Nouvelle Societe

14-07-09

285 Allons, enfants de la patrie…

Personne ne parle jamais de la “Quatrième Voie”. La majorité de la population veut rester canadienne, une minorité plus que significative de la population veut devenir québécoise, un petit groupe est à coaguler autour du concept de “monnaie unique” et des bienfaits du libre-échange qui ne tardera pas à nous dire que notre avenir est “américain”… mais au Québec – “pays de langue et culture française”- il semble que personne ne veuille être Français.

Est-ce bien vrai? Ou n’y a-t-il pas une solide conspiration du silence pour occulter cette évidence qu’il n’y a pas que les trois options traditionnelles Quebec-Canada-USA qui s’offrent à nous, mais aussi un quatrième choix d’avenir qui serait de renouer avec notre histoire et de redevenir Français?

Hier soir, veille du 14 juillet, j’ai eu la curiosité de poser la question à quelques amis réunis. La France ? ha… ha… ha! Un canular! Et quand on repose la question sérieusement, c’est non. Non, parce que les Français sont comme ci…, et qu’ils sont comme ça… et qu’ils parlent une langue qui n’est pas tout à fait la nôtre… Bon. Affaire classée? Minute! Après deux verres de vin rouge, ce n’est plus “la France, non”, c’est devenu “la France, si…”. Puis, quand on va au fond des choses et de la bouteille – “in vino veritas” – on s’aperçoit que TOUT LE MONDE ou presque voudrait être Français. Tiens donc!

Et pas seulement les intellos nostalgiques qui sirotent un pastis, ne mangent que du pain baguette et feignent de s’intéresser au Tour de France. Oh non ! On en arrive au même résultat avec le chauffeur de taxi, les cols blancs, les cols bleus et toute la gamme des cols roulés… On y arrive même plus vite avec eux – et le verre de vin en moins – car la vérité vient plus naturellement aux gens simples. “La France? Oui, si… “

Si quoi? Quand on enlève une à une les pelures de réticence, on en arrive à des vérités qui ne font pas plaisir. Oui, devenir Français…, si on se sentait de taille à occuper un espace culturel valable dans une France où le Québec trouverait sa place. Oui, devenir Français, si les Américains nous “laissaient partir” (sic). Oui… si la France et les “vrais” Français voulaient de nous… . C’est avec des “si” comme ceux-là qu’on ne va pas à Paris.

Un peu navrant, vous ne trouvez pas? Comme si le grand tabou à toute discussion concernant l’hypothèse d’un rattachement à la France venait du refus de nous avouer à nous-mêmes un sentiment viscéral d’infériorité et une peur morbide de nos voisins anglo-saxons. Un sentiment d’infériorité qu’on veut cacher sous une fierté affichée avec cette énergie qu’on met à défendre les causes qui ne sont pas évidentes.

“Je suis fier d’être Québécois”! Oui, bien sûr, qui en doute? Mais on est ni plus ni moins fier d’être Bourguignon ou Provençal, ce qui n’empêche pas d’être Français. Est-ce que nous ne pourrions pas être tout ce que nous sommes, ne rien renier de ce que nous avons été … mais renouer avec Saint-Louis, Voltaire et Napoléon et nous offrir ainsi l’encadrement le plus “porteur” pour devenir le mieux de ce que nous pourrons être? On ne parle pas assez de la Quatrième Voie: la France.

L’encadrement le plus porteur pour l’avenir du Québec, c’est la France et, derrière la France, l’Europe. Un Québec qui serait la troisième région économique de France – après Paris et Rhône-Alpes – n’aurait à rougir de rien. Bastion avancé en Amérique du Nord d’une Europe dynamique, nous verrions les entreprises non seulement françaises mais allemandes, hollandaises, etc. s’établir chez-nous pour y préparer la conquête du marché des USA. Pas seulement pour des raisons de proximité et de logistique, mais aussi et surtout parce que nous connaissons à fond la langue, les lois, les coutumes de ce marché USA. Être des Français (Européens) en Amérique serait infiniment plus profitable pour les Québécois que d’être les partenaires juniors de l’ALENA.

Et la culture? Alors, là, c’est la voie royale! Le problème culturel fondamental pour l’avenir du Québec francophone n’est-il pas son incapacité à assimiler la masse des immigrants qui viennent ici se substituer à une relève que notre faible taux de natalité ne produit pas? C’est ce problème qui rejoint et amplifie celui d’une minorité irrédentiste au Québec qui choisit de ne PAS être de culture francophone. Or le problème de l’assimilation serait totalement réglé si le Québec était la France.

D’abord, un immigrant qui arrive en France (au Québec) ne pense pas à autre chose qu’à devenir Français: si c’est l’Amérique-USA qu’il veut, il ne tardera pas passer la frontière de nuit et l’on n’en entendra plus parler! Ensuite, la question du bilinguisme ne se posera même pas. On pourra toujours, dans un beau geste de générosité, maintenir des services en anglais pendant quelques années; mais ce sera une période de grâce et il n’y aura pas de malentendus à ce sujet.

Enfin, notre propre assimilation à la France d’Europe dans le respect de notre spécificité sera facilitée par un phénomène de migration interne Québec-Hexagone qui prendra une ampleur considérable, à la mesure des mythes dont les deux populations actuelles s’affublent. Des dizaines de milliers de Parisiens viendront chercher leur “cabane au Canada”… alors qu’un nombre sans doute similaire de francophiles inconditionnels chez-nous se hâteront d’aller la-bas réaliser leurs fantasmes culturels.

Ce brassage de population sera bénéfique pour tout le monde. Même les “accents” qui nous séparent tendront à converger. Avec un peu de chance, Antenne -2 se rapprochera du français international de Bernard Derome et Lucien Bouchard s’exprimera un peu plus comme Giscard d’Estaing. Pasqua et Jean Chrétien ne changeront sans doute pas de langage, mais une langue sûre d’elle-même peut bien tolérer un peu de folklore.

Une bonne campagne médiatique – on pourrait l’appeler “Opération Roussillon”- et je serais curieux de voir les sondages sur une souveraineté-association… avec la France.

Allons ! Défions toutes les Bastilles! Pensez “France” et passez un joyeux 14 juillet… et sans rancune pour ce pavé dans la mare des options OUI et NON qui stagnent depuis quarante ans.

17-06-09

258 Yekaterinbourg

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:07
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C’est à Yekaterinbourg, en juillet 1918, qu’ont été exécutés le Tsar Nicolas II et toute sa famille, rendant irreversible la Révolution bolchévique. Une raison suffisante pour se souvenir que cette ville industrielle de l’Oural existe. Sans doute la seule, jusqu’à aujourd’hui, car je me souviens d’y avoir fait un arrêt en route vers le Kazhahstan sans avoir eu même la curiosité de descendre du train.

Sans même savoir que j’y étais, puisque personne sur ce train n’appelait cette ville autrement que Sverdlovsk… Aujourd’hui, Yekaterinbourg a une deuxième chance ce passer à l’Histoire. Chinois, Brésiliens et Indiens sont venus y rejoindre les Russes et, ensemble, ils vont contester aux Américains le leadership du monde.

Un improbable site pour accueillir un improbable défi car, même ensemble, ceux qu’on appelle le BRIC ne pèsent encore que 15% dans l’économie mondiale. Ils sont encore peu de chose, si on les compare aux USA ou à l’Union Européenne… Mais ça, c’est aujourd’hui.

Ensemble, ils ont 8 fois la population des USA, 5 fois celle de l’Europe et plus de ressources que quiconque. Ils détiennent 40% des reserves monétaires mondiales et leurs economies croissent trois (3) fois plus vite que celles des pays occidentaux. Leurs gouvernements sont stables, leurs populations dociles et, surtout, ne se sentent pas à la fin, mais au commencement de quelque chose. Ensemble, demain, ils seront formidables. Ensemble…

Mais justement, ils ne sont pas “ensemble ». Chacun d’eux a son agenda, son lebensraum, sa culture, ses ambitions et de bonnes raisons de penser qu’il les réalisera. Ils n’ont guère en commun que leur commune méfiance envers le système actuel et leur défiance de ceux qui le dirigent. Cette méfiance et cette défiance sont elles un ciment suffisant pour lier de façon efficace ces nations qui ont des intérêts si disparates ?

À long terme, inconcevable. Mais, pour une action concertée immédiate, qui sait…? Peut-être le temps d’imposer une nouvelle monnaie internationale, par exemple ?… Ils ont sans doute le pouvoir de l’exiger, mais trouveraient-ils intérêt à remettre en question le dollar et donc, en fait, la valeur de leurs créances ? Voudront-ils chambarder une structure des échanges commerciaux qui est clef de leur développement ? Vont-ils agir pour modifier une situation qui fait d’eux les victimes d’une constante arnaque… mais dont, en bout de piste, il est clair qu’ils sortiront gagnants ?

Il est difficilede penser que ces pays pour qui le temps travaille vont risquer beaucoup pour accélérer le processus. Alors pourquoi cette reunion ? Bien malin qui le saurait, mais l’un des resultats peut être une coordination de leurs exigences qui évitera qu’on les divise pour mieux les exploiter comme on l’a toujours fait.

Un autre effet – mais qu’on cachera soigneusement si on parvient à le provoquer – serait un partage effectif de leurs zones d’influence dans le vrai tiers-monde. En Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, ils sont en rivalité avec les Occidentaux implantés depuis longtemps. Ne pas se tirer dans les pattes les uns les autres serait un énorme avantage. Un financement chinois de projets brésiliens en Amérique du sud, par exemple, garderait les USA à distance

Une politique commune d’importation des produits petroliers serait aussi un succès… dont c’est l’Europe qui ferait surtout les frais, si la Russie privilégiait le developpement de ses exportations vers l’Asie. Sans oublier que toute l’Asie Centrale peut être verrouillée facilement, si la Chine et la Russie en conviennent, à plus forte raison si l’Inde est de la partie…

Ne pas penser trop vite, donc, que cette réunion n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. La presence américaine en Afghanistan est peut être à se décider sans meme que Washington n’ai été t invité ! Le monde n’a pas encore changé… mais il change. Qui sait si on ne se souviendra pas beaucoup mieux demain de Yekaterinbourg ?

Pierre JC Allard

27-05-09

Festung Amerika

Les frontières n’existent plus. Ce sont des lignes abstraites qu’on traverse a toute vitesse et sans ralentir. Nous vivons dans une ère de progrès constant et de mondialisation. Le monde est devenu tout petit et, de plus en plus, chacun se sent chez soi partout… Si vous vivez en Europe, bien sûr.

Si vous vivez en Amérique du Nord, l’histoire se déroule à l’envers. Commençant lundi 1er juin, il faudra un passeport pour passer du Canada aux USA, ce qui, de mémoire d’homme, n’avait jamais été nécessaire. Soyons justes: vous pouvez aussi utiliser la carte Nexus que vous délivrera le service U.S de protection des douanes et frontières (CBP) après quelque paperasserie et il y a aussi des règles spéciales pour les marins… Mais la tendance est nette et le résultat sera le même: une énorme perte de temps.

On veut vraiment nous emmerder. La Western Hemisphere Travel Initiative (WHTI) est née après les événements du 911, pour répondre à la demande de la population américaine pour des signes visibles de sécurité contre le terrorisme.

On a d’abord ciblé les aéroports. On a vu les files d’attente s’allonger indéfiniment au gré des rumeurs, elles-mêmes grossissant selon le besoin qu’avait le gouvernement Bush d’attiser les ardeurs belliqueuses de la population… ou de faire oublier quelque bêtise.

Ainsi, quand Israël a envahi et pilonné le Liban, on a découvert un complot rocambolesque qui a servi de prétexte pour confisquer dorénavant parfums et shampooings des bagages en cabine, irritant suffisamment les voyageurs pour qu’ils se sentent menacés… et furieux.

Mais l’Américain est un grand amateur de l’automobile. Avec le Canada tout près et cette longue frontière invitante qu’on pouvait traverser sans formalités, la plupart des voyageurs y venaient par la route, échappant au scénario parano et continuant de penser que le monde n’est pas seulement une longue course à obstacles entre fanatiques barbus.

Maintenant, on pourra combler cette lacune. On ne sortira plus des USA sans affronter au retour les Rangers à lunette obscures et à la mâchoire crispée. Les Canadiens ne pourront pas non plus l’éviter. Peut-être seront-ils moins nombreux cet été a Plattsburgh à Burlington et sur les plages du Lake Champlain.

Moins nombreux, puisque 40 à 45 % des Canadiens n’ont pas de passeport. À quoi bon un passeport, puisque la majorité d’entre eux – et tous ceux qui quittaient le pays par voie terrestre -n’allaient qu’aux USA qui n’en exigeait pas ? Maintenant tout ça va changer…

Peut-être seront-ils BEAUCOUP moins nombreux, car cette frontière qu’on ne voyait pas va réapparaître et il n’est pas sûr que, par-delà l’obstacle physique du passeport devenu nécessaire, un obstacle intangible plus dissuasif ne se manifeste pas. Une prise de conscience de la différence, voire de l’étrangeté de ces voisins à lunettes sombres et un peu paranos…

On ne se fait pas des amis en demandant sans crier gare leurs papiers aux gens qu’on connaît depuis longtemps et qui croyaient avoir mérité qu’on leur fasse confiance. C’est une mesure d’un autre âge – l’Âge de Bush – et il serait opportun qu’on y mette fin au plus tôt.

Un choix crucial à faire, car les Américains peuvent vivre dans une forteresse… mais ils pourraient s’y sentir bien seuls. Le nouveau maître du château devrait vite abaisser à nouveau le pont-levis.

Pierre JC Allard

18-05-09

« The One » et l’imperfection programmée

Obama, dont le premiers geste avait été de bannir la torture et les tribunaux d’exception de Guantanamo, a rapidement ensuite pris position pour s’opposer aux poursuites contre ceux qui ont torturé et fait torturer. Il vient, il y a quelques jours de refuser la publication d’un énorme dossier de photographies qui auraient montré encore plus clairement la pleine étendue des sévices commis contre les prisonniers et souligné l’odieux de la guerre américaine en Irak. Il en rajoute encore, finalement, en remettant maintenant en services ces tribunaux militaires dont il avait ordonné la suppression ! Que se passe-t-il ?

Il est important de le comprendre, car c’est de ça que va dépendre l’opinion mondiale… et c’est de cette opinion mondiale que va dépendre le sort de l’Occident. On veut croire que les USA ont changé. On VEUT croire, en Europe, qu’il y a eu une Amérique de Bush, honnie et méprisée parce qu’elle était ignoble, mais qu’un nouvelle Amérique est arrivée, avec Obama, qu’on peut recommencer à respecter et à aimer.

On veut le croire, parce que si la fracture n’est pas réparée entre Europe et Amérique, notre civilisation ne sera plus le phare, mais la lanterne. Mais il faut que le changement annoncé soit crédible… Pourquoi, donc, cette volte-face qui risque de clore la lune de miel et de recréer l’antagonisme des dernières années?

Le scénario le plus simple est qu’Obama ait changé d’avis… mais Obama est parfait. Il est « The One », nous a dit Oprah dès le départ, en référence au film Matrix, ce qui en fait plus qu’un messie, car le héros de Matrix ne se contente pas d’apporter une solution, il dissipe l’illusion et fait disparaître le problème… Le film ne nous dit jamais quelle providence nous envoie ce sauveur, mais, dans le monde réel, ce ne peut être que l’Establishment financier, puisqu’il n’y a simplement pas de pouvoir alternatif sur la planète d’ou Obama pourrait être issu… et il n’y a pas de génération spontanée.

Créature de l’Establishment, Obama a sans doute été créé sur mesure, choisi parmi des milliers de candidats, après des études et des sondages poussés, pour venir transformer un système dont on avait tiré tout ce qu’il pouvait donner. Il n’y a rien dans l’image d’Obama, son discours, son comportement qui n’ait été rendu aussi parfait que le permettent les techniques dont on dispose aujourd’hui.

Or on n’est plus aujourd’hui dans la préhistoire de la manipulation, avec Bernays, Tchakotin et Goebbels. On a créé « The One » et on l’a vendu à la population comme le produit miracle, y mettant financièrement tout ce qu’il fallait, éliminant de sa route tous les obstacles et lui donnant finalement comme adversaire un vieillard peu charismatique assisté d’une colistière caricaturale.

Il a gagné, bien sûr. Il a gagné et un plan se déroule dont il est bien difficile de croire qu’il n’ait pas été minutieusement préparé de longue date. Mais si cette volte-face fait partie du plan, à quoi sert-elle ? Le plus probable est qu’elle est là pour souder l’Amérique en un tout plus solide, en mettant Obama dans un rôle d’arbitre entre les factions libérales et conservatrices de l’Amérique.

Ceux qui veulent la punition des tortionnaires, la publication des photos, et la fermeture de Guantanamo vont sortir de la complaisance où les a faits tomber l’élection d’Obama et remonter aux barricades. Ils obtiendront tout ce qu’ils veulent, puisque cette élection a prouvé qu’ils étaient majoritaires, que le Congrès se fera leur porte parole et que les tribunaux suivront le nouveau vent qui se lève…

Ils l’obtiendront, mais Obama apparaitra comme l’homme du centre. A son corps défendant (!), il aura permis que la démocratie juge les auteurs des exactions – pas les petits, les grands – mais il aura été le protecteur impartial de ceux de la vieille garde…

Les photos qui n’ont pas été publiées pourront plus facilement être versées aux dossiers. Les tribunaux militaires trouveront quelques coupables qu’on punira et quelques innocents qu’on dédommagera…. puis Guantanamo fermera de consensus, puisque son travail n’aura pas été interrompu, mais terminé avec succès.

La Droite verra Obama comme un juste; c’est ce qu’elle respecte. Des que justice aura été faite, la Gauche ne lui ne reprochera plus ses volte-faces. Il aura hésité, mais il en sera arrivé à la bonne décision. La Gauche le verra un peu hésitant, « imparfait », plus humain… c’est ce qu’elle aime.

La perfection, ça se construit… et ça s’entretient.

Pierre JC Allard

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