Nouvelle Societe

01-09-10

Bastarache: le point de rupture

Qui aurait pensé que le Juge Bastarache passerait à l’Histoire ? Enfin, son nom, plutôt, mais qu’est-on dans l’Histoire sauf un nom !  Oświęcim serait une petite ville industrielle de Pologne sans histoires, si ce n’était  de la mauvaise réputation qu’elle traîne et qui en a fait plus qu’un détail de l’Histoire…

Important un nom. Dans un siècle, au Québec, on confondra peut-être les 2 ou 3 Johnson et même les 2 Bourassa – et qui sait, « les » Trudeau –  mais Bastarache est un nom qui ne s’oubliera pas. C’est le nom d’une rupture.

Pour ceux hors Québec, un mot d’explication. On a tiré le Juge Bastarache de sa retraite pour qu’il préside une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges, processus dont on a contesté l’intégrité.  Important, mais encore bien plus qu’on ne le pensait, car on s’aperçoit  que cette Commission arrive comme la proverbiale paille, pour craquer le dos du chameau.

Il y a longtemps que la confiance se perdait, mais c’est cette Commission en trompe l’œil qui a poussé les citoyens à faire un bilan.  75%  des Québécois ne croient plus  la parole du Premier Ministre; on croit son accusateur.  C’est un seuil dans le rejet du pouvoir. On dira désormais « Bastarache »,  pour marquer la ligne de partage des eaux de l’Histoire du Québec.

Avant, il y aura eu une population jocrisse qui croyait en tous et en n’importe quoi. Ses curés, ses élites, ses journalistes, ses  politiciens, ses syndicats, une affirmation  nationale  progressive et un enrichissement constant dans une économie prospère.

Après, la religion sera apparue une affaire d’enfants ou d’étrangers, les élites comme des intellectuels déphasés ou des bourgeois profiteurs. Les journalistes – à de rares exceptions près – auront été perçus comme les larbins des groupes de presse ou d’inoffensifs protestataires qu’on aura mis au trottoir quand ils refusaient de le faire.  Politiciens et syndicats ? Une même omniprésente corruption. Affirmation nationale ?  En veilleuse.  Enrichissement constant dans une économie prospère ?  Parlons d’autre chose…

Avant, le citoyen lambda, malgré les rumeurs qui volaient parfois de-ci de là, croyait encore qu’il existait un havre  d’honnêteté dans la structure de la société ; une justice rendue par des juges.  Il voyait les avocats comme des exploiteurs sans conscience, mais il croyait fermement qu’il y avait, dans toute cour de justice, un juge  qui agissait de bonne foi. Un homme incorruptible qui cherchait la vérité et voulait la justice. Il pensait que, même accablé par l’argent et le pouvoir, le bon droit pouvait prévaloir.  Il avait des doutes, mais il le croyait. Maintenant, il ne le croit plus.

Maintenant, le citoyen lambda a déjà porté son verdict, avec ce total désintérêt pour les procédures qui est le propre de la justice populaire : il croit que les juges sont nommés arbitrairement par le gouvernement, sur l’avis de gens peu recommandables et qu’ils jugent en fonction des intérêts de ceux qui les ont nommés ou fait nommer. Des preuves ? Le citoyen se contrefiche des preuves formelles.

Il regarde autour de lui et il voit un monde de totale injustice où règne aussi la corruption.  Il fait des liens et des rapports  entre l’injustice qui est partout  et une Justice qui ne semble plus être là.  Il ne donne pas le bénéfice du doute ; il n’a plus de doutes.  Peu lui importe que les trafics d’influence, en supposant qu’il y en ait, ne s’appliqueraient que dans des dossiers « importants ».   Il est maintenant persuadé que même « ses » petites causes à lui ne sont pas jugées impartialement elles non plus.  Il découvre que le type en robe noire qui en décide du sort est un être humain qui a des amis, des parents, des intérêts… peu-têtre des faiblesses.

On vient de tuer ce qui restait de confiance dans l’esprit et le cœur du monde ordinaire. En élargissant l’enquête à la période péquiste – en soi un geste équitable –  Bastarache ne dédouane pas les Libéraux ; il  fait seulement qu’après avoir dit au peuple  « je t’ai trompé », le pouvoir  – qui reste UN, dans l’esprit des gens, quelle que soit sa couleur – lui ajoutera perfidement « …et je t’ai toujours trompé ! », rendant le divorce inévitable.  Bastarache va présider à un divorce.

Quel divorce ?  Le divorce entre  la population – qui prend le nom de peuple dans les grandes occasions – et  une certaine caste dirigeante qui la contrôle, la manipule et l’exploite sous couvert d’une pseudo démocratie qui n’est qu’un leurre. La désacralisation du pouvoir judiciaire qui résulte de l’inouïe stupidité qu’est cette enquête vient compléter, dans l’esprit des gens, la fusion des trois pouvoirs de l’État dans une même turpitude.   Si notre « démocratie », demain, était attaquée, qui prendrait sa défense ?

Dommage pour Bastarache, qui n’a rien à y voir ou si peu, mais il a eu la mauvaise fortune d’être celui dont on a choisi le nom pour désigner cet événement qui marque la rupture.  Dommage.   C’est sérieux, un nom et ça dure.  Monsieur le Juge devrait peut-être en changer …  comme cette petites ville des années quarante – Auschwitz – qui n’avait pas choisi les « industries » qu’on y avait installées.

Pierre JC Allard

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13-07-09

284 Adéquistes, surprenez nous !

On ne parle pas assez de l’ADQ. On voit un parti qui est né, a grandi et semble vouloir disparaître avec Mario Dumont. Ce qui n’est pas tout à fait faux – car l’un sans l’autre, ils ne seraient certes pas passés si près du but en 2007 – mais n’est peut-être pas tout à fait vrai, non plus…

Dumont même sans l’ADQ pourrait un jour nous réserver des surprises … et l’ADQ sans Dumont pourrait bien nous surprendre encore plus vite. Ceux qui sont prêts à jeter l’ADQ dans la première fosse commune, sans même lui fermer les yeux, mélangent bien imprudemment structure et conjoncture.

La conjoncture, c’était, en 2007 une profonde désaffection envers Jean Charest se combinant avec une non moins profonde hésitation de la population québécoise à s’identifier au très atypique André Boisclair. Le Québec s’est engouffrée dans la troisième voie, l’ADQ qui était là entre la montagne et le ravin. On pourrait parler d’un vote CONTRE les autres…

La conjoncture, en 2008, c’était faire le choix, non plus tant d’un Premier Ministre – Charest, sécurisant dans son absence d’idées neuves, était unanimement donné gagnant en cette période de grande inquiétude ! – que d’une opposition capable de lui tenir la bride. Entre un PQ pouvant mobiliser la valeur contestataire sûre du mouvement syndical et une ADQ en désarroi d’une victoire dont elle n’avait pas su tirer profit, c’est vers le premier que la population s’est portée. Un vote conjoncturel contre l’ADQ, cette fois, punie de ses atermoiements.

Mais il n’y a pas que la conjoncture qui importe. Il y a la réalité sous-jacente de la structure de l’électorat québécois et de ce que veut cet électorat. Or cette structure favorise l’ADQ. Pas tellement l’ADQ vue comme comme un chef et un programme, que le parti, quel qu’il soit, qui est là où est aujourd’hui l’ADQ dans l’éventail des options politiques qui s’offrent aux Québécois.

L’ADQ incarne un centre-droit nationaliste – mais nationaliste plus de l’association que de la souveraineté – autonomiste, donc, plutôt qu’indépendantiste, traditionaliste et bien enraciné dans le pays réel. C’est l’auditoire de Duplessis, puis de Real Caouette. Parce que les journalistes aiment se penser à gauche, les médias sous-estiment les effectifs de ce groupe de centre-droit dont le biais systématiques de la carte électorale en faveur des régions rurales augmente pourtant encore l’importance.

Ce segment de la population, en 2007, n’a pas voté contre quoi que ce soit, mais POUR les valeurs de l’ADQ. A ce niveau structurel, les électeurs qui en 2008 ont puni l’ADQ qui les avait déçus n’avaient pas, et n’ont pas aujourd’hui, changé leurs valeurs profondes. Il suffit que l’ADQ, ou un parti occupant la même position sur l’échiquier, prône les mêmes valeurs et présente un chef crédible et charismatique, pour que ce vote lui revienne. Et lui revienne augmenté de celui des Libéraux que Charest irrite et des Péquistes qui n’aiment pas Marois, deux sous-groupes qui sont loin d’être négligeables…

En fait, il ne serait absolument pas surprenant que l’ADQ qui aurait cherché et trouvé le chef idoine bondisse immédiatement en tête des sondages. Ce qui est crucial, car seul le doute que peut entretenir l’électorat de centre-droit quant à une éventuelle victoire est un obstacle sérieux à ce que cette victoire n’arrive. Si les sondages prédisent une victoire de l’ADQ, cette victoire devient probable.

Il suffirait que ce chef apporte quelques véritables innovations à son programme pour séduire l’électorat urbain nationaliste de droite sans effrayer ses supporters plus conservateurs, pour que l’ADQ soit identifié au changement… et gagne haut la main les prochaines élections contre un PQ et un PLQ qui n’inspirent aucune passion.

Si les élus de l’ADQ se concertaient et décidaient UNANIMEMENT de proposer le leadership du Parti à une vedette capable de susciter un enthousiasme populaires, ils seraient tous ministres dans un gouvernement adéquiste après les prochaines élections, ce qui serait sans doute la meilleure solution pour le Québec… !

Ils devraient y songer. Quant aux innovations, ils n’auraient qu’à interroger un peu les gens. On serait nombreux à leur en proposer.

Pierre JC Allard

25-06-09

266 François Legault : en réserve de …. on verra bien

Après Mai 68, quand le Général de Gaulle eu maté la France en révolte sans violence – en lui laissant jeter sa gourme puis s’assoupir après le plaisir – il réfléchit, comme toujours, au lendemain… et au surlendemain. Cette aptitude à lire l’avenir, comme si le manuscrit lui en avait été remis la veille, lui a permis de sauver la France à maintes reprises. Il faudrait des volumes pour en discuter, mais le départ de Francois Legault me rappelle un de ces gambits gagnants du Général.

De Gaulle, après Mai « 68, a limogé son Premier Ministre Pompidou alors que tout – loyauté, compétence, relations – suggérait qu’il lui renouvelât sa confiance. Pourquoi l’a-t-il fait ? Beaucoup ont dit à l’époque qu’il le jetait en pâture aux fauves, pour que les résultats dérisoires de cette spectaculaire insubordination à laquelle ils s’étaient livrés ne leur crée pas de rancœur. Mais ce n’était pas ça. Il mettait simplement sont atout-maitre « en réserve de la République ».

Il l’a dit exactement en ces mots d’ailleurs… mais ils ne l’ont pas cru. Ce n’est que quand Pompidou a succédé à de Gaulle à la Présidence de la République qu’ils ont compris que le Général avait mis sagement son dauphin à l’abri des luttes fratricides et des coups fourrés, durant cette période ou il fallait raccommoder pour faire du neuf sans que le tissu social ne se déchire. C’est une tunique bien proprette que l’Auvergnat a finalement endossée ..

François Legault m’apparaît aujourd’hui une tête au-dessus de tous les autres dans l’arène politique provinciale : il n’y a personne pour lui barrer la route. Pourtant, il se retire… et, dans la conjoncture actuelle, je crois qu’il a raison.

Le problème n’est pas Jean Charest ni le Parti Libéral. Charest est là et sa popularité a même augmenté, mais je n’y vois que le soutien par défaut de ceux qui refusent l’alternative péquiste. Le Parti Libéral ennuie et il sera battu dès qu’il y aura une autre option crédible.

Ce n’est pas non plus sa position minoritaire au sein du PQ qui est l’obstacle à la montée de Legault. Madame Marois suscite si peu d’enthousiasme, surtout après l’échec cinglant dans Rivière-du-loup, qu’un putsch dans la tradition péquiste pourrait la déloger rapidement. Duceppe ? Il y a bien longtemps qu’on le voit. Il n’a plus cette nouveauté « Jument verte » qui, dans un monde d’Internet, fait élire en triomphe des Obamas, parce que c’est leur ascension même qui séduit.

Si quelqu’un barrait la route à Legault au sein du PQ, il pourrait sans doute écarter cet obstacle. Mais il n’a pas intérêt à le faire, car le problème, c’est qu’il n’y a simplement plus d’avenir pour le Parti Québécois. L’idée de l’indépendance est minoritaire et le restera pour l’avenir prévisible. Le PQ perdra d’autant plus sûrement les élections qu’il mettra de l’avant son option indépendantiste… et se désintégrera d’autant plus vite qu’il la mettra sous le boisseau.

Le problème, pour François Legault, c’est qu’il n’y a pas de structure partisane sur laquelle il pourrait s’appuyer pour accéder au pouvoir. Plus rien de passionnant à l’ADQ, rien de crédible à QS ni chez les Verts.

De la France à la mort de De Gaulle, Pompidou avait dit qu’elle était « veuve ». On ne peut même pas dire des Québécois qu’ils sont orphelins, car ceux qui pourraient leur servir de pères spirituels ne sont pas morts… ils sont à la retraite. Les Québécois sont, en politique, comme ces enfants des rues de Mumbai/Bombay dans ce film qu’on vient d’« oscariser ».

Dans ce contexte, il est probable que le PQ se scindera bientôt entre une gauche – qui rejoindra QS et pourra parler d’autant plus aisément d’indépendance qu’elle ne sera pas une option réaliste de gouvernance – et une droite qui absorbera l’ADQ, substituera la notion de souveraineté/autonomie à celle d’indépendance et, libérée de ce boulet, redeviendra le parti de l’alternance.

Il est bon que Francois Legault ne vive pas ces déchirements. Le temps passant, il ne peut que grandir en stature, comme Pompidou. Comme Robert Bourrassa durant ses années d’exil/pèlerinage. Il devient « en réserve » de quoi que ce soit qui se créera au Québec pour faire face à la crise et, surtout, pour proposer un projet de société motivant et RASSEMBLEUR qui nous sortira de l’insignifiance.

Pierre JC Allard

14-05-09

RÉFÉRENDUM… Autrement

J’ai reçu quelques courriels qui me reprochent gentiment de ne pas parler du Québec.  “Vous parlez de tout, sauf de ça…”   Une fois ça va, deux fois je prête sérieusement attention, trois fois, je ne discute plus: vous avez raison.  Le problème, c’est que, pour l’instant, il y a plutôt de tristes constats à faire que des solutions à proposer.   La  Caisse a perdu des dizaines de milliards de dollars, les projets FIER laissent soupçonner des indélicatesses, mais que peut-on y faire ?  Nous avons élu un gouvernement majoritaire et il fera bien ce qu’il voudra…

De toute façon, quelles sont nos solutions de rechange ?  Le Parti Québécois  ne défend plus son projet d’indépendance et les éditorialistes en sont à spéculer sur les ambitions à la chefferie de François Legault, même si l’on n’a à lui reprocher que de faire correctement son travail.   L’ADQ se cherche vraiment un chef, mais à l’interne, alors qu’il est clair que l’on n’y trouvera pas le super héros qui pourrait susciter la grande vague de fond populaire qui en ferait une alternative crédible.

Ni les Verts, ni Québec Solidaire ne sont non plus des options réalistes, de sorte que le prochain geste qui allait créer un peu d’animation semblait devoir être le départ  anticipé de Jean Charest vers la scène fédérale.  Ce départ, toutefois, semble maintenant bien improbable à court terme, avec l’arrivée d’Ignatieff dont on voit mal comment il pourrait ne pas gagner les prochaines élections à Ottawa.

Que peut-on faire d’utile au Québec qui pourrait nous distraire  de la crise actuelle qui va créer une profonde morosité  ?  Lisez les commentaires des lecteurs sur Le Devoir et La Presse. On est revenu à la sempiternelle question du référendum.  Je mets donc ici  de l’avant une proposition que j’ai déjà faite:  ne pas faire un referendum sur l’indépendance, mais sur le droit du Québec à la faire.  Ce qui est la souveraineté. 

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d’une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d’indépendance, unilatérale ou négociée selon qu’il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifierait PAS la sécession du Québec, mais signifierait que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec…  Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Il est donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Si un parti propose la sécession, l’élection devient ipso facto référendaire.  Si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait ses conditions de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci ne se borne pas à instrumentaliser l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler.  Il pourra la faire !

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum — et la contester serait un suicide politique pour le parti fédéral qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec. Je crois que c’est cette reconnaissance de la souveraineté du Québec, sans obligation de quitter Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste ici depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada et en disant haut et fort qu’il y restera.

Pour normand qu’il soit, ce choix n’empêcherait pas que le Québec soit devenu souverain et ait dès lors dans sa poche la clef de l’indépendance.  S’il la voulait et quand il la voudrait.

 

Pierre JC Allard

06-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -32

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

6 décembre (32/33)

DU PAREIL AU MÊME, MAIS…

Pourvu qu’il fasse beau et qu’il fasse doux ! Ce serait bien que les gens qui ont décidé que cette élection ne valait pas une minute d’attention, soit encouragés lundi par un soleil complice a aller s’exprimer. Un vote. Juste un petit vote…

Je suis de ceux qui ont dit. au début de cette campagne, qu’elle battrait sans doute tous les records d’abstention. Quand Jean et Pauline nous ont pondu des promesses-programmes en copiés-collés, ils ne nous ont donné aucune raison non plus de bondir d’enthousiasme. On pouvait parler de la fin de la politique, comme on a parlé de la fin de l’histoire : il n’y a qu’une bonne solution et on la connaît. Les fonctionnaires la connaissent.

Comment, vibrer au simple choix de celui qui l’appliquera, quand les deux prétendants nous ont donné de bonnes raisons de souhaiter que ce ne soit pas eux ? Puisque ce sera du pareil au même, votons QS pour affirmer une prise de position pour la solidarité ou, s’il n’y a pas en soi un Jaurès qui someille, votons Vert et posons un geste pour l’avenir…

Mais le complot d’Ottawa a changé la donne. Si Harper tient tant a un gouvernement majoritaire qu’il force des élections – avec cette grossière provocation de l’élimination des subsides aux partis politiques – et est prêt à se garantir cette majorité en avivant l’opposition entre le Québec et le ROC, au risque que ce pays craque comme un noix, il ne peut y avoir qu’une raison : ON PRÉPARE DES MESURES QUE SEULS ACCEPTERONT DE VOTER DES DÉPUTÉS PARFAITEMENT TENUS EN LAISSE.

On se prépare à nous enlever des droits acquis et a brimer des libertés que nous croyons indiscutables. La violence trop tranparente de la réaction de Gesca à la Coalition – qui risque de priver Harper de ce pouvoir olympien – ne laisse planer aucun doute.

Dans ce contexte, il est VITAL qu’il y ait à Québec un gouvernement qui puisse servir de point de ralliement contre ce coup de force qu’on nous prépare. Il ne s’agit plus de choisir entre Charest et Marois, mais entre un parti Libéral qui ne représente qu’un choix électoral et le PQ, qu’on peit aimer ou non, mais qui est une véritable structure d’encadrement populaire, avec des liens déjà établis avec les syndicats et les autres forces vives de la nation.

Une attaque concertée se prépare pour changer les règles du jeu social et ce n’est qu’autour du PQ que peut s’organiser une résistance. Cette résistance sera plus efficace si le PQ est au pouvoir au Québec ; autrement, on devra lutter a la fois contre les deux paliers de gouvernement et cette résistance n’aura pas la légalité que confère la présence à la tête d’un État. Une situation bien dangereuse, car on n’a pas encore bien saisi ce que sera cette crise.

Pierre JC Allard

05-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -31

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

5 décembre (31/33)

Attention, danger !

Pas un seul sondage depuis le débat des chefs. Or il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner que les Libéraux d y ont perdu des plumes. Tiens donc ! On ne veut plus rien voir ? On a arrêté la vidéo de l’opinion publique en marche sur l’image de Charest triomphant. Le PQ vient donc de faire son propre sondage maison – lesquels sont généralement plus fiables que ceux des médias ! – et découvre que Marois est encore à la traîne de Charest par 5,5%, mais en avance sur le vote francophone, ce qui signifie que le gouvernement Charest majoritaire n’est plus une certitude.

Par la même occasion on apprend que Dumont est remonté de 12 à 17%, ce que sa performance au débat justifie amplement. En condamnant ce matin la stratégie de Harper – qui pour garantir sa réélection fait du Québec un bouc émissaire et fait ainsi plus pour la souveraineté du Québec que les deux derniers leaders du PQ réunis! – Mario pourrait prendre encore un ou deux points, lui permettant de garder quelques sièges et son statut de troisième parti.

Et tout ça avant même qu’on n’ait pu noter l’impact sur les sondages du psychodrame d’Ottawa. Parions que les Québécois, qui ont eu durant des années la présence d’esprit de garder l’Union Nationale à Québec face aux Libéraux d’Ottawa, puis celle de voter pour un gouvernement souverainiste ici, tout en s’assurant qu’un gouvernement fédéraliste là empêcherait qu’elle ne se produise, auront cette fois la bonne réaction de basculer vers le PQ socio-démocrate pour se prémunir des horreurs qu’un gouvernement Harper majoritaire pourrait tenter d’imposer.

Si cette saine réaction se produit, on pourrait espérer une fragile victoire du PQ. Un gouvernement minoritaire du PQ est notre meilleur choix. Un gouvernement majoritaire libéral serait le pire, non seulement à cause de la bonne volonté à faire porter le poids de la crise au monde ordinaire qu’on peut imaginer entre les deux partis qu’ont si vaillamment soutenus les hommes de Gesca, mais à cause aussi de la réaction du mode ordinaire à cette gestion de la crise au profit des riches.

Je suis assez vieux pour avoir vu le monde changer. L’oppression n’est plus une option facile. Les inégalités se maintiennent aujourd’hui chez-nous parce qu’on achète la complaisance des plus pauvres en leur donnant une pitance. Si une crise dérapait au point qu’on veuille les en priver, ne serait-ce qu’en réduisant un peu leur quote-part, on serait surpris en haut lieu de voir quelle agressivité a pu se développer au sein de la population.

Dieu nous préserve d’un duo Charest-Harper tous deux majoritaires.

Pierre JC Allard

04-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -30

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

4 décembre (30/33)

« Les Français sont des veaux » (C.de Gaulle)

Je ne me permettrais pas de le rappeller, si je ne m’en sentais pas partie prenante. Les médias de Gesca, La Presse en tête, ont lancé un campagne sans réserve contre les Coalitionnistes qui veulent en finir avec Harper. Non seulement tous les chroniqueurs ont été invités à monter à l’assaut, mais les blogues de Cyberpresse sont pleins de commentaires qui viennent en rajouter. Je mets sérieusement en doute l’authenticité de ces commentaires.

Ceux qui ont rassemblé cette milice – ou plus probablement la petite équipe de rédacteurs qui produisent ces messages de supposés blogueurs – ont négligé deux choses : a) celui qui commente ne le fait que bien rarement une seule fois ; les pseudos dans la blogosphère ont un petit air de déjà vu. Quand un survenant apparaît dont le pseudo n’évoque rien, une petite lumière clignote dans l’inconscient. Quand tous ces nouveaux inspirés défendent UNE OPINION QUI EST À L’ENCONTRE DE CELLE DE PRÈS DE 80% DES QUÉBÉCOIS, on se dit que quelque chose se passe… b) l’écriture du blogueur-type est truffée de coquilles et pas seulement par ignorance, surtout parce qu’on est pressé et que l’intendance de l’orthographe suivra… Or, ces nouveaux blogueurs ont un langtage bien plus châtié que la moyenne…

Il se passe quelque chose. Mon opinion est qu’un certain establishment – dont Gesca est l’outil et une partie significative du cerveau – appréhende l’arrivée au pouvoir d’une gauche qui, en cette période de crise, disposerait d’un auditoire réceptif pour introduire dans la société cette équité dont c’est le premier but de l’establishment de se prémunir. On a donc lancé cette opération de manipulation de l’opinion publique en deux volets :

Dans le reste du Canada, on parle du complot des « Three Quebeckers ». Ces êtres différents des Albertains, viscéralement enclins au crime dont on a tant accusé Obama, de vouloir redistribuer un peu la richesse. Au Québec, cette accusation ne conduit personne à l’échafaud ; on tient donc un autre langage. Un galimatias, de constitutionnalisme, d’ironie facile et de mensonges, pour tenter de convaincre les Québécois qu’il ne faut pas empêcher Harper de gouverner a droite ce pays dont les DEUX TIERS DES ÉLECTEURS SOUHAITENT QU’iL LE SOIT AVEC INTELLIGENCE DE LA SITUATION. Ils pensent vraiment que les Québécois sont des veaux.

Pourquoi en parler dans ce billet consacré à nos élections provinciales ? Parce que c’est un même combat. Pendant que Harper continue sa provocation pour obtenir un autre scrutin dont il tirera enfin sa majorité – en faisant une campagne anti-Québec – il devient impérieux que nous, les provinciaux, nous donnions un gouvernement pour maintenir ici nos acquis sociaux.

C’est le moment de tout faire et de conclure toutes les alliances possibles pour que Charest ne soit pas élu. « Libéral », c’est le nom qu’on donne à un Conservateur au Québec. Harper à Ottawa et Charest à Québec, nous seront des veaux et ce sera l’abattoir

Pierre JC Allard

03-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -29

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

3 décembre (29/33)

Les priorités

Le brouhaha à Ottawa remet en perspective les conséquences du choix électoral qui sera fait au Québec. On voit d’entrée de jeu que les pouvoirs n’y sont pas pour agir sur la composante monétaire qui est au cœur de la crise. Le Québec sur ce plan n’est pas un gouvernement, seulement un gros ponte, comme une multinationale qui gère des milliards, mais doit s’en remettre à son pouvoir de persuasion pour obtenir le cadre législatif et règlementaire qu’elle juge souhaitable.

Une sérieuse limitation de sa gouvernance qui semble apporter de l’eau au moulin indépendantiste… jusqu’à ce qu’on regarde les choses d’un peu plus près, pour constater que le système monétaire international, par un réseau dense d’accords et de non-dits, est devenu indépendant du pouvoir politique, sauf peut-être celui des USA auquel il n’obéit pas tant qu’il en phagocyte les éléments. Les mesures que peut prendre le gouvernement canadien sont elles-mêmes bien limitées.

En fait, ce n’est pas sur la crise que peut agir le gouvernement du Québec, mais sur les effets de la crise sur les Québécois. De sorte que ce que tous les partis au Québec proposent – saupoudrer des subsides pour créer des emploi – a le démérite de l’approche Paulson aux USA, qui donne de l’argent aux institutions financières en espérant qu’elles le prêteront et que les roues se remettront à tourner. Elles le feront… quand les intermédiaires se seront servis.

La première chose que doit faire le gouvernement de Québec, c’est de s’assurer que TOUS LES PAIEMENTS DE TRANSFERT (pensions, allocations familiales, prestations pour chômage, bien-être, etc ) sont finement indéxés mensuellement pour protéger les citoyens qui touchent ces paiements et qui seraient autrement les premières victimes de la crise. Cette indexation n’est possible que si le principe de solidarité est reconnu qui augmentera automatiquement les taxes directes pour que soient perçus les montants nécessaires pour en compenser les coûts.

La deuxieme est de garantir les obligations de toutes les institutions financières qui relèvent du gouvernement de Québec. Cette garantie, toutefois, ne sera jamais un don, mais un prêt à l’institution, et l’institution qui devra y recourir sera en tutelle de l’État jusqu’à ce que le prêt ait été entièrement remboursé.

La troisième est l’exécution accélérée des travaux d’infrastructure, sous l’égide d’une corporation autonome qui empruntera de l’État – remboursable en 30 ans – mais pourra aussi conclure ses propres ententes avec le secteur privé, afin qu’une part des frais en soit éventuellement assumée par les utilisateurs. Libre à l’État, quand viendront des jours meilleurs, de « re-nationaliser » ces services et de les rendre gratuits pour tous.

Pierre JC Allard

02-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -28

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

2 décembre (28/33)

Les Anticomplotistes

Tout n’a pas commencé avec la chute des tours du World Trade Center le « 911 », mais c’est à partir de là que c’est devenu très grave. Il y a toujours eu des gens pour penser que l’explosion du « Maine », le bombardement de Pearl Harbour, le soin qu’on a mis a ce que Hess ne raconte jamais son histoire et mille autre faits pouvaient cacher autre chose. Pour chacun qui l’a pensé, il y a eu quelqu’un pour dire « paranoia ! ».

A chaque complot vrai ou présumé, il y a ceux qui y croient… et ceux qui n’y croient pas. Il y a toujours eu des gens naïfs qui croient à toutes les rumeurs de complots… et d’autre encore plus naïfs qui pensent qu’il n’y a jamais de complots : les « anticomplotistes ». A partir d’un certain seuil, l’anticomplotisme est une forme de stupidité.

Une stupidité, car dès que deux personnes qui visent un but arriment leurs actions et font en sorte que les autres ne le sachent pas, il y a un complot. Toutes les transaction d’affaires sont des complots. Toutes les stratégies sont des complots. La plupart des rendez-vous galants sont des complots et ce qu’on en dit dans les « powder rooms » en est bien souvent d’autres…

Penser que les partis politiques relatent des faits véridiques et les commentent en toute franchise, sans autre but que le bien du peuple, est d’une naïveté qui confine à la stupidité. Croire que quoi que ce soit qu’on nous dit est bien « toute la vérité et rien que la vérité » est une faiblesse de jocrisse. Je suis donc un peu las de voir des gens qu’on souhaiterait plus doués ou moins hypocrites, déchirer leurs vêtements d’indignation quand on leur dit que la crise financière actuelle est un complot.

Elle n’est pas un complot parce qu’elle n’est pas pas bien réelle, mais parce qu’elle n’a pas eu les causes qu’on nous dit et mènera encore moins aux conséquences qu’on nous annonce. Elle est un complot parce que tout ce qui bouge dans l’univers politico-financier ne cherche pas à la regler, mais à en tirer parti pour ses propres intérêts.

Cela vaut aussi pour ceux chez-nous qui proposent des solutions à la crise, en en disant le moins possible sur les moyens qu’ils prendront pour la résoudre, ce qui leur donne la plus grande liberté de manœuvre pour danser ça en tango quand vous vous serez jeté dans leur bras. Un pas en arrière aussi souvent qu’un pas en avant… et vous coller de très près.

Ne croyez pas trop que vos partenaires vous aiment. Le tango a été d »abord une danse de voyous. Regardez votre danseur mondain dans les yeux : vous verrez « complot » au fond de sa prunelle.

Pierre JC Allard

01-12-08

LES ÉLECTIONS 2008 AU QUÉBEC – 33 jours et 33 billets -27

Chaque jour un sujet de réflexion et des questions à se poser…

1 décembre (27/33)

DEMOS VOUS DIT M…

Pendant qu’on essaie de régler nos problèmes entre nous au Québec, les cousins Stephen et Stéphane de la grande famille élargie recommencent à se bagarrer et risquent de nous distraire. On croyait que les gens d’Ottawa nous laisseraient respirer une peu… Bon, de toute façon on en reparlera. Ce qui me chicote un peu, ce matin, c’est qu’ils nous dérangent.

Parce que le Stephen qu’on vient d’élire pose des gestes qui font douter de son sérieux, on a Jean Charest ici qui vient nous dire que c’est très dangereux les gouvernements minoritaires… Parfois , vous savez, ça ne dure pas. Pour un oui, pour un non, il faudrait vous déranger encore. Donnez-moi une majorité et c’est juré, vous n’en entendrez plus parler.

Ciel ! La vésanie est contagieuse ! Surtout, la folie vient sous diverses formes. Alors que celle de Harper est de la forme hubris (arrogance), celle de Charest n’est pas tant de se penser au-dessus de tous, que de nous croire en-dessous de tout.

Le Québécois moyen, qui n’est pas plus moyen que le Canadien moyen, comprend que le coup de force qu’a tenté Harper est létal pour la démocratie et que ce retour en arrière pour un financement des partis politiques par et pour les copains doit être tué dans l’œuf. Et cela, sans même penser aux mesures ahurissantes en période de crise que les Conservateurs proposent ! HEUREUSEMENT, ils sont minoritaires et Demos – le peuple démocratique – va pouvoir s’opposer, par la vois de ses représentants,

Dans une minute d’aberration, Charest nous dit qu’il suffit de lui donner une majorité pour qu’il puisse faire toutes les bêtises qu’il voudra sans que nous puissions rien faire. Demos aura les mains liées, – (expression populaire ces jours-ci, qui prend ici tout son sens) – et un gouvernement libéral pourra gérer la crise à sa guise, sans nous « déranger ». Il pourra mettre le feu à l’écurie sans réveiller les chevaux… et même à la maison.

Il pourra faire face à la tempête « à la Paulson, en donnant des parapluies aux amis et en disant aux autres qu’il y aura un jour des serviettes… quand on aura les moyens. Avec un gouvernement majoritaire, on peut penser à une gestion dont celle de la Caisse de dépôt et placement pourrait être prémonitoire. Des pertes – on s’y attendait – mais surtout une volonté ferme de NE PAS faire la lumière.

Typique de l’approche libérale, de penser que la transparence est vraiment un inconvénient. Tout ce qui pourrait éveiller Démos est une menace pour les copains. Vite une majorité, et vous serez tranquilles, qu’il nous dit… Mais le peuple ne veut pas être tranquille, car l’incendie couve. Demos, c’est vous et c’est moi, qui voulons être aux aguets et garder par devers nous les clefs de l’écurie… NON à une majorité pour Jean Charest.

Pierre JC Allard

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