Nouvelle Societe

07-07-09

278 Russie, USA… « Diplomacy »

Aujourd’hui, Obama et Medvedev se sont rencontrés et ont fait la paix. Une rencontre déterminante pour sceller notre avenir immédiat. Ce qui va transparaître de cette rencontre sera un nouveau traité START. Une réduction « spectaculaire » de leurs arsenaux nucléaires respectifs… mais qui, justement, ne sera qu’un spectacle.

Un spectacle, car abaisser de 2200 à 1675 le nombre maximum de têtes nucléaires et de 1500 à 1100 le nombre des “vecteurs nucléaires” – missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers à long rayon d’action – qu’ils se permettront dans 7 ans ne changera en rien leur capacité réciproque de s’annihiler… Start est un buzz pour médias .. et c’est très bien comme ça.

Une bonne nouvelle qu’on ait maintenu l’«équilibre de la terreur » qui nous inquiétait tant il y a 50 ans, mais qui s’est avérée depuis la stratégie pour la paix la plus efficace de l’histoire moderne. Continuons à nous faire peur…on ne se fera pas de mal. L’important de la rencontre n’est pas cette réduction de leurs arsenaux ; l’important est qu’ils se soient mis d’accord. On vient d’annoncer qu’on veut la paix

Le régime Bush ne voulait pas la paix. Oh, il ne voulait pas la guerre, naturellement, l’équilibre de la terreur était bien en place, mais il ne voulait pas la paix. Il voulait aboyer, semer la zizanie, déstabiliser, fomenter des coups aux frontières de la Russie. Il voulait maintenir cette menace constante qui, en forçant l’URSS à consacrer une part exorbitante de ses ressources à sa défense, l’avait empêchée de satisfaire sa population et avait finalement entraîné sa chute.

Le régime Bush voulait la même paix armée, hargneuse… qui n’est pas la paix. D’où ces insolentes provocations, d’aller former l’armée géorgienne pour venir récupérer l’Ossétie du Sud, de financer l’arrivée au pouvoir de régimes antirusses dans les États limitrophes et le projet sans véritable intérêt stratégique – et donc d’autant plus vexatoire, de venir installer des missiles en Europe de l’Est.

C’est à cette stratégie provocatrice et vexatoire que l’accord actuel semble mettre met fin. Obama n’a pas affirmé que cette histoire de bases en Pologne et en Tchéquie était finie, mais tout le monde a compris… Comme en convenant de reprendre les activités militaires communes Russie – USA, suspendues en août 2008, au moment de la guerre russo-géorgienne, on passe le message bien clair qu’il n’y aura plus de bêtises sur le front du Caucase. Il sera intéressant de voir si les Israéliens aussi sortiront de Georgie…

Plus important encore, la Russie a autorisé l’utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan, un accord qui va faciliter énormément la logistique de l’armée américaine…et qui met en évidence que la Russie est bien d’accord pour que l’on garde l’Islamisme comme croquemitaine universel.

Parions qu’il se sera dit bien des choses, aujourd’hui, concernant les Ouighours et tout se pétrole que l’on pourrait exploiter au Sinkiang… Sans parler de celui des autres pays d’Asie Centrale, qu’il serait plus facile d’exploiter si les Russes faisaient régner l’ordre dans cette zone, sinistrée depuis la fin de l’URSS.

Les USA d’une autre époque avaient rêvé d’exploiter eux-mêmes ce pétrole, mais ils se sont sans doute aperçus qu’ils ne pourraient le faire qu’au risque de créer une demi-douzaine de « situations afghanes »… Alors que rebâtir l’économie américaine sera un job à plein temps. Alors on se parle…

Parions aussi qu’on aura parlé de l’Iran. Pas plus que les Américains, les Russes ne sont sans doute heureux de voir cet État sous la coupe de fanatiques religieux. Si Russes et Américains s’entendent, l’avenir de l’Iran se décidera, comme toujours, sans que les Iraniens ne soient vraiment consultés. Et ce qui vaut pour l’Iran vaut pour bien d’autres…

Ce qui semble découler logiquement de la géopolitique actuelle, c’est que si Russie et USA se sont vraiment entendus, ils vont modeler le monde à leur convenance pour longtemps. S’ils n’ont que feint de s’entendre, Chine, Europe, Japon, Islam et les Autres reviendront à la table, dans une partie à multiples joueurs et dans un réseau d’intrigues d’une exquise duplicité.

La situation globale, en ce cas, ne ressemblera à rien tant qu’à une partie de Diplomacy, jouée sur une carte du monde d’aujourd’hui, plutôt que sur celle de l’Europe d’il y a cent ans. C’est la solution imminente qu’il va falloir donner à la crise monétaire qui nous dira quelle hypothèse est la bonne.

Pierre JC Allard

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12-06-09

Tien-an-Mein

 

Tien-an-Mein, il y a 20 ans, ça vous dit quelque chose ?  Ce type face aux tanks, c’était il y a dix ans, vingt ans, cent ans ? L’immense majorité des gens ne savent plus trop.  Il s’est passé tant de choses à Pékin, Peiping, Beijing  depuis des siècles et des siècles…  On ne commémorera rien à Beijing cette année. 

Les événements de 1989 ?  Les survivants qui voudraient en parler sont bloqués à la frontière. Ceux qui voudraient distribuer des tracts seront houspillés et on ne les verra même pas, dans le flot des millions de voitures à Beijing. Dans le flux des milliards de dollars qui vont et viennent,  entre un monde qui ne sait plus si son fric vaut encore quelque chose pour rembourser cette Chine  à qui on doit des trillions. Une Chine qui passe impassible comme la proverbiales caravane,  pendant que ça jappe autour de l’empire du Milieu redevenu le centre.

On parlera de 1989 sur l’Internet, mais ce n’est pas ça que les Chinois regardent  sur Internet.  Les 250 millions d’internautes chinois – ils sont maintenant plus nombreux qu’aux USA, – regardent  les nouvelles d’une Chine qui progresse, d’une pauvreté qui régresse, des Jeux Olympiques qui ont été un colossal succès, d’un monde qui maintenant les respecte.   Ils regardent Jackie Chan, leur idole du King Fu qui leur dit que la démocratie n’est pas nécessairement une option pour la Chine.  Et ils n’en sont pas choqués

Les Chinois ne sont choqués de rien de ce qui nous choque. Oui, oui, il y a encore des Tibétains, mais si peu et ils sont si loin de Tien-an-Mein….   Il y a des Ouighours, aussi, une vague tribu de Turcomans, à la frontière ouest, dans les sables, sur la route de la soie. Pittoresques. On leur bâtira un train, aussi, comme aux Tibétains, quand on aura le temps.  Tibétains et Ouighours sont à la Chine ce que sont les Albanais à l’Europe.  On n’en parle que s’ils font des problemes. Et même s’ils font des problèmes, ce sont des problèmes sans grand intérêt. L’important, c’est le prochain super-périphérique à Shanghai. C’est gérer trois cents millions de ruraux qui veulent s’urbaniser.

Tien-an-Mein  ?  Le grand non-dit, c’est ce soupçon que, si la Chine de 1989 eut été celle d ‘aujourd’hui, ils n’auraient pas été si nombreux sur la place… Les Chinois trouveraient regrettable que les Français fassent tout un plat de ces échaffourées, d’il y a 20 ans, mais s’ils en font un, on ne paniquera pas dans les rizières.  On haussera les épaules.  Les Chinois sont contents.  Ce que nous  pensons de la politique chinoise n’intéresse plus les Chinois. La Chine, c’est 20 fois la France. 

Alors on regarde comment le géant marche et on en est plutôt a prendre des leçons qu’à en donner.   Comment fait-on pour que l’ordre règne en Chine ?  Comment peut-on tant faire produire  et pourquoi si peu de récriminations ?  Comment reussit-on a faire l’impasse sur les droits de l’homme, sur la liberté d’expression, sur la mémoire collective, sélectivement épurée du mal pour ne plus être qu’une ascension droite vers le progrès et la richesse. ?

Évidemment, ce n’est pas le modèle que nous voudrions, mais nous voudrions bien que le modèle que nous voulons fasse un tel consensus.   Pourquoi NOTRE modèle démocratique est-il si contesté, alors que la tyrannie à la chinoise l’est si peu ?  Est-ce uniquement que la contestation est visible chez nous, dans un contexte de liberté, alors qu’elle est la-bas invisible sous la répression ?   C’est ce qu’on veut croire,  mais ne serait-ce pas un peu, aussi, que des moyens que nous jugeons  inacceptables le semblent moins à ceux qui en voient des effets positifs ?  Alors que la mansuétude ne suffit pas à rendre populaires nos politiques européennes qui semblent incohérentes.

Il y a longtemps qu’on se gargarise du mot « liberté », mais Eluard n’a rien dit de l’écrire sur l’hypocrisie, la corruption, l’insignifiance…  Il semble que les Chinois ont d’autres priorités. Est-on bien sûr que même les Occidentaux, aujourd’hui, ne sacrifieraient pas une part de cette liberté qu’on idolâtre , pour qu’on leur offre plus d’égalité, plus de fraternité et la dignité d’un projet de société qui ne se limite pas au constat résigné du déclin de notre civilisation ?  Je n’ai pas de réponse. Je m’interroge. Il faut s’interroger

 

Pierre JC Allard

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