Nouvelle Societe

18-07-09

289 Le Japon: l’agenda inconnu

Quand on regarde l’évolution de la crise financière mondiale et ses conséquences économiques et politiques prévisibles, tout pointe vers un choix entre: a) encore un peu de « capitalisme » hyperspéculatif qui amusera les badauds – mais qui aura de moins en moins de liens avec la réalité de la production, laquelle sera confiée aux travailleurs sous la surveillance attentive des divers États – ou b) des changements plus radicaux qui seront mis en place immédiatement, par lesquels on renoncera à la fiction des États nationaux comme des « pouvoirs financiers » et l’on implantera un « nouvel ordre mondial » : une gouvernance globale plus ou moins ostensible, qui reposera sur la possession tranquille du pouvoir… par ceux qui l’ont déjà.

Ce choix devra être consensuel, entre ceux qui ont voix au chapitre et qui placent aujourd’hui leurs pions, car il est exclus qu’on recoure à la violence entre gens bien élevés. On pourrait bien détruire quelques États voyous, mais il ne s’agirait que d’une diversion. Le monde – enfin, ce qui est présumé en avoir une certaine d’importance – est maintenant UNE société. On discute.

Quatre gros joueurs – USA, Chine, Europe, Russie – ont déjà exprimé leurs exigences pour le changement à venir; les autres qui comptent un peu, comme l’Inde et le Brésil, ont eu leur tour à Yekaterinbourg, comme participants du BRIC. Les autres, les figurants qui ont au moins une réplique à donner, seront au G 20 de Pittsburgh où il faudrait se mettre d’accord. Est-ce qu’il manque un dossier ? Un seul. Le Japon.

Le Japon n’a pas raté le coche ; il a simplement une question préalable à régler. La question de savoir qui gouverne au Japon. Le Parti Liberal Democrate (PLD), au pouvoir pratiquement depuis 50 ans, est en bien mauvaise posture, avec un Premier Ministre Taro Aso qui ne fait pas 20% d’appuis dans les sondages. On ne peut interpréter sa décision de tenir un scrutin le 30 août que comme un digne hara-kiri, pour passer le gouvernail à son rival du Parti Démocrate du Japon (DPJ) avant que le navire ne sombre : la production du Japon est en recul de 29,5% depuis une an…

Le Japon est sans doute la première victime de la crise actuelle. Pourtant on en parle peu. Le Japon ne se plaint pas… Il ne faut pas penser, toutefois, que, parce qu’il est stoïque, le Japon soit résigné. Il regarde ses cartes et prépare ses mises. Il est encore la deuxième économie du monde; après les USA, mais avant la Chine, l’Allemage et tous les autres. On peut chercher à deviner ce que veut le Japon, mais il serait bien téméraire d’en être sûr ; c’est le gouvernement japonais élu le 30 août qui en décidera.

Or, s’il s’agit d’un nouveau gouvernement DPJ, il pourra rompre sans opprobre ni complexe avec les politiques pro-américaines du PLD. Une développement si opportun, qu’on peut, sans être parano, se demander si les « adversaires » politiques à Tokyo n’ont pas mis l’intérêt national au dessus de leurs rivalités, pour orchestrer ce changement de régime. Le Japon, sans paraître laisser tomber son partenaire USA dans le malheur, pourra jouer sans complaisance l’atout de ce trillion de dollars que ceux-ci lui doivent…

Comme la Chine, le Japon peut hésiter à scier la branche dollar sur laquelle son économie est assise; mais il y d’autres considérations. Le Japon n’a pas les problèmes de la Chine. Il a un système de production mature et une consommation domestique énorme; il n’est donc pas la bicyclette qui choit si on freine. Il a une homogénéité que la Chine n’a pas et une composante nationaliste en veilleuse qui ne demande qu’à s’animer. Bien des Japonais ne sont pas si heureux d’un pacifisme ostentatoire – qui lui a tout de même été imposé pas ses vainqueurs – et qui le force à trembler devant quelques bombettes nord-coréennes.

À noter que personne ne mourrait de surprise, si on apprenait que le Japon, soi disant « désarmé », a en fait quelques centaines d’ogives nucléaires discrètement blotties dans une caverne. Même s’il n’en avait pas, d’ailleurs, personne, ne doute qu’il ait la compétence d’en produire en moins de temps qu’il n’en faut pour cultiver un bonsaï. Le rôle effacé du Japon sur l’échiquier politique a été un choix. Cette crise pourrait être l’occasion d’un autre choix. Le monde en serait significativement changé.

Il ne serait pas étonnant que le Japon arrive au G 20 de Pittsburgh avec une agenda bien précis. Cet agenda reste aujourd’hui la grande inconnue de l’équation que le monde en crise a à résoudre.

Pierre JC Allard

07-07-09

278 Russie, USA… « Diplomacy »

Aujourd’hui, Obama et Medvedev se sont rencontrés et ont fait la paix. Une rencontre déterminante pour sceller notre avenir immédiat. Ce qui va transparaître de cette rencontre sera un nouveau traité START. Une réduction « spectaculaire » de leurs arsenaux nucléaires respectifs… mais qui, justement, ne sera qu’un spectacle.

Un spectacle, car abaisser de 2200 à 1675 le nombre maximum de têtes nucléaires et de 1500 à 1100 le nombre des “vecteurs nucléaires” – missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers à long rayon d’action – qu’ils se permettront dans 7 ans ne changera en rien leur capacité réciproque de s’annihiler… Start est un buzz pour médias .. et c’est très bien comme ça.

Une bonne nouvelle qu’on ait maintenu l’«équilibre de la terreur » qui nous inquiétait tant il y a 50 ans, mais qui s’est avérée depuis la stratégie pour la paix la plus efficace de l’histoire moderne. Continuons à nous faire peur…on ne se fera pas de mal. L’important de la rencontre n’est pas cette réduction de leurs arsenaux ; l’important est qu’ils se soient mis d’accord. On vient d’annoncer qu’on veut la paix

Le régime Bush ne voulait pas la paix. Oh, il ne voulait pas la guerre, naturellement, l’équilibre de la terreur était bien en place, mais il ne voulait pas la paix. Il voulait aboyer, semer la zizanie, déstabiliser, fomenter des coups aux frontières de la Russie. Il voulait maintenir cette menace constante qui, en forçant l’URSS à consacrer une part exorbitante de ses ressources à sa défense, l’avait empêchée de satisfaire sa population et avait finalement entraîné sa chute.

Le régime Bush voulait la même paix armée, hargneuse… qui n’est pas la paix. D’où ces insolentes provocations, d’aller former l’armée géorgienne pour venir récupérer l’Ossétie du Sud, de financer l’arrivée au pouvoir de régimes antirusses dans les États limitrophes et le projet sans véritable intérêt stratégique – et donc d’autant plus vexatoire, de venir installer des missiles en Europe de l’Est.

C’est à cette stratégie provocatrice et vexatoire que l’accord actuel semble mettre met fin. Obama n’a pas affirmé que cette histoire de bases en Pologne et en Tchéquie était finie, mais tout le monde a compris… Comme en convenant de reprendre les activités militaires communes Russie – USA, suspendues en août 2008, au moment de la guerre russo-géorgienne, on passe le message bien clair qu’il n’y aura plus de bêtises sur le front du Caucase. Il sera intéressant de voir si les Israéliens aussi sortiront de Georgie…

Plus important encore, la Russie a autorisé l’utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan, un accord qui va faciliter énormément la logistique de l’armée américaine…et qui met en évidence que la Russie est bien d’accord pour que l’on garde l’Islamisme comme croquemitaine universel.

Parions qu’il se sera dit bien des choses, aujourd’hui, concernant les Ouighours et tout se pétrole que l’on pourrait exploiter au Sinkiang… Sans parler de celui des autres pays d’Asie Centrale, qu’il serait plus facile d’exploiter si les Russes faisaient régner l’ordre dans cette zone, sinistrée depuis la fin de l’URSS.

Les USA d’une autre époque avaient rêvé d’exploiter eux-mêmes ce pétrole, mais ils se sont sans doute aperçus qu’ils ne pourraient le faire qu’au risque de créer une demi-douzaine de « situations afghanes »… Alors que rebâtir l’économie américaine sera un job à plein temps. Alors on se parle…

Parions aussi qu’on aura parlé de l’Iran. Pas plus que les Américains, les Russes ne sont sans doute heureux de voir cet État sous la coupe de fanatiques religieux. Si Russes et Américains s’entendent, l’avenir de l’Iran se décidera, comme toujours, sans que les Iraniens ne soient vraiment consultés. Et ce qui vaut pour l’Iran vaut pour bien d’autres…

Ce qui semble découler logiquement de la géopolitique actuelle, c’est que si Russie et USA se sont vraiment entendus, ils vont modeler le monde à leur convenance pour longtemps. S’ils n’ont que feint de s’entendre, Chine, Europe, Japon, Islam et les Autres reviendront à la table, dans une partie à multiples joueurs et dans un réseau d’intrigues d’une exquise duplicité.

La situation globale, en ce cas, ne ressemblera à rien tant qu’à une partie de Diplomacy, jouée sur une carte du monde d’aujourd’hui, plutôt que sur celle de l’Europe d’il y a cent ans. C’est la solution imminente qu’il va falloir donner à la crise monétaire qui nous dira quelle hypothèse est la bonne.

Pierre JC Allard

17-06-09

258 Yekaterinbourg

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:07
Tags: , , , , , , , ,

C’est à Yekaterinbourg, en juillet 1918, qu’ont été exécutés le Tsar Nicolas II et toute sa famille, rendant irreversible la Révolution bolchévique. Une raison suffisante pour se souvenir que cette ville industrielle de l’Oural existe. Sans doute la seule, jusqu’à aujourd’hui, car je me souviens d’y avoir fait un arrêt en route vers le Kazhahstan sans avoir eu même la curiosité de descendre du train.

Sans même savoir que j’y étais, puisque personne sur ce train n’appelait cette ville autrement que Sverdlovsk… Aujourd’hui, Yekaterinbourg a une deuxième chance ce passer à l’Histoire. Chinois, Brésiliens et Indiens sont venus y rejoindre les Russes et, ensemble, ils vont contester aux Américains le leadership du monde.

Un improbable site pour accueillir un improbable défi car, même ensemble, ceux qu’on appelle le BRIC ne pèsent encore que 15% dans l’économie mondiale. Ils sont encore peu de chose, si on les compare aux USA ou à l’Union Européenne… Mais ça, c’est aujourd’hui.

Ensemble, ils ont 8 fois la population des USA, 5 fois celle de l’Europe et plus de ressources que quiconque. Ils détiennent 40% des reserves monétaires mondiales et leurs economies croissent trois (3) fois plus vite que celles des pays occidentaux. Leurs gouvernements sont stables, leurs populations dociles et, surtout, ne se sentent pas à la fin, mais au commencement de quelque chose. Ensemble, demain, ils seront formidables. Ensemble…

Mais justement, ils ne sont pas “ensemble ». Chacun d’eux a son agenda, son lebensraum, sa culture, ses ambitions et de bonnes raisons de penser qu’il les réalisera. Ils n’ont guère en commun que leur commune méfiance envers le système actuel et leur défiance de ceux qui le dirigent. Cette méfiance et cette défiance sont elles un ciment suffisant pour lier de façon efficace ces nations qui ont des intérêts si disparates ?

À long terme, inconcevable. Mais, pour une action concertée immédiate, qui sait…? Peut-être le temps d’imposer une nouvelle monnaie internationale, par exemple ?… Ils ont sans doute le pouvoir de l’exiger, mais trouveraient-ils intérêt à remettre en question le dollar et donc, en fait, la valeur de leurs créances ? Voudront-ils chambarder une structure des échanges commerciaux qui est clef de leur développement ? Vont-ils agir pour modifier une situation qui fait d’eux les victimes d’une constante arnaque… mais dont, en bout de piste, il est clair qu’ils sortiront gagnants ?

Il est difficilede penser que ces pays pour qui le temps travaille vont risquer beaucoup pour accélérer le processus. Alors pourquoi cette reunion ? Bien malin qui le saurait, mais l’un des resultats peut être une coordination de leurs exigences qui évitera qu’on les divise pour mieux les exploiter comme on l’a toujours fait.

Un autre effet – mais qu’on cachera soigneusement si on parvient à le provoquer – serait un partage effectif de leurs zones d’influence dans le vrai tiers-monde. En Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, ils sont en rivalité avec les Occidentaux implantés depuis longtemps. Ne pas se tirer dans les pattes les uns les autres serait un énorme avantage. Un financement chinois de projets brésiliens en Amérique du sud, par exemple, garderait les USA à distance

Une politique commune d’importation des produits petroliers serait aussi un succès… dont c’est l’Europe qui ferait surtout les frais, si la Russie privilégiait le developpement de ses exportations vers l’Asie. Sans oublier que toute l’Asie Centrale peut être verrouillée facilement, si la Chine et la Russie en conviennent, à plus forte raison si l’Inde est de la partie…

Ne pas penser trop vite, donc, que cette réunion n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. La presence américaine en Afghanistan est peut être à se décider sans meme que Washington n’ai été t invité ! Le monde n’a pas encore changé… mais il change. Qui sait si on ne se souviendra pas beaucoup mieux demain de Yekaterinbourg ?

Pierre JC Allard

16-06-09

257 Kafka et le quatuor des Bermudes

Oubliez le Triangle des Bermudes. Ces mystérieuses disparitions de navires et d’avions, qui font les beaux dimanches d’août des publications specialisées en Martiens et femmes à barbes à deux têtes, palissent de banalité, maintenant que la petite ile de l’Atlantiue s’est trouvé une véritable vocation au-dela des bicyclettes et des terrain de golf: l’accueil des Ouighours.

Pour le moment, ils sont quatre. Un quatuor de Ouighours qui pataugent dans la mer turquoise. Peut-être en viendra-t-il d’autres, car ceux qui sont là ont l’air d’apprécier. Il faut dire qu’après 7 années de detention à Guantanamo, on aime bien quelques jours de vacances….

Qu’est-ce qu’un Ouighour ? Un musulman de la province chinoise du Sinkiang. Comment un Ouighour va-t-il aux Bermudes ? En se fâchant avec les Chinois et en se refugiant en Afghanistan. C’est tout près. Prenez la Route de la Soie vers l’est, tournez à gauche n’importe où et cherchez des gens qui n’ont pas peur des Chinois. Quand vous trouvez un camp confortable, planquez vous.

Si votre camp est bombardé, c’est sans doute les Américains. Fuyez vers le sud, traversez la premiere frontière, vous êtes au Pakistan. Tous musulmans. On est entre frères, mais les temp sont durs… Ne vous étonnez donc pas si la population locale, qui n’en a rien à cirer de vous, de la Chine ni de l’Asie Centrale en bloc, vous vend aux autorités pakistanaises pour un chameau ou un yak. Les susdites autorités vous refileront alors pour quelques dollars aux Américains qui cherchent Bin Laden. Vous êtes sur la bonne voie.

Chez les Américains, musulman, vous êtes dangereux. Vous étiez dans un camp ? Ça se gâte… Vous avez eu des mots avec les Chinois ? Impossible. Il n’y a pas de case à cocher pour « Ouighour anti-chinois ». Les Chinois ne sont plus dans l’Axe du Mal – because tous ces trillions qu’on leur doit, n’est-ce pas – mais ils ne sont pas vraiment dans l’Axe du Bien. Votre cas est bien ambigu… Hop, charter sur Guantanamo !

Salahidin Abdulahat, 25 ans, et trois copains vont passer 7 ans à Guantanamo. Sont-il des terroristes ? Avaient-ils l’intention coupable de faire le coup de feu contre les G.I ? On les interroge, mais il y a toujours cette histoire de Chinois qui revient. On va donc les faire interroger aussi par les Chinois. C’est là que Kafka pourrait nous aider car, pendant 7 ans, on ne s’est pas apercu qu’ils n’avaient pas le profil Al-Qaeda. Mauvaises questions, sans doute.

7 ans. Jusqu’à ce qu’Obama decide que Guantanamo est bien encombré. Là, la lumiere s’est faite. Parmi tous les gens à qui l’on n‘avait rien a reprocher, il n‘y en avait pas de plus inoffensifs que les Ouighours. Allez, sortez-moi ça de là ! Mais les Américains n’en veulent pas aux USA et les renvoyer chez eux serait mauvais pour l’image, car le Sinkiang est toujours en Chine où ils risqueraient la version orientale du waterboarding. Donc…

Donc, vite dans la cour du voisin. Le voisin, c’est les Bermudes. On peut s’arranger… Le quatuor Ouighour se retrouve ainsi sur le sable blanc des Bermudes au frais du contribuable américain et ça pourrait durer longtemps. Moins cher que de les garder en tôle, de toute façon…. Ils y auront peut-être des enfants et des petits enfants… Peut-être un mystère pour les anthropologues de l’avenir.

Agréable dépaysement pour Abdulahat, qui a maintenant 32 ans, car il est difficile sur cette planète de vivre plus loin de la mer qu’au Sinkiang. Il dit qu’il n‘en veut pas du tout aux Américains pour ces années à Guantanamo. Khaleel Mamut, un autre du quatuor, dit qu’il adore les Bermudes. “Vous lancez un appât, le poisson mord toute de suite… “

Il y a 13 autres Ouighours encore à Guantanamo, et ils adoreraient aussi, sans doute. Prenez des Américains, des Ouighours, des Chinois, une plage aux Bermudes… et on peut faire du vaudeville avec Kafka. Tout est bien qui finit bien. Pourquoi « les » Bermudes, alors qu’il n’y en a qu’une ? Souvenez vous seulement que Dieu est grand et que les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre.

Pierre JC Allard

12-06-09

Tien-an-Mein

 

Tien-an-Mein, il y a 20 ans, ça vous dit quelque chose ?  Ce type face aux tanks, c’était il y a dix ans, vingt ans, cent ans ? L’immense majorité des gens ne savent plus trop.  Il s’est passé tant de choses à Pékin, Peiping, Beijing  depuis des siècles et des siècles…  On ne commémorera rien à Beijing cette année. 

Les événements de 1989 ?  Les survivants qui voudraient en parler sont bloqués à la frontière. Ceux qui voudraient distribuer des tracts seront houspillés et on ne les verra même pas, dans le flot des millions de voitures à Beijing. Dans le flux des milliards de dollars qui vont et viennent,  entre un monde qui ne sait plus si son fric vaut encore quelque chose pour rembourser cette Chine  à qui on doit des trillions. Une Chine qui passe impassible comme la proverbiales caravane,  pendant que ça jappe autour de l’empire du Milieu redevenu le centre.

On parlera de 1989 sur l’Internet, mais ce n’est pas ça que les Chinois regardent  sur Internet.  Les 250 millions d’internautes chinois – ils sont maintenant plus nombreux qu’aux USA, – regardent  les nouvelles d’une Chine qui progresse, d’une pauvreté qui régresse, des Jeux Olympiques qui ont été un colossal succès, d’un monde qui maintenant les respecte.   Ils regardent Jackie Chan, leur idole du King Fu qui leur dit que la démocratie n’est pas nécessairement une option pour la Chine.  Et ils n’en sont pas choqués

Les Chinois ne sont choqués de rien de ce qui nous choque. Oui, oui, il y a encore des Tibétains, mais si peu et ils sont si loin de Tien-an-Mein….   Il y a des Ouighours, aussi, une vague tribu de Turcomans, à la frontière ouest, dans les sables, sur la route de la soie. Pittoresques. On leur bâtira un train, aussi, comme aux Tibétains, quand on aura le temps.  Tibétains et Ouighours sont à la Chine ce que sont les Albanais à l’Europe.  On n’en parle que s’ils font des problemes. Et même s’ils font des problèmes, ce sont des problèmes sans grand intérêt. L’important, c’est le prochain super-périphérique à Shanghai. C’est gérer trois cents millions de ruraux qui veulent s’urbaniser.

Tien-an-Mein  ?  Le grand non-dit, c’est ce soupçon que, si la Chine de 1989 eut été celle d ‘aujourd’hui, ils n’auraient pas été si nombreux sur la place… Les Chinois trouveraient regrettable que les Français fassent tout un plat de ces échaffourées, d’il y a 20 ans, mais s’ils en font un, on ne paniquera pas dans les rizières.  On haussera les épaules.  Les Chinois sont contents.  Ce que nous  pensons de la politique chinoise n’intéresse plus les Chinois. La Chine, c’est 20 fois la France. 

Alors on regarde comment le géant marche et on en est plutôt a prendre des leçons qu’à en donner.   Comment fait-on pour que l’ordre règne en Chine ?  Comment peut-on tant faire produire  et pourquoi si peu de récriminations ?  Comment reussit-on a faire l’impasse sur les droits de l’homme, sur la liberté d’expression, sur la mémoire collective, sélectivement épurée du mal pour ne plus être qu’une ascension droite vers le progrès et la richesse. ?

Évidemment, ce n’est pas le modèle que nous voudrions, mais nous voudrions bien que le modèle que nous voulons fasse un tel consensus.   Pourquoi NOTRE modèle démocratique est-il si contesté, alors que la tyrannie à la chinoise l’est si peu ?  Est-ce uniquement que la contestation est visible chez nous, dans un contexte de liberté, alors qu’elle est la-bas invisible sous la répression ?   C’est ce qu’on veut croire,  mais ne serait-ce pas un peu, aussi, que des moyens que nous jugeons  inacceptables le semblent moins à ceux qui en voient des effets positifs ?  Alors que la mansuétude ne suffit pas à rendre populaires nos politiques européennes qui semblent incohérentes.

Il y a longtemps qu’on se gargarise du mot « liberté », mais Eluard n’a rien dit de l’écrire sur l’hypocrisie, la corruption, l’insignifiance…  Il semble que les Chinois ont d’autres priorités. Est-on bien sûr que même les Occidentaux, aujourd’hui, ne sacrifieraient pas une part de cette liberté qu’on idolâtre , pour qu’on leur offre plus d’égalité, plus de fraternité et la dignité d’un projet de société qui ne se limite pas au constat résigné du déclin de notre civilisation ?  Je n’ai pas de réponse. Je m’interroge. Il faut s’interroger

 

Pierre JC Allard

02-05-09

Chrysler : le Rubicon

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
Tags: , , , , , ,

 

Vous n’avez pas lu mon article du 25 avril et ma prévision du stratagème  pour régler les déboires de Chrysler ?  Vous n’avez perdu que quelques jours : Obama vient de le réaliser.  De A à Z, avec la participation dominante des syndicats, le bradage du fond de pension des travailleurs, les concessions dont on est à peaufiner les détails et Fiat, l’entreprise étrangère qui pourra faire des profits en Bourse et payer les pots-de-vin…. On réalise le scénario que j’avais prévu et décrit il y a des semaines, des années, des DÉCENNIES.

En donnant ses directives à Chrysler, Obama vient de franchir le Rubicon. Les USA passent en mode « dirigisme ».  Le nouveau capitalisme américain – celui qui fonctionnera main dans la main avec l’État – fait une entrée réussie et remarquée sur la mappemonde économique. L’Establishment ne renonce pas au pouvoir, mais il semble qu’il ait eu la lucidité de comprendre que sa survie passait par moins d’individualisme et plus de solidarité, une redistribution plus équitable de la richesse et  un capitalisme d’État complétant l’entrepreneuriat du secteur privé.  

En vieux militant de gauche, je devrais peut-être déchirer ma tunique, hurler à la trahison et préparer la lutte armée, car ce que fait Obama n’apportera l’équité qu’à moyen terme et, dans l’immédiat, va maintenir au pouvoir une oligarchie détestable.  Pourtant, je suis bien satisfait de la tournure des événements. Il semble que l’on pourra peut être changer la société sans effusion de sang.

Le principe d’intervention de l’État accepté, je crois que la marche vers la justice sera désormais relativement rapide. Je suis heureux que l’Establishment se soit converti à temps, car toute autre solution aurait exigé un recours à la violence qui n’aurait pas accéléré le changement, mais l’aurait retardé.  Nous avons une révolution sans guillotine j’en suis bien content

La révolution a commencé avec la décision de porter Obama à la présidence, bien sûr, puis a prouvé son sérieux en faisant porter aux riches plutôt qu’aux pauvres  le premier effort pour faire  disparaitre l’« argent de trop ». Mais c’est avec la main mise sur Chrysler, qu’on entre dans le vif du changement : la production. Chrysler, d’abord, mais les autres suivront

En associant les travailleurs à la nécessaire transformation de l’industrie, on s’assure que le changement se fera en respectant leurs droits acquis et en mettant à profit leur bonne volonté pour dessiner la nouvelle structure de production qui nous permettra de produire pour nos véritables besoins.  Nous serons plus riches. Plus égaux, aussi, parce que l’interdépendance accrue entre les acteurs donnera à tous plus de pouvoir, exigera la solidarité et imposera une gouvernance de consensus.

Prochaine étape ? Prendre le contrôle des institutions financières, puis ramener dans le giron de  l’État la création de monnaie et le crédit. Ça ne devrait pas tarder, car il faudra une monnaie crédible si on veut investir et progresser, alors que celle que nous utilisons encore ne vaut plus rien.   Cela fait, il faudra stabiliser la situation internationale. En deux (2) volets.

D’abord, les autres pays développés seront invités à marcher au pas de l’Amérique… Ils accepteront, d’autant plus facilement que leurs réserves sont en dollars. Ils deviendront partie d’un ensemble autarcique au sein duquel on parlera de concurrence, mais qui se fermera complètement aux imports des pays hors zone et dont on réduira même les exports, pour sevrer son économie de la dépendance envers une clientèle extérieure

Cette zone créée, le libre-échange cessera entre celle-ci et le reste du monde, remplacé par un protectionnisme féroce.  L’Occident, dirigiste et planifié, va produire pour ses besoins. Les autres pays, s’ils sont émergents, comme la Chine ou l’Inde, seront traités comme des rivaux.  Avec le respect de leurs cultures et en toute justice – c’est le prix de la paix – mais sans complaisance. 

Les pays sous-développés seront aidés, dans un même souci de paix et en reconnaissant que le colonialisme a été l’un des facteurs de leur sous-développement, mais on les aidera chez-eux…   Les frontières  avec le tiers-monde sous-développé seront étanches à l’immigration comme aux importations, car un apport constant de main-d’œuvre ne permettrait pas le nivellement progressif des revenus par la complémentarité qui est la voie pour que se développe chez-nous le justice sociale.

Je crois que la collectivisation que vient d’initier Obama est la bonne solution pour une société au stade de développement où nous sommes et ne s’arrêtera pas.  On parlera cogestion plutôt que « soviets », mais le plus grand défi, pour les USA de 2009 comme pour la Russie de 1918, sera de contrer une inévitable tendance de la gouvernance vers l’autoritarisme et la technocratie. Soyons vigilants.

 

 Pierre JC Allard

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.