Nouvelle Societe

17-07-09

288 Il se passe quelque chose en « Absurdistan »

On écoute les nouvelles, on connaît l’Afghanistan. On croit connaître cet étrange pays, où j’ai été il y a bien longtemps, mais on ne le connait un peu que si l’on comprend que l’Afghanistan n’est pas vraiment un pays. C’est le territoire où se sont développés jadis des empires qui ont recouvert aussi le Pakistan, la plus grande partie de l’Iran et une part non négligeable de l’Inde mais qui a été réduit, au XIX eme siècle, à un espace tampon résiduel laissé entre les Russes et les Anglais quand ils se sont partagé l’Asie centrale.

Pas un pays, encore moins une nation. Un espace de désordre. Il n’y a pas vraiment des « Afghans », mais des ethnies souvent hostiles les unes aux autres, chacune scindée en clans semi-autonomes qui ne s’entendent pas non plus très bien, sauf quand une présence étrangère veut s’y établir. Quand une telle présence se manifeste, les ethnies rivales se ressoudent… et elles connaissent bien leurs montagnes. Elles constituent alors un adversaire redoutable. Elles ont infligé d’humiliantes défaites aux Britanniques au siècle dernier. De même, il y a 30 ans, aux Russes qui voulaient y établir un peu d’ordre et de même encore, tous les jours, aux Américains qui y sont encore aujourd’hui à tenter d’y réduire un peu le désordre.

L’Afghanistan a été longtemps le seul État indépendant, dans cette partie du monde entre la Russie, l’Inde, la Chine et l’Iran dont la grande rue est la Route de la Soie et qu’on peut appeler l’Asie Centrale, le Turkestan élargi.. ou n’importe quoi. Quand l’URSS a été démantelée, il y est apparu 5 autres pays et les diplomates, politiquement incorrects, ont compris qu’il n’en sortirait pas que du bien. Ils ont parlé d’Absurdistan. Une région du monde riche en matières premières, mais divisée en pays absurdes, dont aucun ne possèdait seul les ressources humaines financières et techniques qu’il lui fallait pour survivre.

Avant, il n’y avait que l’Afghanistan d’indépendant dans cette région et il pouvait à lui seul être une grande source d’ennuis. Maintenant; il y en aurait six (6). Chiffre trompeur, d’ailleurs, car il n’y en a pas un qui n’ait quelques bonnes raisons de se scinder en deux, en trois, ou en une multitude de parcelles ethniques et tribales. 6 pays reconnus, mais aussi des morceaux épars d’Absurdistan encore sous domination chinoise, russe, iranienne… pakistanaise.

Des territoires peuplés d’ethnies plutôt fâchées d’être soumises à d’autres et qui, elles aussi, connaissent bien leurs montagnes. La semaine dernière, c’étaient les Ouïgours qui se révoltaient, au Turkestan oriental sous contrôle chinois; cette semaine, c’est le Balouchistan – la province pakistanaise de Absurdistan – qui retient l’attention.

Quelques leaders nationalistes balouch – en mal d’autonomie ou d’indépendance, comme ils le sont tous – ont été assassinés et la population locale soupçonne les services secrets pakistanais d’en être les responsables. La population baluch a des raisons d’être méfiante, car des centaines sinon des milliers de Baluchis ont été interpellés, emprisonnée, parfois torturés et tués durant la présidence de Musharraf au Pakistan.

Musharaff n’est plus là, mais rien n’a pas changé, car le gouvernement d’Islamabad ne compte pas laisser les Baluchis faire sécession et priver le Pakistan du tiers de son territoire, rendant dérisoires ses velléités de s’opposer aux prétentions hégémoniques de l’Inde sur le sous-continent. Bras de fer, donc, car la population baluch donne tous les signes avant-coureurs habituels des provinces qui se voient comme des pays.

Un drapeau national apparaît, les écoliers chahute l’hymne pakistanais, des témoins se manifestent des exactions commises sur la population locale par les forces d’Islamabad depuis des années. Une Armée de Libération du Balouchistan s’est même créée qui a pu, en février, enlever son premier citoyen américain: John Solecki, responsable à Quetta de l’Office des Nations Unies pour les réfugiés. Un enlèvement d’Americain est un signe tangible traditionnel de maturité dans l’insurrection.

Plus grave encore, c’est justement alors qu’il intervenait pour faire libèrer Solecki que Gul Muhammad – l’un des leaders nationalistes balouch dont nous parlions plus tôt – a été assassiné, laissant planer le doute qu’il l’ait été pour provoquer les ravisseurs, les inciter à exécuter Solecki… et pousser les USA a classer Armée de Libération du Balouchistan comme entité terroriste.

Solecki a néanmoins été libéré, mais la méfiance est a son comble au Balouchistan, suscitant une résistance qui pourrait conduire éventuellement à l’accession de cette province pakistanaise a l’indépendance. Un septième visage à la réalité de l’Absurdistan… et rien ne dit que ce sera le dernier…. Il pourrait s’y passer encore bien des choses.

Pierre JC Allard

07-07-09

278 Russie, USA… « Diplomacy »

Aujourd’hui, Obama et Medvedev se sont rencontrés et ont fait la paix. Une rencontre déterminante pour sceller notre avenir immédiat. Ce qui va transparaître de cette rencontre sera un nouveau traité START. Une réduction « spectaculaire » de leurs arsenaux nucléaires respectifs… mais qui, justement, ne sera qu’un spectacle.

Un spectacle, car abaisser de 2200 à 1675 le nombre maximum de têtes nucléaires et de 1500 à 1100 le nombre des “vecteurs nucléaires” – missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers à long rayon d’action – qu’ils se permettront dans 7 ans ne changera en rien leur capacité réciproque de s’annihiler… Start est un buzz pour médias .. et c’est très bien comme ça.

Une bonne nouvelle qu’on ait maintenu l’«équilibre de la terreur » qui nous inquiétait tant il y a 50 ans, mais qui s’est avérée depuis la stratégie pour la paix la plus efficace de l’histoire moderne. Continuons à nous faire peur…on ne se fera pas de mal. L’important de la rencontre n’est pas cette réduction de leurs arsenaux ; l’important est qu’ils se soient mis d’accord. On vient d’annoncer qu’on veut la paix

Le régime Bush ne voulait pas la paix. Oh, il ne voulait pas la guerre, naturellement, l’équilibre de la terreur était bien en place, mais il ne voulait pas la paix. Il voulait aboyer, semer la zizanie, déstabiliser, fomenter des coups aux frontières de la Russie. Il voulait maintenir cette menace constante qui, en forçant l’URSS à consacrer une part exorbitante de ses ressources à sa défense, l’avait empêchée de satisfaire sa population et avait finalement entraîné sa chute.

Le régime Bush voulait la même paix armée, hargneuse… qui n’est pas la paix. D’où ces insolentes provocations, d’aller former l’armée géorgienne pour venir récupérer l’Ossétie du Sud, de financer l’arrivée au pouvoir de régimes antirusses dans les États limitrophes et le projet sans véritable intérêt stratégique – et donc d’autant plus vexatoire, de venir installer des missiles en Europe de l’Est.

C’est à cette stratégie provocatrice et vexatoire que l’accord actuel semble mettre met fin. Obama n’a pas affirmé que cette histoire de bases en Pologne et en Tchéquie était finie, mais tout le monde a compris… Comme en convenant de reprendre les activités militaires communes Russie – USA, suspendues en août 2008, au moment de la guerre russo-géorgienne, on passe le message bien clair qu’il n’y aura plus de bêtises sur le front du Caucase. Il sera intéressant de voir si les Israéliens aussi sortiront de Georgie…

Plus important encore, la Russie a autorisé l’utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan, un accord qui va faciliter énormément la logistique de l’armée américaine…et qui met en évidence que la Russie est bien d’accord pour que l’on garde l’Islamisme comme croquemitaine universel.

Parions qu’il se sera dit bien des choses, aujourd’hui, concernant les Ouighours et tout se pétrole que l’on pourrait exploiter au Sinkiang… Sans parler de celui des autres pays d’Asie Centrale, qu’il serait plus facile d’exploiter si les Russes faisaient régner l’ordre dans cette zone, sinistrée depuis la fin de l’URSS.

Les USA d’une autre époque avaient rêvé d’exploiter eux-mêmes ce pétrole, mais ils se sont sans doute aperçus qu’ils ne pourraient le faire qu’au risque de créer une demi-douzaine de « situations afghanes »… Alors que rebâtir l’économie américaine sera un job à plein temps. Alors on se parle…

Parions aussi qu’on aura parlé de l’Iran. Pas plus que les Américains, les Russes ne sont sans doute heureux de voir cet État sous la coupe de fanatiques religieux. Si Russes et Américains s’entendent, l’avenir de l’Iran se décidera, comme toujours, sans que les Iraniens ne soient vraiment consultés. Et ce qui vaut pour l’Iran vaut pour bien d’autres…

Ce qui semble découler logiquement de la géopolitique actuelle, c’est que si Russie et USA se sont vraiment entendus, ils vont modeler le monde à leur convenance pour longtemps. S’ils n’ont que feint de s’entendre, Chine, Europe, Japon, Islam et les Autres reviendront à la table, dans une partie à multiples joueurs et dans un réseau d’intrigues d’une exquise duplicité.

La situation globale, en ce cas, ne ressemblera à rien tant qu’à une partie de Diplomacy, jouée sur une carte du monde d’aujourd’hui, plutôt que sur celle de l’Europe d’il y a cent ans. C’est la solution imminente qu’il va falloir donner à la crise monétaire qui nous dira quelle hypothèse est la bonne.

Pierre JC Allard

21-06-09

262 Les trois (3) problèmes en Iran

Je ne reviens pas souvent deux fois sur une même question. Exception aujourd’hui que je crois nécessaire, car j’ai passé une bonne partie de ma journée en discussions sur divers médias, sur ce thème que j’abordais hier de l’intrusion des Américains dans la démocratie iranienne à grands coups de Twitter

Il y a présentement en Iran deux (2) problèmes domestiques graves: celui de sa gouvernance et celui de la démocratie. Le troisième problème, qui lui vient d’ailleurs, est qu’on confond les deux premiers problèmes à plaisir pour des intérêts inavouables.

1. Le problème de la gouvernance en Iran, c’est celui d’un peuple qui a connu de meilleurs jours, que le pétrole a enrichi par castes et donc de façon bien inégale, d’un pays manipulé par des intérêts étrangers et leurs alliés nationaux et dont la couche la moins prospère et la moins éduquée s’est réfugiée dans sa religion.

Ce qui exerce le pouvoir réel en Iran – et on ne devrait pas prétendre le connaître – fonctionne sous l’étendard d’une théocratie chiite, dont le pouvoir s’étend en vertical, d’une tête sans doute aussi agnostique et corrompue que celle des autres religions, jusqu’à un bas clergé, parfaitement obscurantiste, sans doute pas si différent dans ses moeurs que celui qui occupait l’Europe au Moyen-Âge. Ce qui nous amène au deuxième problème.

2) Le deuxième problème est celui de la démocratie. Ce bas clergé en Iran est assez intégré dans cette cette couche majoritaire « moins prospère et moins éduquée » de la population et il y est si dominant, que toute décision qui sera prise démocratiquement en Iran le sera selon les instructions de ce clergé. La démocratie en Iran conduit à l’obscurantisme. Toute évolution en Iran passe donc par une mise en veilleuse de la démocratie le temps de diffuser une éducation moderne.

Ce qui donne beau jeu pour intervenir à ceux qui ne souhaitent PAS une évolution en Iran. Le Shah a tenté cette évolution et, bien sûr, on lui a opposé une résistance populaire quand on a voulu s’en défaire. Ce qui est original, aujourd’hui, c’est que les Américains prétendent se débarrasser de la démocratie obscurantiste en lui opposant une autre « démocratie ».

C’est du Novlang à la 1984, car c’est une « démocratie » conforme à la vision USA et dont le peuple ne veut pas. Cette gouvernance peut être évolutive si on veut, mais certes pas démocratique au sens réel du terme qui est de correspondre au désir de la majorité. Si on parvient à imposer une rvolution, on aura tout sauf une démocratie. On aura une mainmise étrangère et c’est le troisième problème. Immédiat.

Les Américains tentent d’installer en Iran, pour des raison que nous n’avons pas à discuter ici, un bypass qui va contrôler la psyché des Iraniens le temps de changer pour eux le gouvernement contre la volonté de la majorité et de dire qu’ils l’ont voulu. C’est du Goebbels 2.0.

Pour le justifier, on veut convaincre l’Occident qu’il y a en Iran une contestation qui est le fait de tous les Iraniens, alors qu’elle n’intéresse qu’une petite partie de la population. J’ai passé des décennies dans des pays pourtant opprimées, où la liberté telle que nous a concevons n’entrait pas à l’agenda des populations. C’est le cas en Iran. La majorité de la population iranienne aime les mollahs et a voté pour Ahmadinejad.

On veut donc feindre une décision démocratique en s’appuyant sur une élite contre la majorité. Cette approche est dangereuse. Bien sûr, on a aussi fait la révolution française en s’appuyant sur une élite, mais il suffisait alors d’une toute petite partie de la population pour la faire. Aujourd’hui, le développement des communications rend la démocratie, au sens réel de consensus, de plus en plus incontournable

En imposant une « démocratie » contre le consensus, on va donc va faire face à de graves dissonances cognitives qui vont mener à une catastrophe. Comme partout où les Américains sont intervenus récemment.

Si le gouvernement en place en Iran et auquel la population vient d’accorder sa confiance est évincé, on va créer un espace ininterrompu d’anti-occidentalisme, d’anarchie et de rébellions plus ou moins ouvertes de Herat à Gaza. Même les USA ne peuvent pas contrôler un tel espace hostile, lequel, incidemment, est encerclé par la Russie, la Chine et l’Inde.

Ne me voyez surtout pas comme pro-islamiste. Je n’ai aucune amitié pour la théocratie ni le brassage des cultures. Je ne veux que la paix, le respect des autres et notre propre développement comme Occidentaux. Je dis seulement que l’on fait des bêtises.

PIerre JC Allard

20-06-09

261 Twitter et démocratie

Juin 2009, élections en Iran. On le sait depuis longtemps et personne ne s’énervait. D’abord, parce que le vrai pouvoir n’est pas en jeu; les mollahs que représente le Guide supreme Khamenei l’ont bien en main et ils le garderont, quel que soit le résultat de ces elections; le Président n’est qu’une concession au désir de la population de s’exprimer. Ensuite, parce que l’on savait qui serait élu. Qu’ils soient réalisés par des firmes étangères ou nationales, tous les sondages étaient unanimes: Ahmadinejad, haut la main,

Pourquoi serait-t-il réélu ? Parce qu’il est déjà en poste – et ça compte, dans un pays de traditions, de fonctionaires et de favoritisme millénaire – et, aussi, parce qu’il est populaire, ce qui compte aussi, quand on veut jouer à la démocratie. Ahmadinejad est un homme du peuple qui nourrit ses chévres, cultive son jardin et à fait plus pour les petites gens en Iran que tous ceux qui l’ont précédé. C’est ça qui séduit l’Iranien moyen, lequel, comme tous les quidams lambdas de tous les pays du monde, ne s’intéresse que médiocrement à la géopolitique et au sens de l’histoire.

Personne ne doutait qu’Ahmadinehad serait réélu et, comme l’annonçaient les sondages, il a recueilli les deux-tiers des suffrages. Pas de surprise, voilà qui est fait… Mais arrive un élément nouveau : TWITTER.

Twitter, c’est la pénultième étape de la plongée de la civilisation vers la simplicité et les raccourcis. Apres Twitter, il ne reste que le retour à la perfection initiale simiesque des grimaces et des onomatopées. Pour « twitter », écrivez en 140 caractères ce que vous avez a dire. Si vous êtes Einstein et que c’est E=MC 2 que vous tapez au clavier, c’est génial ; mais autrement, si vous voulez partager avec quelqu’un le secret du nez de Cyrano, par exemple, oubliez Rostand. Vous n’avez que l’espace pour dire qu’il est gros et signer « sot ».

La fin du génie ? Oh, que non ! Twitter est génial autrement. Genial en politique pour manipuler le peuple. Pas d’idées, juste des slogans. Goebbels, parfaitement réalisé. L’outil parfait pour Big Brother. Alors quand on a vu ces tristes résultats sans surprise en Iran…. Pourquoi ne pas tester Twitter in vivo ? Rien a perdre puisque ces élections étaient déjà passées aux profits et perte…

Sitôt dit, sitôt fait. Un coup de fil du Secrétariat d’État américain aux gens de Twitter et c’est parti. Grâce a Twitter, on va pouvoir exciter la populace par des message sans queue ni tête, diffusés sur les portables dont on a distribué des millions et des millions en Iran. Le candidat Moussavi va cesser d’être le signet marquant la page pour le magouilleur Rafsandjani tapi dans l’ombre et qui attend sa chance. Il va devenir le champion de l’Occident.

Mousssavi. L’homme qui s’oppose aux mollahs, défend les droits de la femme, récuse le programme nucléaire iranien et n’a vraiment rien contre Israel. Tout ca en Occident, bien sûr. Car en Iran, il n’est pas ça, n’a jamais prétendu être ça, ne pourrait pas être ça même s’il le voulait et, surtout, CE NEST PAS CE QUE VEUT LE PEUPLE IRANIEN !

Ce que diffuse Twitter en Iran, ce n’est donc pas ça. Pas un mot d’un quelconque programme de Moussavi. Juste un appel à se plaindre de n’importe quoi. N’importe quoi qu’on peut dire en 140 caractères…. On distribue aussi, à ce qu’il paraît, un Guide pratique de la révolution en Iran, mais je n’en ai pas la preuve Ce dont on a la preuve, c’est que Twitter met dans chaque main qui peut bercer un téléphone des conseils pratiques pour foutre le bordel.

Où que vous soyez dans le monde, vous pouvez aider à nuire:
 régler les comptes Twitter sur le fuseau horaire de Téhéran, centraliser les messages sur les comptes Twitter @stopAhmadi, #iranelection et #gr88, etc. 
Mis en application, ces conseils empêchent toute authentification des messages Twitter et l’on ne peut plus distinguer le vrai du faux. On ne peut plus savoir ce qui est envoyé par des témoins des manifestations à Téhéran et ce qui l’est par des agents de la CIA à Langley ou en Angleterre.

Bordel à Téhéran. On a une nouvelle méthode de subversion. Plus efficace, sans doute qu’un putsch ou qu’une grève de camionneurs contre Allende au Chili, puisqu’elle s’en remet au désir de désordre toujours présent dns une population encadrée et n’exige pas que le people comprenne quoi que ce soit: Il suffit de l’amener à libérer une pulsion

Mais c’est une arme bien dangereuse… Qu’arrivera-t-il si elle est retournée contre ceux qui aujourd’hui l’utilise ? Imaginez un énorme Mai 68 ou, portable en main et Twitter en ligne, tous les gens qui n’ont jamais protesté choisissent un beau matin de libérer leur pulsion… Un temps pour l’anarchie. L’Insurrection qui vient

PIerrre JC Allard

13-06-09

Élections en Iran… et le « bazargan »

12 juin 2009, élections en Iran.  Le Président Ahmadinejad  joue sa carrière politique.  Pour beaucoup – pas pour vous, qui êtes des aficionados de politique, mais pour Quidam Lambda, ses copains et son beauf – des élections en Iran, c’est déjà une surprise.  On ne s’attend pas vraiment à ce que les gens votent au Moyen-Orient.   On s’y attend encore moins en Iran, dont la propagande américaine, depuis des années, a fait la pièce maîtresse de l’Axe du Mal.

Ils votent !  Étonnant.. On s’est déjà étonné qu’on puisse même être Persan, alors imaginez, Persan et démocrate… ! Comment peut-on être démocrate et assez méchant pour faire de bombes atomiques !   N’y pensez pas, vous allez développer des dissonances cognitives…  Sachez seulement qu’ils votent. 47 millions d’électeurs, pour une population qui a maintenant dépassé celle de la France.

 Démocrates, donc ?  Oui.. mais avec un bémol. Ce n’est pas Ahmadinejad, ni Mir Hossein Moussavi, son opposant  à la présidence qui aura vraiment le pouvoir. Le vrai pouvoir, en Iran, c’est le Guide Suprême qui l’exerce : Ali Khamenei, l’héritier spirituel de l’Ayatollah Khomeiny.  Il n’est pas élu. Son pouvoir vient du clergé ou de Dieu, une distinction toujours floue dans les théocraties. L’Iran est une théocratie 

Le Guide n’est pas élu. Le rapport du Guide au Président, en Iran, n’est donc pas celui  de Sarkozy à Fillon, mais plutôt celui au Parlement européen de la Commission européenne qui n’est pas élue elle non plus.  Peu de vrai pouvoir, donc, pour ce président qu’on va élire. On pourrait se demander pourquoi  les Iraniens se bousculeraient au portillon pour voter, ce que nous n’avons certes pas fait pour nos représentants à Strasbourg,

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas si simple…  Souvenons-nous que les Ottomans – qui ont préservé pour nous le mot « byzantin » et s’y connaissent en intrigues –  en ont appris l’art aux pieds de leurs maîtres persans…   Les astuces que nous pouvons imaginer concernant ces élections en Iran sont sans doute vénielles à côté de ce qui s’y passe vraiment.  Et il y a, sur la scène iranienne, un personnage bien intéressant : Hachemi Rafsandjani

Rafsandjani est un bazargan, un de ces hommes d’affaires milliardaires qui sont bien respectés et font parfois l’objet d’une crainte révérencielle en Iran. Il a été proche de l’Ayatollah Khomeiny.  Assez versatile pour négocier des achats d’armes avec la France, être nommé commandant en chef des armées iraniennes le temps de faire la paix avec l’Irak, régler – au téléphone ! – avec Bush père le déblocage de USD$ 12 milliards d’avoir iraniens gelés aux USA, ordonner au Hezbollah d’interrompre les exécutions d’otages au Liban… puis devenir Président de la République iranienne en 1989. 

Il le restera jusqu’en 1997, mais même après ne disparaîtra pas. Alternativement conservateur et reformateur, aussi important que peut l’être un laic dans une théocratie. Peut-être trop important…  En 2005, il se représente favori à la présidence, mais est battu par Ahmadinejad. Que Ahmadinejad ait pu triompher de Rafsandjani est la plus sérieuse indication qu’une véritable démocratie  puisse existe en Iran.   On peut aussi penser cyniquement que le Guide Ali Khamenei lui-même ait soutenu Ahmadinejad, se débarrassant ainsi de Rafsandjani, un pouvoir inquiétant derrière le trone. 

Ne s’en débarrassant pas tout à fait, cependant… Rafsandjani, devenu leader du Conseil de Discernement – qui exerce sur le Parlement le même contrôle non-démocratique que le Guide sur le Président – est encore bien présent…  Il vient justement de se plaindre au Guide d’avoir été, lui et ses fils, accusé de corruption par Ahmadinejad… et le Guide demeure bien silencieux.

Sera-t-on surpris que Rafsandjani soutienne la candidature de Moussavi contre Ahmadinejad à la Présidence ? Même si le pouvoir n’est pas dans la Présidence, le résultat du vote est crucial, car si Ahmadinejad trébuchait – ce qui est bien improbable, mais qui sait les forces qui sont à l’oeuvre – c’est la popularité de toute cette structure théocratique en Iran qu’il faudrait réévaluer.  On le fera cette fois, ou la prochaine…ou plus tard, mais on le fera, un jour, car rien n’est éternel…

Or, dans un Iran laïque, PERSONNE n’en mènerait  plus large que Rafsandjani, le bazargan habile et sans scrupules, ni  réformateur ni conservateur, mais essentiellement pragmatique…. Et qui sait parler aux Américains.

 

Pierre JC Allard

26-05-09

Essai nucléaire en Corée

La Corée du Nord vient de réussir son deuxième essai nucléaire. On en parle ad nauseam et toujours dans le même registre: elle ne devrait pas… Il serait peut-être temps de mettre les pendules à l’heure de cesser de dire des bêtises.

Tous les vendeurs et les séducteurs du monde savent depuis toujours qu’on ne pose que les questions auxquelles la réponse sera OUI. Quand on demande à la Corée – que l’Amérique a déjà inscrite à l’”Axe du Mal” et qui a sous les yeux l’exemple de l’Irak ! – de renoncer à son programme nucléaire, on sait que la réponse sera NON.

À moins que l’on n’ait l’intention de la payer pour qu’elle y renonce – ce qui serait se porter volontaire pour un chantage à durée illimitée – la réponse sera négative. Est-ce bien créer ce chantage, que l’on veut ? Ou veut-on ce « non » pour avoir en poche un casus belli qu’on pourra utiliser quand on voudra? Il est stupide de demander ce sacrifice à la Corée.

Stupide et inconvenantl, car de quel droit ceux qui possèdent l’arme atomique – dont en premiers de cordée les USA qui l’ont utilisée sur des populations civiles ! – pourraient-ils exiger que les autres y renoncent, s’ils ne sont pas prêts eux-mêmes à s’en priver ? Y a-t-il plus raciste que cette suffisance des Américains et autres détenteurs de la “bombe”, affirmant ainsi sans subtilité que EUX sont des gens sérieux qui y ont droit, alors que les Coréens et un jour les Iraniens sont des voyous à qui l’on ne peut pas le permettre ?

Comment donner un vernis de justice et de bonne foi à cette interdiction, quand on sait que l’on a permis à l’Inde comme au Pakistan d’en disposer tout à fait ouvertement, dès qu’on a eu quelques services à leur demander ? Et cela, même s’ils sont sans doute les candidats les plus probables à une guerre en règle qui les opposerait et pourrait leur donner l’occasion de s’entre éliminer…

Pire, comment concilier cette exigence avec l’infinie discrétion qui a accueilli la nouvelle qu’Israël disposait d’une centaine de têtes nucléaires … et l’autorisation tacite d’en posséder qui semble résulter de cette discrétion ? Pourtant, Israël est certes le pays que sa vulnérabilité à une attaque par des voisins qu’on peut supposer sans pitié pourrait le plus aisément conduire à une riposte nucléaire, si le sort des armes conventionnelles ne lui était pas favorable.

Si je puis dormir dans un monde où Pakistan et Israël ont une capacité nucléaire, ( sans parler des « Grands » qui ne sont pas si dignes de confiance ! ), que la Corée ou l’Iran en aient aussi une petite ne me gardera pas éveillé.

Et pourquoi cette loufoquerie de prétendre qu’on craint que les armes nucléaires ne soient vendues à des terroristes par la Corée ou l’Iran, alors qu’on ne semble pas s’inquiéter que puissent le faire des pays comme l’Ukraine ou le Kazakhstan, qui ont prouvé leur parfaite bonne volonté à participer à tous les “commerces” ? Est-on vraiment si sûr que tout l’arsenal soviétique qui s’y trouvait ait été religieusement enlevé par des militaires et fonctionnaires ne pensant qu’au bien de l’humanité ?

Soyons sérieux. Bien sûr, il vaudrait mieux que PERSONNE n’ait des bombes atomiques. Mais la chance raisonnable que cela arrive passerait par la destruction contrôlée des stocks de ceux qui veulent s’en réserver l’exclusivité. Avant qu’on en soit là, il faudra d’abord que le monde change. En attendant, vouloir que la Corée soit la seule à baisser sa garde est faire preuve d’un incommensurable mépris. Un mépris qui n’es pas sans rapport avec les dangers que les États dits « voyous » pourraient bien invraisemblablement nous faire courir.

Pierre JC Allard

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