Nouvelle Societe

25-07-09

296 Tuer à Kingston. Une affaire d’honneur

La police vient d’arrêter et d’accuser de meurtres prémédités et de complot pour meurtre, trois Afghans: Mohammed Shafi, Touba Yahya et Mohammed Hamed Shafi, respectivement le père, la mère et le frère de de trois soeurs – 19, 17, 13 ans – trouvées mortes dans une écluse du canal Rideau le 30 juin dernier. Morte aussi dans cette affaire, Rona Amir Mohammed, âgée de 52 ans, première épouse de Mohammed Shafi. Mobile présumé de ce quadruple meurtre: une affaire d’honneur.

Affaire d’honneur ? Eh oui… Dans certains pays musulmans, les coutumes tribales permettent les meurtres de personnes, surtout des femmes, ayant sali l’honneur et la réputation d’une famille ou d’un clan. Ces crimes d’honneur sont souvent perpétrés pour des fautes jugées graves, comme l’adultère, par exemple. Alors tout le monde s’y met et collabore père, mère, frère… On les tue.

19, 17, 13 ans… il y a deux ans, qu’elles sont au Canada. En arrivant elles ont été assaillies par des influences culturelles… danger pour des adolescentes, qui deviennent alors des jeunes filles « rebelles ». « Bien difficile pour le père » – explique Sadeqa Siddiqui, coordonnatrice au Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal… « Dans la culture de l’Islam, c’est la femme qui est responsable du foyer. S’il y a des comportements déviants qui s’y manifestent, c’est la femme qui est coupable« …

Ah bon.. Si c’est difficile, n’est-ce pas, ça explique tout… Tout est clair… Je précise que l’on n’a pas ici affaire à de pauvres réfugiés. Ils arrivent de Dubai. Ils viennent de passer des vacances aux chutes Niagara, Ils rentrent à Montreal dans une Lexus SUV de 150 000 $. Des gens biens… Mais bien différents.

Tout ça pour moi – et pour vous, je l’espère – est tellement absurde et révoltant qu’on hésite à le croire. Mais c’est LEUR culture. Un résidant de Sherbrooke, Shah Ismatullah Habibi, afghan d’origine et qui a grandi à Kaboul, directeur général de l’Association éducative transculturelle qui accueille surtout des Afghans se dit « mal à l’aise« . Je le comprend. « C’est très rare…« – qu’il nous dit. Mais là, je ne le comprends pas…

Ce n’est pas rare. Ce n’est pas vrai. Je ne connais pas bien l’Afghanistan, où je n’ai fait que passer brièvement, mais j’ai passé au total preque deux ans au Pakistan, au Tadjikistan, au Kyrgystan, en Inde surtout… NON, ce n’est pas rare. Il n’y a pas une semaine qui passe, dans cette région, sans qu’un histoire de ce genre ne soit dans les journaux. Pas en première page, mais dans un entrefilet en page 6 ou 8… car c’est une affaire banale.

La police a arrêté les accusés hier, craignant qu’ils ne se réfugient dans un pays où il n’y a pas de traité d’extradition, comme le Pakistan. Il seront peut-être remis en liberté sous caution. Alors, je sais qu’on va traiter de tous les noms, mais je ne trouverais pas catastrophique qu’ils partent au Pakistan.

Pourquoi le Canada devrait-il payer pendant des années la pension carcérale de ces gens qui, en leur âme et conscience, croient qu’ils ont eu raison ? Au Pakistan, après une réprobation formelle, ils seront sans doute bien accueillis. Ils sont bien nantis et, leur honneur étant sauf, ils ne tueront plus personne. Les victimes ? On ne ressuscitera pas les victime.

Ce qui m’interesse au plus haut point, ce n’est pas que la famille Shafi parte au Pakistan; c’est que toutes les autres familles Shafi du monde restent au Pakistan, en Afghanistan, ou n’importe où dont Allah décidera. Qu’elles y vivent selon leurs coutumes, leurs principes, leurs traditions. La culture occidentale n’a pas le mandat « kipling-esque » d’éduquer le reste de l’humanité. Le Canada n’a pas la responsabilité d’envoyer ses soldats mourir pour enseigner à d’autres cultures comment vivre. Restons chez nous.

Restons chez nous. Mais… nous n’avons pas non plus la responsabilité d’accueillir chez nous ces gens. Nous n’avons pas à supporter leurs manières d’être qui, pour nous, sont parfois répugnantes – comme quand ils tuent leurs femmes pour des affaires d’honneur – mais qui sont toujours, même dans le meilleur des cas, bien dérangeantes… Nous n’avons aucun besoin de subir la cohabitation de leur culture avec la nôtre.

Il faut respecter les promesses que nous avons faites à ceux d’entre eux que nous avons commis l’erreur de laisser s’établir chez nous. Respectons les; c’est notre honneur à nous. MAIS N’EN ACCEPTONS PLUS D’AUTRES. Assez ! Basta !

Pierre JC Allard

17-07-09

288 Il se passe quelque chose en « Absurdistan »

On écoute les nouvelles, on connaît l’Afghanistan. On croit connaître cet étrange pays, où j’ai été il y a bien longtemps, mais on ne le connait un peu que si l’on comprend que l’Afghanistan n’est pas vraiment un pays. C’est le territoire où se sont développés jadis des empires qui ont recouvert aussi le Pakistan, la plus grande partie de l’Iran et une part non négligeable de l’Inde mais qui a été réduit, au XIX eme siècle, à un espace tampon résiduel laissé entre les Russes et les Anglais quand ils se sont partagé l’Asie centrale.

Pas un pays, encore moins une nation. Un espace de désordre. Il n’y a pas vraiment des « Afghans », mais des ethnies souvent hostiles les unes aux autres, chacune scindée en clans semi-autonomes qui ne s’entendent pas non plus très bien, sauf quand une présence étrangère veut s’y établir. Quand une telle présence se manifeste, les ethnies rivales se ressoudent… et elles connaissent bien leurs montagnes. Elles constituent alors un adversaire redoutable. Elles ont infligé d’humiliantes défaites aux Britanniques au siècle dernier. De même, il y a 30 ans, aux Russes qui voulaient y établir un peu d’ordre et de même encore, tous les jours, aux Américains qui y sont encore aujourd’hui à tenter d’y réduire un peu le désordre.

L’Afghanistan a été longtemps le seul État indépendant, dans cette partie du monde entre la Russie, l’Inde, la Chine et l’Iran dont la grande rue est la Route de la Soie et qu’on peut appeler l’Asie Centrale, le Turkestan élargi.. ou n’importe quoi. Quand l’URSS a été démantelée, il y est apparu 5 autres pays et les diplomates, politiquement incorrects, ont compris qu’il n’en sortirait pas que du bien. Ils ont parlé d’Absurdistan. Une région du monde riche en matières premières, mais divisée en pays absurdes, dont aucun ne possèdait seul les ressources humaines financières et techniques qu’il lui fallait pour survivre.

Avant, il n’y avait que l’Afghanistan d’indépendant dans cette région et il pouvait à lui seul être une grande source d’ennuis. Maintenant; il y en aurait six (6). Chiffre trompeur, d’ailleurs, car il n’y en a pas un qui n’ait quelques bonnes raisons de se scinder en deux, en trois, ou en une multitude de parcelles ethniques et tribales. 6 pays reconnus, mais aussi des morceaux épars d’Absurdistan encore sous domination chinoise, russe, iranienne… pakistanaise.

Des territoires peuplés d’ethnies plutôt fâchées d’être soumises à d’autres et qui, elles aussi, connaissent bien leurs montagnes. La semaine dernière, c’étaient les Ouïgours qui se révoltaient, au Turkestan oriental sous contrôle chinois; cette semaine, c’est le Balouchistan – la province pakistanaise de Absurdistan – qui retient l’attention.

Quelques leaders nationalistes balouch – en mal d’autonomie ou d’indépendance, comme ils le sont tous – ont été assassinés et la population locale soupçonne les services secrets pakistanais d’en être les responsables. La population baluch a des raisons d’être méfiante, car des centaines sinon des milliers de Baluchis ont été interpellés, emprisonnée, parfois torturés et tués durant la présidence de Musharraf au Pakistan.

Musharaff n’est plus là, mais rien n’a pas changé, car le gouvernement d’Islamabad ne compte pas laisser les Baluchis faire sécession et priver le Pakistan du tiers de son territoire, rendant dérisoires ses velléités de s’opposer aux prétentions hégémoniques de l’Inde sur le sous-continent. Bras de fer, donc, car la population baluch donne tous les signes avant-coureurs habituels des provinces qui se voient comme des pays.

Un drapeau national apparaît, les écoliers chahute l’hymne pakistanais, des témoins se manifestent des exactions commises sur la population locale par les forces d’Islamabad depuis des années. Une Armée de Libération du Balouchistan s’est même créée qui a pu, en février, enlever son premier citoyen américain: John Solecki, responsable à Quetta de l’Office des Nations Unies pour les réfugiés. Un enlèvement d’Americain est un signe tangible traditionnel de maturité dans l’insurrection.

Plus grave encore, c’est justement alors qu’il intervenait pour faire libèrer Solecki que Gul Muhammad – l’un des leaders nationalistes balouch dont nous parlions plus tôt – a été assassiné, laissant planer le doute qu’il l’ait été pour provoquer les ravisseurs, les inciter à exécuter Solecki… et pousser les USA a classer Armée de Libération du Balouchistan comme entité terroriste.

Solecki a néanmoins été libéré, mais la méfiance est a son comble au Balouchistan, suscitant une résistance qui pourrait conduire éventuellement à l’accession de cette province pakistanaise a l’indépendance. Un septième visage à la réalité de l’Absurdistan… et rien ne dit que ce sera le dernier…. Il pourrait s’y passer encore bien des choses.

Pierre JC Allard

07-07-09

278 Russie, USA… « Diplomacy »

Aujourd’hui, Obama et Medvedev se sont rencontrés et ont fait la paix. Une rencontre déterminante pour sceller notre avenir immédiat. Ce qui va transparaître de cette rencontre sera un nouveau traité START. Une réduction « spectaculaire » de leurs arsenaux nucléaires respectifs… mais qui, justement, ne sera qu’un spectacle.

Un spectacle, car abaisser de 2200 à 1675 le nombre maximum de têtes nucléaires et de 1500 à 1100 le nombre des “vecteurs nucléaires” – missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers à long rayon d’action – qu’ils se permettront dans 7 ans ne changera en rien leur capacité réciproque de s’annihiler… Start est un buzz pour médias .. et c’est très bien comme ça.

Une bonne nouvelle qu’on ait maintenu l’«équilibre de la terreur » qui nous inquiétait tant il y a 50 ans, mais qui s’est avérée depuis la stratégie pour la paix la plus efficace de l’histoire moderne. Continuons à nous faire peur…on ne se fera pas de mal. L’important de la rencontre n’est pas cette réduction de leurs arsenaux ; l’important est qu’ils se soient mis d’accord. On vient d’annoncer qu’on veut la paix

Le régime Bush ne voulait pas la paix. Oh, il ne voulait pas la guerre, naturellement, l’équilibre de la terreur était bien en place, mais il ne voulait pas la paix. Il voulait aboyer, semer la zizanie, déstabiliser, fomenter des coups aux frontières de la Russie. Il voulait maintenir cette menace constante qui, en forçant l’URSS à consacrer une part exorbitante de ses ressources à sa défense, l’avait empêchée de satisfaire sa population et avait finalement entraîné sa chute.

Le régime Bush voulait la même paix armée, hargneuse… qui n’est pas la paix. D’où ces insolentes provocations, d’aller former l’armée géorgienne pour venir récupérer l’Ossétie du Sud, de financer l’arrivée au pouvoir de régimes antirusses dans les États limitrophes et le projet sans véritable intérêt stratégique – et donc d’autant plus vexatoire, de venir installer des missiles en Europe de l’Est.

C’est à cette stratégie provocatrice et vexatoire que l’accord actuel semble mettre met fin. Obama n’a pas affirmé que cette histoire de bases en Pologne et en Tchéquie était finie, mais tout le monde a compris… Comme en convenant de reprendre les activités militaires communes Russie – USA, suspendues en août 2008, au moment de la guerre russo-géorgienne, on passe le message bien clair qu’il n’y aura plus de bêtises sur le front du Caucase. Il sera intéressant de voir si les Israéliens aussi sortiront de Georgie…

Plus important encore, la Russie a autorisé l’utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan, un accord qui va faciliter énormément la logistique de l’armée américaine…et qui met en évidence que la Russie est bien d’accord pour que l’on garde l’Islamisme comme croquemitaine universel.

Parions qu’il se sera dit bien des choses, aujourd’hui, concernant les Ouighours et tout se pétrole que l’on pourrait exploiter au Sinkiang… Sans parler de celui des autres pays d’Asie Centrale, qu’il serait plus facile d’exploiter si les Russes faisaient régner l’ordre dans cette zone, sinistrée depuis la fin de l’URSS.

Les USA d’une autre époque avaient rêvé d’exploiter eux-mêmes ce pétrole, mais ils se sont sans doute aperçus qu’ils ne pourraient le faire qu’au risque de créer une demi-douzaine de « situations afghanes »… Alors que rebâtir l’économie américaine sera un job à plein temps. Alors on se parle…

Parions aussi qu’on aura parlé de l’Iran. Pas plus que les Américains, les Russes ne sont sans doute heureux de voir cet État sous la coupe de fanatiques religieux. Si Russes et Américains s’entendent, l’avenir de l’Iran se décidera, comme toujours, sans que les Iraniens ne soient vraiment consultés. Et ce qui vaut pour l’Iran vaut pour bien d’autres…

Ce qui semble découler logiquement de la géopolitique actuelle, c’est que si Russie et USA se sont vraiment entendus, ils vont modeler le monde à leur convenance pour longtemps. S’ils n’ont que feint de s’entendre, Chine, Europe, Japon, Islam et les Autres reviendront à la table, dans une partie à multiples joueurs et dans un réseau d’intrigues d’une exquise duplicité.

La situation globale, en ce cas, ne ressemblera à rien tant qu’à une partie de Diplomacy, jouée sur une carte du monde d’aujourd’hui, plutôt que sur celle de l’Europe d’il y a cent ans. C’est la solution imminente qu’il va falloir donner à la crise monétaire qui nous dira quelle hypothèse est la bonne.

Pierre JC Allard

21-06-09

262 Les trois (3) problèmes en Iran

Je ne reviens pas souvent deux fois sur une même question. Exception aujourd’hui que je crois nécessaire, car j’ai passé une bonne partie de ma journée en discussions sur divers médias, sur ce thème que j’abordais hier de l’intrusion des Américains dans la démocratie iranienne à grands coups de Twitter

Il y a présentement en Iran deux (2) problèmes domestiques graves: celui de sa gouvernance et celui de la démocratie. Le troisième problème, qui lui vient d’ailleurs, est qu’on confond les deux premiers problèmes à plaisir pour des intérêts inavouables.

1. Le problème de la gouvernance en Iran, c’est celui d’un peuple qui a connu de meilleurs jours, que le pétrole a enrichi par castes et donc de façon bien inégale, d’un pays manipulé par des intérêts étrangers et leurs alliés nationaux et dont la couche la moins prospère et la moins éduquée s’est réfugiée dans sa religion.

Ce qui exerce le pouvoir réel en Iran – et on ne devrait pas prétendre le connaître – fonctionne sous l’étendard d’une théocratie chiite, dont le pouvoir s’étend en vertical, d’une tête sans doute aussi agnostique et corrompue que celle des autres religions, jusqu’à un bas clergé, parfaitement obscurantiste, sans doute pas si différent dans ses moeurs que celui qui occupait l’Europe au Moyen-Âge. Ce qui nous amène au deuxième problème.

2) Le deuxième problème est celui de la démocratie. Ce bas clergé en Iran est assez intégré dans cette cette couche majoritaire « moins prospère et moins éduquée » de la population et il y est si dominant, que toute décision qui sera prise démocratiquement en Iran le sera selon les instructions de ce clergé. La démocratie en Iran conduit à l’obscurantisme. Toute évolution en Iran passe donc par une mise en veilleuse de la démocratie le temps de diffuser une éducation moderne.

Ce qui donne beau jeu pour intervenir à ceux qui ne souhaitent PAS une évolution en Iran. Le Shah a tenté cette évolution et, bien sûr, on lui a opposé une résistance populaire quand on a voulu s’en défaire. Ce qui est original, aujourd’hui, c’est que les Américains prétendent se débarrasser de la démocratie obscurantiste en lui opposant une autre « démocratie ».

C’est du Novlang à la 1984, car c’est une « démocratie » conforme à la vision USA et dont le peuple ne veut pas. Cette gouvernance peut être évolutive si on veut, mais certes pas démocratique au sens réel du terme qui est de correspondre au désir de la majorité. Si on parvient à imposer une rvolution, on aura tout sauf une démocratie. On aura une mainmise étrangère et c’est le troisième problème. Immédiat.

Les Américains tentent d’installer en Iran, pour des raison que nous n’avons pas à discuter ici, un bypass qui va contrôler la psyché des Iraniens le temps de changer pour eux le gouvernement contre la volonté de la majorité et de dire qu’ils l’ont voulu. C’est du Goebbels 2.0.

Pour le justifier, on veut convaincre l’Occident qu’il y a en Iran une contestation qui est le fait de tous les Iraniens, alors qu’elle n’intéresse qu’une petite partie de la population. J’ai passé des décennies dans des pays pourtant opprimées, où la liberté telle que nous a concevons n’entrait pas à l’agenda des populations. C’est le cas en Iran. La majorité de la population iranienne aime les mollahs et a voté pour Ahmadinejad.

On veut donc feindre une décision démocratique en s’appuyant sur une élite contre la majorité. Cette approche est dangereuse. Bien sûr, on a aussi fait la révolution française en s’appuyant sur une élite, mais il suffisait alors d’une toute petite partie de la population pour la faire. Aujourd’hui, le développement des communications rend la démocratie, au sens réel de consensus, de plus en plus incontournable

En imposant une « démocratie » contre le consensus, on va donc va faire face à de graves dissonances cognitives qui vont mener à une catastrophe. Comme partout où les Américains sont intervenus récemment.

Si le gouvernement en place en Iran et auquel la population vient d’accorder sa confiance est évincé, on va créer un espace ininterrompu d’anti-occidentalisme, d’anarchie et de rébellions plus ou moins ouvertes de Herat à Gaza. Même les USA ne peuvent pas contrôler un tel espace hostile, lequel, incidemment, est encerclé par la Russie, la Chine et l’Inde.

Ne me voyez surtout pas comme pro-islamiste. Je n’ai aucune amitié pour la théocratie ni le brassage des cultures. Je ne veux que la paix, le respect des autres et notre propre développement comme Occidentaux. Je dis seulement que l’on fait des bêtises.

PIerre JC Allard

16-06-09

257 Kafka et le quatuor des Bermudes

Oubliez le Triangle des Bermudes. Ces mystérieuses disparitions de navires et d’avions, qui font les beaux dimanches d’août des publications specialisées en Martiens et femmes à barbes à deux têtes, palissent de banalité, maintenant que la petite ile de l’Atlantiue s’est trouvé une véritable vocation au-dela des bicyclettes et des terrain de golf: l’accueil des Ouighours.

Pour le moment, ils sont quatre. Un quatuor de Ouighours qui pataugent dans la mer turquoise. Peut-être en viendra-t-il d’autres, car ceux qui sont là ont l’air d’apprécier. Il faut dire qu’après 7 années de detention à Guantanamo, on aime bien quelques jours de vacances….

Qu’est-ce qu’un Ouighour ? Un musulman de la province chinoise du Sinkiang. Comment un Ouighour va-t-il aux Bermudes ? En se fâchant avec les Chinois et en se refugiant en Afghanistan. C’est tout près. Prenez la Route de la Soie vers l’est, tournez à gauche n’importe où et cherchez des gens qui n’ont pas peur des Chinois. Quand vous trouvez un camp confortable, planquez vous.

Si votre camp est bombardé, c’est sans doute les Américains. Fuyez vers le sud, traversez la premiere frontière, vous êtes au Pakistan. Tous musulmans. On est entre frères, mais les temp sont durs… Ne vous étonnez donc pas si la population locale, qui n’en a rien à cirer de vous, de la Chine ni de l’Asie Centrale en bloc, vous vend aux autorités pakistanaises pour un chameau ou un yak. Les susdites autorités vous refileront alors pour quelques dollars aux Américains qui cherchent Bin Laden. Vous êtes sur la bonne voie.

Chez les Américains, musulman, vous êtes dangereux. Vous étiez dans un camp ? Ça se gâte… Vous avez eu des mots avec les Chinois ? Impossible. Il n’y a pas de case à cocher pour « Ouighour anti-chinois ». Les Chinois ne sont plus dans l’Axe du Mal – because tous ces trillions qu’on leur doit, n’est-ce pas – mais ils ne sont pas vraiment dans l’Axe du Bien. Votre cas est bien ambigu… Hop, charter sur Guantanamo !

Salahidin Abdulahat, 25 ans, et trois copains vont passer 7 ans à Guantanamo. Sont-il des terroristes ? Avaient-ils l’intention coupable de faire le coup de feu contre les G.I ? On les interroge, mais il y a toujours cette histoire de Chinois qui revient. On va donc les faire interroger aussi par les Chinois. C’est là que Kafka pourrait nous aider car, pendant 7 ans, on ne s’est pas apercu qu’ils n’avaient pas le profil Al-Qaeda. Mauvaises questions, sans doute.

7 ans. Jusqu’à ce qu’Obama decide que Guantanamo est bien encombré. Là, la lumiere s’est faite. Parmi tous les gens à qui l’on n‘avait rien a reprocher, il n‘y en avait pas de plus inoffensifs que les Ouighours. Allez, sortez-moi ça de là ! Mais les Américains n’en veulent pas aux USA et les renvoyer chez eux serait mauvais pour l’image, car le Sinkiang est toujours en Chine où ils risqueraient la version orientale du waterboarding. Donc…

Donc, vite dans la cour du voisin. Le voisin, c’est les Bermudes. On peut s’arranger… Le quatuor Ouighour se retrouve ainsi sur le sable blanc des Bermudes au frais du contribuable américain et ça pourrait durer longtemps. Moins cher que de les garder en tôle, de toute façon…. Ils y auront peut-être des enfants et des petits enfants… Peut-être un mystère pour les anthropologues de l’avenir.

Agréable dépaysement pour Abdulahat, qui a maintenant 32 ans, car il est difficile sur cette planète de vivre plus loin de la mer qu’au Sinkiang. Il dit qu’il n‘en veut pas du tout aux Américains pour ces années à Guantanamo. Khaleel Mamut, un autre du quatuor, dit qu’il adore les Bermudes. “Vous lancez un appât, le poisson mord toute de suite… “

Il y a 13 autres Ouighours encore à Guantanamo, et ils adoreraient aussi, sans doute. Prenez des Américains, des Ouighours, des Chinois, une plage aux Bermudes… et on peut faire du vaudeville avec Kafka. Tout est bien qui finit bien. Pourquoi « les » Bermudes, alors qu’il n’y en a qu’une ? Souvenez vous seulement que Dieu est grand et que les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre.

Pierre JC Allard

03-05-09

Du danger des pétards mouillés

Ceci sera ma dernière intervention sur le thème de cette grippe de cochons et j’invite tous ceux qui s’y intéressent – surtout les vieux sceptiques et cyniques qui ont soupçonné dès le départ qu’il s’agissait d’un pétard mouillé – à se réfugier aussi désormais dans un quant-à-soi  dont ils ne sortiront que quand ils auront une solution à proposer au problème.

 Je ne parle évidemment pas du problème que posent les épidémies et pandémies; il y a pour ça des ressources scientifiques qualifiées qui feront pour le mieux, si on veut bien les laisser faire leur boulot au lieu de les en distraire en les affectant prioritairement à promouvoir la vente des vaccins et pilules par des déclarations intempestives. Je parle du problème bien plus grave de l’avènement de la transparence dans la gouvernance

Le système, qui depuis toujours vit sur des mensonges, voit la vérité arriver de partout, comme une  intruse sans papiers, et est bien ennuyé de cette soudaine pugnacité de ses ouailles qui ne veulent plus avaler des couleuvres… Depuis le 911, des cohortes d’anticomplotistes ont donc été envoyées au front pour tenter de discréditer tous ceux qui se posent des questions.  Des questions sur les tours qui tombent, mais aussi sur l’Irak, l’Afghanistan, la valeur de l’argent, celle du travail, les medias, la démocratie… des questions sur TOUT. Plus rien de sacré et c’est dans ce contexte qu’arrive cette ubuesque histoire de pandémie qui aura finalement fait moins de victimes qu’une escarmouche dans l’une ou l’autre de ces contrées où l’on a semé la pagaille. Danger pour le système.

Danger pour système qui, ayant eu l’imprudence de s’en remettre à des menteurs amateurs a fait lui-même ici un travail d’amateurs. Si on a vite douté des évocations d’apocalypse diffusées par les medias, c’est en grande partie à cause des messages déroutants qui sont venus de ces experts appelés à la rescousse pour corroborer les incitations à la panique.  Sortis de leurs labos, ils se sont continuellement enfargés dans la vérité quand on leur a demandé de faire peur sans vraiment inquiéter

La performance des experts a été lamentable. Une incompétence prévisible, car on ne se sort pas un PH.D en chimie en maniant l’ambiguïté.  La prochaine fois, on enfermera les gens à chienne blanche dans leurs labos pour la durée de l’opération – comme les journalistes dans les bars à Bagdad durant “Desert Storm” – et on laissera les pros de Madison Avenue nous bâtir une vérité.

 Parler de la prochaine nous ramène au problème. Le vrai problème. L’industrie pharmaceutique va devenir au XXe siècle la première activité économique. Comment évitera-t-on  les assauts  périodiques de ces commerçants dont la raison de vivre ne peut être que de commercer et pour qui la santé et la vie ne sont donc que des variables à manipuler ? 

Ils ne sont ni meilleurs ni plus mauvais que les autres professionnels auxquels l’incontournable spécialisation d’une société d’abondance confère le dangereux pouvoir d’être les seuls à connaître, mais ils doivent faire leurs boniments dans un domaine qui nous tient littéralement bien à coeur.  Il va falloir surveiller ça de près.

La gérance et la surveillance de l’industrie pharmaceutique sont  à revoir et j’en parle ailleurs. Ce que je veux souligner ce matin, c’est uniquement  l’inopportunité de pousser trop loin dans la critique de cette opération médiatique assez mal léchée. On n’empêchera pas Quidam Lambda, qui a porté un masque mal ajusté et n’a pas envoyé ses enfants à l’école pendant des jours, de se demander si on a voulu le berner.   Il va comparer les énoncés douteux exprimés avec tant d’apparente sincérité par les medias sur cette ”terrible menace de pandémie”, avec les autres énoncés sur le même registre par les mêmes médias concernant tant d’autres menaces…

Q.L pourrait bien commencer à rigoler plus souvent. Ou ne plus rigoler du tout, ce qui est le niveau “6” de l’incrédulité. Cette affaire aura bien sans doute apporté quelques milliards aux Roche et Sanofi-Aventis de ce monde, mais au prix d’une spectaculaire perte de crédibilité du système et de ses medias.   En valait-ce la peine ?  Danger pour le système.

Danger aussi pour nous.  Ne soulignez pas trop cette bavure, car si les fausses pandémies savamment orchestrées commencent à faire rigoler, le risque est bien réel, qu’une vraie n’apparaisse nécessaire…. Et si elle est NECESSAIRE, elle viendra.

 

Pierre JC Allard

26-04-09

Le précipité Taliban.

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
Tags: , ,

Précipité: Corps insoluble formé par réaction entre deux ou plusieurs substances en solution  ou par une action physique sur une substance en solution (Man.Man. Méd. 1977).

Un peu tout le monde – et surtout les USA, premiers concernés – ont semblé pris au dépourvu, il y a quelques  jours, quand les milices taliban sont descendues tranquillement et sans coup férir de la frontière afghane vers Islamabad.  On se demande bien pourquoi.  Il n’y a pas un mois que le gouvernement du Pakistan a capitulé sans conditions, pour s’acheter un peu de paix pour un peu de temps, en livrant aux dits Taliban une province du nord du pays où ils font désormais la loi.

Leur loi. Avec la fermeture des écoles pour filles, la justice de la charyia – avec la menace de lapidation et d’amputation – et des femmes fouettées sur video pour avoit été vues publiquement aux côtés d’un homme qui n’était pas leur propriétaire en titre…  Leur loi.  Les  taliban n”ont pas conquis cette province, on la leur a cédée. Le gouvernement du Pakistan a accepté que s’installe sur son territoire un pouvoir qui ne lui est pas soumis.  

Aucun État ne peut tolérer cette situation et se pretendre encore l’État. De fait, cette province n’est plus le Pakistan. Elle est un État tampon qui n’attend pour se joindre à l’Afghanistan que le retour des Taliban au pouvoir à Kabul. Croit-on que le gouvernement d’Islamabad l’aurait accepté s’il avait eu la moindre chance de l’empêcher ?

Pourquoi s’étonner qu’il ne réagisse pas à l’avancée suivante des Taliban ? Est-ce qu’on va longtemps feindre de croire qu’il suffirait d’une décision politique pour que l’armée pakistanaise reprenne la situation en main ?  La réalité, c’est que  le nationalisme exacerbé qu’on y cultivait depuis 60 ans  et le fanatisme religieux  qui est revenu en force avec le soutien des USA  à ceux qui luttaient en Afghanistan contre la presence soviétique faisait du Pakistan un précipitant. Maintenant il y a eu condensation:  les Talban.  Un précipité au sens strict: un corps insoluble dans la nation pakistanaise.

Ce “corps insoluble” inspire un sentiment d’appartenance plus fort que celui envers l’État à une large partie de la population pakistanaise. Une cinquième colonne omniprésente rend donc vaine toute tentative pour contrer les Taliban.  On ne peut même penser à une situation de guerre civile, car, au contraire des pays du Moyen-Orient où Chiites et Sunnites s’opposent  dont on peut mettre à profit les dissensions, il n’existe pas au Pakistan un autre fanatisme d’intensité  équivalente à opposer aux Taliban.

Il n’y a, face aux Taliban, que des politiciens discrédités par la corruption et le népotisme, don’t la laïcité discrete cadre mal avec les fondements de la nation pakistanaise bâtie sur sa spécificité religieuse dès le depart et avec l’État lui-même qui s’affirme islamique dans sa constitution.  Les Taliban sont le résultat tout a fait prévisible des forces qui ont été mises en action au Pakistan.

Le précipité est devenu la masse. Le gouvernement d’Islamabad ne fait pas marcher l’armée contre les Taliban parce qu’on ne sait pas  – ou l’on sait trop bien –  de quel côté, mise à part une petite garde prétorienne, la majorité des troupes se rangerait si l’on en arrivait à un affrontement. C’est ce que viennent de signifier les Taliban, en marchant sur Islamabad, puis en se retirant à leur convenance et sans que le moindre effort ait été fait pour les y contraindre par la force militaire.

Si les Taliban n’ont pas encore pris formellement le pouvoir au Pakistan, c’est qu’ils ont plus a tirer des concessions qu’on leur fait pour qu’ils ne le prennent pas.   Nous ne connaissons pas ces concessions, mais il n’est pas impossible que les Taliban reviennent au pouvoir en Afghanistan, dans un gouvernement de coalition don’t on polira l’image pour qu’il semble présentable. Il n’est pas impossible que le contrôle du Pakistan même leur soit abandonné, pour autant qu’ils veuillent bien prétendre ne pas avoir ce contrôle et qu’ils ne touchent pas l’arsenal nucléaire.

Le monstre qu’on a nourri grandit.  Il a atteint la taille où il doit être amadoué. Le défi des USA, maintenant, est de faire en sorte que cette défaite apparaisse comme une victoire.   Des cheveux blancs pour Obama.

 

Pierre JC Allard

Propulsé par WordPress.com.