Nouvelle Societe

23-07-09

294 Lacroix 18 mois, Dumont 18 ans

Rien n’est plus important pour une société que de se sentir un État de droit. En être un, bien sûr, mais ça c’est complexe et ça se discute. Se sentir un État de droit, ce n’est pas compliqué : c’est la conviction intime que la force de l’État, qui est celle de toute la collectivité y compris  la sienne propre, fait corps pour soutenir les lois qui sont elles-mêmes l’expression de la justice.   Dans un État de droit, on respecte la loi et l’on n’a pas peur.

Mais il faut que la loi, les forces de l’ordre, le processus judiciaire correspondent aux attentes de la population.  Il faut que la justice que le système dispense colle à l’image intuitive qu’ont les citoyens de ce qui est juste …et qu’ils s’y reconnaissent.  Aujourd’hui, au Québec, ce n’est pas le cas.

On vient de donner deux taloches, coup sur coup, sur la confiance des gens en notre système judiciaire.  Une par excès de rigueur et l’autre par excès d’indulgence.  Attention ! Ce n’est pas la loi qui est trop rigoureuse ni trop indulgente;  c’est l’usage qu’on en a fait qui n’a pas répondu du tout à ce que la population en attendait.  Ce qui ne veut pas dire que la justice soit «mauvaise », mais simplement qu’elle ne joue plus son rôle d’être conforme à la volonté populaire

D’abord la rigueur. Michel Dumont a été condamné pour un crime qu’il n’a pas commis.  Il y a de ces erreurs judiciaires, elles sont sans doute inévitables. Il a passé des années en tôle. Il dit qu’il y a été maltraité.  Bien des choses sont obscures et il ne semble pas évident que le Ministère public ait été au-dessus de toute négligence.  Il demande une compensation.  Le tribunal la lui refuse.

Le juge cherche des preuves, il s’intéresse aux délais de prescription, il travaille avec l’art et la science du droit qui, en mettant les règles au-dessus de l’équité, permettent aux juristes d’apprivoiser l’injustice.  Il agit selon loi. Mais le principal témoin qui aurait pu fournir la preuve dont avait besoin Dumont est mort.  La procureure qui l’a fait condamner n’est pas au procès

Le juge a une large discrétion…  Il choisit de croire la version du Ministère public et décide que la poursuite n’était pas malveillante. Il a sans doute raison selon la loi; un appel en décidera peut-être. Mais je n’ai pas de sympathie pour un système qui envoie un innocent en prison et finasse ensuite pour s’abstenir de le dédommager. Une attitude qui me dégoûte.

La poursuite n’était pas malveillante, puisque Sa Seigneurie nous le dit, mais je ne trouve AUCUNE EXCUSE à l’État qui ne répare pas au mieux cette bavure qui a été celle de ses agents… et les conséquences de ses atermoiements. Car, ce qui me fait vomir, en cette affaire, c’est qu’il y a 18 ans que Michel Dumont cherche à obtenir réparation. Pendant ce temps, le témoin principal est mort. Quelqu’un doute-t-il, en conscience. qu’une justice qui met 18 ans  à entendre un cause qui n’exige que quelques jours d’audition ne soit coupable d’une grossière négligence dont aucune défense ne devrait la faire absoudre ?

Il n’y a pas de justice au Québec.  Souvent parce que c’est trop cher, la plupart du temps parce que c’est trop long.  L’État est irresponsable.  Même innocent, comme Dumont, on peut aller en prison et personne ne se précipitera pour apporter réparation. L’État jouera des procédures et des discrétions pour profiter de son irresponsabilité et de sa grossière négligence. Ce n’est pas une pensée consolante pour les citoyens d’un État de droit.

Pendant qu’après 18 ans de délais inacceptables, Michel Dumont, innocent, est abandonné sans compensation à l’injustive qu’il a subie , Vincent Lacroix – qui a escroqué 130 000 000 $ de 9200 petits investisseurs !-  est libéré par la justice après 18 mois de prison.   Dumont a dû purgé les 2/3 de sa sentence, Lacroix 1/6 ….

Apres quelques mois dans une maison de transition de la Rue St-Jacques à St Henri, Vincent Lacroix, pourra peut-être sortir tranquille, quitter le pays et chercher à se souvenir s’il n’aurait pas oublié quelques millions dans un compte de banque à Nassau ou au Luxembourg.  Michel Dumont essayera de recoller les morceaux de sa vie.   Tout à fait légal… mais c’est une ignominie

Je ne suis pas certain que les Québécois se reconnaissent dans cette justice.

Pierre JC Allard

30-05-09

Hommage à l’argent

Julien Coupat est libre, Dieudonné aussi. Segolène et Martine se sourient. Melenchon et Besancenot s’observent. Les Sarkozy sont tranquilles. Chacun retient son souffle en attendant les élections européenes, mais personne ne semble manquer d’air… c’est aux USA que ça se passe. La politique est au neutre, le temps de nous laisser préparer un été douillet. Si on en profitait pour parler de l’important ? L’important : l’argent.

Bien sûr, il y a en politique de débats idéologiques de fond. Ce sont ceux qui reposent sur des principes sacrés, ou sur des préjugés acquis par conditionnement avant que ne se développe le jugement chez l’enfant – la distinction entre les deux n’étant pas toujours faciles à faire – mais le plus clair des vraies luttes vise à mettre la main sur le butin.

Ces vraies luttes se faisant entre ceux qui ont le pouvoir, il n’est évidemment pas question d’inviter le monde ordinaire au festin, au-delà de ce qu’on a jugé bon de lui accorder pour qu’il soit tranquille et rende certains services. Tout ce qui a trait au partage de la richesse dans un État de droit moderne développé et démocratique est donc sagement tenu en marge de la démocratie.

Une administration a Bruxelle – qui n’est pas élue, mais nommée – s’occupe de l’ordinaire. Une Banque européenne, dont les dirigeants sont en fait cooptés par les institutions financières, avise les gouvernements des paramètres qu’il devront respecter : masse monétaire, conditions du crédit, taux d’intérêts. C’est çà l’important.

Pour les autres trivialités, comme l’éducation, la santé, et tout ce qui peut concerner le bonheur des gens, les gouvernement sont souverains, sous l’égide de Francfort et la férule de Bruxelles. Tant qu’il reste dans son enclos, l’État démocratique peut gambader en toute liberté.

Nos institutions financières ne peuvent pas en dire autant, car ce qu’elle font ici d’autres institutions le font dans tous les autres pays et, depuis Bretton-Woods (1944), c’est en se concertant qu’elles conviennent des paramètres mondiaux qui encadreront leurs paramètres nationaux.

« Conviennent » est ici un euphémisme. En fait, ces institutions de taille et d’importance inégales, chacune appuyée des forces militaires et paramilitaires des pays dont elles contrôlent le pouvoir politique, ne cessent de s’entredéchirer que pour opposer un front commun aux revendications des populations économiquement exploitées.

La gestion de ces revendication se fait en créant la zizanie au sein des exploités, les prétextes les plus futiles étant les meilleurs, puisque les chances sont alors qu’ils ne frôleront même pas une remise en question du partage de la richesse. Tout ça n’a pas changé depuis que les Verts et les Bleus en décousaient à Byzance, sur fond de scène de courses de chars à l’Hippodrome…

Maintenant on est Gauche ou Droite, en pensant que ça changera quoi que ce soit, ou, encore plus pathétique, en s’imaginant que cette planète pourrait fonctionner sans une Banque Centrale qui dit aux États ce que leurs gouvernement peuvent et ne peuvent pas faire.

La plus triste c’est quand on dit du mal de l’argent… C’est une habile parade de ceux qui bénéficient d’un partage inacceptable de la richesse d’en faire porter l’odieux au rôle dévolu à l’argent dans la société. « A chacun selon, ses besoins »… On veut bien, mais aussi longtemps que les moyens de les satisfaire ne seront pas surabondants, il faudra arbitrer en bout de ligne l’allocation des ressources entre besoins équivalents.

Quand on arrive à ce moment de vérité, il faut bien s’en remettre à des critère et il n’en est pas en théorie de plus équitable que l’argent, puisqu’il est totalement externalisé et ne doit rien à une qualité intrinsèque de la personne même qui conférerait à celle-ci un privilège. Pas de noblesse innée s’opposant à la roture. Pas de races, pas de couleurs, pas de castes qui tiennent. Money talks !… Taisez vous.

L’argent est injustement distribué, mais il est en lui-même absolument équitable. Démocratique. Avec la mort du capitalisme, cette primauté d’un pouvoir au dessus de tous les préjugés va disparaître. La compétence est à remplacer inexorablement le « capital », comme le facteur rare en production. On va voir désormais s’imposer la compétence comme discriminant. Et derrière la compétence, le talent. 

Un discriminant beaucoup plus cruel que la richesse, car on ne peut pas gagner des rangs centiles de Q.I au tiercé ni à Loto-Québec. On regrettera sans doute le « bon vieux temps » où l’on se plaignait du pouvoir de l’argent… Au lieu de vouloir supprimer ce qui pourra rester de pouvoir à l’argent, on ferait mieux de chercher à lui en conserver tant qu’on peut.

Ne cherchons pas à lui enlever ce pouvoir, ce serait une erreur. Ce qu’il faut, c’est assurer une meilleure distribution de la richesse. Si nous ne faisons pas de bêtises, la crise actuelle devrait grandement nous faciliter cette tâche. Profitons en.

 

Pierre JC Allard

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