Nouvelle Societe

06-07-09

277 Crucifix aux oraux ? M’énervez pas avec la laïcité

Petit séisme sur Rue 89, le plus populaire des médias électronique français. Rue 89 n’est pas un “media citoyen”, dans le sens d’Agoravox, où les articles viennent de la base, mais une vitrine de l’opinion française où des milliers de blogueurs passifs viennent commenter les articles écrits par des pros ou quasi-pros et parfois de simples citoyens.

Rue 89 dépasse largement le million de visites par mois. Un article populaire fait facilement 100 000 lecteurs et 500 commentaires. Disons que le commentaire que vous faites en passant sur Rue 89 sera bien plus lu – et pourrait avoir plus d’impact – qu’un article fouillé que vous auriez publié dans Le Devoir.

Le petit séisme sur Rue 89, aujourd’hui, a brisé des carreaux dans la sacro-sainte laïcité du système d’éducation français. De quoi s’agit-il ? Le 30 juin était, cette année, la journée des oraux. Des milliers de candidats au bac vont jouer leur va-tout sur quelques minutes d’entretiens. Le stress d’un premier saut en parachute. Or…

Dans un établissement privé du Val-de-Marne, sous contrat avec l’Etat cette année pour servir de centre d’examen pour le bac, des enseignants du public et des élèves des environs conviés pour passer et faire passer les épreuves se sont trouvés face à face avec des signes religieux, notamment des croix… Dans les couloirs, mais il y avait aussi des crucifix dans les salles de cours où se tenaient les oraux.

Une enseignante se plaint, contact avec l’organisme responsable du Ministere. Fin de non recevoir et l’enseignante est remplacée. Une autre enseignante refuse à son tour de faire passer les oraux sous des crucifix et est elle aussi remerciée. Ça se gâte…

Remerciées ? Que non, explique le directeur du SIEC (Service interacadémique des examens et concours) « Elles étaient convoquées pour faire passer les examens, elles refusent de le faire sous les signes religieux, ce lycée est sous contrat, je n’ai pas à leur préciser selon leurs exigences si elles peuvent, ou pas, faire passer des oraux sous une croix. Elles devaient donc être remplacées faute d’assurer les oraux : ce qui compte, c’est les candidats. »

Ça vous semble clair ? À moi pas… Mais bon, ils ont leurs problèmes en France, nous avons les nôtres au Québec. Souvenez vous de cette algarade qu’on s’est offerte, concernant le cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR). Il semble que la bêtise soit catholique, dans le sens etymologique du terme. J’ai émis une opinion sur Rue 89. J’ai pensé qu’il serait correct de vous en aviser…

« 
Je suis un vieux Québécois, un peu victimisé par les calottes étant enfant. Oh, Pas le drame, genre abus sexuel.. Juste l’emmerdement de l’insolente affirmation de la bêtise, car je comprenais déjà, a huit ans, que tout ce cirque n’avait aucun sens.

Puis, il y a eu l’inquisition genre « billet mensuel de confession », la persécution pour la communion du dimanche, etc. Les Francais qui ont vécu dans la laïcité, ne peuvent pas comprendre le malaise – un euphémisme – qu’on éprouve ne pas être croyant dans une société cléricale.

Puis, adolescent, j’ai physiquement tiré des cailloux aux curés et ensuite j’ai appris de haute lutte l’art de la séduction, dans un monde où, par principes, toute femme doit dire NON. Je l’ai appris. Chaque plaisir a dû être gagné…

Puis, tout a basculé et, entre 1960 et 1970, le Québec est passé de « bondieusard » à « anticlérical », tout se stabilisant vers 1980, dans un pays où moins de 10 % de la population restait pratiquante. Problème réglé.

Quand je lis maintenant cette histoire de crucifix en Val-de-Marne, j’ai l’impression d’un incroyable retour en arrière et ma première réaction est de penser que Christ, Guevara ou Michael Jackson sur un mur ne devrait plus avoir aucune importance…

Puis, je me souviens des popes chevelus et barbus qui sont réapparus en Russie après la chute de l’URSS, après 70 ans de rationalisme, comme des termites d’un vieux morceau de bois. La religion est impossible à éradiquer. Pas parce qu’elle est divine, mais parce qu’elle est humaine, trop humaine…

Un moment d’inattention et elle revient… Donc, amis français, un conseil d’un vieux cousin. Même quand elle semble morte, cette chose qu’on appelle religion peut renaitre et venir nous hanter. Comme disaient les évêques de ma jeunesse, il ne peut y avoir de compromis entre la vérité et le mensonge. Ecrasez l’Infâme.

Alors vous voyez, je ne vous cache rien….

Pierre JC Allard

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16-05-09

Tolérance 101

Je participe au blogue collectif « Les 7 du Québec ». Je lis tout ce qui s’y publie, j’y apprends beaucoup et j’en suis heureux. Je l’ai rarement été autant, toutefois, qu’il y a quelques jour, quand mon collègue Lutopium y a traité d’un thème que j’avais complètement occulté : le nouveau cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR) qu’on introduit au Québec. Le sujet est d’autant plus d’actualité, que s’ouvre maitenant à Drummondville le procès qui déterminera si les parents ont le droit, au nom de la liberté de conscience, de demander que leurs enfants en soient exemptés.

En lisant cet article et les nombreux commentaires auxquels il a donné lieu, j’ai repris contact avec un Québec d’il y a cinquante ans que je croyais disparu. Oh, je savais bien que nous avions un cardinal à Québec et un maire au Saguenay qui faisaient encore des déclarations de l’époque pré-laïque, mais je n’y voyais qu’un innocent folklore. Me renseignant, je ne suis aperçu qu’au contraire rien n’est vraiment réglé côté religion et laïcité.

Evidemment, on a ici un amalgame. Aux Chrétiens – surtout catholiques et évangéliques – dépités qu’on puisse laisser savoir qu’ils ne sont pas les seuls, se sont ajoutés les fidèles juifs et musulmans, inquiets que leur religion ne soit pas présentée sous un jour assez favorable, puis les athées, sans doute, dont on découvre avec ébahissement que le ECR prendra pour acquis qu’ils n’existent pas et ne prononcera même pas le mot athéisme.

Ceux qui s’y opposent au cours sur l’éthique et la culture religieuse en raison de leurs croyance sont aussi rejoints par d’autres qui, sans égard à son contenu, contestent en principe l’intrusion de l’État dans ce domaine qu’ils veulent réservé aux parents. Tout ça fait beaucoup de monde, de telle sorte qu’un récent sondage prétend que 45 % des Québécois ne veulent pas de ce cours d’ECR.

Ma première réaction est de penser que l’histoire des religions est une facette de l’Histoire tout court et ne devrait pas mériter plus d’importance que toute autre grande variable sociologique, que l’on parte de l’évolution des techniques, des modalités du travail ou de celles de la propriété, mais la levée de boucliers que soulève cette initiative prouve que ma première réaction n’est pas la bonne. La religion EST le premier déterminant culturel et l’on ne peut pas simplement la contourner en pensant qu’elle disparaîtra d’elle-même avec le progrès.

Il est important de dire que, dans la mesure où elle met la foi au-dessus de la raison et s’arroge le monopole de la vérité, TOUTE RELIGION enlève à cette raison son rôle incontesté d’arbitre entre ceux dont les croyances diffèrent. Elle ne leur laisse plus alors d’autre choix que de régler par la force leurs oppositions, à la mesure de l’exclusivité à laquelle leur foi aspire et avec toute la violence de leurs fanatismes respectifs.

Dans cette optique, toute intrusion de la religion dans la sphère publique ne peut que créer des dissensions et être un obstacle à la concorde que l’on souhaite dans une société. Il faut qu’on en prenne conscience et qu’on le dise. Le droit de chaque individu à ses opinions doit être indissolublement lié à son obligation de respecter totalement celle des autres. Une obligation qui contredit la responsabilité de prosélytisme inhérente aux grandes religions monothéistes.

C’est cette obligation prioritaire de tolérance qui doit être inculquée à l’enfant envers et contre tous. Elle exige une laicité proactive qui devrait aller de soi. Si elle est contestée, c’est qu’il faut l’enseigner.

Pierre JC Allard

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