Nouvelle Societe

22-06-09

263 Montréal: de la corruption à l’extorsion

Encore une odeur de soufre qui se dégage des officines de l’administration de la Ville de Montreal. Il n’y a pas si longtemps qu’on a parlé de scandales à la Société d’Habitation et de Développement de Montréal, privatisée dans des circonstances qui ont soulevé des questions, puis utilisée pour des transactions qui en suggèrent encore plus et sur lesquelles la police enquête. Pas bien longtemps, non plus, que l’auditeur-général a lancé la sienne, sur une transaction de 355 millions de dollars pour des compteurs d’eau. Beaucoup d’argent et pas très clair. Maintenant, c’est le toît de l’Hotel de Ville…!

Corruption ? On parle de 10 000 000 $. Une bagatelle. A-t-on une minute a perdre sur ces dix millions ? Surtout, qu’il ne s’agit pas vraiment de ces 10 millions, mais d’une somme de 40 000 $ qu’aurait réclamé un sieur qu’il serait prématuré de nommer, pour s’assurer le complaisance de deux (2) conseillers municipaux sur lesquels je demeurerai tout aussi discret, même si leurs noms sont partout, puisque qui ils sont est ici sans importance.

On parle de bien peu d’argent, cette fois. Un des conseillers d’opposition dit bien haut que le Maire n’a plus l’autorité morale de gouverner, mais, dans le contexte des scandales en cours c’est un platitude. Un autre y va dans la casuistique, en soulignant que ce scandale est moins grave que les autres, puisqu’il n’implique pas des gens nommés par le Maire lui-même et qu’on n’a pas cette fois, comme pour l’affaire de la SHDM, perverti le systeme en privatisant ce qui n’aurait pas dû l’être… Ah bon… vous êtes soulagés ? Ce n’est pas la peste, braves gens, ce n’est que le choléra …

Une toute petite corruption… Pourquoi s’énerver ? On en a vu d’autres, n’est-ce pas ? Je m’énerve parce qu’il y a ici une circonstance aggravante. Ces 40 000 dollars, on ne les a pas demandés poliment. Le contracteur a recu des menaces. Pas des paroles en l’air, puisqu’on s’en est pris à ses équipements. Une grue de 500 000 $ a éte brulée. Kaput. Détruite.

On peut dire qu’il est assuré, mais ca ne regle rien. On l’a aussi menacé de mort… La corruption est une chose, l’extorsion sous menace de mort en est une autre. Bien sûr, il a averti la Sureté du Québec, qui elle aussi enquête, mais on n’est jamais trop prudent. Le contracteur nous dit donc, bien candidement, qu’il aussi demandé à un Hells Angel du chapitre de Trois Rivières d’intervenir pour faciliter – ( « smooth out », dit The Gazette ) – ses relations avec l’industrie de la construction.

On peut présumer qu’il se sent plus tranquille. Tant mieux pour lui, mais quand il faut aller chercher protection ailleurs qu’auprès des corps policiers dont c’est la tâche de protéger les citoyens, on a quitté la corruption et l’on est à un tout autre niveau. On est au niveau où ce sont les gangs qui font la loi et où il n’y a plus d’État de droit.

Le Ministre de la sécurité publique du Québec, Jacques Dupuis, nous dit qu’il serait « prématuré » de faire une enquête publique sur les allégations de corruption dans l’industrie de la construction. Vraiment ? N’est-ce pas plutôt qu’on ne sait plus du tout à qui se fier, que la frontiére devient floue entre accusateurs et accusés, que personne n’est à l’abri des menaces et que l’on se rend compte que le droit n’a plus la force pour lui ? Comment remet-on la force au service du droit quand elle ne l’est plus ?

Cette situation n’est pas propre au Québec. Dans la moitié du monde, c’est la force qui prime, le vrai pouvoir change de côté et l’extorsion remplace peu peu la corruption. On ne quémande plus, on exige. Comment remet-on la force au service du droit quand elle ne l’est plus ? Il faut qu’une éthique l’impose. Si une société ne génère pas cette éthique, elle meurt.

Pierre JC Allard

31-05-09

Montréal, Labeaume et Sim City

Pour ceux qu’amusent les jeux intellos sur ordinateurs, il n’y a pas plus captivant que Sim City. On ne s’attaque pas ici à des devinettes ou à des stratégies primaires: il s’agit de planifier le développement d’une ville ! Budget, règlements, investissements, urbanisme, services… tout est là. Et ça se tient. Faites une erreur de zonage et vous manquez le bateau. Mesquinez sur le service des incendies et le feu dévore des quartiers de votre ville. Allez-y trop fort sur les emprunts et vous finirez en tutelle. Il faut des semaines pour bâtir une Cité Sim.

Bien sûr, si vous êtes un débutant, vous allez vous gourer: on efface tout. Si vous êtes un joueur ordinaire, ca va… Mais, si vous êtes un champion…wow ! Les vrais pros de Sim City ont modélisé les grandes villes du monde et en ont créé d’autres, imaginaires, futuristes, qui n’ont en commun que de respecter les normes d’une saine gestion. Entre le joueur ordinaire et le champion, il y a l’imagination, le feu sacré. Si vous jouez Sim City avec une vision inspirée – tout en équilibrant votre budget et en maintenant vos “citoyens” heureux – vous êtes un champion.

Moi, je m’ennuie de Jean Drapeau. Je m’ennuie de l’imagination et du feu sacré. Et puis, on dira ce qu’on voudra, en ce qui a trait au rapport qualité-prix, la situation financière de la ville n’était pas plus mauvaise à l’époque du Roi Jean. On en avait pour notre argent et, pour ce qui est de faire des “pactes” avec Québec ou Ottawa, le vieux maître ne négociait pas tellement avant… il envoyait la facture. Je ne dis pas que c’est la bonne façon de faire; mais ceux qui l’ont suivi auraient eu avantage à étudier un peu la technique du poker aux pieds du vieux champion… !

Et la fierté, en 1967, pendant l’Expo, on en avait à revendre. Ceux qui n’ont pas l’âge de l’avoir vécu ne peuvent pas savoir ce que ça signifiait, alors, de se dire Montréalais et de SAVOIR que personne n’avait fait, ni ne faisait mieux ailleurs. Nulle part. On était dans le peloton de tête, pas en concurrence avec Cleveland ou Baltimore.

Je m’ennuie d’un temps où nous voulions être les meilleurs. On avait déjà accepté que la revanche des berceaux c’était fini – et qu’on ne serait pas les plus “gros” – mais nous étions convaincus qu’on pouvait être les meilleurs; on se voyait devenir plus « civilisé ». On rêvait d’une ville qui deviendrait plus belle, plus cultivée, une ville de concorde…

Je vois, comme tout le monde, ce que fait le Maire Labeaume à Québec et je suis envieux. Je n’irai simplement pas voter aux élections municipales de novembre à Montréal, si on ne parle que de taxes foncières dans une ville dont la majorité des habitants ne rêvent même pas d’être propriétaires!  Si on ne parle que de dépenser moins, sans un mot sur la nécessité d’offrir plus, de redevenir plus.

Je ne voterai pas, si on propose d’être le maire de Montréal comme si la fonction consistait à en être le comptable ou l’auditeur. Le Maire devrait assumer un rôle de leader. il devrait concevoir le “Projet” qui soit un cheminement vers notre avenir. Ce Projet, il devrait pouvoir l’expliquer, le défendre, nous en convaincre tous…. Il devrait pouvoir le faire accepter à Québec, à Ottawa et à Wall Street. Il devrait pouvoir en proposer de façon cohérente les étapes de réalisation à des conseillers municipaux qui représenteraient leurs électeurs. Le Maire, surtout, devrait être en communication constante avec les citoyens, leur expliquant chaque semaine, via les médias, où l’on en est du Projet et les motivant aux efforts nécessaires pour que ce Projet se réalise.

Le Maire devrait, bien sûr, s’assurer que l’administration municipale dispose de comptables, mais on ne nous demanderait pas de les élire. Un Maire de Montréal, ça respecte les normes d’une saine gestion, mais ça offre aussi l’imagination et le feu sacré. Une flamme, une vision…, c’est ça la différence entre un maire ordinaire et un champion de niveau Drapeau. Et c’est ça qui rendrait les citoyens heureux. On verra ce qu’on nous offre.

 

Pierre JC Allard

19-05-09

La gouvernance municipale

On ne peut fréquenter un blogue sans se faire une image de celui qui l’écrit. Je ne parle pas stature, coiffure, garde-robe, mais façon d’être et de penser, vision du monde, attitudes et réactions… Un lecteur vient trois (3)fois et il anticipe les prises de positions du blogueur. On ne l’étonne plus souvent… Serez-vous étonné, si je vous dis que j’ai été candidat à la mairie de Montréal?

Candidat en 1994… Oh, pas bien longtemps et j’ai retiré ma candidature avant le jours du scrutin, afin que quelques voix égarées sur ma personne ne viennent pas brouiller une situation qui était déjà bien confuse, mais j’ai rempli les formalités requises, fait une conférence de presse tout a fait correcte, mis à sa place par une injonction un journaliste qui ne m’avait pas bien cité et, surtout, j’ai présenté un programme. Ce sont les programmes qui m’intéressent.

Je vous raconte ça, parce que 15 ans ont passé et que, hormis le premier point de ce programme – qui demandait la création d’un Grand Montréal et qui est maintenant une réalité – tout les reste est encore tellement d’actualité, qu’on pourrait présenter ce programme aux élections de novembre. Il serait sans doute encore meilleur que ce qu’on nous proposera. Vous pouvez en juger en allant simplement ici et en regardant ces propositions une à une…

Que ces propositions soient toutes raisonnables est affaire d’opinion, mais il y en a une en particulier sur laquelle je voudrais insister, parce que je crois que nous n’aurons pas un administration correcte à Montréal, aussi longtemps que nous n’y aurons pas donné suite : il ne faut pas de PARTIS municipaux.

Un parti, c’est un groupe de gens qui se mettent d’accord… pour être d’accord. Lorsque c’est fait, ils ne pensent plus : ils suivent la ligne du parti. La notion de parti figé dans une certitude commune n’est jamais constructive, mais elle est à son plus néfaste au palier municipal, puisque ce n’est pas l’endroit pour défendre des principes et des idéologies, mais pour décider selon le bon sens et en équité de réalisations bien concrètes.

C’est l’endroit pour concilier des intérêts particuliers qui ne sont pas toujours les mêmes. Quand les élus soumis à un parti disent et font ce que leur impose la direction du parti, sans une pensée pour ceux qui les ont élus, la concertation qui permettrait de concilier ces intérêts n’existe plus… et la vraie démocratie non plus.

Ceux qui représentent, accoutument alors d’acquiescer pour garder un peu de pouvoir, puis leur vient la tentation d’acquiescer pour d’autres avantages et c’est la corruption qui menace. Ceux qui sont représentés comprennent qu’ils ne le sont pas vraiment, s’en désintéressent et tout le processus démocratique devient une caricature de démocratie.

Les conseillers municipaux devraient être élus pour ce qu’ils sont – des notables dans leur arrondissement – veillant aux intérêts de cet arrondissement, tout en constituant le « législatif », composé ainsi de représentants indépendant, qui règlements pour l’administration de la ville tout entière .

Le maire, en plus de sa mission de représentation, devrait être l’ « exécutif » de la gouvernance municipale, le patron de tous ces fonctionnaires qui font fonctionner l’administration et voient à ce que les services soient rendus. C’est le maire qui devrait, en s’appuyant sur l’expertise de ces fonctionnaires, présenter aux conseillers les projets de règlements sur lesquels ceux-ci se prononceront.

C’est cette démocratie de type « présidentiel » qui permettrait l’administration efficace d’une ville, dans le champ des compétences qui lui sont dévolues. Il serait bon qu’on y pense, avant de recommencer cet automne le processus électoral assez décevant qui sévit depuis des décennies.

Pierre JC Allard

Propulsé par WordPress.com.