Nouvelle Societe

12-06-09

Tien-an-Mein

 

Tien-an-Mein, il y a 20 ans, ça vous dit quelque chose ?  Ce type face aux tanks, c’était il y a dix ans, vingt ans, cent ans ? L’immense majorité des gens ne savent plus trop.  Il s’est passé tant de choses à Pékin, Peiping, Beijing  depuis des siècles et des siècles…  On ne commémorera rien à Beijing cette année. 

Les événements de 1989 ?  Les survivants qui voudraient en parler sont bloqués à la frontière. Ceux qui voudraient distribuer des tracts seront houspillés et on ne les verra même pas, dans le flot des millions de voitures à Beijing. Dans le flux des milliards de dollars qui vont et viennent,  entre un monde qui ne sait plus si son fric vaut encore quelque chose pour rembourser cette Chine  à qui on doit des trillions. Une Chine qui passe impassible comme la proverbiales caravane,  pendant que ça jappe autour de l’empire du Milieu redevenu le centre.

On parlera de 1989 sur l’Internet, mais ce n’est pas ça que les Chinois regardent  sur Internet.  Les 250 millions d’internautes chinois – ils sont maintenant plus nombreux qu’aux USA, – regardent  les nouvelles d’une Chine qui progresse, d’une pauvreté qui régresse, des Jeux Olympiques qui ont été un colossal succès, d’un monde qui maintenant les respecte.   Ils regardent Jackie Chan, leur idole du King Fu qui leur dit que la démocratie n’est pas nécessairement une option pour la Chine.  Et ils n’en sont pas choqués

Les Chinois ne sont choqués de rien de ce qui nous choque. Oui, oui, il y a encore des Tibétains, mais si peu et ils sont si loin de Tien-an-Mein….   Il y a des Ouighours, aussi, une vague tribu de Turcomans, à la frontière ouest, dans les sables, sur la route de la soie. Pittoresques. On leur bâtira un train, aussi, comme aux Tibétains, quand on aura le temps.  Tibétains et Ouighours sont à la Chine ce que sont les Albanais à l’Europe.  On n’en parle que s’ils font des problemes. Et même s’ils font des problèmes, ce sont des problèmes sans grand intérêt. L’important, c’est le prochain super-périphérique à Shanghai. C’est gérer trois cents millions de ruraux qui veulent s’urbaniser.

Tien-an-Mein  ?  Le grand non-dit, c’est ce soupçon que, si la Chine de 1989 eut été celle d ‘aujourd’hui, ils n’auraient pas été si nombreux sur la place… Les Chinois trouveraient regrettable que les Français fassent tout un plat de ces échaffourées, d’il y a 20 ans, mais s’ils en font un, on ne paniquera pas dans les rizières.  On haussera les épaules.  Les Chinois sont contents.  Ce que nous  pensons de la politique chinoise n’intéresse plus les Chinois. La Chine, c’est 20 fois la France. 

Alors on regarde comment le géant marche et on en est plutôt a prendre des leçons qu’à en donner.   Comment fait-on pour que l’ordre règne en Chine ?  Comment peut-on tant faire produire  et pourquoi si peu de récriminations ?  Comment reussit-on a faire l’impasse sur les droits de l’homme, sur la liberté d’expression, sur la mémoire collective, sélectivement épurée du mal pour ne plus être qu’une ascension droite vers le progrès et la richesse. ?

Évidemment, ce n’est pas le modèle que nous voudrions, mais nous voudrions bien que le modèle que nous voulons fasse un tel consensus.   Pourquoi NOTRE modèle démocratique est-il si contesté, alors que la tyrannie à la chinoise l’est si peu ?  Est-ce uniquement que la contestation est visible chez nous, dans un contexte de liberté, alors qu’elle est la-bas invisible sous la répression ?   C’est ce qu’on veut croire,  mais ne serait-ce pas un peu, aussi, que des moyens que nous jugeons  inacceptables le semblent moins à ceux qui en voient des effets positifs ?  Alors que la mansuétude ne suffit pas à rendre populaires nos politiques européennes qui semblent incohérentes.

Il y a longtemps qu’on se gargarise du mot « liberté », mais Eluard n’a rien dit de l’écrire sur l’hypocrisie, la corruption, l’insignifiance…  Il semble que les Chinois ont d’autres priorités. Est-on bien sûr que même les Occidentaux, aujourd’hui, ne sacrifieraient pas une part de cette liberté qu’on idolâtre , pour qu’on leur offre plus d’égalité, plus de fraternité et la dignité d’un projet de société qui ne se limite pas au constat résigné du déclin de notre civilisation ?  Je n’ai pas de réponse. Je m’interroge. Il faut s’interroger

 

Pierre JC Allard

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06-05-09

Le procès de la sottise

Nous n’avons pas à porter de jugement sur l’honnêteté du Maire de Montréal.   D’abord, nous n’avons pas tous les faits sur les agissements de la Société d’Habitation de Montréal (SHDM); un élément nouveau pourrait ramener toutes les accusations au rang de commerages. Ensuite, entre ces agissements et le Maire Tremblay, il y a toute une chaine d’intervenants, dont chacun peut être responsable de tout, en supposant qu’il y ait quoi que ce soit dont un responsable devrait être à blamer. Enfin, il y a des tribunaux pour juger des accusations de corruption, si de telles accusations étaient formellement portées.  Laissonc donc pudiquement hors du débat l’honnêteté de Gerald Tremblay.

Interrogeons-nous plutôt sur la sagesse des décisions qui ont été prises.  Ce n’est pas la première fois que des décisiona discutables sont prises à Montréal.  On s’y connait en transactions scabreuses à Montréal, et depuis longtemps... Toute l’opération Expo 67 –  où l’on a dit qu’un milliard de contrats avait été donné sans appels d’offres – aurait pu servir de modèles aux apprentis grenouilleurs du monde entier: créer un besoin, faites en une urgence … puis faites n’importe quoi…

Les Jeux Olympiques de 1976 auraient pu aussi servir de modèle d’indélicatesse et de ridicule, avec le mat du stade et son toit comme images emblématiques permanentes de la magouille, si Expo 67 n’avait pas rendu inutile d’en remettre encore… Pourtant on a bien aimé Drapeau.  Voici ce que j’en disais,  il y a déjà onze ans . Jean Drapeau a peut être fait de colossales erreurs – la question reste ouverte –  mais il ne faisait pas de minables sottises.

Ce que le people pardonne le moins à ses dirigeants, c’est la sottise.  Il peut accepter des faux-pas, des fautes graves, voire des crimes. On a honni Duplessis, mais on rit encore de ses bons mots. On a accueilli en triomphe Camilien Houde, sortant de prison après avoir été incarcéré pour trahison – bien qu’on n’ait pas alors osé le formuler de cette façon – alors que le pays était en guerre… .  Le peuple peut être clément.

Le people peut être bien indulgent, mais il y a des péchés contre l’esprit qu’il ne pardonne pas. Le people ne veut pas d’un leader qui baisse les yeux et les bras et qui bafouille. Le people ne veut rien de minable ni de mesquin chez ses élus. Il rejette les tièdes. Il ne veut pas d’un chef qui, pour ne pas être responsable, assume la posture d’un irresponsable. Il ne veut pas d’un chef qui fait ou laisse faire des sottises, puis les excuse.

Quand on soustrait la SHDM au controle démocratique sans qu’il soit indubitable qu’on en ait le droit, c’est une sottise. Si, dans la foulée de cette decision, des transaction douteuses s’accumulent sans que l’on se donne même la peine de les camoufler habilement, c’est une grande sottise. Si en cours de négociation du plus gros contrat jamais accordé par la Ville de Montréal, le principal responsable du dossier pour la Ville va s’afficher sur le yacht du promoteur qui nous vend 356 milliions de dollars de biens et services, c’est une exemplaire et spectaculaire sottise. Inexcusable.

Le maire qui chapeaute – et qui devrait diriger et inspirer – l’Administration qui fait toutes ces sottises peut être, ou ne pas être, honnête;  les tribunaux auront peut être à en décider, mais ce n’est pas mon propos.   Mon propos, c’est une cause qui est déja entendue et dont il serait bien surprenant qu’il y ait  appel, car les deux-tiers des Montréalais ont déjà donné leur verdict.   Le Maire Gérald Tremblay s’est conduit comme un sot.

Pierre JC Allard

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