Nouvelle Societe

23-06-14

Le Sens des faits – Volume 4

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:09

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LE SENS DES FAITS

Volume 4

 Chronique-memento

CENT textes de 2009-2011

Introduction

Les cent (100) textes de ce Volume # 4 recouvrent la période allant de septembre 2009 à novembre 2011. une périodede mutation pour les blogues qui sont désormais tenus pour acquis. Le phénomènes des ‘ »trolls’ arrive aussi a maturité: moins de spontanéité dans la sabotage et on percoit des actions concertées pour manipuler  l’opinion.  Agoravox, avec son auteurat ouvert, est la pensée citoyenne qui infiltre le journalisme traditionnel;  Rue 89,  plus encadré , est le jourmalisme traditionnel qui investit les blogs…

Les textes de ce volume #4 devraient devrait vous rappeler quelques souvenirs. Au Québec, l’affaire Turcotte, Bastarache, Claude Robinson, le Maire Tremblay… Au Canada, les élections de 2011 et l’émergence du NPD de Layton. mais aussi la manifestation de l.étonnnate nouvelle volatilité de l’electorat. En France, la rue qui commence a gronder, L’islam qui monte, la notion d’identité qui en prend plus de place. Sarkozy  qui polarise la société et surtout le scandale DSK.

Ailleura dans le monde, la Chine qui s’affirmce, Assange et Wikileaks, Anonymous, une nouvelle dimension de la remise en question de l’ordre établi. Un regard sur Cuba et l’infamie de l’intervention en Libye qui a sans doute été le point de non retour pour l’Occident, alors qu’on voit l’opinion publique sur l’internet se transformer  et pssser d’un soutien à la politique nationale qui semble aller de soi…  sa véhémmte contestation.

Pierre JC Allard

301. Dans la boule de cristal   09.09. 01

Alfred Desrochers, poète québécois de l’époque où le rap pouvait encore marcher sur douze pieds, parlait des “jours gris que septembre ramène”.  La visibilité est bien bonne cet automne, le plafond est haut et il semble bien que, comme disait le susdit poète, nous allons parcourir cette saison “nimbés de souffles d’ouragans”.   Au cours des semaines qui viennent, je vais me remettre à l’actualité, car c’est bien MAINTENANT que “ça va se passer”.

Je vais attirer votre attention sur certains dossiers, allant du particulier au général en ajustant mes multifocales québécoises.  Au foyer le plus proche, je vais même parler quelquefois des élections à Montréal. Pour ceux du « 75 » et assimilés, ne craignez pas de vous y perdre:  il n’est pas nécessaire de connaître pour comprendre, c’est comme chez vous….  Mon premier article sur ce thème – Mairofolies –  laissera pressentir la couleur.

Passant du municipal au provincial (national) québécois, nous verrons une petite partie de ce que Jean Charest ne fera pas, de ce que  le Parti Québécois privé de son Démosthènes Legault ne dira plus et de ce à quoi l’ADQ sans Dumont ne pensera même pas. Un mot pour les autres, Verts et QS, seulement s’ils se rendent intéressants dans leurs versions respectives de « Rêves d’’enfants »

Au fédéral canadien, nous couvrirons cette élection qui vient et qui, hélas, n’a pas des airs d’insurrection. Nous le ferons avec la même tendresse que met un pit-bull à couvrir une levrette.   Je n’aime ni Harper ni Ignatieff, mais j’essaierai de les détester sans parti-pris, avec équité et équanimité, en ne répétant de chacun que le moins dégueu de ce que l’autre en dira. Je leur trouverai une raison d’être ; peut-être même un sens: le travail de fiction ne me répugne pas.

En France, c’est le bon sens que je chercherai : le travail d’analyse a aussi ses charmes.  Je verrai donc si les circonvolutions des politiques partisanes permettent d’entrevoir la réalité présente – pas si rigolote – d’une politique dont les éléphants devenus souvent des éléphantes ne pensent qu’a un accouchement en 2012.  Il y aura aussi cet emprunt dont nous parle le Prince-Président. Mais en aura-t-il le temps ?

Derrière la France – ou, de plus en plus, devant la France – l’Europe.  Resserrement à Strasbourg contre un Lothaire américain ?  Il ne faut jurer de rien, mais l’Allemagne fait de timides pas à gauche… Si elle y prenait goût ?  Et le dossier immigration va s’enfler avec la crise ; en Italie peu à peu, peut-être en Angleterre d’un seul coup. Il y a aussi l’hypothèse d’un rapprochement de l’UE avec la Russie qui changerait complètement l’équilibre des forces dans le monde. Pour tout de suite ou pour plus tard ? A suivre avec attention.

Je m’attaquerai, comme tout le monde, à l’énigme américaine.  L’Establishment a-t-il vraiment décidé de mettre au rancart capitalisme et du même coup démocratie pour instaurer une « démocratie » encore moins démocratique ? Si oui, il contrôlera d’abord l’internet, qui devient une sérieuse épine au pied, avant de pousser à plein régime la pression médiatique et d’installer un « état d’urgence » qui ne sera plus un État de droit. Pensez à de grandes marches aux flambeaux

Le signe avant-coureur de l’issue de cette lutte entre les « Anciens » – tenants de la gouvernance par une corruption sans limite – et les « Modernes » du New World Order, qui croient qu’on peut désormais la faire avec des slogans et des menaces.  Il apparaîtra quand on verra l’aboutissement du dossier de l’assurance maladie.  Un autre signe avant-coureur de l’évolution vers une dictature bienveillante sera que, si elle s’installe, je ne parlerai plus que de poésie.

Dans les marches de l’Empire, je jetterai coup d’œil de temps en temps sur ce que font les Japonais, les Indiens, les Brésiliens, les Africains. Et bien sûr, il y a les Chinois…  Mais les cartes maîtresses et cachées du poker qui s’en vient, ce sont deux jokers globaux dont la boule de cristal ne peut pas nous avertir de la valeur d’atout ni des impacts.  Tout est fait et bien fait pour que les vaticinateurs de tout acabit ne puissent pas en prévoir l’usage… sans quoi il n’y aurait plus de jeu…

Premier joker : la nouvelle monnaie, qu’il faudra bien mettre en place si on veut continuer à faire des affaires… La question ici est : QUAND. Quand la substitution aura lieu, j’en parlerai pour dire « je vous l’avais bien dit », mais brièvement, car tout le monde, alors, dira la même chose et il faudra plutôt penser à réajuster tous les autres dossiers.

Deuxième joker : la pandémie annoncée, dont il faudra bien enfin nous montrer si elle est là pour nous faire peur ou pour nous tuer. Si elle a lieu, il faudra tous tenter de se rendre utiles. Ce n’est que lorsqu’elle sera là  que chacun pourra voir comment.  J’en parlerai alors… si on peut encore  en dire quelque chose…

En attendant, il est inopportun de trop s’interroger sur les rats qui peut-être la véhiculent.  Contrairement à ce temple du Rajasthan (voir la photo) où voir et toucher le rat blanc vous promet la version hindouiste de la vie éternelle, découvrir dans la boule de cristal que ce sont certains de nos rats attablés qui propagent cette peste supposée en gestation n’augurerait rien de bon pour les intrépides écornifleurs. Passons rapidement.

Ce qui ne m’empêchera pas les écornifleurs mécontents, dont je suis, de sentir en eux, comme les contestataires du passé : « le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges ». Avec ce dernier salut à Desrochers, je me remets au travail.  Souhaitez-moi une longue vie…

Pierre JC Allard

302 Questions nationales: film nécessaire 09.09.03

Il faut voir ce film de Roger Boire et Jean-Pierre Roy présenté hier le 31 août au Festival des films du monde.  Le film prendra l’affiche du Cinéma de l’ONF du 17 au 22 septembre prochains.

Il y a vingt angles sous lesquels on peut aborder la critique objective technique et artistique d’un film, dont aucun, hélas, à partir duquel je deviendrais un observateur compétent. Je laisserai cette tâche à d’autres.  Totale subjectivité, donc, de ce que je veux en dire.  Subjectivité qui n’est pas simplement narcissisme, cependant, parce que  je pense que beaucoup s’y reconnaîtront.  Ce film m’a fait beaucoup de  peine.

Il m’a imposé un deuil nécessaire.  Pour les gens de mon âge – adultes en 1960  – l’Indépendance du Québec a été le projet qui politiquement nous a définis. Définis si complètement, que nous avons transmis aux générations qui nous ont suivis, la première déjà vieillissante, une vision en blanc et noir d’un avenir que, naturellement, la réalité a ensuite révélée en demi-teintes.  Une vision simpliste d’un monde compliqué.  Le deuil pour moi a commencé à l’enterrement de Bourgault (voir l’image) et se termine avec ce film.

Douloureux, car ce film nous oblige à lever le voile avec pudeur et à identifier la reine morte, mais Il FAUT le faire.  Ceux de ma génération qui se sont impliqués dans cette aventure – nous étions nombreux hier, à cette première, de ceux qui en restent  – ont la responsabilité d’encourager l’autopsie. Ce n’est pas une vivisection.

Les politologues, Balthazar en tête, nous ont fourni des explications bien plausibles pour le fiasco final de la quête pour l’indépendance.  On en trouvera sans doute bien d’autres, mais il est important d’accepter la plus fondamentale : si la jeune fille n’est pas devenue femme, c’est surtout parce qu’ELLE NE LE VOULAIT PAS.

Il eut été gratifiant de la séduire, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait.  Au lieu de l’accuser d’inappétence ou de s’accuser de ne pas l’avoir prise, le moment est peut-être venu de se féliciter d’avoir respecté son choix plutôt que d’être passé à la violence. Les Québécois ne voulaient pas un pays. Ils se sont perçus dans un autre rôle. Peut-on vraiment prétendre qu’on les aime et les vouloir si différents ?

Les Québécois se sont créé un autre destin ; le défi est maintenant qu’ils s’y complaisent et s’y réalisent. On peut regretter que le Québec n’ait pas vécu les affres et les joies d’une indépendance politique à l’âge où « tout le monde le faisait », mais ne tombons pas dans le piège de vouloir  le faire trop tard. On ne s’amuserait pas et l’on n’y grandirait pas. Le temps des nations est fini ; nous sommes à celui des cultures.

Le film de Boire et Roy ouvre la porte a une entomologie de la psyché des Québécois de la fin du vingtième siècle, mais il a aussi la subtile délicatesse de la remettre dans un contexte qui nous fait sentir moins étranges.  Car il est hors de doute que les Écossais diront non et les Catalans aussi.  Les premiers verront qu’ils ne pourraient partir qu’en abandonnant la dot du pétrole, les seconds que l’Espagne est un bon tapis vert où optimiser leurs mises. Ils attendront l’autonomie accrue qui échoira inévitablement aux régions dans la construction européenne.

Évidemment, Écosse et Catalogne ne sont pas, bien au contraire, les parents pauvres des États respectifs où l’Histoire les a mises en tutelle… mais  serions-nous ceux de l’Amérique, si nous mettions tous nos efforts à devenir plus et mieux  ?  Avoir les oripeaux d’un État a été un désir légitime  pour une nation, mais c’était hier. Avant que chacun dépende de tous… Si vraiment, Québécois, nous nous sentons une nation et que ce désir d’indépendance  a été frustré, le temps est venu de lâcher l’ombre pour la proie et d’apporter une réponse collective – NATIONALE – aux défis d’aujourd’hui.   Ce film devrait encourager cette réflexion.

Pierre JC Allard

303. Mairofolies 09 09 05

 Une ville, dans le systeme de gouvernance qui prévaut aujourd’hui  au Québec, a bien peu de pouvoirs.   D’abord, elle n’est qu’une créature du gouvernement de Québec qui pourrait légiférer sa mise en tutelle… ou son extinction.  Ensuite, elle ne s’occupe pas des grands dossiers . La politique étrangere, la monnaie, c’est Ottawa. La santé et l’éducation, c’est Québec… alors, souvent, au municipal, on rigole…

Mais Montréal, pour faire les petites choses qu’on lui confie, c’est tout de même un budget de 4 milliards de dollars,  ce qui est l’ordre de grandeur de celui  de Cuba pour s’occuper de presque tout sur son île… ou du PNB au complet de Haïti ou d’une grande partie des pays du monde.   Alors, un peu de sérieux ne fait pas de mal.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/31/montreal-labeaume-et-sim-city/

Maire de Montréal, c’est peu de pouvoir, mais une grande autorité… si on parle sérieusement et qu’on est respecté. Le 1er novembre, on va se choisir un maire. On le voudrait sérieux et respecté. Or, ce n’est pas gagné.  Les choix à faire ne sont pas évidents.  Il y a clairement deux (2) candidats dans le peloton de tête – Gerald Tremblay et Louise Harel – mais ils ont tous deux leur handicap.

Gerald Tremblay, le maire en poste, a le défaut que son administration ait prêté le flanc à de sérieuses accusations de corruption. Nul n’a fait la preuve qu’il en ait été le responsable ou le bénéficiaire, mais il a indubitablement l’image d’avoir été naïf  ou négligent.  Inspire-t-il aujourd’hui le respect et la confiance nécessaires ?  Ne suffira-t-il pas d’un candidat minimalement  acceptable pour que population vote CONTRE Tremblay ?

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/06/le-proces-de-la-sottise/

Louise Harel, la principale rivale du Maire Tremblay, est respectée et perçue comme compétente.  Son handicap ? Être identifiée comme indépendantiste par une large part des anglophones de Montréal et être largement soupçonnée de venir sur la scène métropolitaine continuer  le débat national. Elle a été farouchement opposée à la dilution des pouvoirs du Grand Montréal dans un réseau pyramidal de villes, puis d’arrondissements, dont tout le monde constate qu’il est inefficace, mais dans lequel les minorités voient une protection.   The Gazette ne laissera pas les anglophones l’oublier.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/06/le-charme-discret-de-la-zizanie/

Tout indique un clivage de l’électorat selon les critères de la langue et de l’identification politique au palier national. Entre le libéral Tremblay et la péquiste Harel, tout est donc clair et simple.  Mais ça, tout le monde le sait… Les deux partis ont donc vite pris action pour échapper à cette fatalité.   Ils comptent pour le faire sur l’enchevêtrement des mélodies en sourdine de leurs deuxièmes violons.

Louise Harel, dont le point faible est  la communauté anglophone, a obtenu le soutien de Julius Grey, avocat bien connu des causes controversées; elle en sera certes une pour lui dans son propre milieu….    Pour un anglophone qui ne veut vraiment pas voter pour Tremblay – mais qui  ne sait comment voter Harel sans paraître félon – le soutien de Grey sera une excuse acceptable, mais il faudra que Tremblay l’ait vraiment bien déçu.

Riposte de Gerald Tremblay, recruter comme flamboyante seconde Diane Lemieux, grande rivale de Louise Harel au sein du Parti Québécois.  Ceux qui n’aiment pas Madame Harel pourront ainsi voter contre celle-ci sans abjurer leur foi indépendantiste… Avec Grey et Lemieux, on enlève ce que pourrait avoir de choquant une partage « ethnique » des votes, mais on risque de simplement réduire la motivation et d’avoir un absentéisme record.

L’autre scénario est celui du troisième homme  – Richard Bergeron, de Projet Montréal – dont on ne peut mieux définir la position sur la ligne de départ qu’en citant le blogue Rue Frontenac : «  Le meilleur candidat à la mairie de Montréal s’appelle Richard Bergeron. Il n’a aucune chance de gagner, parce qu’il est trop brillant pour jouer la petite game politique …»

Un jugement qui semble une flatteuse accolade… sauf quand on comprend que les Montréalais SAVENT que gérer cette ville va être une petite « game » politique … Quand le candidat Bergeron souligne la roublardise de Louise Harel qui a infiltré le parti Vision Montréal pour en prendre le contrôle et a presque réussi  en faire autant de Projet Montréal, il lui donne aussi involontairement l’accolade, car c’est cette roublardise qui sera souvent nécessaire au Maire de Montreal dans ses tractations avec les autres paliers de gouvernement, ses fournisseurs et ses employés.

Plutôt que de défier ses rivaux sur ce plan de l’astuce, Bergeron a pris pour stratégie de jouer à fond la carte de l’intégrité. Il l’a fait ostensiblement, en  mettant dans son camp camp le juge John Gomery, connu pour son rôle dans la Commission du même nom sur  le scandale des commandites.

Stratégie habile, car si les affaires de corruption dans l’administration municipale font la manchette des médias, il suffirait que le Maire Tremblay perde des points dans les sondages et ne paraisse plus avoir une chance de gagner, pour que le vote anti-Harel de la commuauté anglophone afflue vers Bergeron et le propulse en tête.  Un coup de dés…

Il y a aussi la “quatrième option”, Louise O’Sullivan. Ex-membre du Comité Exécutif, démissionnaire du Parti de Gerald Tremblay en  2005, elle est actuellement en retrait. Si les sondages lui donnaient une quelconque importance, toutefois, elle pourrait se rallier à l’un des autre partis à des conditions intéressantes… et ces élections la feront connaître…

Autre chose ?  Il y a Michel Brulé, l’éditeur, qui n’a jamais renié son intention annoncée en mai de se présenter comme candidat à la Mairie de Montréal. Silencieux pour l’instant, mais s’il faisait acte de candidature et capturait  le vote ultra-nationaliste que Louise Harel ne peut se permettre de courtiser, il brouillerait sérieusement les cartes…

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/07/michel-brule-l’incontournable/

Je meurs d’envie de voir les premiers vrais sondages..

Pierre JC Allard

 

304 « J’accuse… »   09.09.07

Il y a un mois, Olivier Cabanel publiait sur Agoravox un article bien ficelé où il relatait comment une journaliste d’investigation autrichienne, Jane Burgermeister, venait de déposer une plainte auprès du FBI, accusant l’Organisation Mondiale de la Santé, l’ONU, et diverses sommités politiques de vouloir commettre un génocide planétaire par la diffusion des vaccins anti H1N1.

On en a parlé… puis le football et la temperature, Sarkozy et Michael Jackson ont repris la vedette. Entre Melissa Thuriau face à Hortefeux et la fin du monde, il n’y a pas photo… n’est-ce pas… Pas besoin de camisole blanche ni de Haldol pour Jane, la simple inertie humaine aurait du déjà faire oublier ses accusations. Plus c’est gros, plus c’est facile à faire oublier: le meilleur scotome, c’est le patch noir.

S’il n’y avait que Jane Burgermeister à crier au meurtre, on l’aurait donc déja oublié. Mais il n’y a pas qu’elle. Le Web, tout à coup, est plein de references à des scenarios de fin du monde programmée. Le « 911 » a l’air d’une simple mise en bouche.

Ainsi, on a 2 410 000 réponses à une recherche sur Google pour «complot/pandémie », mais on trouve aussi 556 000 références pour les « Camps de la Fema », 600 camps « de concentration » aux USA, bien visibles sur Google Earth, avec des entrées caverneuses et des rangées de cercueuils qui attendent par centaines de milliers…. On a aussi 6 760 000 réponses pour « Illuminati.

Oh, on est encore loin de Mahomet (Mohamed) qui vous vaut 31 millions de réponses, des Beatles (49 millions) ou de Jesus Christ (51 millions). On est TRES loin de Michael Jackson, avec 202 millions de références… Mais il est clair qu’il n’y a pas que Jane qui accuse. Ils sont nombreux, dont François Marginean, bien sûr,  à accuser et il semble qu’ils sont des millions à vouloir parler de complots …

Tenez, prenez le docteur MARC VERCOUTERE – qui accuse et qui  est d’une impitoyable  clarté.  Il explique en cinq (5) points: 1 – le H1N1 est très contagieux mais non mortel (type grippe classique). 2 – le H5N1 est non contagieux, mais mortel dans 90% des cas. 3 – les vaccins combinés en cours de fabrication sont conçus pour le H5N1 et le H1N1. 4 – l’adjuvant des vaccins est du MF59 destructeur pour l’immunité. 5 – les antiviraux préconisés favorisent les commutations à savoir la transmission du patrimoine génétique d’un virus mort ou atténué à des cellules saines qui en retour ouvre la voie à une mutation génétique de virus in vivo.

En résumé, si l’on combine le H1N1 très contagieux (non mortel) au H5N1 non contagieux, mais mortel, on obtient un HxNx très contagieux et mortel. Le tout est favorisé par la chute des défenses immunitaires à cause du MF59 et les mutations possibles sont amplifiées par les antiviraux. Eh voila ! La grippe espagnole, la peste bubonique…

Vrai ou faux ? je ne sais pas, je n’y connais rien. Je ne suis pas médecin. Mais ce que dit le Dr Vercoutère est absolument sans ambiguité.  L’accusation est précise. Provocante.  Elle exige une réaction. J’ai fait asez de droit pour savoir que si ce que dit le DR MARC VERCOUTERE n’est pas vrai, il y a matière à lui faire des misères. Pourtant, l’État reste étrangement silencieux…

Il y a aussi le site Artemisia-college qui diffuse une charge ininterrompue depuis des mois, montrant la perfidie des intervenants, les dangers de la vaccination et incitant la population à ne pas s’y soumettre.   Il y en a bien d’autres. Il y a présentement des milliers de Zola sur l’Internet qui accuse l’État, soit de collaborer à une gigantesque escroquerie au profit des compagnies pharmaceutiques, soit, dans un scénario encore bien plus sinistre, de préparer l’extermination d’une large part de l’humanité !

Mais l’État n’intervient toujours pas…  Dire que ‘ »C’est trop absurde » n’est pas convaincant.  Surtout ici en France, quand des ministres intentent  des procès parce qu’on les traite de menteurs… Je trouve  choquant que l’État qui dépense un milliard pour des vaccins n’ait pas  cent sous pour nous rassurer…  Je suis perplexe.

Personnellement, JE NE CROIS PAS à un complot pour exterminer une large part de l’humanité. Comme je suis  absolument convaincu, cependant,  que la politique n’est que l’épitôme d’un enchevêtrement byzantin de complots qui constitue le plus clair de l’activité humaine, je m’interroge. À quoi joue-t-on ?

L’ampleur de la propagande CONTRE la vaccination laisse supposer une campagne bien orchestrée.  Que l’on laisse cette  campagne se dérouler en toute impunité suggère que le gouvernement n’y voit pas de mal.  J’essaie donc de penser à un cas de figure où le système aurait intérêt à lancer une campagne de vaccination… tout en créant une forte résistance à cette campagne…

Je n’en vois qu’un : la volonté de créer une polémique et un panique telles autour da la grippe et du vaccin, que tous les autres événements ne suscitent plus beaucoup d’intérêt et passent au second plan.  De quoi diable voudrait-on à ce point détourner l’attention…. ? Je réfléchis. Si vous trouvez avant moi, vous me le dites, n’est ce pas ?

Pierre JC Allard

305. Les anticomplotistes   09.09.11

En ce 11 septembre, il est bon de se rappeler que tout n’a pas commencé avec la chute des tours du World Trade Center le «911», même si c’est à partir de là que c’est devenu très grave. Il y a toujours eu des gens pour penser que l’explosion du «Maine», le bombardement de Pearl Harbour, le soin qu’on a mis a ce que Hess ne raconte jamais son histoire et mille autre faits pouvaient cacher autre chose. Pour chacun qui l’a pensé, il y a eu quelqu’un pour dire «paranoia!».

À chaque complot vrai ou présumé, il y a ceux qui y croient… et ceux qui n’y croient pas. Il y a toujours eu des gens naïfs qui croient à toutes les rumeurs de complots… et d’autre encore plus naïfs qui pensent qu’il n’y a jamais de complots: les «anticomplotistes». A partir d’un certain seuil, l’anticomplotisme est une forme de stupidité.

Une stupidité, car dès que deux personnes qui visent un but arriment leurs actions et font en sorte que les autres ne le sachent pas, il y a un complot. Toutes les transaction d’affaires sont des complots. Toutes les stratégies sont des complots. La plupart des rendez-vous galants sont des complots et ce qu’on en dit dans les «powder rooms» en révèle bien d’autres…

Penser que les partis politiques relatent des faits véridiques et les commentent en toute franchise, sans autre but que le bien du peuple, est d’une naïveté qui confine à la stupidité. Croire que quoi que ce soit qu’on nous dit est bien «toute la vérité et rien que la vérité» est une faiblesse de jocrisse.

Je suis donc un peu las de voir des gens qu’on souhaiterait plus doués ou moins hypocrites, déchirer leurs vêtements d’indignation quand on leur dit que la crise financière actuelle est un complot. Elle n’est pas un complot parce qu’elle n’est pas bien réelle, mais parce qu’elle n’a pas eu les causes qu’on nous dit et mènera encore moins aux conséquences qu’on nous annonce.

Elle est un complot parce que tout ce qui bouge dans l’univers politico-financier ne cherche pas à la régler, mais à en tirer parti pour ses propres intérêts. Cela vaut aussi pour ceux chez-nous qui proposent des solutions à la crise, en disant le moins possible sur les moyens qu’ils prendront pour la résoudre, ce qui leur donne la plus grande liberté de manœuvre pour danser ça en tango.

Quand vous vous serez jeté dans leur bras, ce sera un pas en arrière aussi souvent qu’un pas en avant… et on vous collera de très, très près. Ne croyez pas trop que vos partenaires vous aiment. Le tango a été d’abord une danse de voyous.

Politicien ou financier, regardez votre danseur mondain dans les yeux: vous verrez «complot» au fond de sa prunelle.

Pierre JC Allard

306. Google. La pensée en liberté 09 09 16

L’Histoire commence avec l’écriture. Dans ce qui vient avant, on cherche des traces, après on lit les signes. Si l’humanité a fait quelques pas depuis 5 000 ans, c’est surtout parce qu’on a pris des notes et qu’on a ajouté une mémoire collective à nos mémoires individuelles. On a vite compris qu’on voyait plus loin si on grimpait sur les épaules des autres. Celles des « géants », comme Bernard de Chartre l’aurait dit et comme Newton l’a fameusement répété. Or, les épaules des géants, ce sont les textes qu’ils nous ont laissés.

Quand est venue l’imprimerie, des nains on pu se joindre aux géants pour amonceler leurs pierres et la pyramide s’est élevée plus vite. Lecture, réflexion, découverte, science, techniques… En haut de la pyramide du savoir, à laquelle chacun peut contribuer, on a trouvé l’industrie et l’abondance. Quand le Timespour marquer l’An 2 000 a choisi Gutenberg comme « Homme du Millénaire », ce n’était vraiment pas bête. Malheureusement, quand le savoir apporte la richesse, le pouvoir est jaloux du savoir.

L’Église, d’abord, s’est approprié le site et a bâti un mur d’interdits : ne montait pas qui voulait à la pyramide du savoir. Pas les femmes, pas les pauvres, pas les autres… Alors la pyramide a grandi, mais moins vite qu’elle ne l’aurait fait si on avait tous pu y grimper et apporter son caillou. Dommage… L’Église est partie, mais il est resté un mur et, même aujourd’hui, ne monte pas toujours qui veut au savoir.

Il y a un guichet et un prix à payer pour lire et savoir. A l’entrée, comme cerbères, il y a la faune des éditeurs, imprimeurs, distributeurs, agents, libraires et que sais-je qui barbotent autour du livre, pour contrôler et faire payer l’accès à l’écrit et à la culture. Oh, il y a bien quelques petits sentiers qui permettent de se faufiler et d’atteindre la connaissance sans payer le prix qu’en exigent ceux qui la tiennent en otage, mais il faut se battre… ou tricher.

Ce qui est inacceptable, car avec l’Internet est venue la possibilité concrète de donner à tous l’accès à toute connaissance et à toute culture. Le temps est venu de la bibliothèque universelle, virtuelle, globale, exhaustive. L’objectif final, c’est que tout ce qui a été écrit et qu’on a conservé, tout ce qu’on a publié et tout ce qu’on publiera soit disponible en ligne.

Pas seulement la littérature, dite grande ou petite, mais aussi les journaux, les périodiques, les manuels et tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique. Il faut que tout ça puisse apparaître à l’écran de l’usager et être imprimé à sa discrétion SANS FRAIS. Il est impérieux qu’on abatte le mur et les guichets élevés ceux qui se sont arrogé un droit de cuissage sur l’écriture et sont en fait les geôliers de la culture. Il faut détruire le mur.

Crucial, car si tous peuvent avoir accès à tout ce que la mémoire collective a accumulé, chacun partira de plus haut pour aller poser sa pierre. La pyramide grandira BEAUCOUP plus vite. C’est la voie du progrès, du développement, de l’enrichissement comme du plaisir qu’apporte la culture. L’humain a choisi l’arbre de la connaissance. Il faut en cueillir tous les fruits et inviter tout le monde à table. TOUT ÊTRE HUMAIN A DROIT À TOUTE LA CONNAISSANCE. Nous devons tous avoir accès à tout ce qui a été écrit depuis toujours. C’est notre patrimoine.

C’est le devoir et ce doit être la responsabilité de la société de s’approprier toute connaissance et toute culture et de les mettre gratuitement à la disposition de tous ses citoyens. C’est à l’État, mandaté par nous tous, de rémunérer les auteurs et tous les créateurs pour les motiver à produire plus et mieux, mais la propriété de ce qui est pensé et créé ne peut être que collective et son usage ne peut être que libre pour tous. L’État qui ne le fait pas ne fait pas son travail.

On trahit la culture française en ne le faisant pas, car la prochaine génération ne prendra connaissance que de ce qui aura été numérisé. Or, la Bibliothèque Nationale de France, qui détient 13 000 000 de documents, n’a réussi à ce jour qu’à en numériser que 300 000 en format texte – environ 2% ! – et l’Association des archivistes français déplore la disparition de la Direction des archives de France, diluée dans une « Direction générale des patrimoines de France », dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP)…
Pendant qu’on tergiverse, Google, qui a numérisé 10 000 000 de documents aux USA, presse le pas et part même en croisade pour sauver aussi les « petites cultures », numérisant tout gratuitement, contre l’engagement d’un accès public gratuit. C’est ainsi qu’on est à compléter la numérisation de la bibliothèque de Barcelone, en catalan… Google est le Chevalier qui vient abattre le mur et libérer la pensée. Il y parvient en deux (2) opérations dont les effets se complètent.

La première, c’est cette numérisation de tous les documents écrits. Un travail colossal, mais indispensable dont j’ai parlé il y a longtemps. La deuxième, c’est une procédure pratique et efficace que Google vient d’annoncer, pour rémunérer ceux qui écrivent.

Il était difficile de payer sur Internet de tout petits montants. Google va intervenir pour consolider les petits paiements de chaque lecteur à tous les auteurs… et les versement à chaque auteur de ses nombreux lecteurs. Chaque auteur pourra ainsi devenir autonome et vendre lui-même sa prose, dont Google fait aussi la promotion méthodique. Intelligente. Gratuite.

Aujourd’hui, l’auteur ne touche que 6, 8 ou 10% des 20, 30, 40 euros que coûte un bouquin. Via l’Internet et Google, l’auteur ne touchera peut-être que 1/100e ou 1/200e de centime du mot pour ses écrits, mais à ce prix, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions de gens voudront le lire…. C’est par là que passe la rentabilité future du métier d’écrivain.

Numérisation et micro paiements permettent de briser les barreaux de la prison et de libérer la pensée. Google, bien sûr, veut aussi numériser la France. À la rage folle de l’élite de ce qui y scribouille. Le Syndicat national de l’Edition française (SNE), ne veut pas comprendre que Google est là pour aider notre vieille connaissance, Quidam Lambda, héritier de la même culture que le SNE et qui paye sa quote-part de son entretien, mais à qui on n’envoie pas des exemplaires gratuits des espoirs au Goncourt et au Renaudot pour avoir son avis.Le SNE ne comprend pas que QL, qui paye pour ses livres, en a marre de les payer au prix fort, pas pour mettre du beurre sur les épinards des écrivains, mais pour faire vivre la faune des geôliers de la culture. Le SNE qui a visiblement fait le choix de grenouiller et de grouiller, monte aux barricades contre le projet Google.

Le 4 septembre dernier, le ministère de la Culture et de la Communication a adressé “ses observations sur le projet de transaction” au tribunal américain chargé de vérifier la légalité des ententes entre Google et les autres intervenants. Le SNE allègue que l’intervention de Google est “non conforme” au droit de la propriété intellectuelle et au droit de la concurrence.

Même son de cloche à l’occasion des auditions de Google Books devant la Commission européenne : “cette affaire (intervention Google gratuite) pose une question de principe” : le respect du droit d’auteur qui garantit la rémunération des créateurs et fonde la diversité culturelle..

Bullshit (selles de bœuf) ! Tout le monde est pour la rémunération des créateurs. Il faut seulement affirmer que c’est à l‘État de le faire, selon le consensus social et d’assurer ainsi vraiment l’égalité d’accès au savoir et à la culture. Tout le monde est aussi pour la diversité culturelle. Il faut simplement cesser de dire des âneries et favoriser la diffusion des diverses productions culturelles si on veut qu’elles survivent.

Il est temps de dire que, comme vecteur d’un message, enveloppe d’une oeuvre, contenant d’un contenu, le livre est l’accessoire. C’est un bel objet qui a sa place dans les musées, mais Il n’y a plus de raison pour que tout ce qui est écrit ne soit pas accessible à tous. Il faut arracher la culture à ses geôliers qui tirent une rente d’en réclamer itérativement la rançon. Il est temps que l’âme de l’écrit échappe à son enveloppe matérielle et s’envole, immortelle, sur les ailes de Internet. LIBRE.

Vivement la pensée en liberté ! J’aurais préféré que l’État la libère, mais peut-on espérer une bonne action de ceux qui ont imaginé HADOPI. Ici, c’est Google le preux chevalier. On peut trouver que Du Guesclin est laid et dire qu’on n’aime pas les Bretons… mais c’est lui qui vient sauver la France.

Le SNE et ceux qui le soutiennent concoctent une mixture délétère de chauvinisme et de corporatisme qui leur permettrait de momifier la culture francaise. Il faut les ignorer. Tout ce qu’à pensé l’homme est à toute l’humanité. Google va numériser ? Vivement Google.

Pierre JC Allard

307. Délation et bonne conscience   09.09.21

Dans l’Essonne, en banlieue parisienne, on va tenter de promouvoir une nouvelle et audacieuse approche pour assurer l’ordre : la délation. Nous allons bientôt entrer dans le signe de la Balance… Nouvelle, c’est vite dit, car d’Adam à Eve et d’Eve au Serpent, on était déjà en pleine délation et, à Venise, on mettait déjà discrètement les médisances « dans la bouche du lion ».

Pas de doute, toutefois que ce ne soit une approche audacieuse. Car alors que l’espion est parfois perçu comme un héros, le délateur, lui, le « stool », la « balance», il a vraiment mauvaise presse… Pourquoi ne denonce-t-on pas fièrement, avec la satisfaction du devoir accompli ? Surtout maintenant que la dénonciation est indispensable ?

Indispensable ? Eh oui… Parce que, contrariant la lecture qu’on a voulu faire de l’évolution du rapport des forces entre l’individu et la société, l’individu ne devient pas sans défense face à la société; c’est la société qui devient d’autant plus vulnérable qu’elle devient plus complexe. La technique moderne permet désormais à chacun de porter dans une mallette, sinon dans sa poche, le virus ou le gaz qui causera à la société un dommage colossal, voire fatal. Depuis le 9/11 et l’incident du métro de Tokyo, on peut tenir ce point pour avéré. Cette société ne survivra que si chacun prend sur lui de surveiller son voisin. De lui sauter dessus s’il y a urgence, au moins de le dénoncer s’il est suspect.

Une sécurité publique qui n’est plus l’affaire de tous n’apporte plus la sécurité qu’on voudrait. Un système de sécurité publique ne peut plus fonctionner correctement que si tous les citoyens sont essentiellement d’accord avec la loi et se sentent solidaires des gestes posés pour assurer son application. La première condition de la sécurité publique, c’est un soutien inconditionnel à la loi.

L’ordre ne peut donc plus être maintenu que s’il existe un large consensus quant à la légitimité du pouvoir et quant à l’équité fondamentale de la loi. Ce consensus est le basilaire, le palier “0″ sur lequel on peut construire l’édifice de la sécurité publique. Une société doit inspirer le respect, être perçue comme légitime et ses lois doivent jouir d’un soutien inconditionnel.

Or ce soutien n’est possible que si une majorité effective de la population croit que la loi est juste. Le citoyen d’une démocratie doit avoir bonne conscience. Dans la société actuelle, il ne l’a pas. Les assises du basilaire sont lézardées et ce soutien inconditionnel n’existe plus. Pour deux (2) raisons fondamentales.

La première, c’est que notre société est gérée par un système dont les règles sont perçues intuitivement comme iniques, puisqu’elles mènent à des injustices intolérables et croissantes. Dans le contexte de misère qui prévaut presque partout, il n’est plus toujours évident de déterminer qui, du “criminel” ou de la société, a le bon droit de son côté. Doit-on faire trébucher l’enfant qui fuit avec un quignon de pain ou le gendarme qui le poursuit ? Ce dilemme est une réalité quotidienne dans les marchés publics des trois-quarts des villes du monde.

Comment demander au citoyen moyen d’être ABSOLUMENT contre le vol, s’il y a des millions d’individus dans la société pour qui le vol est l’unique accès aux besoins essentiels à leur survie? Notre société a bien raison d’avoir mauvaise conscience, parce qu’elle ne fait pas ce qu’elle devrait faire pour assurer droits, gîte, couvert, services et espoirs à tout le monde. Parce qu’elle ne le fait pas, on ne peut lui reconnaître le droit moral ABSOLU de sévir contre ceux qui transgressent la loi, puisqu’il en est qui ne le font que pour en pallier les criantes injustices.

Le mot-clef, ici, est “absolument”. Aussi longtemps que les conditions sont telles que la société et ses lois ne sont pas perçues comme absolument justes, le droit moral absolu pour une société de faire respecter ses lois est remis en question et cède la place à une casuistique. Nul ne sachant plus très bien si chapardeurs, fraudeurs d’impôts, travailleurs au noir et contestataires n’ont pas le bon droit de leur côté, chacun s’arroge le droit de décider au cas par cas du soutien qu’il doit accorder à la loi.

Comment intervenir si on ne sait plus qui a tort, de celui qui s’enfuit ou de celui qui le pourchasse ? Que ce dernier, d’ailleurs, porte ou non un uniforme. Quand on entre dans le champ de la casuistique, on ne peut attendre du citoyen le soutien inconditionnel de la loi. Il en prend et il en laisse. La première lézarde dans les assises de la loi, c’est l’iniquité de la société qui transparaît dans la misère qu’elle crée.

Il y a une deuxième lézarde : l’ingérence indue de la loi dans des domaines où elle apparaît si bête qu’on ne peut que penser qu’elle sert des intérêts sordides. La population accueille avec une immense tolérance les écarts à toutes les prohibitions qui voudraient interdire à des adultes des choix qui ne concernent qu’eux. On ne peut respecter une loi qui s’attaque en priorité à la culture du pavot plutôt qu’au viol des enfants.

Pour que renaisse un soutien inconditionnel de la loi, il faudrait que les lois expriment une volonté collective de justice conforme à la morale des citoyens. Il faudrait d’abord que le crime soit toujours être perçu comme odieux, mais il faudrait aussi que la loi, se bornant à interdire ce qui porte atteinte aux droits et à la liberté, ne se discrédite plus en consacrant la plus grande partie de ses ressources à imposer des prohibitions futiles.

La population a mauvaise conscience et ne soutient plus la loi. Parce qu’elle ne la soutient plus, la sécurité publique semble devenir la seule responsabilité des professionnels de la police et du droit, ce qui fait peu à peu de ceux-ci des éléments étrangers dans le corps social. Des greffons que ce corps rejette. Cette absence de complicité entre les citoyens ordinaires et ceux qui doivent assurer l’ordre pose obstacle à la délation. Elle est aussi le premier pas vers la fin de la démocratie.

La population doute de la capacité – et de la volonté même – de l’État de faire respecter la justice. Pourquoi ceux dont c’est le rôle de protéger la société, résisteraient-ils à la tentation de la corruption, quand le système qui régit la société semble gérer une opération de rapine institutionnalisée? Si ceux dont c’est la mission de maintenir la sécurité publique ne peuvent plus avoir la conviction d’être du côté du bien, pourquoi ne participeraient-ils pas à la curée en utilisant le pouvoir dont ils disposent?

Dans l’imaginaire populaire, les politiciens deviennent corrompus, les gestionnaires vénaux, les policiers pourris et ce n’est plus de la société

L’Histoire commence avec l’écriture. Dans ce qui vient avant, on cherche des traces, après on lit les signes. Si l’humanité a fait quelques pas depuis 5 000 ans, c’est surtout parce qu’on a pris des notes et qu’on a ajouté une mémoire collective à nos mémoires individuelles. On a vite compris qu’on voyait plus loin si on grimpait sur les épaules des autres. Celles des « géants », comme Bernard de Chartre l’aurait dit et comme Newton l’a fameusement répété. Or, les épaules des géants, ce sont les textes qu’ils nous ont laissés.

Quand est venue l’imprimerie, des nains on pu se joindre aux géants pour amonceler leurs pierres et la pyramide s’est élevée plus vite. Lecture, réflexion, découverte, science, techniques… En haut de la pyramide du savoir, à laquelle chacun peut contribuer, on a trouvé l’industrie et l’abondance. Quand le Times pour marquer l’An 2 000 a choisi Gutenberg comme « Homme du Millénaire », ce n’était vraiment pas bête. Malheureusement, quand le savoir apporte la richesse, le pouvoir est jaloux du savoir.

L’Église, d’abord, s’est approprié le site et a bâti un mur d’interdits : ne montait pas qui voulait à la pyramide du savoir. Pas les femmes, pas les pauvres, pas les autres… Alors la pyramide a grandi, mais moins vite qu’elle ne l’aurait fait si on avait tous pu y grimper et apporter son caillou. Dommage… L’Église est partie, mais il est resté un mur et, même aujourd’hui, ne monte pas toujours qui veut au savoir.

Il y a un guichet et un prix à payer pour lire et savoir. A l’entrée, comme cerbères, il y a la faune des éditeurs, imprimeurs, distributeurs, agents, libraires et que sais-je qui barbotent autour du livre, pour contrôler et faire payer l’accès à l’écrit et à la culture. Oh, il y a bien quelques petits sentiers qui permettent de se faufiler et d’atteindre la connaissance sans payer le prix qu’en exigent ceux qui la tiennent en otage, mais il faut se battre… ou tricher.

Ce qui est inacceptable, car avec l’Internet est venue la possibilité concrète de donner à tous l’accès à toute connaissance et à toute culture. Le temps est venu de la bibliothèque universelle, virtuelle, globale, exhaustive. L’objectif final, c’est que tout ce qui a été écrit et qu’on a conservé, tout ce qu’on a publié et tout ce qu’on publiera soit disponible en ligne.

Pas seulement la littérature, dite grande ou petite, mais aussi les journaux, les périodiques, les manuels et tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique. Il faut que tout ça puisse apparaître à l’écran de l’usager et être imprimé à sa discrétion SANS FRAIS. Il est impérieux qu’on abatte le mur et les guichets élevés ceux qui se sont arrogé un droit de cuissage sur l’écriture et sont en fait les geôliers de la culture. Il faut détruire le mur.

Crucial, car si tous peuvent avoir accès à tout ce que la mémoire collective a accumulé, chacun partira de plus haut pour aller poser sa pierre. La pyramide grandira BEAUCOUP plus vite. C’est la voie du progrès, du développement, de l’enrichissement comme du plaisir qu’apporte la culture. L’humain a choisi l’arbre de la connaissance. Il faut en cueillir tous les fruits et inviter tout le monde à table. TOUT ÊTRE HUMAIN A DROIT À TOUTE LA CONNAISSANCE. Nous devons tous avoir accès à tout ce qui a été écrit depuis toujours. C’est notre patrimoine.

C’est le devoir et ce doit être la responsabilité de la société de s’approprier toute connaissance et toute culture et de les mettre gratuitement à la disposition de tous ses citoyens. C’est à l’État, mandaté par nous tous, de rémunérer les auteurs et tous les créateurs pour les motiver à produire plus et mieux, mais la propriété de ce qui est pensé et créé ne peut être que collective et son usage ne peut être que libre pour tous. L’État qui ne le fait pas ne fait pas son travail.

On trahit la culture française en ne le faisant pas, car la prochaine génération ne prendra connaissance que de ce qui aura été numérisé. Or, la Bibliothèque Nationale de France, qui détient 13 000 000 de documents, n’a réussi à ce jour qu’à en numériser que 300 000 en format texte – environ 2% ! – et l’Association des archivistes français déplore la disparition de la Direction des archives de France, diluée dans une « Direction générale des patrimoines de France », dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP)…
Pendant qu’on tergiverse, Google, qui a numérisé 10 000 000 de documents aux USA, presse le pas et part même en croisade pour sauver aussi les « petites cultures », numérisant tout gratuitement, contre l’engagement d’un accès public gratuit. C’est ainsi qu’on est à compléter la numérisation de la bibliothèque de Barcelone, en catalan… Google est le Chevalier qui vient abattre le mur et libérer la pensée. Il y parvient en deux (2) opérations dont les effets se complètent.

La première, c’est cette numérisation de tous les documents écrits. Un travail colossal, mais indispensable dont j’ai parlé il y a longtemps. La deuxième, c’est une procédure pratique et efficace que Google vient d’annoncer, pour rémunérer ceux qui écrivent.

Il était difficile de payer sur Internet de tout petits montants. Google va intervenir pour consolider les petits paiements de chaque lecteur à tous les auteurs… et les versement à chaque auteur de ses nombreux lecteurs. Chaque auteur pourra ainsi devenir autonome et vendre lui-même sa prose, dont Google fait aussi la promotion méthodique. Intelligente. Gratuite.

Aujourd’hui, l’auteur ne touche que 6, 8 ou 10% des 20, 30, 40 euros que coûte un bouquin. Via l’Internet et Google, l’auteur ne touchera peut-être que 1/100e ou 1/200e de centime du mot pour ses écrits, mais à ce prix, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions de gens voudront le lire…. C’est par là que passe la rentabilité future du métier d’écrivain.

Numérisation et micro paiements permettent de briser les barreaux de la prison et de libérer la pensée. Google, bien sûr, veut aussi numériser la France. À la rage folle de l’élite de ce qui y scribouille. Le Syndicat national de l’Edition française (SNE), ne veut pas comprendre que Google est là pour aider notre vieille connaissance, Quidam Lambda, héritier de la même culture que le SNE et qui paye sa quote-part de son entretien, mais à qui on n’envoie pas des exemplaires gratuits des espoirs au Goncourt et au Renaudot pour avoir son avis.

que vient la protection: la justice est trop lente et trop faible. Cela conduit à la recherche de solutions de rechanges: port d’armes, gardes privés, villes murées. Les modèles d’imitation changent. Les héros de la télévision sont les justiciers privés: les policiers et militaires qui défient le système et font triompher la justice MALGRÉ les ordres reçus.

Cela conduit aussi à une mutation des valeurs, celles-ci s’accommodant d’une nouvelle réalité qui n’est plus tout à fait celle d’un État de droit. Une part croissante de la population, aujourd’hui, ne fait plus confiance à la police ni aux tribunaux. Il n’existe donc plus de solidarité active contre les éléments criminels dynamiques, gangs et mafias de tout genre, pour qui le désordre est une opportunité. L’État de droit n’est plus soutenu que du bout des lèvres et, sans nous en rendre compte, nous allons ainsi droit vers un dilemme entre fascisme et anarchie. C’est dans ce contexte que s’inscrit le refus de la délation.

La réaction de la population dans l’Essonne nous montrera où nous en sommes sur le plan de la bonne conscience. Or soyons lucides. Sans cette bonne conscience, l’insurrection est là, passive… Elle n’attend que le déclencheur pour s’activer.

Pierre JC Allard

308. Trancher ce chef qui ne sait rien voir   09.09.26

Comme dans Starmania, « il se passe quelque chose à Metropolis ». Aux Hexagonaux qui pensent que les égouts de Clearstream ont reflué dans la Seine, je dis : consolez vous, on a en a aussi plein les arpents de neige.. Et au pays des grands espaces, c’est toujours plus gros. Pas dans le sens de long et de large, mais dans le sens d’épais et de mal dégrossi…

Pourquoi je vous en parle à vous ? Parce que ça me permet de prendre un peu de distance et de résister à la tentation d’aller lancer des cailloux sur ce balcon d’où de Gaulle a parlé. Mal dégrossi ? Tenez, jugez par vous mêmes. ….

«Aujourd’hui, on a eu l’occasion de démontrer hors de tout doute que c’est un bon projet pour Montréal, que c’est un coût qui est très compétitif à comparer avec Toronto et Ottawa, et finalement, que c’est un processus transparent, qui respecte les règles de l’art» …..

«Le vérificateur général conclut que le contrat a été octroyé dans un contexte qui ne favorisait pas l’obtention du meilleur prix. À l’évidence, il y a eu des accrocs à des étapes cruciales du processus, qui m’apparaissent inacceptables. »

On parle bien du même contrat. Un contrat pour l’installation de compteurs d’eaux, prévu pour 32 millions de dollars au départ et qu’on évalue maintenant à 618 millions… Et c’est bien le même homme qui parle : Gerald Tremblay, Maire de Montréal. La première déclaration est du printemps, la seconde de l’automne ; l’été à porté conseil ? En fait, l’été a apporté bien des critiques, mais une seule a été entendue : une critique assassine du Vérificateur général – pensez Cour des comptes – qui ne laisse pas indemne un seul aspect de ce contrat. Un massacre.

Plein de trous, d’erreurs, de souçons de malversation et de corruption. Surtout, des clauses importantes de ce contrat – le plus important de l’histoire de la ville – ont été modifiées en cours de route, sans que le Comité Exécutif, l’organisme responsable pour la ville en ait été même avisé. Rien de subtil. Cette casserole est une casserole.

Ainsi, le fardeau du financement du projet a été transporté du fournisseur de services, le consorcium GÉNIeau… à la Ville elle-même ! …. Inusité… et un changement qui vaut de l’or pour le fournisseur, quand on parle de centaines de millions de dollar et d’un projet dont la côut initial s’est multiplié par 19 !

Ces faits amènent un chroniqueur vedette du plus grand quotidien de la ville (Yves Boisvert, de La Presse) à paler d’un “ plan croche monté par des gens croches”. – « On n’a pas la preuve« , dit-il, « mais pour qui sait lire, c’est l’histoire d’une collusion et d’un trucage »…. Ca paraît mal… Or, vous ai-je dit qu’il y a des élections à Montréal ce premier novembre 2009 et que le Maire – et toutes les autres créatures politiques mêlées à cette affaire – vont devoir faire face au jugement des électeurs leurs créateurs ? Alors Monsieur le Maire a réagi…

Le Maire Tremblay, a réagi en montrant la porte au Directeur général et au Directeur principal du Service des affaires corporatives, les deux (2) plus importants fonctionnaires de la ville. Deux fidèles de la première heure de sa garde prétorienne politique. Les deux épaules, pourrait-on on dire, que couronne le chef de cette administration municipale. On a donc le scénario traditionnel. Trahi par ses lieutenants, un maire, victime innocente qui n’a rien vu, corrige énergiquement la situation. Circulez, plus rien a voir…

Un scénario d’autant plus crédible, que l’épaule qui aurait dû se soulever pour bloquer ce jab et que le chef ne le prenne pas en pleine gueule n’en est pas a sa première distraction. Le Directeur principal du Service des affaires corporatives qui n’a rien vu n’est pas un inconnu. Avocat, c’est lui, il y a quelques mois, qui avait suggéré qu’on procède à une privatisation partielle de la Société d’Habitation et de Développement de Montréal en s’appuyant sur un avis juridique interne, plutôt que d’en référer à Québec.

Une malencontreuse décision, contestée dès le départ, qui a conduit à des operations troubles et finalement à une enquête policière toujours en cours.

On a donc « ce pelé, ce galeux d’où nous vient tout le mal » et le maire peut flotter allègrement au dessus des nuages… À moins qu’on ne se demande pourquoi ce premier problème est arrivé sans que le Maire y voit clair… et pourquoi il a laissé en place le responsable, lui permettant une autre erreur à laquelle le Maire n’a pu non plus rien voir… Et quand on se le demande, on voit d’autres faits gênants.

D’abord, les deux « congédiés » ne l’ont pas été, même si le rapport du Vérificateur général laisse supposer un faute grave qui l’aurait justifié ; ils sont “partis”… avec une indemnité de départ qui représente au total 426 564 $. Même en leur donnant le bénéfice du doute qu’il ne s’agit que d’incompétence, c’est une bien jolie prime à l’incompétence.

Et ce n’est pas tout… Quand le Chef de l’opposition officielle de cette démocratie quasi parlementaire qu’est la gouvernance de Montréal propose de réunir d’urgence les élus en conseil extraordinaire pour annuler le contrat de GENIeau au plus tôt et limiter les dégâts, le maire s’y oppose. Il préfère que « le contentieux de la Ville se penche calmement sur la procédure d’annulation du contrat... », renvoyant l’annulation du contrat en novembre, après les élections, ce qui occasionnera des millions de dollars de frais supplémentaires aux Montréalais !

Dans cette affaire nauséeuse de plus d’un demi milliard de dollars, ces petits millions paraissent une vétille, mais n’a-t-on pas l’impression d’un vieux film en noir et blanc, quand le cambrioleur qui a embarqué les Rembrandt du château prend le temps de mettre le pot de caviar du frigo dans sa poche avant de quitter les lieux du forfait ?

Jean Cournoyer, un de mes vieux confrères de classe, ex-politicien devenu journaliste, disait hier du Maire Temblay : « Si j’étais lui, je sacrerais mon camp » C’est l’opinion de la plupart des gens que je rencontre, lesquels sembleraient souhaiter qu’il laisse a son parti la chance de présenter un autre candidat… Mais rien ne permet de croire que Gerald Tremblay ne se présentera pas malgré tout à ces élections. On sent chez ceux qui trempent dans cette histoire la désinvolture qui accompagne l’assurance d’une parfaite impunité, comme s’il n’y avait nulle part un pouvoir et une justice qui pourraient intervenir.

Ce qui suscite des questionnements, car ce pouvoir qui pourrait intervnir, c’est celui du gouvernement – Libéral – du Québec. Or le maire est un ancien ministre Libéral, et cette administration qu’on pourrait soupçonner de piller Montréal sans aucune vergogne est une cohorte d’anciens libéraux que Gerald Tremblay y a trainée dans son sillage.

Denis Lessard, comme Boisvert un journaliste respecté, publie aujourd’hui une liste édifiante des liens entre l’administration Tremblay et ce gouvernement de Québec qui devrait la surveiller… et toute une liste de projets qui semblent une caution de cette administration.

Aggravant l’inquiétude, ce Gouvernement Charest à Québec rejette du revers de la main la proposition d’une enquête publique sur les nombreuses allégations de malversations dans le secteur de la construction dont cette affaire de compteurs d’eau semble un simple élément.

On découvre aussi que la firme Pricewaterhouse, dans un rapport de 2006 qu’on avait gardé jusqu’ici bien discret, disait que le processus d’appel d’offre de la Ville était vicié, ne permettait pas une véritable concurrence et conduisait à ne donner les contrats qu’a une demi-douzaine de compagnies… Comme celles du consortium GENIeau, par exemple. Ce qui rappelle que le Gouvernement de Québec a aussi la responsabilité de jeter un oeil sur ces procédures d’appels d’offres… On est un peu inquiet.

Alors, chers cousins, une bonne pensée pour nous. Car quand des amis qui vivent pour l’indépendance du Québec me demandent si la Cour Supérieure – une juridiction fédérale – n’a pas un droit de contrôle sur toutes ces choses et si la Gendarmerie Royale du Canada ne pourrait pas en dernier recours nettoyer ces écuries d’Augias, je sens que avons quelques ennuis, nous aussi… Pour cette question de la GRC, j’ai dit que je me renseignerais…

Pierre JC Allard

309. Quand la misère fait bander 09.10. 09

Brassens pensait à Fernande.   Il y en a pour qui c’est plus compliqué.  Plus discutable…  Ainsi, quand un certain Mitterand,  pas le grand Mitterand,  mais son neveu qui est  tout de même aujourd’hui, de son état, Ministre de la culture de la République française, vient se vanter dans un livre à succès d’avoir honorer de sa clientèle ces bouges de Bangkok où l’on tient captifs des enfants des deux sexes  pour le plaisir des pédophiles du monde entier, ça fait  discuter.

Quand Monsieur le Ministre nous explique  que c’est divin, dans le sens du Marquis, le tourisme sexuel, et nous dit :  « ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément et… ce  spectacle me plait, au delà du raisonnable »….    Ça fait jaser.

Ça fait jaser beaucoup.  200 000 visites en 24 heures, seulement sur les sites de Rue 89 et d’Agoravox.  La France s’est scindée en deux clans,  et il semble bien que quiconque restera neutre se fera marcher dessus… Une affaire Dreyfus, mais à l’âge de l’Internet et des blogues.  La France, qui piaffe impatiemment sur la berge attendant qu’on lui dise quelles immondices le courant Clerastream charrie, va ainsi pouvoir s’ébattre tout de suite dans un autre ruisseau fangeux.

C’est un merdier plus facile d’accès, car les méandres et les trous du lit de Clearstream peuvent  être  ardus à  négocier quand on n’a pas la badge de nageur en eaux troubles ….  Alors  que  Lambda et sa dame, même à  leur plus quidam, comprennent tout de suite que les guili-guilis payés cent sous au tiers monde, avec des  pubères et pré-pubères tenus en esclavage et battus pour performer, ne collent pas du tout avec cette « certaine image de la France » dont parlait le Général.

Tout le monde le voit…   Ce qui crée problème,  car ce  scandale arrive au moment précis où beaucoup – peut-être une majorité –  de Français sont si las de la corruption du népotisme et de la magouille de leurs élites politiques, qu’ils souhaiteraient  les jeter tous « en un sac en Seine » comme Buridan ou, plus hygiéniquement, les mettre dans le premier égoût..  Ce scandale exemplaire, s’il faisait consensus,  apporterait l’occasion d’un autre  clivage qu’entre la  Gauche et la  Droite, créant  l’occasion d’une « union sacrée » des  Propres contre les Malpropres.   Un leadership à prendre….  Évidemment, les politiciens s’empressent de se positionner selon ce nouveau critère. … et la course démarre.

De loin en tête, au premier virage, Marine Le Pen du Front National.   C’est elle qui a eu le génie de trouver et de diffuser  les aveux nauséabonds du Ministre.  On lui en veut d’être à Droite, mais elle présente bien, avec fougue et éloquence. Surtout,  dans ce dossier, elle  a avec elle au départ les deux-tiers des Français. C’est donc l’œil rivé sur les impacts politiques  que chacun prend position en France et que les médias interviennent.

Avec cette conséquence surréaliste que  Mitterrand se trouve vite des défenseurs, puisqu’il apparaît plus important de contredire une Le Pen vertueuse que de condamner un Mitterrand coupable. Marine qui projette une image autrement plus fascinante que les Segolène , Martine et autres éléphanteaux.  Une image plus sympathique, aussi,  – ne serait-ce que pour son appui loyal  à un père bien vilipendé  –  que les  Sarko, Bayrou et Cohn-Bandit.

Donc on défend Mitterrand…  Attention ! Je ne dis pas que dans un État de droit il ne faille pas  donner le bénéfice du doute.  Comme individu et citoyen, devant un tribunal, –  si la 5è
République avait le courage de l’y traîner, ce que je crois qu’elle n’a pas ! – Mitterrand aurait droit à toutes les contorsions pour l’innocenter. Il aurait même droit, comme Villepin aurait dû l’avoir, à ce qu’on ne le traite pas de coupable avant qu’il n’ait été condamné. Je dis cependant que, comme homme public, il doit être soumis à d’autres règles.

La population, qui lui accorde comme individu le droit à ses perversions, n’a pas l’obligation de les tolérer quand il la représente.  Disons en « correctanto » que César devrait avoir avec sa, son ou ses partenaire sexuel(le)s des comportements qui ne font pas courir le quidam-civis gallicus au vomitorium.

Il ne s’agit pas ici de morale sexuelle ; je suis des premiers a ridiculiser le puritanisme des Américains et j’ai écrit bien des articles sur ce sujet.  Il s’agit d’être complice d’un Vel d’Hiv sans fin, ou des milliers et des milliers d’enfants sont enlevés, vendus., concentrés dans des bouges, violés, torturés…   Un Ministre de la France n’a pas à jouir de la misère.

Mitterrand l’a fait et la proclamé. On est sans excuse de vouloir faire l’impasse sur cette infamie. On n’en est plus ici au clivage gauche-droite, mais à celui qui doit séparer la dignité des comportements orduriers.   Ce « Fredo »  s’est maintenant fait un prénom qui salit le nom qu’il porte.  Je suis d’accord avec Marine Le Pen : il ne doit pas rester Ministre de la culture. .On le défend en parlant  d’autodafe ?  Soit. J’assume. Passez-moi la torche. Anathema sit !

Ceux qui ne connaissent pas le Sud-est asiatique ne devraient  pas intervenir dans ce débat..  Or ceux qui ne pensent que petite politique le font.  Les bien-pensants, au bord du gouffre font un pas en avant…  Au lieu de concéder  un point à Marine Le Pen, l’Express  parle d’une attaque de la « Fachosphère »…  C’est une erreur, car s’il faut être  fasciste pour dire que  « celui  qui se flatte d’être un esclavagiste profitant de la pire misère humaine pour assouvir ses plaisirs n’est qu’un être immonde ». (Imhotep sur Agoravox)… il se portera bien des chemises noires cet automne.

C’est une grave erreur , car si on colle l’étiquette, « facho » à ceux qui refusent qu’on protège  la pédophilie par copinage – comme Mitterrand  défend Polanski et l’Express, Mitterrand –  on  encourage des rapprochements.   Si Mitterarnd est excusé, qui  doutera de la communion en corruption de toutes ces élites pourries de la gouvernance, qui sont dans les « Affaires » de Clearstream, de Taïwan, de Karachi… ?

Ne sautons pas à la conclusion que la France va basculer à droite.   Mais n’oublions pas que si le débat sort des enjeux sociaux et économiques perennes  – pour lesquels personne ne semble avoir quoi que ce soit d’innovateur à proposer –  et  devient pas défaut une  lutte de la Vertu contre le Vice, de nouvelles alliances se créeront, le débat deviendra plus émotif et donc plus populiste… et nul ne sait où tout ça mènera.

Il est malsain de faire porter du noir à une population en colère. Ne lui dites pas « facho ». Elle pourrait vous prendre au mot.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/20-lemancipation/

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/12/cette-mochete-de-democratie/

 

310. Bergeron: le négligé des parieurs… 09.10.29

Les élections à Montréal se déroulent dans une ambiance de gabegies et de prévarication comme, de mémoire d’homme, on n’en avait pas vue. L’administration en place était déjà dans la mire pour une affaire de société publique privatisée dans des circonstances  équivoques, puis utilisée pour des transactions  sur lesquelles la police enquête. C’était mal parti, pour le maire sortant. Mais…

Mais juste un début… La campagne débutait a peine, qu’un rapport  dévastateur du Vérificateur général forçait l’annulation du plus important contrat  de histoire de la ville, laissant en suspens bien des questions.   Plus grave encore, survient une affaire de corruption de conseillers municipaux, emmêlée de tentative d’extorsion, avec allusions à la Mafia et aux Hell’s Angels.

Pour beaucoup, le bilan éthique de l’administration Tremblay la mettait hors–jeu, pavant la voie pour Louise Harel, la candidate rivale, dont on ne mettait pas en doute l’honnêteté…  Mais, il y a deux jours, coup de tonnerre. Ce n’est pas Harel, mais son premier lieutenant, l’homme qui semble destiné à la présidence du Comité exécutif  – et donc le premier responsable pour les milliards de contrats qui seraient donnés par une éventuelle administration Harel – qui est accusé de faire financer sa campagne … par le même contracteur-citoyen qu’on a vu partout dans les scandales du régime Tremblay. Inquiétant

Inquiétant, car c’est l’homme, entre autres, qui voudra ces milliards de dollars de contrats.   De là à penser que les dés auraient été pipés en faveur dudit contracteur, quels que puissent être les résultats des prochaines élections, il n’y avait qu’un pas que l’imaginaire populaire a vite franchi.  Exit, donc, Benoît Labonté et Madame Harel, veuve d’un lieutenant qui ne répond plus au téléphone, semble en aussi mauvaise posture éthique que le Maire sortant.

C’est dans ce contexte que hier, 19 octobre, a eu lieu le débat télévisé entre les trois candidats. Trois ?  Eh oui … Jusqu’à hier, pour les médias qui aiment les situations simplistes, il n’y avait qu’un duel entre Louise-la-Séparatiste, et Gerald–le-Jocrisse, la première roublarde comme pas une, le second inféodé aux Libéraux de Québec et donc, sans surprise, grand distributeur de contrats généreux.  Un duel simple…. Mais les deux mousquetaires étant un peu amochés, on a découvert qu’ils étaient trois. Et c’est le troisième, Richard Bergeron, qui est sorti grand gagnant du débat.

Et pas seulement par défaut, suite à la totale contre-performance de Tremblay et de Harel, mais aussi par la richesse de ses idées et le sérieux de ses propositions.  Seul des trois, il a semblé avoir un plan et une stratégie.  Il n’est pas un orateur enlevant – il manque de pratique au jeu du « ne-rien-dire » – mais sur le fonds, il est clair que Bergeron a marqué des points. Et quand c’est parti…  difficile de remettre le dentifrice dans le tube.

Simultanément, au scandale Labonté dans sa cour, Madame Harel a perdu d’autres points hier par son incapacité à dire une seule phrase en anglais !  On ne sait pas si cette incapacité lui nuit davantage parce qu’elle semble une forme d’incompétence, ou parce qu’elle apparaît comme une provocation aux électeurs anglophones. Mais elle y perd.

Tremblay, pour sa part, quand il dit que tout va bien, a de plus en plus l’air d’un imbécile heureux… Ce matin, le journaliste André Noel a ajouté aux inquiétudes concernant Tremblay, en révélant que 46% en valeur des contrats accordés par la ville au cours de son mandat l’ont été à seulement quatorze (14) soumissionnaires…  dont, en bonne place, ceux liés à tous ces scandales de la SHDM, des compteurs d’eau et de la réfection du toît de l’Hôtel de Ville qui a donné lieu à des tentatives d’extorsions…

Conclusion: ce matin je ne parierais pas sur le résultat de cette élection, mais le momentum a tourné. Si je DEVAIS parier, je pense que Bergeron a le vent dans les voiles et pourrait très bien la gagner.  Ce qui va créer la panique dans quelques milieux.

Panique au sein du crime organisé et des syndicats, panique aussi au sein du gouvernement de Québec, pour qui une victoire de Bergeron serait une menace.  Menace pour le suivi des grenouillages habituels, mais aussi, à moyen terme, menace pour l’avenir du PLQ, car l’apparition d’un homme crédible soulignerait la vacuité du désert qu’est aujourd’hui la politique québécoise.   Ni Charest, ni Marois, ni Taillon ne font vibrer la population…  Un nouveau joueur, arrivant porté par un vent de victoire, brouillerait sérieusement les cartes.

Parce qu’une victoire de Bergeron serait TELLEMENT dérangeante, on peut s’attendre à ce que tout ce qu’on appelle « Establishment »  monte au front pour lui barrer la route.  Dès demain, peut-etre ce soir, les médias vont tout faire pour trouver des squelettes dans son placard, au besoin en inventer.  Les rumeurs les plus folles vont courir.

Suivre la façon dont cette campagne va s’orchestrer sera un bon exercice pratique pour identifier et comprendre les ficelles dont se servent ceux qui ont le pouvoir pour faire barrage à tous et à tout ce qui pourrait changer quoi que ce soit.  Pour stopper tout changement. À tout prix.

Ils sont puissants, mais il y a eu des circonstances où quelques personnes, avec peu de moyens, ont changé le cours des choses.  Il ne faut jamais l’oublier. Je pense que je vais prendre la peine d’aller voter pour Bergeron.

Pierre JC Allard

Addendum, dernière heure:  Dans les heures qui ont suivi la publication de cet article,  Alain Dubuc, un chroniqueur  de Cyberpresse du groupe Gesca, a dit comme ça, en passant, sans autres explications que  Bergeron était un hurluberlu qui n’avait rien de ce qu’il fallait pour diriger un grande ville…   La grande faiblesse du Système, c’est qu’il nous prend TOUS pour des cons.

Pierre JC Allard

311. La magouille au pouvoir   09.10.24

On voudrait parler d’autre chose, mais on ne pense qu’à ça.  Évincé de Vision Montréal après la divulgation du financement de sa campagne par le plus important fournisseur de la Ville de Montréal, Benoît Labonté a crevé l’abcès et avoué enfin ce que tout le monde soupçonnait :  un système de collusion et de corruption préside à la distribution des contrats, au sein de tous les partis, de tous les paliers de gouvernement au Québec.

On ergotera, mais bien peu de Québécois, aujourd’hui, ne sont pas convaincus que la gouvernance et l’administration, à Québec comme à Montréal,  ne soient pas pourries. Toute la classe politique est compromise, par la phrase fatale de Labonté  que personne ne nie, mais qui est au contraire reprise par ceux qu’il attaque : TOUT LE MONDE SAVAIT.

La confiance n’est plus là.  Je pourrais élaborer sur le phénomème, mais ce serait inutile et prématuré. On a ouvert la boîte de Pandore. Demain on en saura plus. La semaine prochaine davantage, et nul ne doute que l’on n’aille vers un haut-le-cœur généralisé dont peu de politiciens sortiront indemnes.  La population va exiger la mise au rebut de la caste dirigeante actuelle … et chercher des hommes nouveaux. C’est de ça qu’il faut parler.

Parler, en particulier, du rôle des médias. Un clivage va se dessiner au sein des médias, entre ceux qui veulent accompagner cette quête pour une nouvelle façon de gouverner et ceux qui vont rester engoncés dans leurs certitudes de bien-pensants, loyaux à une élite discréditée, prêts à monter aux barricades pour défendre un indéfendable statu quo. Il va falloir juger rapidement de la crédibilité qu’on peut accorder à chacun.

C’est pour cette raison que je crois indispensable, aujourd’hui, de comparer à l’attitude courageuse d’un Alain Gravel  ou d’une Marie-Maude Denis, qui sont à l’avant garde d’une recherche de la vérité, celle pernicieuse d’un Alain Dubuc.

Le privilège des médias, de commenter les campagnes électorales sans être soumis aux contraintes budgétaires  imposées aux citoyens ordinaires, est une « licence 00 » qui leur est accordée de tirer pour tuer les réputations; elle repose sur une présomption de bonne foi et d’impartialité.  Elle ne doit pas être utilisée par quelqu’un à qui son journal fournit un énorme public, pour qu’il présente ses préjugés sans discernement et sans l’ombre d’une justification.

Quand Alain Dubuc de Cyberpresse,  de qui on est en droit d’attendre une opinion reposant sur des faits, se permet d’écrire  » J’exclus en partant Richard Bergeron, un hurluberlu bavard qui ne devrait pas être dans cette course et qui n’a pas ce qu’il faut pour diriger une grande ville » , je suis profondément choqué.  En quoi Bergeron est-il un hurluberlu ?

Je ne vois aucune idée de Dubuc qui soit aussi pertinente que celles que Bergeron propose.   Je ne vois, non plus, rien de plus bavard qu’un chroniqueur comme  Dubuc qui s’est fait une carrière à déblatérer sur le nationalisme québécois et qui s’autorise aujourd’hui des jugements sur l’administration municipale, domaine i.a. où il ne connait rien. Allez ! Des preuves Dubuc, des preuves, faites comme si vous pouviez apprendre un peu de journalisme honnête de Gravel et de Marie-Maude.

Il est révoltant qu’un grand groupe de presse – dont les acquaintances politiques n’ont rien de discret – laisse un de ses sbires déféquer à ses caprices sur un candidat sérieux dans une élection qu’on prétend démocratique.  Je constate – est-ce une coïncidence ? – qu’en voulant  exclure  SANS AUCUN ARGUMENT  le seul candidat dans cette course dont le parti ne soit pas compromis dans des magouilles scabreuses, Dubuc prétend limiter la décision des Montréalais  à “du nouveau qui soit exactement semblable à l’ancien« .  On veut nous  faire choisir entre la peste et le choléra.

Le DG des élections devrait rappeler Dubuc à l’ordre. C’est dans cette optique que j’ai fait parvenir la plainte qui suit et dont on a accusé reception.

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Je considère inconvenant, malfaisant – et injustifié à sa face même – le jugement que porte le chroniqueur Alain Dubuc de Cyberpresse et autres médias, sur le candidat a la Mairie de Montréal Richard Bergeron.

Alain Dubuc dit:  » J’exclus en partant Richard Bergeron, un hurluberlu bavard qui ne devrait pas être dans cette course et qui n’a pas ce qu’il faut pour diriger une grande ville »

Cette opinion péremptoire que rien ne soutient, arrivant au moment précis où le candidat Bergeron reçoit un appui croissant sur les blogues mêmes de Gesca, semble fait dans l’intention de nuire et me semble inconciliable avec la privilège que concède la Loi aux médias d »exprimer des opinions sans être soumis aux limitation budgétaires des campagnes électorales, privilège reposant au départ sur une présomption de bonne foi et d’impartialité.

Alain Dubuc abuse ici de ce privilège pour des raisons inexpliquées. Il doit des excuses au candidat Bergeron et à ce 20% des électeurs qui à ce jour, le soutiennent et ont droit que leur choix ne soit pas indûment discrédité sans cause.

Salutations distinguées

Pierre JC Allard

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Bonjour monsieur Allard,

Nous avons bien reçu votre courriel au Directeur général des élections du Québec et l’acheminons pour considération auprès des directions concernées.

Veuillez accepter, monsieur Allard, nos salutations distinguées.

François Simard
Préposé aux renseignements

Directeur général des élections du Québec
Fsimard@dgeq.qc.ca
1-888-ELECTION (1-888-353-2846)

J’invite à en aviser aussi Monsieur François Simard, tous ceux qui, comme moi, trouvent abusive cette sortie du chroniqueur de Cyberpresse. Voyons ce qu’il en sortira. Ce sera un bon test du niveau de démocratie où nous en sommes rendus

Pierre JC Allard

http://www.electionsmontreal2009.com/monblogue/pierre-jc-allard/un-premier-chacal-en-maraude

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/10/20/bergeron-neglige-des-parieurs/

312. Les fossoyeurs de la démocratie   09 11.02

La population de Montréal a t-elle donné hier son aval à la corruption institutionnalisée ?  Il a suffi que 60% des gens s’en fichent et qu’environ le tiers de ceux qui ont pris la peine de voter ne la voit pas ou la pardonne, pour que la magouille semble reconduite. N’est-il pas clair que  nous pouvous raisonnablement nous attendre à ce que tout continue comme avant, au moins le temps de trouver une autre façon de faire la même chose ?  Quand on aura trouvé, on pourra dire, comme le personnage du Guepard de Visconti. que « tout aura changé pour que rien ne change ».

Est-ce inéluctable ?  Non bien sûr, rien n’est inévitable…  Le maire Tremblay qui ne voyait rien peut maintenant tout voir.  Ses conseillers peuvent tout voir autrement, les habitudes de l’industrie de la construction et des syndicats peuvent être régénérées, la nature humaine peut devenir meilleure….  Rien n’oblige la nouvelle administration de Montreal à persister dans le modèle nauséabond qu’on nous a révélé au cours des dernères semaines. Ne condamnons pas des présumés innocents. Ayons tous la foi, l’espérance… et la charité.

Il reste néanmoins que les Montréalais ont donné  démocratiquement leur aval pour que le même pilote garde la main sur la barre et que les même moussaillons traînent dans l’entrepont   Il est POSSIBLE qu’ils aient eu raison, mais difficile de penser que ce soit probable.  Pourquoi les Montréalais ont-ils fait ce choix un tantinet risqué ?

D’abord… parce que ce n’est PAS le choix qu’ils ont fait ! Les deux-tiers d’entre eux ont voulu que Tremblay parte. La division du vote a voulu qu’il ne parte pas. Un scrutin a deux 2 tours aurait vraisemblablement permis que Harel ou même Bergeron  gagne, au deuxième tour, un duel contre Tremblay.  Ce que nous avons n’est pas vraiment la démocratie.

Cela dit, pourquoi cette faille systémique a-t-elle joué ici en faveur de Tremblay ?  Deux (2) facteurs ont contribué à ce résultat.  D’une part, le clivage ethno-linguistique évident dès le départ et qui rendait Harel inacceptable à la vaste majorité des Anglophones.  Pour triompher de Tremblay, il aurait fallu, soit  que Harel obtienne un pourcentage du vote francophone qui aurait correspondu aussi à une polarisatio ethnique du vote – ce qui n’était  ni probable ni souhaitable –  soit que Bergeron  fasse sauter l’embâcle ethnique et obtienne un appui solide des Anglophones.

Le voeu de ceux qui souhaitaient un changement était que cet embâcle saute et que le vote anti-corruption – francophone comme anglophone – propulse Bergeron en tête.    Tout a fait  réalisable, mais il y avait un danger pour la minorité anglophone que si seul le vote anglophone faisait ce pas,  ce soit Harel qui bénéficier du transport des votes anglophones d’un Tremblay alors affaibli… vers un Bergeron qui n’aurait pas la note de passage.

C’était un risque que la communauté anglophone ne voulait pas courir; elle donc resté un temps dans l’expectative. Quand les prises de position contre Bergeron des chroniqueurs de Gesca ont convaincu la presse anglophone que l’Establishment québécois  ne laisserait pas tomber le système en place – va pour Harel, tout étant  là pour montrer que les même forces resteraient  au  pouvoir, mais pas un facteur imprévisible comme Bergeron  –  The Gazette a jeté son glaive dans la balance et soutenu Tremblay, produisant le résultat que nous avons eu. L’analyse détaillée du vote d’ici un jour ou deux confirmera ce scénario.

Quelles conclusions tirer de ce cafouillage ?  D’abord modifier le scrutin uninominal a un tour qui ne vaut que pour une démocratie bipolaire à l’américaine.  Si les gens commencent à réfléchir et qu’on pense à des tierces options, ce type de scrutin n’a plus sa place.

Ensuite, rendre le vote obligatoire, tout en introduisant l’option de refuser tous les candidats. C’est l’inertie qui  a permis à 14% de l’électorat de créer la situation que nous allons vivre. On peut facilement imaginer que la population  qui aurait eu l’obligation de faire une choix n’aurait pas fait celui-là.

Enfin – et surtout – une lueur d’espoir.  En quelques semaines, entre la confirmation par Labonté du cloaque qu’était devenu Montréal et l’élection municipale,  le soutien à Projet Montréal a doublé !  La seule information libre a laquelle l’électeur a eu droit a été celle des blogues, mais la vague Bergeron a  doublé et est monté à 26%, malgré la mauvaise foi et tous les efforts des médias traditionnels.   Il s’en est fallu de bien peu…

C’est sans doute la dernière de ces vagues populaire qui n’aura pas emporté la digue. Il suffit  d’extrapoler la tendance, pour comprendre que la prochaine élection ne se gagnera pas dans le médias traditionnels,  discrédités encore un peu plus  lors de ce scrutin par ces fossoyeurs de la démocratie, comme Alain Dubuc, qui ont traité d’hurluberlu  un candidat auquel finalement aura fait confiance  26 % de la population. Elle se gagnera aur les medias citoyens, où l’on pourra se parler à l’abri de la corruption et de l’hypocrisie de ces pseudo journalistes à la solde d’une presse qui ne veut pas informer, mais manipuler.

Gesca a menacé de fermer ses journaux le 1er décembre.  Tant mieux.   Il y a une alternative à l’Évangile selon Desmarais Je la proposerai ici la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

313. La presse citoyenne   09.11.09

Vivre en société a permis à l’homme la division du travail et l’apprentissage en commun: les deux grands pas en avant qui ont accéléré son évolution. La condition essentielle de cette évolution a été la diffusion de l’information. L’information est le sang d’une société, la communication sa circulation. Une société a un besoin essentiel d’information qui va croissant au rythme où le changement s’y accélère et où les échanges s’y multiplient.

On communique, dans une société, mais émetteurs et récepteurs ne sont pas sur un pied d’égalité. L’auditeur ne peut toujours écouter qu’un seul message à la fois, mais le locuteur peut s’adresser à plusieurs, ce qui est bien utile pour l’ordre et le développement de l’autorité; celui qui parle à le pouvoir et c’est celui qui a le pouvoir qu’on écoute.

Les moyens modernes de communication, cependant, ont tant exacerbé cette inégalité entre la capacité de dire et d’entendre que le citoyen moderne se contente souvent d’écouter. « Informer » — qui est une source cruciale du pouvoir — a été récupéré politiquement par l’État pour devenir propagande et par la structure économique dominante pour devenir publicité. Une situation qui n’est idéale ni pour la propagation des connaissances et donc le progrès de l’humanité ni, surtout, pour l’exercice honnête de cette forme de gouvernance qu’on appelle démocratie.

Elle est Idéale, toutefois, pour l’exercice d’une forme autoritaire de gouvernance. Celle qui peut reposer sur la manipulation de l’information et qui permet donc de respecter la forme extérieure de la démocratie, sans que les citoyens ne s’écartent jamais des choix qu’on veut qu’ils fassent, puisque ces choix sont les seuls qu’ils puissent raisonnablement faire à partir de la vision du monde qu’on leur a transmise.

C’est ce système de démocratie « médiatique » qui prévaut dans nos sociétés occidentales. Cette forme efficace de gouvernance a été compromise par l’avènement de l’Internet qui passe le micro à tout le monde. Le doute s’est installé. Ainsi, le résultat des récentes élections municipales à Montréal, qui a reconduit au pouvoir une administration qui sue la corruption par tous ses pores. Une remise en question s’impose.

L’explication rassurante de ce qui s’est passé à Montréal est qu’il ne s »agit que d’un vice de fonctionnement : les voix du bien contre le mal se sont divisées et un scrutin à deux tours aurait résolu ce problème. Vous croyez ? Peut-être, mais il y a une explication plus brutale. Celle que la population voit le processus démocratique comme une manipulation, ne CROIT plus à la démocratie … et ne vote plus. C’est hélas le raisonnement que semblent avoit fait plus de 60% des électeurs

Le système peut réagir à ce défi par un contrôle plus strict de l’information, ou par une gestion plus pointue des réactions à la transparence. Dans le premier cas, il faut une censure de plus en plus difficile à exercer et une montée progressive de l’autoritarisme. Dans le second, une pression est simplement exercée sur l’interprétation des faits, ce qui équivaut à une transformation ciblée, plus ou moins subtile, des critères éthiques eux-mêmes. Je ne porte pas de jugement sur la valeur morale de cette option.

Il existe une troisième option, qui serait que le pouvoir veuille s’adapter à la volonté populaire, mais elle est trop improbable pour que l’on perde ici du temps à en discuter. Je pose donc l’hypothèse que la seconde solution sera retenue et que le système préférera s’en remettre à sa capacité de parfaire ses mécanismes de manipulation, plutôt que de risquer une dérive ostensible vers le dictatorial.

Si on accepte cette hypothèse, une nouvelle structure d’information peut et doit être mise en place, qui soit manipulable au palier des interprétations, mais désormais VRAIE quant à son contenu objectif et parfaitement transparente. Dans une société technologiquement avancée comme la nôtre, cette structure pourrait être celle décrite ci-après et dont les éléments seraient ceux qui correspondent aux exigences du processus d’information lui-même. Je n’en donne ici que le schéma.

D’abord, il faut capter l’information à sa source, aussi exhaustivement que possible, puis que celle-ci soit universellement diffusée Elle doit alors pouvoir faire l’objet d’une contestation et d’une réponse de la part de tous ceux auprès desquels elle l’a été, ce qui en garantit la véracité et l’authenticité. Cueillette et contrôle exhaustifs exigent que tout le monde ait accès au micro. Quiconque apprend quoi que ce soit doit pouvoir le transmettre librement à tous sans censure, sous réserve d’en porter le responsabilité devant la loi.

Cette liberté d’informer génère une masse énorme de renseignements. Il faut donc que l’information transmise soit organisée et structurée, que les principes de son organisation soient connus de tous et fassent eux-mêmes l’objet d’une diffusion universelle prioritaire. On doit enseigner à trouver l’information avec la même urgence qu’on met à enseigner à lire. Ne pas le faire est une manoeuvre pour garder le peuple dans l’ignorance.

Le véhicule nécessaire et suffisant pour transmettre cette masse d’information est l’Internet. Comprenons bien que rien ne doit interdire que qui que ce soit puisse aussi publier quoi que ce soit, sur Internet ou sous tout autre format, mais tout ce qui est information publique doit être publié par l’État sur Internet. C’est là que s’exprime le droit de l’individu à l’information, droit auquel correspond une responsabilité de l’État d’informer.

L’État s’acquitte de cette responsabilité en posant deux (2) gestes : a) Il fournit à tous les citoyens un accès individuel ou collectif gratuit à Internet ; b) il gère le processus de publication et de structuration de l’information. À quelques restrictions près concernant le respect de la vie privée et la sécurité publique, tout doit être publié. À l’individu de juger par la suite si l’information qu’il reçoit d’autres sources confirme ou contredit celle qu’il reçoit de l’État, auquel cas l’État doit avoir des comptes à rendre.

Dans cette structure, tout le monde peut et devrait être un joueur amateur ; c’est ce qui en garantit la crédibilité. Chacun peut jouer comme reporter apportant des faits bruts, comme journaliste les mettant en contexte et les agençant impartialement pour leur donner un sens objectif, ou comme chroniqueur pour les interpréter et aider chacun à se former une opinion personnelle. Mais à ce jeu, doivent aussi intervenir des professionnels.

Il doit y avoir des reporters de métier, des investigateurs professionnels – autonomes ou regroupés en agence de presse. Il doit y avoir des journalistes chevronnés, capables d’expliquer le sens de ce qui se passe et aussi des chroniqueurs, des experts qui peuvent faire les liens et façonner l’opinion publique en influençant, pour le meilleur ou pour le pire, ceux qui leur font confiance. Ces professionnels doivent être rémunérés. Comment ? Par le biais d’une structure à trois (3) volets.

a) L’État doit créer une agence de presse où travailleront ceux qui veulent se faire un métier de chercher l’information et, au premier chef, ceux qui le font déjà pour les agences ou les médias traditionnels. On réglera avec leurs syndicats les conditions de leur embauche et de leur rémunération. Leur nombre et ces conditions évolueront et nous verrons ci-après comment c’est le public qui en sera le juge. Leurs contributions sont publiés à l’état brut.

b) L’État doit créer une « rédaction » ou salle de presse, à laquelle se joindront tous les journalistes de tous les médias qui choisiront de le faire. Chacun pourra au départ se faire reconnaître dans un ou quelques domaines de spécialité ou d’expertise et sa tâche consistera à écrire sur les sujets de cette compétence à partir des données brutes que fourniront les agences de presse et reporters autonomes, amateurs ou professionnels. Chacun pourra aussi écrire sur tout autre sujet, mais son statut comme auteur sur ces sujets sera celui d’un amateur et non d’un professionnel.

c) L’État doit créer enfin un « aréopage » de chroniqueurs, dont il est entendu que la tâche consiste à émettre des opinions en s’appuyant sur les faits bruts et sur l’interprétation des faits par les journalistes. Les chroniqueurs peuvent être biaisés, mais leur réputation dépendra de leur sincérité à admettre qu’ils le sont. Participeront au départ à cet aréopage les chroniqueurs les plus populaires des médias actuels, mais c’est le verdict populaire qui en modifiera vite la liste:

Que doit-on publier ? TOUT. Quand on ne pense plus papier mais pixels, ce qui peut être publié sur un site de l’État – qui pourrait s’intituler simplement « Information » – n’est plus limité que par ce qu’il est possible de structurer efficacement. Tout ce que publient les reporters, journalistes et chroniqueurs, amateurs aussi bien que professionnels est publié et demeure indéfiniment accessible.

C’est le positionnement, cependant, qui détermine la visibilité relative des nouvelles. Au « Fil de presse » les nouvelles apparaissent par ordre chronologique. Dans la section « Nouvelles », c’est un comité des journalistes qui choisit la préséance d’apparition des articles et leur positionnement de parution de départ, sur une page générale et sur les pages spécialisées qu’on jugera bon de créer. Dans la section « Chroniques », c’est la popularité du chroniqueur au cours de la semaine précédente qui détermine le positionnement initial de ses articles.

Une heure plus tard, cependant, c’est le nombre des lectures qui déterminera le repositionnement d’heure en heure par la suite des articles et des chroniques, selon le nombre de demandes de lectures qu’elles ont reçues dans leurs sections respectives

Les reporters, journalistes et chroniqueurs professionnels devraient toucher un salaire de base auquel s’ajouteraient des primes selon le nombre de demandes de lecture qu’auraient suscité leurs textes. Tout le monde peut, à sa demande, être publié dans « Information », sans préjudice à son droit de publier lui-même sur internet et d’être rémunéré pour le faire , y compris par les lecteurs eux-mêmes.

Les « amateurs » seront aussi rémunérés. Pour chacune de leurs contributions, ils recevront une prime plus modeste, mais au prorata de la rémunération d’un professionnel de la même catégorie – nouvelles ou chroniques – ayant reçu un nombre identique de lectures. Un index alphabétique de tous les auteurs d’articles, amateurs comme professionnels nous donnerait la liste des textes qu’ils ont publiés et nous dirait aussi combien chacun a eu de lecteurs.

La quantité de textes et d’images qui circuleront sans censure rend inévitable que des faussetés soient diffusées et toute image peut être bien tendancieuse, mais la possibilité de commenter sert de protection et un Conseil de presse sera là pour mettre les pendules à l’heure pour une population qui deviendra bien moins crédule quand elle aura cet ancrage solide dans une réalité objective au moins consensuelle.

Cette forme d’autogestion de l’information par les professionnels de l’information eux-mêmes semble la façon la plus pratique d’en assurer l’impartialité, mais il faut y ajouter un contrôle citoyen. La gestion de la publication et diffusion des textes doit donc dépendre d’une Régie autonome de l’Information, sous l’égide d’un « Conseil de presse ».

Ce Conseil consistera en deux (2) sections. La première sera composé de douze (12) citoyens, élus pour la durée d’un mandat (5 ans) renouvelable à l’occasion de chaque élection générale et la seconde de trente (30) citoyens choisis au hasard pour un mois. Ces derniers seront rémunérés pour leur peine à leur revenu actuel plus 15 % et jouiront à la fin de leur mandat du droit inconditionnel de réclamer de leur employeur leur réintégration dans leurs fonctions précédentes.

Toute décision du Conseil de presse doit l’être à la majorité de chacune des deux (2) sections. En cas de désaccord, c’est le Tribunal qui tranchera immédiatement et toutes affaires cessantes, tout appel étant entendu lui-meme avec la même priorité.

Nul travailleur de l’information ne sera forcé de se joindre à « Informations », mais on peut supposer que les travailleurs de Quebecor en lock-out – et ceux de Gesca qui pourraient l’être bientôt – trouveraient avantageux d’accueillir cette proposition. Au gouvernement de décider comment il devrait dédommager les journaux et groupes de presse actuels auquel rien n’interdira de poursuivre leurs activités, mais dont il est clair que celle-ci seront perturbées par l’arrivé de ce nouveau media plus crédible… et gratuit

Surtout que, sur le site « Information », il n’y a pas d’autre publicité que celle gratuite, considérée d’intérêts publics. La diffusion de l’information facilitant l’accès des consommateurs aux produits offerts sur le marché est traitée autrement. J’en parle ailleurs – voir le lien – car c’est un tout autre sujet.

Pierre JC Allard

314. Placer ses pierres à droite   09.11.16

Depuis que le président Sarkozy a confié sur Facebook avoir assisté en direct à la chute du Mur de Berlin, il ne manque pas de gens pour dire que c’est lui, dans de précédentes réincarnations, qui a découvert le feu et inventé la roue. Qui sait s’il n’a pas été aussi le premier joueur de Go.

Au jeu de Go, pour ceux qui ne le savent pas, chacun pose des « pierres » sur l’une des 361 intersections d’un grand damier (Goban). Vous entourez complètement les pièces de l’adversaire… Il les perd. Vous gagnez. Simplicité enfantine. Mais les parties de championnat de Go durent des semaines et les joueurs se relaxent en jouant aux échecs…

Quelle stratégie peut bien suivre le Grand Maître Nicolas, dans sa longue partie contre la Gauche, quand il souffle sur les braises de l’identité nationale et fait des appels du pied au FN, dont il a pourtant déjà raflé de la clientèle tout ce qui pouvait l’être ? «Old Nick » — le diable, chez les Anglo-Saxons — a-t-il perdu la main ? Une autre explication est qu’il soit très, très intelligent…

Supposons le scénario — imaginaire, bien sûr — d’une France qui ne voudrait vraiment plus de Sarkozy, avec une Gauche parcellaire qui n’a rien à offrir et, au Centre, un Modem et des Verts qui ne passionnent pas vraiment. Si apparaît un homme charismatique de centre-droit, il peut draguer vers lui tout le Centre loin à gauche et même quelques mécontents néo-gaulliens de UMP à qui l’atlantisme actuel donne de l’urticaire.

Dans ce cas de figure, le sarkozysme qui a fait le plein à droite et reculerait ainsi au centre, pourrait être mis en minorité. Danger ! Où trouver des effectifs de réserve ? C’est là que le véritable Maître de Go montre qu’il connaît bien le goban qu’est France.

L’électorat français, c’est 90 % des citoyens qui se désintéressent totalement de la politique ou ont déjà fait allégeance à un parti. Dans la mesure où les mots ne changent pas pour le dire, ils ne prêtent qu’une attention distraite à ce qui se raconte. Situation statique, où chaque parti cherche prudemment à garder son image de marque, qui est son identification sociale… et aussi une rente de situation. Le jeu politique ordinaire se limite donc à convaincre les 10 % de vagabonds qui basculent et donnent le pouvoir. Par des slogans et des jeux de personnalités seulement. Toucher aux idées est tabou. On ne prend pas de risques.

Il n’y a qu’aux extrêmes du spectre politique qu’on peut prendre des risques, ou au moins offrir une image moins rance que la platitude des éléphants et assimilés. Quand tout va bien, le jeu ordinaire suffit et tout le monde est peinard. Mais si l’on fait face à de vrais problèmes, le jeu ordinaire ne sert plus. Seuls les extrêmes peuvent offrir des solutions miracles. Quand les choses se gâtent, il y a donc une brève période pendant laquelle le peuple VEUT prendre des risques et regarde dans la direction des « extremes »

Quand la population veut prendre des risques, elle va d’abord vers ceux qui lui ont fait miroiter l’utopie dont elle rêvait… et c’est généralement la Gauche. Quant arrive cette prise de conscience, la Gauche a donc un peu de temps pour répondre au rejet de l’ordinaire en offrant de l’extraordinaire et un projet de vrai changement.

Hélas, bien souvent, une Gauche devenue bien pansue a proposé des changements éculés et sans vraiment y croire. Quand vient l’heure où elle est mise en demeure de le faire, elle refuse donc de passer à l’acte, consciente des difficultés, voire de l’irréalisme de ce qu’elle a proposé. C’est alors que la population se tourne vers la Droite. Pas la droite de l’inégalité, celle de la discipline. À la japonaise.

Quand la France se tourne vers la Droite, aujourd’hui, elle voit une jolie femme avec les yeux bleus de Jeanne d’Arc qui a quelque chose à offrir… Disons, des couilles. Il y a une clientèle pour Marine Lepen. Le génie de Sarkozy, c’est de voir que cette situation fait bien son affaire, car la clientèle de Marine est d’abord chez les gauchistes déçus. Pas les gauchistes qui ont trouvé une carte du PS dans leur berceau – ceux-la sont entrés en coma et vont bientôt mourir d’inanition, faute d’une perfusion de rêves crédibles – les gauchistes sérieux. La Gauche du Grand Soir…

Cette vraie Gauche, pour qui le rejet de Sarkozy est devenu viscéral, peut trouver séduisant le discours d’une vraie Droite. Parce qu’il est clair, moral, sans cautèle, anti-élitiste, anti-corruption. L’affaire Mitterrand a peut-être été la paille qui a brisé le dos du chameau, la population prenant conscience que son ennemi n’est pas à sa gauche ou à sa droite, mais en haut: une caste de dirigeants élitistes qui ne lui veut pas du bien et qui la manipule par une illusion de démocratie.

Une certaine Gauche peut trouver le discours de la Droite séduisant, mais aussi CRÉDIBLE, parce qu’il n’y a rien d’incongru à ce que la Droite relève le défi de réaliser des promesses de la Gauche ! Une Droite ne propose pas nécessairement un projet social opposé à celui de la Gauche ; elle propose une manière de faire.

Une Droite n’est pas systématiquement au service des riches. Dès qu’elle le peut, au contraire, elle met riches comme pauvres à leur place et ce sont souvent ces deniers qui y gagnent… un peu ! Ce que la Droite veut, c’est diriger et que les choses se fassent à sa manière. Si la population lui dit clairement ce qu’elle veut, la Droite est souvent prête à tenter de le lui donner et, parce qu’elle prend une approche autoritaire, parfois elle PEUT le lui donner.

Donc, ne pas s’imaginer que la Droite suggérera les horreurs caricaturales dont l’accusent les médias. Le projet de la droite sera séduisant et beaucoup pourront dire oui. Une large part de la population peut vouloir accepter de payer en perte relative de liberté les avantages sociaux et économiques que la Droite lui offrira. L’autoritarisme mène à une catastrophe, mais la catastrophe n’est pas immédiate.

La catastrophe arrive plus tard, quand la démesure implicite au projet que le peuple veut – et que la Gauche lui refuse, précisément à cause de cette démesure — pousse une Droite au pouvoir à des actions plus coercitives pour poursuivre la croissance pyramidale des désirs à satisfaire. Ce sont ces actions coercitives qui finalement brisent le soutien de la population et conduisent à un rejet parfois violent de la Droite

Mais, en attendant, il y a souvent un moment où le peuple est prêt à courir le risque de l’autoritarisme pour sortir du marasme et il y a parfois même un moment de grâce où il est satisfait de la Droite. Jouer avec la Droite est donc dangereux.

Quel avantage a Sarkozy à favoriser une montée de la Droite qui pourrait reprendre les voix qu’il lui a prises? Le gambit de l’UMP, c’est que, ayant le pouvoir, son noyau dur ne la quittera pas : ce sont les extrémistes de gauche qui iront vers le FN. Or, il est hautement improbable que le transport de leurs votes vers la Droite puisse porter celle-ci au pouvoir.

Il est probable, au contraire, que ces votes constitueront un bassin d’électeurs qui, au deuxième tour, viendront appuyer une UMP s’affirmant volontariste et musclée contre tout ce qui serait plus à gauche. Incluant un Villepin de centre droit portant le drapeau des valeurs républicaines et qui serait présenté comme velléitaire.

Il n’est pas exclu que ce soit le choix de 2012.

Pierre JC Allard

315. Le confort douillet   09.12.07

95 234.  C’est la cohorte des nouvelles infirmières de cette année, dont la plupart recevront imminemment leur permis de pratique aux Philippines.  On n’en manque pas. On s’inquiète surtout de celles qui s’ajouteront aux 200 000 qui sont déjà sans emploi.   Chez-nous, bien sûr on en manque.  Le système de santé du Québec ne s’est jamais remis de la grande saignée de 30% de effectifs que l’apprenti-sorcier Lucien Bouchard lui a fait subir en 1996 pour équilibrer le budget.  L’année  où l’on est devenu un pays en voie de sous-développement…

Evidemment, ce ne sont pas les milliers d’infirmières qui ont été poussées vers la porte en 1996 qui nous manquent aujourd’hui ; elle seraient à leur retraite. Il nous manque celles que l’on n’a pas formées, parce qu’on a affamé le système pour qu’il accoutume de vivoter dans l’indigence, qu’il prenne l’allure chétive  d’un réseau du tiers-monde et qu’on s’en trouve satisfait.

Ce qui a été fait… Ce qui faisait scandale est devenu normal. On pavoise quand les taux d’occupation descendent sous 100% dans les urgences, qu’il faut moins de 20 semaines pour voir un spécialiste et moins de 4 heures pour voir un apprenti urgentologue entre deux réanimations, dans un hopital où ne peut être prioritaire que ce qui est terminal.   Nous avons appris a vivre de peu, au risque de mourir de pas grand chose.

Quelques centaines d’infirmières philippines nous feraient beaucoup de bien… Pourquoi ne les avons-nous pas ?  On peut parler des programmes, de formation linguistique, de différences culturelles…  Je publie parfois des articles de fond de 50 ou 100 pages où j’explique le pourquoi des choses.   Mais, il est bon, de temps en temps, de dire les choses simplement :  nous n’avons pas ces quelques centaines d’infirmières qui seraient une bouffée d’oxygène, parce que nous sommes gouvernés par des politiciens corrompus et sans aucun intérêt pour le bien public, assistés de fonctionnaires sans  motivation, sans imagination, vautrés dans le loisir parkinsonien comme des hippopotames dans la boue tiède d’une rivière d’Ouganda.

Aimé Laliberte, qui intervient souvent sur ce blogue et est fort bien renseigné nous parlait, il y a quelques jours d’une nouvelle politique  pancanadienne qui permettra de faciliter le permis d’exercer aux ressources professionnelles  que nous importons parce que nous n’avons pas l’intelligence de former les nôtres.   Parmi ces ressources, des infirmières, bien sûr.  Je n’irai même pas lire cette politique.

Je ne la lirai pas, parce que, pour brillamment qu’elle soit énoncée, elle ne pourra terminer qu’en connerie, car elle est tarée du péché originel : l’absence de volonté d’action et de changement.

Le projet dont notre technocratie a accouché lundi dernier a été conçu en janvier dernier. Il se voulait une réponse à un problème de reconnaissance des acquis  professionnels qui pourrit depuis des décennies.   Il devait être prêt en septembre. Il arrive avec trois mois de retard, mais quelle importance…

Aucune importance et je SAIS, parce que j’ai trainé si longtemps dans cette mouvance de fonctionnaires, de conseillers, de consultants et de politiciens, que PERSONNE, à aucun moment, n’a cru qu’il était important de respecter cette échéance, n’a programmé un calendrier qui aurait laissé penser qu’on pût la respecter… ou n’a éprouvé la moindre surprise ou regret qu’elle ne le soit pas.  TOUT LE MONDE S’EN FOUT.

Comme de tout le reste d’ailleurs.  Chaque politicien pense à la prochaine élection, aux avantages qu’il peut retirer de sa fonction et à son plan de retraite.  Chaque fonctionnaire pense à son plan de carrière, à ses prochaines vacances… et à son plan de retraite. En attendant, on tue le temps dans des réunions où il ne se règle rien, en attendant des décision prises « en haut », venant en cascades de paliers encore plus hauts, par des gens qui ne sont vraiment décisionnels qu’au niveau où leurs agendas sont complètement déconnectés des problémes dont on voudrait qu’ils décident.

Personne ne nous gouverne et l’on ne nous administre que le moins possible. L’alpha et l’omega de notre gouvernance est d’éteindre les feux, de garder les gens tranquilles et de garder ouverts les chenaux qui permettent le flux vers une petite coterie de financiers d’une richesse monétaire qui n’a plus qu’un lointain rapport avec la production réelle.  Pas d’idéal, pas de projet de société. Personne à l’horizon qui aurait les méninges et les couilles de faire un révolution… et donc pas d’espoir.

Que faudrait-il faire pour nous avoir, disons 500 infirmières philippines ?

1.  Choisissez le test DISPONIBLE le plus représentatif de la compétence que l’on veut d’une infirmière au Québec. (3 jours)

2.a  Agencez 10 équipes, composées chacune d’une infirmière  praticienne d’expérience, d’une infirmière bachelière qui connaît bien les méandres de la profession et d’une formatrice/docimologue (2 semaines)

2.b  Envoyez sur place à Manille  3 personnes compétentes – je pourrais vous les trouver – qui respectivement : a) prépareront une campagne de presse et de pub pour inviter  les infirmières a se présenter a un concours pour emploi permanent au Québec b) aplaniront les formalités avec l’administration, et c) organiseront la logistique des entrevues  ( 2 semaines, en parallèle à 2.a)

3.a  Mettez vos 10 équipes au travail en préselection, sur la base d’une lettre de présentation des candidates : 50 dossiers par jours par équipe = 2500 en 5 jours  et en retenir 1 000 (1 semaine)

3.b  Les « 3 personnes compétentes »  continuent d’aplanir les difficulté pertinentes aux enquêtes de sécurité et formalités générales d’émigration ( 1 semaine, en parallèle à 3.a)

4.a Entrevues individuelles 30 minutes x 1 000 candidates  (2 semaines)

4.b On aplanit les difficulté pertinentes aux enquêtes de sécurité et formalités d’émigration pour les 500 candidates retenues ( 2 semaines, en parallèle à 4.a)

5.a  Formalités et transport vers le Québec (1 mois) ( Avec l’aide des « 3 personnes compétentes »).

5.b  Les 30 ressources (infirmières praticiennes d’expérience, infirmières bachelières et formatrices/docimologues) se répartissent les tâches et produisent un programme permettant  en  3 mois de formation intensive – à 4 heures par jour  de cours  + 4 heures de travail pratique – le meilleur arrimages des compétences des candidates à celles requises pour leur travail au Québec ( 1 mois au Québec, en parallèle à 5.a)

6a   Les  30 ressources ( infirmiéres  praticiennes d’expérience, infirmières bachelières et formatrices/docimologues) se répartissent les tâches et voient à a la formation des candidates (3 mois)

6b Les « 3 personnes compétentes » voient au placement et à la logistique d’intégration des  infirmières philippines au Québec.

Tout ça se fait en moins de 6 mois, avec une confortable marge de manœuvre.  Changer Québec par « Madrid » et Philippines par « Andalousie » et c’est ce que faisait le PPO espagnol dans les années 60…

Cela, en supposant que c’est une entreprise privée qui le fait et qu’on lui obtient  les documents necessaires des gouvernements du Canada et du Québec…

On peut essayer de le faire dans la structure du fonctionnariat. Ajoutez seulement au départ deux ou trois ans d’arguties et d’inepties diverses avant de commencer le travail, puis multipliez tous les temps d’exécution par trois (3).

Pierre JC Allard

316. Pas d’autres « Musulmans » en Occident  09.12.14

Depuis quelques jours, dans la foulée de cette affaire de minarets en Suisse, on parle beaucoup de racisme en France, en en détournant le sens.   On établit aussi souvent le parallèle Islam-Chrétienté de façon qui me semble abusive. Ce que j’en dis ici me semble conforme à la réalité

L’Islam est la plus jeune et la plus « avancée » des grandes religions monothéistes. Elle préconise un seul champ, sans solution de continuité, du politique, du social et du religieux. L’Islam est totalitaire, au sens strict du terme, comme aucune idéologie occidentale n’ a pu l’être, car il a fait l’économie d’un détour par l’individualisme et la notion de nation.

L’islam est un engagement total. On ne peut être un Musulman dans le vrai sens du terme et reconnaître une séparation entre la religion et l’État qui définirait pour chacun un domaine où il est souverain, les mettant ainsi sur un pied d’égalité. Pour un Musulman, c’est une hérésie.  Dans la problématique de l’Islam, l’idée d’une séparation entre le religion et l’État est régressive et tous les concepts que nous étayons de cette idée de séparation, comme la laïcité, sont simplement non-avenus.

La laïcité est un concept inacceptable pour un vrai Musulman. Il n’y a donc pas de façon pour un bon Musulman d’être une bon citoyen français ou canadien. Il y a incompatibilité. Aussi longtemps qu’on ne tient pas compte de cette incompatibilité, on est dans l’incompréhension ou l’hypocrisie… et on dit des bêtises. Il est inintelligent de discuter d’une relation Occident-Islam avec des Musulmans à partir des principes et des critères de l’Occident.

J’insiste pour dire que cette vision totalitaire que préconise l’Islam N’EST PAS ABSURDE ni intrinsèquement MAUVAISE. Rien ne dit que ce n’est pas celle qui prévaudra, car notre démocratie, devenue pure corruption, est loin aujourd’hui d’avoir le haut du pavé dans ce débat. Je dis seulement que l’Islam et notre vision occidentale du monde sont incompatibles. Il n’y a rien a gagner à vouloir les faire cohabiter.

La démonstration de l’inacceptabilité  des  Musulmans en Occident se  termine, quand on accepte que la fusion entre le religieux et le politique – qui est ESSENTIELLE à l’Islam – fait de tout Musulman un objecteur de conscience à toute gouvernance civile dans tout pays où ne s’applique pas la charia. Il ne peut se soumettre de bonne foi aux lois d’un pays comme la France ou le Canada, et ne peut viser qu’à renverser cette gouvernance.  Est-ce le citoyen que l’on veut ?  Comment le Musulman, qui ne peut reconnaître la légitimité absolue de la loi française en France, aurait-il sa place en France ?

Quand on parle des Musulmans « modérés », on joue sur les mots et on triche. Si un Musulman est modéré au point de vouloir s’intégrer à la vision du monde d’un citoyen laïque de France ou du Canada, il n’est plus un Musulman. Il est un « laique postislamique », comme il y a des millions de « laiques postchrétiens » en Occident. Ce n’est pas lui qui fait problème. Il est aussi assimilable que tous les autres qui sont venus et dont les enfants ou petits enfants sont indiscernables des autres citoyens de souche.   Le postislamique est le bienvenu, quel que soit son pays d’origine ou sa couleur de peau.

Le problème, c’est celui qui veut rester un Musulman et est donc imperméable à l’idée de séparation entre la religion et l’État. On ne reglera pas ce problème en jouant sur les mots, mais en disant clairement que ce Musulman n’a pas plus sa place en Occident que je n’aurais la mienne à La Mecque. Je suis en principe passible de la peine de mort si j’entre à La Mecque.

Beaucoup de gens imaginent La Mecque comme le Vatican : un église et quelques dépendances. La Mecque est en fait une ville plus populeuse que Marseille, dont l’existence comme entité civile indépendante de son caractère religieux est niée au point que les non-musulmans n’y sont pas admis !  Comment mieux exprimer que Islam et État sont indissociables ?

Je souligne, encore une fois, que je n’ai pas de querelle avec l’Islam. Seulement avec l’Islam en Occident… Le problème que pose l’intégration de cette minorité en France découle de cette fusion-confusion entre religion et identité. Beaucoup de  postislamiques ne demandent sans doute qu’à être intégrés et assimilés. Ils  se disent Musulmans, simplement parce qu’ils ne savent pas se définir autrement que comme Musulmans ! Problème tragique, car leur volonté d’intégration est perçue par les autres comme une apostasie.

Leur assimilation est alors rendue plus difficile dans le contexte d’une contrainte et de l’ostracisme de leur communauté. D’où cette notion qui semble paradoxale, mais qui est pourtant bien évidente, que l’intégration des « postislamiques » – qui peuvent devenir d’excellents citoyens en France ou au Canada – sera d’autant plus facile qu’il y aura moins de « Musulmans » en France ou au Canada.

Respectons les droits acquis de ceux qui  sont déjà parmi nous…. Mais n’en acceptons plus !

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/170-les-quant-a-soi/

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/173-un-brin-de-causette/

Pierre JC Allard

317. Nous n’irons plus au bois 09.12.23

Vendredi soir sur France 2…

Arditi monte à l’assaut de la presse citoyenne. Un autre… Seb Musset sur Agoravox lui répond. Il le fait bien… Juste un mot donc… Ceci est un petit billet doux que j’avais écrit pour Amar, Fottorino, Aphatie et assimilé l’an dernier. Je suis heureux aujourd’hui d’ajouter Arditi.

Je  serais heureux qu’on le leur fasse parvenir. Encore plus qu’ils me répondent. Ils peuvent me rejoindre ici. J’y suis. Ils peuvent aussi me donner rendez-vous dans les fossés, dans leurs propres journaux. J’autorise la publication dans leurs pages de cette opinion d’un de leurs non-lecteurs. Nous serons de plus en plus nombreux.

Nous n’irons plus au Bois …

Le journalisme traditionnel a profité de deux phénomènes: l’émergence d’une multitude de citoyens à qui l’on a montré à lire sans leur montrer à penser et la mise en place d’une démocratie boiteuse, dont les fondements sont devenus la manipulation et la corruption.

C’est dans ce climat que se sont développés des médias qui ont occupé l’espace de l’information, ont embauché des mercenaires à plume pour en louer les services aux plus offrant, puis ont prétendu à un droit de cuissage sur toute nouvelle, la déformant sous prétexte de lui donner forme.

C’est ainsi que des journalistes sont nés qui se sont arrogé le droit de simplifier un monde complexe, pour qu’il passe par le canal étroit de leurs directives de leurs idiosyncrasies et de leurs états d’âme et en sorte moulé aux exigences de la pensée correcte.

C’est ainsi qu’on nous bâtit une réalité conforme à ce que le pouvoir voudrait qu’elle soit, incluant sa part de contestation et de contradiction… mais selon les règles. C’est une construction qui est certes un travail de professionnels, car on ne sent pas souvent qu’il y a eu amour ou plaisir à s’en acquitter.

J’aime trop la vérité pour me plaindre de ceux qui se gagnent la vie à nous en offrir, ne serait-ce qu’un ersatz, mais je suis ravi qu’on puisse maintenant la trouver ailleurs que dans ces maisons closes de l’information que sont le Figaro, le Monde et autres dispensateurs d’opinions cousues machine.

Les médias citoyens sont apparus et le monde a changé, puisqu’on en voit maintenant toutes les facettes et non plus seulement celles à la mode, sous éclairage avantageux et avec les miroirs indécents, mais convenables. On y perd en techniques journalistiques, bien sûr, mais ce sont ces astuces rabâchées qui nous menaient à l’impuissance. Elles ne nous manqueront pas.

Vous, les Médias de Grande Réputation, laissez-nous jouir de la transparence. Nous n’avons que faire de votre ambigüité programmée et de la virtuosité apprise de vos scribouilleurs de service. Fermez.

Bien sûr, il y a du talent chez vous, du génie, même… mais les grandes plumes s’en sortiront sans vous. Elles auront leur blog et tiendront salon chez elles. Il y aura toujours une demande, pour les grandes cocottes et pour les grandes âmes inspirées. Mais le temps des bordels est fini.

Les lauriers sont coupés. Cette presse citoyenne que voila va tous les emporter.

Pierre JC Allard

318. La Chine éveillée   09.12.28

Napoléon, puis Peyrefitte… on nous l’avait bien dit qu’elle nous ferait trembler… Si vous avez moins de 50 ans, je vais vous annoncer une mélancolique nouvelle.   Cette idée d’être les meilleurs en tout, parce qu’on est blanc, judéo-chrétien, gréco-latin, Occidental, quoi, n’a plus beaucoup d’avenir.

Vous croyez qu’on aura toujours les meilleurs sièges au spectacle du monde, parce qu’on est créatif, aventureux, rationnel, qu’on a inventé la liberté et la démocratie, la science et la technologie, l’altruisme et la charité ?  Vous allez être déçus.  Le résultat le plus permanent de la crise actuelle, c’est que, lorsqu’elle sera terminée, l’Occident ne sera plus dans le fauteuil, mais sur le strapontin.

La Chine prend le volant. Tragique ? N’exagérons rien.  Sur le plan cosmique, sub specie aeternitatis, une vaguelette imperceptible. Sans importance pour Gaïa et un détail pour ce qui, on l’espère, sera la longue histoire de l’humanité.  Mais peut-être éprouverez-vous une vague nostalgie, dans vos vieux jours, à penser que vous aurez été les derniers dans le siège du conducteur.  Un rétablissement psychologique à faire, aussi, pour la génération de vos enfants qui ne seront plus la Race des Seigneurs.

On écrira certainement des livres sur la longue décadence de notre civilisation, mais bornons nous ici au dernier chapitre. La double déconstruction, depuis deux générations, d’une part  de nos valeurs et, d’autre part, de notre structure  de production.

Pour nos valeurs, on a accepté qu’elles soient cyniquement remplacées par un égoïsme pur, menant à la perte de confiance en tout et en tous qui est la conséquence logique de la projection sur les autres de cet égoïsme que l’on ressent en soi. Fatal pour une société, puisque celle-ci repose économiquement sur la division du travail, politiquement sur la délégation réciproque de tâches et de l’autorité pour les accomplir et que le concept même de bonheur, qui sert de justification à tout effort commun, repose sur l’hypothèse que l’on est plus heureux lorsque l’on n’est pas seul…

Pour la production, la recherche d’un optimisation du profit sur un horizon n’excédant pas celui d’une vie humaine a conduit l’Occident à exporter sa capacité même de production industrielle, lâchant la proie pour l’ombre et n‘en gardant que le contrôle des variables financières. Contrôle précaire qui ne vaut que si est respecté un consensus que seule la force militaire peut imposer à ceux qui n’en profitent pas.

Sans autre valeur que son cynique égoïsme, l’Occident, qui a bradé les outils de creation de la richesse réelle, se retrouve avec des symboles monétaires qui ne valent plus rien et une force militaire qui peut encore détruire, mais dont il a été amplement prouvé, au Vietnmam et en Irak, que ses effectifs n’auraient ni la motivation ni la vertu, au sens romain du terme, de gagner une véritable guerre.  L’Occident est devenu ce « tigre en papier » dont parlait Mao.

La Chine va sortir grande gagnante de cette crise.  Elle a tous les atouts.  D’abord, elle a celui évident d’une capacité de production en plein essor, ostensiblement tournée vers l’exportation, mais dont la fusion du politique et de l’économique a permis l’éclosion en Chine d’un nouveau “capitalisme d’État” qui pourrait réorienter rapidement cette capacité vers la consommation domestique.

La réorienter sans les arguties auxquelles une tentative de ce genre donnerait lieu, dans une démocratie occidentale mandataire d’un capitalisme privé.  Si la Chine était contrainte de cesser d’exporter — ou choisissait simplement de le faire — elle ne ferait que des heureux dans sa population, dont elle pourrait mieux satisfaire la demande de consommation depuis longtemps réprimée. La Chine produit.

Que des heureux ? À quelques exceptions près… dont on pourrait attendre la plus grande discrétion. Cette discrétion est le deuxième grand atout de la Chine. La Chine est une dictature que sa population Han considère majoritairement bienveillante et éclairée et que ses minorités tibétaine, ouigour et autres n’ont pas la masse critique de contester. La Chine est gouvernée.

Elle n’est pas, comme l’Occident, tombée dans le piège tendu par le Capitalisme d’une pseudo démocratie totalement soluble dans une omniprésente corruption et donc complètement manipulée par le pouvoir financier. On a compris en Chine que, dans une économie monétaire, l’État n’est pas vassal de l’argent. Celui qui a le pouvoir politique CRÉE la monnaie et y ajoute à sa convenance le pouvoir économique.

Dans une Chine quasi-autarcique, le pouvoir d’opposition d’un pouvoir économique distinct de celui de l’État n’est pas aujourd’hui une véritable menace. Ce qui manque à l’autarchie chinoise, d’ailleurs, elle peut, avec ces milliers de milliards de dollars US qu’elle a accumulés, l’acheter sans problème de tous ceux qui croient encore que cet argent vaut quelque chose… Et ce ne sera pas les USA qui les détromperont.

Avec une gouvernance bien en selle, une structure de production réelle solide et même un ligne de défense dans le virtuel monétaire, la Chine poursuit un plan impeccable, comblant rapidement les quelques retards technologiques qui lui restent. Dans dix ans ce sera fait et même ses transferts de connaissances avec l’Occident se feront d’égal a égal…  D’égal à égal … en théorie.

En pratique, sa force d’attraction industrielle permettra à la Chine de faire venir à elle tous les experts qui lui manqueraient, même dans les filières du tertiaire où elle ne se serait pas hissée au premier rang. L’équilibre des forces basculera alors de plus en plus vite vers la Chine… .

Les dirigeants chinois semblent modestes. Ils parlent de construire une société de « prospérité moyenne », en rattrapant dans 20 ans le PIB par habitant du Portugal, un parent pauvre de l’UE. Mais le modeste PIB par habitant du Portugal, pour 1,3 milliards de Chinois, c’est plus que le PIB combiné des USA et de Europe incluant la Russie !

Quand son économie aura complété sa transformation vers la demande domestique et que son PIB aura ainsi augmenté, la Chine ne voudra plus  – en fait,  ne POURRA plus – vendre à l’Occident les biens industriels que nous accoutumons chaque jour davantage d’acheter d’elle. Si nous n’avons pas alors reconstitué chez-nous une structure industrielle complète, pour remplacer celle que nous avons démantelée, notre niveau de vie s’effondrera… et la population mécontente tirera ses conclusions.

La population, aigrie, comparera les vessies qu’auront apportées une démocratie bidon et un capitalisme exploiteur, avec les lanternes magiques de l’enrichissement accéléré et de la paix sociale « à la chinoise », sous l’égide d’une oligarchie en possession tranquille de la richesse et trouvant sa seule satisfaction dans la dominance.

Il n’est pas sûr que les Occidentaux ne renonceront pas à des bribes de liberté pour avoir la paix, la sécurité et la prospérité. S’ils font ce choix, l’ultime export de la Chine à l’Occident aura été son mode de gouvernance… Une tyrannie efficace et qu’on souhaite bienveillante qui, d’ailleurs, a été le modèle par défaut de l’Histoire avant que ne viennent les Lumières.

À la victoire économique de la Chine s’ajoutera alors sa victoire idéologique, quand l’expérience démocratique, qui a été le rêve de l’Occident depuis deux siècles, ne sera pas violemment détruite, mais doucement effacée…  J’aimerais une autre fin au scénario.

Pierre JC Allard

319. La gauche et la minarchie     09.12. 29

Dès que s’est amorcé le débat entre Libertariens et Gauchistes, j’ai insisté pour qu’on y introduise une structure bidimensionelle. Il y a une dimension partage et une dimension organisation. Il n’est pas innocent qu’on veuille les confondre. Cette confusion maintient le pouvoir de ceux, bien peu nombreux – la liste en tiendrait sur une plaque à la Conciergerie – qui font de ce monde un enfer. Celui qui tiennent la Banque accusent de vouloir plus de pouvoir pour l’État ceux qui, en fait, veulent plus de pouvoir pour la collectivité… et accusent de refuser toute solidarité ceux qui veulent simplement que la solidarité soit un libre choix. Un choix qui, pourtant, est nécessairement celui de quiconque vit en société !

Tout le monde veut une société de justice, tant rétributive que distributive, qui donne donc à chacun selon ses efforts, mais aussi selon ses besoins. Bien peu de gens soutiennent un totale anarchie permanente ; il faut donc bien une structure d’ordre qu’on peut appeler l’État. Si cet État, toutefois, n’est plus l’expression démocratique de la collectivité, mais devient, par le contrôle de l’opinion et la corruption, le bras armé des Banquiers, il est l’ennemi. L’ennemi de tous sauf, bien sûr, des banquiers et de leurs suppôts qui profitent de cette gouvernance oligarchique.

C’est en manipulant le sens des mots, que les Banquiers sèment la zizanie entre ceux qui voient prioritairement les faces « liberté » et « initiative » d’une société progressiste et ceux qui en mettent en avant les aspects « solidarité » et « protection ». Une Nouvelle Société doit offrir TOUS ces avantages : il sont complémentaires. Je pense parfois que nous avons plus besoin d’un lexique que d‘un manifeste. Aujourd’hui je ne veux parler que de l’usage du mot « Capitalisme ». Le mot qui crée des dissensions

Il y a une grande ironie à entendre les thuriféraires du système économique actuel faire simultanément l’apologie du capitalisme et de la libre entreprise, car si le néo-libéralisme a réussi à en faire les deux piliers complémentaires de notre structure économique, la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles entre lesquels celle-ci oscille. Dire que les deux sont nécessaires est une évidence et décrit la tension dynamique qui prévaut dans la société aussi bien que la dichotomie gauche-droite qu’on utilise plus souvent. Avec le même défaut, pourtant, de transformer parfois en alliés circonstanciels des concepts qui s’opposent, créant des dissonances cognitives comme la « dictature du prolétariat », des « autocrates de gauche » … ou la discipline musclée de certains mouvements de droite pour la défense de la liberté !

Une société peut être à la fois capitaliste et entrepreneuriale – la plupart des régimes actuels en sont des exemples – mais il faut comprendre qu’elle se déplace alors sur un axe et qu’un pas dans une direction éloigne toujours de l’autre. Avec l’avènement d’une structure d’économie tertiaire, nécessirement plus entrepreneuriale, on va voir apparaître dans toutes son évidence la contradiction et l’antagonisme entre l’entrepreneuriat et le capitalisme… au détriment de ce dernier. Ce n’est pas une quelconque révolte de la classe ouvrière qui va faire reculer le capitalisme et le remettre à sa juste place, mais l’entrepreneuriat.

Hérésie contre le dogme marxiste ? Pour ramener la réalité dans le giron orthodoxe, il suffit d’accepter d’abord que l’entrepreneuriat est bien une forme de travail, puis de constater, que tout travail n’est plus qu’une prise de décision et donc une forme d’entrepreneuriat. L’entrepreneur n’est plus le « laquais du capitalisme » du florilège communiste, mais l’allié naturel des autres travailleurs. Il EST le travailleur. Le rapport de forces entre capitalistes et travailleurs-entrepreneurs s’est transformé. Pourquoi ? Parce que, dans un monde plus complexe, on a besoin de compétences dont chacune devient indispensable.

À l’origine, le capitalisme a manipulé l’entrepreneuriat. Le propriétaire terrien, avec ses sbires bien armés, allait se cueillir dans une razzia un « entrepreneur » qui lui ferait fonctionner une exploitation agricole. S’appuyant sur les mêmes arguments, il passait périodiquement quérir la plus grande partie des produits, ne laissant à l’ «entrepreneur » qu’un profit dérisoire. L’entrepreneur était l’un des exploités et, s’il l’était moins que les autres esclaves, c’est qu’on avait jugé que la liberté, en le motivant, en faisait un outil plus productif et qu’il était plus rentable de le rémunérer avec une part des résultats. Maintenant, complémentarité oblige et la structure de production se morcelle. L’initiative et la motivation jouent un tel rôle, que tous les travailleurs deviennent peu à peu des entrepreneurs. Les effectifs de l’entrepreneuriat augmentent… et aussi son importance relative.

Le rapport de force de l’entrepreneuriat au capital dépend de la vélocité du changement, car il incarne le rapport du passé au présent. Lorsque les facteurs de production sont assemblés, le capital – incluant la matière première qui, au départ, est le « capital » par excellence – représente le passé. C’est l’apport au projet de ce qui existe déjà – la richesse – par opposition au travail, qui est ce qu’il faut y ajouter. Le capital au départ est d’autant plus important qu’il est rare, alors que le travail est surabondant et ne vaut pas grand-chose. Mais avec l’abondance et le progrès, c’est une autre histoire…

Non seulement la richesse augmente objectivement, mais subjectivement les besoins tendent à être sur-satisfaits, ce qui diminue l’importance relative de la richesse. Pire, le progrès a pour effet d’accélérer la désuétude du seul capital qui soit vraiment actif, le capital dit « fixe », sous sa forme d ‘outil de production de biens et donc de richesse réelle. L’apport du passé s’effiloche donc de plus en plus vite ; c’est ce que l’on fait dans l’instant présent qui est important: le travail. Le travail, qui devient la ressource rare, chaque travailleur-entrepreneur devenant plus important avec la complexité qui augmente. Le rapport des forces entre entrepreneurs et capitalistes est donc transformé.

Attention ! Le capital ne disparaît pas ! Ce que l’on fait dans l’instant présent devient immédiatement, dès l’instant suivant, une partie du « passé »… Le passé se nourrit du présent et ce que l’on produit devient capital. On peut dire, à juste titre, que le pouvoir est toujours entre les mains de celui qui dans l’instant présent POSSÈDE ce capital, mais ce capital est évanescent et de plus en plus éphémère. Le pouvoir du capitaliste face à l’entrepreneur diminue, à mesure que décroît l’espérance de vie de son capital. L’intérêt est là pour donner une permanence accrue au capital, en s’assurant qu’il ne s’évanouira, pas trop vite…

Le risque est grand, toutefois, qu’avec l’intérêt on créée discrétionnairement une pseudo richesse, purement monétaire, qui ne pourra convaincre qu’en grossissant les chiffres et ne convaincra donc que les naïfs. Quand la richesse devient ainsi virtuelle, quiconque en a besoin peut s’en créer lui-même, avec la complicité de l’État-banquier, distribuant des images en papier ; il s’est créé 20 000 banques en Russie après l’effondrement de l’URSS…

On maintient ainsi le capitalisme comme symbole d’une autorité, mais en le vidant de tout pouvoir réel. On parvient à le maintenir dans le miroir monétaire, mais le capital réel ne se dissipe pas moins, à mesure que le passé perd de son importance relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat.

C’est le momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui a été. Plus l’on décide d’évoluer rapidement, plus le travail- entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a déjà été accumulé. Plus le rapport de l’importance relative de la compétence au capital change en faveur de l’entrepreneur, plus le pouvoir du capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la hiérarchie sociale.

Quand son pouvoir fassèye, le capitalisme entre dans sa phase moribonde terminale et devient corporatisme. On a le corporatisme quand ceux qui ont le pouvoir politique cessent de se vendre à ceux qui ont l’argent et comprennent que, dans un univers de richesse symbolique virtuelle, celui qui a le pouvoir politique CRÉE l’argent et n’en est plus le serviteur, mais le maitre. L’argent demeure le grand outil de gouvernance, par la corruption, mais dès que la création d’argent est discrétionnaire pour celui qui a le pouvoir politique, c’est ce seul pouvoir qui importe.. et il repose sur la force.

La Chine est déjà corporatiste. La crise financière actuelle – qui est à ruiner tous ceux qui prétendaient avoir le pouvoir par la seule richesse au profit de ceux dont la richesse leur est consentie par l’État – transformera les USA, puis le reste du monde dit démocratique en États corporatistes. Nous y sommes presque. Dans ce contexte, parler de la Gauche contre la Droite, est une comparaison trompeuse… et un piège. L’État demeure nécessaire, mais doit être rendu minimal, car il ne représente PAS la collectivité.

Cette riposte au capitalisme corporatiste ne doit pas, toutefois, réduire la volonté ni la capacité de la collectivité de vivre la solidarité. C’est ça le défi à relever. Une Nouvelle Société, c’est un socle solide, consensuellement défini, de richesse et de services collectifs essentiels, sur lequel se bâtit une société d’individus libres. C’est ainsi que je comprends la Gauche. C’est ainsi, aussi, que je veux comprendre la Minarchie.

Pierre JC Allard

320. La fin de l’Âge du Labeur 10.01.04

Dans le sillage de la crise financière en marche et du chômage qui en découle, on voit poindre à nouveau maintenant les interrogations sur l’évolution de la main-d’œuvre qui réapparaissent de temps en temps et qu’on fait tout pour faire oublier.  Il faudrait peut-être, cette fois, faire le point avec lucidité. La révolution industrielle nous a apporté l’abondance… et le chômage.

Le chômage qui vient de notre manque d’imagination pour réaffecter une RESSOURCE précieuse – la main-d’œuvre – à des tâches utiles, sans provoquer l’opposition féroce de ceux qui, par leur propriété du capital, ont la main mise sur la production, donc sur la richesse, donc sur la gouvernance.   Mais cette opposition n’est pas invincible… et n’est même pas inévitable… On est maintenant dans une économie tertiaire où le capital humain a la primauté sur le capital matériel.

Pas par quelque grandeur d’âme d’un quelconque providence, mais par la simple et rigoureuse logique de la rareté respective de ces deux facteurs et des contraintes techniques à leur appropriation.  C’est la logique du marché qui soumet le capital au travail. On doit en tirer les dix  (10) conclusions en sorite qui s’imposent, quant à un inévitable transformation de la nature et du rôle du travail dans la production.

1. Les emplois dans le secteur industriel doivent disparaître pour assurer la productivité: le travail de jadis, ce sont maintenant des machines qui le font et elles peuvent produire bien plus que nos besoins matériels l’exigent. La haute technologie ne créera qu’un nombre relativement minime d’emplois et, si un investissement en équipement n’est pas rentable, c’est le travail à vil prix des pays en voie de développement qui prend la relève.

2. Nous n’avons donc besoin que de moins en moins de travailleurs industriels. Ce dont nous avons besoin, désormais, c’est de produire plus de services dans les secteurs éducation, santé, culture, loisir, sécurité, communications, distribution, et d’assurer la gestion courante et le progrès de notre économie et de notre qualité de vie.

3. Même dans le tertiaire, les emplois répétitifs vont de plus en plus être confiés à des ordinateurs et la hausse de notre niveau de vie, qui découlera de la rationalisation du secteur industriel, rentabilisera la programmation de toute une gamme de services.

4. Les services « simples » qui ne seront pas programmés ne pourront offrir à court terme qu’une rémunération au niveau de subsistance ou plus bas; ils vaudront uniquement pour apporter un revenu d’appoint. Il en sera ainsi jusqu’à ce que le développement de l’éducation ait ouvert à la masse des travailleurs l’accès à la fourniture de services complexes et ceci prendra … disons quelque temps.

5. En attendant, le revenu découlant des services simples restera « au noir » et créera des problèmes croissants, jusqu’à ce qu’on ait la sagesse de le « blanchir », c’est-à-dire de le traiter comme un revenu d’appoint acceptable et accessible à tous, en parallèle à un emploi et à un paiement de transfert.

6. À moyen terme, tout ce qui peut être fait par une machine sera fait par une machine. Le plus tôt sera le mieux, car il n’y a rien d’évolutif à demander à un être humain un travail d’automate. Le travail digne d’un être humain, ce sont les fonctions de créativité, d’initiative et de relations humaines, celles que la machine ne peut pas fournir. Tous les emplois qui ne font pas appel à une ou plusieurs de ces trois (3) aptitudes fondamentalement humaines doivent disparaître et VONT disparaître. Toutes les fonctions et tâches qui ne consistent pas uniquement à appliquer ces aptitudes « inprogrammables » seront modifiées pour restreindre le travail humain  à celles-ci

7. Dans le domaine des activités inprogrammables, il y a un travail infini à faire, mais un emploi salarié traditionnel n’est pas le meilleur encadrement pour ce genre de travail. Les employeurs privilégient la substitution par des machines et la réduction des coûts plutôt que l’amélioration des services, tandis que la structure d’emploi empêche l’utilisateur, qui est seul capable de le faire, de contrôler les aspects essentiels de la qualité du service inprogrammable qui lui est rendu. Ce sont donc des travailleurs professionnels autonomes qui prendront peu à peu la relève des travailleurs salariés dans une structure d’emploi.

8. Quant à la masse des décideurs, à tous les niveaux de la structure de production, la tendance est claire vers de nouvelles modalités de relations de travail et de rémunération qui se rapprochent bien plus du travail autonome que de l’emploi traditionnel. Il restera toujours des salariés dans le secteur public – juges et ministres, par exemple – mais ce sera ceux dont on peut raisonnablement supposer que le salaire n’est qu’un aspect trivial de leur motivation. Pour l’immense majorité des travailleurs, la « job » est une structure désuète d’encadrement du travail.

9. Cessons donc de nous leurrer et d’agir comme si nous vivions une récession comme les autres et qu’on devait espérer que demain, l’année prochaine, ou dans 20 ans, ‘il y aura, comme avant, « une job steady et un bon boss » pour tout le monde. Nous ne vivons pas une récession, mais la phase finale, engagée depuis quelques décennies, d’une transition en marche depuis le début de la révolution industrielle.

10. Nous ne vivons pas une crise québécoise, mais une crise mondiale. Il y aura de moins en moins d’emplois, jusqu’à ce qu’il n’en reste que ce qu’il faut pour encadrer  avec souplesse et protéger une masse de travailleurs autonomes qui ne penseront pas dur labeur, sueur et corvée, mais recherche, réflexion et communications.

L’Âge du labeur est fini. L’avenir du travail, c’est le travailleur qui découvre qu’il est un entrepreneur.

Il manque un gouvernement qui ait le courage de faire ce qui doit être fait pour adapter la main-d’oeuvre à cette réalité.

Pierre JC Allard

Pour ceux qui lisent l’anglais et ont un peu de temps : Crisis and Beyond

 

 

321. Faire sauter la banque 10.01.11

La crise actuelle, qui touchera la production et la gouvernance, a été mise en branle par une attaque sur le front financier. Le pouvoir, dans le style Monte Carlo, va « faire sauter la banque » . Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’en parle beaucoup, surtout dans cette série d’articles. Tout le monde, cependant, ne tient pas à mettre des heures pour aller au fond des choses. Je pense qu’il est utile de voir ici, en quelques paragraphes, le b-a ba de la Grande Arnaque capitaliste. …

Comprendre, d’abord, que valeur de la monnaie tient au fil du pouvoir et donc de la force de l’Autorité qui s’exerce. Quand un État s’impose, il bât monnaie, garantissant le poids en or ou en argent d’une pièce en y posant son sceau. Quand son pouvoir s’affirme, sa seule signature suffit et le papier peut devenir monnaie. Mais, derrière celui qui tend un assignat et exige du blé, il y a toujours la silhouette d’homme qui porte une épée ou un mousquet.

Quand on peut avoir le blé pour le papier, le pouvoir tend à se confondre avec la richesse, puisque la richesse apporte le pouvoir, mais que c’est le Pouvoir qui imprime la richesse. Il suffit qu’on y croit. Or celui qui est fort est cru. La richesse se confond pratiquement avec le pouvoir, la promesse devient plus efficace que la menace, la récompense plus que le châtiment… et la corruption, comme outil de gouvernance, beaucoup plus efficace que la violence. Il ne faut simplement pas laisser oublier que le mousquet qu’on ne montre plus est toujours là quelque part

Le Pouvoir qui est cru peut créer l’argent qu’il veut et le donner à qui il veut; c’est une création totale, discrétionnaire. L’argent, devenu le symbole ultime du pouvoir, passe sous le contrôle absolu du Pouvoir lui-même. On est riche ou pauvre, désormais, par simple décision du Pouvoir, décision prise et exécutée selon des règles que le Pouvoir détermine. On laisse alors les balbutiements et l’on peut créer un véritable capitalisme.

La règle première et suffisante, celle qui crée le capitalisme et assure au Pouvoir le contrôle imparable des conditions d’échange, c’est que l’argent peut être créé à volonté et que quiconque a de l’argent en reçevra plus. C’est ce qu’on appelle toucher un intérêt. Le montant de cette prime à la richesse est fixé de façon à maintenir la stabilité du pouvoir en enrichissant les plus riches, en préservant l’aisance de ceux qui ont quelques biens et donc quelque pouvoir – au moins de nuire – et en exploitant les autres.

On appelle « Banque » l’entité qui gère cette opération récurrente de créer de la monnaie, puis de donner de l’argent à chacun au prorata de celui qu’il a et de ce qu’il est, ce qui vaut confirmation efficace de sa place dans la hiérarchie du pouvoir. Il n’y a aucune logique au paiement d’un intérêt par l’État, puisque c’est lui qui crée ou fait créer l’argent, si ce n’est le maintien du pouvoir en place. Les rationalisations qu’on en donne s’appuient sur des pétitions de principe et des sophismes.

Seul un lavage de cerveau incessant empêche la population de se rendre compte que là est la source de toute iniquité. Seule une population totalement endoctrinée peut croire aux balivernes qu’on lui raconte pour justifier ce transfert éhonté de richesse des pauvres vers les riches. Mais acquiescer à cette répartition est la condition essentielle pour en toucher sa part sans discussion.

Ce chantage et cette corruption systèmique sont les bases des régimes qu’on dit démocratiques, et qui le sont vraiment, dans la mesure où une société complexe ne peut fonctionner sans le consensus d’une majorité effective. Si le système fonctionne, c’est qu’une majorité effective est corrompue… et qu’elle chante.

La Banque est toujours un rouage essentiel de la gouvernance. Son importance, toutefois, est telle qu’elle est soustraite aux aléas de la démocratie, soit en rendant inamovibles ceux qui en ont charge, soit en déléguant toute l’opération à des entreprises dont les dirigeants sont cooptés par ceux qui détiennent le pouvoir. Le mécanisme précis de création d’argent passe par le privilège accordé à la Banque de prêter ce qu’elle n’a pas. Ce privilège lui est garanti par l’État, lequel “émet des obligations”, qui sont autant de promesses de donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup, tout en contrôlant l’inflation qui devrait en résulter en réduisant la consommation de ceux qui manquent parfois du nécessaire.

Le paiement gracieux d’un intérêt par l’État à la Banque détermine le taux d’intérêt à tous les paliers de la structure et équivaut au détournement continuel, au rythme souhaité, de la plus-value du travail de la société vers les membres de l’alliance dominante.

L’exploitation des faibles par les forts existe depuis toujours, mais le procédé du « tout-a la-banque » ne fonctionne vraiment que depuis que l’industrialisation a permis de dégager des surplus significatifs au-delà du niveau de subsistance. On pouvait auparavant engranger les récoltes et thésauriser l’or, mais la monétarisation et le tout-à-la banque permettent le vrai capitalisme.

Aussi longtemps que la richesse a un support matériel, pourtant, la richesse est en péril. On peut cacher des billets de banques et autres symloles, mais ces biens demeurent appropriables par la violence, vulnérables à des “accidents”, guerres, catastrophes, etc. La solution finale, pour le capitalisme, a donc été l’identification récente de la richesse à un symbole totalement intangible et donc PARFAITEMENT contrôlable: l’argent électronique. L’argent électronique est invulnérable.

Il est invulnérable, parce qu’il ne repose sur rien d’autre qu’un consensus. Une note électronique à coté de votre nom, sur un ordinateur, peut faire de vous le maître du monde. C’est une décision libre, réversible, sans contrainte et arbitraire du Pouvoir, le « Pouvoir », dans cette acception, étant l’équipe qui assure le fonctionnement et la permanence du système : l’élément décisionnel de l’alliance dominante.

Le Pouvoir peut effacer cette note électronique à coté de votre nom sur un ordinateur et rien de tangible ne se passe; il peut la ré-écrire, l’effacer à nouveau… la magie n’est pas là. Mais que le Pouvoir fasse connaître OFFICIELLEMENT que la note est là et vous êtes riche. Il dit qu’elle n’est plus là et vous n’êtes plus rien. La Banque est souveraine. C’est la situation de César qui ferait apparaître des légions armées en nombre infini, d’un simple effort de volonté. Aucune gouvernance n’a jamais été aussi proche d’un pouvoir divin. Tout se passe à la Banque.

Mais plus pour bien longtemp… Si la crise actuelle – l’argent ne vaut plus rien – ne conduit pas rapidement à l’émission d’une autre monnaie crédible, c’est la force brute qui reprendra le gouvernail des mains de la richesse. Et on pourrait bien le regretter

Pierre JC Allard

322. Vous avez dit « identité » ? 10.01.25

Il fut un temps où il était nécessaire et suffisant d’avoir un visage, un nom et préférablement un quelconque papier pour être quelqu’un et que ça se sache. Ce n’est plus vrai; l’Internet a ouvert la porte aux multiples appartenances. On peut n’aimer maintenant que son prochain éloigné, ce qui ne facilite pas les voisinages…

Pour l’individu, ce phénomène de la multiple appartenance est une évolution et un source de gratification; pour la société qui doit s’y adapter, c’est un problème. En prêtant sa loyauté à divers groupements, l’individu se situe au coeur d’un énorme faisceau d’appartenances et, plutôt que par le fait qu’il soit catholique ou protestant, allemand ou français, c’est par la conjoncture de toutes ses appartenances que l’individu se définit dorénavant comme être social. Ceci apporte trois (3) conséquences dont il faut tenir compte.

La première, c’est que l’individu -appelons-le Maurice – qui a remplacé l’identification viscérale de jadis à un concept simple (race, patrie, nation, etc.) par une myriade d’identifications à des causes parfois transcendantes mais souvent triviales – et qui semble y avoir gagné d’être maintenant une “personne” unique et non plus un simple citoyen comme les autres – devient paradoxalement pour son voisin cette somme de ses croyances et de ses prises de position… et rien d’autre. Comme être social, il n’est plus perçu par les autres, occupés eux-mêmes de leur propre identification à leurs propres appartenances, que comme le faire-valoir des groupes auxquels il s’est identifié.

Qui est Maurice? Maurice, pour son voisin, c’est le Belge qui a deux caniches, une vieille Peugeot et la maison verte dont la pelouse est mal tondue, qui participe au Comité de parents de l’école, qu’on voit parfois à l’église et qui recueille des fonds pour Centraide. Maurice, pour son collègue de travail, c’est le magasinier qui habite en banlieue et qui a des idées radicales sur les droits des travailleurs. Pour son frère, Maurice ne fait pas assez de fric et est trop permissif avec ses enfants. Maurice, pour les autres, n’est qu’une collection d’images. Il n’est substantiel que dans la mesure où ses engagements sont formels et qu’il représente “quelque chose”.

Maurice, s’il veut être incontournable pour les autres, doit donc s’efforcer d’exister réellement en “signifiant” quelque chose, idéalement en devenant un mythe petit ou grand du seul fait de se situer à une intersection que seul lui peut occuper. Si, plutôt qu’un simple sympathisant de gauche ou un chrétien d’occasion, il était militant communiste ou bénédictin, il serait plus “réel” dans son environnement. S’il devenait prêtre-ouvrier, il serait encore plus intéressant, complexe à la mesure de la diversité de ces engagements et représentant une intersection rare qui offre la promesse implicite de résoudre une contradiction, voire de réaliser une synthèse.

Maurice, qui n’est pas prêtre-ouvrier, ne se voit pas unique dans les yeux de ses voisins, de ses collègues ni de son frère. A ses propres yeux, il se perçoit comme un militant de gauche impliqué concrètement dans des gestes de fraternité et d’éducation populaire. Les autres l’ignorent, mais il fréquente assidûment les sites Internet où on parle encore de Grand Soir et y contribue à l’occasion une prose vitriolique; des gens du monde entier lui demandent à l’occasion son avis. De plus – et ça, les camarades des sites d’action révolutionnaire l’ignorent tout autant que ses voisins – Maurice poursuit avec diligence sur Internet des études en pédagogie qui lui vaudront un jour le diplôme d’une vague université américaine. Il s’en sort bien, son tuteur le félicite, il échange des notes avec des Suisses, des Roumains et des Philippins …

Comment voulez-vous que Maurice ne s’intéresse pas plus à l’Internet qu’à ses voisins, ses collègues ou son frère? Maurice n’est plus intéressé à interagir avec la réalité. La réalité est trop exigeante et les autres trop difficiles à impressionner de façon durable. Clic j’arrive, je fais mon numéro sur la vaste scène du Web… et clic je pars. Gratifiant. Mais la société a un problème

Une autre conséquence de cette désincarnation de l’individu dont la définition sociale se réduit désormais à ses appartenances, c’est que l’individu en vient à ne plus même percevoir cette partie de lui-même qui pré-existe et peut survivre à ses engagements et donc à croire qu’il peut se changer sans travail sur lui même, en changeant seulement ses memberships, une illusion que renforce la créance qu’accorde assez naïvement à ces métamorphoses la masse des gens qui l’entourent.

L’individu à “appartenances multiples” a mis des oeufs dans bien les paniers. La proximité est devenue pour lui un facteur secondaire et son “prochain” n’est plus le type d’à coté mais l’une ou l‘autre des “acquaintances” avec qui il partage l’appartenance à un groupe. C’est dans ce contexte qu’il trouve ceux qui le connaissent sous le jour qu’il a choisi de montrer, c’est là qu’il est apprécié et qu’il peut trouver des appuis.

Cet individu n’a donc plus une réputation mais “des” réputations, non plus un “groupe de pairs” mais “des” groupes de pairs. Il peut abandonner impunément tout un pan de sa vie – et les responsabilités et obligations qui s’y rattachent – et en créer un autre qui le remplacera, amenant d’autres relations, d’autres engagements, une autre loyauté. Chaque divorce en est un exemple.

Il peut même laisser derrière lui tout son passé ou presque et se réfugier sur le tard dans un une seule appartenance, s’identifiant uniquement désormais à ce qui n’avait été auparavant qu’une partie de lui-même, limitant ses relations à ceux avec qui il partage cet engagement et à qui il peut facilement offrir cette seule facette de lui-même dont il est satisfait. Maurice peut obtenir un diplôme, devenir consultant PNUD au Mali et oublier à la fois sa banlieue et jusqu’au nom de Marx, mais s’il n’y parvient pas il deviendra peut-être Secrétaire-général d’une quelconque Internationale et pourra défiler a Seattle ou ailleurs sous le regard admiratif de gens pour qui il sera important.

Et même ce repli sur l’équivalent émotif d’un paradis fiscal n’a pas à être définitif. On peut le refaire et le refaire encore; l’individu qui a investi sagement dans de multiples appartenances n’est plus vraiment responsable de rien, puisqu’il peut toujours sortir de son image comme un serpent de sa peau et devenir quelqu’un d’autre. La collectivité fait face à ce danger de ne plus pouvoir se percevoir comme un groupe d’individus bien réels mais comme une collection de fantômes. Une procession d’entités juridiques et de personnalités virtuelles évanescentes à irresponsabilité illimitée.

La troisième conséquence de cette évolution – et qui les résume toutes – c’est que l’individu, ayant cent loyautés n’en a plus aucune mais seulement des engouements passagers et que, se définissant comme l’intersection de ses innombrables appartenances, il devient si totalement unique qu’il risque de ne plus se sentir vraiment solidaire de personne. La question n’est pas d’aimer ou de haïr cette évolution: il faut vivre avec elle et une Nouvelle Société doit en tenir compte.

Pierre JC Allard

323. Monsieur de Villepin, républicain   10.02.03

La question que devrait se poser aujourd’hui le Président de la République, après sa dénonciation de Dominique de Villepin qui prend maintenant des airs de calomnie et lui vaut ce camouflet, c’est : « Devrais-je m’accrocher au pouvoir jusqu’à l’horizon 2012, ou prendre le risque que la rue me signifie mon congé de façon plus musclée, quand la détérioration prévisible de la situation économique et sociale lui suggérera de s’en prendre à un pouvoir qui vient de perdre ce qui lui restait de crédibilité ? » ….

Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. La fin de tout respect pour celui devrait la guider, au moment précis où la France doit serrer les rangs pour faire face à la crise. On a déjà dit de la France qu’elle était veuve, aujourd’hui, elle est orpheline.

Le Président a fait une grave erreur. Il n’a pas compris que sa maîtrise de l’appareil de l’État ne lui servirait de rien, en cette affaire, puisque ce procès se ferait dans la rue et sous les regards d’une population qui, avec l’affaire Mitterrand, était au point de rupture dans le dégoût. Dégoût d’une petite élite qui fait bloc avec ses ministres prévaricateurs ou fiers habitués de lupanars juvéniles.

La justice vient de se prononcer, mais cette cause était déjà entendue. L’ambiance vulgaire de corruption, d’agiotage, de scandale de cette fin de république a déjà convaincu les Français de vouloir s’en laver par la DIGNITÉ, la CLASSE, et le STYLE. Dans ce contexte, avant même qu’un mot ne soit dit ou qu’un témoignage ne soit entendu, ce procès, était déjà gagné pour Villepin. il y avait délit de faciès contre Sarkozy.

La France avait déjà acquitté Villepin et condamné Sarkozy, parce que Villepin incarne ce que les Français voudraient être, alors que Sarkozy leur montre ce qu’ils ont bien bien peur d’être devenus : des vendeurs de frégates et de sous-marins par la corruption, des gens qui votent « non » par référendum, puis qui supportent qu’on leur fasse ensuite dire oui… Même jugé coupable, Villepin serait quand même apparu comme victime de la lettre de cachet d’un prince méprisé. Blanchi par le tribunal, évidemment, il triomphe…

Il triomphe et le Président, qui parfois s’énerve, voit qu’il a ainsi, par cette calomnie, mis le pied à l’étrier à celui qui, en l’absence d’une gauche crédible, apparaît désormais comme le plus intéressant de ses rivaux. Comment le Président pourrait-il encore commander le moindre respect ? Va-t-il s’accrocher au pouvoir, ou partir avec dignité et sauver peut-être sa dynastie ? Car un moment de dignité bien placé, avec le temps, peut faire oublier bien de erreurs…

Dans la crise actuelle, la solution idéale pour la France serait la démission de Sarkozy, des États Généraux et un gouvernement d’union nationale, représentant TOUTE la nation, de gauche à droite, en attendant une constituante pour une VIe république. Villepin serait le chef parfait pour ce gouvernement de transition….Cela dit, on peut toujours rêver, mais le plus probable reste que tout ne se règle qu’en 2012. Ce qui ne met pas Dominique de Villepin hors-jeu, au contraire.

Avec une Gauche sans leader et sans projet et une Droite qui déçoit, il semble logique que ce soit du Centre que vienne le candidat vedette qui raflera la mise en 2012. Mais quel Centre ? On peut penser Bayrou ou les Verts, mais tous les sondages semblent bien mettre le centre de gravité de l’opinion française plus à droite. Est-il inconcevable que l’UMP se scinde entre une faction amie du FN – qui tirera d’autant plus Sarkozy vers elle qu’elle fera des gains et que celui-ci perdra des amis au centre – et un “Mouvement Républicain” (MOREP) qui ne demande qu’à naître, puisqu’il collerait de près au centre-droit que semble vouloir les Français ?

Ce “Mouvement Républicain” serait une image miroir au Centre-droit du Modem au Centre-gauche, les deux pouvant éventuellement devenir les seuls partis de gouvernance, dans une structure bipolaire à l’américaine. Les deux quasi indiscernables dans leurs politiques, sinon dans leurs langages, comme leurs modèles américains, puisque, en l’absence d’un nouveau projet de société révolutionnaire dont on ne voit pas pointer l’aube, ce sont les événements et non les idéologies qui pour l’avenir prévisible imposeront la seule politique possible : l’opportunisme.

Pour ce Mouvement Républicain, Villepin serait le candidat idéal. D’une tout autre stature que Bayrou ou DCB. Centre-droit, si on veut, mais je ne lui vois aucune autre idéologie que le pragmatisme. Je crois qu’il voudrait donner aux Français ce que les Français veulent… Dans le scénario d’un statu quo social, bien sûr, mais la France veut-elle vraiment autre chose aujourd’hui qu’un prudent statu quo social ?

À moins que n’apparaisse à gauche ou a droite un “homme providentiel “ – ce qui n’est pas toujours une bonne nouvelle – je vois en 2012 une finale Villepin – Sarkozy avec le choix entre d’une part l’ordre à tout prix – avec une bonne dose d’autoritarisme clairement annoncée – et, d’autre part, la légitimité républicaine férocement défendue par un aristo… Ce qui n‘est pas sans précédents, ni en France, ni ailleurs.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/10/bayrou-meteores-et-jumen…

Pierre JC Allard

324. Je t’aime… moi non plus   10.02.15

Je vous souhaite une bonne et joyeuse Saint-Valentin. J’en souhaite une à toute humanité. Un coup d’oeil sur le journal de ce matin et l’on comprend qu’elle en a bien besoin… Tous les jours, on se raconte des histoires en se disant qu’on l’aime bien, cette humanité, mais il ne faut pas trop creuser, car on se bute sur tous ces gens qui sont aussi l’humanité… et ça nous force à maîtriser le plus-que-parfait du mensonge.

Dans toutes ces histoires qui ont fait la une ce matin, se pourrait-il est qu’ils nous eussent tant menti. ? Se pourrait-il que nous ne nous en fussions pas déjà indignés ?

Ce matin, ça commence par un triste accident. L’ouverture des Jeux Olympiques de Vancouver est attristée par la mort d’un lugeur géorgien. Un accident, bien sûr, mais comme il y a eu 12 autres incidents au cours des derniers jours seulement et qu’un des vrais pro du sport a déjà dit que les chances de se casser la gueule dans la courbe no 13 étaient d’environ 50-50%, on se demande si on n’a pas bâti cette piste si outrageusement difficile pour faire une bout de chemin vers les jeux du cirque. Morituri te salutant…

On se défend bien aujourd’hui, à Whistler, d’apporter in extrémis des changements à la piste  ; tout est parfait et a toujours été parfait. Comment aurait-on pu commettre une erreur ! Georges Hackl, triple champion olympique allemand de la discipline résume bien la situation dans cette jouissive apposition conceptuelle : «  On peut vivre toute une vie dans ce sport sans voir quelqu’un projeté ainsi au-dela du parapet (…) Je ne crois pas que cette piste soient vraiment plus dangereuses que les autres« .

N’avouez jamais… tout ce fric, n’est-ce pas… J’aime l’olympisme… Mais je me retiens.

Pendant ce temps, à Dresden, en Allemagne quelques milliers de gens qui voulaient commémorer l’anniversaire du bombardement de février 1945, quelques semaines avant la fin de la guerre, d’une ville qui n’avait même pas de défense antiaérienne et où l’on avait réuni les malades et les infirmes ont été empêchés de le faire. « Des néonazis » a dit le maire de la ville, Helma Orosz « nous n’avons pas besoin de ces gens ici« .

Tout le monde sait depuis 65 ans que ce bombardement sans intérêt militaire a été un acte de pure vengeance et qu’on y a massacré 135 000 personnes par plaisir. En fait, il faudrait maintenant dire « savait », puisque un « étude officielle » récente affirme que tous les experts ont eu tort et qu’on n’a tué que 25 000 personnes à Dresden ce jour là. Chic ! Vous voyez, on a règlé 81,5 % du problème et cette affaire n’est même plus dans la classe Hiroshima ! Circulez, rien à voir. On ment, mais ça soulage. Aimons-nous les uns les autres.

Retrouvons à Londres les Anglais qu’on avait laissés à Dresden. Sommé par la cour d’appel de dire la vérité, le gouvernement britannique vient de relâcher les documents qui prouvent hors de tout doute qu’il a été complice des Américains pour torturer un présumé terroriste anglais d’origine éthiopienne plus tard envoyé à Guantanamo… Puis éventuellement trouvé innocent.

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas l’infamie ; elle est quotidienne. C’est le mensonge des Anglais qui ont toujours tout nié et, surtout cette réaction des USA qui nous montre bien où sont les priorités dans notre monde d’amour. Dennis Blair, Director of National Intelligence, nous dit qu’il regrette.  Il regrette la torture ? Mais non, voyons, il regrette l’indiscrétion !

« The protection of confidential information is essential to strong, effective security and intelligence cooperation among allies. The decision by a United Kingdom court to release classified information provided by the United States is not helpful, and we deeply regret it. ». Cupidon devrait mettre du curare sur certaines de ses flèches.

Un peu dur pour les Anglais, mais même entre eux… À l’aube d’une campagne électorale où il part perdant, le Premier Ministre Gordon Brown, qui est allé pleurer à la télévision la mort d’un de ses enfants, a suscité chez les critiques une réaction où l’on cherche en vain de la sympathie

« This is, in part, about making Gordon a more likable person to the voters, » said Ben Page, chief executive of polling group Ipsos-MORI. « Voters see him as remote and out of touch.. He’s not sobbing into his handkerchief, which would be regarded as cynical. What they want from a politician is authenticity — Brown seems to have managed to display that. » Flegme et retenue, hein …

Filez maintenant sur l’Ukraine. Tymoshenko, cette heroine de la Revolution Orange et candidate malheureuse aux dernieres élections, est désormais à peu près la seule à prétendre qu’on lui a volé cette élection. Les USA ont laissé tomber et concédé la victoire au candidat pro-russe

Cette élection n’ayant été ni plus ni moins manipulée que les autres, on comprend que le choix des Américains de protester en Iran et de ne pas protester en Ukraine n’est sans toute pas basé uniquement sur les faits. Il y a de l’amour, la-dedans… Un manque d’amour. On aimait mieux l’Ukraine il y a quelques années

Amour… On peut penser, surtout, que la petite démonstration de force de Poutin en Georgie a permis de stabiliser les zones d’influence. J’en suis heureux pour la paix. Pour l’amour, je ne suis pas si sûr…

Bon, comme disait  Bardot et son copain, on va et on vient… il y a les méchants, mais nous on s’aime, n’est-ce pas ?Est-ce qu’on se retient encore un peu avant de faire des bêtises ?

Pierre JC Allard

325. Quand la nation n’est plus 10.02.21

820 intellectuels québécois viennent de signer le « Manifeste pour un Québec pluraliste ». C’est peu, mais c’est beaucoup. Peu, parce qu’on en trouvera certes vite tout autant pour dire le contraire; beaucoup, parce qu’il a toute de même fallu les trouver, les grouper, les convaincre de lancer ce pavé dans la mare.

Le lancer, sachant bien qu’on déplacerait la vase et qu’on dérangerait les brochets, mais qu’il n’en sortirait rien d’autre. Rien d’autre de constructif, s’entend, car il en sortira assez de querelles, d’insultes, de hargne et de vociférations pour nous faire gagner du temps. Gagner tout ce temps qu’on veut perdre, pour NE PAS régler les problèmes.

Je ne veux même pas discuter du pluralisme sur le fond, car le « fond », ici, est presque anodin. Le fond dont on voudrait discuter n’est que paroles, arguments, arguties, expression des mêmes préjugés, de part et d’autre, qui sont les motifs des vrais convaincus. Personne ne changera d’opinion suite à ce Manifeste. Pour ou contre, les jeux sont faits.

Le sens comme les effets du « pour » comme du « contre », d’ailleurs, semblent de bien peu importance à côté du fait FONDAMENTAL qu’ils sont irréductibles. Le fondamental, c’est que cette bataille du pluralisme ne sera jamais gagnée, car elle n’est qu’une facette d’une guerre qui ne finira jamais. Elle durera une éternité, pendant laquelle nous serons tous perdants. Ce débat sur le pluralisme ne changera rien. Il ne sera qu’un épisode, une péripétie de la preuve récurrente que le Québec n’est PAS une nation.

Pas une nation, car ce ne sont pas les similitudes qui font une nation; c’est la priorité qu’on leur accorde. Une nation est là, s’il existe sous les partis, les dogmes et les intérêts, un sentiment d’identité et d’appartenance qui transcende les différences : le germe d’une union sacrée. Or, il n’y a pas au Québec un consensus sur ce que nous sommes, ni sur ce que nous voulons être. Il n’y en a plus.

On ne parle pas ici de divergence sur les moyens, mais sur les objectifs fondamentaux de la société québécoise. Deux référendums l’ont prouvé et, s’il y en avait un troisième, il confirmerait certainement ce clivage. Pluralisme ? Quoi d’autre pour dépasser la dualité ? Comment aurions-nous un consensus sur l’opportunité ou la manière de défendre une identité, alors que la moitié d’entre nous en mettent l’existence en doute ?

Il ne faut pas penser, surtout, que « gagner » un référendum résoudrait le problème. Le problème n’est pas que le Québec soit, ou ne soit pas, dans la fédération canadienne ; le problème est que nous soyons irrémédiablement divisés entre nous. Le désaccord qui tue n’est pas entre « Québécois » et « Canadiens », mais entre deux factions de Québécois pour qui ce qui les sépare est plus important que ce qui les unit.

Il ne semble plus y avoir de socle identitaire qu’on pourrait atteindre en creusant. Pas de drapeau ni de Marseillaise qui nous ferait tous bondir ensemble. Tous les symboles ont été instrumentés. Ils sont devenus partisans. Feuille d’Érable, Fleur-de-lys, n’apparaissent pas pour nous rassembler, mais pour nous dresser les uns contre les autres.

Dans ce pays de factieux, tous les clivages prennent une importance démesurée. Tous les conflits sont insolubles, car c’est à l’opposition à l’autre qu’on s’identifie. C’est la désunion qui est sacrée. On préfère que le Québec ne soit pas, plutôt que de penser qu’il pourrait être autre chose que ce qu’on l’a rêvé. C’est pour ça que la nation québécoise n’existe pas.

J’ai fait mon deuil du Québec. Il ne sera ni laïque, ni missionnaire, ni pluraliste, ni vraiment français. Il ne sera rien. Juste une barque sans barreur, dans un espace tiède, entre chaud et froid, dérivant au gré des vents qui le feront changer de cap, mais sans avoir la force de gonfler ses voiles. Le Québec ne veut pas vraiment naviguer et, si certains voulaient briser ses amarres, il se trouverait toujours 820 lucides pour les retenir… et des milliers d’autres pour les applaudir

Notre révolution bien tranquille, qui avait cru faire l’économie de trancher quelques têtes, nous a laissé un pays décapité où il ne semble plus rester un seul chef qui pense, qui espère et qui ose. Nous sommes devenus un pays équivoque, veuf d’une nation, divisé contre lui-même. Un pays sans projet de société et qu’on pourra maintenant faire dessiner au jour le jour, pour des desseins qu’on dira « pluralistes », par des gouvernants sans desseins.

Pierre JC Allard

326. De Lazare à St-Martin   10.03.07

Avez-vous remarqué toutes ces attaques contre les gauchistes,la distribution équitable de la richesse, les services publics ? On en veut beaucoup à la solidarité. Pourquoi ce recul d’une société qui semblait avoir appris à partager ? Normal, on est à passer au tertiaire…

Sans solidarité, il n’y a pas de société. Dans toute société, on oscille entre une lutte des classes plus ou moins ouverte et une union sacrée plus ou moins assumée, selon les circonstances; mais une certaine solidarité est toujours nécessaire. La solidarité, qui demande un partage, entraîne toujours des récriminations.

Il y a une tolérance à la récrimination, comme il y a une tolérance à l’injustice, mais une société doit se maintenir dans la zone des tolérances. C’est dans cette zone que se situe la « péréquation » dans son sens étymologique de rendre égaux. Un objectif de notre société depuis des lustres ?

Pourquoi la péréquation prend-elle un sens nouveau dans une économie tertiaire ? Parce que la prolifération des services permet des actions de solidarité qui ont un effet secondaire de péréquation qui inquiète. C’est cette péréquation circonstancielle qui apparaît menaçante.

Cette péréquation circonstancielle semble devenir insupportable, parce qu’elle veut distribuer des services et que, au contraire des biens, les services ne sont pas produits en masse. Dans l’industrie, quand l’investissement initial en machines est consenti, s’il y en a pour trois, il y en a pour quatre. Quand il s’agit de services, chaque service rendu, à quelques économies d’échelle près, a un coût/travail qui demeure constant. Le dernier service qu’on donne a un  » pauvre », quel que soit ce service, a exigé autant de travail – et coûte donc tout autant, en termes réels – que le premier service de même nature qui a été vendu à un « riche ». Les services que la solidarité nous impose de donner ont un coût REEL élevé.

Circonstance aggravante, contrairement à ce qui était le cas pour les biens industriels, les services les plus essentiels ne sont pas nécessairement les moins chers ; c’est souvent le contraire. Les nouveaux services que la science et la technologie rendent un à un disponibles ne viennent pas seulement ajouter un avantage additionnel aux services existants ; parfois, ils apportent enfin la réponse à un besoin qui n’avait jamais été satisfait auparavant, une réponse qui rend désuètes toutes les quasi-solutions antérieures.

Ces nouveaux services peuvent être essentiels, vitaux quand il s’agit de santé. La demande pour ces nouveaux services étant maximale lorsqu’ils apparaissent – et les ressources pour les fournir, étant alors toujours insuffisantes – ils sont toujours rares. Le coût du travail qu’ils exigent est gonflé et le prix en est donc élevé. Parfois, il apparaît trop élevé.

Dans une société industrielle, il était à l’avantage de tous d’optimiser le revenu de consommation pour maintenir la production en marche ; le bien général se confondait ainsi avec le bien particulier des défavorisés, auxquels il était avantageux que soit donné le nécessaire et même plus. Dans une économie de services, la demande pour les services excède l’offre. Il n’y a pas une surabondance de services, comme il y a un surplus de produits industriels, il n’y a jamais, au contraire, assez de services pour satisfaire pleinement tout le monde. Dans un univers de technologies en expansion, des trous noirs de pénurie de services apparaissent constamment.

Dans une économie tertiaire, il ne s’agit donc plus, comme dans la société industrielle mature, de répartir des surplus ; il s’agit de rendre équitable le partage de ces denrées rares que sont les compétences. On constate vite qu’il ne s’agit plus de laisser les miettes à Lazare sous la table, alors qu’on est déjà soi-même repu, mais de se priver d’une part de ce dont on a soi-même grand besoin. La solidarité exige tout à coup un vrai sacrifice. Il ne s’agit plus de donner libre accès à sa poubelle ; il faut, comme Saint-Martin, donner la moitié de son manteau.

Il n’est pas sûr que tous les sociétaires – ou même une majorité d’entre eux – veuillent donner la moitié de leur manteau. Et la baleine de la Sécu commence à peine à émerger. Une société, apprivoisée depuis des générations à une solidarité qui se manifestait par le partage facile des biens primaires et industriels toujours excédentaires, continue, pour un temps du moins, à générer un consensus social fort pour un partage similaire des services. A mesure que les factures des services arrivent et que l’on prend conscience du coût de ce partage, toutefois, celui-ci apparaît à beaucoup comme trop exigeant.

La réalité d’une offre de services systématiquement inférieure à la demande nous ramène donc aux règles d’un « jeu à somme nulle » … et ce ne sont pas des règles qui incitent à la solidarité. Il ne faut donc plus espérer obtenir facilement un consensus solide pour le type de péréquation tous azimuts que justifiait l’abondance des biens industriels. Pour une péréquation des services, il faut revenir à une gestion prudente des ressources; la même gestion de pénurie qui prévalait pour tous les biens avant la révolution industrielle.

Ce qui apparaît comme un retour en arrière sur la spirale de l’enrichissement laisse pressentir le même égoïsme qui prévalait avant que la révolution industrielle n’ait apporté l’abondance. Dans une économie tertiaire, le consensus social pour le partage du coût des services vit donc des phases de rejet de plus en plus fréquentes. Ce qui crée un dilemme et conduit à un mensonge.

Le dilemme, c’est que, d’une part, le consensus pour la prise en charge par l’État du coût des services essentiels se lézarde, mais que, d’autre part, nous devenons chaque jour de plus en plus interdépendants. Toute mansuétude mise à part, ce n’est pas parce que le coût de la solidarité n’est plus dérisoire qu’on peut se passer de la solidarité.

Le mensonge, c’est que, confrontés à cette nécessaire solidarité – et à une population qui consent en principe au partage, mais se rebiffe quant elle en vit les conséquences et doit payer la note – les gouvernements choisissent aujourd’hui de tenir un discours de solidarité, mais de ne pas y donner suite. ON MENT ! Les apparences remplacent la réalité et, dans ce contexte de maquillage, même les services que l’on devrait pouvoir rendre sans grands sacrifices ni discussions risquent de ne plus être rendus !

Un risque paradoxal, à l’opposé de ce que devrait apporter le passage à une économie tertiaire. La gouvernance et tous les partis politique de quelque importance ont aujourd’hui cessé de parler de solidarité. Pourtant, sans solidarité, cette société mourra.

Pierre JC Allard

327. On se fait une raison…   10.03.15

Je n’ai jamais été bien entiché de Madame Pauline Marois. Quand on cherchait un espoir « femme » au PQ des belles années, j’étais de ceux qui pensaient Lise Payette… Mes attentes concernant la régence Marois, après le bide Boisclair bien prévisible, étaient qu’elle passe la main au plus vite à Duceppe, ou qu’elle garde ce parti vivant le temps qu’une candidature Lisée s’impose comme une évidence. Elle vient au contraire de se faire piéger à promouvoir une fracture dont naîtra un nouveau PQ qui n’aura plus gardé que le nom du Parti de Levesque et de Parizeau.

En faisant le calcul opportuniste de chasser ses éléments de gauche pour donner aux Québécois le parti d’alternance de centre-droit qu’ils se meurent d’envie d’avoir, elle croit sans doute suivre une stratégie astucieuse. En fait, elle les prive d’une véritable alternative. Elle leur propose de changer la gouvernance actuelle par une autre tout à fait semblable, avec les mêmes commanditaires qu’un changement de régime mettra à l’abri d’une enquête publique et une même connivence avec la même bourgeoisie passéiste.

Le Nouveau PQ, sans les syndicalistes et les progressistes, sera indubitablement dans le zeitgeist dominant. Le vent souffle de la droite. On pourra cyniquement revenir sur les acquis sociaux de la derniere génération. Mais ce vent ne balayera pas les nuages de mousson qui s’accumulent ; il les gardera juste un peu plus longtemps à l’écart… le temps que se prépare une véritable révolution. Une révolution qui nous viendra des USA, et nous prendrons ce train en marche sans poser de questions. Mais ce sera un peu plus tard.

Il y a bien longtemps que j’annonce le déclin et la mort du PQ. En refusant de mourir, pour choisir de se renouveler sous de fausses représentations,comme un phénix de mauvaise foi, il va faire bien du mal. Il va laisser persister l’illusion qu’on ne s’est pas trompé, qu’on n’a rien à corriger et qu’on peut donc continuer à faire semblant qu’on va de l’avant.

On va rafistoler le vocabulaire, puis raconter à nos enfants que de brillants stratèges nous ont amenés à l’avenir qu’on voulait vraiment, en passant par quelques détours… C’est une issue qui me laisse un goût plus amer qu’une simple défaite honorable. Comme si Vercingétorix, au lieu de jeter son glaive a Cesar, s’était négocié un job de proconsul et avait parlé de l’amitié entre Celtes et Romains…

Le Parti Québécois va changer. Pour l’immédiat, que va-t-il se passer ? Amputé de sa gauche, rejoint par la masse des Québécois qui sont des Adéquistes qui s’ignorent, le Parti Québécois va voguer vers le pouvoir.

Sous un nouveau chef, bien sûr. Madame Marois n’était là que comme compromis entre la gauche et la droite. La gauche partie, le PQ ne demandera qu’à accueilir François Legault On aura le « lucide » que viendra adouber Lucien Bouchard, maître à penser d’une nouvelle équipe dont on pourrait déjà donner tous les noms.

Dans la suite de la vision de la terre promise qu’on va lui présenter, le militant péquiste-type nouvelle génération prendra des décisions et posera des gestes « réalistes ». Il acceptera, à une large majorité, le report sine die du projet d’indépendance.

Ce projet qui date un peu sera remplacé par un concept d‘autonomie « économiquement incontournable » – because, la crise, vous savez – et une collaboration avec un Parti Conservateur ami, à Ottawa, qui se dira « conféderaliste ».

Un parti tout entier ouvert aux revendications des provinces, comme le Québec, l’Alberta et les autres… C’est Toronto, l’ennemi commun. Qui pourrait bien diriger ce Parti Conservateur ? Eh oui… Un « winner », qui connaît bien le Québec…

Préparons nous ensuite à voir resurgir le concept d’indépendance culturellle de Bourassa. Oui, le Québec siègera à l’Unesco et aura un conseiller culturel dans chaque ambassade du Canada. Nous rayonnerons….. Avec un large consensus, une ouverture à nos minorités, un accord sans nuage avec le gouvernement fédéral et la haute finance… On pourra reprendre la construction du Québec interrompue par cette histoire de Révolution Tranquille. Prévoyez trois (3) termes pour Légault…. On en sortira un peu plus riches, plus multiculturalistes, beaucoup plus tranquilles…

Politique fiction ? Peut-être. Mais si « toutes ces choses arrivent avant que cette génération ne passe », comptez sur moi pour vous rappeler qu’elles étaient parfaitement prévisibles et qu’en ne faisant rien, aujourd’hui, pour que ce scénario ne se mette pas en marche, vous aurez acquiescé tacitement à toutes ses conséquences.

Pierre JC Allard

328. La politique, jeu de société 10.03.26

La récente métamorphose du Parti Québécois m’a fait réfléchir. Pourquoi cette épopée se termine-t-elle de cette façon, sans même de véritables protestations…?   Puis je me suis souvenu qu’on s’était bien amusé à Shawinigan… La politique, au Qubec est un jeu.

À l’été 2004, j’ai été candidat du Nouveau Parti Démocratique dans St-Maurice-Champlain. J’avais prévu en juin un pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, mais ma conscience citoyenne a pris le dessus sur le salut de mon âme et j’ai bifurqué vers une campagne électorale.

Pour faire acte de présence, car le NPD faisait 2 à 3 % des intentions de vote dans le vieux comté de Jean Chrétien… mais j’ai eu la coquetterie d’aller quant même y marcher 500 000 pas, faisant de cette marche le thème de ma campagne et en tirant le même exercice vivifiant que m’aurait procuré le pèlerinage. Un sain divertissement…

Avec le recul du temps, je me demande si cette campagne- divertissement que j’ai faite alors dans Saint-Maurice n’était pas emblématique de la politique que vit le Québécois. Une politique qui n’est ni plus bête ni plus méchante que celles qu’on trouve ailleurs, mais qui est peut-être un peu plus folichonne et qui, entre deux référendums… ne suscite pas de grandes passions.

On se marre bien durant nos campagne électorales au Québec; elles mènent à changer sans heurts des gouvernements interchangeables. Mais ce n’est pas la Révolution d’Octobre…Les Québécois- ne veulent pas vraiment la guerre.

Or, la grande aventure de la quête pour l’indépendance s’est tout de même développée dans le contexte de la politique québécoise. Ce qui explique peut-être à quoi jouent l’ADQ, le PQ et tous nos politiciens. Ils jouent à ne pas faire la guerre…

Naturellement, l’idéal de l’indépendance a eu ses purs et ses engagés, des felquistes qui y ont donné des années de leur vie…. Mais le lambda Québécois qui a finalement dit non deux fois, lui, est-ce qu’il y a vu autre chose qu’un divertissement ? Quand le péquiste moyen, aujourd’hui, perd si facilement la foi, est-ce que ce ne serait pas qu’au fond il n’y a jamais vraiment cru ?

Mon billet d’aujourd’hui peut servir d’introduction à mon « Journal de bord » durant cette campagne de 2004 dont j’ai fait hier une section de mon site et dont je vous invite à lire ensuite quelques textes… Emblématique, car il n’y a pas eu de « guerre » dans Saint-Maurice en 2004… Juste un peu de théatre.

Voyons d’abord le dramatis personae.

Pour les libéraux, du tohu-bohu qui avait suivi le départ de Chrétien, avait finalement émergé comme candidate une adorable jeune femme que j’aurais volonté adoptée comme sœur à ma fille. Intelligente, répartie facile, elle faisait bonne figure. Mais personne – et surtout pas les Libéraux – ne pensait qu’elle pouvait gagner cette élection. Cette élection était déjà concédée au candidat bloquiste.

Un candidat bloquiste bien sympathique, bien représentatif de la mouvance nationaliste largement majoritaire dans la région et que nul brutal défi ne poussait donc à se faire pousser des griffes. Il aurait pu être élu in absentia… Les conservateurs avaient leur candidat, produit du terroir, aussi fermement limité à la petite fraction du vote de tradition conservatrice que je pouvait l’être à celle encore plus infime dévolue au NPD.

Au demeurant, le candidat conservateur était un perdant tout aussi aimable dans sa défaite annoncée, que le gagnant bloquiste l’était dans sa victoire… qui l’était tout autant. Il y avait un Vert, aussi, dans la course, issu des marches éloignées du « comté »… Vert typique, fait sur mesure, tout aussi gentil que les autres, mais avec en plus une cause sympathique.

Un candidat du Parti Marijuana aussi. Ai-je dit que le Vert était typique ? Ce candidat l’était également. On pouvait croire sans peine que, au contraire d’Attila, l’herbe pousserait toujours partout où passerait sa monture… Et enfin, bien sûr, il y avait moi, qu’on aurait pu dire typique des candidats atypiques que peuvent produire des partis idéalistes, comme le NPD.

Voyez ci-haut la photo de notre petite famille de candidats. L’ami vert, est arrivé trop tard des grands bois pour y être, mais que je le vous présente ici en débat animé avec le Conservateur. Une petite famille, je vous dis. On n’allait tout de même pas se faire la guerre… !

Alors la « bataille » pour Saint-Maurice a été un ballet, une chorégraphie plutôt qu’une bataille. Deux (2) débats bien polis, des contradictions sans surprises, par médias interposés. On a vécu une messe pour la démocratie, comme ces enterrements où l’on arrive tard à dessein, pour rester sur le parvis, puisque le corps est déjà froid et que l’important est de saluer les parents et les potes.

Ce élections étaient un folklore amusant, mais qui ne suscitait tout de même pas l’intérêt du Festival Western de St-Tite Nous tous, les candidats, aurions pu être mêlés, tirés d’un énorme chapeau et distribués au hasard entre les partis, sans que les résultats du vote ne changent d’un iota.

Pays superbe, population accueillante… J’ai bien aimé l’expérience. Mais était-ce sérieux ? Le constat à faire, dans le modèle électoral que nous avons, est que ces campagnes sont inutiles. Les candidats sont inutiles – car on ne vote que pour les partis – et les députés eux-mêmes sont inutiles, puisque, lorsqu’ils sont élus, ils n’ont d’autres fonctions que de suivre les directives de leurs partis respectifs.

Une élection pour rire. Toute notre pseudo démocratie est à repenser et l’un des éléments majeurs à revoir est le rôle du député comme représentant des citoyens. Je parle ailleurs des changements à faire à notre démocratie. Dans les textes de la section à laquelle celui-ci sert de préambule, vous trouverez quelques idées, mais j’ai surtout voulu montrer le caractère bon enfant, ludique, d’une élection en province, au Québec.

Est-ce que dans cette démocratie pouvait naître et se développer une conscience révolutionnaire ? Et la plus grande astuce du système n’a-t-elle pas été le piège de cette démocratie pour rire, dans lequel le PQ est tombé pour finalement y mourir ? Mes 500 000 pas en Mauricie, avec le recul du temps, m’apparaissent comme le symbole de ce système…. qui nous a fait bien marcher.

Voir: Une guerre en Mauricie

Pierre JC Allard

329. Québec protestataire 10.04.12

Au moment d’écrire ce billet, j’arrive du Monument National à Montréal. Loi 104. Éducation en anglais au secteur privé. Cour Suprême. On proteste..Je suis allé ajouter ma tête blanche aux autres têtes blanches de ma génération et de la suivante, pour dire que nous étions mécontents et protester. Mécontents ? Le sommes-nous vraiment ? Les occasions de se revoir sont si rares… Il y avait là plein de visages que je connais depuis 30, 40, 50 ans… et que je n’avais pas revus depuis l’enterrement de Bourgault. On ne souffle plus beaucoup notre forge. Protester ? Avons-nous le nombre et l’ardeur de protester ? Avons-nous même, cette fois, la légitimité pour protester. ?

On dit qu’un jugement de la Cour Suprême du Canada bafoue une loi unanimement approuvée par la législature du Québec. Si vous le dites… Mais le Premier Ministre du Québec n’était pas là. Ni la chef de l’Opposition, d’ailleurs…. Si ceux qu’on a bafoués ne protestent pas, qui proteste ? Les contestataires. Ceux dont c’est le rôle maintenant institutionnalisé de protester. Les minoritaires dans leurs propres minorités

Curzi, excellent tribun, mais dont il est clair que la première cible ne peut-être que Marois: il est monté au front, elle s’est planquée. Avancez votre pion d’une case. Duceppe, qui a maintenant l’aisance qui en ferait un Premier Ministre, mais dont l’heure a passé et qui deviendra peu à peu un Sage. Curzi, Duceppe et une trentaine de présidents de diverses associations, peu ou prou connues, qui, toutes ensemble, n’auront amené devant le bureau de la Ministre que quelques centaines de manifestants bien paisibles… Est-ce là notre légitimité pour protester ?

La cause elle-même est-elle légitime ? Pas sûr… Interdire la transmission et l’acquisition d’une connaissance est déjà un terrain miné. Interdire à l’autre l’usage de sa langue, comme simple péripétie d’un combat plus vaste pour défendre la nôtre ne semble ni éthique ni habile. Autant je trouverais justifié que le Québec ne finance l’éducation qu’en français, autant je trouve discutable qu’on s’immisce dans une relation d’apprentissage dont l’État n’assume pas les coûts. On frappe ici sur le mauvais clou.

Est-ce à dire que l’indignation qu’a soulevée le jugement de la Cour Suprême est totalement injustifiée ? Que non ! Un acte du judiciaire d’un État, qui rend nulle une décision unanime du pouvoir législatif d’un État qui lui est de facto subordonné, est une provocation et mérite certainement une riposte. Mais cette action de rue – oh combien velléitaire !- était-elle la bonne riposte ?

Nous n’avons pas ici « les baïonnettes d’un pouvoir hostile venant brimer l’expression démocratique de nos libertés nationales »… Nous avons un tribunal qui, dans le cours de son train-train quotidien, a rendu une décision parfaitement défendable en éthique, mais dont nous estimons qu’elle contrevient aux intérêts supérieurs de la Nation. La bonne réponse est-elle sur les barricades ?

Révolution ? Que non, encore une fois, puisque l’État très pragmatique dans lequel nous vivons a déjà prévu une petite porte dérobée qui permet de sortir de ces situations sans que les juges ne perdent leurs perruques et que nos États confédérés imbriqués n’y perdent la face. Quand l’intérêt national (Ottawa) exige une prise de position qui contredit l’intérêt national (Québec), on a déjà accepté qu’après un ostentatoire déchirage de tuniques médiatique, Québec pourra n’en faire qu’à sa tête, sans autres conséquences que de souffrir la réprobation des journalistes du Globe and Mail : on appelle ça la clause dérogatoire.

Pas de danger pour l’entente constitutionnelle. Nous ne l’avons pas signée… Grâce aux vrais Pères de la Future Confédération, qu’auront été Trudeau et Lévesque, on ne la signera que quand tous les contentieux auront été réglés, comme ces catéchumènes qui retardent leur baptême jusqu’à leur lit de mort, le temps de jouir de leurs vices et de commettre tous les crimes dont le sacrement les absoudra. En attendant, « Péchez hardiment… mais croyez encore plus fort… »

Alors on pèche… Une Loi 104 qui donne à ceux de Québec l’auréole d’avoir bougé un peu, un jugement de la Cour Suprême pour que ceux d’Ottawa gardent l’image de défendre les libertés individuelles, une protestation des contestataires, afin qu’ils gardent bon pied bon œil sur une route qui ne présente plus de vrais défis… et la caravane passe.

On pèche, mais croit-on encore ? On l’alléguera, cette clause dérogatoire ? Ça dépendra sans doute des autres problèmes dont on voudra détourner l’attention. La corruption à tous les paliers de gouvernement, par exemple… On en est à instrumenter l’identité québécoise. Triste.

La franche vérité, c’est que la Loi 104 est sans importance concrète sur l’évolution du français au Québec. Combien seront-ils à pouvoir s’offrir la totale prise en charge de tous les frais de leur éducation au Québec, de l’élémentaire à l’universitaire ? Et croit-on que qui a les moyens de le faire ici ne pourrait pas se l’offrir ailleurs ? On est dans le domaine du pur symbolique. Le « geste » qu’on pose pour cacher tous les gestes que l’on ne fait pas…

Bien sûr, il est injuste que les nantis aient un privilège que les pauvres n’ont pas… mais il y a des milliers de ces privilèges. Comme celui d’obtenir justice, car il n‘y a de vraie justice que pour les riches, au Québec, comme je vous en parlerai la semaine prochaine avec l’affaire Robinson. Alors, en attendant que l’on ait les couilles de changer le système, on devrait s’abstenir de jouer à la marelle sur les trottoirs.

Si nous avions un gouvernement à Québec qui VOULAIT donner sa place au français, on ne perdrait pas une heure sur des Loi 104 et autres excuses pour ne pas faire CE QUI DEVRAIT être fait. Pour l’instant, il ne veut pas et l’on se moque de nous. Grossièrement. C’est pour ça que le peuple du Québec, qui n’est pas totalement dupe, est resté aujourd’hui chez lui et se contentera de suivre cette affaire de Loi 104 ce soir, aux nouvelles de… Radio-Canada.

Pierre JC Allard

330. L’’Évangile, après Michel   10.04.19

Je vais reporter d’une autre semaine mon article sur l’affaire Robinson. Pas que je m’y intéresse moins, mais parce que je crois, au contraire qu’elle pourrait marquer un tournant : une prise de conscience irréversible de la turpitude du système politique actuel – ses trois pouvoirs littéralement confondus – et que je me donne une semaine de grâce avant de dire des choses irréparables.

J’ai assisté samedi aux obsèques de Michel Chartrand. Debout. On a parlé des Béatitudes… Mais a-t-on pensé à ce que ça devient, les Béatitudes, dans un Monde où n’y a plus de Chartrand ? Un temps où le syndicalisme est dans la corruption, la job de bras et les sociétés de placement ? Je vous propose cette version du Sermon sur la Montagne. Un peu modifié, mais qui colle si bien à la réalité…

***

Heureux les riches en esprit, car seul celui qui comprend la nature et la loi des choses peut s’en servir à son profit.

Heureux ceux qui sont forts, car ils posséderont la terre!

Heureux ceux qui ont énergie et ambition, car ils obtiendront le Succès.

Heureux ceux qui sont sans pitié ni compassion, car ils n’auront pas à dépendre de la pitié, ni de la compassion des autres;

Heureux ceux qui ont l’astuce de vaincre, car ils auront le pouvoir et la richesse.

Heureux ceux qui procurent défis, émulation et concurrence à leur prochain, car ils seront appelés les outils du Progrès.

Heureux ceux qui lutteront avec opiniâtreté pour devenir les meilleurs, car ils y parviendront.

Vous qui êtes riches, forts, intelligents, vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus alors qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. Ne renoncez donc jamais à vaincre et à dominer, car alors il en serait fait de vous.

Vous êtes, les maîtres, l’élite, la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; on la met sur le chandelier et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient votre supériorité et qu’ils glorifient en vous l’oeuvre du Créateur

Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi et changer l’ordre naturel des choses; car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point et jusqu’à la fin des temps, il ne disparaîtra pas un seul iota des lois de la nature. Je ne suis pas venu pour les abolir, mais pour qu’elles s’accomplissent.

Accomplissez la Loi de la nature, qui est que le fort se nourrisse et grandisse de la substance du faible. Car, je vous le dis, si votre intelligence et votre détermination ne surpassent celle des prêcheurs de morales et des faiseurs de bonnes oeuvres vous ne parviendrez pas au Succès.

Il a été dit aux anciens: « Tu ne tueras point « . Moi, je vous dis: si tu as un adversaire, débarasse-t-en promptement, avant qu’il n’en fasse de même avec toi; car personne ne sort d’un différend avant qu’il n’en ait payé la dernière obole ou que son ennemi n’ait été abattu. Et ne croyez pas que votre ennemi ait été abattu simplement parce qu’il a trébuché, mais tenez-le pour vaincu seulement lorsque ses cendres auront été dispersées par le vent.

Je vous le dis en vérité, quiconque laisse vivre son ennemi ou son rival le regrettera; quiconque laisse vivre celui qui n’a pas la force de vivre et de grandir mérite d’être puni par le destin; celui qui retarde la victoire des êtres supérieurs mérite d’être relégué au rang des êtres inférieurs et celui qui met en péril le triomphe de la force doit être condamné pour toujours à rejoindre le troupeau des faibles.

Si donc tu es à sauver la vie de ton frère et que t’apparaisse l’occasion qui te rendra plus vite plus riche et plus fort, laisse là ton frère et va d’abord faire ce qui te sera le plus profitable, puis reviens, s’il en est encore temps, terminer ce que tu avais entrepris auprès de ton frère. Car la vie de ton frère peut aider à ton Succès, mais n’en est pas assurément le gage et il se peut que tu aies mieux à faire.

Il a été dit: « Tu ne commettras point d’adultère ». Mais moi, je vous dis que quiconque regarde son prochain avec tendresse a déjà commis un adultère en son coeur, se rendant vulnérable à l’émotion, à la compassion et à la déraison. Si ton coeur est pour toi une occasion de faiblesse, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est mieux pour toi de parvenir sans coeur au Succès que d’en rester à jamais privé. Et si quelqu’attachement est pour toi une occasion de faiblesse, mets-y fin sans tarder; car il vaut mieux pour toi d’arriver au Succès seul que de périr en restant attaché à ceux qui n’y parviendront pas.

Il a été dit: « Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce ». Mais moi, je vous dis: ne prenez jamais d’engagements que vous ne pourrez répudier sans dommage et ne donnez de lettre à personne. Il a été dit aux anciens: « Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment ». Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement; ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem qui est la ville de David.  Que votre parole soit « peut-être », et que même cela soit dit sans témoins, car un oui comme un non risque de vous causer des ennuis et de mettre en péril votre Succès.

Vous avez appris qu’il a été dit: « oeil pour oeil, et dent pour dent ». Mais moi, je vous dis: crevez le premier tout oeil qui est mal gardé, car le borgne vous fera moins de mal que celui qui a deux yeux et l’aveugle ne vous en fera aucun. Vous serez alors en paix, car il n’est plus nécessaire de résister à celui qui ne peut plus être méchant.

Si quelqu’un t’a frappé sur la joue droite, gifle toi-même ta joue gauche pour t’apprendre à être prudent. Si quelqu’un veut plaider contre toi, vois s’il n’est pas un juge qui te donnera raison, ou un terrain plus propice où lui livrer combat. Si quelqu’un veut prendre ta tunique, vois si, ce faisant, il ne s’est pas mis en position de faiblesse et si tu ne peux pas lui arracher sa tunique et aussi son manteau.

Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-lui en faire ou payer deux à la première occasion. Demande aussitôt en retour à celui qui te demande, car c’est l’heure propice à laquelle il exaucera ta demande; ne te détourne pas non plus de celui qui veut emprunter de toi, car c’est le moment de le tenir en ton pouvoir.

Il a été dit: « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ». Mais moi, je vous dis: n’aimez personne. Traitez vos amis comme s’ils pouvaient devenir vos ennemis. Car voyez le lion repu et la gazelle qui se côtoient au point d’eau, mais le lion, demain, aura faim à nouveau.

Remerciez le Créateur pour ceux qui vous maudissent, car ils ont ainsi la faiblesse de la franchise et il y a un profit à tirer de ceux qui avouent vous haïr; bénissez aussi ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, car ils avivent en vous la force d’être impitoyables.

Soyez de vrais fils du Créateur qui fait lever le soleil sur les méchants comme sur les bons et qui fait pleuvoir sur les injustes comme sur les justes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel avantage en retirerez-vous ? Les plus gueux d’entre vous n’en font-ils pas autant? Et si vous aidez ceux qui vous aident, que faites-vous d’extraordinaire? Les pauvres et les misérables aussi n’agissent-ils pas de même? Mais n’aimez et n’aidez personne, ni même qui vous aime ou qui vous aide, mais profitez de chacun jusqu’à la limite de sa bienveillance; ainsi vous serez dignes d’atteindre au Succès.

Voyez l’agneau qui sert de pâture au loup. Et le petit poisson n’est-il pas aussi la pâture de celui plus gros qui le dévore? La force se repaît de la faiblesse et toute vie ne vit que de la vie qu’elle détruit en la consommant. Soyez donc parfaitement implacables, comme est implacable la Loi de la Nature qui est la volonté du Créateur

Gardez-vous de chercher la réussite aux yeux des hommes en négligeant le vrai pouvoir, lequel est souvent caché. Ne vous laissez pas entraîner à placer votre argent sans égard à ce qu’il rapportera, pour la vaine gloriole de l’annoncer en sonnant de la trompette dans les synagogues et dans les rues. Je vous le dis en vérité, ceux qui agissent ainsi ont déjà retiré de leur vanité leur profit et n’en retireront pas d’autre. Quand tu transiges une affaire ou investis, fais plutôt que seule ta main gauche sache ce que fait ta droite et que ton placement se fasse en secret, dans un endroit discret et porte close; c’est ainsi que le Succès viendra à toi.

Ne pensez pas qu’en accordant de nouveaux avantages on puisse faire oublier les injures passées. Dans votre marche vers le Succès, ne pardonnez donc rien à personne car nul ne vous pardonnera quoi que ce soit et la nature elle-même encore moins que quiconque.

Si les événements font que la richesse vous manque, ne prenez pas un air triste, comme les faibles qui montrent un visage tout défait, pour inspirer la pitié. Parfume alors plutôt ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes; ainsi ils te garderont toute leur estime et le sort te redeviendra favorable.

N’amassez pas des trésors tangibles que l’on peut détruire et que les voleurs dérobent mais amassez-vous des trésors intangibles, virtuels, que la teigne et la rouille ne détruisent point et là où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi est ta force. Ta fortune est la lampe qui éclaire ta personnalité. Si ta fortune est considérable, toute ta personnalité en est mise en lumière, mais si tu es pauvre tu seras dans les ténèbres.

Nul ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez servir la faiblesse et la force. C’est pourquoi je vous dis: ne vous inquiétez pas des illusions des prêtres et des poètes, mais de votre vie, de ce que vous mangerez et de ce dont vous serez vêtus.

Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent et ils n’amassent rien dans des greniers; il en est donc peut qui survivent à l’hiver. Ne valez-vous pas mieux qu’eux? Ne pouvez-vous, par vos efforts, ajouter quelque temps à la durée de votre vie? Et considérez l’herbe des champs, laquelle existe aujourd’hui et demain sera jetée au feu; est-ce là le destin que vous souhaitez? En vérité, je vous le dis, celui qui ne travaille ni ne file ne sera pas vêtu comme Salomon dans sa gloire, mais ira nu.

Cherchez la fortune et le Succès et le reste vous sera donné par surcroît. Mais cherchez dès aujourd’hui, car demain n’aura soin de lui-même que si la veille vous vous êtes donné la peine d’y pourvoir.

Évaluez votre prochain sans complaisance, car il vous jugera de la même façon. Mais ne dites pas: « Frère, laisse-moi ôter une paille de ton oeil », car ce n’est pas l’oeil de votre frère qui vous permet de mieux voir. Veillez d’abord à ce qu’il n’y ait pas en vous de faiblesse et votre frère en fera autant ou périra. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. Que celui qui a des oreilles entende.

Demandez avec assurance et l’on vous donnera; cherchez avec perspicacité et vous trouverez; frappez avec force et l’on vous ouvrira. Car lequel de vous refusera de donner ou d’ouvrir à plus fort que lui? Et qui peut si bien cacher que nul ne trouvera? Tout ce que vous savez que vous accepteriez de céder à la force, sachez que les autres vous le céderont également si vous avec cette force. Car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la pauvreté – et il y en a beaucoup qui entrent par là – mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène au Succès et peu s’y engagent. Entrez par la porte étroite.

Gardez-vous des moralisateurs et des prêcheurs de vertu, car ils vous prendront ce que vous avez par la ruse plutôt que la force et, si vous avez une excuse pour céder devant la force, vous n’en avez pas pour être naïfs devant ces gens. Jugez-les aux fruits qu’ils offrent; car cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? Celui qui offre le dénuement vous mènera-t-il à la richesse? Celui qui offre le renoncement vous conduira-t-il au Succès? Celui qui porte le cilice et parle de sacrifice vous enseignera-t-il le chemin du bonheur et de la joie?

Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits doit être coupé et jeté au feu. Les prophètes qui disent: « Seigneur, Seigneur! » ne vous apporteront rien. Ceux-là seuls qui comprennent la faiblesse humaine atteindront le Succès, le bonheur et la joie.

Ceux qui ayant écouté mes paroles hocheront la tête béatement et retourneront à leurs errements antérieurs n’atteindront pas le Succès. Qu’ils ne croient pas faire de miracles en mon nom. Ceux-la atteindront le Succès qui s’astreignent à comprendre le miracle permanent qu’est la Vie. C’est pourquoi quiconque entend ces paroles et les met en pratique est semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison, mais elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc: l’égoïsme de l’être humain. “

Ce petit message aux Lucides leur est offert en memoire de Michel Chartrand. Pour qu’ils comprennent qu’on les a bien compris. Maintenant, on va les abattre.

Pierre JC Allard

331. Pas de JUSTICE au Québec 10.04.26

«La conduite des affaires de Charest, Weinberg et Izard est basée sur la tricherie, le mensonge et la malhonnêteté (… ) des bandits à cravate ou à jupon (…) conduite scandaleuse, infâme et immorale.»

Ces extraits du jugement du Juge Auclair, dans l’affaire de Claude Robinson vs Cinar, prouve qu’il y a des justes au Québec. Il y a des justes, même dans le système judiciaire. Mais il n’y a pas de justice au Québec.

En appelant la solidarité citoyenne à la rescousse, on en viendra peut-être à obtenir une compensation pour Claude Robinson. Peut-être, car il est possible, sinon certain, que cet appel des bandits à cravate ou à jupon serve surtout à gagner du temps afin qu’ils mettent leurs biens en lieu sûr, se déclarent en faillite et ne payent rien du tout. Mais ayons la foi que Claude Robinson obtiendra justice. On aura alors sauvé un arbre… mais pendant que chaque jour on continue d’abattre la forêt.

Pour un Robinson sauvé, des centaines de justiciables seront oubliés, sacrifiés, car nous vivrons encore demain, vous et moi, dans un État qui se prétend « de droit », mais qui a institutionnalisé l’iniquité. Un État où seuls les riches peuvent espérer obtenir justice. Parce que des centaines de milliers de dollars en frais et honoraires, c’est trop cher pour le monde ordinaire; parce que 14 ans, pour obtenir un jugement, c’est trop long, pour tout le monde… Dès qu’on dépasse les petites créances, il n’y a pas de justice fonctionnelle au Québec.

Il faudrait que, Robinson en tête, mais tous les gens de bonne volonté derrière lui, nous marchions pour réclamer une justice au Québec. Une justice rapide. Une justice gratuite, une justice de bon droit, et non ce fatras de procédures qui permettent à ceux qui les maîtrisent d’apprivoiser l’injustice. Réclamer un système où juges et magistrats ne sont pas nommés discrétionnairement par le pouvoir exécutif, créant ainsi une apparence de favoritisme, mais choisis par un processus démocratique

Il faudrait réclamer que soit transformé, pour le rendre efficace, le rôle actuellement inutile et malfaisant de l’avocat dans le processus judiciaire. Que soit transformée, aussi, la procédure d’exécution des jugements, et la Loi de faillite, cette licence « à la 007 » que les grands scélérats – mais aussi tous les petits astucieux de ce monde – utilisent pour envoyer paître ceux qui leur ont fait confiance et qu’ils ne veulent pas rembourser. Il faudrait exiger une justice qui soit juste et à laquelle on fait confiance.

Oui, je sais que TOUT le système est à revoir et que toute la gouvernance que nous avons ressemble à une opération d’extorsion, allant de la corruption à tous les niveaux de l’administration publique jusqu’à cette incroyable arnaque des banquiers, qui créent leur propre argent, le prêtent a intérêt et demandent qu’on leur en donne plus quand ils n’en ont pas assez … Le brigandage est omniprésent. Mais, la perversion de la justice inspire une répugnance particulière.

RIEN n’est plus odieux que de travestir la justice et de la vider de son sens, car c’est LE PREMIER DEVOIR D’UN ÉTAT D’ASSURER LA JUSTICE. C’est la pierre d’assise et tout le reste en dépend. Le simple fait qu’il faille encourir des frais pour être reçu par un juge et – peut-être – obtenir justice, est une ignominie. Il faut que la population soit manipulée hors de toute raison par les médias et mise dans un état confinant à l’hypnose, pour tolérer cette infamie – qu’une nation vraiment civilisée mettrait au rang moral de l’esclavage – d’un accès inégal à la justice, conditionnel à l’argent que peuvent y investir les parties.

Il n’y a rien de plus ignoble, rien qui contribue davantage à la perte de crédibilité de notre gouvernance. Rien qui la rende aussi illégitime, indigne qu’on la respecte ou qu’on lui obéisse que cette faillite de la justice. Je pense qu’il est de l’intérêt public que cette aberration/infamie qu’est le système judiciaire soit exposée sur la place publique. Il faut regarder de près la réhabilitation du rôle des juristes, ceux par qui la justice devrait arriver et qui sont aujourd’hui une partie du problème et non de la solution.

Je serais ravi qu’un de mes anciens collègues, ou l’un des nouveaux prédateurs de la même espèce qui chassent désormais dans les mêmes boisés, me réponde. On pourrait en parler… Et si quelqu’un veut riposter en mettant en branle cette machine infernale de la justice au bras lent et à la main rapace, rien ne serait plus révélateur de l’ineptie, de la mauvaise foi ou de la turpitude de cette machine.

Pierre JC Allard

332. Prof. Léo-Paul et les cancres   10.05.10

Le Professeur Léo-Paul Lauzon vient encore de parler pour rien.  Il vient de publier une quatrième étude  en 6 ans sur les banques canadiennes.   Il nous a déjà parlé quelques fois d’évasion fiscale, de paradis fiscaux… le quotidien, quoi …  Cette fois, il examine le comportement des banques canadiennes en temps de crise.

Car il y a une crise, vous savez., et les banques… Chuuut ! On pourrait nous entendre.  Le Professeur Lauzon nous parle de l’industrie bancaire canadienne durant cette crise. De la situation financière actuelle des banques, de leur profitabilité, de l’utilisation qu’elles font de leurs profits et de leurs impôts.

Il a fait une étude pour la période allant de 2004 à 2009 sur les 6 plus grandes banques canadiennes: Royale, TD, etc – qui ne les connaît pas ! – et il nous confirme  qu’elles font du fric. 46 milliards de profits en 2009.  Réjouissez-vous, nos banques se sortent bien de la crise.  Il y a longtemps – depuis 1998, au moins – que je dis qu’il faut se réjouir….

Elles s’en sortent d’autant mieux que nous avons un gouvernement prudent.  Même si les banques font plus de profit que jamais, l’État, depuis 6 mois, via le Programme d’achat des prêts hypothécaires assurés (PAPH) leur  a alloué une aide d’environ 125 milliards de dollars…   C’est 4 000 $ par Canadien, incluant les nourrissons et les grabataires…  C’est beaucoup. C’est trois fois le programme de soutien à l’économie de 40 milliards dévoilé par Ottawa lors du budget de janvier dernier.

C’est une application du principe que la meilleure aide est celle qui fera que celui qu’on aide n’aura pas besoin d’aide.   Un principe qui ne s’applique que pour les riches, bien sûr, car, pour les pauvres, il est trop tard.  De toute façon, les pauvres administrent l’argent d’une façon lamentable: dès qu’on leur en donne, ils le dépensent ! Heureusement qu’on ne leur en donne pas beaucoup, sans quoi où irions-nous !

Le professeur Lauzon parle pour rien, car il est clair que nous avons déjà trouvé la meilleure façon d’aider nos banques. D’ailleurs notre Premier Ministre lui-même nous l’a dit – en passant par le Financial Times, ce qui fait encore plus crédible – :  » Nous avons le secteur financier reposant le plus sur la libre entreprise. Nous sommes les seuls à ne pas nationaliser ou nationaliser en partie notre système financier “.

Les seuls !  Selon une étude du FMI du 18 février, le Canada serait au 3e rang mondial en % du PIB, quant au coût de l’ensemble des mesures de soutien public aux banques:  8.8%.  Devant, les États-Unis à 6.3%, où pourtant on se plaint tellement…. Dur, mais nous serons récompensés de nos efforts car il semble qu’on pourrait même acquérir quelques banques américaines: ils en ont trop. Ils en ont de moins en moins, avec les faillites, mais ils en ont encore trop. On les achète. Nous aurons des banques plus riches…

Des banquiers riches, aussi.  Les dirigeants des six (6) plus grandes banques du pays ont reçu des millions d’options d’achat d’actions à prix d’aubaine en 2009. Grâce à ces options, ils ont réalisé des bénéfices de 251 M$.   C’est là qu’on voit la sagesse de nos gouvernants. Cette performance aurait été impossible si on avait gaspillé cet argent en programmes d’aide à l’emploi.

Parler pour parler, le professeur Lauzon pérore encore plus inutilement. Il parle de NATIONALISER les banques !  Ridicule, car ce serait ILLÉGAL. La Loi (fédérale) sur les Banques prévoit que les actions des grandes banques doivent demeurer « largement reparties ».  L’État ne pourrait donc pas être propriétaire d’une banque  CQFD. Pourquoi ?   M’énervez pas avec vos questions…!

Et à Québec ?  Eh bien à Québec,  rien, parce que c’est Ottawa qui a juridiction.  Vous voyez comme c’est simple ? Alors Jacques Delorme, de la Direction des communications du Ministère des finances – cité dans le journal Métro de Jeudi 6 mai – résume tout à la perfection:  “La nationalisation  des banques  est une question tellement hypothétique. Personne n’étudie ce genre de scénario.” Ouf ! heureusement, car un enfant de 10 ans comprendrait que c’est la seule solution. Mais si on ne l’étudie pas…

Alors le Professeur Léo-Paul Lauzon parle pour rien. Parce que le système bancaire est une escroquerie institutionnalisée et que ceux qui décident de ça et du reste sont les complices de cette escroquerie. Surtout, il parle pour rien parce qu’on ne l’écoute pas… ILS sont gros, nous sommes petits…  Alors acceptons que nous sommes des cancres. Ça évitera de devoir admettre que nous sommes des lâches.

Pierre JC Allard

333. Pas d’opinions ? Ça se soigne…   10.05.17

Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, au début du XXe siècle, disait: «Les Canadiens Français n’ont pas d’opinions, ils n’ont que des émotions». Pierre Trudeau, quelques générations plus tard, parlant des Québécois et nous prêtant désormais des sentiments plutôt que des emotions, ne nous en répétait pas moins que nous n’avions pas d’opinions…  C’est sérieux, docteur ?

Pour ceux qui en sont gravement frappés – car nous ne le sommes pas tous également – ca peut l’être.  Surtout si on y croit, surtout si on reste prostré, car le manque d’opinions est une maladie de langueur… Prostré devant la TV, avec un six-pack de certitudes et un sac qui n’attend pas l’autre de pensées croustillantes sur le sport et la vie des artistes, vous n’avez plus à prendre parti; à heures fixes, le teléjournal vous nourrira de parti-pris. Peu à peu, ce qui vous serait resté d’opinions va cesser de se remettre en question et se scléroser en entêtements programmés.

Un entêtement est plus facile a gérer qu’une opinion, pour vous et pour les autres. C’est du stable, du solide, du permanent, du bon-pour-la vie. On sera content en haut lieu. Des entêtements en déséquilibre, si on les appuie habilement les uns sur les autre, permettent de bâtir des sociétés-chateaux de cartes qui se tiennent tout seul pour un temps.

Peut-on mourir d’un manque d’opinions ? On peut en mourir de vieillesse tout jeune, quand le cerveau n’a plus d’activité. On peut se momifier sans tomber de sa chaise et sans même changer de position dite sociale, si on y est bien calé par un boulot  sans histories ou un assistanat sans discussions. La mort clinique sera prononcée en temps opportun, quand on aura besoin de la chaise, mais il n’y aura plus de moment opportun où l’on aura besoin de vous. La vie ne vous dérangera plus.

C’est un choix. Un peu dommage, pourtant, car avoir des opinions peut être un plaisir. L’opinion, c’est le signet qu’on met dans le livre de la vie pour retrouver les emotions, chacune à la page où on l’a laissée. Sans opinions pour les mettre en ordre, les emotions viennent et elles passent… Est-ce que ça se soigne, le manque d’opinions ? Bien sûr… Quand on écoute… et qu’on parle.

Les opinions naissent quand on écoute. Quand on écoute le pour et le contre, la Gauche et la Droite,  ceux qui étaient là bien avant et ceux qui jurent qu’ils vont venir après. Des émotions sont là qui veulent devenir des entêtements, mais, à force d’écouter, presto, une opinion naît ! Quand une opinion est née, elle doit grandir; elle grandit quand on en parle…   Tenez, moi, à mon âge, on s’étonne parfois que je parle tant et que je veuille encore écouter. C’est que j’aime bien avoir des opinions… Et vous ?

Ce n’est pas si facile de trouver où écouter et parler. Pouvoir écouter autre chose que le gros bourdon de la pensée conforme, s’entend, pour distinguer toutes les nuances du carillon-humanité et noter parfois les dissonances.  Il y a une telle pudeur à montrer nue une jeune opinion dont personne n’a pénétré le sens ! Il y a des gens qu’on fréquente toute une vie sans jamais se permettre de leur toucher les idées.  Comment s’ouvrir à un parent, un ami, un collègue avec qui l’on partage depuis toujours une franche camaraderie de l’insignifiance imposée et lui avouer comme ça, tout de go : « tu sais, je pense… »

Alors, il y a un besoin pour une Allée au Bois virtuelle où les idées peuvent se promener et échanger des œillades ; c’est pour ça que je vous invite sur le site de CentPapiers.  Venez exprimer enfin ce que vous avez toujours voulu dire.  Allez où vous voulez et au pas qui est le vôtre ; il y aura toujours quelqu’un qui croisera votre route et dont ce sera aussi le pas.  Écoutez, puis parlez : on vous écoutera.   On proposera ou on s’opposera, mais des opinions naîtront. Les vôtres.

Ne laissez pas passer un jour sans avoir lu une ligne et commenté au moins « oui », « non » « bravo » ou « merde ». Pas un jour sans avoir opiné. C’est ainsi qu’un cerveau paralysé prend son grabat et marche…. Et vous aurez mis des opinions signets qui vous feront vibrer aux pages d’où les emotions vous sautent à la gorge.

Vous y retournerez et c’est là que vos opinions prendront un sens aussi pour les autres, car, quoi qu’en ait pensé Sir Wilfrid, les emotions sont l’oméga comme l’alpha et ce n’est pas sur ce qui vous indiffere que vous ferez la difference, mais sur ce qui vous tient aux tripes.  C’est votre emotion ET votre opinion. Partagez-la.

Quand chacun aura osé émettre une opinion et partager la petite parcelle de la vérité qui est en lui – et qui n’est à nul autre, puisque personne n’a eu le même vécu – ce sera la fin du rituel de manipulation des « sans-opinions » par les bien-pensants. Ce sera la fin du long ramadan de la noirceur conformiste. Ce sera la rupture du jeûne de la pensée… et on pourra festoyer.

Pierre JC Allard

334. Gesca et la censure anodine   10.05.31

Quand on a ces « 75 berges » dont parle Ferré et qu’on veut encore, dans un dernier droit contre la montre, mettre grato 10 heures par jour de travail pour une bonne cause, on n’a vraiment aujourd’hui que l’embarras du choix. Toute la société est à s’effondrer et on ne peut regarder nulle par sans voir une injustice, une incompétence crasse, un égoisme insolent ou un bout d’hypocrisie qui dépasse sous la cape de la « bien-pensance ». J’ai choisi de lancer un journal citoyen.

Pourquoi un journal ? Pourquoi pas un parti politique ? Parce que le Pouvoir, désormais, pourra empêcher efficacement les rassemblements de personnes et des moyens matériels qui pourraient le mettre en péril. Les dés sont irrémédiablement pipés, et se réunir en groupes ne fait que faciliter la tâche de ceux qui veulent identifier les mauvaises têtes.

Rien d’autre ne transformera plus notre société qu’une myriade d’actions individuelles, sans liens formels entre elles. Des actions qui seront rendues convergentes uniquement par leur adhésion à des principes communs … et deviendront efficaces par la seule volonté ferme de chacun de poser SEUL les gestes qui faciliteront l’atteinte des objectifs qui découlent de ces principes. Avec les contrôles que permettent les technique modernes, c’est la seule révolution qui reste aujourd’hui concevable.

Même cette révolution, cependant, n’est possible que si existe un espace où peuvent échanger leurs idées ceux qui en ont, permettant à chacun de prépaper sa propre action individuelle. C’est cette action qui sera sa contribution à une volonté commune, dont le but demeurera un non-dit et la trajectoire constamment mouvante.

Le Pouvoir ne veut évidemment pas que cet espace de communication et d’échange existe. D’où l’émergence d’un monopole de la pensée unique, composé de médias qui ne sont distincts qu’en apparence, étant de fait également asservis au Pouvoir. L’émergence, aussi, d’un subtile, mais implacable censure…

Censure ? On ne parle pas ici de la censure des attaques massives contre les droits citoyens: l’internet ne permet plus qu’on les cache ! La stratégie cynique du pouvoir est désormais de les justifier … comme l’admission candide (!) de la torture à Guantanamo en a été un bon exemple. On parle d’une censure insidieuse, quasi imperceptible des moindres déviations de la pensée correcte. On parle de la suppression, loin en amont, des idées dont on pourrait penser que le citoyen risquerait d’apprendre peu à peu à devenir plus critique… Manipuler aussi, c’est prévoir…

Vous croyez que j’exagère ? Depuis pas mal de temps, je note les commentaires que me refusent les blogues de Cyperpresse. Étonnant. On pourrait en écrire un petit livre, mais, pour les fins de cet article, j’ai fait un blitz aujourd’hui même et soumis en quelques minutes quatre (4) commentaires en rafales sur autant de fils. Des commentaires assez anodins, de droite, comme de gauche… Mais qui pourraient faire réfléchir. Trois ont été retenus, le temps que la foule des badauds soit passée… Après, ils seront enlevés, ou publiés quand plus personne ne viendra les lire… Naturellement, c’est dimanche, mais ce n’est pas si différend le lundi, le mardi…

Il est bien dangereux que le contrôle de l’opinion citoyenne au Québec soit en pratique confié au duopole Gesca-Québécor. En censurant arbitrairement des opinions qui sont tout a fait légales et correctement exprimées, ces deux géants du secteur privé assument un pouvoir exorbitant qui est contraire à la démocratie. Il faudrait qu’une Régie de l’Information sous contrôle des citoyens vienne voir ça de près.

Mais ça peut tarder… en attendant, il faut un journal citoyen. A combien de gens – qui ont tant a dire et parfois peu d’expérience pour l’exprimer – les medias refusent-ils systématiquement le micro ? C’est pour ça que j’ai choisi cette lutte. Pas une option politique, les choix restent ouverts; juste un journal – Cent Papiers – où écrire sera facile et où aucune opinion NE SERA CENSURÉE sauf si elle est explicitement prohibée par la loi.

Lire CentPapiers n’engage à rien. Ceux qui partagent un même dégoût de ce que la gouvernance actuelle est à faire de notre société peuvent venir y constater qu’ils ne sont pas seuls à s’en attrister. Ils peuvent aussi y écrire. C’est aujourd’hui un devoir du citoyen de s’exprimer. Votre devoir.

Pierre JC Allard

335. Israël et les fauteurs de paix 10.06.07

On parle parfois – discrètement –  d’une « exception ashzkénaze ». Un segment de la population juive dont l’intelligence, mesurée par les tests conventionnels, serait significativement supérieure à celle des autres groupes humains qu’on peut identifier. Pourquoi discrètement? Parce que, compte tenu de l’envie bien ancrée dans la nature humaine, se faire dire qu’on est plus doué peut être gratifiant, mais peut être tout aussi nuisible que de se faire traiter de pauvre cloche.

Personne ne se presse donc au portillon pour aller vérifier si les Ashkénazes sont vraiment si intelligents… et ça reste une légende. Ce qu’on peut vérifier sans études complexes, toutefois, c’est que ceux qui se réclament de la culture juive ont apporté à l’humanité une contribution hors de toute proportion avec leur nombre. Sans remonter bien loin, avoir Marx, Freud et Einstein dans une même cuvée en fait indéniablement un crû exceptionel par ses effets, qu’on aime ou non le communisme, la psychanalyse et la bombe atomique…

Pourquoi le souligner ? Parce qu’il est improbable que les Israéliens soient bêtes, alors que le massacre de pasagers d’un flotllle de sympathisants pro-palestinins en haute mer au large de Gaza apparaît comme une évidente bêtise. Il y a donc une incohérence à résoudre. Dans quelle problématique plus large cette opération apparemment stupide peut-elle s’inscrire qui, à défaut de la justifier, la rendrait compréhensible ? Le plus vraisemblable, c’est qu’il s’agit d’un pion avancé dans une partie qui se joue entièrement aux USA. Beaucoup veulent voir Israel comme la queue qui meut le gros molosse USA, mais cette vision repose, à mon avis, sur deux fausses prémisses.

La première, c‘est celle d’une population en Israel bénéficiant de lourds sacrifices financiers consentis par la diaspora juive américaine… La réalité, si on voit les choses plus objectivement, c’est qu’on a déplacé vers Israël une population qui y est assiégée, vivant depuis 60 ans dans l’équivalent de tranchées sur la ligne de feu. Les USA ont ancré au Moyen Orient un gros porte-avions « Israel » défendant les intérêts USA. On donne de l’argent aux Sabras, bien sûr, mais c’est peu pour les services qu’ils rendent.

Pourquoi peut-on se permettre de leur donner si peu ? Parce qu’ils sont surtout motivés par un message religieux… dont la crédibilité est celle de tout autre message religieux, c’est à dire objectivement nulle. Les Juifs déplacés vers Israel sont utilisés. Instrumentés par une légende. Il faut donc être de mauvaise foi pour s’étonner qu’il y ait tant de fanatiques en Israel. S’ils n’étaient pas fanatiques, bien peu seraient en Israel ; ils seraient à Grossinger et à Miami.

La deuxiàme fausse prémisse, c’est celle d’une diaspora juive en Amérique qui serait monolitiquement unie dans son soutien a Israel. Il n’est pas sûr du tout que Quidam Lambda de la diaspora juive aux USA soutienne vraiment Israel autant qu’on veut nous le faire croire. Ceux qui parlent au nom de cette diaspora, oui, soutiennent Israel, bien sûr, mais ils sont un establishment dont je doute fort de la ferveur religieuse. Ne joueraient-ils pas de leur judéité comme d’un atout, dans un pinochle dont les enjeux sont des contrats, de l’influence politique et du fric ?

C’est une partie qui se joue aux USA. Contrairement aux idées savamment entretenues, l’establishment juif américain est d’abord américain. Le Juif américain moyen aussi, d’ailleurs, qui est BIEN aux USA et s’y sent chez-lui. Il souhaite naturellement que l’Amérique reflète de plus en plus les valeurs juives qui sont les siennes, mais il ne voudrait sous aucun prétexte partir pour Israel ! Je parierais gros que son indéfectible soutien à Israel est d‘abord une peur terrible de la pression sociale exercée par ses élites dominantes et qu’il serait bien soulagé que la paix en Palestine vienne enlever de sa chaussure cet ennuyeux grain de sable qui ne lui rapporte RIEN.

Obama et son équipe aussi, d’ailleurs… et c’est la que ça devient intéressant. La gouvernance américaine veut la paix en Palestine. Netanyahou, non: le pouvoir en Israel repose sur la guerre. Netanyahou rue donc dans les brancards quand on parle de paix et met Obama dans l’embarras, lui faisant sérieusement perdre la face… alors que la bataille politique contre les Républicains fait rage. Exaspérant.

Pour la première fois, il y a une divergence d’intérêt sérieuse entre la Présidence démocrate aux USA … et ceux qui gouvernent en Israel et leurs alliés d’un certain grand capital. Pas question pour les Démocrates d’affronter directement le lobby juif, mais on peut saper son influence. J-STREET – dont J-Call en Europe est le reflet médiatique – sort donc tout a coup sur la scène politique américaine, comme un lapin d’un chapeau.

Qu’est-ce que J-Street ? Des fauteurs de paix. Un mouvement qui met en lumière l’opposition jusque là muette des Juifs américains pacifistes aux bellicistes du lobby juif dominant.. J –Street est là pour rallier les éléments pacifistes de la diaspora qui voudraient assumer pleinement leur américanité, sans céder plus longtemps au chantage d’une faction au sein de la communauté juive qui s’enrichit d’une guerre qui est pour l’ensemble de cette communauté totalement néfaste.

Serait-il surprenant que ce soit Obama qui ait choisi de faire financer et organiser discrètement J-Street ? Si, appuyés par le pouvoir aux USA, les pacifistes de la diaspora n’ont plus peur de se manifester et découvrent qu’ils sont une majorité, les fanatiques d’Israel, Netanyahou en tête, pourraient devoir adopter une toute autre attitude. Une attitude de paix.

Grave menace pour ceux en Israel qui ne pensent que plaies et bosses. Quoi de mieux qu’une vague d’antisémitisme pour conjurer la menace des fauteurs de paix ? Une synagogue brulée, un cimetière profané… et hop, le reflexe de peur peut jouer pour ramener le Juif américain moyen dans le giron des fauteurs de guerre.

Massacrer quelques pro-palestiniens, n’est pas cher payer pour obtenir cette réaction antisémite… Quand on voit cette dynamique, on comprend pourquoi l’antisémitisme, qui est toujours un crime, serait aussi aujourd’hui une erreur. Un dossier bien délicat à gérer pour Obama… Mais tous les espoirs sont permis.

Pierre JC Allard

336 De Merdre à Gidouille, 137 E.P 10.06.19

A moins d’une prise de conscience qu’à cette heure rien ne laisse prévoir, nous nous dirons bien demain le « 15 juin 2010 ». Nous ajouterons cette journée à la séquence de ceux d’une Ère Chrétienne qui n’est plus chrétienne que de nom…, mais ce dont la paresse nous aura dissuadés un jour de plus de prendre acte.

Dommage.. Ce serait autrement plus marrant si nous avions la lucidité et le courage de passer ce soir au calendrier des pataphysiciens. Dans le calendrier de l’Ère Pataphysique, nous sortons ce soir du mois de Merdre. Il serait juste et bon de dire haut et fort : « Jarry, nous t’avons compris ! » et de proclamer que demain sera le 1er du mois de Gidouille de l’an 137 E.P.

Ce serait un hommage bien mérité au père de la pataphysique, lequel a été le précurseur de la pensée-action dominante de notre époque : l’absurdité. Parce que Freud et Lacan, Sartre et Derrida et les autres sont bien venus pour nous expliquer qu’à défaut d’un dieu et d’une âme immortelle – ou au moins d’un projet et d’une valeur transcendantale à mettre en référence – notre vie est absurde et que le monde ne l’est pas moins… Mais ces penseurs parlaient beaucoup. Alfred Jarry, lui, c’est du solide presque taciturne. Ubu Roi, c’est l’absurde incarné dans l’action.

Rassurant. Mais il faut bien voir que le parcours chaotique de notre société, de notre civilisation et de l’Homo Sapiens lui-meme, dans son dernier happening, n’est pas une incartade, mais une conséquence inéluctable de la décision que nous avons prise de ne plus avoir d’absolu. On l’a voulu: Ubu règne…

Je viens de lire un article de Olivier Cabanel qui montre comment les grandes corporations se fichent de la vie des gens, puis un autre de Monolecte qui explique comment ceux qui ont le pouvoir pillent à quia les maigres ressources de ceux qui ne l’ont pas…

L’absurde est partout. L’absurde, c’est – quand notre société atteint l’abondance et que nos besoins matériels sont satisfaits – de ne pas produire moins ou autre chose, mais de produire plus du même, puisque c’est ainsi que s’enrichiront davantage ceux qui possèdent les équipement et qui au départ en ont tiré leur pouvoir.

L’absurde, c’est – quand les machines rendent possible de produire avec moins de travail – de ne pas choisir de travailler moins en rémunérant mieux le travail, mais d’exporter le travail là où il sera fait au plus bas prix, même si le revenu distribué ne permet plus d’acquérir ce qui a été produit.

L’absurde, c’est de créer de la monnaie en telle quantité qu’elle n’a plus de valeur, puis de refiler cette monnaie aux gens contre des biens réels, sans que l’État n’intervienne pour stopper cette arnaque, mais s’en faisant au contraire le complice. Et tout le reste à l’avenant…

Absurde. Il faut appliquer la grille d’analyse ubuesque du monde aux événements du quotidien, car, dans le foutoir où se débat aujourd’hui l’humanité, il s’agit surtout de ne respecter aucune valeur et ne pas regarder plus loin que le bout de son nez. Il n’y a pas de meilleur guide-modèle qu’Ubu pour y circuler.

Comment y arriver ? D’abord, lisez les « Textes Sacrés ». Pas nécessairement les originaux ; un bon résumé de Ubu Roi sur Wikipedia fera l’affaire. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ubu_roi / ) Ensuite, en toutes circonstances, voyez comment notre société fait toujours ce qu’aurait fait le Pere Ubu. Ça permet de prévoir…

Ubu a tous les trucs . Tenez, on n’apprécie pas assez cette volonté innovatrice de Ubu de tout laisser pour devenir « maître des phynances à Paris…  » . N’est-ce pas la situation actuelle d’un monde où ceux qui ont l’argent gardent le vrai pouvoir ? Un monde où Ubu reste roi et où les autres gouvernants sont ses vassaux ? Un monde où l’Absurde est maître…

Pour s’en sortir, il n’y a pas non plus de meilleur fil d’Ariane que de suivre Ubu. Quand il est ubuesque, le pouvoir devient prévisible : le choix que fera le pouvoir investi dans l’absurde sera toujours le plus méchant et le plus bête…On peut donc réfléchir et le piéger

A tous, un bon mois de Gidouille . Un mois de réflexion. C’est le plus long, celui qui nous mène à ce jour où l’on a pris la Bastille… On peut toujours rêver

Pierre JC Allard

337. Un bémol aux amalgames 10.06.21

Avant qu’on me le demande, je vais répondre. De quoi j’me mêle ? C’est NOTRE canot… Je suis de la petite branche cadette, dite québécoise, de la désormais-sous culture française devenue elle-même une grosse branche d’un tronc commun culturel qu’on appelle l’Occident. Ce que l’on fait en France me touche et touche aussi les Italiens, les Finlandais et les Haïtiens.

Ce qui se passe à la Goutte d’Or et au Mondial touche tous ceux qui se réclament de l’Occident. Essentiellement, tous les Chrétiens, mais surtout – nous sommes bien plus nombreux – les « Postchrétiens », les laïques qui avons mis les dogmes et tout le folklore religieux au rebut, mais avons gardé une éthique et une culture qui passent par la Grèce, le Sermon sur la Montagne, la Renaissance, les Lumières et les Droits de l’Homme.

Il y a NOUS, les Occidentaux… et d’autres qu’on devrait aimer et qu’on DOIT respecter, mais qui sont EUX. EUX, pas NOUS. Je n’ai jamais caché que je trouverais mieux pour tous que les cultures ne se mêlent pas trop. Surtout, pas trop vite. Tôt ou tard, il n’y aura sans doute qu’une seule culture syncrétique sur cette planète, mais trop vite est une recette pour des conflits.

Je ne crois pas que les Occidentaux doivent s’occuper de l’Irak ni de l’Afghanistan. Je ne crois pas non plus qu’il faille trop de Musulmans en Occident. Trop, c’est un de plus que ceux que nous avons. Ce doit être l’honneur de l’Occident de traiter avec respect tous ceux que nous avons accueillis – et souvent invités – mais il doit être clair que ce respect n’implique pas que nous changions ce que nous sommes; seulement de les laisser, à leur propre rythme, s’intégrer d’abord puis s’assimiler à notre culture occidentale, tel que nous Occidentaux voulons qu’elle soit et qu’elle évolue.

Cela dit, attention aux amalgames. La montée de l’Islamisme EST un problème. Ce n’est pas la cause DES problèmes. Rien a voir avec la crise financière, ni celle des retraites… Si l’équipe de France est lamentable au Mondial, libre aux Français – qui ne s’en privent pas – de dire que c’est la faute de l’UMP et du Président Sarkozy. Voila qui ne me regarde pas. Mais si ladite équipe de France en vient aux injures et aux coups, se scindant entre les « de souche » et les autres, voici qui me regarde. Comme la France gaullienne, face au Québec dans le Canada, s’était donnée une politique de « non ingérence, mais non indifférence ».

Voici qui me regarde, chers cousins, parce que vous êtes dans la barque Occident et nous avec vous. Si vous gérez si mal votre politique d’immigration, les droits de vos minorités et les prétentions de vos communautarismes qu’on passe du rejet au conflit ouvert, puis à l’émeute, puis a une forme de quasi guerre-civile, ce n’est pas seulement à Paris et dans les banlieues que le désordre va s’installer; c’est partout où la France sert encore de modèle.

En Europe, bien sûr, mais c’est ici aussi, au Québec, que des accommodement vont apparaitre raisonnables, qui ne le seront que dans le contexte d’un mea culpa français – occidental – à faire, pour des excès que ce n’est pas nous qui aurons commis. Vous allez faire chavirer la barque.

Je suis inquiet, pas de ses échecs, mais de l’animosité au sein d’une équipe dite « nationale », mais qui apparait multi-ethnique et factieuse. Je suis inquiet de la coïncidence de cette grève des Bleus avec l’interdiction de cet Apéro Géant de la Goutte d’Or, alors que le Président Sarkozy vient à peine de dire qu’il ne les interdira pas globalement, ce qui ajoute à la provocation d’avoir interdit précisément celui-là.

Je ne puis que penser à cette éruption de pétrole sur les côtes de la Louisiane. Croit-on vraiment qu’une interdiction de manifester mettra fin à l’éruption d’antislamisme en France ? On a dit, en d’autres temps, que le gouvernement devait être terrible, pour éviter que la population n’ait à l’être… Il faudrait peut-être, maintenant, que le gouvernement, face à l’islamisme, pose quelques gestes intelligents pour éviter que la population n’en fasse de bien stupides.

Pierre JC Allard

338. France: le passage à l’acte 10.06.28

On se plaint beaucoup au Québec, mais la situation est bien plus volatile en France.  Regardons bien ce qui s’y passe, car c’est peut-être  le modèle de ce qui va se passer chez-nous quand la situation se sera encore détériorée.

Ceux qui suivent de près les états d’âme de la population française ne peuvent qu’avoir constaté le détérioration brutale du climat politique, surtout depuis l’élimination de l’Équipe de France au Mondial.  Petite cause, grand effet, car il semble qu’en donnant à Quidam Lambda cette lourde taloche à son amour propre, on l’ait sorti de sa torpeur et qu’il ait tout à coup compris toute l’ampleur du désastre .

Il prend conscience de l’insolvabilité prochaine de la France au sein d’une Europe qui le sera aussi, d’un marché du travail qui s’effiloche dans une structure de production que le libre-échange a sabotée, d’une solidarité nationale rongée par les communautarismes et, surtout, de la trahison de ses élites qui, tous partis confondus, apparaissent toutes corrompues, sans un idéal et sans même un projet.

Quidam Lambda comprend que lui couper ses retraites et privatiser le patrimoine national  ne sont pas des gestes amicaux. Il comprend qu’on ne le gouverne plus, mais qu’on l’exploite comme un cheptel. Le mépris général de la population française pour ses élites est devenu tangible. En l’absence de médias crédibles – ils sont tous aux ordres de ces élites politiques, economiques et même culturelles qui sont devenues ses ennemies –  c’est le ton des articles sur le Net qui se durcit… et celui des commentaires de la population générale encore bien davantage.

On entend donc depuis quelques jours sur le Net français un langage subversif, insurrectionnel et qui se voudrait révolutionnaire.  Un discours qui reste encore bien velléitaire, cependant, puisqu’il n’existe pas une alternative réaliste a la gouvernance de ces élites : dans la société complexe qui s’est créée, le peuple n’a pas la compétence de proposer quoi que ce soit.

Mais le peuple ne veut plus faire aveuglément confiance à une caste élitiste qui semble s’être liguée contre lui. Il cherche une issue. Il veut manifester son mécontentement. Comment peut-on prévoir qu’il le fera ?

Le plus probable, si la révolte passe à l’acte, est que ce sera par une désobéissance civile spontanée et individuelle. Un grève générale non déclarée, sans consignes de qui que ce soit … et sans donc que quiconque puisse  être persuadé d’y mettre fin par des promesses ou des menaces.  Un nouveau Mai 1968, dont le premier n’aura alors été que la répétition générale.

Cette désobéissance qui se voudra populaire ne ciblera pas les citoyens, mais la structure de l’État et du système de production. Elle pourrait s’accompagner d’actes de sabotage.  Ainsi, le personnel du réseau de la santé ne cessera pas de traiter, mais tout le volet administratif et comptable pourra devenir inopérant. De même le système de transport en commun, où c’est la perception des titres de transport qui pourrait être seule  perturbée.

Perturbé aussi – c’est un euphémisme – le transport des marchandises dont la logistique fragile peut ne plus produire qu’un chaos indescriptible. Perturbé un systeme d’éducation où ce qui est enseigné ne correspond plus aux programmes et où personne n’échoue plus un examen… les possibilités de saboter le système sont infinies, imparables et à la portée de chaque individu mécontent.

Ceux qui profitent vraiment du système ont intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop de mécontents.  Si personne n’a autorité pour le dire formellement, mais que tout le monde sait, que ce que le peuple veut est la démission de la gouvernance actuelle – Exécutif et Législatif – et son remplacement par autre chose, ceux qui sont les véritables maïtres de la société et ne veulent pas que le peuple soit mécontent ne tarderont pas à obtenir cette démission…

Démission de la gouvernance actuelle, puis quoi ?… On pourrait penser à la mise en place, pour 6 mois ou un an, d’une structure de transition, dont l’objectif serait d’abord de redonner confiance aux Français, en créant  un consensus large et en menant une action exemplaire contre la corruption.

Cette structure pourrait aussi mettre en place des mesures d’urgence pour juguler la crise, puis proposer et faire adopter par referendum une nouvelle constitution. Son mandat s’achèverait  par  l’élection, selon les principes et procédures de cette nouvelle constitution, d’un nouveau gouvernement dont ce sont ces futures élections qui détermineraient les orientations.

Comment constituer cette structure de transition ?  Ne pouvant compter que sur les ressources politiques dont elle dispose et ayant comme premier objectif que cette structure soit consensuelle, les Français devraient exiger que se forme un gouvernement d’Union Nationale ratissant très large, de Mélenchon à Le Pen.  Il ne faut exclure personne qui accepte le principe d’une gouvernance démocratique.  On saura que Quidam Lambda est content quand les roues qui se seront arrêtées recommenceront à tourner correctement.

Le peuple peut désormais choisir cette voie proactive, parce que la complémentarité, dans une société complexe, rend tant de gens indispensables qu’on ne peut simplement pas gouverner sans un large consensus.  Si on tente d’ignorer cette exigence, toutefois, le mécontentement de la population conduira à un changement plus conventionnel : la prise du pouvoir par un homme providentiel qui, ne devant rien à personne, pourra nettoyer tout ce réseau de favoritisme et de copinage qui étouffe la France.

Le peuple n’a pas le pouvoir de le faire apparaître un tel homme, mais il a celui de l’accueillir. D’autant plus facilement que, dans une société complexe, la complémentarité fait de la démocratie le régime par défaut et que celle-ci reviendrait d’elle-même le nettoyage complété. Il va être passionnant de voir le chemin que prendra la France.

Pierre JC Allard

339. Le problème n’est pas l’âge de la retraite   10.07.05

La retraite à 67 ans ? Bien sûr, faites donc, ça presse… Autrement, que ferait-on de toute cette vie de trop… ? Je charrie un peu, mais il reste que le prolongement de la vie active est inévitable et on le sait. En France, en Allemagne… partout. Sinon, c’est la vie inactive qu’on prolonge… et ce n’est pas très motivant.

Querelle académique, de toute façon. Au Canada, il y a bien une trentaine d’années que les actuaires nous ont prévenus que ce serait dur, le début de siècle. Ces décennies d’après-guerre où l’on a fait tellement enfants – suivies de celles où l’on en a fait tellement moins – nous ont bâti une drôle de pyramides des âges. Et le secret de cette grande pyramide… c’est qu’elle n’en a pas ! Car la démographie est une science exacte: les premiers « baby boomers », nés en 1946, auront 65 ans en 2011… et ils vont se présenter au guichet.

Nous avons aujourd’hui, au Québec, quatre (4) personne au travail pour une personne à la retraite. Nous allons tendre rapidement vers une situation où il n’y en aura plus que deux (2). Ce sera dur… En France, ce n’est pas aussi grave… mais essentiellement on a le même problème. La solution démographique, c’est d’inviter plus de jeunes immigrants pour remodeler la pyramide. Disons, pudiquement, que les conséquences sociales peuvent être significatives et dérangeantes.

Y a-t-il une alternative ? Oui, refouler les pensionnés vers le marché du travail. Il n’est pas dit dans la Bible ni le Coran que la retraite est à soixante ans (soixante-cinq ans, au Canada) et, s’inspirant de la science qui a déjà prolongé la vie tout court de plus de 5 ans sans que personne ne s’insurge, on peut prolonger la vie active de 60 à 67 ans en France. C’est la bonne chose à faire.

Pourquoi, alors tant de résistance ? Parce que l’âge des retraites n’est qu’un volet d’un problème plus vaste qui est une mauvaise répartition de la richesse et du revenu et que le Capital – en parfaite connivence avec le Pouvoir – s’amuse comme un petit fou à faire déraper le débat vers la question des retraites où il a un bon argumentaire… Il en profite pour escamoter tout le dossier de la répartition de la richesse, où sa turpitude est totale !

Il ne faut pas se battre sur l’age de la retraite, c’est un mauvais combat. Il faut se battre pour l’équité dans la transition… et en profiter pour remettre les pendules à l’heure. Toutes les forces qui luttent pour la justice sociale devraient lutter POUR la retraite universelle à 67 ans…. Mais se mobiliser pour imposer quelques précautions.

D’abord, exiger le respect strict des droits acquis. Le temps de cotisation selon les normes en vigueur doit conférer le droit inaliénable de toucher la pension prévue au moment prévu. On pourra inviter bien poliment les travailleurs qui ont ces droits acquis à rester au travail – ce qui est important pour la structure fiscale – mais ce doit être sans le leur imposer et donc sans rien leur enlever des sommes qui leur sont dues. Il faut leur offrir des avantages supplémentaires pour qu’ils acceptent cette proposition.

Ensuite, pour tous ceux qui sont déjà au travail et et qui cotisent déjà, il faut recalculer les prime sur la base du temps qui leur reste à cotiser avec la nouvelle législation, de sorte que le sacrifice exigé soit équitable pour tous. Seuls les nouveaux cotisants doivent payer intégralement la prime basée sur un départ en retraite a 67 ans. Pour les autres, au prorata des temps passés et à venir, et une prime douce, peut-être négative, pour ceux en fin de carrière. Ce calcul actuariel est trivial.

Cette question actuarielle est incontournable, mais, toutefois, elle ne règle pas le débat; elle le lance, car c’est le moment de remettre les pendules à l‘heure, de deux (2) façons.

La première, c’est que oui, la durée de vie active doit augmenter, mais il ne s’agit pas de simplement ajouter des années è la vie active. Il faut structurer celle-ci autrement, pour qu’elle colle à la réalité d’un marché du travail où les travailleurs sont de moins en moins interchangeables et où des recyclages périodiques seront indispensables. Veut-on que chaque recyclage signifie chômage et assistanat ?

On ne peut pas espérer que, dans un marché du travail en constante mutation, la « main invisible » des penseurs libéraux interrompra sa délectation morose pour trouver des emplois a tous et à chacun ; il va falloir que la société s’en occupe. Posons donc l’hypothèse d’un Plan de Carrière de l’individu. Un plan s’étalant sur 50 ans, de 17 ans, quand il termine le Cycle Général d’éducation que tout citoyen devrait compléter, à 67 ans, quand il a droit à la pension des aînés.

Ce « Plan de carrière » n’aura rien de contraignant, on pourra en changer en tout temps. Ce sera plutôt une esquisse, car la réalité y apportera continuellement des changements. Mais, durant ces cinquante ans, l’individu type devrait néanmoins pouvoir imaginer sa vie en y prévoyant des périodes de travail, des périodes de formation et des périodes de loisir. Durant toutes ces périodes, il doit jouir du droit à un revenu garanti.

Un revenu qui lui sera garanti en fonction de sa « compétence reconnue », mais qui impliquera aussi un travail et une formation continue. Une formation professionnelle initiale, relativement courte, mais ensuite, tout au long de sa vie active, une formation complémentaire qui en marquera les étapes.

Le travailleur recevra d’abord des stages périodiques de mise à jour de ses connaissances qui maintiendront sa qualification de départ. Durant ces stages, il sera considéré au travail et sa rémunération demeurera inchangée. Ensuite, il aura accès aussi, pratiquement en tout temps, à des formations de perfectionnement à la mesure de son ambition comme de ses aptitudes.

Ce sont ces formations, gratuites, accessibles sur concours, qui lui permettront de poursuivre son cheminement, en améliorant ses connaissances et en accédant à d’autres paliers professionnels pour lesquels il pourra obtenir une compétence reconnue. Il pourra ainsi, au cours de sa vie, développer tout son potentiel et accéder à des tâches de plus en plus rémunératrices.

Ces périodes de formation, entrecouperont des périodes de travail dans des fonctions en constante redéfinition. Une carrière de 50 ans, avec retraite à 67 ans, soit… mais avec bien moins d’heures de travail par années et des périodes rémunérées fréquentes de formation et de loisir . Ce schéma est le seul compatible avec l’évolution technologique annoncée; celui qui, dans ce marché du travail en furieuse activité, voudrait rester immobile et ne pas changer, sentirait vite lui passer sur le corps le stampede de toute la société en mouvement.

La deuxième remise à l’heure qui doit accompagner le prolongement d ela vie active, c’est le rapport de la valeur du travail à celui du capital. Il faut que la valeur relative du travail soit largement augmentée. Le défi immédiat n’est pas de produire davantage, mais de rendre la demande effective et mieux adaptée aux besoins, pour que le peuple puisse jouir de tout ce qu’il peut produire.

On discutera de la formule, mais prévoyons que la valeur du travail, en termes réels devrait rapidement doubler. C’est ainsi que doit se terminer la crise actuelle. Cette discussion devrait être sereine, car le capital fixe est déjà sous contrôle des travailleurs et le capital monétaire ne vaut plus que ce que l’État décide qu’il vaut. Les entêtés risqueraient d’être promptement étêtés…

Pour les détails, on pourra consulter, entre autres, les articles de la section Travail du site Nouvelle Société https://nouvellesociete.wordpress.com-travail/

Pierre JC Allard

340. Le miracle de la Grande Muette   10.0.07

On a dit de l’Armée qu’elle était la « Grande Muette ».   Bravo, car en démocratie le civil prime sur le militaire.  L’Armée doit être belle et se taire. Bravo, dans une démocratie, mais le régime qui gouverne la France n’a plus rien d’une démocratie que le geste, qu’on voudrait magique, de donner un vote à l’un ou l’autre des partis.

Le « demos » ne prend pas d’autre décision que celle de choisir, entre Pierre et Paul, celui qui appliquera la seule politique possible : celle déterminée par les circonstances, dans un monde où tout se tient et où ce n’est pas la France qui tient le haut du pavé.

Le geste n’est pas magique. Le vrai pouvoir – qui est financier et qui contrôle les médias – peut biaiser l’opinion publique un peu jocrisse jusqu’à la limite du crédible, mais ce sont là « jeux de princes ». Une coquetterie. Au moment de vérité, on peut ne pas tenir compte du vote – comme cette plaisanterie de référendum pour le traité de Lisbonne – ou corrompre un à un les politiciens et les fonctionnaires, pour que ce qui soit fait soit bien ce que veut le vrai pouvoir.

Et celà, nonobstant tout ce qui aura été dit ou écrit.  La république française fonctionne maintennt à coup de buzz, d’édits et d’enveloppes kraft bourrées de billets de banque . Démocratie ?  Soyons sérieux.  Alors quand on s’inquiète que l’Armée parle…. Mais au fait, pourquoi s’inquiète-t-on ? On s’inquiète parce que l’Armée est le dernier bastion de dignité dans une France corrompue.

L’Armée n’a pas parlé. Pas encore  On s’inquiète seulement qu’un certain Général ait dit de façon bien académique – il est à l’ex – Ecole de Guerre, et c’est son rôle d’avoir des opinions en matières de stratégie  – que les Américains,  en Afghanistan, ne s’en sortaient pas très bien.   Une évidence. Mais, parce que l’information est plus libre aux USA  qu’en France,  parce que  l’opinion d’un géméral français, bien présentée dans les médias d’outre-Atlantique, peut faire des ravages dans les  manigances électorales qui en Amérique remplacent la pensée politique… il y a eu  froncements de sourcils à Washington.

Or, comme les USA sont pas mal plus près que la France du haut du pavé, une œillade mauvaise de Washington vaut cent coups de knout.  Panique donc, chez les gouvernants. De Dieu à ses saints, l’anathème se prépare et se répand.  Consistoire in pectore à  l’Élysée et Morin, peut-être jaloux de faire moins les manchettes que Woerth, annonce qu’il  va sévir. On va sanctionner le Général Desportes. Desportes ? Qui est Desportes ?

Je ne vous donnerai pas tout son profil, ni ses états de  service ; Google est la pour ça si vous êtes pressés et tous les médias qui auront lu Google vous les donneront demain, mais Général Desportes n’est pas un  pauv’ con à faire tasser. Ce qui semble TRES intéressant ici – et je ne vous dirai que ça – c’est que le Général a écrit des livres de stratégie.

Comme ce type, Charles, le grand qui a fini dans la politique, vous vous souvenez ?  Or, dans un de ses livres, le Général Desportes a écrit une de ces phrases qu’on retrouve parfois plus tard gravée dans le marbre :

 » L’armée, dernier grand corps de l’État parfaitement discipliné, autonome, polyvalent, constitue l’ultima ratio, disponible et efficace à tout moment quand bien même plus rien d’autre ne fonctionnerait. Nous devons donc nous inscrire dans une logique duale, être capable d’efficacité au service de la population et de sa défense, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos frontières. »

Souvenez-vous bien de ces paroles. Souvenez vous que je vous les ai soulignées aujourd’hui : «  au service de la population et de sa défense, tant à l’extérieur qu’à l’INTÉRIEUR de nos frontières. »  Vous avez compris ?

Souvenez-vous, maintenant, de ce que je vous dit depuis deux ans:

« Le peuple veut un conte de fées. Il veut un héros qui parte de très bas pour pouvoir monter très haut, très vite, car c’est à l’ascension du météore que la foule veut s’identifier, C’est là qu’elle trouve son plaisir (…) On a parlé de Marcel Aymé ?  Disons que le peuple cherche une « jument verte ». Ceux qui n’étonnent pas ne se rendent même pas à la ligne de départ. Si quelqu’un peut vaincre Sarkozy en 2012, ne le cherchez pas: il est trop tôt. On verra bientôt trotter sous les vivas, sur la piste Internet, Melenchon, Cohn-Bendit, Joly, tous les vieux et quelques jeunes aussi, sans doute, mais la Jument verte n’arrivera que vers la fin 2010. Elle arrivera en météore, comme Bayrou. Elle ne galopera pas avant 2011, sans quoi on s’en lasserait, comme de Bayrou… »

Ça aussi vous avez compris ?

La France veut un homme HONNÊTE.  Y a-t-il dans toute la gouvernance actuelle une personne à qui vous donneriez votre portefeuille ? Le controle de vos fonds de retraite,  un droit de regard sur votre emploi et l’éducation de vos enfants ?  Et pourtant… ILS ONT TOUT ÇA !   La question n’est plus de le leur donner, mais de le leur reprendre. Quand on regarde autour de soi, et qu’on cherche des justes pour sauver la  France, n’est-il pas raisonnable de penser que beaucoup sont dans l’Armée ?

Si quelqu’un peut reprendre pour vous les remettre votre portefeuille et le reste de vos biens et de vos valeurs des mains de ceux qui les ont et ne les lâcheront jamais, n’est-ce pas l’Armée ce  « dernier grand corps de l’État parfaitement discipliné, autonome, polyvalent, (qui) constitue l’ultima ratio, disponible et efficace à tout moment quand bien même plus rien d’autre ne fonctionnerait » ?

Il faut faire le constat lucide que plus rien d’autre  que l’Armée ne fonctionne honnêtement en France.   Il serait temps qu’un miracle arrive et que la Grande Muette parle. Coincidence cette déclaration du Général Desportes,  juste avant le 14 juillet, ou un piège tendu à une gouvernance qui n’a plus le soutien des Français ?  Pourquoi pas un piege dans un piège, une manoeuvre des USA pour démasquer ceux dans l’Armée française qui refuse d’être inféodés ?

On le saura sans doute tres vite. En sanctionnant Desportes, dont personne ne met en doute l’intégrité et l’intelligence, non plus que le patriotisme,  Sarkozy, Morin et les autres mènent à la parade un cheval de race et allument les projecteurs.  La France peut avoir trouvé sa « jument verte »…  Quand la muette parlera, on verra peut-être que c’est une bourrique, mais au premier coup d’oeil je la trouve séduisante.  Desportes en 2012 ?  Pourquoi pas Desportes tout de suite … ?

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/10/bayrou-meteores-et-juments-vertes/

Pierre JC Allard

341. Pour en finir avec Dieu… et avec l’athéisme 10.07.20

Entre gens intelligents – on ne parle pas de Grigori Perelman, juste de comprendre que oui n’est pas non, que 2 et 2 font  4  et qu’une cause a des effets – les divergences d’opinions ne peuvent être que des malentendus.

Des malentendus qui naissent de l’ignorance et qui croissent avec la mauvaise foi, la pire ignorance étant celle de ce simple constat et le pire stratagème de la mauvaise foi celui de garder l’autre dans ignorance. Ignorance de ce constat… comme de tout le reste.

Quand on diverge d’opinion, on discute, puis on s’affronte et, à la limite, on s’entretue.   Bien dommage.  Gardant hors d’état de nuire ceux pour qui 2 et 2 ne font pas 4 – ce qui est une autre histoire – on doit donc tenter de réduire I’ignorance et de démasquer la mauvaise foi. On devrait le faire pour tout, mais il faut bien commencer quelque part.  Commençons par le plus grave.  Le nec plus ultra des malentendus :  Dieu.

Il faut bien accepter l’existence, d’un « cause première », sous une forme ou une autre, et l’appeler Dieu ne devrait gêner personne  Ça commence a gêner, toutefois, quand on prête a cette cause première une liberté  et des intentions, ce qui est une évidente absurdité, puisque,  la « cause première » n’ayant par définition hors d’elle même rien qui puisse la modifier, elle ne peut qu’exprimer ce qu’elle est et ne peut donc faire des choix ni avoir des préférences.

Si on lui en prêt une liberté – équivalent de dire qu’elle pourrait être autre que ce qu’elle est ! – on derive vers la notion de « providence »  et apparait un « dieu–acteur-comme les autres » dans le jeu de l’existence.  Un dieu que son rôle rendrait responsable de tout et auquel on aurait certains reproches a faire…

De ce dieu-providence vers un dieu personnel à notre image, donc inconstant et capricieux,  il n’y a qu’un pas.  De là à penser qu’on peut se mettre bien avec ce dieu en lui offrant des cadeaux et des sacrifices et vivre ainsi plus peinard, il n’y a qu’un autre pas. Vous êtes au bord de l’abime. Un pas de plus et vous tombez en religion.  Vous vous retrouvez avec plein de mecs qui disent avoir le Big Boss a la bonne et proposent de piloter votre dossier en échange de quelques piécettes et de beaucoup de respect. Navrant.

Navrant et odieux, de sorte qu’il n’est pas surprenant, dans cette cour des miracles, que les moins jocrisses se rebiffent contre les mecs à soutanes et écuelles et les dieux a barbe, anxieux de prouver que les voies de Dieu ne sont pas insondables quand on a les reins solides. Ça fait des athées.

Mais l’athéisme peut aussi devenir un piège quand, à vouloir garder sa pureté à la cause première, on en vient à penser que n’ayant ni liberté ni intention elle n’a pas de sens.   Ce qui équivaut à nier  l’évidence que ce qui est « ici » et « maintenant »  y est bien – ou au moins la perception que nous en avons –  et qu’a défaut d’un dieu-providence a implorer, il y a au moins un dieu-cause première dont il faut comprendre la nature.

Pourquoi chercher à comprendre cette cause première  – appelez la dieu, nature ou que sais-je – puisqu’elle suit sa voie selon ce qu’elle est  et n’en changera pas ?   Parce que vous comme moi qui sommes là ne sommes pas imperturbables et que, si nous existons comme effets de cette cause, il semble bien que nous soyons dans une quête de bonheur.

C’est tout ce dont nous sommes conscients et c’est toute notre réalité. Prenons en acte. Il y a du bien pour nous dans « ce qui est ». Un potentiel de satisfaction. Que l’on dise « lois de la nature » ou « volonté de Dieu » ne change pas les cartes, mais penser « science et recherche » au lieu de « dogmes et invocations » peut changer la donne  en modifiant l’attitude.

Celui qui ne croit pas que sont sort ait été voulu peut se bâtir de ses cartes des châteaux plus beaux et plus plaisants, car il n’a plus ce sentiment d’enfant abandonné qui ne peut même pas se dire trahi sous peine de blasphème: ses rêves peuvent  échapper au leurre d’un Dieu-personne.

Il lui reste à échapper à celui de l’athéisme. Il doit AUSSI résister à la tentation de nier  qu’une cause première en mouvement tend inéluctablement vers  un « omega » qui est l’expression de son être.   Un omega qui, en étern

ité, ne peut être une fin dernière, mais est nécessairement une direction invariable.

Ne pas le nier, c’est garder un espoir…  C’est la boîte de Pandore, mais c’est échapper à l’absurde – qui est tout ce qui transparait de la trajectoire de la partie – pour entrevoir la cohérence du tout.

C’est la grâce à se souhaiter

Pierre JC Allard.

342. Christian Lemaître, Allain Jules, racisme et vérité   10.08.02

Bravo pour Lemaitre, le « diamant blanc » qui court comme un Noir… mais attention aux dérives racistes et ne disons pas de bêtises!  J’apprécie  beaucoup Allain Jules, qui dit avec intelligence bien des choses que j’aime… et même, parfois, certaines que je n’aime pas, ce qui n’a pas d’importance. Entre gens intelligents, il n’y a pas de contradictions,  il n’y a que des malentendus. Quand on est tous de bonne foi, bien sûr.

Mauvaise foi… n’éxagérons rien. Disons que Jules, dans un article sur Lemaître, part de prémisses vraies en passant par un raisonnement en clin d’oeil, pour arriver à une conclusion bien trompeuse.  Pour la bonne cause, bien sûr… mais sciemment trompeuse. Il parle de Lemaître, de  « ses genoux fixés à l’horizontale permettent à ses jambes de s’étendre… » et il en ajoute  sur la morphologie de Lemaître.  Vrai?  Je ne le sais pas, mais je le crois sans peine.

C’est quand il ajoute en passant « Qui a dit que seuls les sprinters noirs pouvaient courir vite ? » que je tique un peu. Comme si la performance de CL permettait d’en finir avec une croyance ridicule. Or ce n’est pas une croyance ridicule; c’est un fait. Je suis totalement convaincu que la morphologie de CL, comme celle des « Noirs qui courent vite » explique largement leurs succès, tout comme leur taille est une condition sine qua non des succès des champions de basketball. Dire le contraire est se moquer des gens.

Pourquoi est-on si réticent à admettre que les « Noirs » courent plus vite  que les « Blancs »  ? Parce qu’on ne veut admettre AUCUNE différence entre les haplogroupes – la nouvelle appellation correcte pour des sous-groupes ayant des similitudes génétiques – de peur d’encourager le racisme !   Accepter que la morphologie qui favorise la course à pied est plus fréquente chez des haplogroupes qui ont plus de mélanine fait frémir les bien-pensants.

Les trouble beaucoup, car est-ce qu’on ne risquerait pas d’en déduire que c’est la mélanine qui fait courir plus vite  – (même si les Pygmées ne sont pas si doués au 100 m !)  – ou d’en venir à croire que la mélanine pourrait inhiber le fonctionnement des neurones, même si Obama, quels que soient ses défauts, ne semble pas un attardé mental  ?   Danger… !

L’intention est pure, mais contreproductive, car la population est maintenant trop renseignée pour croire qu’il y a toujours une relation causale là où il y a coïncidence, mais elle l’est trop aussi pour croire n’importe quel bobard qu’on lui raconte « pour son bien ».

CL court vite, parce que sa morphologie de coureur  est à quelques écarts-types de la moyenne de son groupe et se situe même sans doute tout en haut sur l’échelle  globale des coureurs, tous haplogroupes confondus.   Quand on classe selon un facteur quelconque des individus ayant des différences entre eux,  il  y a des valeurs aberrantes.  Il serait plus raisonnable de voir si la morphologie de  Lemaître ne se rapproche pas de celle des Noirs, plutôt que de tirer de l’exception CL la conclusion probablement erronée que la moyenne des Noirs ne court pas plus vite que la moyenne des Blancs.  Tirer cette conclusion est trompeur.

Cette conclusion, d’ailleurs, n’est pas tant une manipulation, qu’un clin d’oeil à ceux qui savent, en leur enjoignant de la boucler et ne pas rire du Pere Noel devant les enfants. Les données anthropométriques des divers haplogroupes étant aujourd’hui bien faciles à connaître, n’importe quel étudiant de stats pourrait, en travail de vacances, trouver une corrélation forte entre la prévalence de certaines caractéristique morphologiques et la capacité de courir vite ou toute autre habileté physique.

Il pourrait hiérarchiser les haplogroupes et prédire avec rigueur ceux, en moyenne, où l’on court plus vite, où l’on a le plus d’endurance et où l’on saute plus haut. Il ne pourrait pas prédire les futurs  champions, puisque, pas définition, les champions sont des « valeurs aberrantes », mais il pourrait dire dans quels haplogroupes on a le plus de chances d’en trouver un. Il le pourrait sans difficulté.

Il le pourrait, mais ses travaux ne seraient pas publiés et il finirait sa carrière a mesurer les précipitation dans des seaux en bois au Tanezrouft, car nous sommes dans une société paradoxale qui a la culte des champions… mais insiste que nous sommes tous égaux. Pas seulement égaux en droits et en valeur humaines, ce qui devrait être une évidence, mais tous égaux en TOUT, ce qui est stupide.

On sait que c’est stupide – et on n’attelle pas des chihuahuas à un traineau esquimau – mais il est interdit d’en parler, tabou de mesurer les  différences et, même si le monde du sport en tire ostensiblement les conclusions, on jure la main sur le coeur que c’est une pure coïncidence s’il y a plus de Camerounais que d’Annamites dans l’équipe de France. On dit des bêtises à des gens qui ne sont plus si bêtes.

On devrait renoncer à dire des bêtises.  À défaut de s’en tenir au vrai, on devrait s’en tenir au vraisemblable.

Au lieu  de gommer les différences – ou de les occulter quand elles s’entêtent à ne pas disparaitre –  on devrait apprendre à les valoriser.   Une société complexe ne peut se réaliser que dans la complémentarité, comme c’est le « travailleur-qui-doit-décider », remplaçant les « travailleurs-outils » interchangeables de l’ère industrielle, qui été le déclencheur e l’évolution sociale postindustrielle.

Ce n’est pas en trichant et en maquillant la réalité qu’on vaincra les préjugés, mais au palier du jugement lui-même, en comprenant que, selon les critères d’une société d’interdépendance, tous acquièrent respect et pouvoir dans la mesure où ils tendent à devenir indispensables.  Or, c’est la spécificité (la différence) qui rend indispensable.

Quand on donne sa véritable primauté à l’individu sur ses appartenances, on juge chacun pour ce qu’il est. On applaudit à la différence. On est agréablement surpris que CL coure si vite, sans devoir en déduire que la morphologie du Caucasien moyen s’est miraculeusement transformée pour devenir l’égale (!) de celle des Kényans ou des Jamaïcains…

Humanité et sociétés iront plus loin plus vite, si elles acceptent la dépendance du tout envers ses parties et la nécessités que celles-ci soient différentes. Complémentaires.  On peut, hélas, instrumenter ces différences au profit de quelques-uns – tous les fascismes s’y essayent – mais ce n’est pas la complimentarité qu’il faut nier; c’est l’instrumentation du faible pas le fort qu’il faut empêcher.

Dans une société de créativité et d’initiative, cette instrumentation devient heureusement moins facile, quand  le faible acquiert la force de son utilité… et disparait quand il devient irremplaçable.  Ne nions donc pas nos différences. Le progrès vient de leur optimisation pour le bien de chacun comme de tous. Mettons-les en valeur; ce sont nos « différences » qui nous sauveront.

Pierre JC Allard

 

343. Songe d’une nuit d’été: l’Islam en Occident.   10.08.09

Mon billet d’aujourd’hui est résolument aoûtien. Pas facétieux, mais un peu provocateur. J’ai voulu laisser en suspens pour un moment l’analyse factuelle de la crise financière globale dans laquelle tous les blogueurs sont englués. Laisser en suspens l’indignation concernant les vicissitudes de la politique française, avec ses sondages et son omniprésente corruption… et aussi mon apitoiement récurrent sur la stagnation de la pensée politique au Québec. J’ai voulu plonger dans l’imagination.

Donc, il ne faut pas voir ce texte comme une prophétie – encore moins comme un voeu ! – mais simplement comme un petit scherzo onirique en mineur, dans la symphonie tragico-pathétique qui est la musique de fond de cet été. Une saison qui, pour notre civilisation, semble hélas prémonitoire d’une fin du monde…

Parlons religion-fiction. On parle beaucoup de l’Islam qui va changer l’Occident, mais que se passerait-il, si c’est l’Occident qui changeait l’Islam ? Avec la science qui n’explique pas tout et la possibilité bien réelle que tout aille de mal en pis, il n’est pas exclus que le monde se refugie dans le fondamentalisme religieux pour se lover tranquille dans un nouveau Moyen-Âge. Si l’on prend cette voie, sont-ce les preachers à l’Américaine qui prendront charge d’âmes en Occident…? Ou n’est ce pas plutôt l’Islam qui serait, même chez-nous, le bon véhicule d’un retour à la foi ? L’Islam, peut-être, s’il changeait un peu…

Qu’est-ce qui devrait changer dans l’Islam pour que l’Occident y trouve ses réponses ? A première vue, TOUT. Mais, si on y regarde de plus près, on peut voir dans l’Islam les germe de transformations qui en feraient une religion universelle au goût de l’Occident d’aujourd’hui. Des transformation guère plus radicales que celles qui ont permis jadis au judaisme de quitter ses oripeaux d’origine pour devenir christianisme.

Si on pose au depart que l’Occidental, déçu et meurtri, voudrait revenir à un monothéisme rassurant, celui de l’Islam est plus pur que celui des Juifs ou des Chrétiens. La notion fondamentale de l’Islam est celle d’un Dieu ineffable. Le reste est culturel… « acculturable » et donc négociable. Tenez, si on interprète un peu cette notion de Mahomet, « sceau des prophètes », il n’est pas difficile d’en faire le message qu’il n’y aura plus en effet de prophètes, puisque l’humanité, déjà éduquée et informée de Dieu, n’a plus qu’a obéir à sa conscience et au Livre…

Mais le Livre lui-même peut s’interpréter… Ainsi, le prosélytisme de nos jours n’a plus a être une conquête par les armes, mais peut en devenir une par la connaissance. Et toutes ces sagas guerrières du Coran, comme celles de la Bible, n’ont pas à être prises pour injonctions, ni a être acceptées plus littéralement que la création du monde en 6 jours. Elles peuvent n’être que des paraboles, des histoires dont il faut trouver le sens. Un sens qui correspond aux besoins du XXIe siècle.

Quand on VEUT interpréter, Il peut ne rester du Coran et de l’Islam que le Dieu (Allah) … et des conseils judicieux. Prenons la prière, 5 fois par jours. Pourquoi ne deviendrait-elle pas un “moment de communion” avec Dieu ? Une remise en question périodique pour ne pas laisser le passé determiner l’avenir – ce qui est la notion de karma – mais de repartir base-zéro sur ce qu’on croit la volonté de Dieu telle que le suggère la conscience ?

Une prière-méditation pour briser le karma. Pour un pardon des offenses. Pour parfois changer d’avis. Une chance de renoncer a l’entêtement… Et le front par terre ? Une simple coutume locale venue de Babylone ou de Ur et qu’on peut mettre au goût du jour. On peut communier avec Dieu debout…

Ramadan ? Un autre symbole à interpréter. Le jeûne devient la decision de se priver, pour ne pas abuser du pouvoir que l’abondance a donné a l’Homme sur la nature et que la Nature a donné au fort sur le faible. La vertu cardinale d’une société d’abondance devient alors la simplicité volontaire. L’obésité devient un péché: elle est le symptôme du déséquilibre, une manifestation visible des effets de l’avarice et de la thésaurisation.

Des impôts ? Concept dépassé: tout le monde triche. Pas d’impot, mais la confiscation progressive de l’excessif au-dela du seuil de satiété determiné par un consensus populaire. Avant ce seuil, c’est l’aumône qui exprime une volonté de partage. Celui qui ne contribue pas sa part est identifié au mepris populaire et sa fortune sera reprise à sa mort, ce qui est l’equivalent émotif déshonorant de faire payer ses dettes par ses héritiers.

Quand le prêt à intérêt est un péché, d’ailleurs, la thésaurisation a peu d’attraits et le capitalisme lui-même change de sens. La crise financière que nous connaissons est impossible, quand c’est la pensée islamique qui prévaut. Comme est impossible tout nationalisme, tout racisme, dans un monde global qui se confond avec l’Oumma, la communauté des croyants….

L’Islam en Occident. Rêve ou cauchemar? Vision paradisiaque ou dantesque ? Je n’en sais rien. Juste un songe d’une nuit d’été…. Mais on aurait tort de ne pas même penser à cette hypothèse

Bonne vacances

Pierre JC Allard

344. La Russie nous manque   10.08.24

En vedette hier, à la Une du journal citoyen CentPapiers, un article de Alexandre Latsa qui m’a touché. Une critique calme, factuelle de l’insensibilité des médias occidentaux, face à la tragédie des milliers de kilomètres carrés qui brûlent cet été en Russie. Tsunamis en Asie, séismes aux Antilles, le monde s’émeut. On a facilement une larme – et hélas, souvent rien d’autres à y ajouter que quelques bonnes paroles – pour les malheurs des pauvres, mais même cette sympathie fait cruellement défaut quand il s’agit des Russes. Insensibilité… ou pire ? Comme si on ne se résignait à ne pas avoir quelque part vers l’Oural un ennemi tout prêt pour en découdre.

Comme si pour faire profession de l’atlantisme, hors duquel la France sarkozyste n’imagine pas de salut, il était de bon ton de reprocher aux Russes leurs malheurs comme leurs succès. Et de mentir, de mentir… Pour les mensonges et les demi-vérités, voyez l’article de Latsa. Je veux parler d’autre chose.

Je veux parler de cette bonne conscience à donner la nausée, des Occidentaux qui veulent bien s’excuser d’avoir colonisé et asservi des Noir et des Bruns, des Jaunes et des Rouges chaque fois que l’histoire leur en a fourni l’occasion, mais qui prétendent encore avoir fait oeuvre pie en sabotant l’URSS, en intoxicant sa population des mensonges de Voice of America et en dévoyant ses gouvernants.

L’Amérique a gagné la guerre froide. Elle y est parvenu par la corruption et la propagande. C’était de bonne guerre – puisque toute guerre gagnée est dite bonne – mais prétendre que cette victoire en a été une du bien sur le mal ne résistera pas au jugement de l’Histoire. Il serait bon que l’Europe regarde le passé – et les Russes – avec des yeux neufs. Elle y verra peut-être son avenir.

Je connais un peu la Russie. C’est un peu pour le dire que j’ai mis cette photo,https://nouvellesociete.files.wordpress.com/2010/08/9308rusjc-21-1.jpg la première de moi, sauf en avatar sur un site. Cette photo veut dire un peu « j’y étais », mais elle est là surtout pour cette femme à mes côtés. C’est elle qui est intéressante.

Cette femme, je ne sais pas son nom, mais je sais son histoire. C’est elle, et des millions comme elle, qui n’ont pas abandonné Leningrad pour se réfugier dans quelque ville de province. C’est d’autres millions comme elle qui ont résisté dans Stalingrad. Les médailles sur sa poitrine, c’est pour ça et pour les enfants qu’elle a faits, dont les deux qui sont morts en héros en arrêtant les panzers dans la banlieue de Moscou au lieu d’aller s’installer dans une ville d’eau. C’est cette femme, pas les Tommies ni les G.I, qui nous a vraiment gagné la guerre. Cette femme nous a fait du bien. Nous lui avons fait bien du mal.

Nous devons des excuses à cette femme. Dans la Russie dite méchante et sauvage de Gagarin et du Bolshoi, elle avait une petite pension. Assez pour des choux, des betteraves et du pain noir. Elle avait un toit sur sa tête, un médecin qui la voyait pour son arthrite et ses petits enfants allaient dans une école où l’on apprenait quelque chose. Ils pouvaient rêver de devenir cosmonautes… ou académiciens. Ou simplement de vivre heureux avec un espoir que demain serait mieux Elle, elle avait eu une petite tâche : garder l’entrée d’une niche où l’on montrait à de jeunes Russes émerveillés des trésors de l’histoire de la Russie.

Puis, ON a apporté la démocratie. On les a libérés, elle et les autres. Plus de logement, plus de médecin, plus d’éducation supérieure gratuite qui vaille la peine d’en parler et une pension en roubles qui désormais ne valaient plus rien. Alors elle est revenue, à 80 ans passés, montrer ses trésors à des touristes indifférents. On a jeté à la rue les mères et les veuves des héros pour enrichir les collaborateurs des nouveaux envahisseurs…

J’ai vu la Russie des années qui ont suivi sa « libération » se désagréger. Se gangrener et se détruire aussi sûrement que si la Wermacht avait atteint la Place Rouge. C’est Poutine qui a sauvé la mise. Poutine a arrêté les collaborateurs et ralenti l’invasion des « libérateurs ». Il mérite du respect. Ce sont les médias payés pour encenser Sarkozy, l’atlantisme, la corruption institutionnalisée et le saccage de la France sociale pour maintenir un gouvernement bling bling – par et pour les copains pipoles – qui n’en méritent pas.

J’ai souvent appelé de mes vœux l’accueil de la Russie dans une Europe unie. Et quand je dis Russie, je pense aussi Ukraine et Belarus. Si la France veut des amis, elle devrait en chercher qui ont une tradition de loyauté. Aujourd’hui, il y en a plus à l’Est qu’a l’Ouest… et il y a aussi les chiffres.

Avec la Russie, l’EU quintuple sa superficie, sa population passe de 500 à 700 millions d’habitants – plus du double des USA – et son PIB tend vers 40 % du PIB mondial, en faisant de loin la première puissance commerciale et industrielle du monde. Cette Europe élargie a une parfaite autosuffisance en hydrocarbures, elle est le plus vaste réservoir de matières premières de la planète et elle a une force militaire crédible

L’Europe ainsi agrandie est autarcique. Je ne dis pas ici qu’il faudrait en fermer les frontières – c’est un autre débat – mais il n’est pas mauvais de faire le constat que ce bloc n’aurait vraiment besoin de rien ni de personne. Bon pour l’évolution et bon pour la paix , car on n’aime sincèrement que quand on aime gratuitement. Sans dépendances.

Le bloc ainsi créé ne serait pas un agglomérat disparate : il est le cœur de la civilisation occidentale. Il est au bout de la filiation « Athenes, Rome, Byzance, Renaissance, Science, Droits de l’Homme et Liberté». Il y a eu des moments noirs dans le cheminement de l’Occident, des croisades à la colonisation, mais ce qui en résulte aujourd’hui s’exprime dans une culture postchrétienne laïque qui se réclame de la tolérance et de la raison. J’en suis fier. La Russie devrait être invitée à y prendre sa place, car la Russie lui manque et l’Europe ne vivra pas son destin sans elle. Je ne crois pas au désintéressement de ceux qui jouent de la calomnie pour qu’on ne l’y invite pas.

Pierre JC Allard

345. Bastarache: le point de rupture 10.09.01

Qui aurait pensé que le Juge Bastarache passerait à l’Histoire ? Enfin, son nom, plutôt, mais qu’est-on dans l’Histoire sauf un nom !  Oświęcim serait une petite ville industrielle de Pologne sans histoires, si ce n’était  de la mauvaise réputation qu’elle traîne et qui en a fait plus qu’un détail de l’Histoire…

Important un nom. Dans un siècle, au Québec, on confondra peut-être les 2 ou 3 Johnson et même les 2 Bourassa – et qui sait, « les » Trudeau –  mais Bastarache est un nom qui ne s’oubliera pas. C’est le nom d’une rupture.

Pour ceux hors Québec, un mot d’explication. On a tiré le Juge Bastarache de sa retraite pour qu’il préside une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges, processus dont on a contesté l’intégrité.  Important, mais encore bien plus qu’on ne le pensait, car on s’aperçoit  que cette Commission arrive comme la proverbiale paille, pour craquer le dos du chameau.

Il y a longtemps que la confiance se perdait, mais c’est cette Commission en trompe l’œil qui a poussé les citoyens à faire un bilan.  75%  des Québécois ne croient plus  la parole du Premier Ministre; on croit son accusateur.  C’est un seuil dans le rejet du pouvoir. On dira désormais « Bastarache »,  pour marquer la ligne de partage des eaux de l’Histoire du Québec.

Avant, il y aura eu une population jocrisse qui croyait en tous et en n’importe quoi. Ses curés, ses élites, ses journalistes, ses  politiciens, ses syndicats, une affirmation  nationale  progressive et un enrichissement constant dans une économie prospère.

Après, la religion sera apparue une affaire d’enfants ou d’étrangers, les élites comme des intellectuels déphasés ou des bourgeois profiteurs. Les journalistes – à de rares exceptions près – auront été perçus comme les larbins des groupes de presse ou d’inoffensifs protestataires qu’on aura mis au trottoir quand ils refusaient de le faire.  Politiciens et syndicats ? Une même omniprésente corruption. Affirmation nationale ?  En veilleuse.  Enrichissement constant dans une économie prospère ?  Parlons d’autre chose…

Avant, le citoyen lambda, malgré les rumeurs qui volaient parfois de-ci de là, croyait encore qu’il existait un havre  d’honnêteté dans la structure de la société ; une justice rendue par des juges.  Il voyait les avocats comme des exploiteurs sans conscience, mais il croyait fermement qu’il y avait, dans toute cour de justice, un juge  qui agissait de bonne foi. Un homme incorruptible qui cherchait la vérité et voulait la justice. Il pensait que, même accablé par l’argent et le pouvoir, le bon droit pouvait prévaloir.  Il avait des doutes, mais il le croyait. Maintenant, il ne le croit plus.

Maintenant, le citoyen lambda a déjà porté son verdict, avec ce total désintérêt pour les procédures qui est le propre de la justice populaire : il croit que les juges sont nommés arbitrairement par le gouvernement, sur l’avis de gens peu recommandables et qu’ils jugent en fonction des intérêts de ceux qui les ont nommés ou fait nommer. Des preuves ? Le citoyen se contrefiche des preuves formelles.

Il regarde autour de lui et il voit un monde de totale injustice où règne aussi la corruption.  Il fait des liens et des rapports  entre l’injustice qui est partout  et une Justice qui ne semble plus être là.  Il ne donne pas le bénéfice du doute ; il n’a plus de doutes.  Peu lui importe que les trafics d’influence, en supposant qu’il y en ait, ne s’appliqueraient que dans des dossiers « importants ».   Il est maintenant persuadé que même « ses » petites causes à lui ne sont pas jugées impartialement elles non plus.  Il découvre que le type en robe noire qui en décide du sort est un être humain qui a des amis, des parents, des intérêts… peut-être des faiblesses.

On vient de tuer ce qui restait de confiance dans l’esprit et le cœur du monde ordinaire. En élargissant l’enquête à la période péquiste – en soi un geste équitable –  Bastarache ne dédouane pas les Libéraux ; il  fait seulement qu’après avoir dit au peuple  « je t’ai trompé », le pouvoir  – qui reste UN, dans l’esprit des gens, quelle que soit sa couleur – lui ajoutera perfidement « …et je t’ai toujours trompé ! », rendant le divorce inévitable.  Bastarache va présider à un divorce.

Quel divorce ?  Le divorce entre  la population – qui prend le nom de peuple dans les grandes occasions – et  une certaine caste dirigeante qui la contrôle, la manipule et l’exploite sous couvert d’une pseudo démocratie qui n’est qu’un leurre. La désacralisation du pouvoir judiciaire qui résulte de l’inouïe stupidité qu’est cette enquête vient compléter, dans l’esprit des gens, la fusion des trois pouvoirs de l’État dans une même turpitude.   Si notre « démocratie », demain, était attaquée, qui prendrait sa défense ?

Dommage pour Bastarache, qui n’a rien à y voir ou si peu, mais il a eu la mauvaise fortune d’être celui dont on a choisi le nom pour désigner cet événement qui marque la rupture.  Dommage.   C’est sérieux, un nom et ça dure.  Monsieur le Juge devrait peut-être en changer …  comme cette petite ville des années quarante – Osciewitz (Auschwitz) – qui n’avait pas choisi les « industries » qu’on y avait installées.

Pierre JC Allard

 

346. CentPapiers va payer ses rédacteurs   10.09.21

Je n’ai jamais caché faire partie du groupe de réflexion « Les 7 du Québec ».  En avril dernier, Les 7 du Québec ont pris charge du journal-citoyen CentPapiers, le premier et le plus important au Québec. Depuis, des changements nombreux ont été apportés à ce journal en ligne qui ne sont que le prélude de ceux plus fondamentaux qui suivront.

Pourquoi en parler ici ?  Parce que CentPapiers vient de poser un geste qui dépasse le cadre du Québec.  Un geste qui a son importance pour toute la blogosphère francophone.  CentPapiers vient d’annoncer qu’il entend désormais rémunérer tous les auteurs des textes publiés sur ses pages.  Il le fera au prorata des visites que leurs textes auront reçues, en leur distribuant 50% des revenus publicitaires que CentPapiers recueillera.

L’autre 50% ?  Ne pensez pas profits et dividendes; il servira aux opérations courantes et au maintien  comme à l’amélioration des services techniques du site.  Ceux qui s’y connaissent sauront combien ce défi est hasardeux. Pourquoi le relever ? Parce que nous, des 7 du Québec, croyons qu’il y va de l’avenir de la démocratie, rien de moins.

Pourquoi est-ce si important. Parce que nous voyons s’écrire sur le mur que l’Internet est à devenir une base d’information factuelle de plus en plus exhaustive, mais qui n’est  liée à aucune fonction d’interprétation des évènements et des faits qui reflète la multiplicité de points de vue et des intérêts de la société

L’Internet est à devenir un outil de publicité, n’ayant d’autre but que de faciliter le fonctionnement d’une société  de consommation. Un outil de publicité couplé, bien sûr, à un  autre outil, de propagande politique celui-là, pour asséner inlassablement le message que cette société de consommation et d’exploitation du cheptel que nous sommes devenus est la seule société possible.

La multiplicité des opinions et des intérêts qui constituent une société est déjà occultée par les médias traditionnels et elle le sera de plus en plus, à mesure que se poursuit leur concentration entre les mains de groupes financiers tous reliés au pouvoir. Tous partie prenante du pouvoir, même s’ils semblent s’y opposer, car c’est des tractations entre ces factions que naît le consensus qui devient la pensée unique qui nous est imposée.  Une pensée composite, inefficace pour gouverner, seule bonne à permettre l’exploitation des faibles par les forts.

Tous les médias sont toujours indissolublement liés au pouvoir qui résulte de ce consensus bâtard, puisque, dans la pseudo-démocratie que l’on a mise en place, TOUT repose sur cette manipulation constante par les médias d’un pensée populaire parfaitement malléable.  C’est là que toutes les grandes options sont édulcorées, puis ramenéee à la pensée unique dont tous les partis politiques ne seront que des copies déguisées.

Les médias sont toujours avec le pouvoir, car le vrai pouvoir, justement, n’est jamais que quiconque contrôle les médias et la Banque ! Les médias pour le gros-oeuvre des idées politiques au sens noble… puis la Banque, pour la finition, pour aplanir les aspérités au palier des individus par une corruption omniprésente et habilement utilisée.

Les médias traditionnels sont au service exclusif de « ceux d’en haut », la petite élite cooptée qui gouverne et exploite la vaste masse de ceux d’en bas.  Cette masse – la population des quidams lambda – et ce qu’on appelle parfois  le peuple, dans les grandes occasions. Le peuple est sans voix.

Parce que le peuple n’a plus la voix des médias, il ne lui reste que le journalisme-citoyen : c’est l’ultime recours que vous, moi et tous les quidams avons pour communiquer ce que nous savons et exprimer ce que nous ressentons.  C’est uniquement désormais par le journalisme-citoyen que la multiplicité des opinions de la population sera accessible.  Seule la large diffusion de toutes ces opinions permettra que les besoins et les désirs de tous soient connus et que les droits de tous soient respectés.

D’ou l’importance qu’il soit dit que tout travail mérite salaire.  C’est à cette condition que le citoyen ordinaire – et pas seulement le dilettante – prendra sa plume et viendra se mesurer aux pros des médias traditionnels: ceux qui sont si bien payés pour dire ce qu’ils disent… mais pas plus. Nous croyons que c’est la condition indispensable a une renaissance de la démocratie.

« Les 7 du Québec » sont sans but lucratif , mais se préparent donc à obtenir des fonds de leurs annonceurs pour les donner à leurs rédacteurs . Dès le 1er octobre prochain, si la technique suit, chaque auteur pourra voir sur son compte le nombre de visiteurs uniques que ses textes ont reçus.

Trimestriellement, une simple règle de trois permettra de déterminer la redevance qui reviendra à chacun, redevance égale au pourcentage du montant parfaitement transparent de nos recettes publicitaires correspondant au nombre de ses visites sur les visites totales reçues par tous les articles. Le montant dû sera viré à l’auteur, les frais de virement à sa charge,  le 30e jour du mois où il en fera la demande. Eh voila !   Venez et exprimez vous en grand nombre…

C’est important. Il est probable que vous receviez peu, mais n’est-ce pas un heureux changement, déjà, qu’on vous offre un peu d’argent pour parler, alors que le Système  vous en demande toujours tellement en vous enjoignant de ne rien dire ?

Il est improbable que cet argent que vous toucherez vous enrichisse…  Mais vous toucherez plus, quand les revenus publicitaires augmenteront; soit que le nombre des visites augmentent, soit que nous obtenions de meilleures conditions, ce qui ne sera possible que quand le nombre des visiteurs aura bien augmenté.

Venez. On ne vous enrichira pas, mais vous aurez en main la preuve tangible que ce que vous avez écrit est littéralement APPRÉCIÉ.  C’est important. Comme est important le fait que vous participiez à l’essor du journalisme-citoyen, car l’Internet est le seul outil qui nous reste pour construire une vraie démocratie et, quand on pense à la structuration du journalisme citoyen, c’est l’orientation de l’Internet même qui est en jeu.

Le journalisme-citoyen est encore un projet. Ce sera une réalité quand TOUT LE MONDE pourra écrire sans censure tout ce que la loi permet d’écrire. CentPapiers s’est engagé dans cette voie et est à se doter des outils techniques pour le faire et en gérer les difficultés.  Inscrivez vous et parlez.  L’important n’est pas votre discours, mais que vous preniez la parole.  Et les quelques écus que vous recevrez pour vous être exprimés seront le symbole de votre refus d’une société où vous devez toujours payer et vous taire

Pierre JC Allard

347. Le leurre de la démocratie   10. 10.07

On parle de tout sauf de ça, mais c’est de ça qu’il faut parler. Nous avons atteint l’abondance. La science, la technologie, l’industrie nous ont apporté l’abondance. La pauvreté que nous avons dans les pays industrialisées est un choix de la pauvreté. La misère que nous avons dans le tiers monde est un choix de la misère. C’est un choix gratuit, politique, d’abord d’inconscience, mais qui, conscientisé, devient le choix de la méchanceté.

Le choix d’une toute petite classe de dirigeants-possédants, qui a fait main basse sur le pouvoir, d’exploiter comme un cheptel le reste de la population. Elle ne l’exploite même pas pour en tirer plus; ceux de cette classe ont déjà bien plus de richesse qu’ils n’en pourraient consommer ! Ceux qui sont « en haut » exploitent ceux qui sont « en bas » pour en tirer le plaisir de les manœuvrer dans leurs jeux de pouvoirs. Rien d’autre. Les « puissants» s’amusent des faibles et des pauvres pour meubler leur désoeuvrement, dans une société qui n’a plus de valeurs, plus de principes plus de buts tangibles réels.

Ils s’amusent. Rien ne s’oppose à ce que nous doublions, triplions et plus notre production en quelques années pour satisfaire non seulement les besoins, mais la plupart des désirs de tous les habitants de cette planète. Nous avons les connaissances et les ressources pour le faire. Il suffit d’un plan, d’une formation des ressources humaines, de leur affectation à la production et à la distribution.

Facile. Techniquement facile, c’est l’humain qui fait obstacle. Il faut que le Système invente inlassablement des problèmes, des obstacles, des crises et des guerres pour nous détourner du but évident et bien accessible qui serait de réaliser et de partager l’abondance.

Le système a bien des astuces pour nous convaincre de rester pauvres pour le plaisir des riches ; mais, de toutes ces astuces, la plus importante et la plus infâme est de nous faire croire que c’est NOUS qui le voulons.  De nous persuader que c’est NOTRE libre choix de ne produire qu’une fraction de ce que nous pourrions produire et que nous sommes tous d’accord pour que seule une petite minorité de l’humanité profite de l’abondance.  C’est cette astuce, cet attrape-nigauds qu’on appelle la démocratie.

Il est urgent d’en parler, car il ne reste que cet obstacle, sur le chemin d’une  prise de conscience  qui s’impose de cette réalité que l’abondance est là et que la richesse pour tous n’est qu’un choix politique faire. La démocratie est une leurre. Il faut le voir.

Pour les détails, comme l’éducation, la santé, la justice et les autres babioles, nous avons la démocratie…. et Tarzan est heureux!    Mais pour le choix crucial qui conditionne tous les autres, celui du partage entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, le peuple ne choisit pas, le peuple ne décide pas.

Pour l’argent, la monnaie, le credit, le capital, les banques – les choses sérieuses – le peuple n’a que le choix entre bonnet blanc et blanc bonnet : celui de choisir celui ou celle qui recevra du pouvoir financier le mandat d’appliquer la politique… dont décide le pouvoir financier. La  seule politique. Non négociable. Celle par laquelle le peuple est exploité sans vergogne. Instrumenté. Bafoué.

La démocratie se confond aujourd’hui  avec le modèle corporatiste des USA, une pseudo démocratie de manipulation et de corruption.  Les arnaques alternatives des Républicains et des Démocrates – interchangeables – sont un jeu qui rappelle celui des Bleus et des Verts a Byzance.  Nous avons un fascisme collégial et une partie de go surréaliste est sans cesse en marche entre puissants qui laisse les hors-jeu sans appuis et sans espoir.

Ce modèle de démocratie a été copié dans tout l’Occident, car aucun autre ne donne tant de pouvoir à la  simple richesse.  C’est un jeu qui est d’autant plus malsain qu’il est plus « démocratique », car les luttes de pouvoir entre « ceux d’en haut »  occupent plus de place, au fur et a mesure que s’élargit la liste des joueurs… sans pourtant que jamais une vraie majorité n’y soit conviée !

Y a–t-il une chance que nous échappions à cette fausse démocratie de manipulation et de corruption ?  Peut-être… par le pire.  Car il y a une usure du pouvoir inhérente à cette pseudo démocratie, dans la mesure où les changements les plus évidents et qui rendent  tous les Tarzans heureux étant rapidement acquis, on en arrive ensuite a un inéluctable jeu de partage inégal des avantages arbitraires.

C’est quand on en arrive au partage de ces dépouilles arbitrairement distribuées  – tout ce fric qui découle de toutes ces « affaires » qui scandalisent la France  – qu’une réaction anti-démocratique revient en force, se faisant des alliés de ceux que déçoit chaque nouvelle distribution puisque celle-ci est toujours au détriment des alternatives qui auraient été possibles…

Avec les magouilles se généralise alors, au sein de la population d’en bas comme d’en haut, Le désir d’un État « non-démocratique», autoritaire, le seul qui puisse travailler pour le bien commun contre les intérêts factieux et partisans. On a alors la politique du pire.

La politique du pire, car, rejeté par cette volonté populaire, même le peu de démocratie réelle qui persistait dans l’apparence de démocratie que l’on avait  se détériore, puis cède la place à un désir d’autorité.  Une minorité plus restreinte va accéder au pouvoir. Une période malheureuse, mais il y a des degrés dans ce malheur, selon que cette toute petite minorité, étant elle même au-dessus de la mêlée – (pensez à l’ex-URSS ou à la Chine aujourd’hui) –  veut  ou ne veut pas au moins un peu le bien du peuple …

Une période difficile, mais cette autorité, plus ou moins débonnaire, va néanmoins mettre les pendules a l’heure, rétablir l’ordre et relancer la demande pour la démocratie.  Pour une meilleure démocratie, moins corrompue au moins au départ,  moins factice… Le mal de l’autoritarisme vécu, on aura peut-etre fait un pas en avant.

Nous sommes dans les derniers jours de pseudo-démocratie avant cette phase autoritaire.   On ne l’évitera pas. Il faut gérer cette situation… et penser l’avenir.

Pierre JC Allard

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/171-karcher/

348. Madame Irma, Lucien et les extralucides   10.10.16

J’ai écrit, il y a quelques années, une petite ode à la lucidité qui m’a valu à l’époque quelques critiques. Mauvais citoyen, j’étais, et cynique, avec ça, qu’on m’a dit … Pourtant, c’était le temps  où j’étais plein d’espoir. Progres. Enrichissement.  Éducation. Réconciliation nationale…  Tout commençant par la lucidité.

La lucidité était la première vertu : il vaut mieux voir les choses comme elles sont que comme elles ne sont pas, n’est-ce pas ?  Lisez mon petit billet, il était bien amusant.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/097-ombelix-au-pays-des-chimeres/

Amusant et vrai… à l’époque. Mais, manque de pot, le progrès au Québec s’est arrêté, l’enrichissement aussi. L’education est devenue un mauvaise plaisanterie et, au lieu de se réconcilier entre Québécois, on a ajouté des joueurs…. dont on ne s’accommode pas toujours.  Et la lucidité… ?  La lucidité a changé de sens, comme le mot collaboration en France, qui a ses hauts et ses bas…

La « lucidité », comme on se la souhaite maintenant, est devenue  synonyme de défaitisme et de trahison.  Une catastrophe à deux paliers. Catastrophe d’abord, parce que les lucides ont choisi de devenir extra lucides. Comme Madame Irma, la voyante, ils ne regardent plus la réalité, mais son reflet dans un boule de cristal où on ne voit que les illusions qu’on choisit d’y projeter.

Ils ne voient plus une réalité de besoins à satisfaire et de gens qui ne travaillent pas – et qu’on pourrait donc affecter a produire pour satisfaire ces  besoins – mais une extra-réalité d’occasions d’affaires et surtout de spéculation. Ils voient des chiffres dans un ordinateur, qu’on cherche prétexte à remplacer par d’autres chiffres, selon des règles et des critères dont on a convenu de façon tout arbitraire dans un monde irréel.

Car croyez vous qu’on « prévoit » les investissements de l’État, les taux d’intérêts, la croissance de l’économie, et donc le chomage et l’inflation ?  Pas du tout, on FIXE ces variables, créant une extra-réalité discrétionnaire, bâtie pour le seul profit des « gagnants ».  Les clairvoyants  ne prévoient rien; ils préviennent ceux qui doivent savoir, chacun à la hauteur de l’information dont il a besoin, afin qu’arrive sans surprise ce qui été « prévu ». On dit crise et il y a crise. On dit reprise et il y a reprise

Pour les extra-lucides n’y a plus des travailleurs, mais des bénéficiaires de conventions collectives et de programmes d’assistanat qu’il faut gérer sans trop de dégât.   Les consommateurs ont pour raison d’être de mastiquer et de faire disparaître au rythme adéquat la production nécessaire pour garantir la rentabilité du capital-fixe, celui-ci minuscule apex matériel  sur lequel repose précairement une colossale pymamide de monnaie, de crédit et de richesse imaginaire.

Les extra lucides ne voient pas des choses et leur valeur d’usages. Dans l’extra réalité, ils voient des ectoplasmes evanescents qu’ils appellent milliards ou trillions de dollars ou d’euros.  Les extra lucides ne voient plus des malades a traiter et a soigner, mais des usines de pilules et de vaccins, des brevets, des diplomes, des privilèges corporatistes à défendre.

Que les lucides ne voient plus qu’en extra-lucides est déjà une catastrohe, mais il y a pire. Au deuxième palier, dans la situation de crise récurrente d’un monde qui se casse la gueule, le bon augure est celui qui se gagne un succes d’estime en préyoyant que tout ira de mal en pis.  C’est le choix du plus probable, la prévision sure à faire  pour celui qui est payé à la prophétie réalisée.

Être lucide, c’est donc aujourd’hui, entre deux illusions, de choisir la plus perverse, la plus déprimante. Or, dans un monde de imaginaire, où faire des prophéties c’est faire aussi qu’elles se réalisent, la lucidité qui prévoit le pire est aussi la principale cause du malheur.

La lucidité, aujourd’hui, c’est de voir que la corruption est partout et qu’il ne reste pas trace dans la société d’un désir sincère et efficace de justice et de solidarité. Pas une chance raisonnable de changer les choses.  C’est la triste vérité lucide…

Il ne faut donc pas confier l’avenir du Québec à Madame Irma, à Monsieur Lucien ni à ses lucides. Ceux qui nous disent que les oiseaux ne voleront pas, leur couperont au besoin les ailes pour avoir raison.

Plutôt chercher un merveilleux toqué qui fera du déraisonnable. D’extraordinaires folies. Comme mettre tout le monde au travail.  Comme enseigner ce qui est utile. Comme soigner les malades.  Comme  nettoyer la société de ses éléments criminels. Comme réparer ce qui est brisé et mettre en place ce qui manque.  Comme  rendre les services qui doivent être rendus. Comme envoyer la facture également a tous, en proportion de leur richesse.

Vivement un toqué qui marchera sur les eaux –  parce qu’il saura où est le gué –  et  qui tranchera les nœuds gordiens… ou la gorge de ceux qui font des noeuds. Il n’y a aucune raison pour qu’ayant les ressources et le travail on ne puisse pas produire ce dont on a besoin. Aucune. Il n’y a que des « lucides » qui barrent la route.

Pierre JC Allard

349. Le scénario du pire   10.10.27

Comme tout le monde, je lis les nouvelles de France. Comme tout le monde, j’espère que quelque chose va interrompre la spirale  descendante qui semble mener à un de ces affrontements entre une population et son gouvernement dont nous parle Orwell dans 1984.

Comme beaucoup, je veux croire que  la tradition de démocratie en France va prévaloir…. Mais il serait bête de se cacher que cette « démocratie » n’est pas tout à fait celle que les Français voudraient. Quels sont les risques d’un dérapage vers la violence ? Si ce dérapage se produit, comment s’amorcerait-il ?

Le point le plus chaud ? L’approvisionnement en produits pétrolier.  Les dépôts de carburants sont certainement protégés, mais ils sont d’autant plus vulnérables que l’ennemi n’est pas à l’extérieur, mais dans les murs.  Tout sabotage serait ici un coup droit à la jugulaire du système.  La marge de sécurité est bien mince.  Il suffit d’UN SEUL SABOTEUR.  Est-on sûr que, de tous ces gens qui protestent, pas un seul ne tentera  un geste irréparable ?

Supposons un tel geste, ou pire un attentat.   Que se passerait-il si, dans le cadre d’un tel attentat, une réaction policière trop musclée faisait accidentellement une ou des victimes dans un foule de manifestants ? Comment réagiraient les syndicats ? Pourraient-ils, au point où l’on en est, calmer le jeu ?  Si la population ne suit plus les mots d’ordre, mais prend la voie de la grève perlée, du sabotage gratuit, de la désobéissance civile, Existe-t-il un pouvoir assez fort, une autorité assez crédible qui puisse la ramener à l’ordre, ou ne va-t-on pas vers un énorme Mai 68 ?

Notre société est, plus que tout, une structure infiniment complexe de production et de consommation. Elle est fragile. son équilibre est toujours précaire.  Il suffit de bien peu pour en enrayer le fonctionnement.   Il ne faut qu’un peu de mauvaise volonté pour que plus rien ne fonctionne bien et quelques gestes individuels pour qu’elle ne fonctionne plus du tout.

Nous dansons sur un fil, les yeux fermés. A peu près tout le monde a lu ou feuilleté un peu l’« Insurrection qui vient ». L’avons-nous bien compris.   Voit-on qu’un scénario d’anarchie,  plus passive qu’active, n’en est que plus imparable puisqu’il ne demande qu’à laisser faire…

Est-on prêt pour le scenario  du pire, qui est que la population, plus ou moins consciemment,  SOUHAITE que la machine s’arrête ?

Si on en arrive là, l’anarchie apparaîtra et seule l’Armée pourra prendre les choses en main.  Tout peut  alors devenir incertain, discutable, car il ne s’agit pas de mettre en cause la loyauté de l’Armée, mais de se demander  si elle doit cette loyauté à un gouvernement qui n’a plus la confiance que d’un quart de la population… et dont la légitimité repose sur un résultat électoral obtenu par des promesses qui n’ont pas été tenues.

Ne la doit-elle pas plutôt à la « Nation »,  que peuvent prétendre constituer les trois-quarts  de cette population qui ne font plus confiance à la gouvernance actuelle ?

Si l’Armée devient l’arbitre – comme elle l’a été en 1958 –  existe-t-il, dans ce qui est aujourd’hui l’opposition au régime, l’embryon d’un consensus de gouvernance consensuelle qui serait l’alternative démocratique à un simple coup d’État ?

Il semblerait important que tous ces politiciens, de gauche comme de droite, dont la crédibilité a été bien malmenée, mais qui sont néanmoins les seuls dépositaires d’un mandat populaire parcellaire, se mettent d’accord sur un plan B  qui soit, en cas de déchéance du régime, une meilleure  solution immédiate que de laisser le champ libre à l’anarchie ou à une dictature.

Peut-etre « ceux d’en haut » n’ont-ils pas compris la hargne de  « ceux d’en bas » et la menace implicite de violence qu’elle recèle.  C’est une inconscience inquiétante.  Il est bien téméraire, avec la crise financière qui s’aggrave et le discrédit du pouvoir, de ne pas prévoir une alternative  qui soit la bonne riposte au scénario du pire.  Cette riposte ne peut être légitime que si elle repose sur un large consensus.  Il faudrait construire ce consensus. Tout de suite.

Pierre JC Allard

 

350. Le Québec comme on l’aime…Hélas! 10.11.07

Après quelques bruyants défilés, les Français sont rentrés dans leurs casernes.  La Sarkosie est en paix, les scandales se font oublier, les grandes crises continuent de faire leur mise en place pour une Dernière Cène, mais qui se tiendra plus tard…  En attendant, pour le barreur, c’est « à  droite, toute ! »  Ça va et ça vient… Ca ira…

Mais ça, c’est à la française…   Au Québec il fait trop froid pour manifester, alors c’est aussi «  à droite toute ! »,  mais sans le moindre éclat.  Ce qui est normal, car le Québec n’a aucun effort à faire pour aller vers la droite, juste être lui-même et se laisser porter par une puissante vague qui enfle depuis des générations et qui ne cassera pas en déferlante, mais nous mènera à un parfaite intégration dans la société états-unienne.

Je ne suis pas étonné… j’en parle depuis des années. Quand Mario Dumont a laissé l’ADQ à elle-même, pour qu’elle entre en dormance dans la zizanie, il y a deux ans, j’ai écrit :

“ il n’y a pas que la conjoncture qui importe. Il y a la réalité sous-jacente de la structure de l’électorat québécois et de ce que veut cet électorat. Or, cette structure favorise l’ADQ. Pas tellement l’ADQ vue comme comme un chef et un programme, que le parti, quel qu’il soit, qui est là où est aujourd’hui l’ADQ dans l’éventail des options politiques qui s’offrent aux Québécois. L’ADQ incarne un centre-droit nationaliste – mais nationaliste plus de l’association que de la souveraineté – autonomiste, donc, plutôt qu’indépendantiste, traditionaliste et bien enraciné dans le pays réel.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/07/13/adequistes-surprenez-nous/

L’an dernier, quand Francois Legault a quitté le Parti Québécois, je n’ai pas été surpris; plutôt l’impression de déjà-vu qu’on a plus souvent quand on vieillit.  Il n’avait pas encore fermé la porte, que j’écrivais:

“François Legault m’apparaît aujourd’hui une tête au-dessus de tous les autres dans l’arène politique provinciale : il n’y a personne pour lui barrer la route. Pourtant, il se retire… et, dans la conjoncture actuelle, je crois qu’il a raison.” Il était si évident qu’il devenait “en réserve” .

https://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/25/francois-legault-en-reserve-de-…-on-verra-bien/

Aujourd’hui, nous y sommes.  On en est à faire  les derniers arrangements pour qu’un “Nouveau Québec” naisse qui sera exactement semblable à l’ancien.  Avec les mêmes vrais pouvoirs financiers, les même syndicats pour donner la réplique, les même intellectuels pour nous dire dans Vigile que nous voulons l’indépendqnce, les mêmes Anglophones pour nous dire que nous sommes une grande famille et de plus en plus d’immigrants qui donneront de plus en plus à Montréal cette couleur internationale apatride qui n’a vraiment d’équivalent nulle part aileurs.

Nous aurons avec Legault un Québec de droite-centre-droite. Comme toujours.  Pourquoi en serait-il autrement, puisque c’est ÇA que le Québécois veut ?   Les derniers arrangements ?  METTRE LA DROITE AU CENTRE !

Crucial, car il n’est pas politiquement porteur de se dire de Droite. Être de Droite ?  Bien sûr.  Se dire de Droite ?… Hmm pas vraiment.  Que faire ?  Déplacer des pièces sur l’échiquier. Il est bien connu que, de trois (3) propositions un peu sensées à prix différents,  le consommateur va très largement choisir celle qui est “entre les deux”.  On sait aussi que l’électeur – sauf en cas de crise grave perçue – fuit les extrêmes et vise le Centre.

Comment faire en sorte que la Droite devienne le Centre ? …. En créant quelque chose qui soit CARICATURALEMENT à Droite. Quelque chose qui ne soit pas une option sérieuse de  gouvernance – et ne puisse donc enlever des voix à un parti de droite bona fide au moment de vérité dans isoloir – mais qui prouve, par sa seule existence, que la “Droite”, celle qu’on exècre et dont on peut faire peur aux enfants, c’est  ELLE !

Elle, car si c’est elle, la Droite, la Droite n’est pas le parti que créera ou investira Legault.   Le Parti de Legault, lui, sera “centriste”, regroupeur de toutes les bonnes volontés, de gauche à droite de la bien-pensance… et c’est lui qui sera élu.  Un parti centriste qui mènera une politique de Droite… comme le veulent les Québécois.

Qui jouera le rôle de s’affubler du vocable “Droite” pour en préserver le Parti de Legault  ?    On ne peut proposer de façon crédible au Québec un parti qui soit ostensiblement fasciste ou raciste: le marché n’est pas là.  Ce qu’on peut vendre, c’est du “libertaire”. Dangereux, cependant, car l’option libertaire pourrait être assez populaire pour couper vraiment dans le vote de droite traditionnel et en priver Legault qui DOIT être plébiscité pour faire toutes ces choses désagréables qu’il devra faire.

On a donc confié le rôle de réunir en un étrange bidule – le Réseau Liberté-Québec, sous la gouverne de Joanne Marcotte – toute une mouvance de “un-peu-plus-à-droite” appâtés par l’idéal libertaire, mais  au sein de laquelle il suffira de susciter quelques extrémistes, au moment opportun, pour que l’immense majorité d’entre eux, qui sont des gens raisonnables, viennent vite se refugier  sous l’étendard de Legault. La population aura été parfaitement manipulée.

Pourquoi suis-je toujours à parler du “Parti de Legault”, sans autre précision ?  Parce que les jeux ne sont pas encore faits.  Je crois tout aussi plausible que François Legault prenne la succession de Pauline Marois au PQ, celle de Jean Charest au Parti Libéral  … ou lance un autre parti.   Je suis persuadé que des gens habiles sont présentement à comparer les mérites de ces trois (3) possibilités.

Quel que soit le résultat de cette réfléxion, il en résultera un François Legault au pouvoir, ce qui n’est pas  un mauvaix choix… Mais il dirigera un parti de droite-centre-droite.  Même programme, mêmes principes, mêmes commanditaires. Tout aura changé… pour que rien ne change.

Pierre JC Allard

351. Le scénario du mieux   10.11.15

Il y a trois semaines, j’écrivais un article – Le scénario du pire – où je disais voir des taches inquiétantes dans ma boule de cristal en ce qui concernait la France.  Des millions de personnes dans la rue avec un gouvernement au nadir de sa popularité et une crise financière en arrière-plan, ça ne me disait rien qui vaille.

Oh, tout ça était bien bon enfant, avec plein de lycéens jouant à la fronde et des leaders syndicaux occupés à modérer plus qu’à animer une foule déjà docile, mais un accident est si vite arrivé…   Un type agissant à son compte et lançant une bombe, quelques blessés  dans la  panique, un mort  pietiné pour montrer au 20 heures… et hop… !  On courtisait le scénario du pire.

Le scénario du pire : émeute, désobéissance civile générale, anarchie, l’armée qui rétablit l’ordre, un coup d’État que tout le monde soutient contre un gouvernement impopulaire… et exit la République.  Il s’en est fallu de quelques gouttes de sang qui n’ont pas coulé..

Maintenant, on va vers le scénario du mieux.  Ce qu’on appelle le mieux, c’est le meilleur pour celui qui compte les coups. Maintenant, c’est le pouvoir qui compte les coups et ça va drôlement bien.

D’abord,  les Français dans la rue se sont dispersés comme une bande de gamins mal élevés et leurs leaders naturels, ceux des syndicats et des partis d’opposition, en sont sortis discrédités.  Effet prévisible ?  Une période de paix sociale inespérée, alors qu’on attendait une protestation monstre et incessante.   Effet induit ? On pourrait voir bientôt une spectaculaire remontée de Sarkozy et de l’UMP dans les sondages !

Pourquoi ?  Parce que la France, comme la Fortune de Machiavel, adore être prise de force. Parce que ne cédant rien et ne reculant jamais,  Sarkozy est redevenu l’homme fort de 2007. Or nous sommes en crise, et on préfère avoir à l’Élysée un homme fort qu’on déteste qu’une mauviette même sympa.

Après la correction bien sentie que Nicolas a mise à la France durant cette crisette des retraites, il devrait remonter dans les sondages et passer 50% au printemps 2012. Pas encore de l’amour, non, mais du respect… Une certaine forme de respect, amoral, révérentiel.  Un peu à la Mitterand, quoi…

Seulement du respect, pour l’instant, mais l’affection n’est  jamais très loin, car le peuple est bien crédule et il aime aimer…  Qui sais si on ne pleurera pas dans les chaumières quand – pour raison de santé – Sarko  laissera la place a Fillon en 2012 comme candidat UMP.

Pourquoi la laisserait-il ? Parce qu’il y a une prime à la nouveauté et un triomphe à cueillir pour l’UMP si, les gestes désagréables étant vite posés, on prépare pour  2012 une succession-transition « à la Putin-Medvedev », avec Sarkozy  passant  la bague de parrain à Fillon, l’homme à qui on ne reproche jamais rien…  et se trouvant un fauteuil en retrait.

Sarko, pourrait s’asseoir dans un quelconque fauteuil en retrait, mais pas trop.  Il aurait toujours pas très loin le téléphone rouge mains-libres avec Fillon, le président de la continuité. Il pourrait continuer à diriger tout sans avoir à essuyer de critiques. Il serait devenu presque invisible, mais assurerait toujours l’interface avec cette équipe de milliardaires méconnus qui sont le vrai pouvoir en France. En France et partout dans les démocraties occidentales.

Je suis souvent étonné de voir comment les gens peuvent NE PAS voir les coups qui se préparent…   Comme tenez, cette rumeur Borloo.  N’est-il pas évident que l’on est a tester l’accueil que lui ferait la population ? Et n’est-il donc  pas probable que l’on prépare a l’UMP une éventuelle option « Boorloo Premier Ministre », sous une présidence Fillon ? Ca ferait une touche de fantaisie, dans une gouvernance Fillon bien austère après le bling bling Nicolas…

Vous voyez, il n’y a pas qu’un scenario du pire, il y a aussi un scénario du mieux, où chacun accepte son sort et se dit content.  Pire, mieux… l’importance, disait Gide, est dans le regard et non dans la chose regardée.  Et aujourd’hui, après quelques semaines d’incertitude, la France est lasse et regarde autrement.

Dans le Matrix politique, il semble bien aujourd’hui que ce soit la pilule bleue du contentement que la France ait entre les doigts…  À moins de graves imprévus, le Zouave restera au sec cette années.  La crue sociale centennale qu’on voyait monter cet automne viendra, inexorablement, mais ce sera pour une autre fois.

Pierre JC Allard

 

352. L’ « Effet Assange »   10.11.28

Depuis quelques mois, on parle beaucoup de Julian Assange et de Wikileaks, de millions de documents secrets, qui risquent d’être dévoilés. Pierre Haski, sur Rue 89, faisait le mois dernier un bon topo de cette situation inédite http://www.rue89.com/2010/10/24/documents-wikileaks-ces-fuites-qui-brouillent-le-jeu-mondial-173031. Ne revenons pas sur les faits, ils sont connus restons plutôt sur ce qu’ils ont d’inédit.

L’inédit, dans l’Affaire Wikileaks, c’est le stupéfiant retour du pendule qu’elle semble indiquer dans la lutte pour le pouvoir entre l’oligarchie dominante – représentée ici par l’État et les médias – et l’individu… Un individu comme vous et moi qui apparemment sort de nulle part et fait trembler tous les gouvernements.

Surprenant. Est-ce bien vrai ? L’hypothèse la plus probable demeure que Assange travaille et soit protégé par un État. ( USA, Chine, Russie… Allez savoir… ) et jouisse de ce qu’on appelait le « KGB-level protection », celle qu’on donne a Obama quand il est en public…. Incluant un mec assez motivé pour de lancer entre vous et la balle qu’on vous destine.Cela supposerait une intention politique derrière les révélations.

Moins probable, mais bien possible, serait qu’il bénéficie de cette même protection, mais payée et assurée par des privés. Soros, Gates, Mittal et bien des Chinois peuvent se l’offrir. C”est pour ça qu’il y a – relativement – peu de kidnappings à Singapore. C’est un filon à explorer, surtout qu’on sait que Monsanto vient d’acheter les ex-Blackwaters ! Le but, en ce cas, serait d’obtenir les « bonnes décisions » des gouvernements. Chantage du type garde prétorienne sur les empereurs romains. Une approche qui semble inutilement compliquée, mais on ne sait naturellement pas tout…

Si on écarte ces deux explications “raisonnables”, il reste celle d’un franc-tireur qui crée PERSONNELLEMENT un tel réseau de divulgations sous conditions suspensives enchevêtrées, qu’il peut marcher indemne au milieu des flammes. On l’a vu faire dans de petits pays pour de brèves périodes de temps et en cherchant la discrétion. Assange tenterait de le faire pour longtemps – ça reste à voir – et en misant sur la plus grande publicité possible.

On aurait alors ici le vieux truc des échanges d’otages auquel l’essor des communications donnerait tellement d’envergure et de subtilité que sa nature même en serait changée. On serait dans du nouveau. L’individu qui peut remettre le monde dans le droit chemin… ou faire chanter tout le monde…

C’est aujourd’hui 28 novembre, 22 h 30 de Paris que les révélations vont commencer… Le New York Times, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel ainsi que les quotidiens britannique Guardian, espagnol El Pais et français Le Monde, et ça pourrait durer longtemps. Évidemment, ça pourrait être aussi très court, car Assange a peut-être déjà négocié une très large part de discrétion… ou se trouvera peut-être dans la trajectoire d’une balle perdue.

Mais s’il travaille à son compte et qu’il en est là aujourd’hui, capable de faire ce qu’il est à faire, son intervention, du simple fait qu’elle ait été possible, aura marqué déjà un changement irréversible dans la société dont on ne semble pas encore mesurer toute l’importance.

Il y a au moins deux génération qu’on nous rabâche sentencieusement que l’individu est devenu sans défense devant l’État ; nous avons été bien peu nombreux à dire que cette lecture était fausse et que c’est la collectivité, dans une société complexe, qui devenait peu à peu à la merci de chacun… Assange est la preuve vivante de ce pouvoir croissant de l’individu, dont l’Internet a complété l’arsenal en lui permettant d’agir en bloc sur la collectivité comme la collectivité auparavant était seule à pouvoir agir d’un seul geste sur l’ensemble des individus.

Quelle que soit la façon tragique ou cynique dont se termine l’aventure Assange, il va falloir transformer radicalement les rapports dans la société pour tenir compte de cette montée en puissance toujours possible de l’individu.

Il va falloir parler désormais avec beaucoup plus de respect à tous les lambdas qui, quand une information leur donne un pouvoir, ne sont plus vraiment des quidams… On savait déjà que la complémentarité des compétences, faisant de chacun un élément indispensable d’un système de production intégré, rendrait tôt ou tard une vraie démocratie possible, en fait inévitable. Mais c’était un processus lent…

Quand apparaît un accès aléatoire et souvent imprévisible à l’information – et une possibilité de diffusion illimitée ! – on a une nouvelle variable dans l’équation. Un pouvoir circonstanciel peut naître inopinément partout… et un respect accru s’impose IMMÉDIATEMENT pour tous les lambdas. Au moins pour les millions dont on ignore s’ils n’ont pas un téléphone caméra dans leur poche…. L’information devient le « great equalizer ». On n’échappera pas à cet « Effet Assange » de redistribution du pouvoir dans la société par l’information.

Plus problématique, mais à ne pas écarter du revers de la main, un impact du personnage Assange lui-même sur une société en quête de modèles. Si cet homme a un MINIMUM de liberté d’action personnelle en cette affaire, il pourrait incarner parfaitement le justicier en opposition à un pouvoir corrompu. Il pourrait devenir un héros, puis rapidement un leader. Si cet homme a le caractère requis, il va inspirer de la crainte et, s’il est loyal, susciter aussi de grandes loyautés. On a donc ici les éléments pour créer un « Chef » au goût du XXIe siècle.

De là à penser qu’Assange serait l’homme pour nettoyer assez rondement le cloaque sans espoir qu’est devenu le Système actuel et sa démocratie bidon…. Je ne vois rien aujourd’hui, à la Une des journaux, qui ressemble autant à un « homme providentiel » que d’Assange. Pour le meilleur ou pour le pire. Comme tout ce que fait la Providence.

Assange est-il le précurseur d’un nouveau type d’homme de pouvoir ? S’il n’est pas tu ou tué, cette idée va inévitablement faire son chemin. On en reparlera.

Pierre JC Allard

 

353. La crise du travail… en 1 000 mots   11.01.04

Ceci est le premier d’une série de 16 articles que j’annonçais la semaine dernière et qui sera ma contribution hebdomadaire pour l’hiver.

J’ai écrit un gros bouquin sur la crise du travail, j’en parle dans quelques autres et j’ai une quarantaine d’articles sur mon site internet qui en traitent. Pourquoi un de plus ? Parce que c’est la source de tous nos problèmes, mais aussi parce que j’ai constaté que tous les débats sur le travail sont tronqués de ce qui devrait être leur indispensable préambule.

En amont de ce qui est le domaine légitime des experts en travail, il doit y avoir, comme en d’autres domaines d’expertise, un espace qui n’appartient pas aux spécialistes, mais à l’honnête homme de Pascal à qui on ne demande que de n’être pas trop bête. C’est dans cet espace qu’on pose des axiomes et qu’on définit une problématique. C’est cet espace pas très fréquenté que je veux que nous visitions, pour discuter de petites évidences et de leurs incontournables conséquences…

1. Voir, d’abord, qu’on évite les malentendus en n’appelant pas « travail » l’effort qui comporte sa propre récompense. Le travail est un effort consenti pour obtenir un résultat ; le résultat et souhaitable, le travail par définition ne l’est pas. Il doit être réduit, si possible éliminé. Est efficace ce qui y parvient.

2. Le résultat du travail, c’est de transformer ce qui est – sa nature ou ses circonstances – en ce qu’on veut qui soit ; on modifie, on déplace, on fabrique, on satisfait ainsi un désir. Si, à tort ou à raison, on le juge indispensable, on l’appelle « besoin » Aussi longtemps que tous nos désirs ne sont pas satisfaits, il est donc absurde de dire qu’on « manque de travail ».

3. Ce chômage, cette crise du travail, alors ? Il peut y avoir une crise du travail quand les facteurs de production – travail, matières premières et capital (équipement et réserves) – ne peuvent être réunis, parce qu’il n’y a pas accord sur le partage de l’éventuel production. À l’origine, le travail était surtout un apport d’énergie. Le travail étant fonction du temps et le temps de non-travail ne pouvant être thésaurisé – alors que matières et capital perdurent – le travail était en position de faiblesse pour conclure cet accord. C’est le conflit capital-travail, sur lequel beaucoup a été dit.

4. N’y revenons pas. Mais avec les machines, l’énergie est devenue une matière première, appropriable comme les autres, et l’énergie pure qu’apporte un travailleur ne vaut pas le coût de la nourriture qui le gardera vivant. Avec l’évolution technologique, le travail utile et donc devenu uniquement une séquence de microdécisions ; le travailleur apporte les connaissances pour prendre ces décisions : sa compétence.

5. Des décisions qui exigent des connaissances diverses. Il y a donc divers types de travailleurs et ils ne sont pas interchangeables. Une crise du travail différente est donc devenue possible ; on peut désormais « manquer de travail » pour certaines compétences, même si globalement on manque – et l’on manquera toujours – encore bien davantage de compétences pour certains types de travail ! C’est une nouvelle problématique.

6. La solution évidente est de créer les compétences qui nous manquent en en dotant les travailleurs dont les compétences actuelles ne correspondent pas à la demande de travail pour satisfaire nos besoins. Connaître nos besoins et les compétences requises pour les satisfaire est trivial. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour deux (2) raisons complémentaires, qui ont trait uniquement à la répartition de la richesse et du pouvoir.

7. La première est que produire pour nos besoins, donc autre chose que ce que nous produisons présentement – (supposément pour la demande effective, mais nous reviendrons ailleurs sur ce mensonge) – introduirait des distorsions dans la structure de production actuelle, au détriment évident de ceux qui en sont les propriétaires. Ils ne le veulent pas.

8. La seconde est que mettre l’accent sur la formation professionnelle modifie le rapport de force entre le travail et la capital, car chaque compétence spécifique devient de plus en plus rare, alors que la valeur du capital fixe tend, avec l’automatisation, à se confondre avec la somme de : a) la rente du propriétaire de la matière brute d’origine, et b) la valeur des apports successifs en travail qui en ont permis la production. Le pouvoir bascule ainsi du capital vers le travail. C’est la mort du capitalisme industriel.

9. Le transfert du pouvoir en production, de ceux qui ont le capital matériel vers ceux qui possèdent la compétence – laquelle au contraire du travail énergie est thésaurisable (éducation) – est inéluctable. Le processus est déjà bien en marche, mais ceux qui ont le pouvoir ne veulent surtout pas l’accélérer.

10. Cela, d’autant moins qu’on ne parle pas seulement de propriété – un raffinement légaliste, que la force pourrait contrer – mais de contrôle RÉEL. Dans un modèle où tout travail est décision, toute supervision signifie un double emploi qui diminue l’efficacité globale qui va de paire avec la complémentarité et tend à être réduite à sa plus simple expression. C’est n’est donc pas à leurs salariés, syndiqués ou non, que le capital est à céder le contrôle réel des entreprises, mais à une structure en gestation, largement informelle, de travailleurs AUTONOMES.

11. Comprenez-vous pourquoi ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir ne se hâtent pas de faire ce changement ?

12. Ne se hâtant pas de le faire, ils ont stoppé net l’enrichissement réel de la société, lequel n’aurait pu continuer que par une automation accélérée de tous les processus industriels qui pouvaient l’être et la préparation d’une main-d’œuvre adéquatement qualifiée pour les services haut de gamme en forte demande.

13. Au lieu de cette évolution naturelle, le capital en Occident s’est retiré de la production industrielle, l’exportant vers des pays de main-d’œuvre bon marché, choisissant de garder son pouvoir et son profit par : a) l’extorsion, défendue par la force, d’une rente sur les ressources naturelles – dont le pétrole est l’archétype – et b) une spéculation monétaire qui est pure arnaque, puisqu’elle repose sur une collusion avec le pouvoir politique qui en contrôle toutes les variables.

Pierre JC Allard

354. La crise de l’argent… en 1 000 mots 11.01.11

Posséder des choses et pouvoir en disposer, c’est la richesse. On peut faciliter la manipulation de cette richesse en la représentant par des symboles. Ainsi, un immeuble par son titre de propriété, ou toute richesse par « quelque chose » dont on convient qu’il en est la représentation et peut y être substitué à volonté. Si ce quelque chose peut être substitué a tout il devient une monnaie. On peut penser que cette chose a une valeur intrinsèque et elle aura bien celle que lui confèrera le consensus : l’or, par exemple. Elle peut aussi n’avoir que celle que décrète l’État, qui sera à la mesure du pouvoir de l’État de l’imposer.

Quand la richesse est représentée par une monnaie, toute l’activité économique peut se passer en monnaie et il se créée un univers monétaire qui devient in miroir de la réalité. Le problème est que ce miroir peut être déformant. À l’incertitude découlant des fluctuations de la valeur des choses selon leur utilité et leur rareté, vient donc s’en ajouter une autre qui dépend des imperfections du miroir. De la spéculation, car speculum veut dire miroir en latin…

Il y a des siècles que les plus futés ont compris qu’on pouvait dépouiller les plus jocrisses de leurs biens, en jouant sur les variations du rapport de valeur entre les choses et leurs symboles. D’abord des banquiers, puis des gouvernants et enfin aujourd’hui une gouvernance discrète de banquiers, d’autant mieux occultée que l’État se fait un point d’honneur de montrer qu’il ne touche pas à la monnaie… Depuis trois générations, on a créé de la monnaie en rendant de plus en plus « souple » le rapport du symbole à la réalité de la richesse.

La monnaie excédant la richesse réelle ne représentant rien du tout, elle a pu librement être accrue et cette monnaie excédentaire est restée entre les mains des banquiers futés, créant d’abord l’illusion qu’ils pouvaient à leur discrétion acquérir un part croissante de la richesse réelle. Puis cette illusion est devenue peu a peu une réalité. D’abord, tout ce qui pouvait produire dans la société n’a plus produit que sur des fonds en monnaie sans valeur avancés par la banque. Le taux d’intérêt, couplé à celui de l’inflation – les deux déterminés par l’État, portant le masque « marché » – étant totalement discrétionnaire, le Système prend ce qu’il veut des entrepreneurs, leur profit n’étant que ce qu’il en reste quand ils ont payé son intérêt à la banque.

L’entrepreneur est libre d’exploiter ses travailleurs et les consommateurs, mais le droit de cuisse de la banque est sacré. Contrôlant la production, les banquiers ont complété leur mainmise en introduisant le crédit à la consommation. Quidam Lambda, à son tour ne s’est vu laissé du salaire de son travail que ce qu’il en reste quand il payé ses intérêts sur ce que les banquiers lui ont prêté… après, bien sûr, avoir aussi acquitté ses obligations fiscales directes et indirectes.

Le fisc, contrairement à ce que disent les méchantes langues, ne sert pas qu’a payer des fonctionnaires et a distribuer des avantages aux copains – on pourrait plus simplement imprimer l’argent et le leur donner – il sert surtout à ÉQUILIBRER les revenus, pour que la consommation s’adapte le plus avantageusement possible à la structure production et à sa lente évolution, selon le rythme qui optimise les profits des producteurs… et le paiement sans heurts de la meilleure rente aux banquiers. Toute production et consommation contrôlées et équilibrées, nous avons ainsi le meilleur des mondes. Dans le miroir.

Dans la réalité il y a des bavures, mais n’en sont victimes que ceux qui n’ont aucun pouvoir et donc aucune importance. Tout ce qui compte se passe dans le miroir, les banquiers contrôlent l’argent et l’argent arrange tout. Si tout est si bien… pourquoi tout va-t-il si mal, même dans le miroir ? Parce que quelques super-futés ont exagéré. Des prédateurs sont apparus qui bouffent du tigre. Ils ont appris a Harvard comment agencer des miroirs pour en faire des télescopes et comment blouser même des banquiers. Ils ont créé des instruments monétaires légaux, mais si incongrus, qu’ils permettent d’assurer les pertes… et de transformer les pertes en gains. Ils savent si bien corrompre même les corrupteurs, que toute perte à leurs livres se retrouve sur les comptes publics. Ce sont les Goldman Sachs et les Stanley Morgan…

Ce qui est inquiétant, ce n’est pas ce qu’ils font – on a déjà vu des monnaies s’effondrer – et les riches ont toujours exploité les pauvres, c’est le sans-gêne non seulement tranquille, mais OSTENTATOIRE avec lequel ils le font. Il est clair que l’argent ne vaut plus rien et ne tient que par la crainte révérencielle qu’inspirent les États émetteurs, essentiellement les USA. On a mis en place un système qui sciemment n’est pas fait pour durer, mais pour s’autodétruire au moment choisi. Et on le montre assez clairement pour que tous ceux qui méritent de le savoir le voient.

Le monde est donc dans la situation de faire du négoce avec la devise d’une armée d’occupation. On sait que personne ne veut être occupant pour l’éternité : ce n’est pas la jouissance paisible, agréable dont rêve notre société hédoniste. On sait que quiconque a le pouvoir ne peut qu’avoir dans ses cartons un plan de retour vers une situation de normalité. Ce qu’on ignore, c’est si les détenteurs de biens réels seront aussi mis à contribution… et qui supportera les pertes.

Ce ne peut être les pauvres, on a déjà fait le nécessaire pour tout leur prendre et nul besoin d’un cataclysme financier pour continuer de les exploiter tant qu’on pourra. Il semble donc que, dans un grand souci d’égalité, ceux qui ont beaucoup ruineront les sans-pouvoir qui n’ont que peu et que ce seront les « petits riches » qui porteront le chapeau. Au grand plaisir des plus humbles qui, à défaut de s’enrichir, trouveront assez équitable que leur cousin cossu les ait maintenant rejoints… Si j’avais un million ou deux je m’inquiéterais…

Pierre JC Allard

355. La crise du revenu… en 1 000 mots   11.01.18

Nous appelons « revenu » ce qui, dans la société, est distribué à Quidam Lambda pour qu’en sa qualité de consommateur il ait une part de ce qu’il produit en sa qualité de travailleur. On peut lui donner sa part en fonction de sa participation à la production – on parle alors de justice commutative – ou parce qu’il est là – comme l’Éverest de Sir Edmund – et en fonction de ses seuls besoins ; on parlera alors de justice distributive. De toute façon, on parlera de « justice sociale ». Mais il y a une crise du revenu…

Nous avons vu qu’il y a une crise du travail, parce que le travail qui nous reste a faire, maintenant que machines et robots sont là, n’est plus a portée de toutes les mains ni de toutes les têtes. Plus grave encore, l’effort humain consommé cru comme énergie ne vaut plus grand chose ; il doit être apprêté à diverses sauces de compétence pour correspondre à une demande.

Simultanément, il y a une crise de l’argent, parce que, dès qu’on peut par consensus ou autorité, créer des symboles pour la valeur, celle-ci ne résulte plus essentiellement du travail qui à l’origine en était la seule source, mais de volontés arbitraires dont chacune a son agenda. Crises du travail et de l’argent se combinent pour en créer une troisième : « une crise du revenu » qu’on pourrait aussi appeler la crise de l’équité.

C’est la notion de justice sociale qui est en crise. Cette crise est venue parce que 80% des humains – au moins ! – sans aucune faute de leur part, ne sont plus « nécessaires » pour produire quoi que ce soit qui puisse être d’une quelconque utilité pour la minorité qui a les connaissances et l’accès aux machines.

Cette minorité peut produire tout ce dont elle a besoin et tout ce que consomment les autres au-delà de leurs besoins alimentaires les plus primaires : elle le fait déjà. Concrètement, cette minorité DONNE tout aux autres. Gratuitement. Elle le fait un peu parce que son héritage religieux – et une vieille habitude de solidarité du temps où tout le monde pouvait se rendre utile – l’incitent à le faire, mais aussi par simple paresse de changer les choses et parce que les « inutiles » servent de pions dans les jeux de pouvoirs auxquels s’amusent ceux qui ont tout.

Ce n’est donc plus le travail, mais l’assistanat, sous toutes ses formes, qui globalement est devenu de loin la première source de revenu. La justice commutative n’a plus de vraie place et l’effort n’est plus récompensé, la seule récompense étant celle totalement virtuelle qui découle des jeux des spéculateurs. La nature humaine étant ce qu’elle est, c’est une recette pour la décadence. On garde donc précieusement la pauvreté comme motivant, dans un monde où l’on veut cacher que l’industrialisation a apporté l’abondance.

Personne ne voulant la pauvreté pour lui, tout en voyant bien qu’elle est indispensable à un certain dynamisme social, chacun cherche à s’en débarrasser comme de la Dame de Pique en la passant à son voisin. Tous le font avec toute leur astuce, de deux façons : a) en se cherchant un niche de pseudo travail dans laquelle, ne produisant ni biens ni services utiles, ils réussiront néanmoins à convaincre quelqu’un ou l’État qu’ils méritent une rémunération, et b) en mettant à profit les subtilités de la grande arnaque monétaire pour avoir plus d’argent sans même feindre de travailler.

Tout le monde n’ayant pas la même astuce, les écarts se creusent de plus en plus entre « pauvres » et « riches ». Écarts dans le miroir monétaire – qui peuvent augmenter sans autre limite que le ridicule – et qu’il faudra bien corriger, mais qui n’ont qu’un impact indirect sur ceux qui ne sont pas occupés à spéculer… mais écarts dans l’univers des biens réels aussi, hélas. Un million d’enfants meurent chaque mois de faim et de malnutrition.

La crise du revenu, c’est ce 80% de l’humanité – dont 20 à 30% des citoyens même des pays dits développés ! – qui vivent sous le seuil d’une pauvreté relative dont la définition change selon les lieux, mais qui partout signifie « mourir de soif auprès de la fontaine », car il est évident qu’il n’y a aucune raison valable pour que cette planète ne produise pas le nécessaire – et une part raisonnable de superflu – pour tous ses habitants.

Il est essentiel qu’il reste pour chacun un désir non satisfait – y renoncer signifierait trouver un autre sens à la vie et ce n’est pas ici notre propos – mais il faut résoudre cette crise du revenu, un cercle vicieux où c’est une pauvreté voulue qui limite la demande effective pour une production, sans laquelle la demande pour le travail n’existe naturellement pas non plus… ni donc la raison de distribuer dans une logique de justice commutative le revenu qui éliminerait cette pauvreté.

Présentement, cette logique n’existant pas, l’assistanat progresse, une mansuétude qui tient au désir de garder la demande effective. C’est un financement de la consommation déguisé en crédit à fonds perdus, afin que ne perde pas toute valeur le capital investi dans la production de biens qui autrement ne trouveraient plus preneurs…

Nous avons donc aujourd’hui un échafaudage qui s’appuie sur un crédit arbitraire qui ne sera pas remboursé, en argent symbolique qui ne vaut plus rien, pour faciliter la consommation de biens largement inutiles ou superflus, pour garder leur valeur aux livres à des équipements désuets qui servent d’aval à la valeur en Bourse de sociétés dont les activités deviennent de plus en plus spéculatives. … Et pendant ce temps, « l’herbe pousse et les enfants meurent ». Il faut un travail et un revenu garanti pour tout le monde. Il faudrait que l’impose quelqu’un qui a un coeur, une tête et un fusil.

Pierre JC Allard

356. La crise de la liberté… en 1 000 mots   11.01.24

Nous faisons face aujourd’hui à une crise de liberté. « Libertaire » ou « libertarienne », simples expressions à la mode pour désigner que nous commençons à voir autrement aujourd’hui que vivre en société pose un dilemme, entre le désir d’être libre… et la solidarité qui est l’indispensable ciment qui garde ensemble les éléments d’un société et permet à celle-ci de subsister .

La liberté, c’est faire ce qu’on veut, jouer à être Dieu en n’acceptant les contraintes ni de la nature ni des autres. La liberté est fonction du pouvoir qu’on possède, puisque c’est toujours le pouvoir qui fait défaut quand on ne fait pas ce qu’on veut. Liberté et pouvoir sont les deux faces de la même médaille. Le corollaire est qu’on est dans un jeu à somme nulle et que le pouvoir des uns pose la limite de la liberté des autres.

Dans une société, bien sûr, il y a des accommodements de consensus concernant la liberté, basés sur ce qu’on dit « la justice », mais qui ne sont en fait que des habitudes : des leçons apprises, qu’au-dela d’un certains seuil, priver un individu de sa liberté suscitera une résistance qui rendra négative l’équation du plaisir à tirer en exerçant le pouvoir de le plier à sa volonté. On se dit donc tous « pour la liberté », chacun ne cherchant pas moins à augmenter son pouvoir.

La solidarité, c’est un noble sentiment altruiste, mais plongeant ses racines dans le riche engrais de l’égoïsme qui fait comprendre à quiconque n’est pas trop bête que l’on se défend mieux et qu’on produit davantage si on se partage les tâches que si on cherche à tout faire seul comme Robinson sur son île. Vivre en société, c’est faire le choix d’une certaine solidarité, ce qui n’empêche pas chacun de souhaiter prendre plus du tronc commun et y mettre moins… , mais sans remettre en cause le choix essentiel de vivre ensemble.

Une société a le choix de mettre plus ou moins en commun, mais elle n’a pas celui de faire abstraction du dilemme entre liberté et solidarité. Ce qu’elle met en commun signifie NÉCESSAIREMENT qu’est réduit d’autant l’espace où l’individu est parfaitement libre de ses décisions et de ses gestes. Inversement, l’individu ne peut affirmer sa liberté qu’en s’affranchissant de certaines contraintes de la solidarité, perdant alors certains avantages liés à la division du travail et la sécurité qui va de paire avec un étalement des risques.

Il faut établir un point d’équilibre entre liberté et solidarité. Une société industrielle en gestation puis en accomplissement exigeait une exemplaire solidarité. Dans le sens, d’abord, que les rouages d’un machine exigent l’obéissance à un plan, dans celui aussi que les valeurs aberrantes tendent à revenir vers la moyenne et, quand elles ne le font pas assez vite, doivent y être ramenées par des mesures d’exception, dans celui enfin, où une dichotomie esprit/matière brutale peut ne voir l’action sur cette dernière qu’en termes collectifs (solidarité), la liberté se retranchant dans la chasse gardée de la pensée pure, inaccessible et sans compromission imposée.

Une société de production tertiaire change tout. Elle réduit l’interchangeabilité entre ses éléments, rend le quantitatif trivial au profit du qualitatif et fait de la motivation le premier facteur de productivité. Le principal avantage de vivre en société étant la division du travail, celui-ci devient paradoxalement efficace uniquement dans la mesure où une grande liberté en devient une composante !

Le pendule qui oscille entre le libertaire et le solidaire est projeté aujourd’hui avec force vers le pôle « liberté », au point qu’on en vient à oublier que sans solidarité – et le sacrifice d’une partie de cette liberté – toute société est rigoureusement impossible. Ce qui est nouveau, aujourd’hui, c’est que le sacrifice d’une partie de la liberté doit être LIBREMENT consenti, car il est devenu inefficace de même songer à l’imposer. Comme il est devenu inefficace tôt dans l’histoire de traiter en esclave son médecin, sa courtisane ou le précepteur de ses enfants… on en perd alors le meilleur. Aujourd’hui, la liberté devient essentielle à TOUTES les variables où la solidarité est nécessaire.

Il est donc ubuesque de penser qu’on améliorera l’éducation en augmentant de quelques heures la charge de travail des enseignants, la santé en encadrant plus minutieusement les interventions médicales ou l’administration de l’État en ajoutant des fonctionnaires. La solution à la crise de la liberté passe par la compréhension que la solidarité ne peut plus exister dorénavant que si elle est DÉSIRÉE.

Comment obtenir ce résultat ? En faisant d’abord le choix, au palier du système de production, de substituer une structure d’entrepreneuriat à celle contreproductive basée aujourd’hui sur le salariat et un volet envahissant d’assistanat. Comment l’intervention de l’État en production ? En appliquant la règle pragmatique de produire les biens et d’offrir les services en mode collectif quand il est plus efficace de le faire de cette façon, mais s’en remettant à l’entreprise privée quand la motivation des intervenants est le facteur premier à considérer, ou quand des hypothèses diverses doivent être évaluées et comparées au vu de leurs résultats.

Etonnamment, la place qu’on doit laisser à l’interprétation dans le calcul de ce qui est plus ou moins efficace est bien mince. Appliquer dans chaque domaine cette règle de l’efficacité comparée du collectif (public) et du privé pourrait avoir la rigueur d’une loi mathématique, si le débat n’était pas faussé par ceux qui veulent s’en faire du capital politique. La crise libertaire/libertarienne est avant tout l’invention d’un nouveau clivage qu’on cherche à créer, pour remplacer celui Droite-Gauche qui ne fait plus descendre dans la rue que des nostalgiques, des fauteurs de trouble et des gamins.

La crise de la liberté – ou de la relation individu-État – n’est PAS le débat entre la Droite et la Gauche, lequel est terminé. L’injustice du système est connue, on connait aussi les coupables, le capitalisme est mort. il ne reste que des têtes à trancher et à mettre au bout d’une pique. L’équilibre liberté-solidarité est tout autre chose.

Pierre JC Allard

357. La crise de la sécurité publique… en 1 000 mots   11.01.31

La première demande de l’individu en société est qu’on assure sa sécurité. Ce n’est pas d’hier, mais depuis toujours. On aurait dû apprendre à le faire. En fait, on l’a appris. Il y a des havres dans le monde, surtout en zone urbaine en Occident, où la sécurité est suffisante pour que l’on puisse marcher sur le trottoir en pensant à autre chose, ce qui n’a pas été le cas durant la plus grande partie de l’Histoire… Tout va bien. Où est la crise ? Elle est triple.

D’abord, on parle de havres. Le monde presque partout est encore une mer furieuse dont la violence n’est pas disparue. La crise, cependant, ce n’est pas qu’il faille se garder des brigands quand on traverse le Tanezrouft et des pirates quand on vogue sur la mer de Sulu ; c’est que les havres de sécurité dans le monde se font plus rares…

Il y a 50 ans, j’ai fait Paris-Delhi seul, par voie terrestre, sans arme et sans graves ennuis. Pratiquement sans risques. Toutes les frontières – Pakistan, Afghanistan, Iran, Irak, Syrie, Turquie et ce qui était la Yougoslavie se traversaient avec un passeport et/ou un petit cadeau. Le même périple aujourd’hui, exigerait une division blindée et un soutien aérien… On pouvait aussi faire l’Afrique à peu près partout il y a à peine 30 ans. Je ne suis plus volontaire.

Les havres se rétrécissent aussi sous nos yeux. Bien des villes sont maintenant entourées d’une zone de non-droit où il vaut mieux connaître le chef du gang local. D’autres, surtout aux USA, mais aussi dans le tiers-monde, sont devenues des beignes, avec au centre un trou dans la sécurité qu’on ne visite qu’à grand péril. Il faut mettre combien de baffes à une civilisation pour qu’elle comprenne qu’elle est en décadence ?

Deuxième aspect de la crise. De nouveaux dangers : les gangs, mais surtout l’individu. La bombe atomique chez les Russes, c’était le bon temps. Le plus grave problème n’est plus au niveau des États ; la technologie met maintenant un terrifiant pouvoir de nuire entre les mains non seulement de petits pays, mais de petits groupes et même des individus ! Je ne décrirai pas ces façons de nuire ou même de détruire un société, mais quiconque veut le faire y pensera tout seul.

Le plus grave problème n’est pas tabt le révolutionnaire – il est visible et prévisible – que le pur cinglé. On disait, il y a quelques années, qu’une personne sur seize aux USA aurait dans sa vie au moins un épisode de désordre mental qui justifierait son institutionnalisation au moins temporaire…. Comment une société peut-elle se protéger contre 20 millions d’individus qui pourraient sans prévenir vous tirer dessus dans une école ou un centre d’achat ? Ou vous trancher la gorge dans le métro…

Troisième volet, le plus grave, une confusion des valeurs qui fait qu’on ne sait plus avec certitude ce qui est bien ou mal, ni donc qui est avec qui et contre quoi. L’injustice dans notre société nous donne à tous mauvaise conscience et l’on ne sait plus trop parfois s’il faut donner un croc-en-jambe au voleur qui fuit ou au gendarme qui le pourchasse. Quand un jeune Catalan fraude quelques banques de centaines de milliers d’euros, le clame partout et utilise l’argent pour financer Podem, un mouvement de contestation sociale, bien peu de gens que je connais en ont éprouvé une grande indignation.

Un escroc sans scrupules au Québec a ruiné des centaines de victimes à revenus modestes en leur prenant pour cent millions de dollars des épargnes de toute leur vie. Si l’une de ses victimes l’abattait froidement, à sa sortie de prison où il passera quelques mois, je continuerais, bien sûr, de défendre le principe qu’il ne faut pas se faire justice soi-même, mais est-ce qu’on pleurerait beaucoup dans les chaumières ?

Comment assurer la sécurité publique, si le citoyen ordinaire n’est pas INCONDITIONNELLEMENT du côté de l’ordre ? Combien de gens en France, au cours des récentes protestations contre la modification du système des retraites, souhaitaient qu’on mette les grévistes au pas… et combien regrettaient plutôt que la protestation ne soit pas plus musclée ?

On ne respecte plus l’ordre établi ; comment respecter un système qui permet les inégalités que nous voyons et dont la priorité est l’éradication du pavot plutôt que celle de la prostitution des enfants ? Les héros que la télévision nous montre faisant respecter la vraie justice sont souvent peints agissant hors des cadres du système ou même de la loi.

Las sécurité est aussi en crise parce que le système actuel, conscient de ses inégalités, voit souvent le citoyen non pas comme celui que la police devrait protéger, mais comme un contestataire et donc un fauteur de trouble en puissance. Le citoyen lui rend bien ce manque de confiance et de soutien…

La solution n’est donc pas de mettre en place une force policière plus puissante ; ce serait de pouvoir compter sur l’appui omniprésent et sans réticence de la population pour prêter main-forte aux forces de l’ordre. Au palier de la vigilance, de la dénonciation des crimes, au besoin d’une intervention ponctuelle pour les prévenir.

Cet appui de la population n’est possible que si celle-ci est intimement convaincue que la loi est juste, percevant les forces de l’ordre comme une émanation d’elle-même appliquant une morale et de principes qui sont les siens, non pas comme un corps étranger de mercenaires à la solde d’une minorité et en protégeant les seuls intérêts.

C’est cette perception ce qui fait toute la différence entre un recrutement fascisant de la population pour qu’elle soutienne des mesures d’oppression et une conscription volontaire des citoyens pour défendre l’ordre contre le crime. C’est cette identification du citoyen à une police qui est à son service et non l’inverse, qui est la seule solution a une vulnérabilité telle de la société au crime que les mesures nécessaires pour s’en protéger rendraient notre liberté illusoire.

Pierre JC Allard.

358. La crise de la politique… en 1 000 mots   11.02.07

On ne parle pas ici d’une crise politique dans le sens d’un choix critique à faire entre Pierre et Paul, entre Libéral et Conservateur, entre Démocrate et Républicain ou entre un programme de gauche et un programme de droite, mais d’une crise de la politique elle-même. Une remise en question, non pas tant des procédures pour déterminer qui exerce le pouvoir – même si elles ont leur importance – que de la façon dont la gouvernance se définit, de ses limites et de ses modalités d’exercice.

En apparence, il semble y avoir un consensus. Qui vous a dit du bien, récemment, du fascisme, du stalinisme, du despotisme éclairé, de la monarchie absolue ou que quelque forme de gouvernance autre que la démocratie ? La DÉMOCRATIE occupe seule tout l’espace correct du débat politique. Tout le monde ou presque est convaincu des mérites de la démocratie. On est pour la démocratie ou l’on est un monstre.

Au point où même ceux pour qui se dire démocrates exige de sérieux accommodements avec la logique – comme les amoureux de la charia islamique ou les nostalgiques de la dictature du prolétariat – par exemple, cherchent souvent à se dire démocrates quant même ! Il y a un consensus en faveur de la démocratie. Évidemment, le consensus s’arrête là. Parce que, lorsqu’on a dit  » démocratie  » et qu’on a applaudi, le consensus se brise.

Il éclate dès qu’on tente de répondre à quelques questions pourtant simples, mais bien embêtantes, comme  » Qu’est-ce que la démocratie ? « ,  » Quel type de démocratie ?  » , » Quelles sont les conditions minimales pour qu’on soit bien dans un régime démocratique ?  » etc. etc… Ces questions agacent, parce qu’elles nous confrontent à cette réalité choquante que si l’idéal démocratique comme concept règne sans rival sur les coeurs et les esprits, celle-ci ne règne en fait nulle part ailleurs. La démocratie est un projet de société qui reste à bâtir.

D’abord, elle n’existe pas. Peut-on parler de démocratie, quand certaines options de gouvernance disposent, pour se faire connaître et vanter leurs mérites, de moyens financiers qui sont 100 fois ceux de leurs concurrents et que l’accès de ceux-ci aux médias est, avec les premiers, dans le rapport du zéro à l’infini ? Les conditions matérielles pour un choix démocratique n’existent pas. Triste, mais ce n’est que le moindre des problèmes de la démocratie…

Supposons une information parfaite, accessible à tous. Peut-on honnêtement prétendre que tous les citoyens, adéquatement formés par et dans un système d’éducation dont la sagesse ni la compétence ne suscitent le moindre doute, ont le bagage de connaissances générales, la culture et l’éducation pour accueillir cette information et la comprendre ?

Supposons même que les connaissances générales de tous soient de même niveau, peut-on poser comme axiome que nous, les enfants chéris du bon Dieu, avons tous une même aptitude fondamentale à penser droit et qu’a connaissances et information égales nous en arriverons tous à nous former une opinion éclairée et judicieuse ?

Faisons un acte de foi et supposons-le aussi. Il n’en reste pas moins qu’une société qui peut fonctionner doit être, par définition, un ensemble de compétences complémentaires. L’opinion de chacun sur chacune des questions spécifiques auxquelles gouverner exige une réponse a-t-elle la même probabilité de conduire à la décision la plus efficace ? Serait-il raisonnable que mon avocat opine sur le traitement de mon ulcère et mon médecin sur la conduite de mes affaires ?

La volonté populaire nous dira-t-elle avec sagacité, si on doit encourager l’épargne ou la consommation, si la conjoncture internationale et le rapport des forces suggèrent des investissements militaires, si on doit favoriser un nivellement des revenus, si nous avons les ressources pour un système de santé gratuit et universel, etc. ?

La réalité, c’est que dans une société complexe, considérant tous les facteurs, il n’y a qu’une seule meilleure solution et que ce n’est pas Quidam Lambda, mais des experts qui la connaissent. On peut s’en remettre à la volonté du peuple pour nous dire ce qu’il juge « la meilleure », mais on connaît ses critères. Les réactions du peuple sont prévisibles.

La politique globale qui résulterait de la volonté populaire ne constituerait pas un ensemble cohérent, mais serait au contraire un tissu dense de contradictions. La volonté démocratique de la population serait d’augmenter les services et de diminuer les taxes et impôts tout en remboursant la dette, misant sur un gain d’efficacité qui irait de paire avec une réduction non seulement des effectifs, mais de la charge de travail de chacun…

Le rôle du politicien en démocratie est d’abord de faire croire à l’impossible, puis de s’excuser de ne pas l’avoir livré en promettant que maintenant il le fera. Mentir n’est cependant pas suffisant. Pour qu’un État fonctionne, il faut qu’aux choix démocratiques des quidams soient substituées des décisions prises par des experts. Cohérentes. Efficaces. Le fonctionnariat est là pour ça. Il est choisi, nommé, pas élu.

Quand on dit démocratie, en faisant tout pour exclure toute participation du peuple à la prise de décision, il faut donc comprendre que ce n’est pas SEULEMENT une arnaque pour déplacer le maximum de richesses vers ceux qui ont déjà la richesse et le pouvoir. C’est AUSSI un geste de mansuétude, pour cacher aux enfants chéris du bon Dieu que, non seulement la démocratie n’existe pas, mais que, dans le sens racoleur qu’on a donné au terme “démocratie”, celle-ci est rigoureusement impossible. La crise de la politique, c’est qu’une part grandissante de la population prend conscience de cette impossibilité.

La solution ? Comprendre que l’individu ne peut pas définir des politiques : il ne peut que choisir celle qu’il veut entre des options cohérentes qu’on lui présente. La démocratie efficace est celle d’un droit de veto. Globalement, mais il faut aussi introduire dans la gestion de l’État BEAUCOUP de points de contrôle sectoriels permettant que les citoyens puissent dire démocratiquement ce qu’ils ne veulent pas et, dans le champ de leur compétence, exclure les moyens qu’ils considèrent inacceptables.

Pierre JC Allard

359. La crise de la santé … en 1 000 mots   11.02.14

La crise de la santé, c’est qu’on a promis la gratuité; or la demande pour la santé est insatiable alors que les ressources pour y répondre sont et resteront toujours limitées et que les progrès de la science font qu’il y aura de plus en plus de « santé » à offrir. Facile de comprendre que, dans le scénario d’un besoin infini, il faudra, pour tenter de le satisfaire, y affecter indéfiniment de plus en plus de moyens et que le coût de la santé sera indéfiniment croissant, au rythme des progrès de la médecine.

la gratuité de la santé a eté une promesse inconsidérée faite pour plaire, dans une totale ignorance de ce que la médecine allait bientôt rendre possible et de ce qu’il en coûterait pour l’offrir. Parce que la société avait accoutumé de vivre dans le miroir d’une richesse monétaire et ne gardait qu’un contact tenu avec les choses, ce coût sans cesse croissant de la médecine n’est apparu d’abord que comme un inconvénient… la vie n’a pas de prix, n’est-ce pas, et l’argent n’est que du papier….

Difficile, pour une société monétarisée, de comprendre que le coût réel des choses – de la médecine comme du reste – c’est le travail qu’elles exigent et le travail qu’a exigé la formation qui doit le précéder. Derrière le symbole de l’argent, le coût réel de la médecine se mesure en temps de travail : c’est le temps précieux du personnel de santé qualifié. Il s’agit du temps de travail de médecins, d’infirmières, d’auxiliaires et de tous ceux qui collaborent à la production des intrants de tout ce qui sert à soigner et à guérir.

Quelle que soit la valeur monétaire qu’on leur fixe, les services médicaux ont un coût réel qui ne se mesure pas en argent, mais en « temps/compétence ». Ce coût est élevé et il augmentera. Indéfiniment. La crise actuelle du système de la santé revêt la forme d’une explosion des coûts, mais le problème des coûts sur lequel achoppe notre réseau de santé dans son expansion est un problème d’allocation des ressources humaines.

Le grand mal dont souffre notre réseau de la santé est une mauvaise utilisation systémique des compétences dont il pourrait disposer. Des compétences qui ont été transmises sans égard aux besoins réels, ni aucune rationalité autre que celle d’une tradition pour ménager tous les corporatismes.

Une réduction des coûts-travail unitaires passe par une meilleure répartition des tâches, une formation plus pointue, une affectation plus efficace des ressources, même si cette réaffectation doit transgresser quelques tabous. C’est ça que doit signifier, dans la réalité, un effort pour réduire les coûts de la santé. La crise de la santé n’est pas une question financière à résoudre par des manipulations budgétaires, mais un problème d’allocation optimale de nos ressources humaines qui sont et resteront éternellement limitées.

Une part croissante du travail sera affectée dans l’avenir au secteur santé, mais, même avec ce transfert de ressources, la science ira encore plus vite; même si l’on consacrait toutes les ressources de la société à donner ce que la médecine peut offrir, on n’y parviendrait pas. C’est un gouffre sans fond. Qu’on la donne ou qu’on la vende, la médecine qu’on pourra rendre accessible à tous ne correspondra jamais qu’à une fraction décroissante des services que la science pourra offrir.

La médecine restera toujours une denrée rare et certains de ses aspects ne seront accessibles qu’à une partie de la population. Ce n’est pas une question de budget, ce n’est pas un complot, c’est un impératif technologique. C’est une contrainte à laquelle on ne peut pas plus échapper qu’à la loi de la gravité. La question n’est pas de savoir si tous les patients pourront toujours bénéficier gratuitement de tout ce que la science médicale peut offrir. Gratuitement ou contre paiement, ils ne pourront pas tous en bénéficier ; cela n’est pas possible.

Il s’agit d’identifier les services qui seront réservés à quelques-uns seulement et quels critères présideront au choix de ceux qui en profiteront. Décréter la gratuité fait disparaître l’un des critères possibles, mais ne fait pas disparaître la nécessité de faire des choix. L’objectif primordial est bien d’optimiser l’universalité et la gratuité, mais il faut composer avec deux (2) contraintes.

D’abord, on ne peut aller au-delà de ce que ses ressources humaines et matérielles permettent : il y a un seuil du possible. Rien ne peut être gratuit que ce qui est surabondant. Ne seront donc pris en charge que les services dont on aura aussi pu assurer la surabondance. La vraie universalité ne se décrète pas, elle arrive. Comme le jour se lève. L’universalité devient une réalité pour une part des soins et des traitements promis, quand les ressources pour en offrir cette part deviennent surabondantes. La mission de l’État est de créer cette surabondance.

Avec la surabondance, l’universalité devient possible, mais pas toujours souhaitable. L’État doit ajuster l’universalité offerte au consensus social. Les ressources humaines et matérielles qu’on décide d’offrir gratuitement ont un coût. C’est un coût que la population doit approuver. Avant de se buter sur le seuil du possible, on peut donc se heurter à un autre seuil : le seuil du consensus social pour la solidarité. Une société ne doit donner de ce que la médecine peut offrir qu’à la hauteur de ce que la population veut qu’elle donne.

La collectivité ne pourra pas assumer entièrement le coût de la santé ; les vrais déterminants de l’universalité sont la surabondance qu’on peut créer et le consensus social qu’on peut obtenir. Il faut donc constituer, au sein du système de santé, un « noyau dur » de services qui soient vraiment gratuits et d’accès universel… et le dire. Le premier défi est de départager, en toute transparence, les services qui y seront inclus de ceux qui seront exclus.

Dans une société qui s’enrichit, ces services augmenteront progressivement ; mais il ne faut pas cacher que ce noyau dur ne pourra occuper qu’une part décroissante du champ de la santé.

Pierre JC Allard

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360. La crise de l’éducation… en 1 000 mots 11.02.21

Il y a une crise de l’éducation parce que l’on n’éduque plus. Les parents n’éduquent plus parce que c’est devenu trop complexe et que, de toute façon, l’emploi du temps que prévoient les plans de carrière de la société actuelle ne le leur permet pas . L’école ne le fait pas davantage, car ce n’est pas le job des enseignants d’éduquer, mais d’instruire : transmettre des connaissances.

Instruire, et encore… Transmettre des connaissances, mais celles dont ont décidé les planificateurs de l’éducation – ce qui n’est pas bête, puisqu’on devrait avoir un objectif en tête quand on instruit – mais on leur demande aussi de les transmettre avec les moyens et selon le schéma défini aussi par les planificateurs de l’éducation, ce qui est une aberration.
Une bêtise, car l’enseignant est le pédagogue et c’est le propre de la pédagogie de savoir formater un contenu pour le rendre accessible à des apprenants qui ont des aptitudes et des intérêts différents, voire des connaissances antérieures modérément dissemblables. Si ce n’était le cas, l’enseignement pourrait être entièrement programmé et l’élève n’aurait pas besoin d’un guide dans l’univers des connaissances : il lirait et apprendrait…

Quand on veut dire à l’enseignant comment enseigner, on le rend inutile. En lui demandant surtout d’enseigner de la même façon à tout le monde, on crée un système ou le bon sens exige qu’il introduise une myriade de ce que l’on considérera comme des exceptions ou des dérogations, au lieu d’accepter que l’éducation est du « sur mesure » et que tout le monde ou presque est normal, dans le sens ou la norme est large et se confond avec le vaste espace ou l’éducateur peut réaliser ses objectifs.

On ne doit avoir qu’une exigence face à l’enseignant : que les apprenants qu’on lui confie apprenne. Quand on veut qu’il éduque, il faut lui en demander plus, mais d’abord le tirer du piège ou, même sur le plan de la transmission des connaissances, l’école d’aujourd’hui, qui devrait faire du « sur mesure », s’ingénie à faire de l’industriel.

Aujourd’hui, on a le lit de Procuste pour tout le monde. On a donc des échecs, des abandons en masse et des vies se décident sur le talent ou la bonne volonté d’un adolescent qui se pliera ou non à la corvée de maîtriser le calcul intégral, qu’il soit de la graine de Mozart ou de Picasso n’y changeant rien.

Une approche dont les résultats sont encore pires, bien sûr, quand il ne s’agit plus de transmettre des connaissances, mais des règles d’interprétation, des principes, une culture, des valeurs… tout ce qui devrait être une éducation.

Il y a deux générations, le collège offrait du grec, du latin et de la philo; il offrait aussi des valeurs, une culture et un sentiment d’appartenance. C’était rétro, mais la plupart étaient fiers de leur vieux collège, même s’ils en sortaient en pensant tous à peu près la même chose…

Vers les années 60, on a voulu créer une société plus complexe, une société pluraliste, avec du monde ordinaire qui pensent par eux-mêmes; avec des gens, donc, qui ne pensent pas tous la même chose et où chacun respecte les valeurs et la culture des autres. On a mis le paquet sur l’éducation, mais on a raté un virage.

On a oublié que plus une société est complexe, plus il est essentiel d’y valoriser l’appartenance à des groupes de dimension humaine. On a oublié que c’est dans une société pluraliste qu’il est le plus nécessaire de fournir à chaque éduqué toutes les ressources nécessaires pour éclairer ce qui devient pour lui un choix plutôt qu’une acceptation des valeurs. On a oublié, surtout, que pour que les valeurs de chacun soient respectées, on doit faire en sorte, d’abord, que chacun en ait, des valeurs.

On a sauté le garde-fou des valeurs et on a créé des écoles monstrueuses, des écoles inhumaines, qui ne favorisent pas l’autonomie de l’individu, ni sa formation professionnelle, ni surtout son insertion sociale. Pire, on a créé des écoles que l’on n’aime pas. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens de nos jours qui ont la fierté de leur vieille polyvalente ?

Solution ? Recommencer à éduquer, en faisant le contraire de ce qu’on fait dans une polyvalente. Plutôt qu’une école impersonnelle ou l’enfant est passé de spécialistes en spécialistes, il faut une école dont l’axe soit une relation personnelle de longue durée entre un groupe d’élèves et un enseignant qui soit un modèle et assume une responsabilité plus globale sur son apprentissage.

Que ce soit le même pendant 5 ans. C’est cette relation de longue durée qui permettra à l’enseignant devenu éducateur d’être un modèle et qui favorisera l’éclosion d’un vrai sentiment d’appartenance. En revanche, l’enseignant qui est le seul maître de sa pédagogie ne doit pas avoir le contrôle des examens : c’est au Ministère de définir la docimologie et de conférer attestations et diplômes.

J’ai parlé, il y a longtemps d’un système « préceptoral », lequel permet un meilleur développement socio-affectif de l’adolescent, de meilleurs résultats scolaires, une activité professionnelle plus gratifiante pour l’enseignant. C’est un moyen de bâtir une vraie culture populaire plus large et d’obtenir une orientation professionnelle bien plus adéquate. C’est aussi la façon idéale de réduire absentéisme, vandalisme et violence à l’école. Et un système préceptoral coûterait moins cher que notre système actuel…

Il n’y a qu’une seule condition préalable à la mise en place de ce système, en plus, bien sur, d’une véritable volonté politique de changement. Cette condition, c’est qu’existe chez un nombre suffisant des enseignants, le désir de créer une relation plus humaine avec leurs élèves. J’aime le penser. Il faudrait leur en parler.

Pierre JC Allard

361.La crise de la culture… en 1 000 mots   11.02.28

Rassurez-vous, je ne tenterai pas en mille mots d’imposer ma définition de la culture : je sais que mille volumes n’y suffiraient pas. Je donne ici au mot « culture » un sens restreint et c’est dans ce sens uniquement que je l’utilise dans ce texte. Gardant implicitement les guillemets, donc, la culture dont je parle est d’abord la somme des connaissances acquises pour le plaisir de connaître et de reconnaître, par opposition au savoir dit « utile », qui trouve son sens dans ce qu’il permet de devenir, d’avoir ou de faire.

Quand la culture reste ainsi au palier du pâtre solitaire qui se taille un roseau pour accompagner le rossignol, elle ne pose pas de problèmes critiques. Vite, toutefois, la culture assume elle-même une fonction utilitaire. On est identifié, classé, jugé selon la culture qu’on a et ces connaissances, acquises en principe par plaisir, deviennent le vrai passeport qui vous fait Français, Allemand, Anglais… et aussi un aristo ou un cuistre. On peut aimer ou ne pas aimer Mozart, Xenakis ou les deux, mais par-delà l’émotion esthétique, il y a l’apport à votre image de votre préférence, réelle ou feinte.

Problème, parce que, lorsqu’il s’agit de culture, les objectifs de la société et ceux de l’individu ne sont pas du tout les mêmes. Une société a pour objectif essentiel de promouvoir, chez tous ses citoyens, une connaissance raisonnable du patrimoine commun favorisant l’éclosion et le maintien d’un sentiment d’identité, de fierté et d’appartenance. Pour l’État, l’essentiel de la culture est ce qui fait que ses citoyens se ressemblent et se rassemblent

Pour l’individu, sa culture n’est pas uniquement un plaisir, mais aussi ce qui le distingue des autres, un outil de développement personnel, un atout dans l’émulation qui l’oppose à ses voisins. Son accès à la culture est donc une séquence de choix, préférablement plaisants, mais qui tendent aussi à faire de lui un être unique… et supérieur. Les choix culturels des individus tendent à stratifier une société qui, sur ce plan de l’appartenance, se voudrait égalitaire.

Le problème est indissociable du double rôle dévolu à la culture, mais il s’aggrave et devient critique s’il n’existe même pas un large consensus quant a l’identité que la société veut promouvoir. Identité, le mot est lâché : la culture, c’est le volet acquis, par opposition au volet inné de l’identité. Le racisme ayant rendu inacceptable par contagion tout ce qui est inné, tous ceux qui prônent une identité bien typée n’ont plus que la culture comme légitime champ de bataille. C’est ici que vient la crise. Kulturkampf… au sens large.

Si on veut se refermer sur sa propre identité comme une huître sur sa perle, c’est au palier de la culture qu’il faut agir immédiatement. Avec un parfait chauvinisme ou patriotisme – choisir le mot est prendre parti – il faut mettre en place un système d’éducation qui fera que Dupond restera Dupond, quels que soient sa couleur et ses gènes. Il faut que le système d’information qui, par les médias – sous toutes leurs formes écrite, audiovisuelle, internetique – est le prolongement de l’école et constitue la véritable éducation permanente, y voit sa mission sacrée.

L’État doit, dans ce cas de figure, favoriser le développement de la culture en général, mais chercher à en privilégier certains aspects au détriment d’autres aspects… comme tous les États l’ont toujours fait. Rien d’original, la vie continue avec plus ou moins de franchise.

Si, au contraire, avec les phénomènes migratoires que l’on constate, on veut une société en transformation qui devienne « pluriculturelle » – et toutes les sociétés sont déjà peu ou prou pluriculturelles – le rôle de l’État n’est plus de favoriser une culture, mais de faire le constat quasi-quotidien des choix culturels des sociétaires et de ce que devient ainsi une nouvelle culture sui generis, facilitant par ses actions la genèse de l’ensemble culturel unique que créent ainsi ces choix.

Cet État culturellement impartial doit alors, encore et toujours :

1) faciliter à ses citoyens un accès gratuit à l’apprentissage formel des éléments de connaissance donc ils bâtiront leur culture;

2) mettre gratuitement aussi à la disposition des citoyens les équipements essentiels leur permettant de compléter leur apprentissage et d’étayer leur culture;

3) créer des services d’aide aux travailleurs de la culture et de soutien à la diffusion des produits culturels;

4.) subventionner la consommation des produits culturels, afin que le citoyen puisse jouir d’une gamme plus variée de ces produits culturels que ne le permettrait la seule loi du marché, compte tenu du coût des facteurs de leur production et de l’espérance de gain nécessaire pour inciter à leur création.

Mêmes gestes essentiels a poser, donc, mais si on se donne comme but une transformation de notre culture et donc de notre identité par des apports externes, c’est la culture que les individus ont choisi d’acquérir qui doit recevoir cet appui. Un foulard n’est pas plus moche qu’une cornette. Affaire d’habitude…

C’est la décision fondamentale de changer ou de ne pas changer qui doit être prise. Mieux, celle de changer plus ou moins vite, et dans la trajectoire de nos traditions ou par des sauts dans un hyperespace inconnu. La crise de la culture naît de ce que l’on ne prend pas cette décision. Elle sera résolue quand on l’aura prise et qu’une majorité effective de la population l’aura acceptée.

J’ai fait ailleurs une foule de propositions pour le développement de la culture. Mais sur cette décision préalable je n’ai rien a dire, car nous sommes dans l’univers des émotions et de l’irrationnel. Dans une guerre de religions… Mais il FAUT que le choix soit fait, sans quoi tout s’étiolera faute de soins et notre société n’aura simplement plus une, ni plusieurs cultures valables. Elle en viendra à éviter, comme une source de discorde, tout ce qu’on pourrait appeler culture.

Pierre JC Allard

https://nouvellesociete.wordpress.com/culture/

362. La crise de la production…en 1 000 mots   11.03. 07

La crise de la production, c’est que, quand l’industrialisation a apporté l’abondance à notre société occidentale, nous avons fait un mauvais choix. L’efficacité croissante des machines pour produire tous les biens matériels suggérait que la capacité de production et la main-d’œuvre soient réorientées vers les activités inprogrammables, celles exigeant créativité, initiative et entregent.

Concrètement, il fallait former la main-d’œuvre à faire ce que les machines ne peuvent pas faire et automatiser au plus vite tout ce qui pouvait l’être : c’etait la voie vers un enrichissement indéfini, simple suite, d’ailleurs, du processus qui nous avait enrichi au cours des deux derniers siècles. Mais il se posait un grave problème…

Avec une production de plus en plus complexe, finie la masse des travailleurs interchangeables ! Optimiser la production des biens et surtout des services exigeait des travailleurs complémentaires, dont chacun pouvait devenir rare à trouver. Le rapport des forces était donc en voie de s’inverser entre capital et travail. La valeur relative de l’équipement baissait au rythme de sa désuétude, accélérée par la vitesse des changements, alors que celle du travail augmentait, pour refléter la capacité de l’homme d’apprendre et de s’adapter à une demande en évolution.

En fait il était évident que l’importance relative du capital matériel, comparée à celle du capital humain, allait progressivement tendre vers zéro, même sa valeur résiduelle apparaissant de plus en plus clairement, à peu de chose près, comme la simple sommesdes coûts du travail requis pour sa transformation en capital fixe !

Le capital investi devenu capital fixe et immuable, qui avait eu l’avantage aussi longtemps qu’il avait eu à satisfaire les besoins de masse d’une population en manque, serait à la merci d’une demande qui tendrait à être saturée. La survie du capital deviendrait dépendante de sa capacité à s’exprimer dans de nouveaux projets, pour satisfaire de nouveaux besoins… avec la collaboration de la créativité, de l’initiative et des connaissances nouvelles, tous apports du facteur « travail »

La valeur économique de la machine allait donc devenir insignifiante à côté de celles de la ressource humaine nécessaire pour créer l’équipement et du coût de formation nécessaire pour en tirer parti au mieux… ce qui changerait ait totalement le rapport des forces entre le capital et le travail. Or c’est sur ce rapport qu’est bâtie notre structure sociale.

À l’origine, avant les machines, celui qui possédait la ressource naturelle – et la force pour la défendre – avait le pouvoir. Avec l’industrialisation, c’est le propriétaire de la machine, la grande mutiplicatrice qui était en position dominante. Position défendue par les forces de l’ordre d’une gouvernance préférablement démocratique, puisque alors infiniment corruptible.

Dans une société complexe et essentiellement tertiaire, c’est le travail – appelons-le désormais compétence – qui allait avoir le gros bout du bâton. Tout le monde n’accepterait pas de bonne grâce ce changement.

Dans cette situation, le capital a eu un choix à faire. Il pouvait accepter cette inversion des rôles et devenir le simple adjuvant de la compétence. Il semblait inévitable que la compétence, qui est en constante progression, devienne plus importante que le capital qui n’est que la représentation de l’apport du passé. Cela eut été la voie normale de l’évolution.

On aurait alors une société d’économie tertiaire de travailleurs professionnels essentiellement autonomes agissant comme entrepreneurs… mais ce serait tout l’ordre social qui aurait basculé, avec les travailleurs au pouvoir, même si ces « travailleurs » autonomes, hyperqualifiés et irremplaçables auraient été alors bien loin du prolétariat de l’imagerie marxiste.

Cela eut été la voie normale de l’évolution.  Mais il y avait un autre choix possble. Reproduire ailleurs les conditions de l’Occident du XIXe siecle, quand les besoins étaient simples et pouvaientt être satisfaits par une production en masse. C’était la situation désormais des marchés émergents, d’Asie d’abord puis du reste du monde.

Le capital, plutôt que de se trouver une nouvelle utilité – ce qu’il avait les atouts pour faire – pouvait choisir de rejouer plutôt la même donne sur un autre tapis vert, avec des conditions similaire à celles qui lui avaient donné son succès : un marché en demande, une main d’œuvre de travailleurs interchangeables, une capitalisation discrétionnaire, puisque la demande est parfaitement contrôlée par le crédit et le coût de la main-d’œuvre déterminé par les seuls besoins d’une demande effective maintenue par l’assistanat.

Il y avait ce mauvais rétrograde è faire choix à faire.. et c’est ce mauvais chois qu’on a  fait. Au lieu d’orienter la production du matériel en Occident vers un mécanisation totale et de garder la main-d’oeuvre «humaine » pour le travail inprogrammable, ce qui aurait été la voie de l’évolution, nos sociétés ont obéi aux diktats du capital. Elles n’ont rien fait pour faciliter le passage de la main-d’œuvre aux fonctions de haut niveau du secteur tertiaire pour lesquelles il existait une demande criante en Occident ; elles n’on rien fait pour mécaniser la production industrielle au-delà des impératifs immédiats de la consommation. On n’a rien voulu prévoir.

Nos économies, au contraire, ont exporté la capacité de production industrielle de l’Occident vers le tiers-monde. Non seulement pour que le tiers-monde satisfasse ses besoins, mais qu’il satisfasse aussi les nôtres. Ce faisant, elles ont créé des structures économiques viciées, irrationnelles, les rendant infiniment vulnérables dans le cas, hélas certain, d’un éventuel conflit avec d’autres entités culturelles.

Elles l’ont fait en dirigeant la main-d’œuvre devenue excédentaire du secteur industriel de l’Occident vers des emplois du tertiaire inférieur ne nécessitant AUCUNE compétence. On a remplacé une main-d’œuvre de techniciens et d’ouvriers professionnels, par une main-d’œuvre de vendeurs de hot-dogs et de démarcheurs de fonds de placements. Une population de fonctionnellement inutiles et d’assistés sociaux

Je suis incapable de trouver dans l’Histoire un précédent, pour ce suicide à froid d’une civilisation, décidant, les yeux grand ouverts, que ce qui viendra après l’espérance de vie des dirigeants en place ne mérite pas le moindre effort. On peut en chercher la cause dans une destruction systématique des valeurs, mais l’examen de cette hypothèse devrait faire l’objet d’un autre article… et n’aurait aucun impact sur la suite des événements. Les dés ont été jetés.

Pierre JC Allard

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363. La crise des ressources naturelles … en 1 000 mots 11.03.14

Si vous croyez que la crise des ressources naturelles est que nous allons en manquer, vous lisez trop les journaux. Bien sûr, l’hypothèse malthusienne est à terme incontournable et, si la population augmente suffisamment, nous finirons bien par manquer de tout, mais ce n’est pas le problème aujourd’hui. Ni celui de demain. Même le pétrole, dont on nous fait le cas emblématique des catastrophiques pénuries à venir, est encore disponible pour des siècles dans le pire des scénarios et les alternatives aux hydrocarbures – nucléaire, éolienne et solaire – seront disponibles à meilleur coût bien avant que cette filière ne soit épuisée.

Il y a bien une crise des ressources, mais elle découle de la baisse de rentabilité à laquelle le capital peut s’attendre, maintenant qu’une production plus complexe donne l’avantage à la compétence sur la simple propriété des équipements et que c’est le travail et non plus le capital qui devient le facteur rare et donc dominant de la production. Ne pensez donc pas une minute que le capitalisme va jeter l’éponge et renoncer à contrôler la société. Il va simplement tenter de continuer sa main mise en se repliant sur la méthode traditionnelle d’exploiter les faibles : l’extorsion.

C’est celle qui était là avant que l’industrialisation ne vienne créer une parenthèse durant laquelle il est apparu possible et plus élégant de faire son blé en produisant quelque chose, et donc de tirer avantage des pauvres en prenant seulement la part du lion du prix d’un vrai service rendu. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, cet intermède tire a sa fin ; les puissants vont donc revenir à la situation antérieure à l’industrialisation : exiger une rente sur les matières premières AVANT que la production ne débute.

Supposons que j’ai le contrôle d’une oasis et des hommes armés. Vous êtes un nomade qui arrivez du désert, en route vers Babylone avec des moutons et des chèvres qui ont soif. Je vous permets l’accès à la source et vous me donnez quelques brebis gestantes. Pourquoi ? Parce que je suis là.

Cette exigence s’appuie sur un droit de propriété dont la légitimité est nulle, mais est imposée par la force. On est dans Proudhon et l’extorsion pure et simple. Notez que je suis gentil : je pourrais vous zigouiller et garder les ovins. Ma gentillesse vient de ce que mes hommes armés ne veulent pas faire le chemin vers Babylone. Je ne vous prends donc que quelques bêtes… mais autant que je veux.

La crise actuelle ne vient pas de l’extorsion – qui est là depuis toujours et est tenue pour légitime au moins au moins depuis que le servage a remplacé l’esclavage – mais des dissensions entre exploiteurs.

Encore une fois, prenons le pétrole en exemple, mais le scénario est le même pour toutes les matières premières. Quelques bédouins somnolent, ou écrivent des rubas, sur le sable chaud au-dessus d’une mer d’un liquide visqueux et nauséabond auquel ils ne voient pas d’usage, mais les Anglais, si.

Premiere étape, les Anglais le prennent. Deuxième étape, apparaissent à l’horizon des Russes, puis des Américains, des Français, etc … Tout le monde en veut. Tout le monde se prépare à lancer ses méharis, quand un Arménien futé qui se voudrait Portugais trouve l’idée ingénieuse de donner quelques barils aux indigènes et de se partager le reste entre Européens armés. La paix, c’est bien, la connivence dans l’extorsion, c’est mieux. Si vous passez à Lisbonne, ayez une bonne pensée pour Gulbenkian ; il a sauvé bien des vies.

Avec le temps, l’extorsion par le pétrole est devenue la première source de revenu des riches. Tout le monde a besoin d’énergie et le pétrole est de loin la première et la meilleure source d’énergie. Tout le monde carbure et riches comme pauvres sont donc taxés au prorata de leur consommation en énergie, ce qui est loin d’être bête et n’est certes pas la façon la plus inéquitable de taxer tout le monde au profit de ceux qui taxent. Ceux qui taxent sont ceux qui en ont le pouvoir et qu’ils en aient le bon droit est un autre débat.

Cette rente du propriétaire est immorale. Les ressources naturelles ne peuvent en bonne logique appartenir qu’à l’humanité tout entière et leur valeur ne devrait, en bonne justice, être distribuée qu’entre ceux qui les rendent disponibles, chacun au prorata du travail qu’il a mis à le faire. Dans le monde où nous vivons, cette justice est une utopie.

Dans le monde où nous vivons, toutefois, il ne manque pas de gens pour penser que vivre au-dessus d’une mine ne devrait pas donner un droit au minerai qu’on en extrait, pas davantage que d’avoir le fusil pour en exclure les intrus. CRISE ! Sans le dire, on va donc occuper les mines de l’Afghanistan si on a besoin de la ressource… ou faire sauter ceux qui viennent les occuper si on y est et qu’on n’a pas besoin d’occupants.

Maintenant que le travail veut sa part et que l’extorsion d’une rente sur la matière première est redevenue la meilleure façon de s’enrichir, les querelles entre exploiteurs vont se multiplier. Crise des ressources…

Pierre JC Allard

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364. La crise de la gouvernance … en 1 000 mots   11.03.21

J’ai parlé, il y a quelques semaines, d’une crise de la liberté, les individus s’interrogeant sur la part qu’ils doivent accepter d’en sacrifier pour retirer les avantages de la vie en la société … et en concluant, de plus en plus souvent, que le moins sera le mieux… Au grand péril, bien sûr, de la solidarité qui est l’assise de cette société.

L’individu se méfie – sans doute à juste titre – de l’État tentaculaire, envahissant, qu’il faut mettre à la porte un jour de son bureau et le lendemain de sa chambre à coucher… Mais l’État n’est qu’une des manifestations d’une fonction plus large diffuse dans la société et qu’on pourrait appeler la « gouvernance ».

La gouvernance était là bien avant l’État – elle est l’extrapolation de l’autorité parentale – et il faut se souvenir que l’autorité n’est pas qu’une imposition, mais aussi et surtout un service qui nous est rendu. Un service qui, au palier social, prend la forme d’assurer l’ordre et les échanges de cette myriade d’expertises auxquelles nous donne accès notre choix de vivre en groupe. Le service de décider pour nous quand nous ne pouvons pas ou ne voulons pas décider. La gouvernance, c’est l’expression concrète de l’autorité sans laquelle il n’y a pas de société.

La crise actuelle de la liberté résulte des efforts des libertaires et libertariens pour limiter les pouvoirs de l’État et ils y parviendront, car l’État dans sa forme actuelle est anachronique. Mais l’autorité prendra une autre forme, car c’est son appartenance à un ensemble complexe dont il est dépendant qui pose les vraies limites de ce que l’individu peut faire et cette dépendance ne cessera pas. Il va falloir identifier et délimiter ces autres formes de l’autorité : c’est la crise de la gouvernance.

On va le faire : 1) dans le sens de l’Histoire, et 2) dans le respect accru de l’individu qui correspond à son pouvoir croissant, dans une société où il devient complémentaire et donc indispensable.

1) Dans le sens de l’Histoire, qui est le passage progressif d’un pouvoir autocratique, centripète, basé sur la force brute, la menace et le châtiment vers, un pouvoir décentralisé, basé sur la promesse et la récompense… et sur des alliances en perpétuelle reconstruction. Un pouvoir qu’on dit démocratique, même s’il n’est en fait que collégial. Continuer dans cette voie, c’est remplacer peu à peu l’État jacobin par une mosaïque de pouvoirs, imbriqués les uns dans les autres comme des poupées russes.

C’est créer une société-gigogne qui, à la limite, pourra devenir globale. Une forme fédérative de mondialisation, remplaçant la dictature actuelle des financiers. Une telle structure gigogne ne peut bien fonctionner que si les attributions de chaque palier de gouvernance sont clairement définies et que le droit d’intervention de chaque entité de niveau supérieur sur ses composantes est nul ou réduit à un minimum : contrôle du respect des règles convenues et droit d’appel spécifique en cas d’injustice ou de corruption.

Cette évolution de la gouvernance conduira à la création d’entités gouvernementales (souveraines) de plus en plus nombreuses, mais souveraines uniquement dans le cadre des pouvoirs qui leur auront été conférés et qu’on ne pourra légitimement leur enlever. La constitution d’ensembles comme l’Union Européenne ou une éventuelle Amérique mènera à l’autonomie croissante, puis à ce qu’on appellera l’indépendance de leurs constituantes. Corse, Catalogne, Québec libres….

Au sein de ces entités devenues souveraines, d’autres entités de plus en plus autonomes se constitueront dans toute la mesure permise par le bien commun, ce qui prêtera naturellement à interprétation… Gaspésie libre, Abitibi libre… Montréal libre ? On peut aller loin quand on parle d’entités « souveraines uniquement dans le cadre des pouvoirs qui leur ont été conférés ». C’est toujours la solidarité qui reste le critère… et l’intelligence d’en voir les avantages qui demeure la clef.

2) La gouvernance évoluera aussi dans le sens du respect accru de l’individu qui devient indispensable et donc de sa volonté qui devient incontournable. Quelles que soient les entités gouvernementales qui se forment et leurs sous-ensemble dans un monde-mosaïque, chacune ne pourra exister durablement que si en font partie ceux-la et ceux-la seulement qui veulent en faire partie. Chacune ne pourra avoir d’autre autonomie ou souveraineté que celle que voudront ses citoyens.

Concrètement, les citoyens qui se sentent un sentiment d’appartenance se donneront un structure qui correspond à leur aspiration commune essentielle, acceptant que l’entité qu’ils ont ainsi créée s’intègre pour d’autres fins à un ensemble plus vaste, au niveau duquel eux et ceux auxquels ils se sont ainsi joints seront aussi gouvernés. Gouvernés de leur plein accord, selon les lois dont ils auront convenus qu’elles ne contredisent pas les exigences essentielles découlant de leur sentiment d’appartenance initial.

Ainsi, au Canada ou en Belgique, les questions économiques peuvent être gérées par la fédération, mais celles comme l’éducation, la radio-télévision ou l’immigration qui ont des conséquences culturelles évidentes ne devraient pas l’être. A appliquer mutatis mutandis au Pays Basque, à l’Ukraine… à l’Inde, à la Chine et à presque tous les pays d’Afrique… Mais c’est aux citoyens eux-mêmes qu’il faudra accepter de laisser le choix de leurs appartenances

Et ce n’est qu’un début. La gouvernance n’atteindra sa maturité définitive et sa vraie légitimité, que quand les États souverains, faisant une place aux marginaux et dissidents, accepteront qu’en leur sein se constituent des associations auxquelles les citoyens mêmes délégueront des pouvoirs quasi-régaliens. Des associations qui puissent imposer à leurs membres les règles que ceux-ci acceptent, l’État s’engageant à n’intervenir que pour s’assurer que ces décisions ont été prises librement, après quoi il les fera respecter comme si elles étaient les siennes. On y viendra par étapes.

Cette évolution est souhaitable et inévitable. On ne peut pas vivre en société sans gouvernance, mais on peut et on doit, dans toute la mesure du possible, donner a chacun le choix de sa gouvernance. Le dire aujourd’hui est tabou et anathème car, les opposants voient « Chari’ya » écrit sur le mur. Mais ce n’est pas en brimant la liberté qu’on peut lutter contre l’obscurantisme ou une foi.

Pierre JC Allard

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365. La crise de l’environnement… en 1 000 mots   11.03.28

Crise de l’environnement ? Oui. Le mot est à la mode et nous avons été bien négligents. Quand un amas de détritus de la taille d’un continent flotte sur le Pacifique, que les forets disparaissent plus vite qu’on ne les remplace, qu’un nuage de pollution couvre la plupart de métropoles du monde et que l’on peut se demander sérieusement si, dans un siècle, nous aurons assez d’eau potable pour nos besoins, on peut parler de crise.

On peut en parler, mais n’avez-vous pas la vague impression que quelque chose sonne faux ? Non, nous ne détruirons pas cette planète ; elle en a vu d’autres. Nous pourrions la rendre inhabitable, mais il faudrait multiplier notre action néfaste par quelques ordres de grandeur. Sommes-nous si bêtes ? Sans doute pas…. Est-ce qu’on voudrait nous faire peur ?

Bien sûr, il faudrait arrêter de polluer l’environnement et de gaspiller inutilement, nos ressources, mais les solutions sont simples, évidentes, faciles à appliquer. N’est-ce pas abusif de nous présenter la sauvegarde de l’environnement comme LE défi de société de notre époque, alors qu’il ne s’agit en somme que d’un bon nettoyage à faire et de bonnes habitudes à prendre que nous aurions dû prendre il y a déjà longtemps ?

Abusif et trompeur. Je m’inquiète que les actions prises pour règler les indéniables problèmes de l’environnement soient si ostentatoirement accompagnées des confiteors des marches de pénitents. A-t-on maltraité Gaia ? A-t-on abusé de notre planète ? Devrons-nous expier ? Va pour une prise de conscience, mais je n’aime pas tellement cette vision transformée d’une nature qui n’est plus à notre service, mais nous au sien ; j’entends les bruissement de bannières qui précèdent les croisades. J’ai bien peur qu’on ne nous manipule…

Mon scepticisme monte, quand je vois l’invraisemblable saga de contradictions qu’est devenue la théorie du réchauffement de la planète causé par notre utilisation des énergies fossiles. Une théorie dont la raison d’être semble être le suspense qu’elle engendre plutôt que les solutions qu’elle suggère. Car soyons sérieux, si cette menace et ses effets cataclysmiques annoncés étaient avérée, les alternatives d’énergie propre sont connues, évaluées et leur application bien en deçà de nos possibilités techniques et économiques. N’agirions-nous pas sans délai ? Comparer cet atermoiement à la réaction démesurée au pétard mouillé de la H1N1…

Nous ne procédons pas aux changements qui seraient – peut-être – requis, pour contrer le réchauffement de la planète, parce que la science, ici, nous a laissés tomber. D’une certitude à son contraire, les scientifiques nous ont déçus, en donnant tous les signes de se vendre aux plus offrant. A-t-on vraiment un réchauffement de la planète… ou une bataille médiatique et politique titanesque pour des enjeux trillionnaires, entre un lobby vert et celui des hydrocarbures ? Je m’inquiète, car vraie ou fausse, cette crise de l’environnement peut en susciter une plus profonde, touchant la destinée humaine.

Depuis que l’humanité a commencé sur deux pattes son long trek vers on ne sait trop quoi, il n’y a vraiment eu accord entre nous humains que sur une seule chose : aller de l’avant. Si, pour des motifs divers, mais dont on a des raisons de douter de la bienveillance et de la sincérité, on réussissait à nous convaincre aujourd’hui d’inverser nos valeurs, d’accepter que moins devient mieux, qu’il est préférable d’être petit que grand et que tout pas dont on ignore où il nous mène est une « fuite en avant »…. il resterait quoi comme finalité à l’épopée humaine ? Le Ciel ou le lotus ?

Avec 1 milliard d’humains sur cette terre qui croupissent dans une misère abjecte et un autre milliard dont la vie ne consiste qu’à survivre, est-ce vraiment le moment de se demander si on ne devrait pas y aller plus mollo sur le développement ? Il faudrait échapper au battage publicitaire environnementaliste et se mettre d’accord sur ce qui pollue et détruit inutilement … et ce qui est progrès, même si ce progrès a son prix.

On parle trop, la bouche en cœur, de réduire notre consommation d’énergie et donc de ralentir le rythme de notre développement. C’est un langage qui m’irrite, surtout il est tenu dans des réunions populistes et n’est pas collé à des propositions chiffrées. L’Américain moyen aujourd’hui consomme ONZE FOIS plus d’énergie que le Chinois moyen. Pense-t-on une minute qu’on va diminuer la consommation de l’Américain au niveau de celle du Chinois ? Bien sûr que non ! Veut-on, sans le dire, faire en sorte que le Chinois n’ait jamais le niveau de vie de l’Américain ? Dangereuse croisade…

Le consensus actuel n’existe que sur la volonté de freiner le progrès des autres ; le sien propre, jamais. On peut, dans un double bluff « à la Kyoto », prétendre n’imposer les contraintes qu’aux pays développés… mais c’est une pirouette grossière, car comment même imaginer ce scénario de conte de fées, d’un monde industrialisé qui stagnerait volontairement pendant des décennies, en attendant que ses concurrents du tiers-monde l’aient rejoint en production et richesse ! Absurde.

Personne ne le croit, personne ne s’y attend. On en parle pour passer le temps, pendant que les Verts se positionnent, laissant aux pétroliers et à leurs alliés le temps de rentabiliser un peu plus leurs investissements et de trouver une niche aux pays producteurs d’énergie fossile. La seule question – mais qui fait débat, car elle vaut d’innombrables milliards – c’est : « On passe au vert quand ? Dans 5, 10 ou 20 ans ? »

Si, sans croire qu’il soit en péril de mort imminent, on veut protéger l’environnement, il faut proscrire le bavardage sur la baisse de la consommation d’énergie : l’humanité ne choisira pas la régression dans la pauvreté. On doit consacrer tous les efforts au passage accéléré à la production d’une énergie propre : solaire, éolienne, géothermique, nucléaire. Fin de la crise.

Cette solution équivaut à une victoire du lobby vert, dont les objectifs sont très probablement aussi égoïstes et sordides que ceux des pétroliers… mais dont les conséquences pour l’environnement sont plus acceptables. Gaia ne vous dira pas merci, elle s’en fout. Mais NOUS, nous vivrons mieux.

Pierre JC Allard

366. La crise de l’armée… en 1000 mots   11.04.04

Il y a une crise de l’armée, parce que nous n’aurons plus les guerres que nous avions. Nous ne les avons déjà plus vraiment. La guerre traditionnelle opposait deux États ou groupes d’État ayant des intérêts opposés et qui, se jugeant de forces égales, décidaient d’en découdre sur le champ de bataille, le vainqueur imposant sa loi au vaincu. Ce scénario est devenu ridicule : un sujet d’opérette ou le fantasme d’un cerveau fêlé. Ce type de guerre n’aura plus lieu.

Pas parce que la guerre est abominable ­ elle l’a toujours été – mais parce qu’elle constituera de moins en moins un projet rentable pour ceux qui ont le pouvoir de la faire. Historiquement les guerres servaient, soit à asservir des populations et à tirer profit de leur travail, soit à occuper des territoires, pour des fins stratégiques ou pour en tirer des ressources rares, soit à détruire un rival commercial. Or ces trois (3) motifs de faire la guerre sont aujourd’hui disparus.

D’abord, dans un monde où la main-d’oeuvre est surabondante et où aucun travail signifiant ne s’accomplit sans une grande motivation du travailleur, gérer une population conquise occasionne des frais qui dépassent largement le profit qu’on peut tirer de son exploitation. Dans le meilleur des cas, l’envahisseur a sur les bras une multitude pauvre et incompétente qu’il faut nourrir ; dans le pire, son invasion peut susciter une guérilla et une résistance interminable.

Ensuite, l’occupation du territoire par conquête est devenue désuète, depuis qu’il a été bien compris que l’on peut se garantir l’accès aux ressources rares dont on a besoin, sans s’embarrasser du reste, par la simple corruption des potentats locaux. Il suffit d’encadrer les forces armées de ces derniers de « conseillers » et, au besoin seulement, de quelques bataillons d’élites, si ces forces locales s’avèrent trop ineptes ou déloyales pour protéger le périmètre absolument nécessaire à la cueillette de ces ressources.

Enfin, l’élimination des rivaux commerciaux se fait maintenant par des embargos sur les approvisionnements, des contraintes à la distribution ou, plus proprement encore, par de simples prises de contrôles sur les marchés boursiers. Occuper la Ruhr, au vingtième siècle, était encore essentiellement la tactique de Rome détruisant Carthage. Aujourd’hui, les procédures ont changé. Mittal n’a pas pris Arcelor à la tête d’une horde de cavaliers en turbans.

Il ne reste désormais que deux types de « guerres » qui, même si elles en entraînent toutes les horreurs, ne sont pas vraiment des guerres. Le premier type résulte d’une querelle entre petits pays dont les moyens sont dérisoires au vu des capacités militaires modernes. Il suffit qu’une force supérieure crédible intervienne pour que les hostilités cessent et c’est cette force supérieure qui départagera les prétentions des parties : c’est l’Éthiopie contre l’Érythrée ou la Somalie. Le deuxième type de conflit suppose une telle disparité des forces en présence que le résultat n’est jamais en doute. Ce sont les USA envahissant Panama et Granada, ou Israël attaquant le Liban et Gaza.

Ces deux types de « guerres » ne sont pas vraiment des guerres, puisque ce n’est pas la force des armes qui en déterminera la conclusion. Dans un cas comme dans l’autre, l’action militaire des protagonistes n’est qu’une amorce, une simple péripétie. Pour les conflits de ce type, le déroulement de l’intrigue ne prévoit pas la victoire d’une armée sur les champs de batailles, mais l’intervention en temps opportun d’une tierce partie, normalement une force des Nations Unies, de l’OEA ou de l’OTAN, qui viendra jouer le rôle d’une police. « Opération de police » est d’ailleurs l’expression maintenant acceptée pour désigner les interventions de forces internationales qui viennent séparer les belligérants et rétablir l’ordre public devenu l’ordre international.

Très bientôt, la gouvernance mondiale, qui de fait existe déjà, assumera formellement son rôle. On prendra acte que dans ce monde unifié les ennemis, par définition viendront tous de l’intérieur et que tout conflit armée sérieux sera de plus en plus une guerre civile ou une rébellion. Pendant que, sur le plan international, l’armée actuelle fait de plus en plus la police, toute police au sein des États actuels – et à plus forte raison dans un État unifié – devra se préparer à affronter des adversaires qui justifieront qu’elle ait les moyens et les caractéristiques d’une armée.

Il apparaît donc opportun de transférer rapidement vers la police les ressources et les méthodes de l’armée. Parler de crise est ici une formule de style. Transformation rapide serait plus exact, car il n’est pas inévitable que cette transformation suscite des opposition. On adaptera à la police la problématique de l’armée, mais avec des contraintes et des restrictions, naturellement, puisque l’adversaire n’a pas ici à être détruit, mais seulement subjugué et éventuellement ramené dans le droit chemin. On le fera avec d’autant plus de retenue que, l’affrontement n’ayant pas lieu en territoire hostile, mais chez soi, il faut limiter les dégâts.

On est déjà à vivre cette transformation. L’un des dangers qui perle, particulièrement en Amérique Latine, est une attitude qu’on pourrait dire fascisante, au sein de certaines armées de métier surtout, qui les pousse à se percevoir comme une caste et donc un corps étranger et à se conduire alors même à domicile comme en pays conquis. Cette attitude PEUT être modifiée. L’armée populaire de Mao Zedong en a été un exemple historique remarquable et on ne peut que constater l’impartialité politique qu’a respectée impeccablement l’Armé Rouge quand l’URSS s’est disloquée. Une réserve qui dure toujours.

Ce danger du fascisme est là, mais il y a en revanche, des avantages non négligeables à ce qu’on pourrait appeler un « militarisation » des corps policiers. L’ armée a eu historiquement un sens de la discipline et du devoir ainsi qu’une résistance à la corruption supérieure à celle des policiers qui perçoivent parfois leur engagement comme passager. On devrait certainement s’inspirer de la formation militaire pour celle des policiers. Cette « crise » sera de celles dont on peut attendre qu’elles apportent surtout du bien.

En attendant il y a les dernières aberrations. Celle de l’Iraq, l’Afghanistan encore plus bête et maintenant la Libye qui tourne a la sanglante bouffonnerie… ce dont assez de gens prennent conscience pour nous en protéger peut-être d’une escalade.

Pierre JC Allard

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/02/securite-police-et-armee/

367. La crise de l’information… en 1 000 mots   11.04.11

Vivre en société a permis à l’homme la division du travail et l’apprentissage en commun: les deux grands pas en avant qui ont accéléré son évolution. La condition essentielle de cette évolution a été la diffusion de l’information. L’information est le sang d’une société, la communication sa circulation. Une société a un besoin essentiel d’information qui va croissant au rythme où le changement s’y accélère et où les échanges s’y multiplient.

On communique, dans une société, mais émetteurs et récepteurs ne sont pas sur un pied d’égalité. L’auditeur ne peut toujours écouter qu’un seul message à la fois, mais le locuteur peut s’adresser à plusieurs, ce qui est bien utile pour l’ordre et le développement de l’autorité; celui qui parle à le pouvoir et c’est celui qui a le pouvoir qu’on écoute.

Les moyens modernes de communication, cependant, ont tant exacerbé cette inégalité entre la capacité de dire et d’entendre que le citoyen moderne se contente souvent d’écouter. « Informer » — qui est une source cruciale du pouvoir — a été récupéré politiquement par l’État pour devenir propagande et par la structure économique dominante pour devenir publicité. Une situation qui n’est idéale ni pour la propagation des connaissances et donc le progrès de l’humanité ni, surtout, pour l’exercice honnête de cette forme de gouvernance qu’on appelle démocratie.

Elle est Idéale, toutefois, pour l’exercice d’une forme autoritaire de gouvernance. Celle qui peut reposer sur la manipulation de l’information et qui permet donc de respecter la forme extérieure de la démocratie, sans que les citoyens ne s’écartent jamais des choix qu’on veut qu’ils fassent, puisque ces choix sont les seuls qu’ils puissent raisonnablement faire à partir de la vision du monde qu’on leur a transmise.

C’est ce système de démocratie « médiatique » qui prévaut dans nos sociétés occidentales. Cette forme efficace de gouvernance a été compromise par l’avènement de l’Internet qui passe le micro à tout le monde. Le doute s’est installé. Ainsi, le résultat des récentes élections municipales à Montréal, qui a reconduit au pouvoir une administration qui sue la corruption par tous ses pores. Une remise en question s’impose.

L’explication rassurante de ce qui s’est passé à Montréal est qu’il ne s’agit que d’un vice de fonctionnement : les voix du bien contre le mal se sont divisées et un scrutin à deux tours aurait résolu ce problème. Vous croyez ? Peut-être, mais il y a une explication plus brutale. Celle que la population voit le processus démocratique comme une manipulation, ne CROIT plus à la démocratie … et ne vote plus. C’est hélas le raisonnement que semblent avoit fait plus de 60% des électeurs

Le système peut réagir à ce défi par un contrôle plus strict de l’information, ou par une gestion plus pointue des réactions à la transparence. Dans le premier cas, il faut une censure de plus en plus difficile à exercer et une montée progressive de l’autoritarisme. Dans le second, une pression est simplement exercée sur l’interprétation des faits, ce qui équivaut à une transformation ciblée, plus ou moins subtile, des critères éthiques eux-mêmes. Je ne porte pas de jugement sur la valeur morale de cette option.

Il existe une troisième option, qui serait que le pouvoir veuille s’adapter à la volonté populaire, mais elle est trop improbable pour que l’on perde ici du temps à en discuter. Je pose donc l’hypothèse que la seconde solution sera retenue et que le système préférera s’en remettre à sa capacité de parfaire ses mécanismes de manipulation, plutôt que de risquer une dérive ostensible vers le dictatorial.

Si on accepte cette hypothèse, une nouvelle structure d’information peut et doit être mise en place, qui soit manipulable au palier des interprétations, mais désormais VRAIE quant à son contenu objectif et parfaitement transparente. Dans une société technologiquement avancée comme la nôtre, cette structure pourrait être celle décrite ci-après et dont les éléments seraient ceux qui correspondent aux exigences du processus d’information lui-même. Je n’en donne ici que le schéma.

D’abord, il faut capter l’information à sa source, aussi exhaustivement que possible, puis que celle-ci soit universellement diffusée Elle doit alors pouvoir faire l’objet d’une contestation et d’une réponse de la part de tous ceux auprès desquels elle l’a été, ce qui en garantit la véracité et l’authenticité. Cueillette et contrôle exhaustifs exigent que tout le monde ait accès au micro. Quiconque apprend quoi que ce soit doit pouvoir le transmettre librement à tous sans censure, sous réserve d’en porter le responsabilité devant la loi.

Cette liberté d’informer génère une masse énorme de renseignements. Il faut donc que l’information transmise soit organisée et structurée, que les principes de son organisation soient connus de tous et fassent eux-mêmes l’objet d’une diffusion universelle prioritaire. On doit enseigner à trouver l’information avec la même urgence qu’on met à enseigner à lire. Ne pas le faire est une manoeuvre pour garder le peuple dans l’ignorance.

Le véhicule nécessaire et suffisant pour transmettre cette masse d’information est l’Internet. Comprenons bien que rien ne doit interdire que qui que ce soit puisse aussi publier quoi que ce soit, sur Internet ou sous tout autre format, mais tout ce qui est information publique doit être publié par l’État sur Internet. C’est là que s’exprime le droit de l’individu à l’information, droit auquel correspond une responsabilité de l’État d’informer.

L’État s’acquitte de cette responsabilité en posant deux (2) gestes : a) Il fournit à tous les citoyens un accès individuel ou collectif gratuit à Internet ; b) il gère le processus de publication et de structuration de l’information. À quelques restrictions près concernant le respect de la vie privée et la sécurité publique, tout doit être publié. À l’individu de juger par la suite si l’information qu’il reçoit d’autres sources confirme ou contredit celle qu’il reçoit de l’État, auquel cas l’État doit avoir des comptes à rendre.

Dans cette structure, tout le monde peut et devrait être un joueur amateur ; c’est ce qui en garantit la crédibilité. Chacun peut jouer comme reporter apportant des faits bruts, comme journaliste les mettant en contexte et les agençant impartialement pour leur donner un sens objectif, ou comme chroniqueur pour les interpréter et aider chacun à se former une opinion personnelle. Mais à ce jeu, doivent aussi intervenir des professionnels.

Il doit y avoir des reporters de métier, des investigateurs professionnels – autonomes ou regroupés en agence de presse. Il doit y avoir des journalistes chevronnés, capables d’expliquer le sens de ce qui se passe et aussi des chroniqueurs, des experts qui peuvent faire les liens et façonner l’opinion publique en influençant, pour le meilleur ou pour le pire, ceux qui leur font confiance. Ces professionnels doivent être rémunérés. Comment ? Par le biais d’une structure à trois (3) volets.

a) L’État doit créer une agence de presse où travailleront ceux qui veulent se faire un métier de chercher l’information et, au premier chef, ceux qui le font déjà pour les agences ou les médias traditionnels. On réglera avec leurs syndicats les conditions de leur embauche et de leur rémunération. Leur nombre et ces conditions évolueront et nous verrons ci-après comment c’est le public qui en sera le juge. Leurs contributions sont publiés à l’état brut.

b) L’État doit créer une « rédaction » ou salle de presse, à laquelle se joindront tous les journalistes de tous les médias qui choisiront de le faire. Chacun pourra au départ se faire reconnaître dans un ou quelques domaines de spécialité ou d’expertise et sa tâche consistera à écrire sur les sujets de cette compétence à partir des données brutes que fourniront les agences de presse et reporters autonomes, amateurs ou professionnels. Chacun pourra aussi écrire sur tout autre sujet, mais son statut comme auteur sur ces sujets sera celui d’un amateur et non d’un professionnel.

c) L’État doit créer enfin un « aréopage » de chroniqueurs, dont il est entendu que la tâche consiste à émettre des opinions en s’appuyant sur les faits bruts et sur l’interprétation des faits par les journalistes. Les chroniqueurs peuvent être biaisés, mais leur réputation dépendra de leur sincérité à admettre qu’ils le sont. Participeront au départ à cet aréopage les chroniqueurs les plus populaires des médias actuels, mais c’est le verdict populaire qui en modifiera vite la liste:

Que doit-on publier ? TOUT. Quand on ne pense plus papier mais pixels, ce qui peut être publié sur un site de l’État – qui pourrait s’intituler simplement « Information» – n’est plus limité que par ce qu’il est possible de structurer efficacement. Tout ce que publient les reporters, journalistes et chroniqueurs, amateurs aussi bien que professionnels est publié et demeure indéfiniment accessible.

C’est le positionnement, cependant, qui détermine la visibilité relative des nouvelles. Au « Fil de presse » les nouvelles apparaissent par ordre chronologique. Dans la section « Nouvelles », c’est un comité des journalistes qui choisit la préséance d’apparition des articles et leur positionnement de parution de départ, sur une page générale et sur les pages spécialisées qu’on jugera bon de créer. Dans la section « Chroniques », c’est la popularité du chroniqueur au cours de la semaine précédente qui détermine le positionnement initial de ses articles.

Une heure plus tard, cependant, c’est le nombre des lectures qui déterminera le repositionnement d’heure en heure par la suite des articles et des chroniques, selon le nombre de demandes de lectures qu’elles ont reçues dans leurs sections respectives

Les reporters, journalistes et chroniqueurs professionnels devraient toucher un salaire de base auquel s’ajouteraient des primes selon le nombre de demandes de lecture qu’auraient suscité leurs textes. Tout le monde peut, à sa demande, être publié dans « Information », sans préjudice à son droit de publier lui-même sur internet.

Les « amateurs » seront aussi rémunérés. Pour chacune de leurs contributions, ils recevront une prime plus modeste, mais au prorata de la rémunération d’un professionnel de la même catégorie – nouvelles ou chroniques – ayant reçu un nombre identique de lectures. Un index alphabétique de tous les auteurs d’articles, amateurs comme professionnels nous donnerait la liste des textes qu’ils ont publiés et nous dirait aussi combien chacun a eu de lecteurs.

Cette forme d’autogestion de l’information par les professionnels de l’information eux-mêmes semble la façon la plus pratique d’en assurer l’impartialité, mais il faut y ajouter un contrôle citoyen. La gestion de la publication et diffusion des textes doit donc dépendre d’une Régie autonome de l’Information, sous l’égide d’un « Conseil de presse ».

Ce Conseil consistera en deux (2) sections. La première sera composé de douze (12) citoyens, élus pour la durée d’un mandat (5 ans) renouvelable à l’occasion de chaque élection générale et la seconde de trente (30) citoyens choisis au hasard pour un mois. Ces derniers seront rémunérés pour leur peine à leur revenu actuel plus 15 % et jouiront à la fin de leur mandat du droit inconditionnel de réclamer de leur employeur leur réintégration dans leur fonctions précédentes.

Toute décision du Conseil de presse doit l’être à la majorité de chacune des deux (2) sections. En cas de désaccord, c’est le Tribunal qui tranchera immédiatement et toutes affaires cessantes, tout appel étant entendu lui-meme avec la même priorité.

Nul travailleur de l’information ne sera forcé de se joindre à « Informations », mais on peut supposer que les travailleurs de Quebecor en lock-out – et ceux de Gesca qui pourraient l’être bientôt – trouveraient avantageux d’accueillir cette proposition. Au gouvernement de décider comment il devrait dédommager les journaux et groupes de presse actuels auquel rien n’interdira de poursuivre leurs activités, mais dont il est clair que celle-ci seront perturbées par l’arrivé de ce nouveau media plus crédible… et gratuit

Surtout que, sur le site « Information », il n’y a pas d’autre publicité que celle gratuite, considérée d’intérêts publics. La diffusion de l’information facilitant l’accès des consommateurs aux produits offerts sur le marché est traitée autrement. J’en parle ailleurs – voir le lien – car c’est un tout autre sujet.

Je suis conscient que cette proposition est bien dérangeante et écrase de gros doigts de pied. À peu près tout sera fait pour qu’elle ne soit jamais mise en place. Si vous croyez qu’elle devrait l’être, il faudra donc que vous vous battiez pour qu’elle le soit. Transmettez la RAPIDEMENT à tous les sites et à tous les médias que vous connaissez. Si vous le faites, il y a une chance, seulement une chance, que j’en vois la réalisation de mon vivant.

Pierre JC Allard
(NB: ceci est le dernier de mes articles pré-programmés pour mon hiver au soleil. La semaine prochaine je reviendrai live. En attendant… https://nouvellesociete.wordpress.com/2011/04/09/elections-canadiennes/

368. Cuba, vue sur place   11.04.18

Le 16 avril 2011 marque le 50e anniversaire de la tentative avortée d’invasion de Cuba par les mercenaires à la solde des USA et du ralliement du régime castriste au clan socialiste. Il es symbolique que débute aussi  ce même jour le 6e Congres du Parti communiste de Cuba. Il y a des bilans à faire, des leçons à en tirer et des virages à prendre:  le monde n’est plus ce qu’il était.

Les médias occidentaux veulent naturellement présenter tout changement au modèle cubain comme un acte de repentance et la preuve d’une reconnaissance de la supériorité de la vision du monde made in USA.  Rien n’est plus faux.   La plus grossière fausseté est de faire abstraction du processus démocratique qui a présidé à élaboration des changements proposés.  J’étais présent a Cuba pendant que s’y déroulait un processus de consultation populaire quasi référendaire de novembre 2010 à février 2011, avec 8 000 000 d’opinions diverses exprimées sur des centaines de sujets touchant tous les aspects du fonctionnement de l’État.  Aucun exercice de cette nature ni de cette envergure n’a été tenté aux USA ni dans aucun pays occidental.   Ce qui va changer à Cuba sera ce que la population souhaite qu’il soit changé.

La part sera faite plus belle à l’entreprise privée et donc à l’initiative, sans sacrifier la sécurité, ce qui me réjouit:  il y a trente ans que je dis que l’avenir ne sera ni capitaliste ni socialiste, mais sous le signe de l’entrepreneuriat, avec comme filet sous le trapèze un régime de travail-revenu garanti.  Cuba n’y arrivera pas demain, mais prend la bonne direction… ce qui n’est pas le cas de nos régime dits « démocratiques », avec des inégalités qui augmentent et un processus électoral si manipulé et corrompu qu’il ne vaut plus qu’on y participe.

L’autre grand mensonge est celui de la « faillite » de l’expérience cubaine, laquelle au contraire, malgré l’incessant sabotage de son économie par l’embargo américain et le lavage de cerveau de sa population par une propagande incessante, a marqué des points de match dans les cinq (5) dossiers qui sont aujourd’hui les grands défis des sociétés contemporaines.  1. LA NUTRITION – 2. L’EDUCATION  –  3. LA SANTÉ – 4. L’HABITAT – 5. LA SÉCURITÉ

1. Quand le régime castriste a pris le pouvoir, un rationnement  et des centres de distributions des produits essentiels à prix subsidiés ont vu à ce que tous puissent manger. Aujourd’hui le problème est si résolu que ces mesures sont devenues désuètes et que l’un des changements proposés au présent congrès est qu’elles soient supprimées. ( J’étais personnellement un peu mal à l’aise d’acheter des pains à 2 centimes (0,02$)

2. Tous les Cubains on accès à une éducation gratuite à la mesure de leur talent et de leur ambition. Le taux d’alphabétisation est plus élevé qu’aux USA et la moindre conversation avec qui que ce soit, dans n’importe quel village de l’Ile. indique que le citoyen moyen y a une culture plus large et une compréhension du monde incomparablement supérieure à cette de l’Américain moyen.

3.  J’ai eu quelques problèmes de santé à Cuba. Je témoigne que l’accès a un spécialiste comme a un omnipraticien, pour un diagnostic ou des traitements, y est infiniment plus rapide qu’au Québec et j’ai vérifié discrètement qu’un Cubain décrivant les mêmes symptômes était reçu dans les mêmes dèlais – 24 heures – qui m’avaient été fixés comme étranger.   Les soins reçus étaient de première qualité, tel que l’ont constaté des médecins québécois qui en ont fait le suivi a mon retour.  Cela n’a rien de surprenant, si on comprend que ses ressources médicales, éducatives et d’ingénierie sont pour Cuba UN PRODUIT D’EXPORTATION.  L’apport de Cuba à l’éducation et a la santé du Venezuela ne sont pas sans liens avec le pétrole que Cuba reçoit du gouvernement Chavez.

4.  Il n’y a pas d’itinérants a Cuba.  Cela ne veut pas dire que la question du logement soit résolue: on trouverait preneurs pour 100 000 logements à Cuba et quiconque investirait quelques milliards de dollars à en bâtir ferait une extraordinaire affaire.  Mais  jouer la carte de la solidarité a permis d’éviter le pire: personne ne dort sous les ponts … alors que le pire est la réalité quotidienne dans TOUS les autres pays d’Amérique … incluant, depuis la crise financière, les USA eux-mêmes où depuis des mois des familles vivent ….dans leur voiture !

5. J’ai déambulé systématiquement dans tous les quartiers de La Havane, non seulement sans être agressé, mais sans même y éprouver la moindre crainte.   Il y a des pickpockets à Cuba et je ne laisserais pas mes valises sans surveillance comme on peut souvent le faire au Japon, mais le crime de violence est rarissime, même si la présence policière est discrète et en fait, invisible.  Pour une comparaison avec le El Salvador, le Mexique ou le Honduras où j’ai aussi résidé, lisez quelques journaux…

La vérité, c’est que les cinq problèmes les plus graves qui confrontent le tiers-monde ont trouvé une solution à Cuba.

Il faut donc remettre en perspective la « pauvreté » de Cuba… Je suis loin d’être convaincu que, connaissant les faits réels, une majorité des latino-américains ne préfèreraient pas une société « a la cubaine » à celle qu’on leur a créée, avec une démocratie qui n’est qu’un leurre, des projets de société qui sont des pièges à cons et une dislocation sociale  qui ne peut qu’aller de mal en pis.   En fermant la porte et ses volets sur Cuba, il semble bien que ce soit sa propre turpitude que l’Amérique veuille cacher.

Cuba n’est pas une société idéale; il y manque l’initiative. Mais si l’on considère toutes les variables, il serait plus facile et bien plus rapide de bâtir un monde meilleur en corrigeant les imperfections du modèle cubain qu’en cherchant à rafistoler le nôtre.

Pierre JC Allard

369. Tuer le système   11.04.26

Le systeme de gouvernement que nous avons au Canada ne va plus. Il y a mille choses à faire pour la santé, l’éducation, la justice, la redistribution du travail et de la richesse, maintenir la paix dans le monde, mettre fin à la misère dans un société globale d’abondance et rebâtir TOUT DE SUITE  une structure monétaire et financière stable avant que tout ne s’effondre. On ne les fait pas.

Mille choses à faire, mais l’oligarchie au pouvoir n’acceptera pas de bon gré la réforme d’un ordre social privilégiant les forts et les nantis en fonction directe de la force et de la richesse de chacun. La plupart de ceux qui comprennent le fonctionnement du Système admettent discrètement que celui-ci va vers sa perte, mais une majorité effective de nos dirigeants se plaisent encore à penser que le déluge ne commencera que le lendemain de leurs obsèques. Si on veut entreprendre la transformation de nos institutions, il faudra le faire en opposition au Pouvoir et donc créer d’abord un large consensus contre l’ordre établi.

Qu’on ne rêve surtout pas que ce consensus se bâtira autour d’un ensemble complexe de propositions, comme le Programme pour une Nouvelle Société, par exemple. Le consensus large qui engagera le processus de renversement du Système n’est possible que s’il présente une seule revendication. Une seule. Il faut frapper un seul coup fatal à la jugulaire du Système

Cette revendication doit être extrêmement simple – donc facile à comprendre – et immensément populaire. Il faut que le Système ne puisse la rejeter, mais que, l’acceptant, il ouvre la porte à des changements irréversibles. Y a-t-il une revendication qui puisse satisfaire à ces deux (2) exigences?  OUI. C’est celle d’instaurer une véritable démocratie. C’est au nom de la démocratie et sur le terrain de la réforme des institutions démocratiques qu’il est possible d’établir un vaste consensus contre l’ordre établi.

Qu’est-ce qui permet de penser que l’on puisse réussir ce coup de force? La conjoncture de deux (2) faits dont résulte une situation explosive. Le premier, c’est que pour lutter efficacement contre le fascisme et le communisme à la fois, le système a si totalement conditionné la population à vénérer le mot  “démocratie” qu’il s’est piégé à ne pouvoir la lui refuser. Le second, c’est que  la démocratie a été si ostensiblement mise au rancart, que tout le monde peut constater qu’elle n’existe plus.

La démocratie n’existe plus, car nous avons rompu avec l’idéal du citoyen se prononçant sur les grandes orientations de la société et confiant à ses représentants le mandat de réaliser ses voeux. Ce que nous avons, désormais, c’est une structure politique pseudo-démocratique à trois volets d’importances bien inégales.

En première ligne de la pseudo-démocratie actuelle, il y a le député, devenu désormais sans importance réelle. C’est pour lui que l’électeur vote et c’est lui, en principe, le représentant de l’électeur. En fait, cependant, l’électeur doit voter à la fois pour un candidat député et un programme de gouvernement (parti); il choisit donc, la plupart du temps, de sacrifier celui-là à celui-ci, votant pour le parti qu’il préfère sans égard à la personnalité du candidat.

En pratique il a bien raison, car le député élu n’aura jamais le moindre mot à dire dans le processus de gouvernance; mais le résultat en est que le citoyen ne se sent plus vraiment représenté par celui-là même auquel il a accordé son vote et que le député, déjà privé de pouvoir, n’a même plus la légitimité d’un mandat populaire réel.

En deuxième ligne, il y a les partis politiques. Ce sont eux qui ont la mission de réunir en un tout cohérent et de formuler de façon crédible les programmes entre lesquels une société démocratique devrait choisir. S’en acquittent-ils?  Dans la réalité, le Système tend vers l’existence de deux (2) partis seulement, tous deux aussi près du centre que possible et donc pouvant partager un même programme.

Les tiers partis? Un « tiers parti », naissant à la marge, ne peut accéder au pouvoir que s’il tend rapidement vers le centre et assimile, investit ou détruit l’un des deux partis traditionnels. Ainsi on a vu au Québec l’Union Nationale remplacer les Conservateurs, puis le Parti Québécois remplacer l’Union Nationale.  À Ottawa, on a vu le Reform remplacer le Crédit Social, puis devenir l’Alliance, redevenant finalement les “Conservateurs” et  recréant le bipartisme qui permet de garder l’apparence d’un choix des électeurs… mais le forçant à choisir au centre entre bonnet blanc et blanc bonnet.

En troisième ligne, derrière les députés-poteaux totalement inutiles et les partis interchangeables qui n’offrent plus que le choix entre deux visages de leaders, il y a le vrai pouvoir politique: un fonctionnariat inamovible qui poursuit, quels que soient les élus, la réalisation d’un seul et même programme de gouvernement: l’agenda néo-libéral de l’hyper-pouvoir financier. On maquille cet agenda en bleu ou en rouge, mais nul ne le remet en question.

Cette structure à trois volets dont le troisième est occulté n’a de démocratie que le nom et le peuple en est bien conscient. C’est à cette structure pseudo-démocratique que, selon un sondage de l’Actualité publié il y a quelques années et qui a fait grand bruit, 96% de la population ne fait plus “entièrement confiance”, ni donc aux politiciens …  Elle a bien raison !  Mais si ce 96% de la population qui ne lui fait plus “entièrement confiance”… ne lui fait plus du tout confiance, le système est discrédité et meurt.

Il meurt, parce que le système ne peut pas modifier les règles du jeu politique CONTRE la démocratie par la répression dure à laquelle donnerait lieu, par exemple, une tentative même timide de redistribution de la richesse. Dénoncer la démocratie dont on a fait la pierre d’assise de la société, ce serait pour la gouvernance inviter une insurrection immédiate.

Instaurer une véritable démocratie, c’est donc  prendre le pouvoir par surprise, peut-être même sans coup férir. Tout le reste viendrait par surcroit, car ce que veut le peuple est aux antipodes des politiques actuelles.  Si le système actuel est discrédité, une vraie démocratie peut naitre.

C’est l’abstention ou l’annulation du vote qui discrédite le Système, en enlevant sa pseudo-légitimité au processus électoral.  Quand une majorité de la population refuse de s’exprimer, la non-représentativité des élus apparaît. On crée une situation où, sans violence, mais sans préjugés, on peut regarder de plus près si le gouvernement ne viole pas les droits du peuple en faisant le contraire de ce que celui-ci demande.

On peut légitimement se demander si le peuple n’en acquiert pas des droits sacrés… et des devoirs dont le premier est celui de la désobéissance. Un système auquel on n’obéit plus est mort. Le discrédit qui découle de l’abstention le tue. Une grave décision, mais y a-t-il une alternative  acceptable réaliste ?

Pierre JC Allard

370. La Gauche … au Canada !   11.04.30

« Jack, Jack, Jack… disaient les canards… » Gilles Vigneault, le plus adulé des chansonniers québécois, l’avait dit dans une chanson prémonitoire. Aujourd’hui, ca y est. Tous les canards le disent, du Vancouver Sun au Telegram de Terre-Neuve, Jack s’en vient…. Il se passe quelques chose à Monopolis, comme disait Starmania.

Et tout le monde de chercher la cause de la montée météorique du NPD. UN PARTI DE GAUCHE AU CANADA ! Même Alain Dubuc, docte chroniqueur de ce qui sert de Figaro au pays tranquille des oies blanches qui devient celui des canards sauvages, explique et parle de psychologie de cuisine en en faisant, comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron,

Évidemment, ils ont tous tout faux, car de Vancouver à Terre-Neuve les canards, pas plus que les perdrix ou les sarcelles, ne volent en rase-mottes au-dessus des Jack Monoloy que nous sommes. Ce n’est pas pour rien que les « socialistes » ont parfois de dures paroles pour les médias. Il y en a beaucoup, comme moi, qui considérons les médias comme des suppôts du capitalisme, parce qu’ils ont des becs (gueules) de capitalistes, des pattes (griffes) de capitalistes et volent comme des capitalistes… dans tous les sens du terme.… Nous savons bien que les médias regardent l’engouement pour le NPD de très haut… et n’y comprennent donc rien.

Je suis du NPD depuis sa fondation – j’ai été le premier délégué de la Jeunesse élu à l’Exécutif du parti en 1961 ! – et j’en suis sans doute le plus ancien membre survivant sans solution de continuité . Pour ça, parce que j’ai été deux fois candidat NPD sans attentes (voyez ici un description factuelle d’une campagne comme candidat NPD dans Saint-Maurice) et parce que je me dis ouvertement de gauche depuis toujours, je regarde le NPD et sa montée de moins haut que les canards…. Je vais donc vous dire mieux qu’eux POURQUOI le NPD effectue cette poussée.

Le NPD monte…. Parce qu’on a coupè le cable qui retenait le ballon. C’est la SEULE raison. On aime Layton, bien sûr, mais on aimait aussi Broadbent et Lewis et les autres et un sondage a révélé que, toute partisanerie oubliée, les Canadiens voyaient Tommy Douglas comme le plus grand Canadien de notre histoire…. ! Des types sympa, donc, le NPD. Rien de neuf. Mais ce n’est pas tout….

À chaque élection, depuis que le NPD existe, son programme a TOUJOURS été le programme préféré des Canadiens. Tous les sondages l’ont dit. Comment, dans une démocratie, le Parti qui a les chefs les plus populaire et le programme réputé le meilleur n’a-t-il JAMAIS pu, en 50 ans, être appelé une seule fois à former le gouvernement ? Pour une seule raison : la conviction profonde des électeurs que le NPD ne pouvait PAS forner un gouvernement. On allait perdre son vote avec le NPD. CE SONT LES CANARDS QUI NOUS LE DISAIENT ET LE RÉPÉTAIENT INLASSABLEMENT…

Les canards nourris et engraissés bien dodus par les Bleus et les Rouges, bien sûr… Et pendant cinquante ans on les a crus. Alors chacun votait pour son moindre mal à lui, qui les Rouges qui les bleus et, au Québec, pour un simili-NPD, costumé en bleu et blanc pour qu’il ne fréquente pas les socio-démocrates du ROC et ne leur donne pas des idées de cause commune …

Le NPD ne pouvait pas lever. C’était un ballon captif, retenu par un énorme câble. Un câble tressé de la mauvaise foi de ses opposants et de la crédulité bebête de ses amis. Comme je suis parfois un peu, disons « pragmatique », j’ai proposé il y a longtemps une stratégie pour sortir de ce cul-de-sac, mais c‘est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, le NPD monte. Que s’est-il passé. ?

D’une part, il y a la conjoncture favorable d’un Harper que la moitié de la population déteste à s’en confesser et d’un Ignatieff dont la vaste majorité de la population croit qu’il ne fait pas le poids. Mais ca, c’est le contexte ; habituellement on aurait fait avec malgré tout. Il a fallu autre chose… Cette fois-ci, un fait inusité s’est produit. Lequel ?

Le plus probable est qu’il y a eu une fausse manœuvre. Quand on a vu que le « vote utile » en Ontario passait ouvertement du NPD vers les Libéraux pour bloquer les Conservateurs, un apprentti-sorcier chez les Conservateurs a trouvé astucieux de mettre, croyait-il, les Libéraux hors-jeu en faisant grimper un peu le NPD. Quelques sondages bidons, quelques couacs de quelques canards bien domestiqués… Rien de bien difficile ; dans ce pays on sonde comme on respire.

Mais cette fois, on en a mis un peu trop et quelqu’un – le même ou un autre apprenti sorcier – pour se rendre intéressant, a laissé échapper que le NPD pourrait prendre BEAUCOUP de votes…. Des votes raflés au Libéraux, naturellement…. Gaffe impardonnable, car parler de beaucoup de votes, c’était COUPER LE CABLE. Si le NPD est une option crédible, ça change tout ! Dès que les premiers sondages, sans doute manipulés, ont laissé filtrer une lueur d’espoir que le NPD puisse devenir une option crédible, une masse énorme de crypto-NPD sont sortis du proverbial « closet.

Les faux sondages encourageants on fait sortir de leur retraite des millions d’électeurs qui ne demandaient que ça depuis deux (2) générations : une chance de croire a une victoire du NPD sans paraître stupides… ! Alors Ils l’ont dit et de VRAIS SONDAGES sont venus qui l’ont démontré. Panique, chez les canards, car on a compris brusquement que, le câble du scepticisme coupé, le ballon NPD pouvait monter et que le phénomène ne pouvait aller qu’en s’amplifiant.

Il pourrait s’amplifier jusqu’à ce que cette MAJORITÉ des Canadiens qui ont toujours vécu une discrète histoire d’amour velléitaire avec le NPD perdent toute pudeur et le disent bruyamment dans les sondages…. Or, quand les Canadiens dans les sondages vont majoritairement embrasser Jack sur le perron de l’église à la sortie de la Grand-Messe, sans se sentir idiots, ils ne sont pas loin d’en faire autant dans l’isoloir . Si cette campagne avait duré deux semaines de plus, c’est Layton qui aurait été chercher une majorité !

Mais la campagne est finie. Oof, nous serons sauvés du péril marxo-lenino-stalino-communiste que Layton incarne pour la Droite ! Telles que les choses se présentent aujourd’hui, toutefois, il y a un suspense. Suspense sur les résultats qui sortiront et suspense pour savoir dans quelle mesure ces résultats reflèteront vraiment le vote lui-même et les intentions réelles de votes.

Faire « sortir le vote » a coup de fric et de combines va-t-il pouvoir changer les résultats du vote au-delà de toutes les marges d’erreur admises pour des sondages ? Et si c’est bien ce qui se produit, une machines électorales bien graissée et huilée qui change tout, est-ce une composante acceptable d’une vraie démocratie ?

Suspense… mais quel que soit le résultat de cette spectaculaire manipulation des opinions par les médias pendant si longtemps et du processus électoral lui-même par des pro de l’ « organisation », n’avons-nous pas ici la condamnation sans appel de ce que nous appelons notre démocratie ? Même l’élection de Layton, pour improbable et donc miraculeuse qu’elle puisse être, changerait-elle les fondements du Système et permettrait-elle que la société puisse évoluer vers la justice ?

Et le Canada a un voisin costaud qui n’aime pas la musique de gauche….

Pierre JC Allard

371. Les élections canadiennes; l’art du possible 11.05.03

«  La politique est l’art du possible » – a dit Gambetta – peut-etre s’inspirant de  Bismarck.   Les derniers résultats de ces élections 2011 sont là et il faudrait bien se demander quels sont les « possibles » qui en découlent. Harper a sa majorité. Tout n’est-il pas réglé ?

Le croire, ce serait penser que Harper m’a rien appris de ces élections….  Or quelque chose me dit que, loin de donner un coup de barre a droite, Harper va plutôt habilement se rapprocher d’une position de consensus plus centriste sans laquelle tout au Québec pourrait sauter.

Pourquoi ? Parce qu’une victoire du NPD  aurait consommé  la rupture  de cette union au Québec entre Progressistes et Nationalistes qu’avait réalisée  Levesque et qui avait donné le pouvoir au Parti Québécois sous la bannière de l’indépendance, le temps de mettre les pendules sociales à l’heure.

Si le NPD avait pris le pouvoir, même avec l’appui des Libéraux, on serait redevenu au Québec fiers d’être Canadiens et progressistes… et se dire Québécois aurait eu des allures passéistes, duplesistes…  Exit la souveraineté. Déjà la fin de la campagne électorale du BQ avait des odeurs de soufre et de trahison.

La défaite crèvecoeur du NPD malgré un fort soutien du Québec, refait au contraire,  plus forte que jamais, cette alliance entre Progressistes et Nationalistes québécois CONTRE  un ROC conservateur et passéiste.  La pendule sociale s’est arrêtée au Canada.  La réaction au Québec peut être de vouloir sortir du Canada et l’aile québécoise du NPD devenir un Cheval de Troie à Ottawa plus dangereuse que le Bloc ne l’a jamais été!

Harper qui sait que la politique est l’art du possible va sans doute contrer cette tendance en faisant ce que les Libéraux ont fait avec succès depuis toujours : prendre  les idées du NPD.  Ça aussi, c’est un effet de l’art du possible… Un pas vers la gauche, donc, à prévoir pour Harper.

Les promeses du NPD ne sont pas difficiles a tenir : créer des emplois, aider les familles, renforcer les pensions, mettre fin aux scandales à Ottawa et « inciter » les médecins canadiens pratiquant à l’étranger à revenir au pays. Baisser les impôts des petites entreprises et ne pas diminuer ceux des grandes… Rien là pour qu’on dresse des barricades.  Equilibre budgetaire en 2014-15 ?  On a le temps de voir venir.

Il n’y a que la sortie d’Afghanistan qui pourrait soulever des passions, mais il est bien connu que dans tout carrosse doré il y a une citrouille qui sommeille et qui sait si, avec la mort maintenant annoncée et si opportune de Ben Laden, Obama ne serait pas heureux que son loyal allié le Canada propose de transformer sa participation à la guerre en une mission de paix prolongée, avec éducation, droits des femmes, etc, en y mettant encore plus d’effectifs et de ressources  ?    Une bonne façon de tester les conditions d’un retrait de l’Amérique elle-même de ce conflit qu’elle ne gagnera jamais…. On peut se parler, n’est-ce pas ?

Harper, pour garder la Québec heureux –  mais aussi tous ces Canadiens du ROC qui n’en seraient pas mécontents –  pourra  mettre un peu plus de fric sur les pensions et diminuer un peu les impôts des petites entreprises. Il pourrait même ne pas diminuer les impôts des grandes, tout en leur concédant d’autres avantages, si complexes et bien déguisées qu’on ne saurait même pas comment les lui reprocher !

Et il y a un autre raison pour un pas vers le Centre qui pour lui est à gauche. … S’il le fait, il sera prêt a accueillir tous ces Libéraux désabusés qui devront se chercher un nid.  Car il est probable qu’Ignatieff  démissionnera, laissant s’ouvrir à l’automne une course à la chefferie où s’opposeront un candidat prônant un ralliement au NPD, un autre une fusion avec les Conservateurs, un troisième une relance du PLC …

Harper peut trouver chez ces Libéraux orphelins, la clientèle qui est la promesse d’une majorité pérenne. Il peut devenir vraiment le parti normal de la gouvernance au Canada… s’il vire un peu à gauche… Je parierais qu’il le fera….

Et s’il le fait, les “possibles” d’un gouvernement conservateur se confondront largement alors avec ceux  d’un gouvernement NPD, car il ne faut pas oublier que, la semaine dernière, Layton a affirmé  que jamais au grand jamais il ne ferait quoi que ce soit pour que le gouvernement puisse intervenir dans les décisions de la Banque du Canada.  Il a ainsi rassuré tout l’Establishment qu’il n’arriverait pas au Pouvoir en justicier, en socialiste au couteau entre les dents, mais comme un successeur bien élevé qui ne changera pas les règles du jeu.

Il maitrisait  ainsi l’art du possible, faisant de “Layton au pouvoir” un scenario acceptable au pouvoir financier, mais il disait du même coup qu’on ne nationaliserait pas les banques, qu’on ne reprendrait pas en main le contrôle de la monnaie et du crédit, qu’on n’imposerait pas le capital…

Le NPD ayant appris l’art du possible, on aurait eu un gouvernement qui aurait réparti plus équitablement la pauvreté entre pauvres dans un régime néodémocrate, mais sans commettre l’indécence de demander des comptes aux nantis…  Ce que feront aussi les Conservateurs.

On voit donc dans la boule de cristal une campagne à la chefferie au parti Libéral qui apportera encore des mois de plaisir aux Canadiens – qui s’habituent ainsi peu a peu à vivre dans notre équivalent  de la Quatrième République – et qui se terminera sans doute par la dislocation ou la marginalisation du PLC…  et une autre élection en 2012…

On peut regarder aussi avec intérêt ce qui se passera au Québec, mais on ne voit pas que la  victoire des Conservateurs changera autrement les choses pour les Canadiens. Juste une petite amertume pour un rêve inachevé.  Mais ce rêve n’était pas possible.   Tant que le Système sera là, le rêve restera un rêve.

Pierre JC Allard

372. La manipulation permanente 11.05.09

Le message le plus révolutionnaire  qui surgit des dernières élections canadiennes n’est pas que Monsieur Harper ait obtenu un gouvernement majoritaire, que le Québec ait voté a gauche, que le bloc Bloc Québécois se soit effondré, que les Libéraux n’ait plus de chef ni même un espace idéologique clair entre la gauche et la droite…

Non. La  surprise c’est que tout ça se soit décidé si vite. Les sondages indiquent qu’au Québec environ la moitié des électeurs ont changé d’opinion en deux semaines.  C’est ça la révolution et elle était inévitable. Elle était annoncée.

En 2007, j’ecrivais :  « les médias conventionnels, institutionnalisés, favorisent le statu quo ante et les idées reçues. Mêmes les journaux révolutionnaires véhiculent leurs propres idées reçues, alors que, sur le réseau des blogues, le préjugé favorable n’est pas pour l’inertie, mais pour le changement. Les blogues sont les feuilles de chou de la révolution permanente. Sur les blogues, c’est l’idée novatrice qui a une influence et les blogues sont donc un facteur de volatilité. Avec les blogues dans l’arène, les joutes électorales ne seront plus jamais jouées avant la dernière échappée, car il devient possible que de vastes pans de l’électorat changent d’allégeance en quelques jours” http://www.nouvellesociete.org/5153.html

En 2004, candidat dans  Saint- Maurice,  je prechais pour ma paroisse: “En Inde, lors de la toute récente élection, 40 MILLIONS d’ÉLECTEURS ONT CHANGÉ D’AVIS DANS LES 4 DERNIERS JOURS AVANT LE SCRUTIN, faisant mentir tous les sondages et donnant la majortité à une jeune italienne, veuve de Rajiv Gandhi, qui ne semblait avoir aucune chance. Que 2 ou 3 millions de Canadiens réfléchissent au cours des prochaines semaines et décident d’élire un gouvernement néodémocrate N’EST PAS une impossibilité: c’est le genre de choses que l’on va voir au XXIème siècle.” https://nouvellesociete.wordpress.com/2004/07/01/saint-maurice-jour-1/

Déjè, en 1992, dans le livre “Monde ordinaire, c’est a ton tour”  je disais: “la vision de la réalité que reçoit le monde ordinaire passe ainsi toute entière par le canal étroit de quelques douzaines de journalistes et devient ce qu’ils veulent, dans le respect des tabous que chacun sait qu’il ne doit pas transgresser et qui constituent LA vision correcte du monde, celle qui correspond au consensus de notre société. Il suffirait que chacun puise non seulement avoir acces mais contribuer à une banque de nouvelles pour que ce rabachage à sens unique se transforme en un dialogue et que le monde oridinaire puisse avoir son tour au micro’

Les gens se sont parlés et  juste avant le 3 mai 2011, ont changé d’avis. Ils peuvent le faire encore.  Ils pourront toujours le faire et la politique ne sera plus jamais comme avant.  Un gain pour la démocratie ? Peut-être, mais rien n’est moins sûr.   Le jeu de la volatilité se joue a deux.  Nous sommes peut-être sinplement a l’aube de la manipulation permanente.  La volatilité du vote populaire peut signifier le triomphe de la réflexion et du choix motivé sur les préjugés, les idées toutes faites, les conditionnements….  Mais peut signifier aussi la victoire instantanée des émotions sur le raisonnement, la décision obtenue à l’arraché par un mot d’esprit ou une répartie habile, un sourire ou une larme opportune…

Dans un jeu politique où tout ira plus vite, on ne manipulera pas moins. On manipulera autrement.  Surtout ne commettons pas l’erreur de penser que c’est la spontanéité –  avec ce qu’elle implique de franchise et d’honnêteté – qui fera prime. L’atout-maitre sera l’APPARENCE de spontanéité. Le froid calcul du moment où ils faudra sembler, faible et vulnérable ou fort et indomitable, conciliant ou intransigeant..,

Toujours paraître sincère, bien sûr, mais avec le clin d’œil quasi imperceptible  qui laisse entendre qu’on ne l’est qu’avec les amis et que les adversaires n’ont qu’a bien se tenir, car on est retors et roué, aussi, quand c’est pour la cause…

Rien de cela n’est nouveau. Voyez Obama, voyez Sarkozy qui le font déjà comme les pros qu’ils sont, chacun dans le respect des idiosyncrasies majoritaires de leurs électorats respectifs dont ils font sonder périodiquement les reins et les cœurs…

Ce qui va changer, ce n’est pas le rapport de manipulation, c’est le rythme qui en ira en s’accélérant, forçant à des pirouettes encore inédites ceux qui devront garder en main un électorat de plus en plus inconstant.   Cette évolution peut prendre deux (2) directions.

1)  une manipulation en continu, chaque candidat rivalisant d’ingéniosité pour garder entre les scrutins un contact quasi quotidien avec ses supporters, qui deviennent ses « clients » dans le sens romain du terme ;

2)  l’approche « blitz », où le candidat reste dans l’ombre pour n’apparaître qu’à la dernière minute, apportant, la nouveauté, la surprise, créant un engouement dont il espèere qu’il durera le temps que l’électeur aille lui donner son suffrage.  Le phénomène  « jument verte »  dont j’ai déjà aussi parlé.

On verra les deux approches. Il faudra suivre tout ça avec attention, en gardant la tête froide et en apportant surtout au processus électoral les changements qui en augmenteront la représentativité et redonneront peut-être son sens à la démocratie.

Pierre JC Allard

373. Cuba et le Docteur T.   11.05.16

Retour de Cuba où j’ai passé l’hiver, je posais il y a trois semaines sur ce pays quelques constats favorables qu’on escamote trop souvent. Celà, tout en soulignant qu’on n’y était pas au paradis, mais seulement sur la bonne voie. J’annonçais les changements imminents résultant du processus de consultation auquel on a tant travaillé cet hiver et qui devraient permettre quelques autres pas en avant vers une nouvelle société. C’EST FAIT.

Lundi dernier, on a publié le rapport du VIe Congres et 313 réformes constituant ce que partout ailleurs on appellerait une révolution, mais ce qui ici n’est que le dernier épisode de cette « Révolution » cubaine qui dure depuis plus de 50 ans et qui correspond asses bien à une manifestation de cet esprit « évolutionnaire » que j’appelle de mes vœux … aussi depuis 50 ans.

Je ne vous parlerai pas ici de ces changements. C’est long, il y en a beaucoup, les résumer serait les trahir et ceux qui s’y intéressent vraiment les trouveront un peu partout sur le Web pour en discuter sérieusement. Notons simplement que si les médias USA parlent si peu de ces réformes, c’est certainement qu’on n’y trouve que du bien….

Aujourd’hui, je ne veux souligner qu’un seul point qui distingue Cuba de nos pays de pseudo liberté. La « liberté » – que dis-je, le vigoureux ENCOURAGEMENT ! – que nous donnons dans nos pays dits « démocratiques » à la plus large diffusion médiatique possible de tout ce qui est malsain, pervers, crapuleux.

Arrivant ici, au Québec, j’ai trouvé tous les médias envahis par un roman feuilleton ignoble mettant en vedette un certain Docteur T. qui a poignardé ses deux enfants en bas-âge, puis a raté son suicide dans le contexte d’une liaison de sa femme. Une effroyable banalité dans la tragédie. J’ai trouvé tous nos médias québécois se bousculant pour nous en donner tous les détails. Le Docteur T. ne m’intéresse pas.

Je dis à dessein le « Docteur T ». C’est ainsi que la population devrait le connaître, laissant dans l’ombre tous les gens de sa famille proche et éloignée que personne ne soupçonne d’être ses complices. Ce que le Docteur T. a fait de sa vie et dans sa vie avant de tuer ses enfants ne nous regarde pas. Pas davantage, d’ailleurs, que les détails du crime. Seuls devraient s’y intéresser, sous le sceau de la confidentialité, les jurés qui décideront du sort de l’accusé et les officiers du processus judiciaire.

Pourquoi ce bain de boue collectif ? Un seul rapport annuel – comme celui du Vérificateur Général en matières de finances – devrait suffire pour confirmer que policiers, enquêteurs et magistrats ont accompli leur boulot et que, dans ce cas comme dans les autres cas, justice a été faite. Je ne veux pas entendre parler du Docteur T. Je ne vois aucun bien à ce qu’on en parle aux enfants. Aucun intérêt pour un adulte sain d’esprit à s’y complaire.

L’insistance que mettent ici les médias sur le fait divers bête et méchant et sur les détails sado-porno de la criminalité n’existe pas a Cuba. Que cache cette complaisance de ceux qui dirigent notre société, à nourrir le chancre purulent du voyeurisme dans les esprits d’une population jocrisse, sinon la ferme volonté de la distraire des vrais questions de société, des vrais problèmes économiques et politiques à résoudre ?

Une distraction omniprésente, car notons bien que l’affaire du Docteur T. n’a d’originale que d’être réelle. Pour les médias, elle n’est qu’une chance inespérée de bien commencer la saison estivale en faisant le lien entre une TV réalité dont on déplore qu’elle doive demeurer encore relativement pudique et tous les films d’horreur créés pour paraître plus vrais que nature et qui sont un ramassis ininterrompu de carnages, de tortures et de meurtres.

On ne peut zapper 5 minutes à la TV, sans voir mourir plus de gens que durant toute l’«épidémie » de H1N1. La mort est partout, avec déploiement de policiers prompts à la gâchette, de chirurgiens au bistouri facile, d’avocats à la répartie mercenaire impitoyable, dont la justice n’est pas la première préoccupation. Toutes ces fictions qui ciblent le pire de la vie, ne risquent-elles pas d’inciter à ce que mêmes ces limites soient dépassées par une réalité qui prendra ce pire pour modèle ?

Bien sûr, la nature humaine n’a pas beaucoup évolué, depuis qu’on rigolait au Cirque de voir une vierge jetée comme en-cas aux lions, ou que le Tout-Paris se pressait en Place de Grève pour voir rouer et écarteler le pauvre type qui avait volé un quignon de pain… Mais la civilisation, est-ce que ce ne serait pas au moins d’ESSAYER d’améliorer cette nature humaine, plutôt de la fournir en exemples à imiter pour ses abominations ?

Les médias occupent l’esprit du bon peuple de tout ce qui arrive d’abject et de terrifiant . Tout se passe comme si l’on croyait que, s’il ne pense qu’au pire, Quidam Lambda ne songera pas à ce que l’on pourrait et DEVRAIT faire de mieux. On sera tranquille… L’individu n’échappe à ce modèle négatif que les médias lui proposent de la société, qu’en se réfugiant dans la section publicité, l’intimité des vedettes ou l’insignifiance des jeux questionnaires.

L’immense majorité des Cubain connaitront vite les réformes qui vont changer leur vie. Quel pourcentage des Québécois chercheront – entre meurtres, viols, divorces et âneries diverses – les articles sur un Plan Nord de 80 milliards de dollars sur 25 ans qui changera la vie de leurs enfants ? Pourquoi met-on en évidence le volet le plus répugnant de la vie ?

On parle moins de crimes crapuleux dans les journaux cubains… et il y a moins de crimes crapuleux à Cuba. On peut parler longtemps de ce qui est l’effet et de ce qui est la cause…. mais ne croyez surtout pas que j’en accorde exclusivement le crédit à Marx… . il y en avait moins aussi dans la Yougoslavie de Tito ou dans l’Espagne de Franco – ce dernier peu suspect de tendances gauchistes !

Certaines sociétés plongent moins complaisamment dans un monde sordide de crimes crapuleux. Est-ce que le dénominateur commun ne serait pas qu’on leur propose un but, un projet quel qu’il soit à réaliser et qu’on leur laisse entrevoir un avenir dont on parle et discute, au lieu de les abrutir en les abreuvant ad nauseam de faits divers méchants, cruels, inhumains ?

Il faudrait voir… Est-ce qu’on ne pourrait pas mettre un moratoire d’un an sur la couverture par les journaux du scabreux, du sordide, du criminel au quotidien au détriment de tout ce qui est porteur de sens et en voir l’effet sur la criminalité de ce type ? Est-on si convaincu en haut lieu que la population n’est friande que de cette saloperie qu’on se refuse même à tenter l’expérience ?

Craint-on que les médias ne puissent survivre sans distribuer au peuple sa ration journalière d’obscénité… ou a-t-on si peur que si la population ne reste pas totalement immergée dans la vulgarité et l’inconséquent elle puisse par défaut penser à des choses signifiantes et donc dangereuses ? Comme la vraie liberté, plus d’égalité et peut-être un jour la fraternité ?

Pierre JC Allard

374. DSK. Complot, complot ², complot ³   11.05.19

Dominique Strauss-Kahn, le #1 dans les sondages pour devenir le prochain Président de la France – et accessoirement, pour l’instant, DG du Fond Monétaire International ! – est accusé d’un crime sexuel contre une femme de chambre et arrêté a New York. SCOOP ! Plausible ? Il a une réputation de coureur et c’est le seul véritable argument pour l’instant, le reste étant parole contre parole. Complot ? Ça saute aux yeux.

Avec tous les anti-complotistes qui se disent morts de rire, je suis surpris qu’il reste tant d’imbéciles parmi nous. La vérité c’est que TOUT ce qui se fait en politique est un complot

https://nouvellesociete.wordpress.com/?s=anticomplotistes

La question n’est pas qu’il y ait un complot, mais de trouver lequel. Hier, connaissant peu le dossier, j’ai proposé une fiction sur Rue 89. Le complot au premier degré.

Connaissant les petites faiblesses de DSK, un jolie soubrette correctement soudoyée l’attend à sa sortie de la douche et le prend par son point faible… Dès qu’elle a un échantillon de DNA – repas complet ou mise en bouche – elle prend le portable et lui explique ses exigences, monétaires ou autres. DSK comprend qu’avec ses antécédents il est cuit et file vers l’aeroport… un peu trop tard… »

Vous vous imaginez la France dirigée par une type qui se laisse berner ainsi comme un collégien ? Imaginez-la maintenant dirigée par ceux qui auraient tendu ce piege…   Ce qu’on appelle une « lose-lose situation »… qui est nécessairement une « win-win situation » pour quelqu’un… Simple.

Mais, ça, c’est ce qui sautait aux yeux hier. Comme un lièvre en mon gite, j’ai songé depuis et je pense que ça pourrait être plus subtil. IMAGINEZ que tout se détricote à l’examen et qu’on découvre un DSK innocenté, victime d’une machination. Quel est le résultat ?

Il est triple.

1. DSK se dédouane de toutes les accusations semblables qui trainent dans son placard et qui n’auraient pas manqué de faire surface durant une campagne. Pas qu’on les mettra en doute, mais parce qu’elles seront en quelque sorte « pardonnées » par l’indulgence plenière qui découlerait de son acquittement à cette dernière fausse accusation.

2. Une énorme vague de sympathie se manifeste pour la victime, bafouée pas ces salauds d’Amerloques, vague qui le propulse dans la statosphère des sondages. Rien d’inédit. Un homme politique amputé d’une jambe, suite a une maladie foudroyante, a fait bondir l’option indépendantiste de 10% dans les sondages au Québec lors du dernier référendum et un parti dont le chef marchait péniblement et luttait cotre un cancer a triplé ses appuis aux élections du mois dernier au Canada, sans changer un mot de son programme !

3. Ceux qui auront voulu le piéger – et chacun se fera sa petite idée la-dessus – seront d’autant plus discrédités qu’il y a déjà un large consensus en France pour se méfier et détester TOUS les politiciens. Qui sait si ce n’est pas le résultat final cherché, disculper DSK n’étant aussi qu’une étape vers un but plus insidieux ?

Il n’y a aucune raison aujourd’hui pour croire que le scénario de le disculper – complot au carré ! – soit plus vrai de la vérité que le complot du premier degré … on verra seulement a posteriori quel « complot » a été le mieux ficelé. La seule chose certaine est que, comme d’habitude, ce qui aura été dit au départ par les médias aura étét FAUX… et l’aura été parce qu’on n’aura pas voulu tenir compte de la volonté universelle de comploter… et donc de maquiller les faits.

Et le complot au cube ?…. Le faire accuser et disculper  pour le rendre plus populaire serait-il vraiment la fin de l’Histoire ?  Trop tôt pour le voir.  Si le « complot au carré » se réalise et que Strauss-Kahn est blanchi, on verra s’il n’en découle pas un effet plus grand, plus permanent…  et à qui d’autre que DSK il profite. A suivre….

Pierre JC Allard

375. Ces fonctionnaires de merde !   11.05.23

Même mes adversaires,  sur  le web comme ailleurs, ont été jusqu’ici unanimes  pour reconnaître que je m’adresse à eux comme aux autres avec courtoisie et dans un langage correct.  Je sacrifie maintenant  ici cette bonne réputation. J’utilise quelques gros mots pour être entendu même des oreilles sales.  Je le fais pour une cause que je crois juste. Importante. Incontournable.

Cet article cible une situation au Canada. Si cette situation existe ailleurs, je l’ignore. Coïncidence, donc. Mais la dépossession du politique par l’administratif et donc le passage d’une démocratie vers un mandarinat est un risque constant. Il est bon que TOUT LE MONDE le garde en tête et y réagisse, chacun selon les circonstances.

Il y a des fonctionnaires de merde.  Arrogants, prétentieux, nuisibles et IL FAUT LE DIRE. Il faut se le répéter. Il faut les identifier et faire en sorte qu’ils soient évacués du système par les voies naturelles. En attendant, ce serait faire oeuvre pie, pour quiconque les rencontre, de leur mettre une baffe ou un coup de pied au cul.  Il faut se débarrasser de cette maudite engeance.

Bien sûr, la majorité des fonctionnaires sont des gens très bien, mais il y en a trop qui n’ont pas compris qu’il sont là pour servir et obéir, qu’ils doivent venir quand on les sonne et que s’ils font dérailler le processus démocratique ils devraient être au mieux limogés  et parfois mis en tôle. Si on frôle la trahison, par exemple.  Deux événements coup sur coup au Canada m’ont conduit à ce coup de gueule.

1.  On vient d’apprendre  par Wikileaks – Que Dieu/Allah nous conserve Assanges ! – que lors de l’invasion de l’Irak par la « coalition » américaine, opération entreprise sous de faux prétextes comme on sait et à laquelle le Canada  s’était sagement abstenu de participer, des rencontres ont eu lieu régulièrement entre hauts-fonctionnaires américains et canadiens dont le résultat a été de faire participer intimement et secrètement le Canada à cette guerre.

Participation qui allait à l’encontre de la volonté des Canadiens et faisait fi de la politique formellement exprimée par leur gouvernement démocratiquement élu.  De qui ces fonctionnaires ont-ils alors reçu leurs ordres ? Est-ce le gouvernement qui à hypocritement donné aux fonctionnaires des instructions opposées à celles qu’il a rendues publiques, avec le risque politique énorme  lié a ce double langage…? Ou sont-ce des fonctionnaires, nommés et non élus, à divers niveaux, agissant en parfaite connivence, qui ont pris leurs directives de Washington plutôt que d’Ottawa. ?

Il faudrait bien que l’on éclaircisse ce point. On parle d’une guerre.  Si des fonctionnaires ont contrevenu aux ordres du Gouvernement, on est à la frontière de la haute-trahison. Dieu Merci, Monsieur Chrétien est encore avec nous et pourrait nous en dire plus. Il suffirait de le lui demander. Nos médias écrits ont-ils le courage de suivre ce genre de dossier ?

2. Passons à autre chose.  Bon article de Daphné Cameron en page A 16 de La Presse du 17 mai.   De quoi s’agit-il ?  En 1964, Rejean Hinse a été condamné pour vol a main armée. Il a purgé 5 ans de pénitencier. En  1989, 25 ans de combats plus tard à clamer son innocence,  il a réussi à porter sa cause devant la Commission de Police qui a estimé qu’il avait été victime d’une enquête « pourrie »  En 1991, la Cour d’appel a cassé son verdict de culpabilité. En 1997, 7 juges de la Cour Suprême, à l’unanimité, l’ont acquitté.

M Hinse a demandé compensation… le gouvernement a refusé.  Retour devant la justice, où, il y a six semaines – 47 ans après les faits ! – la juge Hélène Poulin de la Cour Supérieure a rendu jugement. Elle parle d’inertie administrative, de paralysie institutionnelle et de « cafouillage juridique qui donne le vertige »  Le Gouvernement va-t-il enfin reconnaître  ses torts ?    Va-t-il payer ?  OBÉIR au tribunal qui ordonne le paiement immédiats de dommages intérêts à Monsieur Hinse qui a maintenant 73 ans…. ?

Que non.  Un fumier de fonctionnaire anonyme a convaincu le Procureur général de porter le jugement en appel.  Tout, pour ne pas admettre un erreur des commis de l’État. Un cas unique ?  Voyez  aussi ça,  et ça aussi... La stratégie évidente est que la victime tôt ou tort mourra.  On l’enterrera et avec lui l’erreur des fonctionnaires de merde qui ont détruit sa vie.  Si jamais j’ai le nom des responsables et particulièrement du salopard et de ses acolytes qui ont proposé de faire appel de ce dernier jugement, je les publierai avec mes commentaires et je signerai.

Evidemment le pleutre de fonctionnaire va dire que la décision vient d’en haut. Le Procureur Général ?  Que peut-il connaître de ce dossier ?  On se gargarise du mot démocratie, mais le système est fait de telle sorte qu’une petite clique de fonctionnaires, nommés et non élus, pratiquement inamovibles, en étroit contact avec les lobbies nationaux et étrangers, mais jamais sous la loupe qui pourrait déceler chez eux la corruption ou la trahison, sont les vrais gouvernants de ce pays.

Les politiciens seront blâmés et on en change de temps en temps, mais c’est de la poudre aux yeux.  Ils servent de paratonnerre, de caution si le peuple se fâche, mais c’est la merde d’un fonctionnariat  qui usurpe son autorité qui est le cœur du vrai fascisme.  Sur ce fonctionnariat bien caché, le peuple n’a aucun contrôle.  La merde n’apparaît que si on soulève le couvercle de la politique qui cache les latrines de l’administration.  Elle n’est ni bleue, ni rouge, ni orangée….  Elle est de toutes les couleurs et elle me donne la nausée.

Je ne lancerai pas une pétition, mais si vous êtes au Canada et que vous voulez dire au Ministère de la Justice ce que vous pensez de ses 47 ans d’injustice dans l’Affaire Hinse et des autres « dégueulasseries » de ses larbins, c’est à cette adresse webadmin@justice.gc.ca.  Un fonctionnaire vous lira. Peut-être. Si vous êtes ailleurs, « Laissez-vous guider par votre inspiration ». C’est ainsi  que le sage Vyasa conclut les Kamasutras.

Pierre JC Allard

376. Puerta del Sol. On brise la boussole… 11.05.31

Il y a déjà longtemps que je dis qu’aucune organisation révolutionnaire ne  pourra détruire  le Système, car aucune organisation ne pourra être mieux « organisée » ni disposer d’autant de ressources. Par la force ou la corruption, le Systeme peut triompher de toute organisation rivale.   Ce sont des INDIVIDUS  visant un même objectif, mais ne se constituant pas en groupes, qui abattront le Système en le sabotant, chacun à sa façon. Une société complexe est extraordinairement vulnérable. Dès que le citoyen lambda ne VEUT PLUS que le Systeme fonctionne, le Systeme s’effondre.  C’est ce qui se produit quand le ras-le-bol passe le seuil ou le citoyen lambda accepte le risque de l’anarchie.  Mai 68 apparait alors comme une répétition générale.

Sur la question des retraites, l’an dernier, la France a fait un pas… puis a reculé.. Ce qui se passe en Espagne va plus loin. Jusqu’où iront les INDIGNADOS  qui manifestent ? On ne sait pas encore. Tout peut basculer vers la violence armée ou se calmer  sous les matraques…  Mais il y a une chose qu’on ne souligne pas assez. Pendant que le peuple occupe la rue en mode insurrectionnel… il répudie la gouvernance socialiste  au pouvoir et vote massivement à DROITE ! Les Espagnols ont-ils perdu la boussole ? Sont-il a réclamer plus de pouvoir pour ceux qui les matraquent ?….

Il y a une autre hypothèse. Que les Espagnols n’aient pas voté POUR la Droite mais simplement CONTRE la Gouvernance.  Il appert que cette gouvernance se disait de Gauche, mais les Espagnols ont peut-être compris que la vieille boussole qui disait « Gauche »‘ et « Droite »  n’a simplement plus de sens.

Dans une société industrielle où il y avait encore pénurie, on a pu, pendant des décennies,  jouer le scénario de manipulation « démocratique » d’une société industrielle.   On identifie des pôles Gauche-Droite et les électeurs se situent sur une seule droite  avec un gonflement au centre, en forme de courbe de Gauss, passant dans une continuité souple d’un extreme à l’autre.

On oppose ainsi ceux du RSA, du SMIC et autres perdants  à gauche aux « nantis » a Droite qui gagnent 5 ou 6 fois leurs salaires et qu’on leur présente comme adversaires.  Ça marche , car s’il n’y en a pas pour tout le monde, on se bat pour les os… Par de petites manipulations  au centre, on pouvait faire basculer la majorité politique en alternance, d’une gauche molle a une droite molle…

Mais les choses ont changé.  On est dans une société tertiaire, postindustrielle d’abondance ou la pauvreté est un choix politique. On maintient l’illusion d’une courbe de Pareto avec des revenu en gradation continue, mais la réalité c’est que, depuis deux générations, une toute petite minorité ramasse TOUTE la plus value du progrès et de l’augmentation de la productivité.   Le pauvre qui entend parler milliards voit tout a coup que son  voisin « nanti »  n’est lui-même qu’une pauvre cloche.

Il comprend que l’adversaire qu’on lui désignait n’était la que pour servir de pare feu et de bouc émissaire, comme ces Indiens juste un peu moins maltraités que les Noirs, qu’on importait et qui servaient de contremaitres en Afrique durant la colonisation britannique. Ces Indiens qui ont été massacrés à l’Indépendance, alors que les maitres prenaient le paquebot en première classe et rentraient retrouver leur compte de banque dans la City.

Il voit que le vrai clivage n’est plus entre lui, smicard, et le petit professionnel ou rentier qui a quelques sous,  mais entre plus de 99% de la population « en bas » qui est manipulée pour se disputer des fonds d’écuelle, alors qu’une richesse colossale demeure virtuelle entre les mains d’une infime oligarchie… qui est « en haut »…

Les Espagnols du PSOE comme ceux du PP comprennent maintenant que la Gauche n’est qu’un autre nom pour la Droite. Ils brisent la boussole  et votent contre le gouvernement « de gauche » de Zapatero, tout aussi prêts à voter demain contre un gouvernement de droite. Ils ont saisi la totale hypocrisie et futilité du leurre démocratique: manipulation médiatique pour tous tout le temps et corruption ponctuelle pour les cas difficiles. La seule gouvernance qu’ils veulent, c’est celle qu’ils se bâtissent à la Puerta del Sol.  Ce qui est aussi près de l’anarchie qu’on peut l’être sans se dire anarchiste. Et tout près du seuil de cette « action individuelle » qui peut détruire le système.

Cette prise de conscience de la fumisterie démocratique peut amener de grandes surprise lors des prochaines élections en Espagne…  et en France aussi. Parler d’élections, d’ailleurs, est le « bon »‘ scénario, car tout va très vite. Le danger n’est pas nul que, tôt ou tard, les 99,99 % de jocrisses bernés par leur patron, leur député, leur leader syndical, leur banquier et le journal de 20 heures se souviennent que l’on a guillotiné exactement 2780 personnes à Paris durant la Révolution, ce qui a résolu un problème qui trainait depuis longtemps.

« Mauvais » scénario, triste et brutal, mais 2780 personnes, ce n’est même pas le nombre de victimes d’une petite bataille qui ne fait pas la Une, dans une de ces petites guerres de rien du tout que fomentent presque tous les mois ceux encore moins nombreux, banquiers et autres exploiteurs, qui causent tous les problèmes.

C’est une idée dérangeante et il vaut mieux parler d’élections. Mais ne nous imaginons pas trop que la vieille rengaine gauche-droite va faire florès cette fois.  Un consensus est à se créer contre « ceux d’en haut », ceux que j’ai appelés « cette mince pellicule de moisissure à la surface de la France ».

Si tout va bien et que la démocratie perdure et joue son rôle, c’est ceux qui comprendront ce rejet de « ceux d’en haut » qui seront portés par le zeitgeist de ce consensus et adoubés par le peuple au prochain scrutin. En Espagne, en France, même aux USA ! …  On fera quelques changements sans trop de dommages.  Mais si la démocratie est empêchée de s’exprimer et que les individus chacun pour soi décident de passer à l’acte il pourrai y avoir des dommages collatéraux.  Dans le monde où nous vivons et les injustices qu’il recèle, 2780 têtes de banquiers et d’exploiteurs pourraient ne pas peser bien lourd

Pierre JC Allard

377. Solidaires de la Montérégie   11.06.05

On se plaint beaucoup aujourd’hui de la présence envahissante de l’État et je suis d’ailleurs de ceux qui trouvent qu’on met parfois un carcan néfaste à l’initiative des individus. Qu’on impose des contraintes qui nous retardent, nous appauvriissent et qui nous démotivent surtout. Je préfère de loin une société «entrepreneuriale» qui bâtit un espace où règne la liberté d’avoir plus et de devenir mieux, à la morne complaisance d’un réseau d’obligations molles, toutes également (en principe) mal récompensées au nom d’une égalité de facade qui cache d’inavouables privilèges.

De cet « espace libertaire« , cependant j’ai déjà parlé souvent. Je veux ici insister sur l’absolue nécessité de bâtir ce «piano nobile» de liberté sur un basilaire de solidarité au palier de ce qui est l’essentiel. Si cette base de solidarité n’est pas acquise, une société saine ne peut survivre et se développer.

Or, il y a des aspects de cette solidarité qui sont escamotés. Ceux qui permettent une péréquation directe donnant au travail sa vraie valeur, bien sûr, mais ceux aussi qui négligent le soutien total que la société devrait apporter aux victimes de désastres exceptionnels.

Il y a 14 ans, je m’insurgeait contre l’arbitraire qui présidait à l’aide apportée aux victimes de la Crise du Verglas. Je puis reprendre ici mot-a-mot le même argumentaire, pour demander que soient pleinement compensées de leurs dommages sinon de leurs peines les victimes des inondations résultant de la crue du Richelieu.

Voici ce que que je disais le 21 janvier 1997:

Le pire est passé. Il reste bien des branches cassées, des toîts à réparer, des fils à remettre en état, mais le pire est passé. Jusqu’à ce que le pire revienne. L’an prochain, dans dix jours ou dans dix ans. On ne sait pas quand le pire reviendra, mais on sait qu’il reviendra.

Le pire, cette fois, c’était le verglas, les pannes de courant; mais souvenons-nous que le pire, c’a été aussi les inondations du Lac-St-Jean. Que le pire, la prochaine fois, ce sera peut-être une catastrophe écologique, un tremblement de terre, une épidémie… Le « pire »est inéluctable et, quand vient le temps du pire, c’est là qu’on peut juger d’une société. Une société ne vaut que par la solidarité qu’elle manifeste. Comme un mariage: pour le meilleur …ou pour le pire. 

Maintenant qu’on a fait ce qu’il fallait pour résoudre le problème et qu’on commence à y voir plus clair, on en arrive à se demander qui va payer la facture: les victimes seules, ou nous tous.

Est-ce que les Montérégiens et les autres sinistrés vont supporter seuls le poids du malheur, ou TOUS les Québécois vont-ils prendre leur part du coût du désastre? 

C’est la question à laquelle on va maintenant essayer de ne pas répondre clairement, comme on n’y a pas répondu lors des événements du Lac-St-Jean, comme on n’y a pas répondu lors des inondations de la Rouge au Manitoba. On va éviter la question en donnant des compensations arbitraires plus ou moins généreuses aux victimes, selon la perception qu’auront les politiciens du désir de la population de leur venir en aide.

A certains ont donnera plus, à d’autres moins, sans vraie raison… et à tous moins qu’ils n’ont perdu; pas par méchanceté ou mesquinerie, mais tout simplement parce que les règles sont inexistantes qui permettraient de définir à combien chacun a droit. On donnera… mais on évitera de dire si oui ou non les victimes ont DROIT à une compensation… et à quelle compensation exactement elles ont droit. On veut bien contribuer, mais on ne veut pas reconnaître le droit de la victime à dédommagement et donc notre responsabilité collective à dédommager.

Pourtant, ne serait-il pas normal, dans une société civilisée, que toute la collectivité soit solidaire des catastrophes NON ASSURABLES qui échoient à tous et chacun de ses membres? Est-ce que cette solidarité ne devrait pas être la pierre d’assise du désir de former une nation, de vivre ensemble, pour le meilleur ou pour le pire? Ce n’est pas une idée nouvelle que cette assurance collective, mais les événements récents en rappelle la nécessité.

 Il y a quelque chose de malsain, en effet, à traiter comme une opération discrétionnaire de charité ce qui devrait être le partage automatique des risques et l’étalement sur toute la population du coût des catastrophes qui frappent les uns ou les autres des citoyens.

Tous ces risques majeurs spécifiquement exclus des polices d’assurance ordinaires – allant des séismes à la guerre – devraient faire l’objet d’une couverture générale par l’État. La compensation devrait être un droit pour la victime d’une catastrophe. La contribution de tous devrait être l’expression de notre désir de former vraiment une collectivité

.

En assurant ainsi chacun de ses membres contre les risques non assurables, l’État ferait enfin un pas en avant vers le progrès de la solidarité qui est l’essence de la conscience d’être une nation. Un geste qui marquerait un temps d’arrêt dans le processus néfaste de désintégration de tous les liens sociaux que nous impose le courant néo-libéral actuel.

Un gouvernement qui réagirait de la sorte en allant au secours des victimes de la catastrophe naturelle que nous venons de vivre créerait un peu d’espoir.

***

Je n’ai pas changé d’avis et je n’ai pas modifié une virgule de ce texte. La seule variable qui a sans doute fluctué, c’est la bonne volonté de la population à assumer ou non cette responsabilité collective. Il faudrait voir. Si le désir – que je partage – de laisser à l’individu une plus grande discrétion pousse une majorité à soutenir le principe de la solidarité de la commune participation face aux catastrophes collectives, ce sera un indice que la population mérite cette liberté accrue qu’elle réclame.

Pierre JC Allard

 

378. Bavures et absurdité… variations sur un thème de Patrick Lagacé   11.06.12

Mardi le 7 juin, en plein centre-ville, des policiers ont ouvert le feu et abattu un itinérant bien connu de leurs services de même qu’un passant …  Indignation de la population et de certains journalistes.  bbt de fonds que nous n’y apportons pas de remède… ou parce que nous tenons à garder bien à vue l’image omniprésente de la misère exemplaire? Les vieux clochards ne sont-ils pas là pour pour illustrer le destin qui frappe ceux qui ne jouent pas le jeu ?  Pour consoler ceux qui ne bénéficient pas du boom économique néo-libéral, mais à qui il reste un chèque du B.S pour vivre, dont les enfants sont nourris à l’école et qui n’ont encore à quêter que quelques jours par mois pour joindre les deux bouts ?

« Voyez » – leur dit le Système – « Ça pourrait être pire; vous pourriez être seul, éthylique, sans abri… Accrochez-vous solidement à la pauvreté subventionnée et taisez-vous; un moment d’inattention, un geste de révolte et vous pourriez tomber dans la misère abjecte, l’itinérance… ». Et une partie croissante de la population apprend de cette leçon de choses à faire la queue en attendant un emploi qui n’existe pas, en attendant une formation qui ne mène à rien, en attendant la soupe…

Bavure #1, Bavure #2… La mort de l’itinérant est aussi absurde que celle du passant . L’absurdité du système est partout.  Ce serait chouette si Patrick en parlait, de ça aussi, car il n’y a pas qu’en les canardant dans la rue qu’on peut tuer les gens. On peut aussi les laisser mourir.

Voir l’article de Yves Boisvert  » Le clochard et le flic »

Pierre JC Allard

379. Le Réseau de la Vérité 11.06.20

N.B:  Ce texte a été publié en 1998. Je crois qu’il est temps de le diffuser plus largement, car à mon avis le mensonge sur la situation en Libye et la censure presque totale sur ce qui se passe aujourd’hui en Grèce et en Espagne et les crises nucléaires signifient que le danger qu’il annonçait est désormais imminent. On ne peut espérer que le Système continuera longtemps à permettre que l’Internet sabote les efforts des médias quasi unanimement engagés dans la phase finale de la désinformation. Il est temps d’être tous prêts à nous informer les uns les autres.

***

Les avancées de la science et de la technologie nous étonnent souvent, nous déçoivent parfois mais, paradoxalement, elles nous rendent toujours un peu plus vulnérables, puisqu’elles nous rendent chaque fois un peu plus dépendants des nouveaux outils qu’elles nous offrent et de ceux qui savent les manier.

Il ne faut pas s’en plaindre, car c’est cette interdépendance accrue que nous avons les uns envers les autres dans un système complexe qui rend indispensables de nouvelles catégories de travailleurs, ceux-ci acquérant du même coup une égalité sociale qui resterait un voeu pieux si cette indispensabilité ne leur apportait la force de la faire respecter. C’est ainsi que viendra la démocratie, avec cette interdépendance qui rendra un large consensus incontournable. Vivement le progrès, donc, mais il ne faut jamais oublier cette fragilité croissante d’un système qui devient de plus en plus complexe, ni la vulnérabilité de chacun de nous à l’intérieur de ce système.

Prenez l’Internet, par exemple. En 1992, quand je proposais de mettre en place un système qui permettrait au « monde ordinaire » de diffuser la nouvelle que le Système occultait et les opinions qui n’avaient pas droit de cité (Texte 124), les moyens qu’il fallait déployer pour donner à chacun son droit de parole étaient encore bien compliqués. Aujourd’hui, tout le monde, grâce à l’Internet, peut avoir son tour au micro et il est même tout à fait concevable que le plus clair des communications entre l’État et le citoyen soient désormais acheminées par ce canal.

Merveilleuse, l’ubiquité de l’Internet, mais potentiellement dangereuse puisque la structure technique qui sous-tend l’Internet n’est pas un cadeau divin mais un outil que le Système a bien en main et qu’il contrôle à volonté. Il ne faut jamais oublier que le supposé anonymat des communications sur Internet est un leurre et un piège à cons.

Il n’est pas ridicule de penser que la grande liberté des communications sur Internet ait, entre autres buts, celui de débusquer, d’identifier et de ficher à l’échelle planétaire l’ensemble des séditieux et des contestataires même les plus vélléitaires du Système. Quand ce but aura été atteint – disons quand d’un milliard d’utilisateurs réguliers, dans 10 ans, *on aura trié le million qui pensent vraiment et les cent millions d’insatisfaits qui pourraient leur prêter l’oreille – il y a fort à parier que la « liberté » de l’Internet deviendra officiellement une liberté surveillée.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas profiter au maximum de l’Internet pour diffuser aujourd’hui des idées de réforme; mais il faut être bien conscient qu’il s’agit d’un risque calculé et que les jours pour le faire sont comptés. Comment le Système traitera les contestataires quand il les aura identifiés reste à voir, comme il serait évidemment inopportun de discuter « hic et nunc » des moyens dont pourront alors disposer ceux-ci pour se prémunir. Il n’est pas trop tôt, cependant, pour établir une solution de rechange à l’Internet comme voie de communication.

La solution de rechange à la voie hypertechnique de l’Internet doit naturellement être, autant que faire se peut, une solution simple, à l’abri du sabotage et du contrôle de ceux qui gèrent l’infrastructure technique de la société. Il faut en chercher le modèle loin dans le passé, au temps de l’Eglise des catacombes

Il faut établir un Réseau de la Vérité. On peut garantir la diffusion efficace de toute nouvelle et de toute idée de changement que le Système veut cacher en assumant, chacun de nous, la responsabilité d’informer dix (10) personnes de tout ce qui apparaît politiquement signifiant mais n’est pas couvert par les médias. Des faits, d’abord, mais aussi les opinions qui sont systématiquement occultées. Transmettre la vérité à dix personnes. Aujourd’hui par courriel, mais aussi, à la moindre défaillance du Web, quelle que soit l’excuse alléguée, par téléphone et demain par l’ancestrale méthode du bouche à oreille. Ce qui vaut pour les rumeurs les plus folles ne vaut-il pas au moins tout autant pour la vérité? Et personne ne peut arrêter le message qu’un nombre suffisant d’individus décident ainsi de transmettre.

Attention ! Il ne s’agit pas ici de créer un club-pyramide de la conspiration. Il s’agit de transmettre indéfectiblement la vérité significative qu’on apprend et qui ne fait pas les manchettes à des gens qu’on connaît bien, à des gens qui peuvent nous faire confiance. Il s’agit que ceux-ci fassent de même, le plus vite possible. Il s’agit de recevoir et de transmettre le plus rapidement possible les faits et les idées que le Système ne veut pas que nous sachions.

Transmettre à des amis, à des gens qu’on respecte et dont on sait qu’ils ont une conscience politique, sans égard à leurs opinions. Il serait contre-productif, en effet, de chercher à n’inscrire à la liste des 10 personnes que l’on informe que des gens qui partagent les mêmes idées que soi: on ne ferait qu’accélérer le travail du Système pour identifier tous ceux dont la pensée n’est pas « correcte ». Au contraire, il faut informer impartialement – mais tout de suite et sans solution de continuité – les dix personnes dont on croit que, quelles que soient leurs opinions actuelles, elles ont l’honnêteté, l’intelligence et l’intérêt requis pour apprécier les faits, former leur propre jugement et agir selon leur conscience.

Quand le Système commencera à s’écarter de plus en plus grossièrement de la vérité, ce sont ces gens de bonne volonté qui aujourd’hui « donnent la chance au coureur » qui s’inscriront en faux contre le Système et, discrètement, commenceront à poser les gestes nécessaires pour que les choses changent.

Il est possible qu’une Nouvelle Société advienne incessament dans le sillage d’une crise financiére irrépressible; il est possible, aussi, qu’elle naisse à court terme d’une action politique ou d’une prise de conscience, par ceux qui ont le pouvoir de le faire, de la necessité de modifier radicalement les règles du jeux. Cette prise de conscience arrivera d’autant plus vite que sera mis continuellement en évidence le fossé entre la réalité et le discours politique dominant actuel.

Contribuez à la diffusion de la vérité. Prenez la résolution d’avertir IMMÉDIATEMENT dix (10) personnes – toujours les mêmes – de chaque mensonge du système et de chaque nouvelle escamotée par les médias, demandant à ces dix personnes de relayer cette information vers dix autres personnes de leur choix et de vous en aviser si elles-mêmes connaissent de quelques faits significatifs ou d’idées porteuses de changement. De se questionner, aussi, si vous cessez brusquement de les informer sans explications.

En prenant cette résolution et en la respectant, vous créez aujourd’hui, et surtout pour demain, un réseau infrangible d’information. Un réseau efficace, car si vous réagissez en dix minutes et de même ceux que vous avertissez et ainsi de suite, c’est en principe un million de personnes qui ont été informées dans l’heure qui suit !

Il faut assurer la transparence de l’information et doter la société d’un réseau de communications qui ne puisse être brisé. Ç’est là une condition essentielle, non seulement pour qu’arrive une Nouvelle Société mais aussi pour que cette société soit soumise dès le départ, comme il se doit, à l’examen vigilant et constant de la population. .

Pierre JC Allard

  • NB:  Ce texte a été publié  en 1998. Le milliard d’utilisateurs a été atteint en 2006

380. Quand l’individu se fâche 11.06.26

Le 3 juin 2011, s’est terminés la vente aux enchères en ligne des biens de Theodore (Ted) Kaczynski. On a recueilli 232 000 $. Les acheteurs ont probablement fait une bonne affaire, car on entendra sans doute encore parler de “Unabomber”.

Ted Kaczynski – Unabomber – a été un assassin bien atypique. Mathématicien brillant – (Q.I de 167, il a trouvé une solution originale à l’un des problèmes les plus frustrant des maths ! ) – ce Grigori Perelman avant l’heure a été professeur à Berkeley… puis s’est retiré dans une cabane au fond des bois. Un autre original. Mais lui ne s’est pas contenté comme Perelman de refuser les  honneurs et les prix les plus prestigieux pour montrer son dédain des vanités de ce monde. Il a tué des gens.

Il en a tué trois (3) et blessé 23, au cours d’une quinzaine d’attentats aux colis piégés. Il a aussi tenté de faire exploser quelques avions, ce qui aurait multiplié par 10 ou par 100 les dommages personnels et matériels qu’il a causés.  Il a sévi pendant 17 ans, et a été l’objet de la chasse à l’homme la plus coûteuse de l’histoire du FBI.  Pourquoi a-t-on eu tant de mal à le trouver ? Parce que Kaczynski n’était pas un assassin comme les autres. Il tuait pour des principes.

Le système policier n’est pas construit pour chercher des gens qui préméditent de tuer des inconnus pour des principes, sans en retirer un bénéfice ou une autre satisfaction. Des fous le font, mais ils préméditent peu, ou si mal.  Dans l’esprit normal d’un policier normal, Unabomber qui semblait tuer n’importe qui pour rien était bien un fou. Mais qu’il soit fou n’aidait pas l’enquête, car tuer n’importe qui pour rien, n’importe qui peut bien l’avoir fait…  Un « fou », Unabomber, mais un fou quI a des principes et un Q.I de 167 n’est pas un fou comme les autres.   On ne l’a arrêté que quand son propre frère l’a dénoncé…

Quel sorte de fou était Kaczynski ? Sa thèse de base était que l’humanité, en choisissant la voie de la technologie, était à sacrifier sa liberté, sa vraie raison d’être et ses chances de bonheur. Le remède ? Renoncer à la technologie et communier avec la nature. … Ceux qui ne le veulent pas sont des obstacles.

Qui ne veut pas renoncer à la technologie ? Les “Gauchistes”. Des impuissants frustrés qui ne veulent vivre que collectivement et avec cette béquille de la technologie pour masquer leur ineptie.    Action  à prendre ?   Détruire la technologie… et les Gauchistes. Vaste programme, eexpliqué dans son manifeste qui n’est pas si long à lire

Quel intérêt peuvent présenter aujourd’hui pour nous Kaczynski, son manifeste et ses idées?  C’est que  Kaczynski pourrait apparaître  bientôt comme un point de repère important dans l’évolution de la pensée et de l’action politiques. Ce “fou atypique” pourrait devenir un modèle pour deux (2) types de “fous”.

Le premier type, c’est celui des “passéistes”. Ils ont toujours existé, mais cette tendance peut prendre une énorme importance, maintenant que se multiplient depuis Fukushima ceux qui réclament l’abandon du nucléaire. Rien ne prolifère plus rapidement que des iconoclastes dans un bouillon de culture parano.   On a peut-être de bonnes raisons de renoncer au nucléaire, mais beaucoup s’y opposeront certainement et le débat, en se radicalisant, tendra vers  le rejet par certains de TOUTE  technologie. Cette évolution prévisible est sans doute déjà dans les gênes du mouvement Vert, car elle apparait bien clairement dans son phénotype.

Les amoureux du passé, tout en condamnant ses méthodes, pourraient faire de Kaczynski un modèle. Pour sa position idéologique qui est l’antithèse de la pensée dominante, jointe à son engagement dans l’action qui tranche avec les discussions généralement oiseuses des politiciens.  Pour son total désintéressement, aussi, car il a assumé le rôle de prophète-martyr pour une cause dont il ne pouvait espérer aucun bénéfice.

Le second type de disciples potentiels de Unabomber, plus inquiétant, serait celui de ceux qui, au contraire des premiers, pourraient ne pas partager l’opinion de Kaczynski sur la technologie, mais croire que ses méthodes ont du bon…

Kaczynski, qui a agi seul et a eu un impact certain, est un modèle qui peut dangereusement séduire, dans un pays comme les USA qui prône l’individualisme et où trainent 400 000 000 d’armes à feu en mains privées. La misère augmentant aux USA, toute issue politique étant fermée par un pseudo bipartisme qui cache une seule classe d’exploiteurs, toute action révolutionnaire collective semblant condamnée à l’échec face à une omniprésente surveillance, la contestation aux USA n’a plus aucun exutoire efficace.  Il n’est donc pas impossible que les perdants du système adoptent l’assassinat ciblé, comme message et comme riposte, faisant de Théodore Kaczynski un précurseur…

Ce n’est pas parce que l’on est comme moi un de ces Gauchistes que maudit TK et qu’on préconise une solution à la crise par un partage de la richesse, qu’on ne doit pas voir que la violence et une descente dans l’anarchie sont, hélas, une conclusion bien plus probable à la crise actuelle qu’une entente raisonnable.  Nous disons « USA », mais en l’absence de toute solution, il n’est pas impossible non plus qu’à Athènes ou Madrid,  un jeune homme tout ce qu’il y a de bien s’installe un jour avec un fusil à mire sur un toit, abatte à 2 ou 300 mètres un ou l’autre de ceux qu’il juge responsables de ces malheurs… puis rentre chez lui tranquille, vengé et satisfait.

On ne nous en dira rien, ce soir-là à la TV, mais la révolution de l’individu contre le Système aura commencé…. « à la Kaczynski ».  On ne le saura pas tout de suite, mais il y en aura d’autres et la rumeur courra… des journaliste particulièrement marrons ou des politicien exceptionnellement véreux, des banquiers plus cupides seront abattus par des anges exterminateurs anonymes. Chaque attentat banalisant le geste et suscitant même parfois une approbation tacite. Revoyez le film Taxi Driver

Des personnages connus, mais que tout le monde déteste, disparaitront du carnet social, descendus par un quidam vraiment révolté, sans autre intérêt personnel que de faire sa petite part pour la Grande Lessive et qui n’en parlera ni a sa femme, ni a ses copains… S’il agit par principe, sans interêt personnel, n’en abat qu’un et se tait,  il est bien improbable qu’il soit jamais soupçonné.

Ne me faites surtout pas dire que je souhaite cette évolution. Comme la guillotine elle fera des victimes innocentes et je souhaiterais un autre dénouement. Je constate simplement que, considérant l’équilibre des forces entre les parties en présence – les 99,9 % des citoyens du monde qu’on exploite et les quelques milliers d’exploiteurs qu’on appelle ses élites – ce développement semble dans la trajectoire prévisible des événements. Le modèle fou de Kaczynski n’est pas à prendre à la légère.

Pierre JC Allard

381. Le mystère du jury Turcotte : 1 / 4 194 304   11.07.08

Le médecin Guy Turcotte, cardiologue en rupture de sa femme, s’en trouve si mécontent qu’il tue à coup de couteau leurs deux enfants en bas-âge. Beaucoup de coups de couteau. Comme César. Mais il s’en charge tout seul, comme un grand ; ils sont si petits…  Ce qu’on appelle la Justice intervient et lui demande des comptes, mais 3docteur Turcotte.

Il y a une façon tout a fait légitime pour un avocat habile d‘avoir un jury à son goût.  Il a le droit le poser des questions à ceux qui peuvent devenir jurés et de faire rejeter ceux dont il  peut deviner qu’ils ou elles ne rendront pas le verdict qu’il souhaite.  Il faut poser les bonnes questions et bien les interpréter. Lire leurs motivations inconscientes. Virer tous ceux qui auraient des préjugés. Des préjugés  contre les pères qui tuent leurs enfants pour se venger de leur femme, par exemple.  Ce n’est pas si facile, il y en a beaucoup… Il faut être patient et motivé. C’est le rôle d’un bon criminaliste qui, c’est la moindre des choses, ne doit avoir, lui, aucun préjugé contre les criminels, pour diaboliques qu’ils soient.

L’avocat de Turcotte a fait un bon boulot et doit être félicité. Si vous pensez plus que jamais, en voyant l’Affaire Turcotte, que le rôle actuel des avocats n’est pas de faire prévaloir la justice, mais d’apprivoiser l’injustice – et qu’un systeme judiciaire devrait fonctionner autrement – luttez pour que le système soit changé, mais ne blâmer pas l’avocat de Turcotte. Ce serait aussi bête que de blâmer nos soldats qui vont, en service commandé, tuer parfois des enfants, eux aussi, en Libye ou en Afghanistan

Tout ça est parfaitement légitime.  Dans l’affaire Turcotte, toutefois – ou plutôt dans l’Affaire du jury de l’affaire Turcotte – il subsiste une petite inquiétude.  C’est qu’ils n’étaient plus douze (12), mais onze (11) dans ce jury.  C’est inusité. Pourquoi onze ? ? Parce qu’un des jurés a été accusé par un autre de ne pas être impartial, d’avoir des préjugés…  et a été exclu. Evidemment, si on peut simplement exclure du jury ceux avec qui l’on n’est pas d’accord, ça facilite grandement les choses pour obtenir le verdict qu’on souhaite.

C’est inusité qu’on exclut de cette façon, parce que si l’on est membre d’un jury et que l’on n’est pas d’accord avec un autre membre du jury, normalement on en discute. On est là pour ça. Une vie en dépend et la justice elle-même, comme le respect que la population peut garder à la justice, repose sur cette discussion. Ce n’est pas rien. On prend le temps d’en discuter. On devrait.

Celui des jurés qui en fait exclure un autre ne voulait pas discuter. Il devait être TRÈS motivé – au moins autant qu’un avocat de la défense –  et avoir lui-même un préjugé contraire, mais au moins aussi fort, que celui qu’il voulait faire exclure.  Il semble que c’était bien le cas, ici, puisqu’un juré a bel et bien été exclus. Puis, les 11 autres ont pu s’entendre.

Ils ne se sont pas entendus tout de suite, bien sûr. Quand vous voyez les faits et écoutez les arguments dans cette cause, il n’est pas certain que  renvoyer Turcotte libre soit pour tous la solution évidente. Mais elle était évidente au moins pour celui qui avait demandé l’exclusion de son collègue juré, cependant….   Il avait, lui, une opinion bien ferme et il  était TRÈS motivé. Il y avait au sein du jury un Grand Motivé.  C’est ça, la clef du mystère.

Supposant que les autres jurés n’aient pas de préjugés, mais seulement la motivation normale de discuter pour en arriver honnêtement à un verdict raisonnable, un phénomène connu, tout a fait normal et prévisible va se produire.   Inlassablement, le Grand Motivé va leur  dire qu’il y a TOUJOURS un doute raisonnable. Pourquoi s’entêter a condamner quelqu’un ? Condamner un innocent serait un crime, laisser partir un coupable ne fait de mal a personne…  Pourquoi perdre tout ce temps ? Allons, hop, on finit et on rentre chacun chez soi, Turcotte comme les autres

Avec le temps qui passe et l’ennui qui s’installe, chaque juré « normal » va défendre son opinion avec de moins en moins d’opiniâtreté, les moins motivés jetant la serviette les premiers. Un a un, tous les quidams lambda – qui sont essentiellement paresseux et qui ne sont pas vraiment concernés –  se disent qu’il serait stupide de perdre des journées d’été et que « ca ne ramènera pas les enfants »…  Alors, comme il arrive si souvent, tous les « peu concernés »  se rangent un à un au pas d’oie derrière celui qui est un Grand Motivé, chaque  transfuge  vers le camp du « Grand Motivé » lui donnant plus de force pour attaquer ceux qui résistent.  Celui qui roule les biceps gagne sur ceux qui haussent les épaules.

Le Grand Motivé en retire une grande satisfaction. Ne lui cherchons pas d’autres raisons; les procureur(e)s de la Couronne, qui ne sont sans doute pas de jeunes novices, ont certainement déjà fait les enquêtes nécessaire pour s’assurer qu’aucun des jurés – dont le Grand Motivé – n’ont de liens avec le meurtrier ni avec ses avocats et que leur trajectoire de vie n’a jamais croisé celle des intéressées.   Il serait inconcevables qu’elles ne l’aient pas fait, n’est-ce pas ?

Disons donc que  la libération du meurtrier, à l’image du meurtre lui-même, s’est réglée sur un question d’amour propre. Ne cherchons donc pas plus loin… Mais la Justice en prend un coup dans les dents.  Il nous manquait un procès O.J Simpson au Québec pour avoir vraiment un système à l’Américaine ; maintenant c’est fait.

Penser qu’on a choisi de laisser courir un meurtrier pour ne pas rater une partie de golf peut donner de mauvais rêves, toutefois. L’un ou l’autre des jurés aura-t-il des remords et en dira-t-il plus, publiquement, sur comment  tout ça c’est passé ?    Peu probable, car il est interdit de le faire. …

Mais ce qui est bien probable, au contraire, c’est que l’un ou l’autre  s’en ouvrira  à sa femme ou à sa fille quand, choqué du verdict auquel il a contribué, l’une ou l’autre ou son fils le traitera de pauvre mec.  Tout aussi probable que sa femme, sous le sceau du secret, en parlera à la voisine qui l’aura regardée avec mépris, ou que sa fille se confiera à sa meilleure amie, pour qu’on ne parle plus de son taré de père dans son dos à l’école…  Ça circulera. Puis les blogueurs parleront. Et tout le monde saura.

Je présume que tous les mafieux et les Hells, à ce moment-là, auront alors depuis longtemps pris bonne note des coordonnés de l’avocat et seront par la suite plus souvent parmi nous.  Je préfèrerais de beaucoup, de toute facon, serrer la main de l’un ou l’autre d’entre eux que celle de Guy Turcotte.  À voir Turcotte de près, je risquerais un accès de folie temporaire.

Pierre JC Allard

382. Desjardins: s’unir pour s’aider   11.07.18

De tous les mystères de l’évolution qui font de moi un agnostique pratiquant, aucun ne m’apparaît aussi insoluble que celui du passage des organismes unicellulaires aux multicellulaires. Le sacrifice de sa finalité par une cellule, au profit de celle de l’entité à laquelle elle s’intègre, m’est incompréhensible. Aussi longtemps que les Darwinistes ne nous en auront pas donné une explication plausible, j’opine que croire en un monde sans dieu exige la foi du charbonnier… en Dieu seul sait quoi.

Pourquoi introduire cette cause de migraine dans un article sur le mouvement coopératif ?  Parce que je vois un parallèle de la petite cellule limitée, mais autonome, avec l’individu qui s’intègre à une société et ne peut en tirer parti que s‘il accepte  de se spécialiser et d’y remplir une fonction.  Je ne sens en moi aucune tendance sacrificielle qui me pousserait à devenir une abeille dans une rûche, mais je crois bien qu’un bon évolutionniste doit prévoir que le destin de humain est de devenir partie d’une entité consciente supérieure qu’on pourrait appeler Humanité.

Si c’est bien là notre destinée, ça expliquerait à la fois la pulsion en nous vers l’appartenance à des ensembles plus vastes et la peur panique qui nous saisit, quand nous prenons conscience que ces entités, que nous croyions avoir créées librement pour nous servir, nous instrumentent pour leurs fins propres qui ne sont plus les nôtres.

Ainsi de notre appartenance à une nation, à une religion, à un parti, mais aussi, plus subtilement, à tous les organismes auxquels nous adhérons et dont nous devenons dépendants.  Ainsi de la frustration que nous ressentons, quand nous constatons que l’organisme, obéissant à sa logique, ne répond plus aux besoins des individus qui l’ont mis en place.

On peut donner une multitude d’exemples de ce processus dont l’État lui-même est un cas particulier, mais je crois qu’il est plus facile d’appréhender le phénomène à plus petite échelle. Prenons le Mouvement Desjardins.

Au départ nous avons l’idée géniale du Commandeur qui va appliquer les principes du coopérativisme au domaine financier.  Des individus vont se constituer en petits groupes et opérer des « caisses populaires ».  Ils vont garder et utiliser en commun leurs épargnes, au lieu de les remettre à des banquiers, déjà perçus et compris à l’époque comme les prédateures et exploiteurs qu’ils sont.   « S’unir pour s’aider». Génial.

Le mouvement est fondé en 1900 et, le 9 mars 1906, la loi provinciale concernant les syndicats coopératifs accorde la reconnaissance juridique des caisses d’épargne et de crédit. C’est le début d’une épopée qui va durer environ un siècle. Une grande aventure québécoise. Un succès.

Un succes pour le Mouvement Desjardins.  Mais, obéissant à sa logique propre, le Mouvement en se développant  – et par son succès même – a trahi sa mission cooperative et est devenu une banque.  Il ne répond plus aux aspirations ni aux besoins des individus qui l’ont mis en place.  Il s’est donné désormais pour priorité d’améliorer la rentabilité de ses activités…

… et il  y parvient. Les excédents avant ristournes – (on ne dit pas encore les profits avant distribution des dividendes, seule concession qui reste à l’idéal coopératif !)  ont atteint 1,437 milliard de dollars en 2010, en hausse de 34 % par rapport à l’exercice précédent. Les “ristournes” ont atteint 305 millions, en hausse de 8 %. Le Mouvement est devenu une bonne banque.

Une banque profitable. Mais il y a bien d’autres banques profitables…. et  il n’y a plus rien qui ressemble à ce que Alphonse Desjardins voulait bâtir.  Les caisses (succursales) qui ne sont pas rentables sont fermées… et au diable les villages qu’ils desservent, parfois depuis des générations, comme celle de Saint-Michel, fondée en 1936.

En devenant une banque comme les autres sous un maquillage coopératif, le Mouvement Desjardins  s’est rendu largement inutile.    Même avec son succès, il demeure une toute petite banque à l’échelle planétaire.  Si il n’y a une caisse que là où il y a une autre banque, car les sites rentables sont connus, on ne restera client de la caisse que par opportunisme, sans idéal, sans loyauté…. Un pari risqué.

C’est un risque corporatif qu’il a le droit de prendre; que le mouvement lui-même disparaisse ne serait, au fond, que l’autre pôle de sa propre décision de prioriser la croissance. Ce qui est vraiment important, toutefois, c’est de prendre conscience de cette profonde dissociation entre ce que voulait l’individu au départ et les buts qu’en viennent à se donner les organismes qu’il crée. État, Partis, corporations…

Ainsi, gardant l’exemple de Desjardins, le Fond Desjardins Environnement – offert aux citoyens « soucieux de l’environnement » – investit  dans des  corporations comme  Barrick GoldSuncor et Talisman!  Bien malhonnête, car ce sont des démons affublés d’une auréole qui tient mal.

Barrick Gold est connue pour sa participation à de nombreux massacres d’Africains dans la région des Grands Lacs (Afrique), sa responsabilité à des désastres écologiques un peu partout où elle s’établit… et sa poursuite abusive contre les auteurs et l’éditeur de Noir Canada.  Suncor  est un acteur important dans le désastre écologique que constitue l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et Talisman est le principal joueur  du projet d’exploitation du gaz de schiste québécois, largement perçu comme un autre désastre écologique qui s’en vient.

On peut constater sans peine que la mission coopérative et l’idéal d’un développement humain au gré de ses sociétaires sont disparus du Mouvement Desjardins.  La bonne riposte des individus serait de créer de petites coopératives qu’il dirigeraient eux-mêmes. Un retour à la pureté initiale, sans préjudice, bien sûr, à leur décision d’investir aussi ou non dans le Mouvement Desjardins s’ils y voient une bonne affaire, mais sans accepter les yeux fermées les prétention idéalistes du projet de départ qui maintenant ne s’appliquent plus.

Peut-être ceux qui veulent encore du coopérativisme – et je crois que c’est toujours la voie de l’avenir – pourraient penser à se constituer en petites “companies d’assurances” et à devenir, à leur rythme, des institutions financiers à taille humaine.

Pierre JC Allard

383. Mettre à l’écart Turcotte, le fou qui a tué ses enfants   11.07.22

Presque tout le monde au Québec a donné son avis sur l’affaire Turcotte. Presque tout le monde, car ne pas le donner était aussi une façon de le faire et de prendre parti. Simple exercice de défoulement, car ce qui a été fait par le tribunal l’a été et il est illusoire de penser qu’un appel désavouerait le juge de premier instance, seule façon de remettre en cause la décision des jurés. Cet épisode est clos.

Fini l’affaire Turcotte ? Pas encore. Le plus grave reste à venir. C’est maintenant au tour de la société québécoise de s’exprimer et c’est comme citoyens que chacun doit faire des représentations, car il est minuit moins une. Très bientôt, le Tribunal administratif du Québec, section des affaires sociales – désigné aux fins du Code criminel comme la Commission d’examen des troubles mentaux – va juger de l’opportunité de remettre en liberté Guy Turcotte

Turcotte, le chirurgien qui a tué ses deux enfants de 49 coups de couteaux et qui a prétendu vouloir se suicider, mais qui, plutôt que de se porter un 50e coup, à lui-même cette fois – là où sa formation lui a enseigné qu’il lui aurait été fatal- a curieusement choisi d’ingurgiter une espèce de Windex… dont on lui a évidemment administré l’antidote. Il a coopéré à son traitement; il le connaissait bien.

Je suis tout a fait préjugé en cette affaire et je ne prétends pas ne pas l’être. Je crois que Turcotte a prémédité avec intelligence sa défense en même temps que le meurtre. Je crois que l’avocat de la défense a fait un bon boulot et que les procureures pour l’accusation ont été roulées dans la farine.

Cela, toutefois, n’est qu’une opinion personnelle et n’a plus d’importance. L’important, c’est le vrai jugement qui intéresse toute la société et est encore à venir. C’est celui qui décidera de la présence de Turcotte parmi nous au cours des années qui viennent et c’est un tribunal administratif qui en décidera.

Or, il faut comprendre qu’un tribunal administratif, même dans le meilleur des cas, est toujours une bête curieuse au sein du dispositif judiciaire et parajudiciaire. Ceux qui vont décider du sort de Turcotte et indirectement du nôtre – car c’est nous qui devront marcher devant lui sur les trottoirs – ne sont pas des juristes chevronnés. Ils peuvent être, mais ne sont pas nécessairement, des sommités dans leurs domaines respectifs. Ils peuvent très bien n’y entendre goutte. Ils ont été nommés là par la volonté discrétionnaire d’un gouvernement dont il n’y a plus a faire la preuve qu’il nomme de préférence ses copains et ses souteneurs.

Un tribunal administratif s’en remet généralement à l’opinions d’experts – ce qui est très bien – mais, comme le choix des jurés n’est pas sans importance sur la décision rendue dans un procès par jury, de même le choix des experts n’est pas sans conséquences sur la décision d’un tribunal administratif. Souhaitons que les experts choisis soient les meilleurs.

Espérons que les experts examineront avec soin l’hypothèse que, même si Turcotte était vraiment temporairement fou au moment du crime, il serait bien téméraire d’affirmer que la petite mécanique dans sa tête qui lui sert à être conscient de ses actes et a discerner le bien du mal – et qui se serait temporairement détraquée au moment du crime – n’est pas irrémédiablent tarée et ne se détraquera plus jamais.

La psychiatrie n’est pas une science exacte. Un expert aura-t-il la témérité de venir jurer que Turcotte ne se détraquera plus jamais ? Si personne ne peut en jurer, la Commission d’examen des troubles mentaux a le devoir envers la population du Québec de ne JAMAIS remettre Turcotte en liberté.

Si la Commission décidait d’élargir Turcotte et qu’il y avait récidive, ses membres doivent être bien conscients que ce n’est pas seulement la compétence et le bon sens des commissaires et de leurs experts qui serait contestée, mais le sérieux de toute la profession de psychiatre qui serait remis en cause.

Beaucoup de citoyens leur colleraient au cul comme les Erynnies et mèneraient campagne pour que la valeut thérapeutique objective des prestations professionnelles des psychiatres ne soit plus prises pour acquis au-dela du rôle principal qui est le leur  comme distributeurs de pilules. On exigera que le régime de Santé du Québec fasse l’économie de leurs heures de spéculations et que celles-ci ne leur soient plus remboursées. Du moins pas avant qu’on ne donne aussi un revenu garanti aux poètes, aux philosophes et aux humoristes.

Je serais des premiers à mener cette charge, car je me reproche encore de ne pas avoir gueulé plus fort dans une affaire précédente.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/087-en-sursis/

S’il y avait récidive, il faudrait aussi remettre en question le processus de nomination par le gouvernement de ces gens qui siègent bien peinards et payés comme des sénateurs sur les tribunaux administratifs, ainsi que le processus du choix des gens qui y comparaissent comme experts.

Si Turcotte se rendait une autre fois coupable de violence, on serait dans la trajectoire des doutes qu’a suscités l’affaire Bastarache, mais en bien plus grave pour le gouvernement.

En bien plus grave, parce que, sur ce vêtement sale qu’est la gouvernance partisane au Québec, les taches de la corruption ou du favoritisme ne ressortent pas vraiment. Mais les taches du sang de ces deux enfants, elles, on ne les oubliera pas si facilement.

Pierre JC Allard

https://nouvellesociete.wordpress.com/2007/10/15/25-les-violents-recidivistes/

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/07/la-liberte-des-autres/

384. La Libye des FAITS 11.07.24

On tue des gens en Libye.  Que se passe-t-il ? On parle beaucoup de la Libye, mais en en disant très peu; on se borne à éructer des slogans pour conforter des préjugés. Comment échapper à l’enfumage constant des médias, ici encore plus grossier qu’a l’ordinaire ? Deux (2) petits trucs.

1. D’abord comprendre que PERSONNE n’a le fin mot de l’affaire.  Ni vous ni moi, bien sûr, mais ni Sarkozy ni Obama, ni Kadhafi  non plus, car la situation est un enchevêtrement d’interêts nationaux et personnels – ceux-ci d’autant plus signifiants que ceux-la sont mal définis – et qu’il y a donc une infinité de joueurs dont l’importance relative n’est pas uniquement fonction de leur pouvoir… mais aussi de la priorité changeante qu’ils accordent à ce dossier.  On ne sait donc vraiment pas ce qui en sortira.    Il serait intéressant de faire un parallèle avec le nord de l’Italie, début Renaissance.  Intrigues,zizanie, des mercenaires… des alliances au jour le jour, déloyauté et duplicité sans fin…

2. Prendre pour acquis qu’il  n’y a que des FAITS dont on soit sûr, car toutes les interprétations des uns et des autres sont uniquement en fonction de l’agenda de celui qui interprète. La vérité n’est pas prise en considération, seulement la vraisemblance… et l’on n’est pas trop exigeant. Donc, s’en tenir aux faits.

Quels sont les faits concernant la Libye et les événements qui s’y déroulent ?  On peut voir le site Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Libye et le blogueur Loatse m’a fait parvenir des renseignements complémentaires que j’ai ajoutés et dont je n’ai aucune raison de douter de la véracité

D’abord, la Libye est le pays le plus riche de la région : trois (3) fois le niveau de vie de l’Égypte ou de la Tunisie ses voisines.  Ca, ce n’est pas du génie; c’est le pétrole…. !    Mais  Il y a plus.  La Libye, selon le Programme des Nations unies pour le développement, a aussi le meilleur IDH (Indice de développement humain) d’Afrique.   Pour ça, avoir du pétrole ne suffit pas. Il faut vouloir et pouvoir  utiliser les revenus du pétrole pour qu’ils profitent a la population.  On le fait en Libye comme nulle part ailleurs.

Il faut le vouloir pour que les services sociaux à la population et les aides à la consommation soient les meilleurs du monde.  En Libye on l’a voulu. Les soins médicaux sont gratuits,  l’éducation secondaire et universitaire sont gratuites. Le taux d’alphabétisation est supérieur à 90%.  Chaque étudiant libyen qui veut faire ses études à l’étranger reçoit  une bourse de 1 627,11 Euros par mois, et tout étudiant diplômé qui ne trouverait  pas d’emploi reçoit le salaire moyen de la profession qu’il a choisie. Ca ne se discute pas: CE SONT LES FAITS.

Et il y a d’autres faits indiscutés. Les Libyens n’ont pas d’impôt à payer et la TVA n’existe pas en Libye.  La Libye est le pays le moins endetté du monde: la dette publique est à 3,3% du PIB, alors qu’elle est à 84,5% en France et à  88,9%  aux USA. Côté gestion, la Libye est exemplaire.

On donne beaucoup aux Libyens. Le droit au logement, par exemple, est jugé indiscutable et un logement doit appartenir à celui qui l’occupe.
 L’Etat paye donc le premier appartement ou maison (150 mètres carrés) de tout nouveau couple qui se marie et tout(e) citoyen(ne) libyen(ne) n’ayant pas de logement peut s’inscrire auprès de l’État pour qu’il lui en soit attribué un.  S’il veut faire des travaux dans sa maison, il peut s’inscrire auprès d’un organisme de l’Etat et ces travaux seront effectués gratuitement par des entreprises de travaux publics choisies par l’État.

Chaque citoyen(ne) libyen(ne) peut s’investir activement dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques, aux niveaux local, régional et national, dans le cadre d’un système de démocratie directe ( “JAMAHIRIYA” ) qui tient compte de la representation des spécificités régionales et tribales.  Cela va des Congrès populaires de base permanents, jusqu’au Congrès général du peuple, le grand congrès national qui se réunit une fois par an.  Sur 3,5 millions d’adultes, 600 000 citoyens participent activement à la vie politique.

La Libye est le 7ème fond souverain financier dans le monde; ses réserves fiduciaires sont supérieures à celle de la Russie qui a 25 fois sa population !  La Libye se sert de sa richesse pour ses citoyens, mais aussi, en y investissant des milliards, pour participer activement au développement de l’Afrique et à son indépendance vis-à-vis des Occidentaux.

Qu’est-ce qu’on reproche à la Libye ?  A chacun d’interpréter, mais il y a des FAITs. Indiscutés. Il faut en tenir compte.

Le fait qu’il y avait des rivalités de longue date entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine, par exemple, mais que personne n’avait parlé d’une rebellion armée depuis bien longtemps, avant que CNN et la BBC ne le fasse en février 2011.

Le fait que la France, puis les autres pays sous couvert de l’Otan, sont intervenus en Libye sous prétexte de bombardements à Tripoli et de massacres à Benghazi, mais qu’il est maintenant avérés que ces événements n’ont jamais eu lieu.

Le fait que la France l’Angleterre, les USA, puis plus tard l’Otan sont intervenus – en anticipant la demande d’un groupe de rebelles (CNTI) composé d’anciens ministres et alliés renégats de Kadhafi, de militants  islamistes de diverses origines et de gens venus directement des USA – reconnaissant comme le gouvernement légitime de la Libye cet ensemble hétéroclite qui n’a jamais obtenu la moindre reconnaissance de la population.

Le fait que ce gouvernement de rebelles ainsi légitimé a prioritairemnet veillé au depart des équipes chinoises qui préparait sur place l’exportation prochaine de pétrole vers la Chine.

Le fait que la coalition de l’Otan – qui est intervenue sous prétexte de protéger les civils – bombarde maintenant ces civils comme les forces de Kadhafi ne l’ont jamais fait.

Le fait que des centaines de milliers de Libyens manifestent maintenant à Tripoli et ailleurs pour soutenir Kadhafi… alors que les médias occidentaux peinent à mettre à l’écran quelques douzaines de “rebelles” bigarrés, tirant en l’air comme à la Fantasia..

Le fait, surtout, que les 30 pays coalisés ont saisi USD$ 33 milliards de fonds libyens deposés de bonne foi dans leurs institutions financières par le régime Kadhafi … ce qui semble bien indélicat.

Un dernier fait, enfin, qui laisse rêveur.  Le 15 fevrier 2011, le Fond monétaire International (FMI), concluant une enquête approfondie d’un an, a félicité le colonel Kadhafi pour sa bonne gestion de la Libye et l’a encouragé à « continuer d’améliorer l’économie », mentionnant son « ambitieux agenda de réformes »

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.imf.org/external/np/sec/pn/2011/pn1123.htm&title=rapport%20du%20FMI

N’est-il pas surprenant que des émeutes éclatent à Benghazi, au moment où le régime libyen reçoit cet aval du FMI contrôlé par les mêmes nations qui vont l’attaquer ? Le 26 février, Mostafa Mohamad Abdeljalil, ancien ministre libyen de la Justice sous Kadhafi, annonce la formation d’un gouvernement provisoire (CNTI) à Benghazi.  Le 19 mars, en accord avec la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, une intervention militaire aéronavale est déclenchée par la France, suivie par le Royaume-Uni et les États-Unis… Que diable Kadhafi a-t-il bien pu faire dans ces 32 jours qui séparent les félicitations de l’anathème?

À la lumière de ces faits et de ce changement de cap imprévu, il faudrait bien que ceux qui soutiennent l’intervention en Libye nous expliquent en quoi le régime Khadafi est devenu insupportable en quelques jours de février cette année, et comment on peut penser que cette intervention ait eu d’autres buts que: a)  d’empêcher la Chine d’avoir accès au pétrole libyen, et b) de faire main basse sur USD $ 33 milliards des fonds d’un pays souverain. A défaut d’explications, on ne peut voir dans cette intervention qu’un BRIGANDAGE  qui comme Occidentaux nous déshonore. L’Histoire y verra la même chose.

Pierre JC Allard

385. Les Martiens et Claude Robinson 11.8 03

 

Nous avons tous appris, la semaine dernière, qu’après 30 ans de va-et-vient dans la proche banlieue de la Terre, les navettes du programme d’exploration américain avaient été mises en veilleuse sans même retourner dire bonjour à la Lune, encore moins s’aventurer vers Mars. Dommage… J’espère qu’on aura laissé un bol de riz sur l’ISS pour ceux qui prendront la relève. Notre civilisation n’a plus la force d’explorer.

Je ne sais pas pourquoi nous ne voulons plus aller sur Mars, mais j’ai peur de le comprendre : les Martiens sont parmi nous et ça nous enlève le goût d’explorer, même le goût de vivre, parfois.  Les « Martiens», ce sont ces élites qui nous gouvernent et nous possèdent et qui ne pensent plus du tout comme nous.  Mais alors, pas du tout !  Ils sont si différents que, s’ils sont humains, on n’en voit plus la trace. On leur a déjà donné tous les noms d’oiseaux. Disons simplement « les Martiens »

Il y a plusieurs espèces de Martiens.  Les Martiens milliardaires capitalistes, par exemple, les quelques milliers qui engrangent la moitié de la richesse du monde et défèquent dans le reste en pourrissant les systèmes de production, pendant que des milliards de gens souffrent et meurent. Ces Martiens peuvent prévoir à cinq ans une inflexion des cours de la Bourse, mais pas à plus de trois jours d’avis la plus grande famine en soixante ans dans la Corne de l’Afrique.

C’est que pour la famine, ils comptent que la charité populaire s’en chargera. Que les moins pauvres s’occuperont des plus pauvres, mais n’emmerderont pas les riches… Il vaut donc mieux organiser les collectes de fonds et jouer sur l’urgence en retardant la nouvelle. Ils ne pensent plus du tout comme nous, ces Martiens.  Faut-il vraiment leur garder une place parmi nous ?

Il y a aussi les Martiens-fonctionnaires…  L’armée d’occupation des exploiteurs, qui ne font généralement rien pour nuire, mais nuisent beaucoup en ne faisant rien. Assez de fric pour l’aisance, assez de loisir pour la santé, assez d’arrogance pour l’insolence. Je n’ai pas le courage ni le temps de faire la liste des organismes totalement inutiles où s’activent comme des hannetons ces Martiens-fonctionnaires qui se sont créés de petites niches dont ils tirent une rente, comme autant de fiefs d’Ancien Régime.

Les Martiens-fonctionnaires parlent entre eux un sabir qu’eux seuls comprennent et voient comme des victoires de l’esprit d’avoir mémorisé les numéros des formulaires dans lesquels ils enverront se perdre ceux qui ont des problèmes et ne connaissent pas les numéros magiques. Ici, on est Martien par apprentissage, au contact répété de l’insignifiance les uns des autres.

Pourquoi, par exemple, à l’hôpital, l’ordinateur ne peut-il pas obtenir tous les renseignements sur le patient à partir de sa carte de la RAMQ ?  Pourquoi faut-il lui poser des question administratives avant de le traiter ? Voyez la chronique de Lagacé dans la Presse du 21 juillet. (J’ai dénoncé il y a 20 ans, ces jaquettes «conçues pour l’humiliation »). Tout le système est inhumain. Étrange et étranger. Martien.

Au sein des Martiens-fonctionnaires, toutefois, il faut pointer du doigt une catégorie encore plus martienne que les autres et leur réserver une place à part : les Martiens du système judiciaire. C’est à eux que vient de se frotter Claude Robinson.

Si vous êtes Québécois, vous savez sans doute qui est Claude Robinson.   Sinon, disons simplement que Claude Robinson est un artiste québécois dont l’oeuvre a été plagiée… il y a 16 ans.   Si vous êtes étranger, vous vous étonnerez peut-être qu’on en parle encore. Vous faites fausse route.  La question ici n’est pas qu’on en parle encore, mais qu’on en parle enfin… Claude a vécu le parcours du combattant. Puis, il a rencontré des Martiens.

Un tribunal humain avait accordé des dommages exemplaires à Claude Robinson. En appel on décide que c’est trop. Les Martiens sont intervenus. La population du Québec ne pense pas qu’il soit juste de réduire les dommages que doivent payer des fraudeurs à Robinson. Elle le voit comme une autre ignominie.

Elle a tort. Ce n’est que pour le vulgaire que le jugement a l’apparence d’une ignominie. Ce n’est en fait qu’une injustice découlant d’une pusillanime et donc stupide observance d’une jurisprudence bâtie sur des décisions en retard sur la réalité. Il reste qu’il faudrait mettre aux archives cette jurisprudence malfaisante et à la retraite ceux dont l’expertise consiste à s’en être nourris.

Ce qui OUI, est bien une ignominie, c’est que le système ait pris 15 ans pour juger de l’affaire Robinson, ce qui est au mieux inepte et au pire malhonnête, puisque Robinson, toutes ces années durant, n’a pu avoir accès au système judiciaire qu’en payant des montant colossaux aux Martiens du Barreau, une sous-espèce particulièrement inhumaine qui en contrôle l’entrée.

En réduisant les dommages qu’il touchera pour s’ajuster à des précédents sans pertinence – car chaque cas est différent – et en ne considérant pas les dépenses que lui impose un système voyou – car s’il faut payer pour obtenir justice, on n’est pas dans un État de droit – le tribunal en est arrivé a un quantum qui ne compense pas les dommages qu’a subi Robinson et ne punit pas vraiment les fripouilles qui l’ont dépouillé. Une décision inhumaine.

Quand on regarde  ce qui s’est passé, il est de plus en plus évident que le système judiciaire ne pense pas du tout comme nous. Il est un vestige d’une autre époque et d’une autre façon de penser. Un temps où connaître la loi devait conférer un avantage à celui qui savait sur le pauvre mec qui ne savait pas. Le système judiciaire a mis l’accent sur le formalisme, le rituel, les délais, les procédures, tout ce qui peut permettre de faire triompher le droit sur le bon droit. Mais ce n’est plus ce que nous, humains, souhaitons. Nous ne voulons plus qu’on apprivoise l’injustice, mais qu’on lui brise les reins.

Les Québécois ne se reconnaissent pas dans ces Martiens du judiciaire, grassement payés, qui retardent la justice ou tardent tant à la rendre qu’ils la rendent impossible et renvoient Robinson ruiné. Et ce n’est que le dernier de ces désaccords. Ils ne sont pas NOUS. Ce n’est plus NOTRE justice, mais la leur, et elle ne  nous satisfait pas.

La vaste majorité des Québécois sont dégoutés de ce qu’on fait à Robinson. Mais la rupture est plus profonde.

Les Québécois ne se reconnaissent pas dans les simagrées d’un procès qui pourraient remettre en liberté Guy Turcotte, le fou homicide qui a tué ses enfants.

Ils ne se reconnaissent pas davantage dans cette Affaire Bastarache, que la population considère largement comme un enfumage pour couvrir le favoritisme du gouvernement et détourner l’attention de la demande populaire pour une enquête sur l’industrie de la construction.

La population est en profond désaccord avec la sentence légère qu’on a donnée à l’escroc Lacroix qui a ruiné des milliers de pauvres gens, pendant qu’on joue sur les mots et qu’on fait tout pour ne pas reconnaitre les erreurs du système et ne pas en compenser les victimes. Comme Dumont, qui a passé des années en tôle pour rien, qu’on ne veut pas dédommager et dont on veut nous faire oublier qu’il existe.

La population est honteuse d’un système qui ne veut pas reconnaître les erreurs qui se multiplient, au rythme du laisser aller des Martiens-fonctionnaires et de la négligence des Martiens du judiciaire au moment de faire corriger à ceux-ci ces erreurs.

La population ne se reconnaît pas dans un système judiciaire issu des élites de notre société et qui ne reflète pas les valeurs du monde ordinaire. Elle se sent trahie, méprisée, en pays conquis et occupé par des Martiens. Je crois que sont de plus en plus nombreux ceux qui n’attendent plus de justice de ce système.

On commence à rendre à nos élites le mépris pour le mépris… et on pourrait bien un jour leur rendre le mal pour le mal.

Pierre JC Allard

 

386. La dette ? Remboursons-la, Bon Dieu ! 11.08.08

On vit dans un monde d’images et de symboles, de croquemitaines et de fantômes. Ainsi, les USA sont à vivre une terrible déprime, parce qu’on leur dit qu’on ne croira plus qu’ils peuvent rembourser leur dette… Ah bon ! Vraiment ? Avec les nouvelles règles qu’ils se sont eux-mêmes imposées, après un psychodrame télévisuel loufoque qui a duré des jours, les Américains vont sans doute bientôt devoir environ USD $ 15 000 000 000 000, (que j’appelerai ci dessous 15 trillions (15 T), n’en déplaise à l’Académie qui voudrait que je parle de milliers de milliards)

Revenant aux choses sérieuses, 15 trillions est beaucoup d’argent, bien sûr, mais ne disons pas de bêtises. On évalue les actifs des USA à 59 trillions de dollars. C’est environ 4 fois le montant de sa dette. On ne fait pas faillite parce qu’on est endetté du quart de son patrimoine. C’est sans doute le moment, toutefois de se demander à quoi on joue. Aux USA, aujourd’hui, on joue a nier la réalité et à se faire peur.

Il faut comprendre d’où sort cette dette. Le systeme capitaliste américain, basé sur la production et la consommation d’un masse de biens industriels, a compris depuis Roosevelt qu’il ne survivrait pas sans que les consommateurs aient l’argent nécessaire pour acheter ce qui est produit. Il n’était pas possible de permettre une concentration de la richesse qui ne garderait plus la demande effective.

De « libéral » au sens strict, le système est donc devenu « néolibéral », reprenant et donnant aux « Perdants » du jeu de la production la part de l’argent des Gagnants nécessaire pour que les roues continuent de tourner. Après l’échec d’abord du Fascisme puis du Communisme, on en a fait autant dans tous les autres pays développés. Par la fiscalité, les services sociaux et autres mécanismes de « péréquation » au sens littéral du terme, on a ajusté l’offre et la demande de biens et services pour que cette dernière soit effective.

Évidemment c’est du socialisme, mais aux USA on préfère ne pas le dire trop fort, pour ne pas choquer la population qu’on a convaincue de ne PAS vouloir partager. On a donc mesquiné plus qu’ailleurs sur la part du travailleur au moment du partage du revenu découlant de la production. On a calculé sa part au plus serré, de sorte qu’année après année, on ne lui a pas donné ce qu’il fallait pour que sa demande soit parfaitement effective.

Il n’en fallait pas moins que la production soit entièrement vendue, sans quoi ce n’est pas seulement la valeur de l’excédent non vendu que perdrait le producteur; c’est son capital investi dans la production qui ne vaudrait plus rien s’il apparaissait que la demande serait insuffisante pour que ses produits s’écoulent à profit.

Comment rendre la demande effective ? La réponse qui saute au yeux est de payer davantage les travailleurs qui sont l’essentiel des consommateurs. Mais les Capitalistes ne voulaient pas du tout. Les payer plus ? Vous rigolez ! Si on ne va pas chercher tout ce qu’on peut, on ne s’amuse plus !

Comment concilier, alors, que le revenu du consommateur reste bas, mais qu’il achète de plus en plus ? Simple. ON LUI OFFRE UN CREDIT ! Au lieu de rémunérer justement son travail, on va PRÊTER de l’argent aux consommateurs jusqu’à ce que leur demande soit effective. On va leur faire crédit.

Cet argent qu’on leur prête vient naturellement de ceux qui ont plus d’argent que de besoins à satisfaire. Les « Gagnants » du jeu… Comment convaincre les Gagnants de prêter leur argent ? En leur offrant un intérêt; en leur disant qu’on leur donnera plus dans un an ou dans dix ans. Le Gagnant inscrit sa créance dans ses livres et il est heureux: il a gagné plus !

Il a sacrifié un pouvoir de consommer immédiat dont il n‘avait pas besoin, en échange d’un bout de papier qui confirme qu’il a gagné davantage. On passe dans un monde d’IMAGES ET DE SYMBOLES. La dette que crée le credit passe à la Banque, puis à l’État et le jeu continue…

Mais il y a un os. Les biens consommés ne sont plus là. Le travailleur à qui l’on a prêté les a VRAIMENT consommés, car il en avait besoin. Si le débiteur remboursait sa dette, le créancier verrait qu’il n’y a plus rien à acheter avec cet argent. On peut compliquer indéfiniment l’équation – on enseigne comment le faire à Harvard et ailleurs – mais si on la simplifie et qu’on supprime les parenthèses, il ne reste que des biens réels qui ont la valeur de leur utilité…. et du papier.

Du papier qui atteste la propriété d’une richesse fantôme et qui concède le POUVOIR, mais seulement si on maintient la foi du charbonnier qu’ont les débiteurs en ce que disent les médias et la crainte révérentielle envers les riches qui subsiste, d’une époque préindustrielle où il y avait pénurie plutôt qu’abondance. Si la confiance disparait, on risque l’anarchie. La société peut exploser en individus dont chacun voudra s’occuper de ces affaires « à la Tea Party », mais aussi peut-être regler ses comptes « à la Kackzynski». Si ça commence, nos enfants n’en verront pas la fin de leur vivant.

Aujourd’hui, la confiance craque Pourquoi et a cause de qui est une autre histoire, dont nous parlerons un autre fois, mais il y a un problème urgent à régler. La solution est simple et facile : REMBOURSER LA DETTE. Il faut le faire en se souvenant que cette dette représente l’écart entre ce qu’il aurait fallu payer au travailleur pour rendre la demande effective et ce qu’on lui a versé. Ceux qui doivent la rembourser sont ceux qui en ont profité.

On rembourse donc la dette en imputant à chaque citoyen ou personne morale sa quote-part de la dette publique, au prorata de sa richesse La dette publique des USA est d’environ 15 T (USD$ 15 000 000 000 000) et la valeurs totale du patrimoine d’environ 60 T. On peut faire les calculs exacts sur Internet, mais on n’en est pas à un milliard près. Si on réclame de chacun 25% de ses actifs, on peut rembourser intégralement la dette. Et ce n’est pas une coïncidence si ceux qui rembourseront seront largement les même que ceux qu’on remboursera..

Les détenteurs de la dette seront remboursés par ceux qui détiennent la richesse. Ceux qui n’ont rien ne payent rien. Injuste ? Simple constat de l’évidence que vouloir réclamer des pauvres est une mauvaise plaisanterie. Ceux qui n’ont rien que leur travail à donner ne rembourseront rien, car tout ce qu’on leur donne pour leur travail est le minimum indispensable pour consommer ce qui est produit et qui doit être consommé. Si on exige plus d’eux, la structure industrielle s’effondre et les riches n’ont plus en main que des monceaux de ferraille pour produire des biens qui ne se vendent pas et des liasses de papiers-créances.

C’est la même classe socio-économique qui remboursera et qui sera remboursée – sauf la dette aux détenteurs étrangers qui exigera une autre négociation – mais il y aura des ajustements. Tous les nantis ne sont pas également exposés à la dette publique, mais ils doivent tous en supporter le fardeau au prorata de leur richesse. Une perte pour certains, mais entre riches on se prête les uns les autres; c’est une partie importante du jeu…. Et ils jouiront tous d’une paix sociale qui,  autrement, risquerait de devenir une illusion.

Ce sont ceux qui ont beaucoup, bien sûr, qui feront les frais de l’opération à la hauteur de leur richesse, mais n’oublions pas que cette richesse s’est accumulée en sous-payant le travail… ce qui a été la cause principale du crdit consenti pour équilibrer la consommation a la production. Y a-t-il d’ailleurs vraiment une autre solution ?

Tout se fera en douceur, car la dette est une série d’échéances à rencontrer. Si l’État reprend son pouvoir régalien de battre monnaie – comme il devrait le faire – se sera encore plus facile, car la perception de la taxe sur le capital pour rembourser la dette n’aura pas à se plier aux échéances de remboursement de celle-ci. Une inflation sagement contrôlée pourra permettre les ajustements qui semblent opportuns.

De plus, même si l’imputation aux contribuables est immédiate, le paiement de leur contribution à l’État peut être fixé sur 5 ans, 10 ans, voire plus… en échange d’un intérêt à payer sur le solde. Ne serait-il pas jouissif qu’au lieu d’une dette publique sur laquelle les citoyens payent des intérêt, l’État dispose désormais d’une CRÉANCE sur ses citoyens bien nantis qui constituerait pour tous une rente ?

Pierre JC Allard

387. Les dompteurs de l’injustice   11.08.15

Justice, justice, on n’a que ce mot à la bouche. Si on l’aimait vraiment, il faudrait voir la justice comme une icône et la mettre sur le guéridon avec un lampion devant en signe de révérence. Il faudrait admettre que la justice n’est qu’un espoir. Dans la réalité, la seule justice est que les causes produisent leurs effets.

La justice comme on la rêve, avec l’égalité qui la suit comme son ombre, n’existe pas. Ce qui existe vraiment partout, c’est l’injustice. Une énorme bête. Un tigre. La nature, ce sont les gros qui bouffent les petits de haut en bas de la chaîne alimentaire. Si dans la strate «humanité» on ne se dévorent plus les uns les autres, c’est bien affaire de tendreté plus que de tendresse et on se reprend autrement…

On s’est repris en bâtissant d’abord des sociétés qui reproduisent la lutte pour la vie et où prévaut une totale injustice. Heureusement, avec la division du travail, sont nées en société la complexité, la complémentarité et une dépendance envers la autres qui prend sa source dans la richesse accrue que permet cette complémentarité. On dépend tellement des autres qu’on en vient, sinon à les aimer, du moins à en prendre soin. On parle alors de solidarité.

Une société ne peut exister sans la solidarité, qui est cette protection nécessaire de ceux dont on dépend pour tirer de la société le mieux qu’on puisse en tirer. Cette solidarité pose des limites concrètes à l’injustice. Pas des limites à l’égoïsme, ne vous en déplaise, lequel demeure inchangé, mais des limites à la manifestation de l’égoïsme. On apprend à apprivoiser l’injustice. On devient civilisé.

Dans une petite tribu, chacun qui n’est pas trop bête voit ce qu’il faut faire et ne pas faire pour que ne soient pas mis en péril le bien général et sa propre qualité de vie. Ceux qui ne le voient pas sont vite éliminés. Dans une société complexe, les liens ne sont plus si apparents. On compte sur l’État pour les voir et les faire comprendre à tous. En faisant des lois, des réglements et en les faisant respecter.

Au départ, on demande à l’État d’assurer la sécurité. Que l’étranger ne vienne pas nous asservir et que les voisins ne nous volent pas nos moutons. Pour le reste: libéralisme. Mais, avec la Révolution industrielle, l’interdépendance augmente et l’État doit se mêler de la production, qui est la création de richesse réelle. L’injustice restera flagrante, mais on l’apprivoisera en passant du libéralisme au néoliberalisme.

Après quelques incidents inquiétants, comme la Crise de 1929, viendra donc le néolibéralisme qui acceptera qu’il faille bien reprendre un peu des riches, pour donner aux pauvres si on veut que les roues continuent de tourner. Il faut redistribuer assez de richesse pour que la demande reste «effective» et que ce qui est produit soit largement consommé, sans quoi riches comme pauvres seraient ruinés. On redistribuera un minimum, bien sûr, mais ce sera autant qu’il faudra…

Cette confiscation permanente, systémique, d’une part de la richesse étant nécessaire, elle a été acceptée. Mais elle ne pouvait que frustrer les gagnants du jeu de la production et être un odieux fardeau pour l’État chargé de cette «péréquation». Comment rendre le prèlevement moins haïssable? En faisant un pari audacieux. Il fallait donner aux pauvres l’argent pour consommer, mais était-il nécessaire que cet argent soit prélevé des riches ? Que non ! Il suffirait de CRÉER plus argent. La caste des riches garderait sa part et les pauvres auraient ce qu’il fallait.

Si on créait plus d’argent, sans créer une richese réelle correspondante, n’allait-on pas avoir une terrible inflation ! Pas du tout, car les riches ayant déja tout ce qu’ils voulaient, ils ne consommeraient pas davantage et l’argent entre leurs mains n’exercerait donc pas de pression sur les prix. Ils économiseraient, investiraient, auraient de plus en plus d’argent… mais ne dépenseraient pas significativement plus. On aurait, sans avoir à le dire, un argent pour la consommation de Quidam Lambda et un argent pour les riches.

On a pu vivre heureux des décennies en misant sur cette notion qu’il y avait deux richesses qui ne se mêlaient pas. On a vécu les «Trente glorieuses», on est passé d’une économie industrielle a une économie tertiaire… Il y a eu bien des péripéties, mais les décrire nous écarterait de notre sujet. Ceux qui s’y intéressent peuvent consulter ce lien qui est aussi devenu un bouquin.

On a vécu ainsi sans dommages, laissant se créer une richesse monétaire sans inflation, mais c’était une situation bien instable. Quand on a commis l’erreur de monter des échaffaudages financiers ayant à leur base des propriétés, on a mis des biens réels en gage d’obligations financières. La valeur du bien réel pouvait n’être qu’une parcelle infime de la valeur du montage financier, mais une fluctuation pouvait compromettre la propriété de ce bien réel. On mêlait l’argent pour la consommation à l’argent pour rire des riches…. Danger ! Une perte de confiance, et l’économie réelle serait affectée.

Quand est venue cette perte de confiance et que l’économie a vacillé, le probleme pour les financiers, a été facile a regler: on s’est imprimé virtuellement et on a inscrit aux livres quelques centaines de milliards de plus. Sans importance, puisque l’on savait bien que cet argent ne valait rien. La bourse pouvait continuer a monter…

Pour Quidam Lambda, cependant, quand l’économie vacille et entre en chute libre, c’est lui qui en fait les frais par le chômage et c’est de l’argent pour la consommation qui lui manque. C’est la catastrophe.

Avec la crise de 2008, l’injustice est réapparue. Le tigre s’est échappé. Brutal. Sauvage. On ne pouvait pas dire à QL que l’énorme dette qu’on augmentait maintenant sans broncher n’était qu’une variable d’ajustement, qu’il n’avait jamais été question qu’on la rembourse et maintenant moins que jamais. L’avouer aurait été dire au peuple qu’on lui avait menti et qu’on l’avait fait sauter a travers un cerceau.. ce qui ne va pas sans risques.

L’injustice qu’on avait presque fait oublier est donc réapparue. Le Système doit VITE la cacher à nouveau sous le boisseau pour que le jeu entre riches se poursuive et que se poursuive aussi l’exploitation optimale des autres sans trop les énerver. Pour survivre, le Système doit re-apprivoiser l’injustice. Il le peut en posant les gestes largement symboliques qui rassureront la population – comme rembourser la dette par des virements entre riches qui ne toucheront pas le monde ordinaire – mais s’il ne le fait pas, cette histoire pourrait bien mal finir.

Et s’il le fait – ça, ou autre chose qui fasse disparaître cette dette odieuse – entrerons-nous dans un monde meilleur ? Un peu meilleur… mais évitons-nous une déception: l’injustice changera, mais sera toujours là. On aura mis le tigre en cage, mais il faudra toujours le nourrir.

L’injustice cédera la place à la justice quand l’Homme changera. Le jour où vous comme moi ne voudrons que le plus grand bien de tous et n’aurons plus aucune pensée égoïste… On aura du temps pour en reparler. En attendant, il faut s’assurer que le tigre ronronne.

Pierre JC Allard

388. La pénurie de médicaments – Heil Esculape ! 11.08.24  

 

J’ai pensé intituler ce texte : « Terra, une inspection de routine », mais en plein mois d’août, j’ai craint que les vacanciers ne le prennent pas trop au sérieux. Or, IL L’EST ! Enfin presque…  Avant de le lire, je vous enjoins donc de lire d’abord les trois articles en liens juste ci-dessous.   On vous y  donnera des faits. Comme d’habitude, on ne vous dira rien entre les lignes; on vous jettera en pâture un fait isolé, confiant que vous vous inquiéterez juste assez pour réagir comme on veut que vous réagissiez, mais pas plus. On ne souhaite pas que vous vous intéressiez aux changements de paradigme.  Il y a des gens que le Système paye pour ça…

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201108/19/01-4427443-penurie-de-medicaments-16-produits-sajoutent-sur-la-liste.php

http://www.usinenouvelle.com/article/la-penurie-de-medicaments-sur-le-bureau-de-l-afssaps.N157233

http://fr-ca.actualites.yahoo.com/la-pénurie-médicaments-menace-le-canada-201742525.html

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Terra, en transit, (circa  2000 A.D. Temps Local)
De : Agent Adonaï
À : Archives akashiques et al.
Copies : Dieu, Postérité.

J’ai profité d’un bref passage dans l’Espace-Temps pour une inspection de routine sur Sol III (alias Terra, Earth, Urantia), où est en cours  une intéressante expérience d’évolution de conscience liée à la matière, basée sur un développement aléatoire de la combinaison ADN.

Disons, pour résumer, que tout se passe bien, malgré les inévitables frustrations inhérentes à cette utilisation de la matière qui exige que les entités individualisées ne puissent vivre qu’en s’assimilant les unes les autres par digestion et que leurs programmes mémoires soient remis à jour à peu près aux soixante-dix ans en temps local. La motivation demeure forte.

Depuis ma dernière visite (1000 A.D. Temps Local), malgré quelques phases d’obscurantisme, science et technologie ont progressé normalement  et croissent désormais à un rythme exponentiel. L’espèce dominante ( Homo sapiens sapiens) a maintenant déchiffré son code génétique et peut donc commencer à comprendre ses propres paramètres.  À la prochaine visite, vers 3000 A.D. , elle se percevra peut-être dans le contexte de l’expérience dont elle est le sujet, permettant que débute une communication.

Pour l’instant, la spécificité de cette expérience sur Terra – et donc son intérêt parmi l’infinité de celles en progrès – tient surtout à l’originalité de ses essais sur les modes de gouvernance.

On sait, depuis bien longtemps, que le but de ceux qui gouvernent est toujours d’obtenir de ceux qui sont gouverné un maximun de biens et services, en y mettant eux-mêmes un minimum d’efforts et en ne devant supporter d’eux qu’un minimum de récriminations.

Ce qui sur Terra a commencé par l’esclavage et les coups de trique est donc devenu démocratie, au fur et à mesure qu’on a compris chez les dominants qu’il est plus efficace de faire des promesses que des menaces et que le fin du fin est une population qui a des besoins qu’elle ne peut satisfaire qu’en faisant ce que ses chefs lui disent de faire.

Cette approche – gérée, par le contrôle des ressources et des moyens de production, puis peaufinée par celui d’une monnaie qui permet de corriger au niveau des symboles ce que la réalité pourrait commettre de petites bavures – a longtemps permis l’exploitation du cheptel humain inférieur de façon sereine.

Depuis 50 ans, avec un système de transfert de la richesse basé sur la consommation d’énergie – un besoin auquel nul n’échappe au prorata de sa consommation –  et la perception d’un intérêt sur le capital présenté comme une loi de la nature, le capitalisme sur Terra a atteint une quasi-perfection.

Récemment, raffinements supplémentaires, le paiement de cet intérêt nécessaire à la stabilité de la richesse a pris la forme de jeux d’écriture byzantins arbitraires, incompréhensibles aux âmes simples et discrètement notés dans des dossiers eux-mêmes dématérialisés. On pense aussi, de plus, à taxer la consommation d’énergie en tout-virtuel par une taxe-carbone. On peut difficilement faire mieux.

Seule ombre au tableau, le contrôle de l’exécution des ordres par la distribution des récompenses, facile a appliquer dans une situation de pénurie constante, ne l’est plus avec l’avènement par l’industrialisation d’une situation d’abondance globale. Le point faible du systéme est la nécessité de garder le besoin vivace pour que les ordres soient exécutés; des erreurs d’ajustement peuvent mener à des problèmes locaux, genre famine en Afrique de l’Est… et donc a des insatisfactions.

À du mécontentement, même, quand des millions d’individus meurent de faim, alors que les ressources humaines, matérielles et techniques sont surabondantes et que la logistique de les nourrir serait triviale. Pire, quand on constate qu’un simple conditionnement  des habitudes d’accouplement aurait suffi pour qu’ils ne naissent pas…. Comment faire mieux ?

La solution évidente serait de mettre fin à la lutte historique pour les produits d’alimentation, en permettant une légère surproduction globale de nourriture, en conformité  avec un plan lui aussi global de production, de transformation et de distribution des aliments necessaires, selon la demande estimée.  Le défi crucial serait de maintenir la motivation. Les elites de Terra y travaillent déja, par le développement planifié de certaines assuétudes.

Des tests préliminaires ont prouvé, en effet, que des dépendances peuvent être créées dont l’effet est irrésistible, aussi bien chez les humains que chez les souris blanches.  La stratégie consiste donc, en deux (2) volets :

a) à universaliser d’abord l’usage de drogues, et b) à mettre en place une couverture universelle, commençant par les pays développés, qui mettra chaque individu sous la tutelle directe d’un médecin lui prescrivant tous les médicaments nécessaire à sa santé… et les l’anxiolytique/euphorisants qui lui garantiront l’état de béatitude optimal compatible avec l’exécution efficace des tâches qui lui seront confiées.

Cette seule béatitude attendue devrait suffire a créer une dépendance forte, mais, pour plus de sécurité, des ajouts chimiques actifs au niveau des neuro récepteurs peuvent être ajoutés pour garantir l’assuétude. La dose étant renouvelée sur une base hebdomadaire, ce suivi médical permettra un contrôle parfait de.la population.

Parmi les nombreux avantages, celui de stabiliser rapidement la démographie, qui donne certaines inquiétudes, ainsi que la longévité dont le coût-bénéfice, dans l’état actuel de nettoyage du profil génétique général de l’espèce, devient présentement négatif entre 65 et 85 ans selon les cas, mais pourrait être allongée à la hauteur de la résistance du matériau biologique de base. Ajoutons la paix universelle et le respect parfait de l’ordre établi.

Où en est-on de ce breakthrough ?   Le système met les bouchées doubles pour trouver le soma parfait, en développant des drogues qui demeurent  illicites le temps que le système puisse en étudier tous les effets sans avoir à en assumer la responsabilité des inévitables effets secondaires négatifs occasionnels.   Il s’interroge aussi sur l’opportunité de laisser la recherche et la production des médicaments à l’entreprise privée – avec le danger propre aux systèmes de pouvoir héréditaires de passer peu a peu la main à des génération moins douées – ou de confier  ce qui deviendra rapidement le secteur le plus important de la production et  donc la gouverne effective de la société  à un État dont les mécanismes auraient, toutefois, grandement  besoins d’être améliorés.

La décision n’est pas prise, mais les rumeurs de pénuries qui commencent à circuler – avec la belle unanimité d’un réseau d’information  totalement sous la houlette de la classe dominante – laissent présager de rapides changements.  Peut-être conviendrait-il de planifier une visite  exceptionnelle dans un siècle sur Terra, pour voir où Sapiens en sera rendu de sa santé et de sa manipulation par ses élites.

Adonai

 

389. Indépendance du Quebec; pour un post-abortum dans l’espoir 11.08.31

On n’en finit plus de souffrir des sequelles de cet enfant qui n’est pas né. On n’a jamais fait le deuil ni le curetage.  Est-ce qu’on va bientôt en sortir et faire autre chose ?   Il faudra encore combien de temps pour que l’on comprenne enfin que le monde de 2011 n’est pas le monde de 1960 et que l’indépendance dans le sens dont en parlaient André d’Allemagne, Bourgault, Levesque  et les autres, est aujourd’hui aussi dépassée que le régime féodal et le droit de cuissage ?

On peut bien garder le mot et le faire mijoter autrement, pour que le potage épaississe, devienne une sauce et qu’on puisse napper de « souveraineté » le statut qu’on donnera au Québec dans l’Union Nord Américaine, mais il faudrait comprendre que l’interdépendance a remplacé l’indépendance.  Comme la « France éternelle » est à devenir une  division culturelle pittoresque d’une Europe qui ira de Brest à Behring.

On vit tassé sur une Terre rétrécie. Chaque nation ne peut plus faire que ce qui n’embête pas trop les autres, puisque sans les autres elle ne peut pas survivre. 70 % et plus des lois qui s’appliquent en France sont déjà conçues et décidées à Bruxelles et le Québec verra les siennes approuvées à Washington, même si pour nous faire plaisir on les signera à Ottawa… ou sur la Grande-Allée.

Notre défi, comme Québécois, n’est pas d’en faire plus que ce que nous pouvons faire, mais de  faire mieux ce qu’il nous appartient de faire. Nous pouvons faire mieux sans changer un iota des pouvoirs dont dispose le Québec. Mieux en Education, mieux en Santé, mieux pour l’accès à la justice, pour une distribution plus équitable du revenu et de la richesse, pour diffuser notre culture, etc…

On fera mieux si on fait un peu de politique, mais quand on regarde se dessiner la nouvelle carte politique du Québec qui prendra acte de la fin du Parti Québécois, on se désole.  On voit que l’avenir immédiat risque de scinder en deux ou trois volets les clientèles crypto ou pseudo souverainistes « molles » du PQ  – avec sensibilités de gauche ou de droite tout aussi velléitaires – laissant isolé un noyau d’irréductibles « séparatistes», insensibles à tout sauf  à la  nostalgie des mots eux-mêmes et qui fera sagement son deuil d’accéder jamais seul au pouvoir.

Ils offriront quoi ces Marois, Legault, Duceppe, Curzi, Khadir, Deltel ?  Quoi de neuf ?  Quoi d’autre que les sempiternelles jérémiades en variations sur le thème des relations entre Ottawa et Québec ?  Si l’un ou l’autre d’entre eux, ou un chevalier blanc sorti d’une boîte a surprise, ne rompt pas avec cette vision passéiste – en disant brutalement que le mot même d’indépendance est tabou – aussi bien nommer Charest Premier Ministre à vie ! Il faut que quelqu’un apporte aux Québécois un NOUVEAU projet.  Un changement qui modifie vraiment leur vie quotidienne et crée un ENTHOUSIASME.

Du neuf. On n’a pourtant vraiment que l’embarras du choix, car RIEN ne fonctionne très bien au Québec et on n’a RIEN proposé d’original depuis le premier gouvernement Levesque de 1976.  Toute notre structure sociale a la vetusté de ces structures en béton qui s’effondrent maintenant partout, parce qu’on a cru que le petit moment de travail sérieux qu’on avait fait il y a des décennies réglerait tous les problèmes pour l’éternité.

Or ce n’est pas ça. Ni pour le béton, ni pour les idées. Si le monde était ainsi fait, Obama serait Pharaon, le Pape nous dirait encore comment gérer nos vies de couple et on achèterait tout des Chinois en les payant en opium ou en verroterie.  Tout est à remettre à l’heure. Il faut se re-créer une société.

Il faudrait le faire partout, mais notre défi de Québécois est de le faire au Québec.  Idéalement, on changerait tout, mais ne changer qu’UNE SEULE CHOSE serait déjà merveilleux. Un éveil/réveil. Un pas hors de la complaisance béate dans l’insignifiance qui est la source de l’injustice, puisqu’elle nous convainc que la justice sociale est une chimère et ne signifie rien.

Il y a tant de choses qu’on pourrait proposer. Il ne manque que les méninges – un peu – et des couilles, beaucoup… Dans les paragraphes qui suivent, il y a des liens. Je vous suggère de les garder en référence.  Inutile de les ouvrir aujourd’hui, on va se perdre…  Il y a tant de choses à faire.

On pourrait, par exemple, mettre en place un revenu et un travail garanti pour tous, supprimant la misère du Québec (où un enfant sur trois aujourd’hui vit sous le seuil de la pauvreté).  Difficile ?  Facile au contraire. En un an. Un trait de plume, quelques fonctionnaires affectés à un travail utile et la VOLONTÉ de le faire.

https://nouvellesociete.wordpress.com/travail/

Restructurer l’éducation autour d’une relation de longue durée entre un enseignant et une cohorte d’apprenants. La pédagogie est l’affaire de l’enseignant; l’Etat établit les objectifs, gère les examens (docimologie) … et ferme sa gueule. Quand il s’en mêle davantage, il nuit.

https://nouvellesociete.wordpress.com/education/

Créer un systeme de santé efficace, en formant d’abord les ressources dont nous avons besoin et en écrasant brutalement tous les corporatismes. Après, établir une relation de confiance entre un médecin payé par capitation et ses patients, avec EN SOUTIEN les spécialistes requis et, à la disposition des ressources médicales, les ressources matérielles hospitalières et pharmaceutiques.

 https://nouvellesociete.wordpress.com/s-80-essais-sur-la-sante/

Décréter que toute cause civile d’origine contractuelle se règle en première instance par arbitrage, avec un appel possible au tribunal civil, mais TOUTES AFFAIRES CESSANTES, alors, mettant fin à ces délais malhonnêtes qui n’enrichissent que les avocats et font que la justice n’existe que pour les riches et n’est qu’un chantage  institutionnalisé.

https://nouvellesociete.wordpress.com/justice/

Remettre à l’heure du jour la loi 101, qui a le double démérite d’être d’une part inutilement vexatoire pour les minorités linguistiques… tout en étant, d’autre part, tout a fait insuffisante pour garantir que le Québec soit et reste français.

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/17/188-quebec-francais-1/

Et il y a d’autres questions à régler, pour gérer la culture, le droit à l’information, la fiscalité…. Mais faire au moins QUELQUE CHOSE. Une seule chose, peut-être, au départ…, mais pourvu qu’elle soit bonne.

Il y a aussi de vrais s contentieux à discuter entre Québec et Ottawa. La représentation du Québec et de ses intérêts à l’étranger par exemple. L’immigration qui est aujourd’hui un partage bancal des responsabilités. La défense nationale…  Mais cessons la rengaine que les priorités sont la, toujours dans ce que l’on ne peut pas faire !

Derrière tout ça, il y a aussi et surtout l’argent, la monnaie, le crédit. On le sait, mais ne soyons pas naïf au point de croire que c’est Ottawa qui en décide. Nous changerons au rythme où le monde changera. Pour l’instant, il faut mettre en place au Québec un gouvernement qui fera ce qu’il PEUT faire.

Il y a des choses dont on devrait parler et sur lesquelles la population devrait opiner. Il faudrait que s’ouvre un débat politique sur ce que nous voulons être comme société et que ceux qui prétendent nous gouverner s’identifient aux options entre lesquelles nous voulons choisir. Pour l’instant ils se comportent comme des pantins : des poupées qui semblent toutes se coucher et dire « Maman » quand on les paye.

Pierre JC Allard

390. Belak, Strauss-Kahn, Sarkozy… s’amuser comme des fous   11.09.05

 

Aujourd’hui, 4 septembre 2011, C’est la rentrée. Funérailles de Wade Belak, hockeyeur américain de 35 ans qui s’est suicidé la semaine dernière. Nos condoléances à ses parents et amis. Le rôle de Wade, quand il jouait au hockey, était de casser la gueule de ses adversaires, mais ce n’était pas un mauvais bougre. C’est ce que son équipe le payait pour faire et c’est ce que ses fans payaient pour voir. Mettre des rondelles dans un filet est un prétexte. Un bon match de hockey est surtout un spectacle de cassages de gueules. On s’y amuse comme des fous.

Aujourd’hui 4 septembre 2011, on annonce que DSK est à Paris, Place des Vosges, un peu comme on annonçait jadis que Bonaparte retour d’Elbe était à Saint-Cloud. Il arrive ! On va voir ce qu’on va voir ! Viols, pas viols, on attend surtout de lui qu’il pourfende ses ennemis. On va bien s’amuser.

Pendant ce temps, le Roi Nicolas s’amuse aussi. Il reçoit l’hommage-lige des étranges hurluberlus qu’il a mis comme vassaux sur les marches du trône de son futur fief en Libye, ainsi que les compliments de ses cousins, les autres Princes d’Occident.

Victoire et jubilation. « Exultez ! On les a noyé, les Bicous, », comme chante Otello, pendant qu’on devine dans l’ombre un Iago à col échancré qui ricane. On a détruit, on a tué, on pille tous les jours en Libye et le pétrole coulera a flot. Il ne manque que Mouammar, chargé de chaînes, courant derrière le char du triomphateur sur les Champs Élysées et il n’est pas dit qu’on ne l’aura pas. On s’amuse bien.

Il y a une demande insatiable pour la violence. Dans une économie de marché, c’est le produit le plus porteur. On a dit longtemps que l’humain ne voulait rien tant que l’amour et ne se battait qu’à son corps défendant. Foutaise ! Comme tout être vivant, l’humain ne survit qu’en détruisant une autre vie dont il se nourrit. Ses gènes le savent et ne le laissent pas l’oublier. Il AIME la violence.

Comme leurs gènes et leurs hormones ne laissent pas les poètes ni les chantres de l’amour courtois, oublier que le moment de vérité, le geste fondamental de l’amour, c’est la pénétration du coït, qui est un indéniable geste d’agression. On s’amuse dans la violence. On ADORE la violence. On s’amuse comme des fous.

Comme des fous. Et encore… Dire que la violence est une folie, c’est une concession à l’éthique qu’on s’est bâtie pour se voir beau, comme on s’aime, mais cette image plaisante, ce reflet délicat, n’existe que si quelque chose de plus rustre en nous qui lui a servi d’ébauche a d’abord survécu. Survécu grâce à cette violence que maintenant on dit « folle », mais qui a été au départ d’une implacable logique.

Grégarité, société, civilisation… Quand la désapprobation des autres – et les peines qui peuvent en découler – deviennent plus dissuasives que ne nous motivent les plaisirs primaires que nous offre la nature, on se contrôle. Ainsi, beaucoup de femmes de chambre guinéennes ne sont jamais violées… Mais la nature n’est jamais loin ; notre société n’échappe pas tant à la violence qu’elle lui trouve des excuses ou des substituts et qu’elle en confie la réalisation à un gladiateur de service tout en gardant la satisfaction au spectateur

Le sport en est le cas emblématique. La boxe est celui des sports qui semble le plus violent, mais l’aveu de l’intention impose une certaine retenue. Cette retenue disparaît dans les sports d’équipes – hockey et football américain surtout – où les débordements peuvent paraître involontaires ; c’est alors que la violence peut être vraiment désirée et encouragée.

De concussions en commotions cérébrales, on a vu un hockeyeur de 21 ans avoir le cerveau en bouilli d’un vieil alzheimer.. et trois (3) qui avaient le même rôle que Belak se sont suicidés depuis quelques semaines. Dur,le hockey.

Dur le hockey, mais une autre violence peut-être voulue avec plus d’hypocrisie et être encore plus incontournable, dans les sports où c’est le temps qui est le défi. La course automobile, par exemple, où on joue sa vie pour un centième de seconde. Et il y a encore pire que les courses, où l’autre à vos côtés crée encore un bon sens de consensus ; il y a les sports où il n’y a que le chronomètre et vous et où c’est vous qui choisissez de transgresser vos limites. Il y a enfin le fin du fin, la luge où, en décidant du tracé, on peut décider de la probabilité que vous y surviviez pas. Ave spectator !

Il y a aussi le jeu politique. À mesure que le citoyen a pris conscience de la similitude entre les gestes que posent les gouvernements élus quels qu’ils soient, le débat politique est devenu aussi un sport extrême. L’impact sur la vie quotidienne d’un virage de Gauche à Droite ou l’inverse étant négligeable, c’est le sentiment d’appartenance qui seul importe au supporter, comme on était Vert ou Bleu à Byzance.

Il n’y a plus débat, mais combat et on a répondu à la demande pour la violence en prolongeant le processus électoral qui est en fait un calendrier de rencontres menant à un match-scrutin périodique de championnat. Aux USA, avec des élections législatives aux deux (2) ans, jointes une fois sur deux à une présidentielle, les campagnes électorales sont permanentes, interrompues seulement brièvement pour quelques semaines pour permettre aux élus de prendre acte des résultats et mettre à jour leurs stratégies de cueillette de fonds. La gouvernance est déléguée aux fonctionnaires, la notion de service public est nulle. La violence est totale.

Au delà du sport et de la politique ? Il y a la guerre. Pas les guerres d’antan, quand deux antagonistes jouaient leu va-tout, mais des petites guerres que font les Grands chez les Petits. Pour se donner de l’argent et des contrats, bien sûr, mais ça, on pourrait le faire autrement. On fait les guerres surtout pour le plaisir. Le plaisir de la violence.

Violence immédiate des Blackwaters et autres mercenaires sur le terrain, mais violence aussi, plus sadique et plus dévastatrice, de ceux qui la font dans les États-majors et les Conseils d’administration. Celle surtout vicariale et perverse des Quidam Lambda, glués à l’écran du 20 heures, pour voir bombarder des civils ou regarder des lignes de fronts se déplacer selon l’imagination des commentateurs dans le cadre des instructions qu’ils ont reçues du Pouvoir.

La violence est partout. Bien sûr, il y a des gens pour écouter de la musique, réciter des mantras, bouffer des champignons magiques ou autrement tenter d’échapper à ce désir de violence, à cette affirmation sur l’autre d’une supériorité dérisoire pour se cacher un peu l’infériorité essentielle qui est celle de la condition humaine…

Il y en a, mais ces gens sont bien peu nombreux, face à la multitude de ceux qui ne s’amusent que comme des fous, dans la confrontation et la violence…

Aujourd’hui, c’est la « rentrée ». Wade Belak n’est plus là, mais Strauss-Kahn oui, Sarkozy aussi et des millions d’autres gladiateurs vont entre dans l’arène, comme l’an dernier, comme l’an prochain… Tous fanas de la violence, bien décidés à ajouter au sable « un peu de sang, pour faire une peu de boue… ». Souhaitons-nous un peu de paix.

Pierre JC Allard

 

391. Une démocratie à prendre… ou à laisser 11.09.12

J’entends par « démocratie » la doctrine politique qui veut confier la gouvernance de l’État au peuple et j’appelle « démocraties » les États dans la mesure où cette doctrine y est appliquée… et selon l’évolution de la pensée politique

Aujourd’hui, démocratie signifie que le pouvoir formel de décision de l’État appartient à la majorité de ses citoyens, mais on accepte généralement que ce pouvoir soit : a) délégué à des représentants du peuple et b) encadré par une loi fondamentale (constitution), ou une éthique transcendante qui fait consensus et protège les minorités de la tyrannie d’une majorité.

Le démocratie ainsi définie a si bonne presse, que même les États qui ne laissent aucun pouvoir significatif à leurs citoyens mettent aujourd’hui beaucoup d’ingéniosité à se prétendre démocratiques.

Pourquoi cette cote d’amour, alors qu’il est bien clair qu’il n’est pas efficace d’accorder la même valeur à l’opinion de celui qui s’y connaît qu’a celle de celui qui ne s’y connaît pas ? L’efficacité n’est-elle pas nécessaire à la survie de l’État ?

C’est que l’on triche un peu… Le démocratie réussit son opération de charme grâce à une myriade de clins d’œil et de sourires complices. On dit que « va de soi » tout ce qui ne va pas du tout et un Talleyrand qui s’y opposerait ne ferait pas vieux os…

Ainsi, il va de soi que Quidam Lambda ne s’y connaît ni en géopolitique, ni en stratégie militaire et nos chefs militaires sont donc nommés et non élus. Normal. Après tout, Q.L ferait-il voter ses copains, si son cardiologue lui recommandait un pontage ? Petit clin d’œil pour dire que tout le monde ne peut pas donner une opinion sur tout…

Notre ami Q.L ne sera pas non plus consulté, s’il s’agit d’envahir l’Afghanistan ou la Libye. Que connaît-il des implications économico-politico-culturelles d’une intervention au Mahreb ou en Asie centrale ? Autre clin d’œil, mais si son fils est tué a Kandahar, dans une guerre dont il n’a pas décidé et dont la majorité des citoyens ne veulent pas, ce sera un bien triste sourire…

Comme Quidam Lambda ne s’y connaît pas en finances, on ne lui demandera pas non plus son avis pour que la France abandonne à une Banque Central Européenne son droit de battre monnaie. On décidera aussi, sans lui en parler, de payer en « intérêts » l’équivalent de tous les gains de productivité que la Nation a faits depuis trente ans, créant une dette de pure complaisance qui garantira que les pauvres restent toujours à leur place dans l’échelle sociale.

QL ne s’y connaît pas davantage en éducation, en santé, en culture, en sécurité, en création d’emplois, en démographie… On ne le consultera donc sur rien. Il est « représenté », bien sûr, mais celui qui le représente ne connaît vraiment bien qu’une seule chose : l’art de se faire élire.

Les députés, les ministres, le président ne connaissent pas autre chose, car se faire élire est un travail à plein temps. Aucun de ceux qui représentent Q.L ne connaît ce qu’il faut pour gérer un État, sauf les experts – fonctionnaires ou conseillers – qui ont consacré – du moins on l’espère – le temps qu’il fallait pour en connaître quelque chose.

Notons bien : pas tout en connaître, mais « en connaître quelque chose ». Chacun, comme les aveugles de la fable, connaît bien, qui la trompe, qui les oreilles, qui la queue de l’éléphant, mais personne ne connaît bien l’éléphant qu’est le système. Chacun agit dans sa sphère de connaissance – au mieux de ses propres intérêts, n’en doutez pas un instant – mais qui coordonne la trajectoire de l’éléphant ?

On peut croire que la grosse bête folâtre à sa guise dans les cultures, en faisant surtout des dégâts ou, si on est « conspirationniste », croire qu’une force occulte gère le tout. Le plus probable est sans doute que des groupes d’opportunité se font et se défont, puis s’entendent pour servir un temps de cornac à l’éléphant…

On choisit la thèse qu’on veut, mais ce qui est sûr, c’est que ni ce que les statisticiens appellent « la marche de l’ivrogne », ni une quelconque théorie du complot, ne sert au mieux les intérêts de Quidam Lambda.

Ce qu’on fait les sert même si mal, que c’est devenu une évidence crasse que la démocratie est un mode gratifiant de gouvernance, mais ne remplit pas ses promesses et qu’il faille changer la démocratie ou y renoncer.

Présentement nous sommes à y renoncer, en permettant que l’INFORMATION sans laquelle aucun choix pertinent n’est possible soit de plus en plus biaisée, partiale, ridiculement incomplète. En l’absence d’information, pas de consultation valable possible des citoyens et tout tend donc à favoriser une cession du pouvoir à des institutions non-démocratique, comme la Commission Européenne, laquelle fait ou inspire déjà la majorité des lois d’un pays membre comme la France.

Il y aurait beaucoup à faire pour ramener la démocratie en France, mais ne faisons ici qu’une suggestion: banaliser le processus référendaire, pour que le peuple puisse s’exprimer plus souvent sur des aspects sectoriels de la politique de l’État. On pourrait ainsi donner au peuple un droit de veto absolu sur certaines décisions spécifiques. Une mesure facile et peu couteuse à prendre, mais bien motivante, car le peuple, qui ne sait pas toujours dire ce qu’il veut, sait cependant toujours dire ce qu’il ne veut pas !

On pourrait aller plus loin en soumettant aussi au peuple, en forme référendaire, les propositions de lois du gouvernement et celles d’autres experts, laissant finalement le peuple mieux informé trancher, en choisissant celle qu’il préfère des alternatives COHERENTES qu’on pourrait lui offrir.

Pourquoi, par exemple, en démocratie – sachant preuves à l’appui qu’on ne peut faire les trois (3) – ne serait-ce pas au peuple de choisir s’il veut qu’on réduise (augmente) les taxes et impôts, qu’on réduise (augmente) les services ou qu’on réduise (augmente) la dette publique ?

Un pas vers la démocratie. Il faudrait bien, aussi, que soient élus en France en 2012, et dans les autres pays d’Europe à la première occasion, un président et une Assemblée qui posent clairement un ultimatum à Bruxelles.

Soit une Europe démocratique, avec un Président élu au suffrage universel, disposant du pouvoir exécutif selon le modèle USA en tout ce qui concerne les pouvoirs délégués aux instances européennes en y ajoutant le CONTRÔLE SUR LA BCE… Soit pas d’Europe, ou une Europe sans la France.

Pierre JC Allard

392. Corruption à Québec et l’exemple de Jésus   11.09.19

 

À cet article, j’avais d’abord pensé donner pour titre: « Crasse : quand la saleté s’accumule ». Mais, comme disait le Juge Routhier sur musique de Calixa Lavallée, nous sommes nés d’une race fière, notre berceau a été béni et c’est le Ciel qui a marqué notre carrière… incluant, on présume, celle de nos carriéristes. Ne pas s’étonner, donc, si nos scandales au Québec – petit clin d’oeil à nos amis français – ne s’inspirent pas des histoires de vieilles dames au parfum avec de jeunes messieurs, ou de vieillards avec de jeunes femmes de chambre, mais directement de l’Évangile. Confessons-le…

Maintenant que tous les Québécois ont, comme le Premier Ministre Charest, lu quelques bribes du rapport confidentiel de Jacques Duchesneau sur la collusion dans l’industrie de la construction, ils sont à peu près tous convaincus que le Québec, son gouvernement et ses fonctionnaires, nagent dans la gabégie, la prévarication… et choisissez ici entre 42 synonymes pour « corruption».

Grande surprise ? Pas vraiment. On sait depuis les dernières élections municipales que ce sont des « politiciens » (inspirez vous au besoin des 42 synonyme ci-haut pour les qualifier) qui ont le haut du pavé dans la gouvernance et l’administration publique au Québec. Ils s’acoquinent au besoin avec la mafia, la pègre ou ceux qu’on soupçonne d’en être pour obtenir un peu d’expertise ponctuelle pour réussir une affaire, mais en dernière analyse et au fond des choses, ce sont eux, ceux que nous avons élus, solidement appuyés par ceux qui les financent et ceux qu’ils ont nommés, qui sont les pires criminels. Les « félons » qui ont obtenu notre confiance et qui l’ont trahie. (lien)

Pas de surprise, on savait déjà. On vient juste de préciser comment ils nous filoutent au rythme de MILLIARDS de dollars par année. Car il faut bien comprendre que, si les travaux de voirie au Québec coûtent 30% plus cher qu’ailleurs, ça fait 30% à donner aux copains. 4,4 milliard de travaux de voirie prévus à Montreal l’an prochain, par exemple, c’est plus de 1 000 000 000 $ à détourner vers les fraudeurs. Un hold-up d’un milliard. Allez, hop ! Videz vos poches ! Et ce n’est qu’un acompte…

Un acompte, car ce n’est pas un milliard qui fera perdre le Nord à notre Premier Ministre. Il a son Plan. Avec persévérance, il profitera de ce qui lui reste de mandat pour brader nos ressources naturelles, aux moins comme aux plus offrant d’où qu’ils viennent. Pourvu qu’ils construisent des routes…, et des ponts…, et des tunnels… et des viaducs qui ne tombent pas avant que John James Charest ne soit tombé. La destinée manifeste du Grand Nord québécois est devenue d’être couvert de travaux de voirie en 20 ans. Donneurs de pots-de-vin du monde entier, unissez-vous !

Dix milliards de dollars 10 000 000 000 $ de prébendes sur 20 ans pour les copains libéraux et leurs enfants ! Ça fait saliver, hein ? Les petits escrocs peuvent aller se rhabiller ! Quand à « ceux qui sont nus », comme disait l’Autre, on y pensera une autre fois. Ce qui me ramène au message du Christ. Avant d’aller apprendre comment faire des CDS et autres arnaques à Harvard, quiconque aspire à être une crapule devrait d’abord maîtriser l’Évangile.

Allez aux Évangiles, à Saint-Luc, Verset 16 :

1 Jesus dit aussi à ses disciples: un homme avait un économe qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens.

2 Il l’appela, et lui dit: Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens.

3 L’économe dit en lui-même: Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’administration de ses biens? Travailler à la terre? je ne le puis. Mendier? j’en ai honte.

4 Je sais ce que je ferai, pour qu’il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons quand je serai destitué de mon emploi.

5 Et, faisant venir chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier: Combien dois-tu à mon maître?

6 Cent mesures d’huile, répondit-il. Et il lui dit: Prends ton billet, assieds-toi vite, et écris cinquante.

7 Il dit ensuite à un autre: Et toi, combien dois-tu? Cent mesures de blé, répondit-il. Et il lui dit: Prends ton billet, et écris quatre-vingts.

( Et c’est là que ça devient intéressant. GRC, FBI, la croix, la prison… ? Que non !)

8 Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière.

9 Et moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu’ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles viendront à vous manquer. »

Au cas où vous ne maîtriseriez pas l’exégèse, voici ce que ça donne au XXIe siècle:

Un système financier puissant avait des serviteurs, dont le peuple à l’occasion lui signifiait qu’il devait en changer. Ceux-ci se dirent : Qu’en sera-t-il de nous quand nous serons remplacés ? Car nous ne savons ni travailler, ni penser ni faire œuvre utile…. Nous savons ce que nous ferons!

Faisant venir chacun de ceux qui travaillaient pour l’État, les serviteurs leur dirent : « Que devriez vous donner et recevoir ? » L’un dit : « Livrer dix kilomètres de route et recevoir un million » Le serviteur lui dit : « Assied-toi vite et écris 8 kilomètres ». Il dit ensuite à un autre, qui avait le même engagement : «Prend to contrat et écris 1,3 million. »

Les financiers louèrent leurs serviteurs d’avoir agi prudemment. Car les fripouilles sont plus généreuses envers leurs semblables que ceux qui croient en un monde d’honnêteté et de justice.

Ils leur dirent : « Faites vous amis des firmes d’ingénierie et de construction en dilapidant les biens publics qu’on obtient en taxant ceux qui ont peu, afin qu’il y ait des postes de vice-présidents pour vous dans le secteur privé, quand le peuple lassé vous aura chassé ou qu’un salaire de fonctionnaire ne vous satisfera plus. »

Le message évangélique a bien des secrets ; lisez même ce qui est écrit en petits caractères. Assez pour aujourd’hui. La semaine prochaine – si Dieu me prête vie, car nous sommes si peu de chose… – je chercherai peut-être aussi dans les Saintes Écritures ce qu’il faudrait faire pour se débarrasser de la saleté qui s’est accumulée à Québec.

Si la vie ne me consent pas ce crédit, je suis persuadé que d’autres trouveront bien tout seuls comment faire le ménage. La grande surprise, en cette affaire, en effet, c’est que la population n’ait pas encore jeté à la rue, sans violence inutile, mais avec toute la force nécessaire, le gang de malandrins qui gouvernent le Québec.

Mais, comme chantait Édith Piaf, ça ne pouvait pas durer toujours.

Pierre JC Allard

 

393. Jacques Duchesneau et les faiseurs de rois   11.09.26

 

Le Québec est dans l’émoi. La corruption est partout et la confiance nulle part.  On se demande le rôle de ces ombres de mafieux et de financiers derrière le trône. On s’interroge sur la démocratie.  Tout a l’air si bien ficelé et nous si bien ligotés… Où est le Sauveur ?  Exultez, braves gens, tremblez malfrats, Duchesneau arrive.  Il entre…

Trompettes et roulements de tambours ? Pas tout de suite. Une formalité : le sacre. Tant que le Roi n’est pas oint du Saint-Chrême, il ne guérit pas les écrouelles et le crime prospère  Qui va oindre le monarque ? Les medias, bien sûr: les faiseurs de rois. Il y a autant de “faiseurs de rois” au Québec qu’il y avait d’augures à Rome, mais ils ne sont pas tous égaux: l’Esprit souffle où il veut.

Si on enlève les prophètes mineurs, la grâce divine, aujourd’hui, ils sont deux à la donner.  D’un côté l’équipe Gesca, sous les couleurs Cyberpresse, et de l’autre un tigre tout seul dans son repaire : Guy Lepage sur le plateau de “Tout le monde en parle” (TLMEP).  Qui ceux-là oindront, règnera.

Quand arrive Duchesneau, on n’est pas si chaud, côté Gesca. Gesca, c’est l’establishment Desmarais. On roule pour le Parti Libéral du Québec et donc pour Charest.  C’est le gouvernement qui a nommé Duchesneau et en principe tout baigne, mais Duchesneau à la réputation d’un homme férocemment indépendant et n’est pas le vassal rêvé… GROSSE inquiétude, donc,  chez les Puissants, quand on a appris qu’il passerait à TLMEP, parlant au peuple par dessus la tête des hommes de Gesca.

DANGER !  Ce dimanche 25 septembre, la majorité des électeurs francophones sérieux du Québec –  (étant sérieux, disons, ceux qui savent que René Levesque a déjà été Premier Ministre ET qui pourraient peut-être voter aux prochaines élections…)  – va se river devant son téléviseur pour entendre le verdict qui sortira de TLMEP.  Duchesneau est-il « Celui qui doit venir » ou devons-nous en attendre un autre ?

Danger, car on a vu cet été Jack à TLMEP et le Québec en masse virer orange.  Maintenant c’est Jacques…  et s’il « passe » bien  on peut penser que les Québécois suivront.  Pas tous, mais assez d’entre eux pour nous donner un roi.    On peut se raconter des histoires, mais c’est Lepage qui a fait Layton, et c’est parce que Layton est devenu l’Oint du Seigneur que le Bloc Québécois est mort et que le NPD est né.  Personne au Québec n’est plus influent que Lepage.   On doit  penser beaucoup  en Haut Lieu…

Dans la plupart des pays du monde, les gens comme Lepage, on les achète ou on les tue.  Pas ici, naturellement, nous sommes une démocratie.  On y va donc plus soft, envoyant toute l’équipe Gesca aux barricades. Ils font ça, de temps en temps, avec une belle unanimité, dans les grandes occasions –

Ils l’ont fait, aux dernières élections municipales, pour dénigrer Richard Bergeron et s’assurer que le Maire Tremblay garderait la main et continuerait ses bonnes oeuvres, simple volet de cette corruption sur laquelle on voudrait toujours justement une enquête   Ils l’avaient fait, aussi, quand a plané la menace d’une entente PLC-NPD qui aurait pu remplacer Harper à Ottawa par une coalition de centre-gauche.

Gesca le fait quand le Système des banquiers et autres magouilleurs est en péril, pour lutter contre les méchants gauchises… ou pour s’assurer  qu’un homme qu’on ne contrôle pas ne prenne pas un peu trop d’importance.

Duchesneau n’est pas facile à contrôler. L’armada Gasca commence  donc à le canonner.  Un tir de salve  samedi 24.  Il y a du meilleur et du pire.  Voyez les liens, ça vaut le coup.

D’abord Marissal, qui est bien organisé dans sa tête, est le vaisseau-amiral.

“Jacques Duchesneau devait-il accepter l’invitation de TLMEP?  (…) Je pense qu’il aurait dû passer un tour” … “Jacques Duchesneau aime bien les médias… qui, depuis des années, le lui rendent bien (…) Personne à Québec ne contrôle M. Duchesneau, et celui-ci, visiblement, a décidé de s’occuper lui-même de son plan de communication.”… “ Bon coup pour TLMEP, mais erreur de jugement de Jacques Duchesneau….” .   Les tirs encadrent la cible.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/vincent-marissal/201109/22/01-4450460-lego-avant-le-devoir.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4450819_article_POS5

Lysiane Gagnon, l’est beaucoup moins…

(Duchesneau  va parler)… “à  tout le monde et à n’importe qui, alors qu’il était convoqué à une commission parlementaire pour mardi prochain. Interview au Devoir, passage à Tout le monde en parle… et tant pis pour les élus, qui devront attendre leur tour (…) Voilà un comportement qui suinte le mépris envers la classe politique et qui a de quoi vous faire douter, sinon de la crédibilité, du moins du sérieux de M. Duchesneau.”    Elle ne semble pas comprendre que la population est diablement plus importante que les élus. On lui expliquera…

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/lysiane-gagnon/201109/24/01-4451012-la-politique-autrement.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_lysiane-gagnon_3265_section_POS1

Gilbert Lavoie mitraille aux rumeurs. Un peu vache. Disons à l’uranium appauvri:

“Jacques Duchesneau fait le tour des médias d’information sous l’étiquette des incorruptibles. Sa décision d’aller à Tout le monde en parle avant de présenter son rapport en commission parlementaire fait sourciller. M. Duchesneau voudrait faire campagne aux côtés de François Legault qu’il n’agirait pas autrement. Legault voudrait-il d’un tel électron libre? Pas sûr!

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201109/23/01-4450912-labeaume-est-endette-jusquau-cou.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_gilbert-lavoie_3276_section_POS1

François Bourque  du Soleil, lui, y va dans le “ad hominem” .  À boulets rouges sous la ligne de flottaison. C’est le salissage “ésotérique” de Richard Bergeron « qui croyait aux OVNI » qui recommence:

(Duchesneau) “Ses leçons de vie qui flirtent avec l’ésotérisme et les cours de croissance personnelle….” “Un ton et une forme inhabituels pour un sujet qui commanderait de la sobriété (…)  La même sobriété qui aurait voulu que M. Duchesneau attende peut-être d’avoir comparu en commission parlementaire avant de comparaître à Tout le monde en parle””… “Il y en a qui à l’évidence aiment plus que d’autres se retrouver devant les médias….”

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201109/23/01-4450917-le-risque-des-grands-projets.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_francois-bourque_3257_section_POS1

En renfort, Cyberpresse amène un peu de vraie expertise avec Simon Ruel, dans Le Soleil.

Lancer une Commission d’enquête peut entraver les poursuites criminelles “ la voie des enquêtes et poursuites criminelles est privilégiée ou encore la tenue d’une enquête publique est favorisée – les deux n’apparaissent pas conciliables, du moins tant que les enquêtes policières sont en cours” … “ Une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, un pensez-y bien…

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201109/23/01-4450790-lenquete-publique-un-pensez-y-bien.php

Et puisque le « reste du Québec » doit aussi s’exprimer, un article de la « Voix de l’Est » de Granby vient nous dire que « Jacques Duchesneau joue à la vedette »

http://www.cyberpresse.ca/la-voix-de-lest/opinions/collaborateurs/201109/23/01-4450819-jacques-duchesneau-joue-a-la-vedette.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4450065_article_POS4

***

Tous ces chroniqueurs de Cyberpresse qui chantent en canon sur un même ton ne me donnent pas une bonne opinion de l’impartialité de la presse.   Où est la liberté d’action du rédactionnel face à l’administration de Gesca ?

Cette levée de boucliers est apparue bien inutile, dimanche soir, car Duchesneau en demandant une « enquête publique à huis-clos devant trois juges » n’a rien proposé qui puisse mettre le gouvernement Charest dans l’embarras.  Il lui offre au contraire une merveilleuse procédure qui lui permettra de sembler donner raison à la population… tout en gardant la vérité sous le boisseau.. Car peut-on douter que ces trois juges seraient parfaitement discrets ?  Il pourra s’en discuter des choses sous ce boisseau …

Ceux qui souhaitaient un choc brutal entre le gouvernement et Duchesneau seront déçus.  Le gouvernement ne perdra pas la face… mais Duchesneau garde tous ses atouts. Gesca a servi une semonce qui semble mal placée et perd un peu plus de crédibilité,  mais ce seront les événements qui suivront qui nous permettrons d’en juger. Le grand gagnant de cette affaire, toutefois, demeure TLMEP… et on le verra dans les sondages de la semaine prochaine.

Je suis curieux de voir comment ceux qui ont le pouvoir politico-financier s’accommoderont  de celui grandissant de ce citoyen Lepage qui est à devenir l’unique faiseur de rois.

Pierre JC ALLARD

394.   Si on change les maîtres du monde   11.10.03

Ce qui sera peut-être vu dans peu de temps comme l’un des documents les plus important – et perturbateur – de ce début du XXIe siècle, est sorti, le 26 juillet dernier, du Eidgenössische Technische Hochschule (Institut fédéral Suisse de technologie) de Zurich.  Ce sont trois(3) chercheurs de la Chaire de Conception de Système (Chair of Systems Design) dudit ETH – Stefania Vitali, James B. Glattfelder, et Stefano Battiston – qui ont signé ce texte explosif. qu’il faut lire absolument !

Un texte qui  n’est pas un brûlot d’anarchiste ou un pamphlet de révolutionnaire débutant, mais un document sérieux, produit d’esprits curieux et matheux, comme on en trouve dans ce pays de Suisse où l’on s’attend d’une banque qu’elle fonctionne comme une horloge.  Ce texte n’est pas explosif dans sa forme, mais dans son contenu.  Il l’est parce qu’on y répond à la question que tant de gens se posent aujourd’hui : Qui mène le monde ?

Les chercheurs de l’ETH y répondent simplement, en quelques phrases et quelques lignes d’équations relativement faciles, à partir d’une information publique et aisément accessible.  Quels sont les faits qu’on nous expose ?

147 société transnationales, qui s’appartiennent les unes aux autres, dans le cadre d’un réseau dense de prises de participation mutuelles dans leur capital-action les unes des autres, constituent de fait une SUPER ENTITÉ ÉCONOMIQUE qui possède de loin la plus grande part de la richesse de la planete.  Voyez le document lui-même pour les pourcentages exacts. Vous serez abasourdis.

Les preuves sont là et elles sont  irréfutables.  En réaction à ce document, on ne peut arguer que deux choses: 1) que  posséder la richesse ne donne pas nécessairement le contrôle, et 2) que des gens qui contrôlent ensemble peuvent faire abstraction de ce pouvoir et NE PAS en tirer profit pour s’octroyer des avantages.   Je ne perdrai pas une minute de ma vie à discuter ces hypothèses.

Paul Jorion non plus qui, prenant connaissance de la demonstration magistrale du groupe de Zurich, passe directement sans arguties à la conclusion, mettant sur son blogue, le 7 septembre un article intitulé  “Les maîtres du monde”  Lisez les notes de Jorion et les commentaires sur l’article sont aussi d’un grand intérêt…

La première réaction, quand on voit cette concentration inouïe de pouvoir, est la stupéfaction.  Mais, la boite de Pandore ouverte, si on cherche un peu, on n’est pas au bout de nos surprises…. Pendant qu’à Zurich on a fait cette étude aureolée du prestige  académique, d’autres chercheurs  ont ajusté les lentilles pour mettre au foyer de façon plus artisanale, mais néanmoins vraisemblable, ce qui paraît comme le saint des saints  du pouvoir.

Ainsi, cet article publié sur  Global Research , repris en français sur  le blogue  Résistance 71 au lien ci-dessous. Ici, on ne prétend pas faire la part des choses et on ne cache pas l’intention : c’est la guerre.

http://resistance71.wordpress.com/2011/06/03/oligarchie-financiere-les-huit-familles-derriere-le-cartel-banquier-prive-international-lennemi-des-peuples-a-un-nom-et-des-visages/

http://resistance71.wordpress.com/2011/06/10/oligarchie-financiere-les-huit-familles-derriere-le-cartel-banquier-international-2eme-partie/

Si on accorde foi à ce texte, de 147 sociétés, on en serait à huit (8) familles.   On n’a pas ici la rigueur mathématique de l’étude de Zurich, mais on a un faisceau de renseignements et de circonstances qui projettent une impression de vraisemblance. Le dossier n’est pas clos et ficelé, mais le fardeau d’une réponse crédible est certainement dans le camp de ceux dont on prétend qu’ils ont ce pouvoir immense, au sein du groupe de ceux dont il est avéré que le pouvoir est indiscutable.

Après la stupéfaction, la deuxième réaction à la concentration du pouvoir financier peut être le mécontentement, voire de colère. Il saute au yeux, en effet, qu’il ne s’agit pas aujourd’hui de s’interroger sur la facon de la mettre en place une gouvernance mondiale, laquelle est déjà une réalité,  mais sur les moyens de rendre démocratique cette gouvernance qui est solidement entre les mains d’une elite.  Comme on ne fait rien pour qu’elle le devienne, tous les boniments qu’on nous sert sur la démocratie peuvent apparaître bien choquants….

On peut comprendre cette irritation, personne n’aime être leurré. Mais avant de réagir en cherchant des coupables, creusant comme un cochon qui a senti une truffe, il faudrait peut-être mettre nos préjugés en veilleuse un instant et se demander objectivement si une gouvernance démocratique nous donnerait un monde meilleur que celui auquel nous a conduit l’oligarchie qui semble aujourd’hui diriger le monde.

Facile de voir que le monde aujourd’hui fonctionne plutôt mal que bien; en fait, nous sommes dans la phase terminale d’une façon de gérer la société qui craque de partout et dont la crise financière est la manifestation la plus visible, mais n’est pas la seule. On a aussi l’évolution de la technologie qui impose un nouveau paradigme de production et de consommation.  On a la transforrnation de nos valeurs historiques qui – pour le meilleur ou pour le pire, ce serait un autre débat – impose aussi une profonde remise en question de nos attitudes.  Est-on bien certain que substituer une démocratie à l’oligarchie actuelle résoudrait nos problèmes ?

Je ne dis pas qu’il ne faille pas aller dans cette direction. Au contraire, je crois que l’interdépendance croissance entre les compétences complémentaires qu’exige un société techniquement complexe va NÉCESSAIREMENT amener une diffusion plus large du pouvoir.  Une partie de nos problèmes actuels vient peut être de la résistance de l’oligarchie à cette évolution. Mais je suis sceptique quant à l’impact positif immédiat d’un transfert du pouvoir qui l’enlèverait des mains d’une élite riche – pour laquelle le rapport à la richesse est devenu un jeu – pour le remettre enntre celles d’une classe ambitieuse, dont la priorité sera inévitablement de s’enrichir…

La justice exige que ce transfert du pouvoir ait lieu, mais faut-il le faire dans l’exaltation de la vengeance?  Si on changeait  de maîtres, il faudrait que l’on mette beaucoup de soin à s’assurer, d’abord, que la démocratie qui servira de véhicule à ce transfert soit bien authentique et efficace.

Il ne faudrait pas oublier, non plus, que même la plus vraie des démocraties ne changera pas la nature humaine  … et qu’un pouvoir qui repose sur un mandat populaire ou sur la compétence devra être balisé encore plus étroitement que celui qui découle de la richesse, car la bête affamée est plus dangereuse que celle qui est repue.

Pierre JC Allard

395.   Anonymous vs Wall Street 11.10.09

 

Il est minuit moins cinq.   En fait, il est 05h55 à Paris et le soleil se lèvera à 8h03, sur un 10 octobre 2011 presque sans nuage et une température agréable, maximum de 21º. On sera si bien et il se passera si peu de choses, qu’on jasera des « primaries » du PS.  Ça, c’est parce qu’on est dans le bonheur à Paris et qu’on est loin de la ligne bleu des Vosges et des tranchées.   Pour le reste du monde, il est minuit moins cinq.

Minuit moins cinq  toute la journée et tous les jours en Libye, en Afghanistan et maintenant en Grèce, où ce n’est qu’affaire de temps avant que ne claque le premier coup de feu. Ici, à Montréal, pas besoin même de métaphores:  nous sommes bien à l’heure de New-York et c’est vraiment dans 5 minutes que débutera la journée fatidique où l’on saura si le monde continue inchangé… ou se transforme radicalement en autre chose.

Ce jour est critique, car ANONYMOUS a annoncé qu’aujourd’hui le New-York Stock Exchange serait arrêté.  Pour 10 minutes?  Pour 10 heures? Pour toujours?  On ne l’a pas dit, mais c’est d’importance secondaire. Comme il serait d’importance secondaire que  je vous prive d’oxygène pour une heure ou pour toute la nuit.  Votre cerveau ne s’en remettrait pas. Bluff ?  Canular, le message d’Anonymous… ou une attaque létale ?

Car si Wall Street s’arrête aujourd’hui, le Système qui gère la planète pourrait bien en mourir.  Pas parce que les transactions auront été interrompues – on le fait de temps en temps, un peu par jeu –  mais parce que la preuve aura été faite que la circulation de l’argent, qui est le sang qui maintient la vie dans le corps mystique de la finance, peut être sérieusement perturbée par une autre volonté que celle des Maîtres du Monde.  Et ça, ce serait la fin du monde que nous connaissons

Nous vivons dans un monde qui fonctionne comme une horloge.  Il y a des imperfections, mais elles ne subsistent que dans les rouages marginaux, sans importance réelle, les engrenages qui ne touchent que la vie des nègres, votre vie ou la mienne par exemple.  Pour l’essentiel – l’argent, le crédit, le pouvoir – la « tolérance » permise est minuscule.

Les ajustements sont apportés sans délai et les aiguilles tournent au rythme dont décident les horlogers.  La part de hasard qu’on croit y voir est programmée pour divertir, amuser, créer un suspense…  Que le coucou sorte avec la tête de Sarko, de Harper ou d’Obama, ce n’en est pas moins toujours l’heure choisie qu’il annonce … et la richesse, elle, ne sort pas de sa niche sans chaperon. Le monde est trop complexe pour aller au hasard.  Le Système s’en occupe.  Le New-York Stock Exchange est le gros cadran ou l’heure s’affiche.

Si  autre chose que le Système pouvait changer heure, le monde n’aurait plus de maîtres.  Il errerait à la guise de la légendaire « main invisible » des penseurs libéraux, celle-ci devenant tout à coup une insupportable réalité… Chaque maître du monde tuerait sans doute, même de sa propre main, pour éviter que cela n‘arrive.  Anonymous a dit qu’il pouvait le faire.

Qui est Anonymous ?  On ne le sait pas. C’est sa force.  Il y a bien 20 ans que je dis qu’aucune organisation ne détruira le  Système, puisqu’aucune ne l’égalera en « organisation ». Par la force, l’astuce, la corruption, la zizanie, le Système écrasera toute organisation révolutionnaire.

Seul des INDIVIDUS agissant seuls – mais unis par un but commun dont chacun déduit ce qu’il lui incombe de faire  selon sa conscience et au vu de sa propre compétence –  pourraient détruire le Système, chacun faisant sa part. Difficile à imaginer. Pourtant, c’est cet ennemi  insaisissable et donc INVINCIBLE que le Système semble s’être suscité : Anonymous.

D’ou sort Anonymous ?  Depuis toujours, des individus brillants sont marginalisés par le pouvoir en place parce qu’ils n’ont pas le profil pour s’y intégrer.  Il y a mille raisons, mais c’est surtout qu’ils sont imprévisibles ou n’obéissent pas.  Des esprits libres ?  Des rebelles ?  Des criminels ?  C’est selon ; le vocabulaire change…  Intelligents et compétents, ces individus sont une menace, mais généralement une menace mineure, car, individualistes, ils ne s’assemblent pas.  Traditionnellement, on les achète ou on les tue. Ça fait des pirates ou des corsaires; il faut des centaines de Cartouche et des circonstances exceptionnelles, pour que puisse apparaître un Bonaparte.

Depuis quelques années, cependant, les structures de production industrielles orientées vers une consommation de masse, ne peuvent amortir leurs investissements assez rapidement pour réaliser  avec profit les innovations que leurs proposent tous ces individus brillants qui disposent d’une compétence dans le domaine de l’informatique où les progrès sont exponentiels.

Le nombre de ceux-ci qui ont été marginalisés a donc augmenté en flèche, car il ne suffit pas de donner un salaire correct à un esprit frondeur pour le motiver et qu’il cesse de vouloir s’exprimer. Les brillants rebelles sont devenus des « hackers ».  Des saboteurs.

Ils se sont contentés, au départ, de se montrer plus habiles que les papys relativement ignares qui les marginalisaient en occupant les postes-clefs du Système. Ils ont joué aux virus…  Ils ont joué pour un temps, mais c’est le propre de l’homme de se chercher un but qui le motive. Certains hackers ont donc cessé de jouer. Ils sont devenus des protestataires et se sont trouvé une MISSION : détruire le Système qui les marginalise et dont l’ignominie et la méchanceté sautent aux yeux.  Ces hackers se sont improvisés justiciers et ils ont trouvé tout seuls la stratégie de base imparable : UN FAISCEAU D’ACTIONS INDIVIDUELLES DISSOCIÉES CONVERGEANT VERS UN BUT COMMUN.

Anonymous semble  bien un  rassemblement de ces hackers.  Ils se sont trouvé des ennemis puissants et honnis de tous dont ils connaissent les failles de la cuirasse. Ils ont la compétence pour les attaquer et les détruire et ils contrôlent les moyens de communication de leurs adversaires… Ils n’ont évidemment eux-mêmes aucun problème à communiquer anonymement – ce sont eux les communicateurs –  et, aussi longtemps qu’ils demeurent inconnus les uns des autres ils sont invulnérables, car on ne les prendra qu’un par un et ils viendront par centaines…

On a ainsi un scénario de science-fiction, où une espèce supérieure munie de « phasers » et de bombes à neutrons vient déloger les méchants tyrans primitifs armés de gourdins.  Anonymous a fait quelques coups d’éclat depuis trois ans  puis maintenant lance brutalement le gant à la face du Système : « Le 10 octobre 2011 » – ont-ils annoncé – « nous arrêterons le New-York Stock Exchange ». Rien que ça !

Délirant…, mais supposons qu’ils le fassent. Il y aurait quelques questions à se poser.

1. Anonymous est-il bien, comme on le prétend, un regroupement spontané de hackers qui veulent protester contre le Système ? Si oui, se rendent ils parfaitement compte que, s’ils réussissent ce coup, ils n’auront pas seulement protesté, mais auront blessé le Système, peut-être mortellement ?   Est-ce ce qu’ils veulent ?

2. Anonymous ne serait-il pas, au contraire, un piège du Système, une démolition contrôlée pour créer une telle panique que le passage du capitalisme au corporatisme avec dictature, censure  et État policier soit non seulement accepté, mais exigé par la population, permettant de donner un nouveau visage  à cette gouvernance occulte des maîtres du monde  dont le masque est en train de tomber ?

3. Pourrait-on penser, aussi, que le geste d’Anonymous soit simplement un épisode particulièrement audacieux et féroce  du jeu entre ces maîtres du monde, une manœuvre d’une faction pour se débarrasser d’un autre faction et établir sa dominance ?  Ou encore, qu’une puissance émergente tout a fait lucide et bien décidée à  « tuer le Systeme » et a y substituer autre chose, soit derrière l’action des hackers d’Anonymous ? Ou pensez aux milliards que feront ceux qui auraient joué à la baisse, sachant que le NYSE serait efficacement saboté ?

Quelle que soit la bonne hypothèse, il n’est pas impossible que des tractations soient en cours pour éviter que cet irréparable geste ne soit posé.  Entre qui et qui ?  Nous n’en savons et n’en saurons sans doute jamais rien.… Mais si ce jour d’hui finit tranquillement comme il a commencé, n’en concluons pas trop vite au canular ou à un échec d’Anonymous. Ce peut être qu’on l’aura dissuadé de le faire… et il n’est pas exclu, en ce cas, que la bombe qu’on aura réussi à désamorcer cette fois soit remontée une autre fois, comme ces volcans qui grondent puis se taisent, nous endorment… puis explosent.

Quoi qu’il arrive aujourd’hui, il faut garder bien présente à l’esprit l’extrême vulnérabilité de notre société qui est devenue un jeu plus qu’un projet pour ceux qui la gouvernent.  Voir aussi combien les disparités croissantes entre riches et pauvres font reposer la vraie gouvernance sur une base trop étroite et qui s’amenuise. Il est inquiétant que la perspective que le Système tout entier soit saboté et détruit paraisse susciter chez tant de gens plus de sympathie que de réprobation.

Pierre JC Allard

396. PS… pour post-scriptum 11.10.16

 

Quand les jeunes bobos que le Club Med amene en Grèce pour y retrouver l’esprit de Byron font la croisiere-excursion à Mykonos, on leur fait chanter « Haut-les mains  » sur le pont du rafiot, histoire de les préparer au pire, puis les G.O les remettent sur le quai entre les mains palpeuses ou avides des vendeurs de breloques ou de rêves, avec quelques admonestations. « Ne ratez pas les lions de Delos !Ne buvez pas d’eau fraîche !Écrivez à vos amis

Le jeune bobo docile visite trois ou quatre boutiques, laisse tomber les lions parce que la houle le fatigue, coupe son ouzo d’eau embouteillée Loutraki, puis écrit des cartes postales…  Pour les lions, il écrira qu’il les a vus; quand on a les images, toutes ces vieilleries se ressemblent. Pour les cartes postales ? N’importe quoi, mais dire en P.S qu’il fait beau.

Brel disait que les toros s’ennuient le dimanche… Mais qu’est-ce qu’on fait en France, les dimanches de primaires, pour retrouver l’esprit de Jaures ? Peut-on laisser tomber les éléphants – toutes ces vieilleries se ressemblent – et se risquer à des idées fraîches ? Que non ! Dans un premier temps, il faut bouter hors du frigo l’eau Montebourg et tout ce qui n’est pas stérile et en bouteille. Ensuite, s’en remettre aux Gentils Organisateurs qui conduiront au meilleur vendeur de breloques. Juste ne pas oublier de dire en post-scriptum qu’on est socialiste…

16 octobre 2011, hold-up consommé et passage à la déchiquetteuse de la « pensée de Gauche ».  Hollande, c’est un pas vers le Centre et donc un pas vers la victoire. Il fait beau au PS. Mais pour ceux qui font de l’arithmétique, ca laisse un peu songeur…

Songeur, parce que la « Gauche de la Gauche  » – qu’on croyait moribonde et que Melenchon devait aller enterrer après un baroud d’honneur – renaît avec Montebourg, qui n’a pas une tronche assez stalinienne pour faire peur, faisant craindre que le vote du PS ne se scinde bien plus également qu’on ne l’aurait cru entre ceux qui ne font que parler de socialisme et ceux qui en voudraient tout de même un peu.  Un repartage qui change tout…

Vous pouvez deviner ce qui se passera, en mai 2012, si tous ceux au PS qui sentent que la limite de la Gauche passe entre eux et Hollande votent pour Melenchon et que les Gauchistes en France se répartissent également entre PS et Front des Gauches ?

Si vous avez répondu « Oui », mettez le bonnet d’âne, car on manque encore de données pour résoudre cette équation… Mais on peut déjà identifier deux (2) scénarios, dépendant de deux (2) grandes inconnues qui pourraient faire une différence.

La première inconnue, c’est la possible émergence météorique au Centre d’un candidat présidentiel crédible. On ne réalise pas à quel point, avec l’internet et le discrédit des médias, l’électorat est devenu volatil. Au Québec, il y a quelques mois, 50 % des électeurs ont modifié leur intention de vote dans les deux (2) dernières semaines de la campagne électorale  ! 

Et ça, sans même une événement déclencheur significatif.  On a changé pour changer. On manquait d’idées neuves, d’espoirs de progrès, d’admiration et même de respect pour les leaders en place… Une étincelle qu’on ne peut même pas identifier a mis le feu à ce maquis qui était trop sec. L’internet a été le mistral qui a fait le reste. Toute la « sagesse politique conventionnelle » a brulé.

C’EST LA MÊME CONJONCTURE QUI PRÉVAUT AUJOURD’HUI EN FRANCE.

Une occurrence encore plus plausible en France, car alors que le Premier Ministre canadien est ce qui ressemble le plus a un dictateur dans nos démocraties, la séparation des pouvoirs entre l’Assemblée et le Président, en France, permet en principe de séparer ce dernier du quotidien et de l’intendance. De l’élire sur la base de grands principes et donc de voter avec son cœur. De chercher, surtout, un homme qui soit un arbitre au-dessus des partis.

C’est ce que voulait de Gaulle. C’est la création d’un parti comme l’UMP, systématiquement inféodé au Président, qui est un dévoiement évident de l’esprit de la Cinquième République. Il suffit donc d’un moment de réflexion, pour que le citoyen se fasse une toute autre idée de la Présidence et ne cherche plus à la confier à un homme prisonnier d’un idéologie, mais à un libre-penseur politique.

Où vivent les libres-penseurs politiques? Le métacentre de la pensée politique citoyenne en France est au Centre-droit. C’est là que le poids des intérêts acquis intersecte la ligne des pressions sociales. Joly, Bayrou, Cohn-Bendit, Villepin, Borloo, Asselineau, Dupont-Aignan et d’autres… Une campagne médiatique ou un simple engouement découlant d’une déclaration ou d’un geste populaire peut en transformer l’un ou l’autre en une  » jument verte« , en un Parsifal, et en faire un favori »: un Golem qui bouffera crû les Sarkozy et Hollande dont le charisme est, disons… imparfait.

La deuxième inconnue, c’est la réaction des Puissants,  des « 147 » commanditaires de l’ordre établi qui sont le vrai pouvoir et donc aujourd’hui derrière l’UMP. Si Nicolas Sarkozy ne remonte pas dans les sondages, ON pourrait lui suggérer de prendre – « pour raison de santé », ou cédant aux objurgations de son épouse – la retraite bien méritée à laquelle il ne s’est pas caché d’aspirer.

On verrait alors toute la géniale stratégie de la droite qui, en concentrant depuis des années toutes la critique sur le bouc émissaire-chef Sarkozy et quelques figures emblématiques de la corruption ou de la bêtise, a laissé pratiquement vierge le dossier de l’UMP.  Qui est vraiment fâché contre Fillon ou Copé … ou n’importe qui de la Droite qui n’est pas mouillé dans un scandale?  La seule Droite méchante, c’est Le Pen, tout le monde l’a dit…. Imaginez la superbe ironie si l’UMP organisait des primaires…

Deux scénarios surprenants ne sont donc pas à écarter.  a) Celui d’un candidat hors-parti – comme Assalineau apportant sa compétence ou Villepin apportant son charisme – apparaissant de nulle part pour saisir la présidence sur un coup de coeur des Français; b) Celui d’une UMP se donnant un autre candidat … et apparaissant cyniquement comme un « renouveau sans rupture » pour faire suite à la rupture… sans renouveau.

Avec ces scénarios et les inconnues qui les sous-tendent, avec les canons « Segolene » et « Montebourg » en libre déferlante sur le pont, avec son candidat Hollande (rose beige vraiment très pâle), on se demande ce que va faire maintenant le PS pour demeurer intéressant cet hiver. Sera-t-il même au deuxième tour en 2012 ?

Si j’écrivais ce soir à maman, de Mykonos, je dirais qu’il semble faire beau, mais qu’il y a une méchante meltemi  qui pousse les nuages à l’horizon…  Je jurerais, surtout, que PS veut dire « Post Scriptum » et pas autre chose. Car au-dela des mots, on ne sent pas de socialisme dans l’air rue Solférino.

Pierre JC Allard

397. Le Chien d’Or au temps de l’impatience   11.10.24

 

Vous connaissez le Chien d’Or ? Vous devriez… C’est un élément de notre patrimoine culturel du Québec à exploiter. L’image est jolie et le texte – la légende – laisse rêveur, en ces jours difficiles que nous vivons. …

« Je suis un chien qui ronge l’o.

En le rongeant je prend mon repos.

Un tems viendra qui n’est pas venu

Que je morderay qui m’aura mordu. »

Voyez l’histoire, d’abord, puis revenez.  Revenez regarder ce chien bien droit dans l’oeil qu’il a bien résolu. Vous ne l’entendez pas grogner ? Vous avez tort, car quand toute la chair aura disparu de cet os qu’on lui a jeté, ce qui ne saurait tarder, il est bien possible que ce chien saute à la gorge de ceux qui l’ont vu comme peu de chose.

C’est peut-être cette image qu’il faudrait envoyer à ceux qui comptent sur l’infinie patience bonasse des Québécois. Car aujourd’hui, au Québec, on a bien des raisons de grogner. Myope ou presbyte, on peut choisir les lunettes qu’on veut, car, tout proches ou un peu plus loin, il y a partout des irritants pour un chien de mauvais poil.

Tiens, à Montréal, par exemple, on « occupe ». Comme à Wall Street. Des tentes sur la Place Victoria, pour réclamer… Réclamer quoi? Peu importe, puisque le vraie demande est que tout change. C’est la scène classique de « Network », où chacun apparaît à sa fenêtre, pour hurler à tous et à tous vents qu’il en a assez de se faire couillonner… et ne l’acceptera plus. Un bras d’honneur collectif au déshonneur. Un défi, à l’ordre qui fait désordre.

Révolution sur la Place Victoria ?  Non. Il fera bientôt trop froid pour que ça dure. Mais chacun va rentrer chez soi avec la frustration d’une facture impayée qui reste à percevoir. Chacun va rentrer avec le goût de briser quelque chose ou de taper sur quelqu’un et – en non-dit, mais en bien pensé – dans l’expectative du déclencheur qui le fera passer à l’acte, chacun pour soi et au moment qu’il choisira.  Si ce moment de ras-le-bol vient, le froid, alors, n’y changera rien : la violence réchauffe. Ce sera un baisser abrupt de rideau, car aucune société complexe ne peut fonctionner contre la volonté d’un part significative de sa population qui ne demande qu’à la saboter.

Changeons la focale, maintenant, et regardez vers Québec. Nos maîtres font ce qu’il faut pour mettre le gros chien en rogne. Un gouvernement honni par une majorité croissante de la population -et qui se vautre dans la corruption la plus éhontée – vient de perdre sa dernière once de légitimité en annonçant une cocasserie d’enquête publique à huis-clos qui est une insulte à l’intelligence de la population. On aura une enquête qui n’assigne pas de témoins et ne les protège pas… Une enquête qui n’accusera personne et ne donnera pas de noms. On fera un slalom élégant autour de la vérité. Jean Charest se moque outrageusement de la population. Dangereusement.

Le chien gruge son os et se demande comment il se débarrassera de ce type et de toute l’engeance qui l’entoure. D’abord, bien sûr, il y a l’action politique. Les partis d’opposition pourraient quitter sine die l’Assemblée nationale, refusant de collaborer davantage avec un gouvernement dont le comportement laisse soupçonner qu’ils est la manifestation, tout au sommet de la pyramide, de cette collusion institutionnalisée avec le banditisme dont on l’accuse, justement, pour ces milliards de dollars de contrats de voirie sur lesquels il refuse de faire la lumière.

Ce ne serait pas bête de laisser Charest et sa clique seuls à l’Assemblée. Si les partis d’opposition demandent la démission du gouvernement et annoncent qu’il seront tous unis pour les élections qui suivront, afin de faire élire un gouvernement provisoire d’unité nationale dont le seul mandat sera de mettre fin au banditisme, ils prendront le pouvoir. Ils pourraient ensuite organiser des élections dont seraient excls le parti et les individus compromis dans ce brigandage.

Ça pourrait marcher tout seul, mais ça marchera encore mieux si le chien grogne. Si le gouvernement résiste, la rue peut parler. Le ras-le-bol mis en veilleuse dont nous avons parlé peut s’eveiller. Il peut dépasser le simple sabotage individuel et prendre une forme organisée. Grève générale ? Des groupes d’autogestion assumant les services à la population, comme les hôpitaux et les transports publics ? Un refus des commerçants de percevoir les taxes à la consommation ? Il y a cent façon de dire NON à l’État.

Cent façons dans la rue, mais il y a plus facile encore que de dire non à l’État. Si le chien montre les dents et que l’ordre public est compromis, le système judiciaire – dont les magistrats sont assez mécontents d’être instrumentés dans cette bouffonnerie d’enquête – pourrait, si un citoyen en faisait la demande, rappeler à Jean Charest qu’il n’est PAS  l’État, mais seulement le premier ministre d’une province et donc soumis à la loi canadienne.

Si l’ordre public était mis en péril et si une accusation sérieuse était portée que Charest est un pion du crime organisé, le complice d’une extorsion massive perpétrée sur la population du Québec, la Cour Supérieure, qui a un droit de surveillance sur le fonctionnement de toutes les institutions en ce pays de Canada dont nous sommes toujours partie prenante, pourrait juridiquement enjoindre Jean Charest de quitter ses fonctions.

Et ça ne s’arrete pas au Québec, car quand le chien commence à montrer les dents et ne regarde plus son os, mais la carotide de ceux qui l’agacent, on le traite avec plus de respect. Notre Premier Ministre à Ottawa pourrait comprendre que les Québécois ne sont pas fiers qu’on ait gaspillé des ressources canadiennes et même fourni un cheerleader aux forces internationales qui sont allées piller la Libye. V novembre

Ils n’aiment pas du tout qu’après avoir envoyé des Canadiens mourir pour rien en Afghanistan, on ait collaboré à tuer des milliers d’innocents en Libye, pour rafler 33 milliards de dollars des fonds du peuple libyen, au profit des banquiers apatrides qui mènent le monde. Ils n’aiment pas qu’on ait aidé une pétrolières française à faire main basse sur les ressources du pays qui était le meilleur  modèle de démocratie et de bonne gestion pour l’Afrique. On lui demandera de cesser ces fusillades. Là et en Afghanistan et de ne plus en faire nulle part ailleurs.

Il se pourrait que notre Premier Ministre ne comprenne pas. Il se pourrait que Jean Charest ne comprenne pas. Il se pourrait que les banquiers ne comprennent pas… Mais il se pourrait aussi, alors, que, laissant son os sur lequel il n’a plus rien à ronger, le gros chien perde patience, bondisse et « morde qui l’aura mordu »

Pierre JC Allard

398. 100 JOURS APRÈS; LA LIBYE DES MÉFAITS   11.10.31

En juillet dernier, je publiais ici un article – « La Libye des faits » – où je décrivais la réalité de la Libye sous Mouammar Khadhafi. Pas de spéculations oiseuses ni préjugés, juste des faits. Amplement suffisant pour montrer le caractère odieux de l’intervention de l’OTAN. Cet article a été reproduit 29 fois et a reçu des milliers de visite

Cent (100) jours plus tard, ce n’est plus, hélas, sur les faits d’une Libye prospère qu’il faut mettre l’accent, mais sur les méfaits de l’Organisation de l’Atlantique Nord (OTAN). L’OTAN a dévasté ce pays heureux et tranquille qu’était la Libye, avec la complaisance que peuvent mettre à détruire ceux qui ont prévu de se faire payer par leur victime pour réparer le mal qu’ils lui auront fait.

J’ai l’âge de me souvenir des horreurs d’Hiroshima, de Dresden, du Vietnam et de l’Algérie. Je me rappelle, comme vous, de celles plus récentes du Rwanda et du Darfour. Aucune de ces horreurs, toutefois, ne m’a plus indigné que cette hécatombe en Libye commise au nom de l’Occident. Je vais vous dire pourquoi, mais avant je vous invite à ouvrir les cinq (5) liens ci-dessous.

En premier lieu, voyez d’abord La description froide et clinique du mal que nous avons fait. Un compte rendu juste un peu biaisé, parce que c’est nous, Occidentaux, qui l’avons écrit, mais qui donne bien le ton.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Intervention_militaire_de_2011_en_Libye

Pour corriger ce biais qui pourrait donner bonne conscience aux plus obtus, voyez maintenant le meme scénario, mais en ajoutant l’émotion. Voyez le témoignage accablant d’une Occidentale qui a vécu le massacre sur place. Un peu d’émotion; c’est Le moment de sa prise de conscience,

http://www.dailymotion.com/video/xluzhc_libye-temoignage-de-lizzy-phelan-journaliste-britannique-independante_news

Dur, ce témoignage, mais si ce mal était pour une bonne cause ? Pour quoi ce massacre ? Pour protéger le peuple libyen opprimé ? Voilà ce que les médias nous disent ad nauseam, mais qui ne tient pas la route. Revoyez d’abord la liste des avantages dont bénéficiaient les Libyens. Sont-ce les conditions de vie d’un peuple opprimé ?

https://nouvellesociete.wordpress.com/2011/07/24/la-libye-des-faits/

Malgré tout,il peut rester un doute. Ces avantages qu’on a vus ne sont que « matériels ». Qui sait si les Libyens, épris de liberté, ne souffraient pas en silence mille morts en n’ayant que cette richesse ? Qui sait si une sourde colère ne bouillonnait pas en eux ?

NON. Voyez ce video de la foule soutenant Kadhafi à Tripoli le 1er juillet – (1 700 000 personnes ont dit les médias indépendants) … Paraissent-ils en colère ? Et ces gens, on leur a distribué des armes ! Devrions-nous croire à ce cas, bien unique dans l’histoire, où un gouvernement que son peuple aurait voulu chasser aurait réagi en le rassemblant et en lui donnant des armes… après quoi ce peuple aurait commencé à sourire ?

http://blogs.mediapart.fr/blog/kafur-altundag/020711/1er-juillet-2011-manifestation-monstre-tripoli

Des blogueurs disciples de BHL, ou devenus ineptes pour d’autres raisons, parlent de ci de là d’une police secrete implacable qui aurait ramassé ce million de gens aux visages souriants ? Combien de gens un flic peut-il faire sourire ?

Mais écoutons à Paris ce jeune libyen occidentalisé, revenant de Libye et interviewé sur la rue. Semble-t-il effrayé ? Tient-il le langage ampoulé et excessif de ceux à qui on a fait la leçon ? Ne serait-ce pas plutôt qu’il dit la vérité, simplement, sans contrainte ? ECOUTEZ-LE

http://www.youtube.com/watch?v=q6FMM2cS4YA

Il y a aussi ceux qui disent que c’est bien triste, mais que c’est la guerre… On a fait la guerre pour des esclaves, du sucre, de l’opium… Pourquoi pas pour quelques unes pour le pétrole ? Pourquoi cette guerre serait-elle différente? D’abord, parce que ce ne devait pas être une guerre, mais une simple protection des civils. Ensuite, voyez le lien ci-dessous. Peut-on encore dire que c’est la guerre… ? Auschwitz, les noyades de Nantes, c’était la guerre ?

http://www.youtube.com/watch?v=_8tPjqMtiu0&feature=player_embedded&skipcontrinter=1

Il y a des milliers de photos comme ça sur Google. Promenez vous un peu. Faites votre propre opinion à la lumière de ces photos, vous souvenant que celles qui critiquent Kadhafi sont l’œuvre de professionnels et que celles qui le défendent on été prises par des amateurs.

Comparez les photos de Syrte en ruines avec celles des matamores costumés qui tiraient du fusil en l’air il y a 6 mois à Benghazi … Ne trouvez–vous pas, comme moi, qu’il y a un hiatus énorme entre ceux qu’on a voulu surtout nous montrer et ceux maintenant qu’on ne nous montre surtout pas ?

Ces guignols figurants, qu’on a filmé pour la BBC en mars, sont-il bien ceux qu’on a envoyés à Syrte tuer tout ce qui bougeait pour terroriser le pays maintenant asservi ? Ou l’Otan a-t-elle, au moment de vérité, importé des mercenaires vétérans de Kandahar ou d’ailleurs pour faire le travail… et tuer Kadhafi ? Je crois qu’on nous ment beaucoup.

Pourquoi moi, qui ai vécu une époque où horreur a été si présente, suis-je si touché par celle-ci ? Pour deux (2) raisons qui en font un cas exceptionnel d’inhumanité

D’abord, la mesquinerie du prétexte. Aucune motif crédible en cette affaire ne ressemble à un principe. Nous avons seulement la totale ignominie de l’âpreté au gain à laquelle se greffe l’indifférence du psychopathe a tout ce qui n’est pas SA souffrance.

On a ici le vol des ressources et de l’argent d’un pays souverain et rien de plus. On a fait ce massacre pour prendre 33 milliards de dollars. C’est le vol de banque le plus meurtrier de l’histoire. L’Otan a été le bras armé d’une association de malfaiteurs.

Ensuite, on a l’insupportable lâcheté de cette opération. C’est celle du chasseur qui n’affronte pas son gibier, mais l’abat de loin ou de haut, bien a l’abri d’une haute branche ou d’une bien-nommée meurtrière. L’Otan a-t-elle perdu un seul homme ? Il semble que nous n’avons perdu que notre âme… On est ici dans l’ultime manifestation de immoralité de celui ne croit ni en Dieu ni en l’Homme. Un de ces dimanches de corrida où c’est le toro qui est un frère.

Cette action en Libye ne mérite aucun respect et ceux qui en ont décidé sont des scélérats. En 1991, René Dumont écrivait déjà, parlant de la premiere guerre en Irak : « Cette guerre nous déshonore ».

Nous sommes désormais COMPLÈTEMENT déshonorés.Notre civilisation moribonde a choisi de mourir dans la honte. J’ai honte de ce que nous Occidentaux nous faisons. Hier en Irak, aujourd’hui en Libye…

L’agression contre la Libye a été un crime de guerre dont les responsables devraient être jugés et condamnés selon les principes de Nuremberg. Nous en avons tous été peu ou prou coupables par notre inconscience, en ne protestant pas assez. Nous sommes à en devenir complices après le fait, en ne prenant pas les mesures pour que les criminels soient inculpés.

Nous sommes ces Nazis qui ont joyeusement crié Sieg Heil ! pendant que les panzers brûlaient en Ukraine les fermes des « sous-hommes ». Nous sommes devenus ces Juifs qui appelaient le sang de l’innocent sur eux et sur leurs enfants…

Il faudrait demander pardon et tenter de réparer. Sans quoi, il se pourrait que cette bravade ne soit pas oubliée. C’est une tunique de Nessus trempée du sang d’Irakiens, d’Afghans de Libyens et de tant d’autres que nous allons léguer et faire endosser à nos enfants… Et s’ils ne sont pas pardonnés, ils en mourront.

Pierre  JC Allard

399. Chine. Désolé pour les narcos… 11.11. 07

Je ne vous parlerai pas vraiment de la Chine. C’est trop grand, c’est trop vieux et ce serait trop long. Juste un mot sur la contrition parfaite et les indulgences que m’inspire la superbe photo de Michel Euler de Reuters Je parlerai seulement d’UN aspect de notre relation avec la Chine. Il y en a d’autres. A ceux qui veulent en savoir plus ou comprendre mieux, je suggère de lire au moins cet article de Wikipedia.

Pour ceux qui ne lisent que la première ligne des affiches, même quand on y a dessiné un crâne et des tibias, je vais résumer ce que nous avons fait en Chine au milieu de XIXe siècle. Ainsi, vous ne tomberez pas de nues, si un jour on vous frappe et que vous ne savez pas qui vous a frappé ni pourquoi. Surtout, vous de crierez pas à l’injustice.

Pour comprendre notre relation avec les Chinois (les Hans seraient plus exact, mais « Chinois » est plus simple) il faut d’abord comprendre qu’ils on été – sans solution de continuité de leur identité culturelle – contemporains de Sumer et des 26 dynasties egyptiennes, des Asssyro-babyloniens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Chrétiens (durant une séquence de 265 papes de Pierre à Benoit), des Arabes, des Turcs … et enfin de notre civilisation occidentale. En fait, les Chinois ont toujours été là. Pas nous.

Ils ont été là et bien présents, puisqu’ils représentent encore 20% de l’humanité et que, depuis 5 000 ans que nous, humains, savons lire, c’est leur culture qui a été en tête du peloton presque tout le temps. Ils ont inventé presque tout, du papier à la boussole et à la poudre à canon. Ils ont été les plus riches, ils ont constitué les États les plus puissants et la moyenne de QI des Chinois surpasse la nôtre de 7 centiles… sur des test que c’est pourtant NOUS qui avons construits…

Avec les révolutions industrielle, américaine et française, est née vraiment notre civilisation « occidentale ». Elle s’est mise aux stéroïdes « science » et « techno » et nous avons pris sur les Chinois une bonne longueur d’avance. Mais il faut se souvenir que notre hégémonie occidentale n’a encore duré que le temps de la 18e des 26 dynasties égyptiennes…  Notre civilisation n’a duré que 5% de ce qu’a duré celle de la Chine et elle semble déjà bien essoufflée…  Notre avance n’aurait-elle été qu’un intermède ?

Ce n’est pas impossible, car la Chine, qui semblai dormir et qui démarre en trombe, ça ressemble drôlement à Schumacher qui sort du pit stop et qui remonte la file de ceux qui l’avaient dépassé pendant qu’on changeait ses pneus…!  Nous sommes peut-être la petit sportive impertinente qui a pris la tête du peloton qui s’est constitué pendant que la Chine n’était pas dans la course … et il semble bien que la Chine va nous doubler sous peu.

Question importante: va-t-elle le faire en douceur… ou nous percuter méchamment et nous sortir de la route? Bonne question à se poser, car les Chinois ont quelques raisons de ne pas nous aimer… Et ce n’est pas pour rien que le président Sarkozy a ici l’allure d’un pénitent. On ne s’est pas bien conduit avec la Chine.

C’est qu’on se connaissait depuis longtemps, Chinois et Occidentaux, mais on ne se fréquentait pas tellement. Quelques missionnaires Portugais, mais rien de bien marquant… On ne s’entendait pas mal… Mais un jour, nous leur avons envoyé nos narcotrafiquants. Quand nos marchands sont arrivés en Chine, les Chinois avaient du thé, de la soie et de la porcelaine que nous voulions et ils ne voulaient rien de ce que nous avions.  Triste. Alors on a cherché…  et on a trouvé. Nous leur avons vendu de la drogue.

Quand nous Occidentaux sommes arrivés en Chine, l’opium n’y était connu que comme analgésique. C’est nous qui leur avons montré à y prendre plaisir. Nous sommes devenus les « pushers » des Chinois. Trafic de drogues. Un idée géniale, car, acheté en Inde, l’opium pouvait être vendu en Chine 10 fois plus cher. Il y avait là bien du fric a faire. Comme aujourd’hui la coca de la selva péruvienne peut devenir cocaine et faire gagner bien du fric sur les trottoirs de New-York…

Les Occidentaux, Anglais en tête, ont donc vite compris et ils ont établi dans la Chine des dix-huitième et dix-neuvième siècles un narcotrafic dont la croissance a été spectacuaire. 200 caisses d’opium vendues en Chine en 1729, 40 000 caisses en 1838 … By Jove, how the money rolls in !

Super ! Mais en 1838, on a 2 millions de drogués en Chine …  Le gouvernement chinois n’apprécie pas. Il n’apprécie pas du tout de troquer sa soie et son thé pour cette drogue, car l’opium n’est pas le cannabis. L’opium, c’est lancêtre de la morphine et de l’héroïne. C’est la drogue dure qui peut tuer et tuer vite.

Prohibition, donc, mais le dealer, ici, c’est l’Empire britannique. Difficile de lui passer les menottes… Vous ne voulez pas que vos gens s’empoisonnent ? Entrave à la liberté du commerce, disent les Britanniques… Nous sommes pour le libre échange…. Ca sonne familier ?   Eh oui.. !  Alors discussions, disputes, canonnières… Les Anglais vont faire à la Chine la Première Guerre dite de l’Opium (1839-42).

Les Anglais vont faire la guerre à la Chine, pour garder le droit de s’enrichir à faire mourir des Chinois. Moralement discutable, mais ils vont gagner cette guerre, car les Chinois sont riches et n’ont pas l’instinct prédateur des espèces menacées. Ils sont pacifiques, conciliants… civilisées. La Chine a depuis longtemps dans son coin du monde la bonasserie des gros chiens qui n’on pas à mordre pour être respectés.

Ils ne semblent pas vouloir comprendre qu’on puisse leur faire la guerre. Les « guerres de l’opium » – car il y en aura une autre de 1856 à 1860 et, sous un autre nom, une troisième en 1900 – seront donc pour la Chine une séquence de surprises, de défaites, de pactes rompus, de provocations insupportables, de duperie subies et d’humiliations sans fin…

Les Occidentaux, devenus narcotrafiquants et bien armés, vont obtenir à la pointe du fusil d’abord qu’on tolère, puis finalement qu’on légalise leur commerce de l’opium. Ils passeront aussi, les armes à la main, des « traités inégaux » qui leur cèderont de petits morceaux de la Chine d’où ils en corrompront tout le reste, exploitant commodément dès 1878 un marché de 100 000 000 de drogués et y vendant en 1888 10 000 TONNES d’opium par an ! Voyez le lien ci dessous pour un compte rendu de l’évolution institutionnalisée de ce trafic.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_de_l’opium (et seq)

Une affaire en or, la drogue. On ne trouvera plus lucratif qu’au XXe siecle, quand les banksters découvriront qu’on peut, en collusion avec l’État, simplement créer de l’argent, se le répartir entre amis et acheter tout ce qu’on veut. Au XIXe  siècle on en est encore au bassement matériel, ce qui veut dire piller et voler physiquement.

Il y a beaucoup à voler et à piller en Chine ou à s’offrir avec le profit de la vente de la drogue. Il suffit d’avoir la force et de faire les règles. La Chine est faible et c’est le pactole.  À l’Angleterre, chef de meute, se joindront donc d’abord la France, puis les USA et la Russie… Ensuite, viendront participer à la curée l’Allemagne, l’Austro-Hongrie, l’Italie… Même le Japon sera invité ! Nous y étions tous pour piller la Chine.

L’Occident est entré en Chine pour des raisons ignobles et s’y est conduit en narcotrafiquant. Pas en trafiquant un peu « Robin des bois », comme Pablo Escobar qui bâtissait des écoles en Colombie, ou comme Khun Sa qui assurait l’ordre dans le Triangle d’Or, une région frontalière où il n’y avait pas d’autre ordre que le sien. Non. En Chine, les Occidentaux ont été les narcotrafiquants méchants à moustaches des films de kung-fu. Ceux qui tuent, qui pillent, qui vandalisent par plaisir en ricanant.

Les Chinois n’ont pas de raisons de nous aimer.

Un exemple seulement. En octobre 1860, durant la Deuxième Guerre de l’Opium, Français et Anglais ont décidé de bruler l’Ancien Palais d’Été près de Pékin (Beijing).  Saprebleu ! Il fallait bien leur enseigner le respect aux Chinetoques, n’est-ce pas ? C’était une merveille du monde. Versailles, mais en plus gros.

Il fallut trois jours, à 3 500 soldats, pour tout brûler de l’Ancien Palais d’Été et il en restait encore un peu… qu’on détruira d’ailleurs 40 ans plus tard, dans un dernier accès de vandalisme.

C’est ce qui serait arrivé du Louvre et du meilleur de Paris, en 1944, si les instructions de Hitler avaient été suivies. A Paris, c’est un officier allemand, Choltitz, qui a empêché la destruction ; il n’y a pas eu d’officier français ou anglais pour empêcher la destruction du Palais d’Été. Nous avons été les barbares.

« Deux bandits sont entrés dans le Palais d’Été. L’un a pillé, l’autre a incendié (…) Devant l’Histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre »  Victor Hugo

Ce mépris pour la Chine dans les faits va se developer dans la literature à la fin du siècle, avec Rudyard Kipling qui se plaint du « fardeau de l’homme blanc” qui doit prendre en charge tous ces sauvages multicolores…  Ce mépris va culminer et cibler la Chine avec “Unparalleled invasion ” de Jack London, écrit en 1914, qui explique comment on exterminerait cette vermine chinoise en lui transmettant la peste, si un jour elle causait des ennuis…

Les Chinois n’ont pas de raisons de nous aimer.

Quant je vois Sarkozy, l’ayant-droit, héritier des narcotrafiquants qui ont brulé le Palais d’Été, s’incliner bien bas et sembler demander pardon au Président de la Chine, je suis, toute honte bue, partagé entre deux (2) sentiments et je me pose deux (2) questions:

La première, c’est de me demander si l’Occident a vraiment la contrition et le ferme propos.

Ceux qui veulent un New World Order et qui bombardent maintenant l’Iraq ou la Libye à l’uranium appauvri, ne pensent-ils pas exactement la meme chose que London au siècle dernier ?  Ne cogitent-ils pas un même projet d’extermination, quand ils répandent cette nouvelle peste qui tuera indéfiniment les générations futures de ceux qui ne sont pas “nous” ?

Peut-on croire que nos dirigeants aient une vraie contrition ?  Un autre ferme propos que celui que leur impose la défaillance annoncée de leur pouvoir de nuire ? Méritent-ils la moindre indulgence ? Et nous, qui leur avons donné mandat de nous représenter, en méritons-nous, quand nous leur gardons ce mandat ?

La deuxième question, c’est celle qui me fait peur. Qu’en sera-t-il de nous si cette Chine, à qui nous avons fait tant de mal, retrouve toute sa force et n’a pas l’incroyable générosité de nous donner malgré tout cette absolution que nous ne méritons pas ?

Pierre JC Allard

Epilogue

Ces années 2009-2011 n’ont pas été bonnes pour l’Occident. Nous verrons dans le 5e livre du Sens des faits comment la situation a continué d’évoluer en 2012 et 2013 pour nous amener aux crises que nous devons affronter aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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