu’à maintenant, des travailleurs au noir – à moins que l’État n’en assume une part croissante des coûts, par subventions, crédits d’impôt ou autrement, comme il le fait présentement  pour la rénovation. Si l’État prend cette voie contre nature, il en résultera pour la collectivité des services de moins bonne qualité et à des coûts plus élevés.

Le travail au noir ne peut pas être éliminé, il répond à un besoin et à une demande effective. Il ne peut être que blanchi. C’est le travailleur autonome qui conservera les petits boulots; il ne s’agit pas de les lui enlever pour créer des emplois, seulement de modifier intelligemment la struture du travail et la fiscalité.  Nous en parlons dans un autre texte.

Pierre JC Allard

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