Nouvelle Societe

26-09-11

Jacques Duchesneau et les faiseurs de rois

Le Québec est dans l’émoi. La corruption est partout et la confiance nulle part.  On se demande le rôle de ces ombres de mafieux et de financiers derrière le trône. On s’interroge sur la démocratie.  Tout a l’air si bien ficelé et nous si bien ligotés… Où est le Sauveur ?  Exultez, braves gens, tremblez malfrats, Duchesneau arrive.  Il entre…

Trompettes et roulements de tambours ? Pas tout de suite. Une formalité : le sacre. Tant que le Roi n’est pas oint du Saint-Chrême, il ne guérit pas les écrouelles et le crime prospère  Qui va oindre le monarque ? Les medias, bien sûr: les faiseurs de rois. Il y a autant de “faiseurs de rois” au Québec qu’il y avait d’augures à Rome, mais ils ne sont pas tous égaux: l’Esprit souffle où il veut.

Si on enlève les prophètes mineurs, la grâce divine, aujourd’hui, ils sont deux à la donner.  D’un côté l’équipe Gesca, sous les couleurs Cyberpresse, et de l’autre un tigre tout seul dans son repaire : Guy Lepage sur le plateau de “Tout le monde en parle” (TLMEP).  Qui ceux-là oindront, règnera.

Quand arrive Duchesneau, on n’est pas si chaud, côté Gesca. Gesca, c’est l’establishment Desmarais. On roule pour le Parti Libéral du Québec et donc pour Charest.  C’est le gouvernement qui a nommé Duchesneau et en principe tout baigne, mais Duchesneau à la réputation d’un homme férocemment indépendant et n’est pas le vassal rêvé… GROSSE inquiétude, donc,  chez les Puissants, quand on a appris qu’il passerait à TLMEP, parlant au peuple par dessus la tête des hommes de Gesca.

DANGER !  Ce dimanche 25 septembre, la majorité des électeurs francophones sérieux du Québec –  (étant sérieux, disons, ceux qui savent que René Levesque a déjàété Premier Ministre ET qui pourraient peut-être voter aux prochaines élections…)  – va se river devant son téléviseur pour entendre le verdict qui sortira de TLMEP.  Duchesneau est-il « Celui qui doit venir » ou devons-nous en attendre un autre ?

Danger, car on a vu cet été Jack à TLMEP et le Québec en masse virer orange.  Maintenant c’est Jacques…  et s’il « passe » bien  on peut penser que les Québécois suivront.  Pas tous, mais assez d’entre eux pour nous donner un roi.    On peut se raconter des histoires, mais c’est Lepage qui a fait Layton, et c’est parce que Layton est devenu l’Oint du Seigneur que le Bloc Québécois est mort et que le NPD est né.  Personne au Québec n’est plus influent que Lepage.   On doit  penser beaucoup  en Haut Lieu…

Dans la plupart des pays du monde, les gens comme Lepage, on les achète ou on les tue.  Pas ici, naturellement, nous sommes une démocratie.  On y va donc plus soft, envoyant toute l’equipe Gesca aux barricades. Ils font ça, de temps en temps, avec une belle unanimité, dans les grandes occasions –

Ils l’ont fait, aux dernières élections municipales, pour dénigrer Richard Bergeron et s’assurer que le Maire Tremblay garderait la main et continuerait ses bonnes oeuvres, simple volet de cette corruption sur laquelle on voudrait toujours justement une enquête   Ils l’avaient fait, aussi, quand a plané la menace d’une entente PLC-NPD qui aurait pu remplacer Harper à Ottawa par une coalition de centre-gauche.

Gesca le fait quand le Système des banquiers et autres magouilleurs est en péril, pour lutter contre les méchants gauchises… ou pour s’assurer  qu’un homme qu’on ne contrôle pas ne prenne pas un peu trop d’importance.

Duchesneau n’est pas facile à contrôler. L’armada Gasca commence  donc à le canonner.  Un tir de salve  samedi 24.  Il y a du meilleur et du pire.  Voyez les liens, ça vaut le coup.

D’abord Marissal, qui est bien organisé dans sa tête, est le vaisseau-amiral.

“Jacques Duchesneau devait-il accepter l’invitation de TLMEP?  (…) Je pense qu’il aurait dû passer un tour” … “Jacques Duchesneau aime bien les médias… qui, depuis des années, le lui rendent bien (…) Personne à Québec ne contrôle M. Duchesneau, et celui-ci, visiblement, a décidé de s’occuper lui-même de son plan de communication.”… “ Bon coup pour TLMEP, mais erreur de jugement de Jacques Duchesneau….” .   Les tirs encadrent la cible.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/vincent-marissal/201109/22/01-4450460-lego-avant-le-devoir.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4450819_article_POS5

Lysiane Gagnon, l’est beaucoup moins…

(Duchesneau  va parler)… “à  tout le monde et à n’importe qui, alors qu’il était convoqué à une commission parlementaire pour mardi prochain. Interview au Devoir, passage à Tout le monde en parle… et tant pis pour les élus, qui devront attendre leur tour (…) Voilà un comportement qui suinte le mépris envers la classe politique et qui a de quoi vous faire douter, sinon de la crédibilité, du moins du sérieux de M. Duchesneau.”    Elle ne semble pas comprendre que la population est diablement plus importante que les élus. On lui expliquera…

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/lysiane-gagnon/201109/24/01-4451012-la-politique-autrement.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_lysiane-gagnon_3265_section_POS1

Gilbert Lavoie mitraille aux rumeurs. Un peu vache. Disons à l’uranium appauvri:

“Jacques Duchesneau fait le tour des médias d’information sous l’étiquette des incorruptibles. Sa décision d’aller à Tout le monde en parle avant de présenter son rapport en commission parlementaire fait sourciller. M. Duchesneau voudrait faire campagne aux côtés de François Legault qu’il n’agirait pas autrement. Legault voudrait-il d’un tel électron libre? Pas sûr!

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201109/23/01-4450912-labeaume-est-endette-jusquau-cou.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_gilbert-lavoie_3276_section_POS1

François Bourque  du Soleil, lui, y va dans le “ad hominem” .  À boulets rouges sous la ligne de flottaison. C’est le salissage “ésotérique” de Richard Bergeron « qui croyait aux OVNI » qui recommence:

(Duchesneau) “Ses leçons de vie qui flirtent avec l’ésotérisme et les cours de croissance personnelle….” “Un ton et une forme inhabituels pour un sujet qui commanderait de la sobriété (…)  La même sobriété qui aurait voulu que M. Duchesneau attende peut-être d’avoir comparu en commission parlementaire avant de comparaître à Tout le monde en parle””… “Il y en a qui à l’évidence aiment plus que d’autres se retrouver devant les médias….”

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201109/23/01-4450917-le-risque-des-grands-projets.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_francois-bourque_3257_section_POS1

En renfort, Cyberpresse amène un peu de vraie expertise avec Simon Ruel, dans Le Soleil.

Lancer une Commission d’enquête peut entraver les poursuites criminelles “ la voie des enquêtes et poursuites criminelles est privilégiée ou encore la tenue d’une enquête publique est favorisée – les deux n’apparaissent pas conciliables, du moins tant que les enquêtes policières sont en cours” … “ Une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, un pensez-y bien…

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201109/23/01-4450790-lenquete-publique-un-pensez-y-bien.php

Et puisque le « reste du Québec » doit aussi s’exprimer, un article de la « Voix de l’Est » de Granby vient nous dire que « Jacques Duchesneau joue à la vedette »

http://www.cyberpresse.ca/la-voix-de-lest/opinions/collaborateurs/201109/23/01-4450819-jacques-duchesneau-joue-a-la-vedette.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4450065_article_POS4

***

Tous ces chroniqueurs de Cyberpresse qui chantent en canon sur un même ton ne me donnent pas une bonne opinion de l’impartialité de la presse.   Où est la liberté d’action du rédactionnel face à l’administration de Gesca ?

Cette levée de boucliers est apparue bien inutile, dimanche soir, car Duchesneau en demandant une « enquête publique à huis-clos devant trois juges » n’a rien proposé qui puisse mettre le gouvernement Charest dans l’embarras.  Il lui offre au contraire une merveilleuse procédure qui lui permettra de sembler donner raison à la population… tout en gardant la vérité sous le boisseau.. Car peut-on douter que ces trois juges seraient parfaitement discrets ?  Il pourra s’en discuter des choses sous ce boisseau …

Ceux qui souhaitaient un choc brutal entre le gouvernement et Duchesneau seront déçus.  Le gouvernement ne perdra pas la face… mais Duchesneau garde tous ses atouts. Gesca a servi une semonce qui semble mal placée et perd un peu plus de crédibilité,  mais ce seront les événements qui suivront qui nous permettrons d’en juger. Le grand gagnant de cette affaire, toutefois, demeure TLMEP… et on le verra dans les sondages de la semaine prochaine.

Je suis curieux de voir comment ceux qui ont le pouvoir politico-financier s’accommoderont  de celui grandissant de ce citoyen Lepage qui est à devenir l’unique faiseur de rois.

Pierre JC Allard

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01-09-10

Bastarache: le point de rupture

Qui aurait pensé que le Juge Bastarache passerait à l’Histoire ? Enfin, son nom, plutôt, mais qu’est-on dans l’Histoire sauf un nom !  Oświęcim serait une petite ville industrielle de Pologne sans histoires, si ce n’était  de la mauvaise réputation qu’elle traîne et qui en a fait plus qu’un détail de l’Histoire…

Important un nom. Dans un siècle, au Québec, on confondra peut-être les 2 ou 3 Johnson et même les 2 Bourassa – et qui sait, « les » Trudeau –  mais Bastarache est un nom qui ne s’oubliera pas. C’est le nom d’une rupture.

Pour ceux hors Québec, un mot d’explication. On a tiré le Juge Bastarache de sa retraite pour qu’il préside une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges, processus dont on a contesté l’intégrité.  Important, mais encore bien plus qu’on ne le pensait, car on s’aperçoit  que cette Commission arrive comme la proverbiale paille, pour craquer le dos du chameau.

Il y a longtemps que la confiance se perdait, mais c’est cette Commission en trompe l’œil qui a poussé les citoyens à faire un bilan.  75%  des Québécois ne croient plus  la parole du Premier Ministre; on croit son accusateur.  C’est un seuil dans le rejet du pouvoir. On dira désormais « Bastarache »,  pour marquer la ligne de partage des eaux de l’Histoire du Québec.

Avant, il y aura eu une population jocrisse qui croyait en tous et en n’importe quoi. Ses curés, ses élites, ses journalistes, ses  politiciens, ses syndicats, une affirmation  nationale  progressive et un enrichissement constant dans une économie prospère.

Après, la religion sera apparue une affaire d’enfants ou d’étrangers, les élites comme des intellectuels déphasés ou des bourgeois profiteurs. Les journalistes – à de rares exceptions près – auront été perçus comme les larbins des groupes de presse ou d’inoffensifs protestataires qu’on aura mis au trottoir quand ils refusaient de le faire.  Politiciens et syndicats ? Une même omniprésente corruption. Affirmation nationale ?  En veilleuse.  Enrichissement constant dans une économie prospère ?  Parlons d’autre chose…

Avant, le citoyen lambda, malgré les rumeurs qui volaient parfois de-ci de là, croyait encore qu’il existait un havre  d’honnêteté dans la structure de la société ; une justice rendue par des juges.  Il voyait les avocats comme des exploiteurs sans conscience, mais il croyait fermement qu’il y avait, dans toute cour de justice, un juge  qui agissait de bonne foi. Un homme incorruptible qui cherchait la vérité et voulait la justice. Il pensait que, même accablé par l’argent et le pouvoir, le bon droit pouvait prévaloir.  Il avait des doutes, mais il le croyait. Maintenant, il ne le croit plus.

Maintenant, le citoyen lambda a déjà porté son verdict, avec ce total désintérêt pour les procédures qui est le propre de la justice populaire : il croit que les juges sont nommés arbitrairement par le gouvernement, sur l’avis de gens peu recommandables et qu’ils jugent en fonction des intérêts de ceux qui les ont nommés ou fait nommer. Des preuves ? Le citoyen se contrefiche des preuves formelles.

Il regarde autour de lui et il voit un monde de totale injustice où règne aussi la corruption.  Il fait des liens et des rapports  entre l’injustice qui est partout  et une Justice qui ne semble plus être là.  Il ne donne pas le bénéfice du doute ; il n’a plus de doutes.  Peu lui importe que les trafics d’influence, en supposant qu’il y en ait, ne s’appliqueraient que dans des dossiers « importants ».   Il est maintenant persuadé que même « ses » petites causes à lui ne sont pas jugées impartialement elles non plus.  Il découvre que le type en robe noire qui en décide du sort est un être humain qui a des amis, des parents, des intérêts… peu-têtre des faiblesses.

On vient de tuer ce qui restait de confiance dans l’esprit et le cœur du monde ordinaire. En élargissant l’enquête à la période péquiste – en soi un geste équitable –  Bastarache ne dédouane pas les Libéraux ; il  fait seulement qu’après avoir dit au peuple  « je t’ai trompé », le pouvoir  – qui reste UN, dans l’esprit des gens, quelle que soit sa couleur – lui ajoutera perfidement « …et je t’ai toujours trompé ! », rendant le divorce inévitable.  Bastarache va présider à un divorce.

Quel divorce ?  Le divorce entre  la population – qui prend le nom de peuple dans les grandes occasions – et  une certaine caste dirigeante qui la contrôle, la manipule et l’exploite sous couvert d’une pseudo démocratie qui n’est qu’un leurre. La désacralisation du pouvoir judiciaire qui résulte de l’inouïe stupidité qu’est cette enquête vient compléter, dans l’esprit des gens, la fusion des trois pouvoirs de l’État dans une même turpitude.   Si notre « démocratie », demain, était attaquée, qui prendrait sa défense ?

Dommage pour Bastarache, qui n’a rien à y voir ou si peu, mais il a eu la mauvaise fortune d’être celui dont on a choisi le nom pour désigner cet événement qui marque la rupture.  Dommage.   C’est sérieux, un nom et ça dure.  Monsieur le Juge devrait peut-être en changer …  comme cette petites ville des années quarante – Auschwitz – qui n’avait pas choisi les « industries » qu’on y avait installées.

Pierre JC Allard

21-02-10

Quand la nation n’est plus…

820 intellectuels québécois viennent de signer le « Manifeste pour un Québec pluraliste ». C’est peu, mais c’est beaucoup. Peu, parce qu’on en trouvera certes vite tout autant pour dire le contraire; beaucoup, parce qu’il a toute de même fallu les trouver, les grouper, les convaincre de lancer ce pavé dans la mare.

Le lancer, sachant bien qu’on déplacerait la vase et qu’on dérangerait les brochets, mais qu’il n’en sortirait rien d’autre. Rien d’autre de constructif, s’entend, car il en sortira assez de querelles, d’insultes, de hargne et de vociférations pour nous faire gagner du temps. Gagner tout ce temps qu’on veut perdre, pour NE PAS régler les problèmes.

Je ne veux même pas discuter du pluralisme sur le fond, car le « fond », ici, est presque anodin. Le fond dont on voudrait discuter n’est que paroles, arguments, arguties, expression des mêmes préjugés, de part et d’autre, qui sont les motifs des vrais convaincus. Personne ne changera d’opinion suite à ce Manifeste. Pour ou contre, les jeux sont faits.

Le sens comme les effets du « pour » comme du « contre », d’ailleurs, semblent de bien peu importance à côté du fait FONDAMENTAL qu’ils sont irréductibles. Le fondamental, c’est que cette bataille du pluralisme ne sera jamais gagnée, car elle n’est qu’une facette d’une guerre qui ne finira jamais. Elle durera une éternité, pendant laquelle nous serons tous perdants. Ce débat sur le pluralisme ne changera rien. Il ne sera qu’un épisode, une péripétie de la preuve récurrente que le Québec n’est PAS une nation.

Pas une nation, car ce ne sont pas les similitudes qui font une nation; c’est la priorité qu’on leur accorde. Une nation est là, s’il existe sous les partis, les dogmes et les intérêts, un sentiment d’identité et d’appartenance qui transcende les différences : le germe d’une union sacrée. Or, il n’y a pas au Québec un consensus sur ce que nous sommes, ni sur ce que nous voulons être. Il n’y en a plus.

On ne parle pas ici de divergence sur les moyens, mais sur les objectifs fondamentaux de la société québécoise. Deux référendums l’ont prouvé et, s’il y en avait un troisième, il confirmerait certainement ce clivage. Pluralisme ? Quoi d’autre pour dépasser la dualité ? Comment aurions-nous un consensus sur l’opportunité ou la manière de défendre une identité, alors que la moitié d’entre nous en mettent l’existence en doute ?

Il ne faut pas penser, surtout, que « gagner » un référendum résoudrait le problème. Le problème n’est pas que le Québec soit, ou ne soit pas, dans la fédération canadienne ; le problème est que nous soyons irrémédiablement divisés entre nous. Le désaccord qui tue n’est pas entre « Québécois » et « Canadiens », mais entre deux factions de Québécois pour qui ce qui les sépare est plus important que ce qui les unit.

Il ne semble plus y avoir de socle identitaire qu’on pourrait atteindre en creusant. Pas de drapeau ni de Marseillaise qui nous ferait tous bondir ensemble. Tous les symboles ont été instrumentés. Ils sont devenus partisans. Feuille d’Érable, Fleur-de-lys, n’apparaissent pas pour nous rassembler, mais pour nous dresser les uns contre les autres.

Dans ce pays de factieux, tous les clivages prennent une importance démesurée. Tous les conflits sont insolubles, car c’est à l’opposition à l’autre qu’on s’identifie. C’est la désunion qui est sacrée. On préfère que le Québec ne soit pas, plutôt que de penser qu’il pourrait être autre chose que ce qu’on l’a rêvé. C’est pour ça que la nation québécoise n’existe pas.

J’ai fait mon deuil du Québec. Il ne sera ni laïque, ni missionnaire, ni pluraliste, ni vraiment français. Il ne sera rien. Juste une barque sans barreur, dans un espace tiède, entre chaud et froid, dérivant au gré des vents qui le feront changer de cap, mais sans avoir la force de gonfler ses voiles. Le Québec ne veut pas vraiment naviguer et, si certains voulaient briser ses amarres, il se trouverait toujours 820 lucides pour les retenir… et des milliers d’autres pour les applaudir

Notre révolution bien tranquille, qui avait cru faire l’économie de trancher quelques têtes, nous a laissé un pays décapité où il ne semble plus rester un seul chef qui pense, qui espère et qui ose. Nous sommes devenus un pays équivoque, veuf d’une nation, divisé contre lui-même. Un pays sans projet de société et qu’on pourra maintenant faire dessiner au jour le jour, pour des desseins qu’on dira « pluralistes », par des gouvernants sans desseins.

Pierre JC Allard

01-09-09

Questions nationales: film nécessaire

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Il faut voir ce film de Roger Boire et Jean-Pierre Roy présenté hier soir 31 août au Festival des films du monde.  Le film prendra l’affiche du Cinéma de l’ONF du 17 au 22 septembre prochains.

Il y a vingt angles sous lesquels on peut aborder la critique objective technique et artistique d’un film, dont aucun, hélas, à partir duquel je deviendrais un observateur compétent. Je laisserai cette tâche à d’autres.  Totale subjectivité, donc, de ce que je veux en dire.  Subjectivité qui n’est pas simplement narcissisme, cependant, parce que  je pense que beaucoup s’y reconnaîtront.  Ce film m’a fait beaucoup de  peine.

Il m’ a imposé un deuil nécessaire.  Pour les gens de mon âge – adultes en 1960  – l’Indépendance du Québec a été le projet qui politiquement nous a définis. Définis si complètement, que nous avons transmis aux générations qui nous ont suivis, la première déjà vieillissante, une vision en blanc et noir d’un avenir que, naturellement, la réalité a ensuite révélée en demi-teintes.  Une vision simpliste d’un monde compliqué.  Le deuil pour moi a commencé à l’enterrement de Bourgault (voir l’image) et se termine avec ce film.

Douloureux, car ce film nous oblige à lever le voile avec pudeur et à identifier la reine morte, mais Il FAUT le faire.  Ceux de ma génération qui se sont impliqués dans cette aventure – nous étions nombreux hier, à cette première, de ceux qui en restent  – ont la responsabilité d’encourager l’autopsie. Ce n’est pas une vivisection.

Les politologues, Balthazar en tête, nous ont fourni des explications bien plausibles pour le fiasco final de la quête pour l’indépendance.  On en trouvera sans doute bien d’autres, mais il est important d’accepter la plus fondamentale : si la jeune fille n’est pas devenue femme, c’est surtout parce qu’ELLE NE LE VOULAIT PAS.

Il eut été gratifiant de la séduire, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait.  Au lieu de l’accuser d’inappétence ou de s’accuser de ne pas l’avoir prise, le moment est peut-être venu de se féliciter d’avoir respecté son choix plutôt que d’être passé à la violence. Les Québécois ne voulaient pas un pays. Il se sont perçus dans un autre rôle. Peut-on vraiment prétendre qu’on les aime et les vouloir si différents ?

Les Québécois se sont créé un autre destin ; le défi est maintenant qu’ils s’y complaisent et s’y réalisent. On peut regretter que le Québec n’ait pas vécu les affres et les joies d’une indépendance politique à l’âge où « tout le monde le faisait », mais ne tombons pas dans le piège de vouloir  le faire trop tard. On ne s’amuserait pas et l’on n’y grandirait pas. Le temps des nations est fini ; nous sommes à celui des cultures.

Le film de Boire et Roy ouvre la porte a une entomologie de la psyché des Québécois de la fin du vingtième siècle, mais il a aussi la subtile délicatesse de la remettre dans un contexte qui nous fait sentir moins étranges.  Car il est hors de doute que les Écossais diront non et les Catalans aussi.  Les premiers verront qu’ils ne pourraient partir qu’en abandonnant la dot du pétrole, les seconds que l’Espagne est un bon tapis vert où optimiser leurs mises. Ils attendront l’autonomie accrue qui échoira inévitablement aux régions dans la construction européenne.

Évidemment, Écosse et Catalogne ne sont pas, bien au contraire, les parents pauvres des États respectifs où l’Histoire les a mises en tutelle… mais  serions-nous ceux de l’Amérique, si nous mettions tous nos efforts à devenir plus et mieux  ?  Avoir les oripeaux d’un État a été un désir légitime  pour une nation, mais c’était hier. Avant que chacun dépende de tous… Si vraiment, Québécois, nous nous sentons une nation et que ce désir d’indépendance  a été frustré, le temps est venu de lâcher l’ombre pour la proie et d’apporter une réponse collective – NATIONALE – aux défis d’aujourd’hui.   Ce film devrait encourager cette réflexion.

Pierre JC Allard

14-07-09

285 Allons, enfants de la patrie…

Personne ne parle jamais de la “Quatrième Voie”. La majorité de la population veut rester canadienne, une minorité plus que significative de la population veut devenir québécoise, un petit groupe est à coaguler autour du concept de “monnaie unique” et des bienfaits du libre-échange qui ne tardera pas à nous dire que notre avenir est “américain”… mais au Québec – “pays de langue et culture française”- il semble que personne ne veuille être Français.

Est-ce bien vrai? Ou n’y a-t-il pas une solide conspiration du silence pour occulter cette évidence qu’il n’y a pas que les trois options traditionnelles Quebec-Canada-USA qui s’offrent à nous, mais aussi un quatrième choix d’avenir qui serait de renouer avec notre histoire et de redevenir Français?

Hier soir, veille du 14 juillet, j’ai eu la curiosité de poser la question à quelques amis réunis. La France ? ha… ha… ha! Un canular! Et quand on repose la question sérieusement, c’est non. Non, parce que les Français sont comme ci…, et qu’ils sont comme ça… et qu’ils parlent une langue qui n’est pas tout à fait la nôtre… Bon. Affaire classée? Minute! Après deux verres de vin rouge, ce n’est plus “la France, non”, c’est devenu “la France, si…”. Puis, quand on va au fond des choses et de la bouteille – “in vino veritas” – on s’aperçoit que TOUT LE MONDE ou presque voudrait être Français. Tiens donc!

Et pas seulement les intellos nostalgiques qui sirotent un pastis, ne mangent que du pain baguette et feignent de s’intéresser au Tour de France. Oh non ! On en arrive au même résultat avec le chauffeur de taxi, les cols blancs, les cols bleus et toute la gamme des cols roulés… On y arrive même plus vite avec eux – et le verre de vin en moins – car la vérité vient plus naturellement aux gens simples. “La France? Oui, si… “

Si quoi? Quand on enlève une à une les pelures de réticence, on en arrive à des vérités qui ne font pas plaisir. Oui, devenir Français…, si on se sentait de taille à occuper un espace culturel valable dans une France où le Québec trouverait sa place. Oui, devenir Français, si les Américains nous “laissaient partir” (sic). Oui… si la France et les “vrais” Français voulaient de nous… . C’est avec des “si” comme ceux-là qu’on ne va pas à Paris.

Un peu navrant, vous ne trouvez pas? Comme si le grand tabou à toute discussion concernant l’hypothèse d’un rattachement à la France venait du refus de nous avouer à nous-mêmes un sentiment viscéral d’infériorité et une peur morbide de nos voisins anglo-saxons. Un sentiment d’infériorité qu’on veut cacher sous une fierté affichée avec cette énergie qu’on met à défendre les causes qui ne sont pas évidentes.

“Je suis fier d’être Québécois”! Oui, bien sûr, qui en doute? Mais on est ni plus ni moins fier d’être Bourguignon ou Provençal, ce qui n’empêche pas d’être Français. Est-ce que nous ne pourrions pas être tout ce que nous sommes, ne rien renier de ce que nous avons été … mais renouer avec Saint-Louis, Voltaire et Napoléon et nous offrir ainsi l’encadrement le plus “porteur” pour devenir le mieux de ce que nous pourrons être? On ne parle pas assez de la Quatrième Voie: la France.

L’encadrement le plus porteur pour l’avenir du Québec, c’est la France et, derrière la France, l’Europe. Un Québec qui serait la troisième région économique de France – après Paris et Rhône-Alpes – n’aurait à rougir de rien. Bastion avancé en Amérique du Nord d’une Europe dynamique, nous verrions les entreprises non seulement françaises mais allemandes, hollandaises, etc. s’établir chez-nous pour y préparer la conquête du marché des USA. Pas seulement pour des raisons de proximité et de logistique, mais aussi et surtout parce que nous connaissons à fond la langue, les lois, les coutumes de ce marché USA. Être des Français (Européens) en Amérique serait infiniment plus profitable pour les Québécois que d’être les partenaires juniors de l’ALENA.

Et la culture? Alors, là, c’est la voie royale! Le problème culturel fondamental pour l’avenir du Québec francophone n’est-il pas son incapacité à assimiler la masse des immigrants qui viennent ici se substituer à une relève que notre faible taux de natalité ne produit pas? C’est ce problème qui rejoint et amplifie celui d’une minorité irrédentiste au Québec qui choisit de ne PAS être de culture francophone. Or le problème de l’assimilation serait totalement réglé si le Québec était la France.

D’abord, un immigrant qui arrive en France (au Québec) ne pense pas à autre chose qu’à devenir Français: si c’est l’Amérique-USA qu’il veut, il ne tardera pas passer la frontière de nuit et l’on n’en entendra plus parler! Ensuite, la question du bilinguisme ne se posera même pas. On pourra toujours, dans un beau geste de générosité, maintenir des services en anglais pendant quelques années; mais ce sera une période de grâce et il n’y aura pas de malentendus à ce sujet.

Enfin, notre propre assimilation à la France d’Europe dans le respect de notre spécificité sera facilitée par un phénomène de migration interne Québec-Hexagone qui prendra une ampleur considérable, à la mesure des mythes dont les deux populations actuelles s’affublent. Des dizaines de milliers de Parisiens viendront chercher leur “cabane au Canada”… alors qu’un nombre sans doute similaire de francophiles inconditionnels chez-nous se hâteront d’aller la-bas réaliser leurs fantasmes culturels.

Ce brassage de population sera bénéfique pour tout le monde. Même les “accents” qui nous séparent tendront à converger. Avec un peu de chance, Antenne -2 se rapprochera du français international de Bernard Derome et Lucien Bouchard s’exprimera un peu plus comme Giscard d’Estaing. Pasqua et Jean Chrétien ne changeront sans doute pas de langage, mais une langue sûre d’elle-même peut bien tolérer un peu de folklore.

Une bonne campagne médiatique – on pourrait l’appeler “Opération Roussillon”- et je serais curieux de voir les sondages sur une souveraineté-association… avec la France.

Allons ! Défions toutes les Bastilles! Pensez “France” et passez un joyeux 14 juillet… et sans rancune pour ce pavé dans la mare des options OUI et NON qui stagnent depuis quarante ans.

13-07-09

284 Adéquistes, surprenez nous !

On ne parle pas assez de l’ADQ. On voit un parti qui est né, a grandi et semble vouloir disparaître avec Mario Dumont. Ce qui n’est pas tout à fait faux – car l’un sans l’autre, ils ne seraient certes pas passés si près du but en 2007 – mais n’est peut-être pas tout à fait vrai, non plus…

Dumont même sans l’ADQ pourrait un jour nous réserver des surprises … et l’ADQ sans Dumont pourrait bien nous surprendre encore plus vite. Ceux qui sont prêts à jeter l’ADQ dans la première fosse commune, sans même lui fermer les yeux, mélangent bien imprudemment structure et conjoncture.

La conjoncture, c’était, en 2007 une profonde désaffection envers Jean Charest se combinant avec une non moins profonde hésitation de la population québécoise à s’identifier au très atypique André Boisclair. Le Québec s’est engouffrée dans la troisième voie, l’ADQ qui était là entre la montagne et le ravin. On pourrait parler d’un vote CONTRE les autres…

La conjoncture, en 2008, c’était faire le choix, non plus tant d’un Premier Ministre – Charest, sécurisant dans son absence d’idées neuves, était unanimement donné gagnant en cette période de grande inquiétude ! – que d’une opposition capable de lui tenir la bride. Entre un PQ pouvant mobiliser la valeur contestataire sûre du mouvement syndical et une ADQ en désarroi d’une victoire dont elle n’avait pas su tirer profit, c’est vers le premier que la population s’est portée. Un vote conjoncturel contre l’ADQ, cette fois, punie de ses atermoiements.

Mais il n’y a pas que la conjoncture qui importe. Il y a la réalité sous-jacente de la structure de l’électorat québécois et de ce que veut cet électorat. Or cette structure favorise l’ADQ. Pas tellement l’ADQ vue comme comme un chef et un programme, que le parti, quel qu’il soit, qui est là où est aujourd’hui l’ADQ dans l’éventail des options politiques qui s’offrent aux Québécois.

L’ADQ incarne un centre-droit nationaliste – mais nationaliste plus de l’association que de la souveraineté – autonomiste, donc, plutôt qu’indépendantiste, traditionaliste et bien enraciné dans le pays réel. C’est l’auditoire de Duplessis, puis de Real Caouette. Parce que les journalistes aiment se penser à gauche, les médias sous-estiment les effectifs de ce groupe de centre-droit dont le biais systématiques de la carte électorale en faveur des régions rurales augmente pourtant encore l’importance.

Ce segment de la population, en 2007, n’a pas voté contre quoi que ce soit, mais POUR les valeurs de l’ADQ. A ce niveau structurel, les électeurs qui en 2008 ont puni l’ADQ qui les avait déçus n’avaient pas, et n’ont pas aujourd’hui, changé leurs valeurs profondes. Il suffit que l’ADQ, ou un parti occupant la même position sur l’échiquier, prône les mêmes valeurs et présente un chef crédible et charismatique, pour que ce vote lui revienne. Et lui revienne augmenté de celui des Libéraux que Charest irrite et des Péquistes qui n’aiment pas Marois, deux sous-groupes qui sont loin d’être négligeables…

En fait, il ne serait absolument pas surprenant que l’ADQ qui aurait cherché et trouvé le chef idoine bondisse immédiatement en tête des sondages. Ce qui est crucial, car seul le doute que peut entretenir l’électorat de centre-droit quant à une éventuelle victoire est un obstacle sérieux à ce que cette victoire n’arrive. Si les sondages prédisent une victoire de l’ADQ, cette victoire devient probable.

Il suffirait que ce chef apporte quelques véritables innovations à son programme pour séduire l’électorat urbain nationaliste de droite sans effrayer ses supporters plus conservateurs, pour que l’ADQ soit identifié au changement… et gagne haut la main les prochaines élections contre un PQ et un PLQ qui n’inspirent aucune passion.

Si les élus de l’ADQ se concertaient et décidaient UNANIMEMENT de proposer le leadership du Parti à une vedette capable de susciter un enthousiasme populaires, ils seraient tous ministres dans un gouvernement adéquiste après les prochaines élections, ce qui serait sans doute la meilleure solution pour le Québec… !

Ils devraient y songer. Quant aux innovations, ils n’auraient qu’à interroger un peu les gens. On serait nombreux à leur en proposer.

Pierre JC Allard

06-07-09

277 Crucifix aux oraux ? M’énervez pas avec la laïcité

Petit séisme sur Rue 89, le plus populaire des médias électronique français. Rue 89 n’est pas un “media citoyen”, dans le sens d’Agoravox, où les articles viennent de la base, mais une vitrine de l’opinion française où des milliers de blogueurs passifs viennent commenter les articles écrits par des pros ou quasi-pros et parfois de simples citoyens.

Rue 89 dépasse largement le million de visites par mois. Un article populaire fait facilement 100 000 lecteurs et 500 commentaires. Disons que le commentaire que vous faites en passant sur Rue 89 sera bien plus lu – et pourrait avoir plus d’impact – qu’un article fouillé que vous auriez publié dans Le Devoir.

Le petit séisme sur Rue 89, aujourd’hui, a brisé des carreaux dans la sacro-sainte laïcité du système d’éducation français. De quoi s’agit-il ? Le 30 juin était, cette année, la journée des oraux. Des milliers de candidats au bac vont jouer leur va-tout sur quelques minutes d’entretiens. Le stress d’un premier saut en parachute. Or…

Dans un établissement privé du Val-de-Marne, sous contrat avec l’Etat cette année pour servir de centre d’examen pour le bac, des enseignants du public et des élèves des environs conviés pour passer et faire passer les épreuves se sont trouvés face à face avec des signes religieux, notamment des croix… Dans les couloirs, mais il y avait aussi des crucifix dans les salles de cours où se tenaient les oraux.

Une enseignante se plaint, contact avec l’organisme responsable du Ministere. Fin de non recevoir et l’enseignante est remplacée. Une autre enseignante refuse à son tour de faire passer les oraux sous des crucifix et est elle aussi remerciée. Ça se gâte…

Remerciées ? Que non, explique le directeur du SIEC (Service interacadémique des examens et concours) « Elles étaient convoquées pour faire passer les examens, elles refusent de le faire sous les signes religieux, ce lycée est sous contrat, je n’ai pas à leur préciser selon leurs exigences si elles peuvent, ou pas, faire passer des oraux sous une croix. Elles devaient donc être remplacées faute d’assurer les oraux : ce qui compte, c’est les candidats. »

Ça vous semble clair ? À moi pas… Mais bon, ils ont leurs problèmes en France, nous avons les nôtres au Québec. Souvenez vous de cette algarade qu’on s’est offerte, concernant le cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR). Il semble que la bêtise soit catholique, dans le sens etymologique du terme. J’ai émis une opinion sur Rue 89. J’ai pensé qu’il serait correct de vous en aviser…

« 
Je suis un vieux Québécois, un peu victimisé par les calottes étant enfant. Oh, Pas le drame, genre abus sexuel.. Juste l’emmerdement de l’insolente affirmation de la bêtise, car je comprenais déjà, a huit ans, que tout ce cirque n’avait aucun sens.

Puis, il y a eu l’inquisition genre « billet mensuel de confession », la persécution pour la communion du dimanche, etc. Les Francais qui ont vécu dans la laïcité, ne peuvent pas comprendre le malaise – un euphémisme – qu’on éprouve ne pas être croyant dans une société cléricale.

Puis, adolescent, j’ai physiquement tiré des cailloux aux curés et ensuite j’ai appris de haute lutte l’art de la séduction, dans un monde où, par principes, toute femme doit dire NON. Je l’ai appris. Chaque plaisir a dû être gagné…

Puis, tout a basculé et, entre 1960 et 1970, le Québec est passé de « bondieusard » à « anticlérical », tout se stabilisant vers 1980, dans un pays où moins de 10 % de la population restait pratiquante. Problème réglé.

Quand je lis maintenant cette histoire de crucifix en Val-de-Marne, j’ai l’impression d’un incroyable retour en arrière et ma première réaction est de penser que Christ, Guevara ou Michael Jackson sur un mur ne devrait plus avoir aucune importance…

Puis, je me souviens des popes chevelus et barbus qui sont réapparus en Russie après la chute de l’URSS, après 70 ans de rationalisme, comme des termites d’un vieux morceau de bois. La religion est impossible à éradiquer. Pas parce qu’elle est divine, mais parce qu’elle est humaine, trop humaine…

Un moment d’inattention et elle revient… Donc, amis français, un conseil d’un vieux cousin. Même quand elle semble morte, cette chose qu’on appelle religion peut renaitre et venir nous hanter. Comme disaient les évêques de ma jeunesse, il ne peut y avoir de compromis entre la vérité et le mensonge. Ecrasez l’Infâme.

Alors vous voyez, je ne vous cache rien….

Pierre JC Allard

04-07-09

275 Ombelix au pays des Chimères

À la fin du XXème siècle, l’Amérique au nord du Rio Grande est tout entière soumise à l’hégémonie anglo-saxonne, à l’exception, au Nord-est, d’une vaste taïga, peuplée de caribous, d’autochtones, d’une myriade de métèques et de deux peuples fondateurs, dont “nous-z’autres” qui ne nous en tirerions pas mal si nous n’avions pas à porter continuellement sur le pavois deux clans d’ irrépressibles totons, les Peurdurix et les Ombelix.

Les Peurdurix se sentent tout petits. Ils peuvent avoir le cheveu plat à la Bourassa ou bouclé à la Charest, ils peuvent être riches – style “Conseil du Patronat” – ou misérabilistes genre “ma pension de vieillesse et rien d’autre”, mais leur caractéristique essentielle est d’avoir peur. Le plus grand nombre d’entre eux ont surtout peur que l’indépendance leur tombe sur la tête, mais il y a aussi des Peurdurix dont la seule phobie est l’inflation et une minorité non négligeable d’entre eux qui ont peur de parler anglais. Leurs pères ont voté “non” à la conscription puis se sont enrôlés volontaires, ont été pour les curés sous Duplessis… puis pour la révolution pour autant qu’elle soit “tranquille”.

Le mot d’ordre des Peurdurix est de passer le risque, la responsabilité et le blâme éventuel aux autres, parce qu’ils ont surtout peur d’eux-mêmes. La majorité d’entre eux sont fédéralistes parce que c’est rassurant, mais il y en a beaucoup au contraire qui sont souverainistes – mais avec association, bien sûr et en souhaitant au fond que ça n’arrrive pas – parce qu’ils ont encore plus besoin d’avoir Ottawa comme bouc émissaire que comme parapluie. Les Peurdurix sont férocement opposés au changement parce que le changement est un risque et qu’ils se sentent trop petits pour courir des risques.

Les Ombelix sont très gros. Ou plutôt, regardant sans cesse leur nombril, ils se voient très gros. Ils sont nés d’une race fière, ils savent que nous avons une culture alors que les anglos sont des Béotiens et que Toronto est une ville ennuyeuse où les bars ferment le dimanche. Riches ou pauvres ils sont convaincus que la Gaspésie est mieux que la Côte-d’Azur, que notre train de vie est bien supérieur à celui des Européens, comme en 1945, que Montréal est la “deuxième ville française du monde” et que le “modèle québécois” est un succès boeuf qui ne doit rien aux modèles scandinaves des années soixante.

Les Ombelix ont l’identification facile. ils sont fiers des succès de Plamondon en France, de Celine Dion aux Etats-Unis et du Cirque du Soleil partout, comme s’il s’agissait là de produits du terroir. La plupart se disent sociaux-démocrates, mais ils sont fiers de Bombardier, de Desmarais et de Québec Inc. La plupart, sont pour l’indépendance, mais on ne manque pas d’Ombelix fédéralistes qui sont bien fiers aussi que l’Unesco dise du Canada que c’est le meilleur pays du monde. Les Ombelix sont férocement opposés au changement parce qu’ils sont gras, qu’ils se croient gros et qu’ils veulent le rester.

De telle sorte que nos Peurdurix – dont la “sage prudence” n’est qu’une profonde lâcheté – et nos Ombelix – dont la complaisante “fierté” repose trop souvent sur une ignorance crasse – constituent, depuis des lustres, une alliance solide contre tout ce qui pourrait être un véritable changement. Au Québec, comme des choeurs de tragédies antiques , on peut toujours s’attendre à ce qu’un “Ne changeons pas, nous sommes parfaits!” vienne donner la réplique à un ” Ne changeons pas, c’est dangereux!” .

Quand on écoute les Peurdurix et les Ombelix et que’on regarde leur gesticulation, on ne voit plus la réalité et on perd le sens même du drame. Les Peurdurix et les Ombelix sont des livreurs de chimères, aussi inutiles que des ménhirs et qui pèsent très lourd sur l’avenir d’un peuple.

Car pendant qu’on rêve, le tiers des Gaspésiens n’ont pas de travail, notre niveau de vie est inférieur à celui d’une bonne demi-douzaine de pays d’Europe et il y a pas mal plus de francophones à Kinshasa ou à Casablanca qu’à Montréal. Est-ce qu’il ne serait pas temps de comprendre que nos deux grands ennemis sont la peur et l’arrogance, les deux se prêtant main forte, depuis des décennies, pour nous priver du courage qui nous permettrait de poser le diagnostic de nos problèmes et d’y apporter de vraies solutions?

J’écoute depuis des mois ce qu’il faut bien appeler le babillage de nos leaders politiques, Charest, Marois, Harper, Ignatieff et même tous les autres auxquels nous avons habitué de donner le bénéfice du doute, parce que, n’ayant aucune chance d’avoir jamais le pouvoir on peut bien s’imaginer qu’ils feraient mieux, mais aucun n’apporte l’ombre d’un projet de société. Je vois des rangées de chimères, en enfilades et en cercles, parfois les unes supportant les autres comme des dolmens.

J’aimerais qu’on se sorte du duo Peurdurix – Ombelix et qu’on passe à autre chose. Je voudrais que, si on a peur, on ait au moins des raisons d’avoir peur et que si l’on est “fier” on nous dise précisément de quoi l’on est fier. Parce que je pense que la peur ça se domine et que la fierté ça doit rester discret. Je pense que le véritable avenir du Québec passe d’abord par une prise de conscience de ce que notre démographie, la géopolitique et le sens que semble se donner l’Histoire contemporaine feront inexorablement du Québec.

Notre avenir, il passe par l’acceptation de cette réalité et la décision de définir notre évolution en fonction d’elle. Sans peur et sans complaisance. Je crois que nous pouvons le faire. Je suis persuadé qu’il y une majorité de Québécois qui ne se pensent pas si petits qu’ils ne puissent survivre ni si gros qu’ils ne puissent encore grandir. Ils ne demanderaient pas mieux que de travailler simplement, sereinement à devenir “plus” et “mieux” que ce qu’ils sont réellement, comme un arbre qui grandit.

Il n’y a pas de honte à grandir. Est-ce que ceux qui nous gouvernent ne pourraient pas nous proposer un but et nous en montrer le chemin? Et nous offrir une bonne lampée de la potion magique que constitue un véritable projet ?

02-07-09

273 Se fédérer, est-ce si bête ?

Chaque année, comme le Premier de l’An suit Noël, la fête du Canada suit celle du Québec, apportant un deuxième long week-end et permettant un sondage par les faits des opinions des Québécois. Malgré des hauts et des bas, la Saint-Jean reste le plus populaire des deux événements. Au Québec francophone, on est indiscutablement, en grande majorité, Québécois d’abord et (parfois) Canadien ensuite.

Bon, et alors ? Est-ce que cet attachement au Québec interdit de penser que, dans le contexte géopolitique actuel, l’appartenance à une confédération canadienne puisse être néanmoins, la meilleure option pour le Québec ? Nous avons deux nations qui ont indubitablement des valeurs communes et qui doivent vivre en relation constante avec le géant USA; n’ont-elles pas intérêt à mettre en commun leurs efforts et à harmoniser leurs politiques ?

Supposons que le Québec eut été indépendant depuis 1763, ou depuis 1931, est-ce qu’on ne serait pas, aujourd’hui même, à proposer une confédération canadienne ? Si nous étions séparés, n’y a-t-il pas des principes sur lesquels nous savons que nous sommes d’accord et donc des choses que voudrions convenir de faire en commun ? Quelles sont ces choses ?

D’abord, illusions et prétentions mises à part, nous savons que, pour l’avenir prévisible, notre politique internationale sera celle des USA et qu’il ne peut en être autrement. Nous savons aussi que notre politique financière et monétaire sera celle du Fonds Monétaire International et que nous en suivrons les directives… comme le font tous les autres pays du monde à qui le Fonds se donne la peine d’en donner. Faut il se mettre à deux pour aller prêter ces allégeances ? Une confédération canadienne peut s’en charger. Ensuite, si dans l’espace économique déjà bien poreux que constitue l’ensemble canadien au sein de l’Alena, des rapports économiques privilégiés peuvent être maintenus, n’est-il pas bon qu’existe un arbitrage ?

Si existaient aujourd’hui au nord des USA, deux ou plusieurs pays, il semblerait bien opportun qu’ils confient tous à une instance confédérale des responsabilités touchant la monnaie, les politiques financières, la défense, les relations internationales et le commerce interprovincial… Peut-être conviendrait-il, aussi, qu’ils affirment haut et fort leur volonté commune de maintenir la gratuité en matière de santé et d’éducation, ainsi que des normes de sécurité sociale, se garantissant un “espace de compassion” de taille suffisante face à la menace du désert social que sont les Etats-Unis.

Si le Canada n’existait pas, il faudrait l’inventer… Avec une répartition différente des pouvoirs entre Ottawa et Québec, peut-être, mais on comprend que c’est une autre question. À la première question qui est de se fédérer, la réponse serait sans doute oui. Oui, si on laissait la porte ouverte à une distribution négociée des pouvoirs que le simple logique des faits se chargerait d’imposer sans peine.

C’est cette porte, que le système actuel fait tout pour fermer. Quand on interroge la population québécoise sur son désir d’appartenance au Canada, on triche sans cesse, en présentant le statu quo de la distribution des pouvoirs comme la seule base de discussions. Cette attitude est bien révélatrice de la sordide manipulation qui est en marche depuis des décennies pour garder la « question nationale » au coeur du débat politique au Québec et voir à ce qu’elle ne soit jamais résolue.

Pourquoi le système ne veut-il pas que nous sortions de cette discussion ad nauseam d’une « indépendance » qui, dans le monde actuel, ne peut être, pour nous comme pour les autres nations, que la précision des conditions d’une universelle interdépendance ? Parce que cette discussion nous met les oeillères qu’on veut que nous portions.

Le système ne veut pas que nous discutions des choses vraiment importantes, comme la place du français au Québec, le partage des responsabilités entre le secteur privé et le secteur public, la politique de développement de nos ressources – commençant par celui de nos ressources humaines ! – et, bien sur, les mesures qui permettraient de réduire l’écart entre pauvres et riches et de créer une société plus juste.

Le système préfère nous garder dans une dichotomie simpliste entre « séparatistes » et « fédérastes », échangeant des invectives au lieu de nous émanciper de notre véritable dépendance; celle qui nous asservit à des patrons économique désuets et à une fausse démocratie inefficace et corrompue.

Il ne serait pas bête que ceux d’entre nous qui voulons des changements, au Québec comme dans le reste du Canada, fédérions nos efforts pour échapper à cette manipulation du grand capital et proposer une confédération canadienne conforme à la volonté populaire.

Pierre JC Allard

26-06-09

267 Le Parti Québécois : arrêtons les frais

On peut se raconter des histoires longtemps. Les individus se fantasment des liaisons oniriques avec des vedettes rock pour accueillir la puberté et traverser l’adolescence, puis de grandes passions pour se consoler d’un ou plusieurs mariages tristounets, vivre avec des maîtresses ou s’en passer, puis accepter que la vie passe.. Ils s’inventent aussi des hobbies qui font de chacun le meilleur en quelque chose… puis la vie est passée.

Même chose pour les nations, ça dure juste un peu plus longtemps. En 1960 – j’étais là – nous, Canadiens d’expression française, avons pensé que le rêve d’un État-Nation – qui avait toujours existé depuis les Plaines d’Abraham – pouvait se réaliser. André d’Allemagne – d’autres aussi, mais surtout d’Allemagne – ont vu une fenêtre d’opportunité pour créer une Etat francophone en Amérique. Nous allions être Québécois

Génial, car la fenêtre était là ! Guerre froide, de Gaulle en France, révolution tranquille, explosion de l’éducation…. et cent variables qu’il serait trop long d’expliquer. L’indépendance était souhaitable et POSSIBLE. Bourgault l’a bien montré. François Aquin l’a vu et, via Aquin, Lévesque et Lesage. Surtout, toutefois, Daniel Johnson l’a vu, pour qui l’indépendance, c’était reposséder toute la révolution de Lesage et doubler la mise.

Johnson voulait l’indépendance. D’autres aussi. Suite à l’appui qu’avait audacieusement donné de Gaulle en 1967, du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, du départ de Aquin du Parti Libéral et de la création du MSA de René Levesque en novembre 1967, l’option souverainiste devenait majoritaire auprès de la clientele libérale comme unioniste.

Avec le triomphe historique de la droite nationaliste en France en juin 1968, suivie de l’arrivée au pouvoir de Pompidou, grand ami du Québec, l’indépendance, à la fin de l’été 1968, n’était plus seulement possible, mais probable. Si Johnson n’était pas mort en septembre 68, une élection en 70 aurait eté référendaire et le Québec aurait été indépendant en 1971.

Il suffit de peu pour s’éveiller d’un rêve. Après la mort de Johnson, l’option souverainiste est devenue minoritaire, à l’Union Nationale comme au Parti Libéral. L’indépendance a cessé d’être possible après la Crise d’Octobre, puis le monde a changé peu à peu et elle à même cessé d’être souhaitable. La fenêtre d’opportunité s’est fermée.

Attention ! Il serait toujours bien chouette d’avoir un passeport québécois, et de se dire indépendant. J’ai voté OUI aux deux autres référendums, et je voterai OUI au prochain si on s’amuse à en faire un autre, mais il n’est plus souhaitable de passer tant de temps à en parler, ni d’en faire le pivot de notre avenir. L’indépendance n’ajouterait RIEN de significatif aux pouvoirs du Québec et RIEN au quotidien des Québécois. De la fierté, et je voterai oui pour ça, mais rien d’autre.

On ne semble pas comprendre que l’indépendance, dans le sens qu’on lui donnait en 1960, n’est plus aujourd’hui l’apanage que de quelques grands espaces autarciques : USA, Chine, Europe… 70 % de la législation française reproduit exactement celle de l’Union Européenne… Les contraintes que doit supporter le Québec sont celles qui lui viennent de Washington et des institutions internationales, pas d’Ottawa.

Dans ce contexte, le clivage pour ou contre l’indépendance est nocif pour le Québec. Il crée un contentieux inutile, non seulement entre la majorité francophone et les minorités, mais au sein de la majorité elle-même. Surtout, aussi longtemps qu’un des deux partis d’alternance au Québec doit porter le boulet d’une option indépendantiste le jeu politique est faussé.

Le vote opposé à l’indépendance suffit à créer une majorité pour les tenants de cette option, même si ne viennent s’y ajouter que les voix d’une minorité réactionnaire, totalement dénuée d’imagination ou d’une volonté de progrès, qui n’a alors aucun besoin d’être représentative de la pensée politique du Québec pour imposer son agenda. L’évolution démographique ne fera qu’aggraver ce biais.

Il faut au Québec une alternative crédible au Parti Libéral. Le Parti Québécois ne peut pas être cette alternative, car il est identifié à une volonté d’indépendance. Mettre cette option en veilleuse ne règle rien, car l’indépendance étant la raison d’être du Parti Québécois, y renoncer serait l’ablation simultanée de ses méninges, de son coeur et de sa créativité. On ne convaincra personne qu’il a fait ce sacrifice.

Ce rêve de l’indépendance a fait son temps. Celle-ci viendra quand, signifiant de moins en moins, elle ne signifiera plus rien et nous échoira comme un fruit mur… En attendant, Il faudrait, pour le bien commun, que le Parti Québécois disparaisse, que le clivage politique se fasse autrement et que les Québécois rêvent à autre chose.

Pierre JC Allard

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