Nouvelle Societe

07-06-09

Salaam Aleikum !

Obama est allé au Caire offrir la paix : Salaam ! Il en a profité pour dire aux amis juifs d’Israel et de la diaspora qu’ils étaient ses bons amis, mais souligner qu’il ne plaisantait pas lorsqu’il parlait de Palestine. C’est là qu’il va sceller la paix. Je pense au sifflet du train qui passe et vous salue, mais dont le salut est péremptoire : je passe.

Je ne me lasse pas de suivre avec attention – et je l’avoue, avec admiration – les discours d’Obama qui semblent constituer un seul message structuré et bien pédagogique en plusieurs volets, pour faire comprendre à tous que le monde a changé et que ce sont de nouvelles règles qui s’appliquent.

Tout se tient dans cette démarche, tous les rappels sont là, comme dans une symphonie classique et l’on en arrive à prévoir les développements et le phrasé. Rien n’est laissé au hasard dans son périple. Chez Chrysler et GM, la leçon sur le travail. Aujourd’hui, la leçon sur la paix. Demain, en France… on verra. On tire du message d’Obama une double conclusion, alternativement rassurante et inquiétante, selon l’humeur qu’on a.

Rassurante, parce que l’on n’a plus le sentiment d’improvisation qui nous étreignait, il y a quelques années, quand on tentait vainement de suivre la logique de la politique américaine et qu’on ne voyait qu’une foire d’empoigne entre des individualistes balourds, sans idées et sans idéaux, On se sentait à la merci d’une bêtise. Je suis maintenant persuadé qu’il existe un PLAN, que ce plan n’est pas celui d’un homme, mais celui d’une équipe et qu’il n’a pas été conçu il y a quelques semaines, mais il y a des années.

On peut maintenant comprendre ce qui se fait et donc prévoir ce qui sera fait. On peut errer, en faisant ces prévisions. Errer d’autant plus aisément que certains aspects de ce plan ne peuvent se réaliser au mieux que si certains de ceux qu’il concerne agissent spontanément, et que des efforts sont donc faits pour que ce plan leur reste inconnu. Mais la ligne directrice est claire et, si l’on s’égare à un tournant, on peut s’y retrouver au suivant… Il y a un capitaine sur le navire et l’on a mis le cap vers quelque part. Rassurant.

Inquiétant, aussi, cependant, car l’existence d’un plan suppose un déterminisme et une détermination. Un déterminisme incompatible avec la vision d’un monde de libre-arbitre qu’on m’a inculquée depuis que j’ai l’âge de me balader seul. Depuis qu’on m’a dit que c’est moi qui ferait mon destin, dans un monde démocratique dont moi et d’autres comme moi choisirions ensemble la voie. Tous égaux. Tout ça se termine quand il y a un plan.

Quand le cap est choisi, il n’y a qu’à l’accepter. On ne m’a pas consulté. Au mieux, on me consolera si je semble déçu. On le fera si bien que j’en oublierai que j’aurais pu vouloir autre chose. Si quelque chose en moi résiste, tout le monde – et moi le premier, sans doute – saurons que ce quelque chose est une imperfection. En attendant que je m’en corrige, j’aurai devant moi, au service de ce déterminisme, une froide détermination. On me bousculera le moins possible, mais c’est moi qui devrai changer : le plan ne changera pas.

La logique d’un monde d’interdépendance auquel la technologie impose la cohérence vient de nous rejoindre. Les dinosaures qui s’accrochaient à des préjugés et des émotions et qui voulaient gérer le monde selon leurs caprices sont mis à la retraite. Ils étaient souvent bêtes, parfois méchants. Humains, trop humains. Maintenant on va regler les crises une à une, mettant les dinosaures à l’écart, là où ils ne piétineront personne.

On va redistribuer la richesse, lentement, mais sûrement, car la misère est un inconvénient. Produire autre chose et travailler autrement, car on salit le nid et l’on n’en tire même pas ce que l’on veut vraiment . Vivre en paix, car il y a pour tous… Il faudra seulement ne pas trop discuter et, au moins pour un temps, ne parler de liberté qu’en mode poétique.

Pierre JC Allard

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05-06-09

« The shoah must go on » ?

Je pense que le élections européennes du 7 juin 2009 auront une certaine importance pour la communauté juive de France. J’ai choisi de reproduire ici – et sur Agoravox si on l’accepte – un article que je publiais en septembre 2005 lorsque les colons juifs ont été forcés de quitter Gaza. Je n’y ajouterai pas de commentaires.

«  » C’est un ami juif qui fait dans le show business -même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions – qui m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. L’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs – pas toujours, mais souvent – je pense aux perdants de Gaza. Comme je pense à ceux de Bagdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisis et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, même pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt – qui était aussi de la famille – aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes. »

Pierre JC Allard

11-05-09

Ratzinger, Joseph pape

Sa Sainteté  – pas le dalaï-lama ni Raël, l’autre – fait une brève visite au Moyen-Orient.  Courageux de sa part, car il n‘y a pas que des amis. Il s’est forgé de solides inimitiés chez les islamistes, il y a trois ans, en choisissant dans un discours à Ratisbonne de citer un texte chrétien décrivant  le message de Mahomet comme méchant et inhumain.  Il s’en en attiré autant des Juifs, il y a peu, en levant l’excommunication qui avait frappé l’évêque Williamson, un négationniste avoué.   Pour le tact, on est bien loin de Jean-Paul…

Evidémment, les méchante langues diront que puisque une partie non négligeable des Protestants fondamentalistes croient sans doute encore qu’il a les pieds fourchus et qu’une grande partie des Catholiques, en entendant son  nom, lèvent les yeux au ciel, il n’est sans doute pas beaucoup plus impopulaire à Amman que dans une ville d’Occident, mais il lui faut tout de même du courage pour aller au devant des attentes des Juifs et des Arabes.

 Il est bien difficile d’imaginer, en effet, ce qu’il pourra bien dire de bon à ses hôtes au cours de ces quelques jours en Jordanie, puis en Israel.  La récente incursion miitaire d’Israel à Gaza  a fait près de 1 500 victimes. Des civils, surtout des femmes et des enfants. Le pape va-t-il cautionner cette opération, se rendant encore plus odieux aux musulmans et à la grande majorité des population chrétiennes du monde qui réprouvent ce massacre ? 

Va-t-il, au contraire, la dénoncer, devenant persona non grata en Israel, compromettant les liens péniblement établis avec la diaspora juive et réduisant surtout son capital de sympathie auprès de l’administration des ÉtatsUnis qui restent indubitablement le pays le plus riche et le plus puissant du monde ?   On voit mal quelle déclaration contenterait tout le monde…

Il pourra tenter – c’est l’ambition de toute diplomatie et l’Église n’y est pas novice – de faire des ronds autour du sujet sans vraiment l’aborder et de ne dire que de pieuses platitudes.  Mais avec la crise financière, le réaménagement de la production qui se dessine, le réajustement des alliances et le nouveau mode de gouvernance qu’Obama est à mettre en place,le monde  n’est plus vraiment tolérant du bavardage.   Tout va trop vite, les changements à faire sont trop urgents et trop importants.

Si Benoit XVI n’a pas le courage d’une opinion et de recommandations concrètes sur la question palestinienne, mais se limite à n’en rien dire, ou pire, a tenir un discours vide, il est probable que des millions de gens dans le monde – et surtout des catholiques – y verront confirmés leurs doutes quant à la signifiance d’une papauté qui se refuse à tenir un message moral qui devrait être sa raison d’être.

 Le Vatican n’a-t-il pas compris que l’ambiguïté n’est plus une vertu dans le monde de transparence que créé l’Internet et qui rend le double discours impossible ? S’il  termine ce périple en zone de guerre sans porter un jugement ETHIQUE sur la situation en Palestine, ni suggérer une action efficace pour y ramener la paix, il aurait mieux valu qu’il n’y aille pas, car ce n’est pas seulement l’homme et son pontificat qui seront jugés.

Au point où l’on en est, si l’on entend un pasteur qui finasse, esquive, radote au lieu de montrer la voie aux brebis, BEAUCOUP, remettront en cause la pertinence même de la fonction. Après « Ratzinger, Joseph pape » – comme après « Capet, Louis, roi » – il pourrait ne pas sembler indispensable de lui chercher un successeur.

N’oublions pas que, selon la prophétie de Saint Malachie, Benoit XVI est le DERNIER PAPE….

 

Pierre JC Allard

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