Nouvelle Societe

01-09-09

Questions nationales: film nécessaire

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Il faut voir ce film de Roger Boire et Jean-Pierre Roy présenté hier soir 31 août au Festival des films du monde.  Le film prendra l’affiche du Cinéma de l’ONF du 17 au 22 septembre prochains.

Il y a vingt angles sous lesquels on peut aborder la critique objective technique et artistique d’un film, dont aucun, hélas, à partir duquel je deviendrais un observateur compétent. Je laisserai cette tâche à d’autres.  Totale subjectivité, donc, de ce que je veux en dire.  Subjectivité qui n’est pas simplement narcissisme, cependant, parce que  je pense que beaucoup s’y reconnaîtront.  Ce film m’a fait beaucoup de  peine.

Il m’ a imposé un deuil nécessaire.  Pour les gens de mon âge – adultes en 1960  – l’Indépendance du Québec a été le projet qui politiquement nous a définis. Définis si complètement, que nous avons transmis aux générations qui nous ont suivis, la première déjà vieillissante, une vision en blanc et noir d’un avenir que, naturellement, la réalité a ensuite révélée en demi-teintes.  Une vision simpliste d’un monde compliqué.  Le deuil pour moi a commencé à l’enterrement de Bourgault (voir l’image) et se termine avec ce film.

Douloureux, car ce film nous oblige à lever le voile avec pudeur et à identifier la reine morte, mais Il FAUT le faire.  Ceux de ma génération qui se sont impliqués dans cette aventure – nous étions nombreux hier, à cette première, de ceux qui en restent  – ont la responsabilité d’encourager l’autopsie. Ce n’est pas une vivisection.

Les politologues, Balthazar en tête, nous ont fourni des explications bien plausibles pour le fiasco final de la quête pour l’indépendance.  On en trouvera sans doute bien d’autres, mais il est important d’accepter la plus fondamentale : si la jeune fille n’est pas devenue femme, c’est surtout parce qu’ELLE NE LE VOULAIT PAS.

Il eut été gratifiant de la séduire, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait.  Au lieu de l’accuser d’inappétence ou de s’accuser de ne pas l’avoir prise, le moment est peut-être venu de se féliciter d’avoir respecté son choix plutôt que d’être passé à la violence. Les Québécois ne voulaient pas un pays. Il se sont perçus dans un autre rôle. Peut-on vraiment prétendre qu’on les aime et les vouloir si différents ?

Les Québécois se sont créé un autre destin ; le défi est maintenant qu’ils s’y complaisent et s’y réalisent. On peut regretter que le Québec n’ait pas vécu les affres et les joies d’une indépendance politique à l’âge où « tout le monde le faisait », mais ne tombons pas dans le piège de vouloir  le faire trop tard. On ne s’amuserait pas et l’on n’y grandirait pas. Le temps des nations est fini ; nous sommes à celui des cultures.

Le film de Boire et Roy ouvre la porte a une entomologie de la psyché des Québécois de la fin du vingtième siècle, mais il a aussi la subtile délicatesse de la remettre dans un contexte qui nous fait sentir moins étranges.  Car il est hors de doute que les Écossais diront non et les Catalans aussi.  Les premiers verront qu’ils ne pourraient partir qu’en abandonnant la dot du pétrole, les seconds que l’Espagne est un bon tapis vert où optimiser leurs mises. Ils attendront l’autonomie accrue qui échoira inévitablement aux régions dans la construction européenne.

Évidemment, Écosse et Catalogne ne sont pas, bien au contraire, les parents pauvres des États respectifs où l’Histoire les a mises en tutelle… mais  serions-nous ceux de l’Amérique, si nous mettions tous nos efforts à devenir plus et mieux  ?  Avoir les oripeaux d’un État a été un désir légitime  pour une nation, mais c’était hier. Avant que chacun dépende de tous… Si vraiment, Québécois, nous nous sentons une nation et que ce désir d’indépendance  a été frustré, le temps est venu de lâcher l’ombre pour la proie et d’apporter une réponse collective – NATIONALE – aux défis d’aujourd’hui.   Ce film devrait encourager cette réflexion.

Pierre JC Allard

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26-06-09

267 Le Parti Québécois : arrêtons les frais

On peut se raconter des histoires longtemps. Les individus se fantasment des liaisons oniriques avec des vedettes rock pour accueillir la puberté et traverser l’adolescence, puis de grandes passions pour se consoler d’un ou plusieurs mariages tristounets, vivre avec des maîtresses ou s’en passer, puis accepter que la vie passe.. Ils s’inventent aussi des hobbies qui font de chacun le meilleur en quelque chose… puis la vie est passée.

Même chose pour les nations, ça dure juste un peu plus longtemps. En 1960 – j’étais là – nous, Canadiens d’expression française, avons pensé que le rêve d’un État-Nation – qui avait toujours existé depuis les Plaines d’Abraham – pouvait se réaliser. André d’Allemagne – d’autres aussi, mais surtout d’Allemagne – ont vu une fenêtre d’opportunité pour créer une Etat francophone en Amérique. Nous allions être Québécois

Génial, car la fenêtre était là ! Guerre froide, de Gaulle en France, révolution tranquille, explosion de l’éducation…. et cent variables qu’il serait trop long d’expliquer. L’indépendance était souhaitable et POSSIBLE. Bourgault l’a bien montré. François Aquin l’a vu et, via Aquin, Lévesque et Lesage. Surtout, toutefois, Daniel Johnson l’a vu, pour qui l’indépendance, c’était reposséder toute la révolution de Lesage et doubler la mise.

Johnson voulait l’indépendance. D’autres aussi. Suite à l’appui qu’avait audacieusement donné de Gaulle en 1967, du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, du départ de Aquin du Parti Libéral et de la création du MSA de René Levesque en novembre 1967, l’option souverainiste devenait majoritaire auprès de la clientele libérale comme unioniste.

Avec le triomphe historique de la droite nationaliste en France en juin 1968, suivie de l’arrivée au pouvoir de Pompidou, grand ami du Québec, l’indépendance, à la fin de l’été 1968, n’était plus seulement possible, mais probable. Si Johnson n’était pas mort en septembre 68, une élection en 70 aurait eté référendaire et le Québec aurait été indépendant en 1971.

Il suffit de peu pour s’éveiller d’un rêve. Après la mort de Johnson, l’option souverainiste est devenue minoritaire, à l’Union Nationale comme au Parti Libéral. L’indépendance a cessé d’être possible après la Crise d’Octobre, puis le monde a changé peu à peu et elle à même cessé d’être souhaitable. La fenêtre d’opportunité s’est fermée.

Attention ! Il serait toujours bien chouette d’avoir un passeport québécois, et de se dire indépendant. J’ai voté OUI aux deux autres référendums, et je voterai OUI au prochain si on s’amuse à en faire un autre, mais il n’est plus souhaitable de passer tant de temps à en parler, ni d’en faire le pivot de notre avenir. L’indépendance n’ajouterait RIEN de significatif aux pouvoirs du Québec et RIEN au quotidien des Québécois. De la fierté, et je voterai oui pour ça, mais rien d’autre.

On ne semble pas comprendre que l’indépendance, dans le sens qu’on lui donnait en 1960, n’est plus aujourd’hui l’apanage que de quelques grands espaces autarciques : USA, Chine, Europe… 70 % de la législation française reproduit exactement celle de l’Union Européenne… Les contraintes que doit supporter le Québec sont celles qui lui viennent de Washington et des institutions internationales, pas d’Ottawa.

Dans ce contexte, le clivage pour ou contre l’indépendance est nocif pour le Québec. Il crée un contentieux inutile, non seulement entre la majorité francophone et les minorités, mais au sein de la majorité elle-même. Surtout, aussi longtemps qu’un des deux partis d’alternance au Québec doit porter le boulet d’une option indépendantiste le jeu politique est faussé.

Le vote opposé à l’indépendance suffit à créer une majorité pour les tenants de cette option, même si ne viennent s’y ajouter que les voix d’une minorité réactionnaire, totalement dénuée d’imagination ou d’une volonté de progrès, qui n’a alors aucun besoin d’être représentative de la pensée politique du Québec pour imposer son agenda. L’évolution démographique ne fera qu’aggraver ce biais.

Il faut au Québec une alternative crédible au Parti Libéral. Le Parti Québécois ne peut pas être cette alternative, car il est identifié à une volonté d’indépendance. Mettre cette option en veilleuse ne règle rien, car l’indépendance étant la raison d’être du Parti Québécois, y renoncer serait l’ablation simultanée de ses méninges, de son coeur et de sa créativité. On ne convaincra personne qu’il a fait ce sacrifice.

Ce rêve de l’indépendance a fait son temps. Celle-ci viendra quand, signifiant de moins en moins, elle ne signifiera plus rien et nous échoira comme un fruit mur… En attendant, Il faudrait, pour le bien commun, que le Parti Québécois disparaisse, que le clivage politique se fasse autrement et que les Québécois rêvent à autre chose.

Pierre JC Allard

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