Nouvelle Societe

21-05-09

La Jaggernauth pharmaceutique

La malice du système capitaliste qui nous gouverne se manifeste évidemment au niveau des grands dossiers qui nous mobilisent tous : les guerres impérialistes, la démocratie sous le talon de la corruption, les inégalités scandaleuses de rémunération, le contrôle et la manipulation de l’information…   Elle ne s’arrête pas là, toutefois. Elle est présente aussi au quotidien et s’acharne encore plus cruellement sur des individus qui n’ont d’autre importance que celle que leur vie revêt pour eux.

Pourquoi dire « plus cruellement » ? Parce que si vous, moi ou quiconque à son heure, tombe seul, par simple déveine, sous les roues de la Jaggernauth pharmaceutique issue du capitalisme, il ne peut pas alors compter sur un grand mouvement de solidarité. Il devient un « dommage collatéral ». Il est seul et il est broyé. Il en sera ainsi aussi longtemps qu’un mouvement ne naitra pas qui fera SYSTEMATIQUENENT sienne la cause de tous ceux que les intérêts du systéme sacrifient sans même y prêter attention.

Cette industrie pharmaceutique qui nous tient tous en otages doit être la première réappropriée et mise au service de l’humanité. Exemple ? Joshua Thompson souffre, depuis 3 ans, d’une maladie dégénérative incurable. ( Voyez, ici, tous les détails de l’affaire). Pour lui, une lueur d’espoir est apparue avec un nouveau médicament: IPLEX. Les tests sont extrêmement prometteurs, mais l’usage n’en est pas encore autorisé. Lui en donnera-t-on ? C’est sa vie, elle s’achève, ce devrait être son risque et sa décision. Mais on ne lui en donne pas…

Principe de précaution ?… Tout dépend des principes qu’on a… et de ce pour quoi on veut prendre tant de précautions… Quand on va au fond des choses du cas Joshua, on trouve une querelle entre deux sociétés pharmaceutiques défendant leur royalties. Pendant qu’elles défendent leurs intérêts financiers, la maladie n’a pas d’adversaires. Les malades dégénèrent et meurent.

Joshua a lutté et finalement obtenu le médicament, après des années d’efforts, presque trop tard… Trop tard, en tout cas, pour lui éviter toutes les séquelles qui auraient pu l’être, si la compassion avait été là au départ. Est-ce que cette attitude est tolérable ? La saga de Joshua Thompson est emblématique d’une attitude sordide de l’industrie pharmaceutique.

Et il y a encore plus révoltant que le cas Joshua. Prenez celui de Frederick Baron. On ne parle plus ici de IPLEX mais de TYSABRI, contre le myelome multipe, même scénario, toutefois, de NE PAS fournir le traitement. Ils sont légions… Pour que Frederick Baron ait son TYSABRI, à quelques heures de son décès annoncé, il a fallu faire appel a Lance Armsrong, à Bill Clinton et ameuter tous les médias. Il a fallu y mettre des sous, ce que tout le monde n’a pas. On a finalement attendri in extremis le responsable … S’il eut été pauvre et sans appuis, Frederick Baron serait mort. Voyez le dossier. Vous pensez quoi de James C. Mullen, PDG de Biogen ?

On parle d’exceptions de compassion… mais la compassion ne devrait elle pas être la norme ? Est-ce qu’il est raisonnable que la vie des gens dépende des humeurs des PDG des fabriques de pilules et de vaccins ? Et quand on gratte un peu, ces gens qui meurent parce que les remèdes pour le Sida sont si chers, est-ce vraiment la fabrication du medicatent qui est onéreuse, ou le coût de la recherche qu’il faut bien amortir ? Ne devrait-on pas structurer la recherche et motiver les chercheurs autrement qu’en gardant la lumière sous le boisseau ?

Il y a quelque chose de pourri dans cette gestion de la santé en fonctions des dividendes des actionnaires. Il est temps que l’État fasse son boulot pour la collectivité. Vite, avant que n’arrive des choses regrettables.

Pensez à ces études largement diffusées de Global Dominance qui disaient sans émotion, juste avant le 911, que seule une catastrophe de l’envergure de Pearl Harbour « éveillerait l’Amérique a ses responsabilités ». Combien de temps avant qu’un simple quidam – conjoint, père, mère, sœur frère ou ami d’un malade à qui l’on refuse le traitement dont dépend sa vie – ne décide d’eveiller à sa façon l’Amerique, en allant chercher le remède qu’il veut manu militari ? Avec un pistolet sur la tempe d’un PDG récalcitrant… ou en prenant les propres enfants de ce dernier en otage ?

On tente le diable. Il faut que la société intervienne et s’assure que l’industrie pharmaceutique réponde aux besoins, sans se laisser détourner de sa mission par des intérêts financiers, ni opposer son veto à ce que réclame l’individu dont la vie en dépend. C’est SA vie. Son choix doit être éclairé, mais doit demeurer SON choix

Pierre JC Allard

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