Nouvelle Societe

15-07-09

286 Un temps pour l’audace

À Cap Kennedy, on vient de reporter, pour la cinquième fois, le lancement de la navette spatiale “Endeavour”. C’est la température… Bien sûr. Un été pluvieux. Mais est-ce que ce ne serait pas, aussi, que ce vieux tacot qui a 136 910 237 kilomètres sous le capot, si on peut dire, donne des sueurs froides à tout le monde ?

Endeavour est la plus récente des navettes, mais elle vole depuis 17 ans. Elle a été conçue il y a un quart de siècle, quand on passait du Commodore 64 au Mac 128… On est loin de la technologie de pointe. L’exploration spatiale, qui a été conçue comme une operation de prestige, fonctionne maintenant avec des budgets à rabais. Julie Payette est une audacieuse. Si elle était ma fille, je ne suis pas sûr que je la laisserais voyager la-dedans…

Pourquoi n‘y aura-t-il pas une “Endeavour 2009” au prochain Salon du Bourget ? Parce qu’il n’y a pas de demande. Pas de demande, parce que c’est inutile, bien sûr, mais ça, on le savait depuis le début. Pas de demande, surtout, parce qu’on ne peut pas penser exploration spatiale sans se sentir bien nostalgique. L’espace, c’était un rêve ; il s’est effiloché, perturbé par le train train de la rue. Un rêve ca s’entretient…

En mettant un homme sur la Lune, il y a 40 ans, on faisait un “grand pas pour l’humanité”. En fait, on voulait que ce soit un grand pas pour la civilisation occidentale, mouture USA, dont les Soviétiques étaient exclus. L’Occident vivait une querelle de famille. Grande delectation solitaire, donc, ces ébats dans l’espace, qui est devenue morose ensuite, quand le désir de recommencer nous a quittés. Les Russes ont continué un peu, mais, sans nous pour les talonner – et nous sans eux pour nous émoustiller – ce n’était pas la même chose… Alors toute la famille Occident s’est endormie.

En ne faisant rien pour nous dépasser, depuis 40 ans, nous avons fait de la conquête de l’espace un opéra dont les héros meurent au premier acte ou se réconcilient avec leurs familles… Pour suivre le reste du livret, il faut bien aimer le bavardage… Mettre le programme spatial en veilleuse a été l’annonce discrète que la civilisation occidentale, essoufflée, entrait en pré-retraite. Ensuite, on a renoncé au supersonique et on a laissé le Concorde devenir désuet. Comme ce jour où l’on fait un peu de goutte et où l’on feint d’oublier la raquette de tennis au grenier, sans penser qu’on ne l’y reprendra plus. L’Occident s’est mis au potinage et aux jeux de rôles sur ordinateurs.

Maintenant, on est fier de maîtriser les subtilités des rôles de député, de vedette, de truand ou de président. On suit avec une passion virtuelle les déboires de Paris Hilton, de Sarkozy, de Madof, de Michael Jackson… Notre civilisation babille, surfe, passe le temps. On attend qu’un Chinois ou un Indien aille planter son drapeau la-bas, sur la Lune…. puis continue vers Mars, Venus… vers l’avenir. On suivra ça de loin, sur un écran japonais.

On sourira, comme les vieux, on deviendra grabataire puis on passera à l’Histoire. On y entrera en beauté, car Chirac ne nous a-t-il pas dit, en 1998, que gagner la Coupe du Monde de football était « un des grands moments de l’Histoire de France ? “ Ne serait ce pas nous demander trop, d’exiger de nous un autre ultime dépassement ?

Alors, les navette, l’espace, l’avenir, laissons s’en occuper ceux qui s’y intéressent vraiment. Ramenons nos astronautes sains et saufs sur la terre, mettons la vieille carcasse d’Endeavou au rebut et ne tentons plus le destin. Plus de sauts périlleux. Étant Québécois, je serai particulièrement heureux quand Julie sera revenue.

Étant Québécois, je serais heureux aussi que Guy Laliberté, qui s’y connaît en sauts périlleux, quand il aura participé au cirque de la NASA en septembre et vu nos problèmes de loin, vienne les voir de tout près en s’impliquant dans la politique québécoise. On aurait bien besoin, dans notre Québec qui déçoit et parfois déchoit, de “forts et de hasardeux » qui viennent enseigner à nos politiciens l’art de vivre dangereusement. Des audacieux qui viennent remplacer, sur la corde raide tendue au dessus de la crise, nos faiseurs de pirouettes amateurs qui, hélas, n’ont pas le pied sûr ni le talent des pros du Cirque du Soleil

Pierre JC Allard

18-06-09

259 Bongo; le temps béni des colonies

Le président Sarkozy et l’ex-président Chirac sont aujourd’hui à Libreville pour les obsèques du Président Bongo. Beaucoup d’égards pour le chef d’un petit pays – avec la population d’un modeste département français – et qui est si loin… Quitte à faire rigoler les cyniques, on peut penser qu’ils ont eu tous deux une certaine amitié, pour cet homme qui, actif bien avant eux dans de cette entité géopolitique virtuelle qu’on appelle la « Françafrique », leur en avait peut-être enseigné les subtilités et les rouages.

Un département français. C’était bien ce qu’aurait voulu devenir le Gabon, si De Gaulle ne s’y était opposé. Pourquoi celui-ci ne l’a-t-il pas voulu ? Dans doute parce que le Géneral, qui voyait toujours plus loin que son nez, qu’il avait pourtant fort long, avait perçu que ce petit pays avait toutes les qualités qui en ferait un solide point d’ancrage pour une présence indéfinie de la France en Afrique. Un rôle dont, en 41 ans de régne, Omar Bongo a fait que le Gabon ne s’écarte jamais.

Dans les années « 80, représentant d’une compagnie canadienne pour quelques négociations, j’ai passé plusieurs fois des semaines, parfois des mois au Gabon. J’ai coulé des jours confortables et tranquille, dans ce pays presque tenu indemne des vicissitudes de l’indépendance. La taille du Gabon – et la nature de ses ressources – en avaiet fait le modèle, impossible à reproduire ailleurs, d’une Françafrique demeurée coloniale en esprit et dont les dirigeants « pensaient français ».

Le Gabon était un pays improbable, dont on aurait pu greffer la capitale entre Nice et Cannes sur la Méditerrannée sans qu’elle y parût déplacée, mais dont l’hinterland abritait la mythique Lambarene du Docteur Schweitzer. Un pays béni d’assez de pétrole pour le garder riche, avec un compagnie petroliere payant ce qu’il fallait de salaires pour que vive sans griefs cette petite proportion veinarde de la population qu’elle employait… et une Ambassade de France dont on disait qu’elle venait bien discrètement ajuster les fins de mois…

Il y avait du pétrole au Gabon. D’immenses arbres… et la paix. Des ressources minières abondantes, aussi, mais qu’il ne paraissait pas si urgent exploiter. Ce qui permettait de le faire avec désinvolture, puis de ne plus le faire, puis de recommencer… Une large proportion de la population gabonaise, répartie en ethnies, chacune de celles-ci le fief d’un des ministres de Bongo, vivait souvent plus de la générosité de celui qui lui servait ainsi de parrain que de quelque lien entre un travail et un revenu. Arrivait un hôpital, une école, une route…

Cette population, épiphyte sur une nature généreuse dont on lui laissait la jouissance après en avoir tiré ce qu’il fallait pour les exportations, récriminait peu et on ne la dérangeait pas trop. Le peuple gabonais ne semblait pas tant opprimé qu’un peu laissé à l’abandon… On n’en parlait jamais d’ailleurs… Si jamais « le temps béni des colonie » a eu un sens autre que sarcastique, c’est sans doute au Gabon

Je soupçonne les Chefs d’État français d’avoir rêvé la Francafrique comme un énorme Gabon. Avec des élites assez riches et sécures pour être débonnaires et des populations sans angoisses. Mais le Tchad, le Congo, la Côte d’Ivoire et tous les autres n’étaient pas le Gabon…

Aujourd’hui que d’autres parrains – Américains, Chinois et que sais-je – viennent prendre la relève d’une France qui à besoin de toute son attention en Europe, je comprend bien que l’on vienne de si bonne grâce verser un pleur sur la tombe de Bongo. Car la Francafrique s’évanouit et c’est aussi de cette relation spéciale avec ses anciennes colonies que la France se prépare à porter le deuil.

Il est juste et bon de le faire au Gabon, car nulle part ailleurs, sans doute, la France ne sera regrettée aussi sincèrement. Et si on voulait commencer un nouveau partenariat avec l’Afrique – ce qui serait LA SEULE SOLUTION aux problèmes des anciennes colonies – il n’y aurait pas de meilleure occasion qu’à Libreville. Maintenant.

Pierre JC Allard

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