Nouvelle Societe

08-07-09

279 Le déclin

Magnifique billet à mon avis de Michel David dans Le Devoir d’aujourd’hui. Je vais ajouter mon grain de sel ci-dessous, mais ce n’est qu’un commentaire. Lisez d’abord le billet de David. http://www.ledevoir.com/2009/07/04/257812.html Voyez aussi les quatre (4) articles de Yan Barcelo qui traitent plus en profondeur du même phénomène sur les 7 du Québec

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Toute notre civilisation se délite et s’effrite. Le déclin n’est pas un phénomène local, mais un problème mondial. A divers degrés, ce que l’on vit chacun chez-soi n’est qu’une facette de ce qui se passe partout. Nous avons un problème d’ORDRE. On aurait voulu croire que pauvreté et désordre allaient de paire et que le temps apporterait une commune solution dans un enrichissement collectif. Le désordre, hélas, ne croît plus seulement dans la pauvreté, mais partout.

Dans le monde sous-développé, en Afrique, en Amérique latine, une partie de l’Asie, une pauvreté objective abjecte crée, bien sûr, une crise permanente. Le pouvoir formel y devient précaire, son emprise réelle faible, sa légitimité nulle. Parfois, un pouvoir clanique, arbitraire, devenant toujours de plus en plus mafieux – puisque la criminalité y est le seul secteur porteur de l’économie – peut s’exercer de fait, ici ou là, mais sur des territoires trop restreints pour que puisse s’y maintenir une structure de développement stable. Le désordre est presque total ; on meurt au jour le jour, sans attirer l’attention

Dans certains pays dits « en voie de développement », s’établit souvent un pouvoir totalitaire. Ces régimes sont dénoncés et souvent sabotés par le reste des nations; pour ce motif de dictature, ou ce prétexte en cachant de moins avouables. Ces pays, de toute façon, ont perdu la partie de créer le bonheur, lequel n’est vraiment possible que dans la liberté. D’autres feignent une forme de démocratie, mais celle-ci tout entière soumise à une omniprésente corruption et leurs assises sont sapées par les deux (2) problèmes systémiques, auxquels ils n’échappent jamais: un chômage endémique et une dette publique en croissance ininterrompue

Ajouter, dans le tiers-monde, les guerres spontanées ou fomentées qui viennent et vont, comme toujours, mais plus que jamais inutiles, plus désespérantes, car elles se terminent sans que la paix ne revienne vraiment; la violence se poursuit, plus ou moins larvée, dans un désordre permanent. Les oasis de sécurité se font plus rares sur cette planète et, là où elles subsistent, deviennent sans cesse plus précaires, moins sereines….

Dans les pays dits développés, les USA offrent l’exemple qui semble prémonitoire d’une fracture sociale entre les pauvres et les riches, entre les blancs et les autres. Une fracture qui, si elle s’élargit, conduira à un inévitable éclatement et dont l’imminence est occultée par un cirque médiatique: un déluge d’informations incohérentes qui, paradoxalement, sert de censure. Le citoyen moyen n’a plus qu’une vision de plus en plus floue de l’ensemble de la situation. Il ne reste qu’un espoir qui sert de digue : Obama.

L’Europe suit la même voie. Les inégalités inhérentes à une expansion qui y fait cohabiter ses nations riches et pauvres et une immigration incontrôlée y créent des opposition ethniques et raciales à la mesure de celles de l’Amérique. Cette voie est balisée par la concentration de la richesse, l’exclusion progressive des travailleurs, la récupération de la démocratie par la manipulation des médias, la rupture de la solidarité sociale, le choix de la décroissance, la diminution inexorable des services sociaux et une perte d’éthique.

Cette perte d’éthique favorise la criminalité dans les pays riches comme dans les pays pauvres, mais elle y prend d’abord une autre forme. Celle de la délinquance et d’une désaffection croissante envers les valeurs sociales sans lesquelles une société complexe ne peut survivre. On assiste de plus en plus à l’abus de biens publics, à la fraude fiscale généralisée, au travail au noir et, surtout, toutes ces tares deviennent socialement tolérées. Il devient acceptable de ne pas respecter les règles qui ne nous conviennent pas et l’on peut compter sur l’indulgence des autres, puisqu’ils en font tout autant.

Le seuil à partir duquel le désordre s’impose grimpe sans cesse plus haut sur l’échelle de la richesse et de la respectabilité. Voyez en Europe des ministres convaincus de gestes criminels se représenter sans gêne devant les électeurs; voyez, aux USA, une vedette de la télévision signer des contrats à partir de sa cellule de prison et sourire aux photographes invités. Il n’y a plus de véritable opprobre à l’illégalité. Institutions, méthodes, mécanismes, objectifs ne font plus consensus.

Chacun prend donc ses distances de l’ordre établi dont le capitalisme ne l’a pas invité à être partie prenante. Il est devenu acceptable de ne plus EN être. Chacun s’en dégage presque en catimini, mais sans trop de pudeur, content d’en sortir, mais sans entendre l’appel d’une alternative autre que son propre individualisme. Chacun le quitte sans se sentir encadré par autre chose et devient donc ainsi vulnérable et même plus ou moins consciemment, réceptif au désordre.

Le « système » qui gère la société n’inspire plus aucun respect. Que ce soit à tort ou à raison, regrettable ou non, ce sont d’autres débats. Ce qu’il faut d’abord s’admettre, c’est qu’une société ne vit pas sans un système qui la gère et des lois qu’on y respecte. Sans une large adhésion aux valeurs d’un système qui sert de référentiel pour déterminer ce qui est bien, il n’y a pas de société possible. Elle s’étiole, entre en crise et meurt. C’est la voie de la décadence.

Les principes, les valeurs les raisons de vivre qui devraient encadrer notre société et y maintenir l’ordre ne collent plus avec la réalité et l’esprit du monde actuel. Sans solidarité au soutien de l’ordre, le désordre s’installe partout. La croissance du nombre de ceux qui rejettent le système est exponentielle. Qu’on les appelle exclus ou rebelles, leur refus est le signe d’une société bien malade. Il n’est pas sûr qu’elle guérisse.

Pierre JC Allard

06-07-09

277 Crucifix aux oraux ? M’énervez pas avec la laïcité

Petit séisme sur Rue 89, le plus populaire des médias électronique français. Rue 89 n’est pas un “media citoyen”, dans le sens d’Agoravox, où les articles viennent de la base, mais une vitrine de l’opinion française où des milliers de blogueurs passifs viennent commenter les articles écrits par des pros ou quasi-pros et parfois de simples citoyens.

Rue 89 dépasse largement le million de visites par mois. Un article populaire fait facilement 100 000 lecteurs et 500 commentaires. Disons que le commentaire que vous faites en passant sur Rue 89 sera bien plus lu – et pourrait avoir plus d’impact – qu’un article fouillé que vous auriez publié dans Le Devoir.

Le petit séisme sur Rue 89, aujourd’hui, a brisé des carreaux dans la sacro-sainte laïcité du système d’éducation français. De quoi s’agit-il ? Le 30 juin était, cette année, la journée des oraux. Des milliers de candidats au bac vont jouer leur va-tout sur quelques minutes d’entretiens. Le stress d’un premier saut en parachute. Or…

Dans un établissement privé du Val-de-Marne, sous contrat avec l’Etat cette année pour servir de centre d’examen pour le bac, des enseignants du public et des élèves des environs conviés pour passer et faire passer les épreuves se sont trouvés face à face avec des signes religieux, notamment des croix… Dans les couloirs, mais il y avait aussi des crucifix dans les salles de cours où se tenaient les oraux.

Une enseignante se plaint, contact avec l’organisme responsable du Ministere. Fin de non recevoir et l’enseignante est remplacée. Une autre enseignante refuse à son tour de faire passer les oraux sous des crucifix et est elle aussi remerciée. Ça se gâte…

Remerciées ? Que non, explique le directeur du SIEC (Service interacadémique des examens et concours) « Elles étaient convoquées pour faire passer les examens, elles refusent de le faire sous les signes religieux, ce lycée est sous contrat, je n’ai pas à leur préciser selon leurs exigences si elles peuvent, ou pas, faire passer des oraux sous une croix. Elles devaient donc être remplacées faute d’assurer les oraux : ce qui compte, c’est les candidats. »

Ça vous semble clair ? À moi pas… Mais bon, ils ont leurs problèmes en France, nous avons les nôtres au Québec. Souvenez vous de cette algarade qu’on s’est offerte, concernant le cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR). Il semble que la bêtise soit catholique, dans le sens etymologique du terme. J’ai émis une opinion sur Rue 89. J’ai pensé qu’il serait correct de vous en aviser…

« 
Je suis un vieux Québécois, un peu victimisé par les calottes étant enfant. Oh, Pas le drame, genre abus sexuel.. Juste l’emmerdement de l’insolente affirmation de la bêtise, car je comprenais déjà, a huit ans, que tout ce cirque n’avait aucun sens.

Puis, il y a eu l’inquisition genre « billet mensuel de confession », la persécution pour la communion du dimanche, etc. Les Francais qui ont vécu dans la laïcité, ne peuvent pas comprendre le malaise – un euphémisme – qu’on éprouve ne pas être croyant dans une société cléricale.

Puis, adolescent, j’ai physiquement tiré des cailloux aux curés et ensuite j’ai appris de haute lutte l’art de la séduction, dans un monde où, par principes, toute femme doit dire NON. Je l’ai appris. Chaque plaisir a dû être gagné…

Puis, tout a basculé et, entre 1960 et 1970, le Québec est passé de « bondieusard » à « anticlérical », tout se stabilisant vers 1980, dans un pays où moins de 10 % de la population restait pratiquante. Problème réglé.

Quand je lis maintenant cette histoire de crucifix en Val-de-Marne, j’ai l’impression d’un incroyable retour en arrière et ma première réaction est de penser que Christ, Guevara ou Michael Jackson sur un mur ne devrait plus avoir aucune importance…

Puis, je me souviens des popes chevelus et barbus qui sont réapparus en Russie après la chute de l’URSS, après 70 ans de rationalisme, comme des termites d’un vieux morceau de bois. La religion est impossible à éradiquer. Pas parce qu’elle est divine, mais parce qu’elle est humaine, trop humaine…

Un moment d’inattention et elle revient… Donc, amis français, un conseil d’un vieux cousin. Même quand elle semble morte, cette chose qu’on appelle religion peut renaitre et venir nous hanter. Comme disaient les évêques de ma jeunesse, il ne peut y avoir de compromis entre la vérité et le mensonge. Ecrasez l’Infâme.

Alors vous voyez, je ne vous cache rien….

Pierre JC Allard

14-05-09

RÉFÉRENDUM… Autrement

J’ai reçu quelques courriels qui me reprochent gentiment de ne pas parler du Québec.  “Vous parlez de tout, sauf de ça…”   Une fois ça va, deux fois je prête sérieusement attention, trois fois, je ne discute plus: vous avez raison.  Le problème, c’est que, pour l’instant, il y a plutôt de tristes constats à faire que des solutions à proposer.   La  Caisse a perdu des dizaines de milliards de dollars, les projets FIER laissent soupçonner des indélicatesses, mais que peut-on y faire ?  Nous avons élu un gouvernement majoritaire et il fera bien ce qu’il voudra…

De toute façon, quelles sont nos solutions de rechange ?  Le Parti Québécois  ne défend plus son projet d’indépendance et les éditorialistes en sont à spéculer sur les ambitions à la chefferie de François Legault, même si l’on n’a à lui reprocher que de faire correctement son travail.   L’ADQ se cherche vraiment un chef, mais à l’interne, alors qu’il est clair que l’on n’y trouvera pas le super héros qui pourrait susciter la grande vague de fond populaire qui en ferait une alternative crédible.

Ni les Verts, ni Québec Solidaire ne sont non plus des options réalistes, de sorte que le prochain geste qui allait créer un peu d’animation semblait devoir être le départ  anticipé de Jean Charest vers la scène fédérale.  Ce départ, toutefois, semble maintenant bien improbable à court terme, avec l’arrivée d’Ignatieff dont on voit mal comment il pourrait ne pas gagner les prochaines élections à Ottawa.

Que peut-on faire d’utile au Québec qui pourrait nous distraire  de la crise actuelle qui va créer une profonde morosité  ?  Lisez les commentaires des lecteurs sur Le Devoir et La Presse. On est revenu à la sempiternelle question du référendum.  Je mets donc ici  de l’avant une proposition que j’ai déjà faite:  ne pas faire un referendum sur l’indépendance, mais sur le droit du Québec à la faire.  Ce qui est la souveraineté. 

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d’une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d’indépendance, unilatérale ou négociée selon qu’il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifierait PAS la sécession du Québec, mais signifierait que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec…  Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Il est donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Si un parti propose la sécession, l’élection devient ipso facto référendaire.  Si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait ses conditions de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci ne se borne pas à instrumentaliser l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler.  Il pourra la faire !

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum — et la contester serait un suicide politique pour le parti fédéral qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec. Je crois que c’est cette reconnaissance de la souveraineté du Québec, sans obligation de quitter Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste ici depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada et en disant haut et fort qu’il y restera.

Pour normand qu’il soit, ce choix n’empêcherait pas que le Québec soit devenu souverain et ait dès lors dans sa poche la clef de l’indépendance.  S’il la voulait et quand il la voudrait.

 

Pierre JC Allard

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