Nouvelle Societe

24-07-09

295 Montréal, Capitale de l’Été

On parle de Grand Prix F1 à Montréal. Amusant. Utile, aussi, pour assurer la V I S I B I L I T É. Pourquoi la visibilité ? Pour faire des sous… et surtout pour créer des emplois. Ce qui demande un mot d’explication…

Le monde est en crise, on le sait. Crise financière, bien sûr, mais, en Occident, derrière la crise financière se cache une crise industrielle qui n’a rien à voir avec une quelconque récession; les secteurs de production industrielle qui ont fait notre richesse sont simplement en déclin, leurs marché saturés et leurs méthodes de production désuètes. L’emploie diminue…

Il n’y a qu’une solution définitive à la crise et c’est de remettre tout le monde au travail. Or, ne nous leurrons pas, une ville n’a que peu de marge de manoeuvre pour créer des emplois industriels. Ce n’est pas Montréal qui contrôle, ni ne devrait contrôler, les politiques de main-d’oeuvre ni les politiques monétaires: nous ne règlerons pas la crise du pays par des mesures au palier municipal.

On peut attendre que Québec et Ottawa règlent la crise, mais ce n’est pas très astucieux… car ces secteurs industriels en crise ne créeront plus d’emplois. On peut penser à un protectionnisme qui fermerait les frontières à la concurrence imparable du tiers monde, mais les travailleurs Occidentaux ne veulent pas travailler pour des salaires chinois, ce qui d’ailleurs ne serait pas souhaitable. L’industrie ne reviendra donc qu’en substituant des machines aux travailleurs: ces secteurs peuvent renaître après la crise, mais rien ne permettra jamais d’y créer beaucoup d’emploi.

Si nous voulons que les travailleurs travaillent, il faut donc créer des emplois dans le secteur tertiaire… et là, une ville peut faire quelque chose. Montréal peut créer un foyer de prospérité et générer des revenus qui se diffuseront sur toute sa population, si on met à profit une ressource que Montréal possède en abondance: l’hospitalité et la joie de vivre de sa population.

On néglige trop souvent que le tourisme est devenu la première industrie du monde et que nous possédons des ressources et des avantages concurrentiels importants pour miser sur cette industrie tertiaire à forte intensité de main-d’oeuvre et donc créatrice d’emploi. Montréal est une ville de fêtes. Expo 67, Jeux Olympiques, Festival du Jazz, sa réputation est faite.

Son avantage extraordinaire, en plus des qualités propres à sa population même, c’est qu’elle est une ville d’été. La plupart des villes du monde se vident de leurs habitants en été et en perdent leur âme. Montréal, avec ses festivals et la profusion de théâtres saisonniers qui l’entourent, a cette rare caractéristique d’être une ville où l’été est la saison active. Il faut exploiter le potentiel touristique de cette singularité en y joignant l’effet d’attraction du visage français et multiculturel de Montréal.

Grand Prix ? Si on veut, mais on peut faire bien plus pour beaucoup moins… L’administration muicipale pourrait agencer les événements déjà récurrents chaque année à Montréal de la fin mai à la fin septembre – et en ajouter d’autres – de façon à offrir au touriste un calendrier ininterrompu d’activités qui ferait de Montréal la 
“CAPITALE DE L’ÉTÉ” en Amérique.

Dans le cadre de ce calendrier, chaque communauté culturelle de Montréal qui en ferait la demande recevrait la collaboration technique et une aide financière de la ville pour organiser, au cours de l’été, un festival mettant en évidence sa spécificité culturelle dans un secteur de Montréal signifiant pour cette communauté. Quartier Italien, Grec, Juif, Latino. Haïtien, libanais, etc…

Cette communauté deviendrait alors, durant cette période, non seulement l’hôte des autres éthnies de Montréal, mais aussi, si elle fait de cet événement un succès, le point de ralliement en Amérique du Nord de tous les membres de cette communauté. Avec un peu d’aide, elle générerait sa propre visibilité sur sa clientèle ciblée. À coût modique.

Mettant à profit la relâche des activités culturelles en France durant la période estivale, Montréal pourrait aussi établir, dans le Parc Jean-Drapeau ou ailleurs, avec la collaboration des industries culturelles et des restaurateurs de France, une ambiance complètement française à prix nord-américains qui compléterait la séduction de la clientèle américaine.

RIEN ne peut apporter à Montréal un essor économique et des emplois aussi rapidement que le tourisme, surtout si on y joint la promotion de l’industrie des congrès, où Montréal est déjà très bien positionnée en Amérique du Nord et le serait bien sûr davantage si elle devenait cette Capitale de l’Été.

Cette hospitalité est la meilleure clef de notre développement. Il faudrait invoquer la mémoire de Jean Drapeau et évoquer ses mânes pour que l’imagination et l’enthousiasme se réincarnent à Montréal au plus tôt et que l’on joue habilement nos atouts.

Pierre JC Allard

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15-07-09

286 Un temps pour l’audace

À Cap Kennedy, on vient de reporter, pour la cinquième fois, le lancement de la navette spatiale “Endeavour”. C’est la température… Bien sûr. Un été pluvieux. Mais est-ce que ce ne serait pas, aussi, que ce vieux tacot qui a 136 910 237 kilomètres sous le capot, si on peut dire, donne des sueurs froides à tout le monde ?

Endeavour est la plus récente des navettes, mais elle vole depuis 17 ans. Elle a été conçue il y a un quart de siècle, quand on passait du Commodore 64 au Mac 128… On est loin de la technologie de pointe. L’exploration spatiale, qui a été conçue comme une operation de prestige, fonctionne maintenant avec des budgets à rabais. Julie Payette est une audacieuse. Si elle était ma fille, je ne suis pas sûr que je la laisserais voyager la-dedans…

Pourquoi n‘y aura-t-il pas une “Endeavour 2009” au prochain Salon du Bourget ? Parce qu’il n’y a pas de demande. Pas de demande, parce que c’est inutile, bien sûr, mais ça, on le savait depuis le début. Pas de demande, surtout, parce qu’on ne peut pas penser exploration spatiale sans se sentir bien nostalgique. L’espace, c’était un rêve ; il s’est effiloché, perturbé par le train train de la rue. Un rêve ca s’entretient…

En mettant un homme sur la Lune, il y a 40 ans, on faisait un “grand pas pour l’humanité”. En fait, on voulait que ce soit un grand pas pour la civilisation occidentale, mouture USA, dont les Soviétiques étaient exclus. L’Occident vivait une querelle de famille. Grande delectation solitaire, donc, ces ébats dans l’espace, qui est devenue morose ensuite, quand le désir de recommencer nous a quittés. Les Russes ont continué un peu, mais, sans nous pour les talonner – et nous sans eux pour nous émoustiller – ce n’était pas la même chose… Alors toute la famille Occident s’est endormie.

En ne faisant rien pour nous dépasser, depuis 40 ans, nous avons fait de la conquête de l’espace un opéra dont les héros meurent au premier acte ou se réconcilient avec leurs familles… Pour suivre le reste du livret, il faut bien aimer le bavardage… Mettre le programme spatial en veilleuse a été l’annonce discrète que la civilisation occidentale, essoufflée, entrait en pré-retraite. Ensuite, on a renoncé au supersonique et on a laissé le Concorde devenir désuet. Comme ce jour où l’on fait un peu de goutte et où l’on feint d’oublier la raquette de tennis au grenier, sans penser qu’on ne l’y reprendra plus. L’Occident s’est mis au potinage et aux jeux de rôles sur ordinateurs.

Maintenant, on est fier de maîtriser les subtilités des rôles de député, de vedette, de truand ou de président. On suit avec une passion virtuelle les déboires de Paris Hilton, de Sarkozy, de Madof, de Michael Jackson… Notre civilisation babille, surfe, passe le temps. On attend qu’un Chinois ou un Indien aille planter son drapeau la-bas, sur la Lune…. puis continue vers Mars, Venus… vers l’avenir. On suivra ça de loin, sur un écran japonais.

On sourira, comme les vieux, on deviendra grabataire puis on passera à l’Histoire. On y entrera en beauté, car Chirac ne nous a-t-il pas dit, en 1998, que gagner la Coupe du Monde de football était « un des grands moments de l’Histoire de France ? “ Ne serait ce pas nous demander trop, d’exiger de nous un autre ultime dépassement ?

Alors, les navette, l’espace, l’avenir, laissons s’en occuper ceux qui s’y intéressent vraiment. Ramenons nos astronautes sains et saufs sur la terre, mettons la vieille carcasse d’Endeavou au rebut et ne tentons plus le destin. Plus de sauts périlleux. Étant Québécois, je serai particulièrement heureux quand Julie sera revenue.

Étant Québécois, je serais heureux aussi que Guy Laliberté, qui s’y connaît en sauts périlleux, quand il aura participé au cirque de la NASA en septembre et vu nos problèmes de loin, vienne les voir de tout près en s’impliquant dans la politique québécoise. On aurait bien besoin, dans notre Québec qui déçoit et parfois déchoit, de “forts et de hasardeux » qui viennent enseigner à nos politiciens l’art de vivre dangereusement. Des audacieux qui viennent remplacer, sur la corde raide tendue au dessus de la crise, nos faiseurs de pirouettes amateurs qui, hélas, n’ont pas le pied sûr ni le talent des pros du Cirque du Soleil

Pierre JC Allard

20-06-09

261 Twitter et démocratie

Juin 2009, élections en Iran. On le sait depuis longtemps et personne ne s’énervait. D’abord, parce que le vrai pouvoir n’est pas en jeu; les mollahs que représente le Guide supreme Khamenei l’ont bien en main et ils le garderont, quel que soit le résultat de ces elections; le Président n’est qu’une concession au désir de la population de s’exprimer. Ensuite, parce que l’on savait qui serait élu. Qu’ils soient réalisés par des firmes étangères ou nationales, tous les sondages étaient unanimes: Ahmadinejad, haut la main,

Pourquoi serait-t-il réélu ? Parce qu’il est déjà en poste – et ça compte, dans un pays de traditions, de fonctionaires et de favoritisme millénaire – et, aussi, parce qu’il est populaire, ce qui compte aussi, quand on veut jouer à la démocratie. Ahmadinejad est un homme du peuple qui nourrit ses chévres, cultive son jardin et à fait plus pour les petites gens en Iran que tous ceux qui l’ont précédé. C’est ça qui séduit l’Iranien moyen, lequel, comme tous les quidams lambdas de tous les pays du monde, ne s’intéresse que médiocrement à la géopolitique et au sens de l’histoire.

Personne ne doutait qu’Ahmadinehad serait réélu et, comme l’annonçaient les sondages, il a recueilli les deux-tiers des suffrages. Pas de surprise, voilà qui est fait… Mais arrive un élément nouveau : TWITTER.

Twitter, c’est la pénultième étape de la plongée de la civilisation vers la simplicité et les raccourcis. Apres Twitter, il ne reste que le retour à la perfection initiale simiesque des grimaces et des onomatopées. Pour « twitter », écrivez en 140 caractères ce que vous avez a dire. Si vous êtes Einstein et que c’est E=MC 2 que vous tapez au clavier, c’est génial ; mais autrement, si vous voulez partager avec quelqu’un le secret du nez de Cyrano, par exemple, oubliez Rostand. Vous n’avez que l’espace pour dire qu’il est gros et signer « sot ».

La fin du génie ? Oh, que non ! Twitter est génial autrement. Genial en politique pour manipuler le peuple. Pas d’idées, juste des slogans. Goebbels, parfaitement réalisé. L’outil parfait pour Big Brother. Alors quand on a vu ces tristes résultats sans surprise en Iran…. Pourquoi ne pas tester Twitter in vivo ? Rien a perdre puisque ces élections étaient déjà passées aux profits et perte…

Sitôt dit, sitôt fait. Un coup de fil du Secrétariat d’État américain aux gens de Twitter et c’est parti. Grâce a Twitter, on va pouvoir exciter la populace par des message sans queue ni tête, diffusés sur les portables dont on a distribué des millions et des millions en Iran. Le candidat Moussavi va cesser d’être le signet marquant la page pour le magouilleur Rafsandjani tapi dans l’ombre et qui attend sa chance. Il va devenir le champion de l’Occident.

Mousssavi. L’homme qui s’oppose aux mollahs, défend les droits de la femme, récuse le programme nucléaire iranien et n’a vraiment rien contre Israel. Tout ca en Occident, bien sûr. Car en Iran, il n’est pas ça, n’a jamais prétendu être ça, ne pourrait pas être ça même s’il le voulait et, surtout, CE NEST PAS CE QUE VEUT LE PEUPLE IRANIEN !

Ce que diffuse Twitter en Iran, ce n’est donc pas ça. Pas un mot d’un quelconque programme de Moussavi. Juste un appel à se plaindre de n’importe quoi. N’importe quoi qu’on peut dire en 140 caractères…. On distribue aussi, à ce qu’il paraît, un Guide pratique de la révolution en Iran, mais je n’en ai pas la preuve Ce dont on a la preuve, c’est que Twitter met dans chaque main qui peut bercer un téléphone des conseils pratiques pour foutre le bordel.

Où que vous soyez dans le monde, vous pouvez aider à nuire:
 régler les comptes Twitter sur le fuseau horaire de Téhéran, centraliser les messages sur les comptes Twitter @stopAhmadi, #iranelection et #gr88, etc. 
Mis en application, ces conseils empêchent toute authentification des messages Twitter et l’on ne peut plus distinguer le vrai du faux. On ne peut plus savoir ce qui est envoyé par des témoins des manifestations à Téhéran et ce qui l’est par des agents de la CIA à Langley ou en Angleterre.

Bordel à Téhéran. On a une nouvelle méthode de subversion. Plus efficace, sans doute qu’un putsch ou qu’une grève de camionneurs contre Allende au Chili, puisqu’elle s’en remet au désir de désordre toujours présent dns une population encadrée et n’exige pas que le people comprenne quoi que ce soit: Il suffit de l’amener à libérer une pulsion

Mais c’est une arme bien dangereuse… Qu’arrivera-t-il si elle est retournée contre ceux qui aujourd’hui l’utilise ? Imaginez un énorme Mai 68 ou, portable en main et Twitter en ligne, tous les gens qui n’ont jamais protesté choisissent un beau matin de libérer leur pulsion… Un temps pour l’anarchie. L’Insurrection qui vient

PIerrre JC Allard

15-06-09

256 Un mauvais moment…

J’ai dit souvent récemment, sur mon blogue et ailleurs, que je suis bien satisfait de la façon dont l’Éstablishment américain est à réaliser sa conversion, d’un système capitaliste générateur de trop d’inégalités, vers un système plus paternaliste dont c’est la mission d’Obama de réaliser la mise en place sans effusion de sang.

Quand je dis satisfait, cependant, comprenons bien, que c’est la satisfaction d’un malade en phase terminale qui approuve les arrangements qu’on a fait pour ses obsèques. J’aime la créativité, l’initiative dans l’effort, la liberté d’expression et j’ai passé la plus grande partie de ma vie à fraterniser avec d’autres cultures. Pour ceux qui ont ces idéaux, il y aura un mauvais moment à passer.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je constate que le monde DOIT aller vers un forme de collectivisation, de normalisation, d’enrégimentement, accompagné pour chacun d’un repli sur ses valeurs et ses frontières. Cette orientation m’attriste, mais je l’accepte, car je la vois absolument nécessaire : il n’y a pas d’autre moyen de corriger le mauvais virage que notre civilisation a pris il y a 60 ans.

On aurait pu, il y a 60 ans, prendre un autre virage. Au lieu de la Guerre Froide avec l’URSS, on aurait pu accepter, à la dimension de tout l’Occident, une lente évolution vers un plus grande présence de l’État dans la société, jointe à un respect des droits acquis et d’un nécessaire esprit d’entreprise. On aurait pu choisir de permettre de raisonnables inégalités, tout en faisant barrage à la misère.

Barrage à la misère que nous avions laissée s’installer chez-nous et aussi à celle que nous avions contribué à créer chez les autres. Au lieu de cette décolonisation sauvage qui a transformé les esclaves en serfs, libres surtout de se cannibaliser sous peine de mourir de faim, l’Occident aurait pu assumer la responsabilité de conduire à l’autosuffisance et à une autogouvernance efficace les peuples dont nos prédations avaient interrompu le développement. Si, au lieu d’un Rideau de fer, on avait bâti des ponts entre l’Est et l’Ouest, on aurait pu aussi en créer entre le Nord et le Sud.

Mais on ne l’a pas fait. On a choisi l’antagonisme. On a suivi, dans le monde dit « libre », l’attachement à courte vue à un néoliberalisme en forme de martingale pyramidale, ne pouvant survivre que par une création de richesse fictive dont l’irréalité serait tôt ou tard découverte. Dans le monde des république dites « démocratiques », on a suivi l’attachement doctrinal à des recettes que l’avènement de l’abondance rendait désuètes et à des politiques coercitives fatales à la liberté et à la créativité.

Est et Ouest se sont enlacés comme les scorpions dans la bouteille, dans un conflit qui a perduré jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Lorsqu’il est tombé, on s’est aperçu qu’étaient morts non seulement le «socialisme», qui aurait pu donner un idéal à l’humanité – pour dérisoire qu’on ait pu le juger – mais aussi le « capitalisme », déshonoré par le mal qu’il avait causé et qu’on n’attendait pour enterrer que la découverte de la supercherie de cette richesse factice dont il avait voulu faire une raison de vivre.

Le voile est tombé en octobre dernier, quand l’argent a perdu toute valeur. Nous sommes désormais dans un monde où il n’y a plus d’idéal politique crédible, ni de symboles financiers auxquels on puisse accorder confiance. Nous sommes dans une situation où il faudra rebâtir la société, tout en réglant au jour le jour des questions de survie. Il va falloir mettre en mouvement concerté une population désabusée.

On ne pourra le faire que si des directives cohérente sont données et suivies, ce qui ne sera possible que si la population est dirigée avec fermeté et qu’on ne lui laisse que bien peu de discrétion pour s’en écarter. Des gouvernement autoritaires vont donc se mettre en place, refermés sans doute sur des zones identitaires culturelles que leur homogénéité rendra plus faciles à gérer.

J’ai bien peur que la démocratie, déjà bien malade, ne parte en vacance pour la durée des travaux. Elle reviendra, car la liberté est le système par défaut, dans le monde d’interdépendance qui est à se créer et qui ne pourra vraiment fonctionner que par consensus. Elle reviendra, et ceux qui l’accueilleront à son retour vivront une vie meilleure dans un monde meilleur.

Il n’y en aura pas moins un moment à passer où les choses et les idées que nous aimons ne seront peut-être pas là… Un mauvais moment à passer, mais il sera moins long si nous gardons la volonté inchangée d’œuvrer pour l’avenir auquel nous croyons.

Pierre JC Allard

18-05-09

« The One » et l’imperfection programmée

Obama, dont le premiers geste avait été de bannir la torture et les tribunaux d’exception de Guantanamo, a rapidement ensuite pris position pour s’opposer aux poursuites contre ceux qui ont torturé et fait torturer. Il vient, il y a quelques jours de refuser la publication d’un énorme dossier de photographies qui auraient montré encore plus clairement la pleine étendue des sévices commis contre les prisonniers et souligné l’odieux de la guerre américaine en Irak. Il en rajoute encore, finalement, en remettant maintenant en services ces tribunaux militaires dont il avait ordonné la suppression ! Que se passe-t-il ?

Il est important de le comprendre, car c’est de ça que va dépendre l’opinion mondiale… et c’est de cette opinion mondiale que va dépendre le sort de l’Occident. On veut croire que les USA ont changé. On VEUT croire, en Europe, qu’il y a eu une Amérique de Bush, honnie et méprisée parce qu’elle était ignoble, mais qu’un nouvelle Amérique est arrivée, avec Obama, qu’on peut recommencer à respecter et à aimer.

On veut le croire, parce que si la fracture n’est pas réparée entre Europe et Amérique, notre civilisation ne sera plus le phare, mais la lanterne. Mais il faut que le changement annoncé soit crédible… Pourquoi, donc, cette volte-face qui risque de clore la lune de miel et de recréer l’antagonisme des dernières années?

Le scénario le plus simple est qu’Obama ait changé d’avis… mais Obama est parfait. Il est « The One », nous a dit Oprah dès le départ, en référence au film Matrix, ce qui en fait plus qu’un messie, car le héros de Matrix ne se contente pas d’apporter une solution, il dissipe l’illusion et fait disparaître le problème… Le film ne nous dit jamais quelle providence nous envoie ce sauveur, mais, dans le monde réel, ce ne peut être que l’Establishment financier, puisqu’il n’y a simplement pas de pouvoir alternatif sur la planète d’ou Obama pourrait être issu… et il n’y a pas de génération spontanée.

Créature de l’Establishment, Obama a sans doute été créé sur mesure, choisi parmi des milliers de candidats, après des études et des sondages poussés, pour venir transformer un système dont on avait tiré tout ce qu’il pouvait donner. Il n’y a rien dans l’image d’Obama, son discours, son comportement qui n’ait été rendu aussi parfait que le permettent les techniques dont on dispose aujourd’hui.

Or on n’est plus aujourd’hui dans la préhistoire de la manipulation, avec Bernays, Tchakotin et Goebbels. On a créé « The One » et on l’a vendu à la population comme le produit miracle, y mettant financièrement tout ce qu’il fallait, éliminant de sa route tous les obstacles et lui donnant finalement comme adversaire un vieillard peu charismatique assisté d’une colistière caricaturale.

Il a gagné, bien sûr. Il a gagné et un plan se déroule dont il est bien difficile de croire qu’il n’ait pas été minutieusement préparé de longue date. Mais si cette volte-face fait partie du plan, à quoi sert-elle ? Le plus probable est qu’elle est là pour souder l’Amérique en un tout plus solide, en mettant Obama dans un rôle d’arbitre entre les factions libérales et conservatrices de l’Amérique.

Ceux qui veulent la punition des tortionnaires, la publication des photos, et la fermeture de Guantanamo vont sortir de la complaisance où les a faits tomber l’élection d’Obama et remonter aux barricades. Ils obtiendront tout ce qu’ils veulent, puisque cette élection a prouvé qu’ils étaient majoritaires, que le Congrès se fera leur porte parole et que les tribunaux suivront le nouveau vent qui se lève…

Ils l’obtiendront, mais Obama apparaitra comme l’homme du centre. A son corps défendant (!), il aura permis que la démocratie juge les auteurs des exactions – pas les petits, les grands – mais il aura été le protecteur impartial de ceux de la vieille garde…

Les photos qui n’ont pas été publiées pourront plus facilement être versées aux dossiers. Les tribunaux militaires trouveront quelques coupables qu’on punira et quelques innocents qu’on dédommagera…. puis Guantanamo fermera de consensus, puisque son travail n’aura pas été interrompu, mais terminé avec succès.

La Droite verra Obama comme un juste; c’est ce qu’elle respecte. Des que justice aura été faite, la Gauche ne lui ne reprochera plus ses volte-faces. Il aura hésité, mais il en sera arrivé à la bonne décision. La Gauche le verra un peu hésitant, « imparfait », plus humain… c’est ce qu’elle aime.

La perfection, ça se construit… et ça s’entretient.

Pierre JC Allard

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