Nouvelle Societe

17-07-09

288 Il se passe quelque chose en « Absurdistan »

On écoute les nouvelles, on connaît l’Afghanistan. On croit connaître cet étrange pays, où j’ai été il y a bien longtemps, mais on ne le connait un peu que si l’on comprend que l’Afghanistan n’est pas vraiment un pays. C’est le territoire où se sont développés jadis des empires qui ont recouvert aussi le Pakistan, la plus grande partie de l’Iran et une part non négligeable de l’Inde mais qui a été réduit, au XIX eme siècle, à un espace tampon résiduel laissé entre les Russes et les Anglais quand ils se sont partagé l’Asie centrale.

Pas un pays, encore moins une nation. Un espace de désordre. Il n’y a pas vraiment des « Afghans », mais des ethnies souvent hostiles les unes aux autres, chacune scindée en clans semi-autonomes qui ne s’entendent pas non plus très bien, sauf quand une présence étrangère veut s’y établir. Quand une telle présence se manifeste, les ethnies rivales se ressoudent… et elles connaissent bien leurs montagnes. Elles constituent alors un adversaire redoutable. Elles ont infligé d’humiliantes défaites aux Britanniques au siècle dernier. De même, il y a 30 ans, aux Russes qui voulaient y établir un peu d’ordre et de même encore, tous les jours, aux Américains qui y sont encore aujourd’hui à tenter d’y réduire un peu le désordre.

L’Afghanistan a été longtemps le seul État indépendant, dans cette partie du monde entre la Russie, l’Inde, la Chine et l’Iran dont la grande rue est la Route de la Soie et qu’on peut appeler l’Asie Centrale, le Turkestan élargi.. ou n’importe quoi. Quand l’URSS a été démantelée, il y est apparu 5 autres pays et les diplomates, politiquement incorrects, ont compris qu’il n’en sortirait pas que du bien. Ils ont parlé d’Absurdistan. Une région du monde riche en matières premières, mais divisée en pays absurdes, dont aucun ne possèdait seul les ressources humaines financières et techniques qu’il lui fallait pour survivre.

Avant, il n’y avait que l’Afghanistan d’indépendant dans cette région et il pouvait à lui seul être une grande source d’ennuis. Maintenant; il y en aurait six (6). Chiffre trompeur, d’ailleurs, car il n’y en a pas un qui n’ait quelques bonnes raisons de se scinder en deux, en trois, ou en une multitude de parcelles ethniques et tribales. 6 pays reconnus, mais aussi des morceaux épars d’Absurdistan encore sous domination chinoise, russe, iranienne… pakistanaise.

Des territoires peuplés d’ethnies plutôt fâchées d’être soumises à d’autres et qui, elles aussi, connaissent bien leurs montagnes. La semaine dernière, c’étaient les Ouïgours qui se révoltaient, au Turkestan oriental sous contrôle chinois; cette semaine, c’est le Balouchistan – la province pakistanaise de Absurdistan – qui retient l’attention.

Quelques leaders nationalistes balouch – en mal d’autonomie ou d’indépendance, comme ils le sont tous – ont été assassinés et la population locale soupçonne les services secrets pakistanais d’en être les responsables. La population baluch a des raisons d’être méfiante, car des centaines sinon des milliers de Baluchis ont été interpellés, emprisonnée, parfois torturés et tués durant la présidence de Musharraf au Pakistan.

Musharaff n’est plus là, mais rien n’a pas changé, car le gouvernement d’Islamabad ne compte pas laisser les Baluchis faire sécession et priver le Pakistan du tiers de son territoire, rendant dérisoires ses velléités de s’opposer aux prétentions hégémoniques de l’Inde sur le sous-continent. Bras de fer, donc, car la population baluch donne tous les signes avant-coureurs habituels des provinces qui se voient comme des pays.

Un drapeau national apparaît, les écoliers chahute l’hymne pakistanais, des témoins se manifestent des exactions commises sur la population locale par les forces d’Islamabad depuis des années. Une Armée de Libération du Balouchistan s’est même créée qui a pu, en février, enlever son premier citoyen américain: John Solecki, responsable à Quetta de l’Office des Nations Unies pour les réfugiés. Un enlèvement d’Americain est un signe tangible traditionnel de maturité dans l’insurrection.

Plus grave encore, c’est justement alors qu’il intervenait pour faire libèrer Solecki que Gul Muhammad – l’un des leaders nationalistes balouch dont nous parlions plus tôt – a été assassiné, laissant planer le doute qu’il l’ait été pour provoquer les ravisseurs, les inciter à exécuter Solecki… et pousser les USA a classer Armée de Libération du Balouchistan comme entité terroriste.

Solecki a néanmoins été libéré, mais la méfiance est a son comble au Balouchistan, suscitant une résistance qui pourrait conduire éventuellement à l’accession de cette province pakistanaise a l’indépendance. Un septième visage à la réalité de l’Absurdistan… et rien ne dit que ce sera le dernier…. Il pourrait s’y passer encore bien des choses.

Pierre JC Allard

07-05-09

Michel Brûlé. L’incontournable

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Quand on sort un pamphlet incendiaire contre les anglo-saxons, leurs petits et gros travers, leurs habitudes alimentaires, leur langue  et même leur façon de la parler, on se fait remarquer. Si sans perdre une minute on convertit l’essai en annonçant sa candidature à la Mairie de Montréal, on devient tout à fait remarquable. En fait on devient incontournable. Quand on est incontournable, on se fait rentrer dedans… C’est déjà commencé et ça n’arrêtera pas…

 Michel Brûlé – que personne jusqu’à présent n’a pris pour un imbécile – dit tout à coup des conneries inacceptables et annonce qu’il va faire une bêtise énorme. À quoi il joue ?  Remarquez que je n’ai pas lu le livre de Brûlé.  Je suis sûr qu’il dit des conneries, parce que Louis Cornellier en cite quelques-unes, mais le reste du bouquin est peut-être génial.  J’en doute, toutefois, car lancer une attaque contre les « Anglaids » et prétendre se faire élire dans une ville où la balance du pouvoir est de toute évidence entre leurs mains ne peut pas être une simple erreur de jugement. À moins qu’on ne parle d’erreur de jugement quand Wladimir se met un pistolet chargé sur la tempe et appuie sur la gâchette.

Il est difficile de penser que Michel Brûlé fait ce doublé en croyant gagner une élection ou simplement pour mousser la vente d’un livre. Il semble plus raisonnable de penser qu’il est à se positionner sur l’échiquier politique du Québec, précisément là où un segment important de la population attend un leader crédible.  Ce segment, c’est un nombre significatif de Québécois qui se disent de gauche  – mais on souvent des réflexes de droite – et qui se définissent moins par un projet précis de société que par l’adhésion à un concept d’indépendance dans lequel on mettra bien tout ce qu’on voudra. Un socialisme, peut-être, mais surtout s’il est national.

Ce segment de la population peut être une force politique s’il maintient sa cohésion. Il ne peut pas la maintenir en proposant un programme détaillé, car il  se fragmenterait en factions, chaque proposition se traduisant pas la défection de ceux qui s’y opposent sans amener un nombre correspondant de nouveaux adeptes. Ce groupe ne constitue donc une force que s’il s’en tient à ce qu’ils détestent tous : les « Anglaids ».   Cette prépondérance du négatif sur le constructif augmentera si la situation économique se détériore.

Voyons donc un scénario. Pure spéculation.  Si Michel Brûlé, grâce a ce livre que certains liront, mais dont on parlera surtout beaucoup, se hisse à la position symbole, devenant une figure de proue et étant perçu simplement  comme «Celui qui n’aime pas les Anglais », il devient de fait le maître à penser et le guide de ceux au Québec … qui n’aiment pas les Anglais.  Ce n’et pas une minorité totalement négligeable. 

Imaginez qu’il perde une élection à Montréal à cause du vote « Anglais »  – ou mieux, qu’il soit empêché de se présenter ou traité injustement pas les médias – et il ajoute alors au statut de symbole, celui de victime-héros.  Son prestige peut s’accroître, surtout si les choses vont plus mal, ce qui est possible… et si les gouvernements déçoivent, ce qui est bien probable.  Si 10, 20, 30 % de la population l’écoutent, il devient vraiment incontournable.

Être anti-Anglais  ne fait pas gagner des élections à Montréal, mais à l’échelle du Québec, ce n’est plus aussi certain… A défaut de faire gagner une élection, ça peut faire gagner qui l’on appuie…     Est-ce le plan de Michel Brûlé ?  Je n’en sais rien.  Il m’est simplement plus facile de l’imaginer machiavélique que bête et de lui prêter de noirs desseins que de le croire sans desseins.  Une affaire à suivre…

 

 Pierre JC Allard

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