Nouvelle Societe

10-06-09

Bayrou. Météores et juments vertes

Qui aujourd’hui miserait cent sous sur l’avenir politique de François Bayrou ?   “Mort” et “cuit” sont les épithètes que lui accollent les blogueurs.  Le  météore apparu aux dernières présidentielles – et qu’on avait voulu garder en résere pour un match revanche en 2012 – vient de disparaitre du firmament politique en quelques heures. Il aura suffi de quelques quitte ou double qu’il a perdus contre Cohn-Bendit et Sofres, puis des medias.   Il ne reviendra pas . «Un mort qui ressuscite déçoit toujours un peu son monde» –  disait Marcel Aymé…  On  ne permettra pas à Bayrou de décevoir davantage

On ne laissera pas Bayrou gâcher l’espoir du Centre en 2012. Un grand espoir, car l’égregore du Modem est toujours là. Il y a sa clientèle de rénovateurs idéalistes à prendre, avec, juste  à côté, celles des Écolos jeunes et vieux et des nostalgiques de Mai 68 ou même de Lecanuet !   C’est une base à laquelle il faut ajouter tous ces abstentionnistes qui ne sont vraiment ni à gauche ni a droite,  pas vraiment fâchés, mais pas tres heureux non plus.  C’est ce magma centriste qui est la source la plus probable du prochain pouvoir.

Tous ces tièdes sociaux voient que l’UMP est le parti d’un seul homme – parfois bien irritant ! – et que la Gauche n’est qu’une idée qu’on s’est partagée et qu’on a mise en dormance.  Avec la crise, on louchera vers les extrêmes, mais il suffit, pour que le Centre s’impose, qu’aparaisse l’homme ou la femme charismatique qui viendra dire aux Français que le salut passe par le rejet de la Gauche comme de la Droite et que leur abstention aux européennes a été un geste de lucidité et de courage… La priorité ?  Construire un large consensus…

Ce mouvement vers le centre a commencé avec  Ségolène, arrachant l’investiture du PS en prenant de front les éléphants. Segolene avait la cote d’amour et les sondages pour elle. Elle allait vers un triomphe… mais un mauvais virage vers la Gauche, alors que le Centre l’attendait, et Bayrou l’a doublée sur sa droite, lui ravissant ce centre qui bascule à gauche ou à droite et qui donne les victoires.  

Si Segolène avait été plus machiavélique, elle aurait  laissé la presidence à Bayrou en échange de son soutien aux Législatives.  Forte de cet appui, elle aurait mené son équipe  à une victoire facile contre  l’UMP puis, s’appuyant sur la structure du PS  – dont Bayrou n’avait pas l’équivalent – elle aurait exercé le vrai pouvoir.  La France aurait été au centre… mais teintée de gauche.   Elle ne l’a pas fait.  Son heure a passé. 

L’heure est maintenant  à un « Extreme-Centre », teinté de rien.   Un consensus  s’appuyant sur les désenchantés de la politiques qui apparaissent  comme la seule majorité.  N’est-ce pas l’heure de Bayrou ?   NON. La France voudrait un Bayrou… mais pas Bayrou.  Parce qu’il a déçu ?   Il n’aurait pas déçu qu’elle n’en voudrait pas plus !  Il a déjà servi.

On est désormais en démocratie pipole. Bayrou est « usagé », alors qu’on veut du neuf.  Comme aux USA, ou les candiats battus ne reviennent pas. Même Al Gore, qui avait tout pour revenir, a compris que la plèbe veut toujours un nouveau gladiateur dans l’arène.

Dans un monde ou les idées sont façonnées sur mesure au gré des sondages –  et où ce qui sera fait  ne devra rien à ce qui aura été dit – la politique doit être conçue comme pure imagerie. Le peuple veut un conte de fées.  Il veut un héros qui parte de très bas pour pouvoir monter très haut, tres vite, car c’est à l’ascension du météore que la foule veut s’identifier, C’est là qu’elle trouve son plaisir.. Elle exige que l’on gagne du premier coup, comme Obama, ou qu’on disparaisse.

Il y a une prime de popularité qui accompagne la curiosité pour la dernière trouvaille.   On cherche donc le candidat qui va surprendre. Tant mieux si le cheval court, mais d’abord qu’il étonne !  On a parlé  de Marcel Aymé ?  Disons que le peuple cherche une « jument verte ».  Ceux qui n’étonnent pas ne se rendent même pas au départ.  Segolene ou Bayrou ?  C’était hier.  Besancenot ?  C’était ce matin et il semble bien qu’il va vers la sortie…

Si quelqu’un peut vaincre Sarkozy en 2012, ne le cherchez pas: il est trop tôt.  On verra bientôt trotter sous les vivas, sur la piste Internet, Melenchon,  Cohn-Bendit, Joly, tous les vieux  et  quelques jeunes  aussi, sans doute, mais la Jument verte n’arrivera que vers la fin 2011. Elle arrivera en météore, comme Bayrou.  Elle ne galopera pas avant 2011, sans quoi on s’en lasserait… comme de Bayrou…

Pierre JC Allard

08-06-09

Partir du pied gauche…

L’Europe a voté. Sans beaucoup d’enthousiasme et sans se prononcer pour de grands changements. Avec la prudence qui sied à un temps où l’on peut encore se bercer de l’illusion que cette crise n’est pas terminale de la société que nous avons connue. Prudence, mais, ici et là, en Angleterre et aux Pays-Bas, entre autres, une radicalisation se dessine qui n’est pas une surprise… À moins qu’on ne veuille voir comme une surprise que cette radicalisation n’aille que vers la Droite…

Le message le plus clair de ces élections, c’est que la Gauche stagne. Les Écolos font en France un aussi bon carton que les héritiers de Jaures, pendant que les Besancenot et Melenchon ne rejoignent même pas le score d’un Le Pen pourtant bien vieux ! Pourquoi la Gauche ne représente-t-elle plus l’alternative du changement ? Parce que la Gauche s’est scindée en deux factions.

Un Parti Socialiste corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres. Les autres, c’est-à-dire les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont les bien-pensants se sont sommairement délestés pour parvenir à la respectabilité électorale républicaine et dont ils n’assument plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

On a un PS de centre-gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant que la naissance d’un « Mouvement Républicain » à sa droite qui lui donnera les répliques attendues pour devenir la moitié d’une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fera consensus et dont tout désir de changement sera exclu. Cette Gauche n’a pas de projet de société, Elle n’a pas un grand dessein à proposer. Cette Gauche ennuie.

À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti de gouvernance. Ils pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si le PS ne leur tend pas la main.

Si le PS préfère se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral, ceux qui veulent de vrais changements ne pourront espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faut que le PS aille vers cette gauche radicale et non vers le centre. Il en naitraît une alternative. Une Gauche unie pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;
2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production;
3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;
4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;
5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;
6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale à l’exception d’un impôt sur le capital;
7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;
8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité
9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;
10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;
11 Reconnaître la violence comme une pathologie, en tirant les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral;
12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un « Contrat Social » explicitant les valeurs républicaines;
13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires de ce contrat social ;
14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par Internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;
15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;
16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;
17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence ;
18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, en ce qui ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, car il y a bien plus à faire… Mais agir vite, car la crise actuelle est une invitation au voyage. Si on ne part pas du pied gauche, on pourrait se retrouver bien loin de ce à quoi profondément l’on aspire.

Pierre JC Allard

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