Nouvelle Societe

19-06-09

260 Carter en Palestine

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Jimmy Carter, ex-président des Etats Unis, est cette rarissime exception : un homme de pouvoir devenu un homme de morale. Hier, dans le cadre d’un périple en Israel et en Palestine, il a eu des mots très durs pour décrire la situation à Gaza et le comportement d’Israel. Des mots qu’on n’entend pas souvent sortir de la bouche d’un Américain. « Les habitants de Gaza » – a dit Carter – sont traités « plutôt comme des animaux que comme des êtres humains » Brutal.

« Jamais auparavant dans l’Histoire » – a-t-il ajouté – « une collectivité n’a été bombardée de façon aussi sauvage, puis privée des moyens de réparer les dommages subis. C’est un terrible crime contre les droits de l’homme. Cela doit cesser et l’on doit enquêter sur ces crimes. Le mur (construit par Israel pour isoler les Palestiniens) doit être abattu et le droit fondamental des habitants de Gaza à la liberté doit leur être rendu ». Très brutal.

C’est que, depuis son offensive meurtrière en décembre dernier, Israel n’a pas seulement interdit les voyages, stoppé les importations et imposé des contraintes financières et économiques graves à Gaza, mais il y a également empêché toute reconstruction. On ne saurait dire plus clairement que l’on souhaite que cette communauté palestinienne de Gaza disparaisse. À partir de quel seuil parle-t-on de génocide ?

Il y a des circonstances où il vaut mieux ne pas commenter. Des circonstances où il vaut mieux laisser parler ceux qui ont vu et qui savent, ceux qui, comme Carter ont la crédibilité voulue pour dire de choses brutales et qui comme lui ont le courage de dire ce qui doit être dit. Je n’ajouterai donc rien à son témoignage.

Je souligne, cependant, qu’un responsable du Secretariat d’État américain a voulu préciser que Jimmy Carter voyageait à titre personnel et que son opinion n’était don pas nécessairement celle des USA. On peut donc penser ce qu’on veut de Jimmy Carter, sans devoir en aucune façon avoir la même opinion de la politique américaine…

Rappelons-nous, toutefois, que lors de sa récente visite au Caire, Obama lui-même a aussi demandé poliment a Israel un peu plus de retenue en Palestine. Carter le fait maintenant en termes beaucoup plus durs. Ce qui me rappelle cette expression latino-américaine bien connue qu’on adresse aux enfants récalcitrants : « Te lo dije ayer por lo bueno, te lo digo hoy por lo malo… quizas, manana te pego… » Je te l’ai dit hier gentiment, je te le dis aujourd’hui brutalement, peut-etre demain vais-je te frapper…

Se pourrait-il que le soutien inconditionnel des USA à Israel soit remis en question ? Et pendant ce temps, la marine américaine a pris en chasse un navire nord-coréen soupconné de transporter du « materiel nucleaire »… Une provocation dangereuse et bien gratuite. Y a-t-il un lien ? On se souvient de la dernière diversion…

Pierre JC Allard

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07-06-09

Salaam Aleikum !

Obama est allé au Caire offrir la paix : Salaam ! Il en a profité pour dire aux amis juifs d’Israel et de la diaspora qu’ils étaient ses bons amis, mais souligner qu’il ne plaisantait pas lorsqu’il parlait de Palestine. C’est là qu’il va sceller la paix. Je pense au sifflet du train qui passe et vous salue, mais dont le salut est péremptoire : je passe.

Je ne me lasse pas de suivre avec attention – et je l’avoue, avec admiration – les discours d’Obama qui semblent constituer un seul message structuré et bien pédagogique en plusieurs volets, pour faire comprendre à tous que le monde a changé et que ce sont de nouvelles règles qui s’appliquent.

Tout se tient dans cette démarche, tous les rappels sont là, comme dans une symphonie classique et l’on en arrive à prévoir les développements et le phrasé. Rien n’est laissé au hasard dans son périple. Chez Chrysler et GM, la leçon sur le travail. Aujourd’hui, la leçon sur la paix. Demain, en France… on verra. On tire du message d’Obama une double conclusion, alternativement rassurante et inquiétante, selon l’humeur qu’on a.

Rassurante, parce que l’on n’a plus le sentiment d’improvisation qui nous étreignait, il y a quelques années, quand on tentait vainement de suivre la logique de la politique américaine et qu’on ne voyait qu’une foire d’empoigne entre des individualistes balourds, sans idées et sans idéaux, On se sentait à la merci d’une bêtise. Je suis maintenant persuadé qu’il existe un PLAN, que ce plan n’est pas celui d’un homme, mais celui d’une équipe et qu’il n’a pas été conçu il y a quelques semaines, mais il y a des années.

On peut maintenant comprendre ce qui se fait et donc prévoir ce qui sera fait. On peut errer, en faisant ces prévisions. Errer d’autant plus aisément que certains aspects de ce plan ne peuvent se réaliser au mieux que si certains de ceux qu’il concerne agissent spontanément, et que des efforts sont donc faits pour que ce plan leur reste inconnu. Mais la ligne directrice est claire et, si l’on s’égare à un tournant, on peut s’y retrouver au suivant… Il y a un capitaine sur le navire et l’on a mis le cap vers quelque part. Rassurant.

Inquiétant, aussi, cependant, car l’existence d’un plan suppose un déterminisme et une détermination. Un déterminisme incompatible avec la vision d’un monde de libre-arbitre qu’on m’a inculquée depuis que j’ai l’âge de me balader seul. Depuis qu’on m’a dit que c’est moi qui ferait mon destin, dans un monde démocratique dont moi et d’autres comme moi choisirions ensemble la voie. Tous égaux. Tout ça se termine quand il y a un plan.

Quand le cap est choisi, il n’y a qu’à l’accepter. On ne m’a pas consulté. Au mieux, on me consolera si je semble déçu. On le fera si bien que j’en oublierai que j’aurais pu vouloir autre chose. Si quelque chose en moi résiste, tout le monde – et moi le premier, sans doute – saurons que ce quelque chose est une imperfection. En attendant que je m’en corrige, j’aurai devant moi, au service de ce déterminisme, une froide détermination. On me bousculera le moins possible, mais c’est moi qui devrai changer : le plan ne changera pas.

La logique d’un monde d’interdépendance auquel la technologie impose la cohérence vient de nous rejoindre. Les dinosaures qui s’accrochaient à des préjugés et des émotions et qui voulaient gérer le monde selon leurs caprices sont mis à la retraite. Ils étaient souvent bêtes, parfois méchants. Humains, trop humains. Maintenant on va regler les crises une à une, mettant les dinosaures à l’écart, là où ils ne piétineront personne.

On va redistribuer la richesse, lentement, mais sûrement, car la misère est un inconvénient. Produire autre chose et travailler autrement, car on salit le nid et l’on n’en tire même pas ce que l’on veut vraiment . Vivre en paix, car il y a pour tous… Il faudra seulement ne pas trop discuter et, au moins pour un temps, ne parler de liberté qu’en mode poétique.

Pierre JC Allard

05-06-09

« The shoah must go on » ?

Je pense que le élections européennes du 7 juin 2009 auront une certaine importance pour la communauté juive de France. J’ai choisi de reproduire ici – et sur Agoravox si on l’accepte – un article que je publiais en septembre 2005 lorsque les colons juifs ont été forcés de quitter Gaza. Je n’y ajouterai pas de commentaires.

«  » C’est un ami juif qui fait dans le show business -même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions – qui m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. L’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs – pas toujours, mais souvent – je pense aux perdants de Gaza. Comme je pense à ceux de Bagdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisis et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, même pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt – qui était aussi de la famille – aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes. »

Pierre JC Allard

22-05-09

Les Québécois n’entreront pas dans Gaza

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Une delegation de 17 Québécois – syndicalistes, artistes, travailleurs de l’information, incluant des Québécois d’origine juive montant au front au soutien de la tolérance et de la paix – ont voulu visiter aujourd’hui le territore de Gaza, afin de constater sur place ce qu’est la situation et l’ambiance qui y prévaut.

Plusieurs rencontres y avaient été prévues avec des groupes locaux et une activité artistique avec des enfants palestiniens avait été organisée par “Artistes pour la Paix” Cette visite était prévue depuis quelque temps, car cette délégation parcourt depuis dimanche Israël et les Territoires palestiniens occupés de Cisjordanie. Ce matin, 21 mai, la délégation s’est vu refuser l’entrée à la bande de Gaza par les autorités israeliennes au point de contrôle d’Eretz et à été refoulée vers la Cisjordanie.

Dommage. Eut-elle été admise, elle aurait été l’une des premières à entrer à Gaza depuis l’intervention israelienne de l’hiver dernier dont les renseignemenst qui circulent soutiennent pour la pluplart qu’elle aurait fait environ 1 500 morts, dont des civils.

On peut regretter, pour toutes les parties concernées, que cette delegation – en provenance d’un pays qui a toujours soutenu la politique israélienne, mais dont il est notoire qu’une partie de la population est sensible aux doléances palestiniennes – n’ait pas été admise à completer son périple. On peut penser qu’elle aurait rapporté les faits avec impartialité.

Cette vision impartiale est ce qui fait gravement défaut actuellement, dans le dossier Palestine, alors que les sympathisants, de part et d’autres, s’en tiennent à leurs positions figées depuis longtemps et ne semblent pas vouloir comprendre ou accepter que l’élection de Obama à la présidence des USA change radicalement la donne. La récente rencontre Obama-Natanyahu, ne peut pas être un simple coup d’épée dans l’eau. “Not now. Not this time…

Personne ne sait comment la relation USA-Israel va évoluer, mais il est clair que le dossier palestinien pèsera lourd dans la besace d’Obama, maintenant que l’opinion publique américaine devra être sensibilisée à une vision plus complexe du monde. Nul ne peut changer les événements qui ont eu lieu en Palestine, mais toute monde a sans doute intérêt à ce que ces événements soient perçus dorénavant sous un nouvel angle, favorisant la paix et un long processus de réconciliation.

Dans cette optique, un rapport de la délégation québécoise – aussi inoffensive qu’une délégation peut l’être – aurait pu être un jalon posé sur la route d’une re-interprétation pragmatique des discours que tiennent Israëliens et Palestiniens depuis trop longtemps. Il est dommage que cette visite n’ait pas eu lieu et que ce rapport n’ait pu être rédigé et diffusé, car il y a souvent à l’approche québécoise face aux problèmes internationaux, une fraîcheur de bon aloi dont aurait pu sortir du bien. Espérons que ce ne sera que partie remise.

Pierre JC Allard

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