Nouvelle Societe

25-07-09

296 Tuer à Kingston. Une affaire d’honneur

La police vient d’arrêter et d’accuser de meurtres prémédités et de complot pour meurtre, trois Afghans: Mohammed Shafi, Touba Yahya et Mohammed Hamed Shafi, respectivement le père, la mère et le frère de de trois soeurs – 19, 17, 13 ans – trouvées mortes dans une écluse du canal Rideau le 30 juin dernier. Morte aussi dans cette affaire, Rona Amir Mohammed, âgée de 52 ans, première épouse de Mohammed Shafi. Mobile présumé de ce quadruple meurtre: une affaire d’honneur.

Affaire d’honneur ? Eh oui… Dans certains pays musulmans, les coutumes tribales permettent les meurtres de personnes, surtout des femmes, ayant sali l’honneur et la réputation d’une famille ou d’un clan. Ces crimes d’honneur sont souvent perpétrés pour des fautes jugées graves, comme l’adultère, par exemple. Alors tout le monde s’y met et collabore père, mère, frère… On les tue.

19, 17, 13 ans… il y a deux ans, qu’elles sont au Canada. En arrivant elles ont été assaillies par des influences culturelles… danger pour des adolescentes, qui deviennent alors des jeunes filles « rebelles ». « Bien difficile pour le père » – explique Sadeqa Siddiqui, coordonnatrice au Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal… « Dans la culture de l’Islam, c’est la femme qui est responsable du foyer. S’il y a des comportements déviants qui s’y manifestent, c’est la femme qui est coupable« …

Ah bon.. Si c’est difficile, n’est-ce pas, ça explique tout… Tout est clair… Je précise que l’on n’a pas ici affaire à de pauvres réfugiés. Ils arrivent de Dubai. Ils viennent de passer des vacances aux chutes Niagara, Ils rentrent à Montreal dans une Lexus SUV de 150 000 $. Des gens biens… Mais bien différents.

Tout ça pour moi – et pour vous, je l’espère – est tellement absurde et révoltant qu’on hésite à le croire. Mais c’est LEUR culture. Un résidant de Sherbrooke, Shah Ismatullah Habibi, afghan d’origine et qui a grandi à Kaboul, directeur général de l’Association éducative transculturelle qui accueille surtout des Afghans se dit « mal à l’aise« . Je le comprend. « C’est très rare…« – qu’il nous dit. Mais là, je ne le comprends pas…

Ce n’est pas rare. Ce n’est pas vrai. Je ne connais pas bien l’Afghanistan, où je n’ai fait que passer brièvement, mais j’ai passé au total preque deux ans au Pakistan, au Tadjikistan, au Kyrgystan, en Inde surtout… NON, ce n’est pas rare. Il n’y a pas une semaine qui passe, dans cette région, sans qu’un histoire de ce genre ne soit dans les journaux. Pas en première page, mais dans un entrefilet en page 6 ou 8… car c’est une affaire banale.

La police a arrêté les accusés hier, craignant qu’ils ne se réfugient dans un pays où il n’y a pas de traité d’extradition, comme le Pakistan. Il seront peut-être remis en liberté sous caution. Alors, je sais qu’on va traiter de tous les noms, mais je ne trouverais pas catastrophique qu’ils partent au Pakistan.

Pourquoi le Canada devrait-il payer pendant des années la pension carcérale de ces gens qui, en leur âme et conscience, croient qu’ils ont eu raison ? Au Pakistan, après une réprobation formelle, ils seront sans doute bien accueillis. Ils sont bien nantis et, leur honneur étant sauf, ils ne tueront plus personne. Les victimes ? On ne ressuscitera pas les victime.

Ce qui m’interesse au plus haut point, ce n’est pas que la famille Shafi parte au Pakistan; c’est que toutes les autres familles Shafi du monde restent au Pakistan, en Afghanistan, ou n’importe où dont Allah décidera. Qu’elles y vivent selon leurs coutumes, leurs principes, leurs traditions. La culture occidentale n’a pas le mandat « kipling-esque » d’éduquer le reste de l’humanité. Le Canada n’a pas la responsabilité d’envoyer ses soldats mourir pour enseigner à d’autres cultures comment vivre. Restons chez nous.

Restons chez nous. Mais… nous n’avons pas non plus la responsabilité d’accueillir chez nous ces gens. Nous n’avons pas à supporter leurs manières d’être qui, pour nous, sont parfois répugnantes – comme quand ils tuent leurs femmes pour des affaires d’honneur – mais qui sont toujours, même dans le meilleur des cas, bien dérangeantes… Nous n’avons aucun besoin de subir la cohabitation de leur culture avec la nôtre.

Il faut respecter les promesses que nous avons faites à ceux d’entre eux que nous avons commis l’erreur de laisser s’établir chez nous. Respectons les; c’est notre honneur à nous. MAIS N’EN ACCEPTONS PLUS D’AUTRES. Assez ! Basta !

Pierre JC Allard

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18-07-09

289 Le Japon: l’agenda inconnu

Quand on regarde l’évolution de la crise financière mondiale et ses conséquences économiques et politiques prévisibles, tout pointe vers un choix entre: a) encore un peu de « capitalisme » hyperspéculatif qui amusera les badauds – mais qui aura de moins en moins de liens avec la réalité de la production, laquelle sera confiée aux travailleurs sous la surveillance attentive des divers États – ou b) des changements plus radicaux qui seront mis en place immédiatement, par lesquels on renoncera à la fiction des États nationaux comme des « pouvoirs financiers » et l’on implantera un « nouvel ordre mondial » : une gouvernance globale plus ou moins ostensible, qui reposera sur la possession tranquille du pouvoir… par ceux qui l’ont déjà.

Ce choix devra être consensuel, entre ceux qui ont voix au chapitre et qui placent aujourd’hui leurs pions, car il est exclus qu’on recoure à la violence entre gens bien élevés. On pourrait bien détruire quelques États voyous, mais il ne s’agirait que d’une diversion. Le monde – enfin, ce qui est présumé en avoir une certaine d’importance – est maintenant UNE société. On discute.

Quatre gros joueurs – USA, Chine, Europe, Russie – ont déjà exprimé leurs exigences pour le changement à venir; les autres qui comptent un peu, comme l’Inde et le Brésil, ont eu leur tour à Yekaterinbourg, comme participants du BRIC. Les autres, les figurants qui ont au moins une réplique à donner, seront au G 20 de Pittsburgh où il faudrait se mettre d’accord. Est-ce qu’il manque un dossier ? Un seul. Le Japon.

Le Japon n’a pas raté le coche ; il a simplement une question préalable à régler. La question de savoir qui gouverne au Japon. Le Parti Liberal Democrate (PLD), au pouvoir pratiquement depuis 50 ans, est en bien mauvaise posture, avec un Premier Ministre Taro Aso qui ne fait pas 20% d’appuis dans les sondages. On ne peut interpréter sa décision de tenir un scrutin le 30 août que comme un digne hara-kiri, pour passer le gouvernail à son rival du Parti Démocrate du Japon (DPJ) avant que le navire ne sombre : la production du Japon est en recul de 29,5% depuis une an…

Le Japon est sans doute la première victime de la crise actuelle. Pourtant on en parle peu. Le Japon ne se plaint pas… Il ne faut pas penser, toutefois, que, parce qu’il est stoïque, le Japon soit résigné. Il regarde ses cartes et prépare ses mises. Il est encore la deuxième économie du monde; après les USA, mais avant la Chine, l’Allemage et tous les autres. On peut chercher à deviner ce que veut le Japon, mais il serait bien téméraire d’en être sûr ; c’est le gouvernement japonais élu le 30 août qui en décidera.

Or, s’il s’agit d’un nouveau gouvernement DPJ, il pourra rompre sans opprobre ni complexe avec les politiques pro-américaines du PLD. Une développement si opportun, qu’on peut, sans être parano, se demander si les « adversaires » politiques à Tokyo n’ont pas mis l’intérêt national au dessus de leurs rivalités, pour orchestrer ce changement de régime. Le Japon, sans paraître laisser tomber son partenaire USA dans le malheur, pourra jouer sans complaisance l’atout de ce trillion de dollars que ceux-ci lui doivent…

Comme la Chine, le Japon peut hésiter à scier la branche dollar sur laquelle son économie est assise; mais il y d’autres considérations. Le Japon n’a pas les problèmes de la Chine. Il a un système de production mature et une consommation domestique énorme; il n’est donc pas la bicyclette qui choit si on freine. Il a une homogénéité que la Chine n’a pas et une composante nationaliste en veilleuse qui ne demande qu’à s’animer. Bien des Japonais ne sont pas si heureux d’un pacifisme ostentatoire – qui lui a tout de même été imposé pas ses vainqueurs – et qui le force à trembler devant quelques bombettes nord-coréennes.

À noter que personne ne mourrait de surprise, si on apprenait que le Japon, soi disant « désarmé », a en fait quelques centaines d’ogives nucléaires discrètement blotties dans une caverne. Même s’il n’en avait pas, d’ailleurs, personne, ne doute qu’il ait la compétence d’en produire en moins de temps qu’il n’en faut pour cultiver un bonsaï. Le rôle effacé du Japon sur l’échiquier politique a été un choix. Cette crise pourrait être l’occasion d’un autre choix. Le monde en serait significativement changé.

Il ne serait pas étonnant que le Japon arrive au G 20 de Pittsburgh avec une agenda bien précis. Cet agenda reste aujourd’hui la grande inconnue de l’équation que le monde en crise a à résoudre.

Pierre JC Allard

17-07-09

288 Il se passe quelque chose en « Absurdistan »

On écoute les nouvelles, on connaît l’Afghanistan. On croit connaître cet étrange pays, où j’ai été il y a bien longtemps, mais on ne le connait un peu que si l’on comprend que l’Afghanistan n’est pas vraiment un pays. C’est le territoire où se sont développés jadis des empires qui ont recouvert aussi le Pakistan, la plus grande partie de l’Iran et une part non négligeable de l’Inde mais qui a été réduit, au XIX eme siècle, à un espace tampon résiduel laissé entre les Russes et les Anglais quand ils se sont partagé l’Asie centrale.

Pas un pays, encore moins une nation. Un espace de désordre. Il n’y a pas vraiment des « Afghans », mais des ethnies souvent hostiles les unes aux autres, chacune scindée en clans semi-autonomes qui ne s’entendent pas non plus très bien, sauf quand une présence étrangère veut s’y établir. Quand une telle présence se manifeste, les ethnies rivales se ressoudent… et elles connaissent bien leurs montagnes. Elles constituent alors un adversaire redoutable. Elles ont infligé d’humiliantes défaites aux Britanniques au siècle dernier. De même, il y a 30 ans, aux Russes qui voulaient y établir un peu d’ordre et de même encore, tous les jours, aux Américains qui y sont encore aujourd’hui à tenter d’y réduire un peu le désordre.

L’Afghanistan a été longtemps le seul État indépendant, dans cette partie du monde entre la Russie, l’Inde, la Chine et l’Iran dont la grande rue est la Route de la Soie et qu’on peut appeler l’Asie Centrale, le Turkestan élargi.. ou n’importe quoi. Quand l’URSS a été démantelée, il y est apparu 5 autres pays et les diplomates, politiquement incorrects, ont compris qu’il n’en sortirait pas que du bien. Ils ont parlé d’Absurdistan. Une région du monde riche en matières premières, mais divisée en pays absurdes, dont aucun ne possèdait seul les ressources humaines financières et techniques qu’il lui fallait pour survivre.

Avant, il n’y avait que l’Afghanistan d’indépendant dans cette région et il pouvait à lui seul être une grande source d’ennuis. Maintenant; il y en aurait six (6). Chiffre trompeur, d’ailleurs, car il n’y en a pas un qui n’ait quelques bonnes raisons de se scinder en deux, en trois, ou en une multitude de parcelles ethniques et tribales. 6 pays reconnus, mais aussi des morceaux épars d’Absurdistan encore sous domination chinoise, russe, iranienne… pakistanaise.

Des territoires peuplés d’ethnies plutôt fâchées d’être soumises à d’autres et qui, elles aussi, connaissent bien leurs montagnes. La semaine dernière, c’étaient les Ouïgours qui se révoltaient, au Turkestan oriental sous contrôle chinois; cette semaine, c’est le Balouchistan – la province pakistanaise de Absurdistan – qui retient l’attention.

Quelques leaders nationalistes balouch – en mal d’autonomie ou d’indépendance, comme ils le sont tous – ont été assassinés et la population locale soupçonne les services secrets pakistanais d’en être les responsables. La population baluch a des raisons d’être méfiante, car des centaines sinon des milliers de Baluchis ont été interpellés, emprisonnée, parfois torturés et tués durant la présidence de Musharraf au Pakistan.

Musharaff n’est plus là, mais rien n’a pas changé, car le gouvernement d’Islamabad ne compte pas laisser les Baluchis faire sécession et priver le Pakistan du tiers de son territoire, rendant dérisoires ses velléités de s’opposer aux prétentions hégémoniques de l’Inde sur le sous-continent. Bras de fer, donc, car la population baluch donne tous les signes avant-coureurs habituels des provinces qui se voient comme des pays.

Un drapeau national apparaît, les écoliers chahute l’hymne pakistanais, des témoins se manifestent des exactions commises sur la population locale par les forces d’Islamabad depuis des années. Une Armée de Libération du Balouchistan s’est même créée qui a pu, en février, enlever son premier citoyen américain: John Solecki, responsable à Quetta de l’Office des Nations Unies pour les réfugiés. Un enlèvement d’Americain est un signe tangible traditionnel de maturité dans l’insurrection.

Plus grave encore, c’est justement alors qu’il intervenait pour faire libèrer Solecki que Gul Muhammad – l’un des leaders nationalistes balouch dont nous parlions plus tôt – a été assassiné, laissant planer le doute qu’il l’ait été pour provoquer les ravisseurs, les inciter à exécuter Solecki… et pousser les USA a classer Armée de Libération du Balouchistan comme entité terroriste.

Solecki a néanmoins été libéré, mais la méfiance est a son comble au Balouchistan, suscitant une résistance qui pourrait conduire éventuellement à l’accession de cette province pakistanaise a l’indépendance. Un septième visage à la réalité de l’Absurdistan… et rien ne dit que ce sera le dernier…. Il pourrait s’y passer encore bien des choses.

Pierre JC Allard

17-06-09

258 Yekaterinbourg

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:07
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C’est à Yekaterinbourg, en juillet 1918, qu’ont été exécutés le Tsar Nicolas II et toute sa famille, rendant irreversible la Révolution bolchévique. Une raison suffisante pour se souvenir que cette ville industrielle de l’Oural existe. Sans doute la seule, jusqu’à aujourd’hui, car je me souviens d’y avoir fait un arrêt en route vers le Kazhahstan sans avoir eu même la curiosité de descendre du train.

Sans même savoir que j’y étais, puisque personne sur ce train n’appelait cette ville autrement que Sverdlovsk… Aujourd’hui, Yekaterinbourg a une deuxième chance ce passer à l’Histoire. Chinois, Brésiliens et Indiens sont venus y rejoindre les Russes et, ensemble, ils vont contester aux Américains le leadership du monde.

Un improbable site pour accueillir un improbable défi car, même ensemble, ceux qu’on appelle le BRIC ne pèsent encore que 15% dans l’économie mondiale. Ils sont encore peu de chose, si on les compare aux USA ou à l’Union Européenne… Mais ça, c’est aujourd’hui.

Ensemble, ils ont 8 fois la population des USA, 5 fois celle de l’Europe et plus de ressources que quiconque. Ils détiennent 40% des reserves monétaires mondiales et leurs economies croissent trois (3) fois plus vite que celles des pays occidentaux. Leurs gouvernements sont stables, leurs populations dociles et, surtout, ne se sentent pas à la fin, mais au commencement de quelque chose. Ensemble, demain, ils seront formidables. Ensemble…

Mais justement, ils ne sont pas “ensemble ». Chacun d’eux a son agenda, son lebensraum, sa culture, ses ambitions et de bonnes raisons de penser qu’il les réalisera. Ils n’ont guère en commun que leur commune méfiance envers le système actuel et leur défiance de ceux qui le dirigent. Cette méfiance et cette défiance sont elles un ciment suffisant pour lier de façon efficace ces nations qui ont des intérêts si disparates ?

À long terme, inconcevable. Mais, pour une action concertée immédiate, qui sait…? Peut-être le temps d’imposer une nouvelle monnaie internationale, par exemple ?… Ils ont sans doute le pouvoir de l’exiger, mais trouveraient-ils intérêt à remettre en question le dollar et donc, en fait, la valeur de leurs créances ? Voudront-ils chambarder une structure des échanges commerciaux qui est clef de leur développement ? Vont-ils agir pour modifier une situation qui fait d’eux les victimes d’une constante arnaque… mais dont, en bout de piste, il est clair qu’ils sortiront gagnants ?

Il est difficilede penser que ces pays pour qui le temps travaille vont risquer beaucoup pour accélérer le processus. Alors pourquoi cette reunion ? Bien malin qui le saurait, mais l’un des resultats peut être une coordination de leurs exigences qui évitera qu’on les divise pour mieux les exploiter comme on l’a toujours fait.

Un autre effet – mais qu’on cachera soigneusement si on parvient à le provoquer – serait un partage effectif de leurs zones d’influence dans le vrai tiers-monde. En Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, ils sont en rivalité avec les Occidentaux implantés depuis longtemps. Ne pas se tirer dans les pattes les uns les autres serait un énorme avantage. Un financement chinois de projets brésiliens en Amérique du sud, par exemple, garderait les USA à distance

Une politique commune d’importation des produits petroliers serait aussi un succès… dont c’est l’Europe qui ferait surtout les frais, si la Russie privilégiait le developpement de ses exportations vers l’Asie. Sans oublier que toute l’Asie Centrale peut être verrouillée facilement, si la Chine et la Russie en conviennent, à plus forte raison si l’Inde est de la partie…

Ne pas penser trop vite, donc, que cette réunion n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. La presence américaine en Afghanistan est peut être à se décider sans meme que Washington n’ai été t invité ! Le monde n’a pas encore changé… mais il change. Qui sait si on ne se souviendra pas beaucoup mieux demain de Yekaterinbourg ?

Pierre JC Allard

04-05-09

Vous voulez une petite Indienne ?

 

Tout le monde a entendu parler de cette répugnante affaire du journal londonien qui a tendu un piège au père de Rubina Ali – la gamine vedette du film Slumdog Millionaire, grand gagnant des Oscars –  prétendant vouloir l’acheter pour 310 000 livres sterling.   Plein de gens se sont indignés. Beaucoup pour fustiger le père indigne – dont Obey, un quidam sur Rue 89, dont le choix pour avatar d’un croquis aux traits « néroniens » permet  de douter qu’il ait été sérieux – d’autres, comme moi, pour voir cette démarche du journal comme une insulte à la misère.

Pendant que les journalistes anglais s’amusent, Madonna qui cherche à adopter bien légalement une jeune Africaine  en voit tout à coup le père naturel, jusque-là absent, se manifester. Il pourrait – dit-il – « apprendre à aimer cette enfant « …  Suis-je cynique en pensant qu’en bon vendeur de nattes indigènes, il a attendu que l’ « acheteuse » s’attache un peu au « produit » avant d’en faire monter le prix ? Vieille technique, sans doute née à Sumer et encore bien courante dans les souks et bazars du monde entier….

Je trouve le père de la petite Africaine encore plus infâme que celui de la petite Indienne… et le journal encore davantage, mais ce n’est pas mon propos. Gardons 30 secondes de silence pour l’indignation, puis continuons. Mon propos, c’est pourquoi tant de contraintes à l’adoption internationale ?  On joue collectivement le même scénario que Rubina s’est vue imposer à titre individuel et je pense que c’est aussi une infamie.

 Des États dont les enfants crèvent de faim – et qui parfois payent pour stériliser leurs citoyens ! – assument vertueusement le rôle de pères indignes, pour garder ces enfants loin de ceux qui en prendraient soin, mais ont le démérite d’être des étrangers.  Il serait naturellement politiquement bien incorrect, pour un leader de miséreux, d’accepter que certains de ceux-ci puissent préférer que leurs enfants échappent à la misère plutôt que de se draper dans la patriotique posture de les garder dans une  stoïque indigence.

Il y a ainsi, dans le monde entier, un scénario de barrage à l’adoption. Il y a dans les pays d’accueil, pour donner la réplique aux politiciens du tiers-monde, toute une faune de fonctionnaires, d’avocats spécialisés et d’organismes de bienfaisance qui vivent d’être les rabatteurs et les entremetteurs dans un processus d’adoption byzantin, long, coûteux et compliqué à plaisir.  Je pense de cette faune ce que je pense du journal londonien qui a instrumentalisé Rubina Ali et son père pour mousser ses ventes

Attention. Je ne propose pas qu’on mette les enfants en vente. Je dis qu’il faudrait encourager l’adoption internationale, la faciliter  et y consacrer des ressources plus significatives.  On se plaint de la dénatalité en Occident – et l’on veut y palier par une immigration légale ou même illégale importante – mais on stoppe autant qu’on peut l’entrée des meilleurs immigrants qui soient : les enfants.    Ne doit-on pas admettre – si l’on n’est pas biaisé par des relents de racisme – qu’un enfant élevé chez-nous par des gens de chez-nous, selon les valeurs de NOTRE culture, grandira pour devenir, indiscernable de nos propres enfants ?  Ne voit-on pas que c’est le candidat idéal à l’intégration ?

Oui, bien sûr, il y aurait  des contrôles à exercer pour éviter l’exploitation de ces enfants, mais ces contrôles ne sont pas si difficiles  à effectuer. Il suffit, d’abord, qu’on ne négocie dans le pays d’origine  qu’avec un organisme accrédité qui assumera la responsabilité des tractations avec les parents et garantira leur libre consentement, puis qu’on ne se limite pas, dans le pays d’accueil, à une vérification à l’arrivée, mais qu’on ajoute un suivi longitudinal jusqu’à la majorité de l’enfant.   Est-ce si complexe ?  Pourquoi ne pas le faire ? 

 

Pierre JC Allard

 

02-05-09

Chrysler : le Rubicon

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Vous n’avez pas lu mon article du 25 avril et ma prévision du stratagème  pour régler les déboires de Chrysler ?  Vous n’avez perdu que quelques jours : Obama vient de le réaliser.  De A à Z, avec la participation dominante des syndicats, le bradage du fond de pension des travailleurs, les concessions dont on est à peaufiner les détails et Fiat, l’entreprise étrangère qui pourra faire des profits en Bourse et payer les pots-de-vin…. On réalise le scénario que j’avais prévu et décrit il y a des semaines, des années, des DÉCENNIES.

En donnant ses directives à Chrysler, Obama vient de franchir le Rubicon. Les USA passent en mode « dirigisme ».  Le nouveau capitalisme américain – celui qui fonctionnera main dans la main avec l’État – fait une entrée réussie et remarquée sur la mappemonde économique. L’Establishment ne renonce pas au pouvoir, mais il semble qu’il ait eu la lucidité de comprendre que sa survie passait par moins d’individualisme et plus de solidarité, une redistribution plus équitable de la richesse et  un capitalisme d’État complétant l’entrepreneuriat du secteur privé.  

En vieux militant de gauche, je devrais peut-être déchirer ma tunique, hurler à la trahison et préparer la lutte armée, car ce que fait Obama n’apportera l’équité qu’à moyen terme et, dans l’immédiat, va maintenir au pouvoir une oligarchie détestable.  Pourtant, je suis bien satisfait de la tournure des événements. Il semble que l’on pourra peut être changer la société sans effusion de sang.

Le principe d’intervention de l’État accepté, je crois que la marche vers la justice sera désormais relativement rapide. Je suis heureux que l’Establishment se soit converti à temps, car toute autre solution aurait exigé un recours à la violence qui n’aurait pas accéléré le changement, mais l’aurait retardé.  Nous avons une révolution sans guillotine j’en suis bien content

La révolution a commencé avec la décision de porter Obama à la présidence, bien sûr, puis a prouvé son sérieux en faisant porter aux riches plutôt qu’aux pauvres  le premier effort pour faire  disparaitre l’« argent de trop ». Mais c’est avec la main mise sur Chrysler, qu’on entre dans le vif du changement : la production. Chrysler, d’abord, mais les autres suivront

En associant les travailleurs à la nécessaire transformation de l’industrie, on s’assure que le changement se fera en respectant leurs droits acquis et en mettant à profit leur bonne volonté pour dessiner la nouvelle structure de production qui nous permettra de produire pour nos véritables besoins.  Nous serons plus riches. Plus égaux, aussi, parce que l’interdépendance accrue entre les acteurs donnera à tous plus de pouvoir, exigera la solidarité et imposera une gouvernance de consensus.

Prochaine étape ? Prendre le contrôle des institutions financières, puis ramener dans le giron de  l’État la création de monnaie et le crédit. Ça ne devrait pas tarder, car il faudra une monnaie crédible si on veut investir et progresser, alors que celle que nous utilisons encore ne vaut plus rien.   Cela fait, il faudra stabiliser la situation internationale. En deux (2) volets.

D’abord, les autres pays développés seront invités à marcher au pas de l’Amérique… Ils accepteront, d’autant plus facilement que leurs réserves sont en dollars. Ils deviendront partie d’un ensemble autarcique au sein duquel on parlera de concurrence, mais qui se fermera complètement aux imports des pays hors zone et dont on réduira même les exports, pour sevrer son économie de la dépendance envers une clientèle extérieure

Cette zone créée, le libre-échange cessera entre celle-ci et le reste du monde, remplacé par un protectionnisme féroce.  L’Occident, dirigiste et planifié, va produire pour ses besoins. Les autres pays, s’ils sont émergents, comme la Chine ou l’Inde, seront traités comme des rivaux.  Avec le respect de leurs cultures et en toute justice – c’est le prix de la paix – mais sans complaisance. 

Les pays sous-développés seront aidés, dans un même souci de paix et en reconnaissant que le colonialisme a été l’un des facteurs de leur sous-développement, mais on les aidera chez-eux…   Les frontières  avec le tiers-monde sous-développé seront étanches à l’immigration comme aux importations, car un apport constant de main-d’œuvre ne permettrait pas le nivellement progressif des revenus par la complémentarité qui est la voie pour que se développe chez-nous le justice sociale.

Je crois que la collectivisation que vient d’initier Obama est la bonne solution pour une société au stade de développement où nous sommes et ne s’arrêtera pas.  On parlera cogestion plutôt que « soviets », mais le plus grand défi, pour les USA de 2009 comme pour la Russie de 1918, sera de contrer une inévitable tendance de la gouvernance vers l’autoritarisme et la technocratie. Soyons vigilants.

 

 Pierre JC Allard

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