Nouvelle Societe

24-11-15

Nouveau Paradigme (2) : Le « faire-ensemble »

Filed under: Auteur — Pierre JC Allard @ 12:05

 

Dans mon article précédent – (Nouveau Paradigme (1) : La satiété) – j’ai musardé un peu sur cette première manifestation d’un changement de paradigme qu’a été la prise de conscience d’une possible satiété. C’est qu’elle est CRUCIALE et que je ne voulais vraiment pas qu’elle passe inaperçue. Pas si facile, car des poids lourds comme Schumacher ont dû dire : « small is beautiful » souvent, pour qu’on accepte de les prendre au sérieux, et Leopold Spohr, malgré son quasi-Nobel, n’y est jamais vraiment parvenu !

C’est qu’il n’est pas intuitif que ‘’PLUS ‘’ puisse ne pas être MIEUX. Et le petit singe doit APPRENDRE que c’est en lâchant les cacahuètes, que sa main ouverte pourra sortir de la cage dont son poing fermé ne sortirait jamais…

Il y a eu résistance, mais on a finalement compris, au vu des rapports des éclaireurs revenant du Pays de Cocagne de l’abondance, que celle-ci n’apportait pas le bonheur et qu’on pouvait même songer à contourner cette pseudo Terre Promise. Ils sont de plus en plus nombreux, aujourd’hui, à renier l’obsession de la possession du matériel.

Le nouveau paradigme n’est pas un rejet doctrinaire du matérialisme, du moins pas encore, mais les transgressions au dogme, les compromis et les accommodement, avec une réalité plus équivoque où tout ne se mesure pas, sont bien fréquentes.

Ainsi, le passage vers une économie tertiaire. Comprend-on bien que 80% de ce qu’on « veut », ne consiste plus en « biens »… mais en « services » qui sont, par définition sans substance et donc INAPPROPRIABLES ? Maintenant, ce qu’on cherche, c’est à créer  cen soi ou autour de soi des états éphémères, des situations en mouvance, des abstractions souvent subjectives… La vie devient une recherche d’événements, et on voit bien que le rapport de ceux qui possèdent à ceux qui ne possèdent pas. mais travaillent et consomment, n’est plus du tout celui du seigneur à SA glèbe sur laquelle son serf devait s’activer ou périr….

Toute possession est devenue impermanente, voire aléatoire. Il faudra s’y faire. Le nouveau paradigme, c’est que dans une société basée sur le commerce et la concurrence, le rapport du proprio aux non-proprios, s’est même inversé ! Quand un producteur est privé d’acheteurs, il va à la ruine bien plus vite que le consommateur auquel son fournisseur fait faux bond ! 

Et quand à la désuétude technique vient s’ajouter une obsolescence planifiée qui est une arnaque prévue et consentie, on comprend que posséder une richesse matérielle ne soit plus rassurant… On la remplace donc par une richesse immatérielle de pure confiance, entre les mains d’un banquier….  Ce qui est bien pire, mais est conforme à la tendance vers la dématérialisation. Et toutes les corporations sont maintenant de fait « de mainmorte » car on sait bien que les lois ne durent pas plus que leur opportunité et que le capital, de toute façon, mourra lentement de l’inflation.

Bâtir sa sécurité et son bonheur sur la richesse est donc devenu un acte de foi, et toute l’Histoire est témoin que cette foi a toujours été trahie. Quand on la voit comme inconstante autant que triviale, la désaffection envers la richesse croît encore. Le danger est grand, d’ailleurs, qu’on prenne la richesse de notre société pour acquise et qu’on néglige d’en prendre soin. (Les prophètes du revenu pour tous sans contrepartie-travail me font frémir).

Mais cela est a contrario, et donc un autre débat. Mon présent propos, c’est qu’après un premier pas qui été la prise de conscience de la satiété, le deuxième vers le changement de paradigme a été le constat de la précarité de tout équilibre durable du matériel, dans un monde où la seule constante est la nécessité de la constante adaptation au changement. Chacun sait qu’il est lui-même – comme le système tout entier – en équilibre en mouvement sur sa bicyclette… et qu’il ne freinera pas sans mettre pied à terre ou tomber

Dans ce contexte, l’enrichissement matériel qui implique permanence et continuité apparaît comme un autre leurre du paradigme que nous délaissons. En avons-nous tiré toutes les conséquences ? Avons-nous insisté suffisamment sur celle, inéluctable, que cette précarité conduit à une préférence croissante pour le « faire-ensemble » ?

J’ai lu récemment que, comptant non seulement les intervenants directs, mais tous ceux qui indirectement doivent apporter leur soutien à une chirurgie de pointe, par exemple, c’est par milliers qu’on doit noter tous ceux qui ont contribué à la formation et à l’entretien de ces intervenants, ainsi que ceux en aval qui, à multiples paliers, ont mis la main à la pâte pour l’entretien et la formation de ces derniers.

C’est par milliers aussi qu’il faut compter ceux dont l’apport a été indispensable, tout au long d’un processus sans failles, pour qu’à toutes les étapes de l’aménagement des lieux, comme de la conception et réalisation des équipements requis – du scalpel, au ventilateur, à l’ambulance – naissent les conditions et la disponibilité des ressources permettant cette intervention.

Ajouter la variable administration et les autres services, et on a une implication qui tend a être exhaustive de tous dans la réalisation de tout. Il est important de prendre conscience de cette INTERDÉPENDANCE. Car si la satiété qui nous advient est une gifle à Malthus, la collaboration qui s’impose maintenant en est une à Darwin.

La complexité d’une société de services met en évidence, comme jamais auparvant, la nécessaire complémentarité qui seule permet de transcender « ensemble » les contraintes que la nature nous impose comme individus. Le seul avenir raisonnable pour les humains est de se percevoir comme humanité. Le nouveau paradigme exclut donc une société d’individualistes. Il en est à exclure l’existence même de sociétés libérales se réclamant de l’individualisme.

La prochaine société sera celle qu’on bâtira avec son prochain. Elle sera une adaptation – religieuse ou laïque, peu importe – du message christique de s’aimer, et non la vision darwinienne d’une incessante destruction les uns des autres dans le refus fanatique de la solidarité. Cette Nouvelle Société sera entrepreneuriale, mais dans le cadre d’un respect strict de l’essentielle collaboration sans laquelle aucune société n’est viable, ni aucun vrai progrès possible.

Il y au Nouveau Paradigme, un autre volet que certains trouveront bien étonnant. J’en parlerai dans le troisième article de cette série.

 

Pierre JC Allard

 

Un commentaire »

  1. Bonsoir PJCA,

    Mais vous êtes féministe ma parole :

    « Le seul avenir raisonnable pour les FEMMES est de se percevoir comme humanité. Le nouveau paradigme exclut donc une société d’individualistes. Il en est à exclure l’existence même de sociétés libérales se réclamant de l’individualisme. »

    La solution est la matricité. Les « reines des abeilles » considèrent déjà les mâles comme des « faux bourdons ». La généralisation de la procréation assistée bouclera la boucle.

    Salutations

    Commentaire par Le Gaïagénaire — 22-05-16 @ 9:39


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