Nouvelle Societe

19-07-09

290 « Sales Noirs », « sales Juifs »… et « pauv’cons »

Rien en France ne passionne autant l’opinion publique cet été que l’affaire Fofana, son procès et son appel. Ni la crise, ni les émeutes, ni l’emprunt national. Un Noir et son gang séquestrent un jeune Juif, exigent une rançon, le torturent et le tuent. Un procès du racisme à la clef… Sales Noirs ? Mais non, voyons, sales Juifs ! Contrairement aux mauvais usages habituels. où l’on accuse parfois tout un groupe à cause de la race du criminel, on le fait maintenant à cause de la « race » (!) de la victime. Et, comme disait Brassens, ils sont bien plus de quatre à le faire…

Le procès a eu lieu, les condamnations sont tombées dont aucune, civilisation oblige, n’a été que l’on jette les coupables aux crocodiles, ce que je trouve correct. Aucune, toutefois, ne garantit que l’assassin ne sera pas un jour remis en liberté, ce que je trouve incorrect, mais c’est un autre sujet. Le sujet, ici, c’est que malgré le mot bien senti du Président Sarkozy qui aurait pu avoir un effet dissuasif, il y a encore en France tout plein de “pauv cons” qui ne veulent pas se tasser.

Je crois et j’ai dit souvent qu’être raciste est une connerie. Rien de nouveau, on circule. Ce qui est nouveau, ici, c’est que beaucoup d’antiracistes peuvent aussi se conduire comme des cons, ce qui fait beaucoup plus de mal. Car on peut se défendre contre les loups, mais qu’est-ce qu’on fait quand l’ours, votre ami, prend un pavé ? Se réveiller rapidement…

Il faudrait que les Français se réveillent rapidement, avant de prendre le pavé du racisme sur la gueule. La bévue des antiracistes, ici, a été de jouer d’influence pour que le ministère public en appelle et exige des peines plus lourdes, à l’issue d’un processus judiciaire que l’avocat général a jugé exemplaire.

C’est une bévue, parce que quelques années de plus à la sentence des bourreaux ne changeront rien, alors que beaucoup de badauds vont se dire que « ces gens » en mènent vraiment très large. Pire si on ne le dit pas, mais qu’on le chuchote, car c’est la « judéophobie », alors, qu’on invite… et la peur peut faire faire des bêtises. Avant que le nombre des sales Noirs, des sales Juifs, des sales Arabes, des sales Chinois et des sales Autres augmente dans l’imaginaire des Gaulois et assimilés, il serait important que les Richard Prasquier de ce monde rangent leurs pavés et se tassent.

Richard Prasquier ? Voici ce que dit Monsieur Richard Prasquier Président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), cité sur Rue 89 :

« … même si un procès est avant tout procès d’individus, on ne peut en négliger sa valeur d’exemplarité. Qu’on a le devoir de réfléchir sur sa portée pédagogique, car ce procès est celui de notre société. Ne pas négliger que la vraie justice ne peut se faire derrière des portes fermées. Et ne pas négliger non plus que tant d’années après la Shoah, après tant d’actions de mise en garde, un Juif a de nouveau été assassiné dans des conditions abominables simplement parce qu’il était Juif. ” »

Pieuse intention, mais l’énoncé est absurde. Il est absurde, de dire ici qu’un Juif a de nouveau été assassiné dans des conditions abominables simplement parce qu’il était Juif., car si quelqu’un veut tuer des Juifs « parce qu’ils sont Juifs », il en tue. N’importe qui peut en tuer des douzaines au hasard et presque sans risque, puisque, en l’absence d’un lien entre le meurtrier et la victime et d’un mobile raisonnable, il peut courir longtemps.

Ici, la victime a été enlevée et une rançon a été demandée. Faut-il jouir de l’exception ashkénaze pour comprendre que si le criminel voulait obtenir une rançon, c’est que le mobile du crime était l’obtention d’une rançon ? Vous du CRIF, ne pouvez-vous pas comprendre, qu’il est malsain et néfaste de vouloir traiter l’Histoire et l’actualité uniquement comme les péripéties d’une lutte millénaire entre Juifs et Gentils ?

Je ne pense JAMAIS aux Juifs comme collectivité, sauf quand on vient ressortir, pour le nourrir et l’instrumenter, le monstre de l’antisémitisme. Un préjugé qui, laissé à lui-même, serait sans doute mort depuis longtemps. Il ne meurt pas, parce qu’on le nourrit. Ceux qui interviennent sans mesure ni discernement dans tous les dossiers qui touchent les Juifs et Israël le nourrissent, car ils sont souvent agaçants. On ne déteste pas les gens qui agacent, mais on souhaiterait parfois les entendre plus à propos… et moins souvent.

Pierre JC Allard

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05-06-09

« The shoah must go on » ?

Je pense que le élections européennes du 7 juin 2009 auront une certaine importance pour la communauté juive de France. J’ai choisi de reproduire ici – et sur Agoravox si on l’accepte – un article que je publiais en septembre 2005 lorsque les colons juifs ont été forcés de quitter Gaza. Je n’y ajouterai pas de commentaires.

«  » C’est un ami juif qui fait dans le show business -même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions – qui m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. L’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs – pas toujours, mais souvent – je pense aux perdants de Gaza. Comme je pense à ceux de Bagdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisis et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, même pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt – qui était aussi de la famille – aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes. »

Pierre JC Allard

01-05-09

Le gang des Barbares

Toute la France s’émeut à juste titre. Ils s’y sont mis à plusieurs. Ils ont torturé la victime pendant des jours… Maintenant on va les juger… Il y aura un de ces procès à effets de manches dont on s’efforcera de part et d’autre d’évacuer la justice pour en faire un spectacle et un symbole.

On cherchera des circonstances atténuantes – ce qui est normal – mais on cherchera aussi  des circonstances « aggravantes », ce qui est absurde,  car l’abomination est ici à son comble et vouloir y ajouter ne peut, en bonne logique, que sous entendre qu’elle sera diminuée si ces circonstances aggravantes ne sont pas établies…  Absurde et choquant

On tirera certainement de ce procès le spectacle et le symbole, mais en tirera-t-on le plus important, qui serait une leçon ?  Quelle leçon ? La leçon que la déresponsabilisation des criminels érigée en principe est incompatible avec la protection que la société doit accorder aux citoyens. Ce ne sont pas les barbares qui devraient être notre priorité, mais les innocents.  Il faudrait s’en souvenir.

Je constate que quand Youssouf  Fofana décide de séquestrer Ilan Halimi, il n’arrive pas de la planète Mars. Il a 13 délits à sa fiche de police, il a été condamné cinq fois  pour vols, violences volontaires, braquages et agression et a déjà passé quatre années en prison. Quans il a planifié ce coup, Il n’aurait pas dû être là. S’il n’y avait pas été, sa victime, elle, serait  aujourd’hui  bien vivante.  La société, a fait un mauvais choix. Comme elle a fait le mauvais choix dans un cas bien précis que j’ai eu l’occasion de dénoncer jadis, mais hélas en vain. 

La société a fait pour Fofana le choix de tenter l’improbable rehabilitation d’un récidiviste et a laissé en liberté, sans suivi et sans aide, un individu qui s’est avéré un danger mortel pour un citoyen innocent.  La société a erré.  Il faut corrigé cette erreur pour l’avenir. Il faut cesser de penser que la justice, c’est d’abord la punition et la rehabilitation du coupable. La justice, c’est d’abord la protection des innocents et, le cas échéant, l’indemnisation des victimes.

Pour obtenir ce résultat, il faut changer notre approche  et distinguer clairement entre crimes violents et non-violents. S’il n’y a pas eu violence, les crimes et délits doivent faire l’objet de peines dont le but est la reparation du dommage causé; le système carcéral doit être reservé à ceux dont on craint la violence.  Quand il y a violence, c’est la protection de la société qui doit être prioritaire et le criminel doit être mis à l’écart.

Il ne s’agit pas de le punir mais de protéger les innocents.  Qu’il soit ou non lui-même une victime de la société n’est donc pas pertinent à cette décision de le mettre à l’écart et celui qui commet un deuxième crime de violence grave ne devrait que bien exceptionnellement être réadmis dans la société.  Il n’est pas pertinent non plus qu’il soit fou ou sain d’esprit; c’est quand il sera à l’écart qu’on verra s’il est ou n’est pas nécessaire de le traiter. L’affaire Fofana, me rappelle le cas de la femme Homolka qui a fait les manchettes au Canada il y a quelques années.

Comme il n’est pas question de punition, mais de protection, les conditions de cette mise à l’écart doivent nécessairement être revues.  Elles ne doivent pas être cruelles, mais elles doivent s’appliquer sans faiblesses. La justice pénale et  le système carcéral sont à revoir entièrement.

On ne peut changer le passé… mais il n’est pas trop tard pour s’assurer que Fofona ne nuira plus. Surtout pas trop tard pour décider que les barbares peuvent arriver à l’improviste, mais qu’il faut garder l’oeil ouvert, les voir venir et, quand on les tient, ne plus les lâcher. Jamais

Pierre JC Allard

23-04-09

Durban II. Israël me les casse…

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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A la frontière de l’Inde et du Pakistan, quelque part entre Lahore et Amritsar, il y a Wagha.   Depuis des décennies, chaque soir au coucher du soleil,  l’armée indienne et l’armée pakistanaise s’affrontent.  Chacune sagement de son côté de la frontiere, elles font assaut  de patriotisme. Chants martiaux, déclarations fulminantes, drapeaux au vent, compliments pour les siens et quolibets pour l’adversaires, des MILLIERS de spectateurs viennent jouer à la provocation.   On s’amuse bien…

 La céremonie de Wagha est une tradition. On a rentabilisé une animosité de façade – car on est Punjabi de part et d’autre – en faisant des CD et des videos.  Quand New Delhi et Islamabad s’invectivent, c’est à Wagha qu’on comprend que tout n’irait sans doute pas si mal entre les frères ennemis, s’il n’y avait des intérets étrangers  pour pétroler et leur dire sans cesse qu’ils se détestent.  Mais se voir pour s’insulter n’est pas la meilleure façon de se réconcilier…

Pourquoi cette reunion à Durban sur le racisme ?  Pas que le racisme ne soit pas un problème sérieux, mais a-t-on vraiment du neuf à en dire ?  Quelqu’un va-t-il se lever et defendre le racisme ?  Et s’il n’y a personne de l’autre côté de cette barricade, ne devrait-on pas discuter d’autre chose ? Il y a unanimité à condamner le racisme.  Un “Durban” n’a donc d’autre but que de dénoncer chacun son démon raciste favori, ce qu’ils auraient pu faire chacun chez soi – comme ils le font d’ailleurs tous les jours.  Un Durban n’existe que pour profiter d’une couverture médiatique que le sujet autrement ne se serait pas mérité.

Rien de mal à être sous les projecteurs. L’ennui, c’est que, puisque l’on n’est là que pour être vu, il faut bien se rendre visible…   Visible en n’y allant pas, en n’y allant que pour en partir ou en y envoyant faire des pitreries.  Show business,  au risque de traiter comme une soirée des Oscars un événement  sans doute inutile, mais dont le thème devrait imposer le respect.  Quand on fait du Hollywood avec du sérieux, on se rend ridicule… Ridicule et odieux.

Les Juifs et sympathisants qui sont allé chahuter à Genève se sont rendus ridicules et odieux. Ahmadinejad n’est pas mon leader préféré; il n’est pas ma bête noire non plus… Il fait ce qu’il peut pour gérer un pays qui est devenu le souffre-douleur des Américains, ce qui n’est pas facile.  Allez courir avec le gorille de 800 livres sur le dos !  Et, pour autant que je sache, il n’y a pas de racisme virulent en Iran.  Il y a certes des racistes, il y en a partout, mais l’Iran n’a pas une politique raciste.

Alors se faire un petit succès médiatique  en vociférant comme des cons  pour couvrir la voix du Président de l’Iran n’est pas un geste qui honore Israel.  En fait, ca attire surtout l’attention sur le fait qu’on ne tue pas de Juifs en Iran, alors qu’il y a bien, en Israel et en Palestine, des innocents qui sont tués tous les jours, depuis longtemps…

Alors les Elie Wiesels et assimilés rendraient plus service à la cause juive, s’ils rentraient en Israel y dénoncer les exactions de leur propre gouvernement, plutôt que de rendre inconfortables ceux qui, comme moi, ont parfois dit du bien d’Israel… et de créer des antisémites par centaines en venant ajouter la bêtise et la vulgarité à l’équation.

Petit detail. En 1942, ma mère a gagné un prix littéraire au Canada pour un  article intitulé “Petit plaidoyer en faveur des Juifs”.  C’était en 1942 et la judéité n’avait vraiment pas la cote; on pourrait parler d’appui dans l’adversité…  Petit détail, mon premier associé, lorsque j’ai commencé  a pratiquer le droit, était juif…  et il y en a eu d’autres. Détail encore,  il y a quelques années, j’ai écrit ce texte, que personne ne m’avait demandé

Ces petits details seraient sans aucune pertinence, si je parlais de tout autre sujet.  Parce que je parle d’Israel, c’est moi qui suis presumé avoir le fardeau de prouver que je ne suis pas antisémite.   C’est ça qui me les casse.   

 

Pierre JC Allard

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