Nouvelle Societe

26-07-09

297 Sondages; la mission d’informer

Petit brouhaha en France. La Cour des comptes vient de faire quelques remarques qui ont suscité bien des commentaires, sur les sondages effectués pour la Présidence de la République.

La Cour des comptes a ainsi particulièrement souligné une convention tres succincte – elle tient sur une seule page ! – intervenue en juin 2007, entre l’Elysée et un cabinet d’études, pour un coût d’environ 1,5 million d’euros – dépassant donc le seuil au-delà duquel la passation d’un marché est obligatoire – et où les règles de mise en concurrence n’ont pas été appliquées. Au titre de ce contrat, 130 factures ont été réglées par l’Elysée en 2008, pour un montant de 392 288 euros, correspondant notamment à des enquêtes réalisées par l’institut OpinionWay et publiées par Le Figaro et LCI.

Puisqu’il s’agit de la Cour des comptes, on parle d’argent. C’est bien sûr le coût de ces études qui a été mis en lumière, ainsi que les procédures qui en ont entourés le paiement, mais on sait bien que l’essentiel n’est pas là. Ce sont les liens étroits entre l’UMP, certains médias et des instituts de sondage qui font froncer les sourcils.

Le 17 juillet, la société des rédacteurs du Figaro demande à la direction de mettre immédiatement un terme à ce type de « coproduction » avec OpinionWay, un compagnonnage un peu trop intime qui, à son avis, nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe. Le Directeur des rédactions du groupe, Etienne Mougeotte, envoie immédiatement ses plumes sur les roses et jure que l’Élysée n’a rien financé des activité du Figaro. Normal.

Un démenti sans surprise à une « révélation » qui n’en est pas une non plus, puisque, lors des dernières présidentielles, Segolene Royal comme Francois Bayrou avaient déjà parlé dix fois plutôt qu’une de ces relations bien intimes… Mais un rapport de la Cour des comptes – présidée par Philippe Seguin, qui n’est pas un homme de gauche – c‘est bien gênant…

Alors on s’agite, de part et d’autre… Le Parti socialiste réclame la création d’une commission d’enquête parlementaire – une demande que Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, rejette du revers de la main – tandis que Opinion Way se plaint que la Cour ne l’ait pas interrogée en cours de contrôle et s’étonne d’être la seule firme nommément citée parmi toutes les prestataires… Les feintes et les parades devraient durer quelque temps.

Normal aussi, mais est-ce ça l’important ? Est-ce qu’on ne pourrait pas profiter du tintamarre pour voir cette question des sondages par le bon bout de la lorgnette ? Il faut comprendre que les sondages sont et resteront un élément fondamental de la politique. Ce qui plus est, ils DOIVENT l’être. Il est bon dans une démocratie que l’État sache ce que pensent ses commettants. Il est bon qu’il en tienne compte. Il DOIT en tenir compte.

Il est inévitable, cependant, que la population soit influencée par cette perception d’elle–même que lui renvoient les sondages. En période électorale, en particulier, le comportement des électeurs peut être fortement biaisé par les sondages. Une influence incontournable à laquelle une population démocratique adulte peut résister, mais il semblerait néanmoins impérieux que cette influence soit impartiale et que les renseignents diffusés donnent au moins une image exacte de l’opinion populaire.

Est-ce que tous les sondages ayant une portée politique ne devraient donc pas être réalisés par un organisme public, en toute transparence et sous contrôle des citoyens et du pouvoir judiciaire ? On aurait ainsi une vision de l’opinion publique au-dessus de tout soupçon.

Cela sans préjudice, à celle que l’on pourrait obtenir de sondages privés, lesquels ne seraient en aucune façon interdits, mais sur lesquels on s’appuierait, au contraire, pour que leurs résultats viennent confirmer ou infirmer les sondages publics.

Le fera-t-on ? Il y a toute une fonction de connaissance et de diffusion de l’opinion publique qui ne demande qu’à se développer, car il n’y a rien de mal dans une démocratie à ce que l’on sache ce que tout le monde pense. Il y a une foule de référendums qui seraient bien utiles. Il faudrait se donner les moyens de les rendre moins coûteux et parfaitement crédibles.

Pierre JC Allard

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