Nouvelle Societe

15-10-14

Ukraine et al; Solve et coagula

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 2:49

tome9 COUVERTURE

Dans quelques jours, sera publié le neuvième et dernier tome de la collection Nouvelle Société, lequel traite de la gouvernance et de l’administration de l’État.  Un chapitre de ce volume traite précisément du problème que posent à la démocratie des appartenances qui s’imbriquent comme des « poupées russes »… Vraiment russes aujourd’hui en Ukraine, mais le problème de ces appartenances gigogne va bientôt surgir partout. Je pense utile de publier ici un extrait de ce chapitre

Le but premier de la création d’un État, c’est sans doute qu’en soit exclu, au profit d’un arbitrage, l’usage de la force pour y régler les conflits et les différends. Exclu entre les parties, s’entend, puisque la force est toujours là, au niveau de l’État : c’est cette force qui impose l’arbitrage. Cela, jusqu’à maintenant, était tenu pour acquis et l’ordre relativement facile à imposer ; mais l’individu jouant une rôle de plus en plus spécifique et complémentaire a maintenant le pouvoir de contester efficacement toute décision de l’État qui ne lui plait pas, simplement en n’agissant pas, en  créant autour de lui le désordre. Une ataxie partielle, qui devient totale, si le nombre des mécontents atteint un seuil critique. Un seuil qui devient de plus en plus bas….

Évidemment, plus un ensemble est hétérogène, plus grand est le risque de devoir y prendre des décisions qui ne plairont pas à tous. Un État global, quand on parviendra à l’instaurer, n’aura donc pas la force de simplement imposer son arbitrage. Il ne pourra gouverner efficacement qu’en s’appuyant sur un très large consensus. Même quand l’État global sera en place, le maintien en sera toujours précaire, car il ne sera plus jamais profitable de retenir les gens contre leur gré dans un ensemble de gouvernance. L’État n’aura pas la force d’imposer son arbitrage par la force et devra agir par consensus

Un État global est souhaitable. On va le créer et on veut qu’il dure. il faut donc s’assurer qu’on ne lui confie que les mandats qui font l’objet d’un large consensus et seulement les pouvoirs qui sont essentiels à la satisfaction de ces mandats. L’objectif concret est de ne ramener au palier d’un gouvernement mondial que les décisions ESSENTIELLES à tous. Il est possible de créer un consensus universel pour qu’elles soient confiées à un État global, mais seulement si on s’en limite au plus grand dénominateur commun et que le champ des compétences qu’elles recouvrent reste donc minimal.

Un consensus pour les lui confier ne présume ni n’exige que chaque décision de l’État global soit ensuite accueillie avec enthousiasme, seulement qu’elles le soient toutes par tous avec tolérance, acceptées sans discussions parce que la gouvernance qu’elles expriment est reconnue par TOUS comme un avantage net. Tous ceux, disons, qui dans une foule et ayant la force de le faire, choisiraient d’empècher le quidam à leur côté de dégoupiller une grenade. Appelons ce consensus celui de de la survie. Cette consensus peut être élargi, mais n’est possible que si tous conviennent que ce qui en excède ne doit pas être décidé au palier de l’ensemble hétérogène, mais a un palier intermédiaire… dont le champ de compétence doit faire consensus.

Ce sur quoi il n’existe pas un consensus au palier de l’ensemble doit être laissé à la décision d’instances gouvernant les populations plus homogènes de sous-ensemble définis justement en fonction de cette homogénéité. Une homogénéité qui facilite que l’on obtienne, au sein de ces sous-ensembles, les consensus nécessaires, mais suffisants pour y attendre les objectifs qu’on s’y est fixés

Des consensus impossibles à obtenir au palier de l’État global – l’ensemble de référence ayant la charge de procurer ce qui correspond aux besoins essentiels de tous – peuvent être obtenus au palier des sous-ensembles, puisque ceux-ci n’ont pour mission que de répondre aux désirs apparentés de ceux qui appartiennent à l’un ou l’autre de ces sous-ensembles plus homogènes… définis justement par la similitude des déssirs qui y prévalent

On peut ainsi créer un État global qui réponde aux exigences de la gouvernance par consensus. Mais on voit que son émergence est conditionnelle à l’existence préalable de ces instances plus homogènes qui puissent en constituer les sous-ensembles, chacune disposant légitimement, au départ, aussi bien des pouvoirs qu’elle accepte de céder à l’État global en choisissant d’en être partie que des autres pouvoirs qu’elle souhaite se conserver.

Constituer ces sous-ensembles ne sera pas pas facile, puisque l’appartenance de chaque individu est la resultante de diverses combinatoires et que les forces qui s’exercent sont parfois implicites et jamais quantifiées… Mais on devra être pragmatique et faire pour le mieux. L’important est que que la chaîne de consentements qui va de l’individu à l’État global ne soit pas brisée. il faut que les citoyens de chacune des instances qui constituent les paliers de gouvernance sous l’État global en gestation – et qui transmettront à celui-ci le pouvoir consensuel minimal dont il a besoin – soient aussi disposés à maintenir un consensus au palier de leur propres sous-ensembles. Il faut, en considération des avantages qu’ils en retirent, que les entités participantes à tous les niveaux consentent aux sacrifices que peut leur imposer le respect des décisions majoritaires qui y sont prises.

C’est là que les choses se complexifient. Les instances qui constituent le palier de gouvernance immédiatement sous l’État global en gestation, ce sont les 197 États membres des Nations Unies – ou autant qu’il y en aura le jour où la musique s’arrêtera   Or, peu de ces États sont aussi homogènes qu’ils devraient l’être, parce qu’ils ne se sont pas formés en fonction de l’homogénéité, mais selon les caprices de l’Histoire et au hasard des conquêtes. Étant eux-mêmes hétérogènes, ces États n’inspirent pas tous chez leurs citoyens respectifs un profond sentiment d’appartenance. Les consensus y sont fragiles.

La gouvernance, dans ces États, n’est pas toujours, non plus, consensuelle ni même démocratique. Le pays réel de la société globale est donc parsemée, ici et là, de minorités qui sont souvent victimes, parfois rebelles, presque toujours un peu mécontentes. Ces États ne sont pas des modules solides qu’on peut utiliser sans réserve comme éléments de confiance dans la construction de l’État global. Les blocs sont trop friables. Avant de s’investir dans l’État global, il faut vérifier la résistance de matériaux.

On ne peut donc pas simplement créer l’État global en partageant les pouvoirs avec ces États souverains actuels et espérer qu’il en sortira une structure de gouvernance consensuelle. On n’hériterait que d’un consensus illusoire et d’une légitimité de gouvernance viciée ab initio. Avant de se commettre à un État global, il va falloir rationaliser la chaîne de gouvernance.

On ne peut obtenir de la population le consensus qui devient essentiel à sa gouvernance que si les pouvoirs sont scrupuleusement repartis, le long de la chaîne de gouvernance qui va de l’État global à l’individu, en les laissant toujours par défaut au palier le plus près de l’individu et en ne déléguant à une instance de niveau supérieur que ceux qui, selon le consensus de la population, DOIVENT lui être délégués

Cette chaîne de gouvernance n’est satisfaisante que si elle constitue une pyramide de gouvernance consensuelle ainsi bâtie de bas en haut. Malheureusement, cette construction de bas en haut semble bien utopique dans la réalité, car il y a des situations de fait et des droits acquis, de mauvaises habitudes, aussi, qui ne permettent pas qu’on fasse table rase des entités de gouvernance en place. C’est donc « à l’envers », de haut en bas, qu’il faut rationaliser la gouvernance, en émulant, dans toute la mesure du possible, ce que l’on aurait fait si l’on avait dès le départ procédé « à l’endroit »,

Le défi le plus exigeant, pour ceux qui aujourd’hui mènent le monde, comme pour tous ceux qui contestent le Système, mais veulent néanmoins un gouvernement mondial démocratique, le progrès n’est donc pas de constituer l’État global. Le vrai défi est de rendre possible la démocratie planétaire en gestation en réorganisant toute la structure de gouvernance mondiale pour qu’elle devienne cohérente et consensuelle. Cela exige que, tout en tenant compte des États actuels, on s’efforce de les modifier pour créer de nouvelles entités qui correspondent vraiment à une distribution intelligente de l’autorité et du pouvoir. Il faudra le faire….

Pierre JC Allard

Un commentaire »

  1. « en ne déléguant à une instance de niveau supérieur que ceux qui, selon le consensus de la population, DOIVENT lui être délégués » et y adjoignant un contrôle en continu assorti d’un pouvoir de sanction (majoritaire) à propos des fautes constatées dans l’exercice ou non des fonctions de l’élu ! ! !

    Commentaire par zelectron — 15-08-15 @ 3:34


RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.