Nouvelle Societe

07-02-05

T2 Le défi de la productivité

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 9:08

La productivité accrue qui est venue avec l’industrialisation a conduit peu à peu à une saturation de la demande effective dans toutes les branches du secteur de production secondaire au fur et à mesure qu’elles ont pu être mécanisées. Un seuil important a été atteint, il y a une cinquantaine d’années, quand le pourcentage de la main-d’œuvre dans le secteur secondaire a plafonné et a commencé à décroître.

C’est un signal qui semble anodin, mais qui annonçait pourtant clairement que nous entrions dans la phase terminale de l’industrialisation. Avant 1955, il s’agissait de produire plus pour satisfaire à une carence de biens de consommation; plus de machines ne voulait donc pas dire moins de travailleurs, mais plus de production. Mais, en 1955, aux USA – puis dans tous les autres pays industrialisés – le pourcentage de la main-d’oeuvre employée dans le secteur industriel a commencé à décliner…

On avait atteint le point de saturation de la demande effective, ce qui signifiait que, globalement, les baisses de prix découlant d’une mécanisation plus poussée ne pouvaient plus rendre les produits accessibles à une nombre suffisant de nouveaux consommateurs pour justifier que l’on garde au travail tous les travailleurs en place pour produire au niveau de productivité accrue que permettaient les nouveaux équipements.

La demande effective pour les produits manufacturés allait désormais augmenter plus lentement que la productivité-machine, de sorte qu’il faudrait de moins en moins de travailleurs pour produire les biens industriels que nous choisirions de consommer. Les travailleurs devraient dorénavant produire autre chose que des biens industriels, ou ils ne travailleraient pas. Ce n’est pas une hypothèse, mais un fait. En 1955, il y avait 54% de la main-d’oeuvre dans le secteur industriel aux USA; aujourd’hui, en 2009,il en reste 13 %… et le reste du monde suit.

Une baisse des emplois dans le secteur industriel n’a pas à signifier une baisse de production. Au contraire, l’objectif peut être de produire plus de biens industriels que jamais avec de moins en moins de travailleurs. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, augmenter la demande pour les biens industriels exige simplement d’augmenter l’équipement.

En fait, nous ne pouvons même pas sérieusement penser qu’une augmentation de la demande des biens industriels que nous consommons pourrait exiger de mettre au travail un seul travailleur de plus. Il y aura de moins en moins d’emplois industriels, jusqu’à ce qu’il n’en reste presque plus. C’est ça, la réalité. Mais, comme nous le verrons, ce « presque » est crucial….

Il y aura normalement de plus en plus de travailleurs industriels en surnombre. Nous n’y pouvons strictement rien changer et, surtout, nous ne DEVONS rien y changer. Cette évolution n’est pas un malheur, c’est l’inévitable verso d’un phénomène dont le recto est la productivité accrue et donc l’enrichissement collectif. C’est la production que nous voulons, pas le labeur; souvenons-nous que le travail n’est pas un bien en soi: c’est la Première Malédiction!

Nous ne devons pas freiner l’exode des travailleurs hors du secteur industriel. Il y sont encore trop nombreux pour que nous puissions produire au meilleur coût et en retirer cet enrichissement optimal de notre société que nous espérons et qui dépend essentiellement des gains de productivité. Cette migration des travailleurs,d’ailleurs n’est pas sans précédent.

Au début du XXe siècle, en Amérique du Nord, on a mécanisé l’agriculture quand d’autres ne le faisaient pas. Dès 1950, Wassilli Leontieff constatait que ce qui faisait de l’économie des USA – et de très loin à l’époque! – la plus riche du monde, ce n’était pas tant ses industries de pointe – même en pays pauvres, ces industries sont productives – que l’incomparable productivité de son agriculture! Aujourd’hui, il ne reste pas en Amérique du Nord 3 % de la main-d’oeuvre dans le secteur agricole et on exporte des surplus ! Et c’est encore surtout pour ça, qu’on y est riche…

Nous ne le resterons que si nous acceptons maintenant, sans retard, un accroissement de productivité dans le secteur industriel comparable à celui que nous avons obtenu dans le secteur agricole, il y a trois générations. Nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher l’évolution des techniques de production, ni donc vraiment celui de stopper la migration de la main-d’oeuvre hors des usines. Seulement celui d’accélérer ou de freiner cet exode, un qui correspond à deux (2) scénarios.

Le premier, c’est que les industries s’équipent au plus tôt des automates programmables les plus modernes, licencient dans l’ordre l’excédent de main-d’oeuvre industrielle et produisent de la façon la plus efficace. Dès que nous supprimerons les contraintes aux licenciements, il y aura évidemment une chute brutale de la main-d’oeuvre dans le secteur industriel. Il n’y restera plus alors 10% des travailleurs, mais, guidée dans sa transformation, cette main-d’œuvre produira autre chose.

Il en résultera un essor de la productivité et un enrichissement collectif. Les pays qui prendront cette voie auront une longueur d’avance sur la concurrence internationale et deviendront plus riches. Mais si nous persistons à freiner le passage au tertiaire, ce sera à grand risque pour notre avenir.

Le deuxième scénario, c’est celui des pays récalcitrants où, sous prétexte de préserver des emplois, on ne permettra pas cette mise à jour des équipements. Leurs industries, équipées de façon de plus en plus désuète – et devant nécessairement payer des salaires conformes à leur standard de vie acquis – ne pourront pas concurrencer la production à vil salaire des pays du tiers-monde, ni celle des pays développés qui se seront munis des équipements adéquats. Leur production industrielle, devenue non compétitive, périclitera.

Leur main-d’oeuvre industrielle baissera de toute façon sous la barre des 10%, mais sans l’apport concomitant d’une demande satisfaite pour des services qui aurait permis de financer le recyclage des travailleurs en surplus, hors du secteur industriel où ils sont un obstacle à la productibité et vers des activités où ils seraient utiles, les récalcitrants cesseront d’être les « riches » et prendront leur place parmi les « pauvres » de la planète.



Piere JC Allard

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