Nouvelle Societe

09-07-09

280 Caritas in veritate

Par cette encyclique, Benoît XVI se mérite une place dans l’Histoire. D’abord par l’importance de ce qu’il dit – qui permet de penser que l’Église va prendre enfin la part des déshérités – ensuite, par le courage de l’avoir dit de cette façon. Car en disant que cette encyclique est le « Rerum novarum de l’époque contemporaine » qui éclaire le chemin de l’humanité en voie d’unification, il va aussi loin dans la voie d’une révision des positions de l’Église que peut aller une organisation qui se prétend infaillible. Ce faisant, il nous permet de penser qu’elle peut parfois avoir raison

Laissons de côté ce qui est ronds de jambes pour dire que rien n’a changé, et acceptons ce message actuel de l’Église. Les casuistes nous diront s’il est ou non novateur, mais seuls d’autres casuistes s’en préoccuperont. Je ne répéterai pas le texte, il est ici pour consultation. Je vais vous dire ce que j’y lis.

1. Il faut repenser l’Économique

L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Une activité financière mal utilisée – et, qui plus est, spéculative – ne soutient qu’une croissance artificielle liée à une consommation excessive. Vouloir séparer la gestion de l’Économique, dont le seul objectif serait de produire la richesse, de celle de la Politique, dont ce serait la seule mission de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres

2. Il faut repenser le Politique

L’État vient de faire la preuve de son utilité, en s’attelant à corriger les erreurs et les dysfonctionnements de l’économique. La crise actuelle nous oblige à créer de nouvelle règles du jeu et c’est l’occasion d’élaborer et de mettre en place de nouveaux projets. Non seulement ceux qui ont donné la gouvernance de l’État pour désuète ont-il eu tort, mais il serait temps de mettre en place un autre palier de gouvernance: une véritable autorité politique mondiale.

3. Il faut repenser la justice distributive.

Même du point de vue économique, les pauvres ne sont pas à considérer comme un fardeau, mais au contraire comme une ressource. Pour fonctionner correctement, l’économie mondialisée a besoin de la logique du don sans contrepartie. Gratuité et don de soi sont des vecteurs de la prospérité et l’économie a donc besoin de l’éthique.

4. Il faut repenser l’entrepreneuriat

À côté des entreprises dont les objectifs sont économiques, il faut concevoir des entreprises dont le but soit social. Il faut concevoir des microprojets. Il faut créer des coopératives de consommation. Il faut consommer de façon plus sobre et assurer à tous ceux qui travaillent une rétribution décente. On pourrait même penser à la « subsidiarité fiscale » qui permettrait aux citoyens de décider de la destination d’une part de leurs impôts versés à l’État, de façon à aider les pays en voie de développement.

5. Il faut soutenir les réseaux de protection sociale

Benoît XVI suggère de favoriser davantage la liberté syndicale. « Plus pertinente encore aujourd’hui qu’hier», dit-il, car il faut «se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail». C »est l’amende honorable pour Rerum Novarum.

Je ne croyais pas voir le jour où j’applaudirais une encyclique papale. Pourtant, non seulement suis-je d’accord avec tout ce qu’elle propose – même si le rôle dévolu aux syndicats parait aujourd’hui dépassé – mais, si je n’avais peur de rendre ce texte illisible, je pourrais faire un lien de chacune des phrases vers un texte soutenant la même idée, que j’ai écrit il y a 5, 10 ou 20 ans ! Dire que je suis d’accord est en-deçà de la vérité.

Je sais que beaucoup de ceux qui mènent les mêmes combats que moi y verront in piège, une manœuvre pour avancer l’agenda néolibéral de mondialisation. Mais je ne veux voir qu’à sa face même le message qui est ici livré: ce qui est ici écrit restera écrit et c’est un gain net pour la justice sociale.

L’Église a son propre agenda, qui a été néolibéral quand il a été opportun qu’il le soit; je crois qu’elle a décidé que ce ne l’était plus. Ceux qui voudraient l’instrumentaliser – et je ne doute pas qu’ils soient nombreux – devraient méditer sur la fameuse phrase le Lincoln. When you have got an elephant by the hind leg, and he is trying to run away, it’s best to let him run. »

Pierre JC Allard

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17-05-09

ABROGEZ HADOPI

La France vient de créer une Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet ( HADOPI ) C’est une mesure liberticide dont on peut en conscience refuser de participer à l’application. Pourquoi ?

Parce que sous couvert de protéger les droits des créateurs – un prétexte fallacieux, car il y a de bien meilleures façons de le faire – on instaure un système permettant à l’État de s’immiscer dans la vie privée des citoyens et de s’arroger l’accès à leurs documents domestiques.

Non seulement cette perquisition en continu est elle odieuse par nature, mais elle pose obstacle à la libre expression de la pensée et fait peser une menace sur toute opinion que le pouvoir en place pourrait declarer illégale. Une menace totalement inacceptable, dans un état de droit, puisque la sanction est l’interruption d’un service de communication qui est aujourd’hui le seul rempart contre la manipulation de l’opinion publique par les medias traditionnels tout entier sous contrôle du pouvoir en place.

D’autant plus inacceptable que l’interruption est décidée et appliquée par simple decision administrative, sans intervention préalable du judiciaire, sans référence à des critères spécifiques au cas lui-même et sans autre recours qu’une demande en justice à posteriori où c’est le sanctioné qui aura le fardeau de la preuve.

Hadopi est une mesure antidémocratique. Une aggression caractérisée dans cette guerre dont Orwell, dans 1984, nous prevenait que tous les gouvernements allaient l’entreprendre contre leur propre population.
“The war is waged by each ruling group against its own subjects”

Cette attaque de notre “ruling group” doit être repoussée. Elle le sera, si chaque citoyen, en son âme et conscience, juge que cette mesure est inique, compromet notre avenir comme peuple voulant vivre en démocratie et doit donc être bloquée à toutes les étapes de sa mise en application.

Tous les moyens légaux, au fond ou à la forme – ou dilatoires – doivent être utilisés, pour ne pas s’en rendre complices, par tous ceux dont l’État veut faire les instruments de cette atteinte à la liberté.

De même, ceux à qui l’on demandera de poser les gestes nécessaires pour en assurer le fonctionnement technique peuvent, s’ils mettent en doute la légitimité morale d’Hadopi, en contrecarrer indefiniment l’application en s’abstenant de le faire. Les avis mal adressés, les fils mal branchés… Hadopi ne fonctionnera pas si le peuple ne veut pas qu’Hadopi fonctionne.

Ce ne sont pas les mots d’ordre syndicaux qui vont sauver la démocratie ; ce sera l’obéissance de chacun aux diktats de sa propre conscience, appuyée sur la compréhension tranquille du pouvoir invincible qui est le sien dans une société d’interdépendance.

GAGNONS CETTE BATAILLE AUJOURD’HUI…

Pierre JC Allard

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