Nouvelle Societe

21-06-09

262 Les trois (3) problèmes en Iran

Je ne reviens pas souvent deux fois sur une même question. Exception aujourd’hui que je crois nécessaire, car j’ai passé une bonne partie de ma journée en discussions sur divers médias, sur ce thème que j’abordais hier de l’intrusion des Américains dans la démocratie iranienne à grands coups de Twitter

Il y a présentement en Iran deux (2) problèmes domestiques graves: celui de sa gouvernance et celui de la démocratie. Le troisième problème, qui lui vient d’ailleurs, est qu’on confond les deux premiers problèmes à plaisir pour des intérêts inavouables.

1. Le problème de la gouvernance en Iran, c’est celui d’un peuple qui a connu de meilleurs jours, que le pétrole a enrichi par castes et donc de façon bien inégale, d’un pays manipulé par des intérêts étrangers et leurs alliés nationaux et dont la couche la moins prospère et la moins éduquée s’est réfugiée dans sa religion.

Ce qui exerce le pouvoir réel en Iran – et on ne devrait pas prétendre le connaître – fonctionne sous l’étendard d’une théocratie chiite, dont le pouvoir s’étend en vertical, d’une tête sans doute aussi agnostique et corrompue que celle des autres religions, jusqu’à un bas clergé, parfaitement obscurantiste, sans doute pas si différent dans ses moeurs que celui qui occupait l’Europe au Moyen-Âge. Ce qui nous amène au deuxième problème.

2) Le deuxième problème est celui de la démocratie. Ce bas clergé en Iran est assez intégré dans cette cette couche majoritaire « moins prospère et moins éduquée » de la population et il y est si dominant, que toute décision qui sera prise démocratiquement en Iran le sera selon les instructions de ce clergé. La démocratie en Iran conduit à l’obscurantisme. Toute évolution en Iran passe donc par une mise en veilleuse de la démocratie le temps de diffuser une éducation moderne.

Ce qui donne beau jeu pour intervenir à ceux qui ne souhaitent PAS une évolution en Iran. Le Shah a tenté cette évolution et, bien sûr, on lui a opposé une résistance populaire quand on a voulu s’en défaire. Ce qui est original, aujourd’hui, c’est que les Américains prétendent se débarrasser de la démocratie obscurantiste en lui opposant une autre « démocratie ».

C’est du Novlang à la 1984, car c’est une « démocratie » conforme à la vision USA et dont le peuple ne veut pas. Cette gouvernance peut être évolutive si on veut, mais certes pas démocratique au sens réel du terme qui est de correspondre au désir de la majorité. Si on parvient à imposer une rvolution, on aura tout sauf une démocratie. On aura une mainmise étrangère et c’est le troisième problème. Immédiat.

Les Américains tentent d’installer en Iran, pour des raison que nous n’avons pas à discuter ici, un bypass qui va contrôler la psyché des Iraniens le temps de changer pour eux le gouvernement contre la volonté de la majorité et de dire qu’ils l’ont voulu. C’est du Goebbels 2.0.

Pour le justifier, on veut convaincre l’Occident qu’il y a en Iran une contestation qui est le fait de tous les Iraniens, alors qu’elle n’intéresse qu’une petite partie de la population. J’ai passé des décennies dans des pays pourtant opprimées, où la liberté telle que nous a concevons n’entrait pas à l’agenda des populations. C’est le cas en Iran. La majorité de la population iranienne aime les mollahs et a voté pour Ahmadinejad.

On veut donc feindre une décision démocratique en s’appuyant sur une élite contre la majorité. Cette approche est dangereuse. Bien sûr, on a aussi fait la révolution française en s’appuyant sur une élite, mais il suffisait alors d’une toute petite partie de la population pour la faire. Aujourd’hui, le développement des communications rend la démocratie, au sens réel de consensus, de plus en plus incontournable

En imposant une « démocratie » contre le consensus, on va donc va faire face à de graves dissonances cognitives qui vont mener à une catastrophe. Comme partout où les Américains sont intervenus récemment.

Si le gouvernement en place en Iran et auquel la population vient d’accorder sa confiance est évincé, on va créer un espace ininterrompu d’anti-occidentalisme, d’anarchie et de rébellions plus ou moins ouvertes de Herat à Gaza. Même les USA ne peuvent pas contrôler un tel espace hostile, lequel, incidemment, est encerclé par la Russie, la Chine et l’Inde.

Ne me voyez surtout pas comme pro-islamiste. Je n’ai aucune amitié pour la théocratie ni le brassage des cultures. Je ne veux que la paix, le respect des autres et notre propre développement comme Occidentaux. Je dis seulement que l’on fait des bêtises.

PIerre JC Allard

20-06-09

261 Twitter et démocratie

Juin 2009, élections en Iran. On le sait depuis longtemps et personne ne s’énervait. D’abord, parce que le vrai pouvoir n’est pas en jeu; les mollahs que représente le Guide supreme Khamenei l’ont bien en main et ils le garderont, quel que soit le résultat de ces elections; le Président n’est qu’une concession au désir de la population de s’exprimer. Ensuite, parce que l’on savait qui serait élu. Qu’ils soient réalisés par des firmes étangères ou nationales, tous les sondages étaient unanimes: Ahmadinejad, haut la main,

Pourquoi serait-t-il réélu ? Parce qu’il est déjà en poste – et ça compte, dans un pays de traditions, de fonctionaires et de favoritisme millénaire – et, aussi, parce qu’il est populaire, ce qui compte aussi, quand on veut jouer à la démocratie. Ahmadinejad est un homme du peuple qui nourrit ses chévres, cultive son jardin et à fait plus pour les petites gens en Iran que tous ceux qui l’ont précédé. C’est ça qui séduit l’Iranien moyen, lequel, comme tous les quidams lambdas de tous les pays du monde, ne s’intéresse que médiocrement à la géopolitique et au sens de l’histoire.

Personne ne doutait qu’Ahmadinehad serait réélu et, comme l’annonçaient les sondages, il a recueilli les deux-tiers des suffrages. Pas de surprise, voilà qui est fait… Mais arrive un élément nouveau : TWITTER.

Twitter, c’est la pénultième étape de la plongée de la civilisation vers la simplicité et les raccourcis. Apres Twitter, il ne reste que le retour à la perfection initiale simiesque des grimaces et des onomatopées. Pour « twitter », écrivez en 140 caractères ce que vous avez a dire. Si vous êtes Einstein et que c’est E=MC 2 que vous tapez au clavier, c’est génial ; mais autrement, si vous voulez partager avec quelqu’un le secret du nez de Cyrano, par exemple, oubliez Rostand. Vous n’avez que l’espace pour dire qu’il est gros et signer « sot ».

La fin du génie ? Oh, que non ! Twitter est génial autrement. Genial en politique pour manipuler le peuple. Pas d’idées, juste des slogans. Goebbels, parfaitement réalisé. L’outil parfait pour Big Brother. Alors quand on a vu ces tristes résultats sans surprise en Iran…. Pourquoi ne pas tester Twitter in vivo ? Rien a perdre puisque ces élections étaient déjà passées aux profits et perte…

Sitôt dit, sitôt fait. Un coup de fil du Secrétariat d’État américain aux gens de Twitter et c’est parti. Grâce a Twitter, on va pouvoir exciter la populace par des message sans queue ni tête, diffusés sur les portables dont on a distribué des millions et des millions en Iran. Le candidat Moussavi va cesser d’être le signet marquant la page pour le magouilleur Rafsandjani tapi dans l’ombre et qui attend sa chance. Il va devenir le champion de l’Occident.

Mousssavi. L’homme qui s’oppose aux mollahs, défend les droits de la femme, récuse le programme nucléaire iranien et n’a vraiment rien contre Israel. Tout ca en Occident, bien sûr. Car en Iran, il n’est pas ça, n’a jamais prétendu être ça, ne pourrait pas être ça même s’il le voulait et, surtout, CE NEST PAS CE QUE VEUT LE PEUPLE IRANIEN !

Ce que diffuse Twitter en Iran, ce n’est donc pas ça. Pas un mot d’un quelconque programme de Moussavi. Juste un appel à se plaindre de n’importe quoi. N’importe quoi qu’on peut dire en 140 caractères…. On distribue aussi, à ce qu’il paraît, un Guide pratique de la révolution en Iran, mais je n’en ai pas la preuve Ce dont on a la preuve, c’est que Twitter met dans chaque main qui peut bercer un téléphone des conseils pratiques pour foutre le bordel.

Où que vous soyez dans le monde, vous pouvez aider à nuire:
 régler les comptes Twitter sur le fuseau horaire de Téhéran, centraliser les messages sur les comptes Twitter @stopAhmadi, #iranelection et #gr88, etc. 
Mis en application, ces conseils empêchent toute authentification des messages Twitter et l’on ne peut plus distinguer le vrai du faux. On ne peut plus savoir ce qui est envoyé par des témoins des manifestations à Téhéran et ce qui l’est par des agents de la CIA à Langley ou en Angleterre.

Bordel à Téhéran. On a une nouvelle méthode de subversion. Plus efficace, sans doute qu’un putsch ou qu’une grève de camionneurs contre Allende au Chili, puisqu’elle s’en remet au désir de désordre toujours présent dns une population encadrée et n’exige pas que le people comprenne quoi que ce soit: Il suffit de l’amener à libérer une pulsion

Mais c’est une arme bien dangereuse… Qu’arrivera-t-il si elle est retournée contre ceux qui aujourd’hui l’utilise ? Imaginez un énorme Mai 68 ou, portable en main et Twitter en ligne, tous les gens qui n’ont jamais protesté choisissent un beau matin de libérer leur pulsion… Un temps pour l’anarchie. L’Insurrection qui vient

PIerrre JC Allard

29-04-09

Rocard, Twitter et le subliminal

Parce que le monde tourne autour de Washington, on se prive trop souvent d’écouter ce que l’Europe a à dire. Dommage, car c’est encore en Europe qu’on pense le plus.  Ainsi Michel Rocard – qu’il est aussi  inutile de présenter qu’un journal de la vieille – prend sa retraite en tirant une dernière flèche sur la TV qui tue la démocratie.

Rien de neuf. On peut retrouver le même message chez McLuhan et Chomsky, mais il est important de ne pas laisser la familiarité nous le faire oublier. Bravo donc à Rocard de le dire et à Rue 89 de le diffuser. La nostalgie n’a pas que son charme, elle a aussi parfois une valeur de rappel. 

La TV a exclu du débat public tout ce qui ne peut pas s’expliquer en 40 secondes, dixit Chomsky. Ça fait la part belle aux émotions et l’on peut mener les peuples à  la « vérité » comme les moutons à la bergerie, sans besoin de molosses qui les mordillent aux mollets. Nous allons vers une gouvernance plus bienveillante, dont Obama va nous donner l’exemple… si tout le système ne nous explose pas au visage.  Je parle ailleurs d’explosion. Un mot ici du contrôle bienveillant

Rocard a raison…mais prenons note qu’au-delà de la TV, il y a Twitter. Twitter nous fait faire un pas de plus vers le camouflage de la divergence, en permettant maintenant à tout le monde de contribuer au bruit de fond qui submerge faits et opinions dans une mer d’insignifiance.    La force de Twitter, c’est l’effet de perspective qui permet de voir plus gros ce qui est plus près et donc plus important ce que vous êtes que tout le reste.

En parlant de vous, vous pouvez oublier les autres, lesquels  vous le rendent bien.   La société peut être traitée comme un encadrement acquis, décor à vos vicissitudes, plutôt que comme un outil collectif à remettre en question. (To twit = pépier) Créons la forme transitive et « pépions nous » les uns les autres.

Avec le gazouillis de Twitter, la manipulation par la TV est-elle dépassée ? Oh que non !  On peut compléter le « do-it-yourself- kit » de création d’insignifiance que fournit Twitter, en utilisant toujours la TV pour façonner l’esprit même du téléspectateur,  afin qu’il ne colporte que des insignifiances « correctes ».   La TV donc, encore, mais une TV plus efficace.  Rien n’est plus efficace pour faire une pensée correcte que l’approche subliminale.

Le subliminal a suscité bien des commentaires, il y a déjà une quarantaine d’années, puis on a cessé d’en parler, on l’a dénoncé  et on s’en est servi. Discrètement. Pour vendre, d’abord, mais ce n’est que l’aspect anodin  du phénomène. On nous a aussi bâti une pensée.  Par l’éducation et les médias.  Ici, je ne blâme même pas, je constate.

Pourquoi parler à nouveau du subliminal ? Parce que, bien insidieusement, on a franchi dans le conditionnement une autre étape dont on ne parle jamais.    Avez-vous remarqué ces textes qui défilent en bas de l’écran pendant que le commentateur  vous débite son message parlé ?  À quoi croyez-vous qu’ils servent ?     Ils servent à diviser votre attention, de telle sorte que l’on puisse vous endoctriner plus facilement.

Si vous cherchez à lire ces textes, la vitesse de défilement de ces messages hétéroclites est telle qu’un individu normal ne peut pas en suivre le sens tout en écoutant le message parlé… ce qui ne vous empêche pas de l’entendre. Ce message parlé vous pénètre donc sans résistance et votre inconscient l’accepte comme un fait.

Vous pourrez ensuite le contester consciemment, s’il est vraiment en contradiction de votre expérience ou de vos principes, mais le lent travail de sape fera peu à peu son œuvre.  Vous finirez par résoudre vos dissonance cognitives en les réconciliant dans une vision qui sera plus ou moins subtilement différente de celle que vous aviez au départ.

Même phénomène si vous mettez toute votre attention sur le discours. Ce sont les textes écrits qui se graveront alors dans votre inconscient, sans que vous ayez pu faire le filtrage  que vous faites normalement dans la vie quotidienne quand vous êtes assailli par un idée choquante ou absurde.  Cheminez doucement dans la lavande en suivant le pasteur, vous verrez comme on est bien dans la bergerie..

Ce procédé de conditionnement en utilisant la vision périphérique ou la parole au seuil de l’inaudible n’a rien de révolutionnaire ; c’est l’application politique des méthodes de l’hypnose ericksonnienne, dont plus personne ne met en doute l’efficacité.  Personne sauf ceux qu’on a déjà endormis. Dangereux la TV…

http://nouvellesociete.org/6.html

 

Pierre JC Allard

Propulsé par WordPress.com.