Nouvelle Societe

02-02-14

Jalisco: à la gloire des grands… et des humbles

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:43

On le dit et on le répète à satiété : le Monde a changé d’axe et de pivot. Il a « changé de base », – ou de « pole et d’épaule », selon que vous préférez Pottier ou Aragon….. On le dit, mais au fond, on ne le croit pas. Noytr arrogance   se dit que c’est juste une fable. Nous sommes et serons les meilleurs. Pourtant, vous savez, ces Latinos et ces petits pays au sud des Gringos ?   Eh bien, ils sont 600 millions et,cachés derrière leurs ridicules chapeaux à large bord, les Mexicains, à eux seuls,  font 15 fois la population du Québec.  Mexico D.F est une plus grande ville que New-York et la population de Guadalajara, en Jalisco,  dépasse largement celle de Montréal….

Guadalara, il y fait beau presque tout le temps, sauf au coeur de l’été, quand le Bon Dieu arrose les cactus agaves, pour qu’on ne manque pas de téquila… et les « Jaliscienses », quand il y aun pépin, chantent  au lieu de pleurnicher…  J’aime bien le Mexique et les Mexicains.

Je ne vous parlerai pas de production, de PNB, ni d’exportations; on en parle déjà beaucoup. Disons simplement que, pendant qu’on ne pense qu’aux Chinois, on ne voit pas les autres qui nous rejoignent et nous dépassent eux aussi…    Tranquillement, sans grandiloquence, mais inexorablement, avec fierté….  Tiens, le mot est lâché qui explique beaucoup: FIERTÉ.   Ah, si nous pouvions importer de la fierté ! Mais on n’a que les manques dont on est conscient. Sur notre site des 7, il n’y a guère que André Lefebvre qui produise de la fierté, alors qu’au Mexique il y en a revendre….

Prenons Guadalajara. Une grande ville de province qui a fait toute sa part, mais pas plus, pour faire le Mexique et le faire grandir. Que trouvons-nous au centre de la ville  Une cathédrale, bien sûr, de style disons… « éclectique accueillant »,  plus proche du Sacré-Coeur que de Notre-Dame,  Pas très fort ?  Mais, juste a côté, il y a une rotonde où on a disposé en cercle les statues  des « Jalisciens illustres ».  Un Panthéon à l’air libre des enfants de la région dont on est fier.  Et on ne les a pas cachés dans des souterrains.  Ils sont là, bien présents. Il est là, le vrai coeur de la cité. Je parierais que vous n’en connaissez aucun, mais les Jalisciens d’aujourd’hui, eux, les connaissent tous, les Jalisciens d’hier. Ils ne sont pas orphelins. Ils ne sont pas de pères inconnus et ils ne se sentent les fils déchus de personne.

Si peu déchus que tout près, au Michoacan voisin qui partage les mêmes héros, la population soeur qui s’et récemment sentie un peu envahie par des bandits et trafiquants, s’est mobilisée spontanément et a créé en moins de deux une milice pour laquelle se sont portés volontaires des MILLIERS de citoyens. Armés.  Message au gouvernement fédéral ?  Vous nettoyez ca ? Vous vous en occupez … ou on le fait.

Le gouvernement sait que la population est sérieuse … et les trafiquants le savent aussi.  Il y a eu quelques révolutions et réformes musclées dans l’histoire du Mexique. Ca bouge.  Je me demande si l’Histoire du Québec aurait été la même, si on avait eu, bien en vue, les statues de Riel et de Chenier… ou en cercle, en bronze, la corde au cou comme des bourgeois de Calais, celles des Patriotes pendus après ce qu’on appelle pudiquement les « troubles de « 37′…

Un homme devient grand quand on en est fier.  Jalisco a ses grands hommes. Mais, quand on est fier de ce qu’on est, il n’y a pas que les grands et les martyrs à immortaliser dans le métal ou la pierre.  Il y a aussi tout un folklore à garder en mémoire, quand on ne rougit pas de sa spécificité, fut elle bien légère, voire grotesque.  Au Palacio Municipal, on a mis sur socle des statuettes représentant des personnages singuliers.  Un riche déguisé en clown qui a erré de par les rues de la ville durant des décennies… et est demeuré dans l’inconscient populaire; une femme compatissante qui a nourri les pigeons durant toute sa vie; un sourd muet, élégamment vêtu, qui fréquentait les premières théâtrales et les grand offices religieux… et d’autres… Tous ces petits riens qui font qu’une ville a une
ame et qu’on on est ce qu’on est, et pas autre chose. Si vous lisez l’espagnol, voyez les descritions de ces « petites gens » qui ont laissé une trace.

D’autres ne verraient de ces petites gens excentriques que les quidams qu’ils ont été; certains bizarres, un peu fous, certains peu recommandables, même … À Guadalajara, on les voit en symboles d’une époque qu’on ne se permettra pas d’oublier. Ils sont les reliques d’une petite histoire qui est toujours essentielle à la grande, car sans le souvenir du quotidien des gens ordinaires qui leur servait de mortier, les grands gestes ne bâtissent que des histoire glabres, en style de manuel scolaire. comme des murs cyclopéens qu’un séisme social peut faire écrouler… et inviter à en effacer les traces. Comme  ces monuments, condamnés, à Somoza et Trujillo, ou contestés, comme ceux à Staline ou Franco.

Le peuple « vote », dans l’Histoire. Il serait bon, je crois, que soit rappelée la mémoire d’un maire de Montréal mort d’avoir soigné les immigrés malade du typhus, d’un autre maire incarcéré pour avoir appelé à défier l’Empire britannique pour faire respecter une promesse électorale, de ce pilote trafiquant, qui s’est racheté en sauvant une  centaine de vies par un atterrissage dit « miraculeux » aux Açores. Des grands hommes qu’on oublie…  Souvenons nous en.

Mais pourquoi ne pas rappeler aussi la mémoire de quelques uns de ces inconnus à mieux connaitre dont nous parle André Lefebvre?  Pourquoi pas même celle de héros tout à fait circonstanciels qui ont été là pour poser des gestes mémorables ? Comme celui qui, sur les ordres de Duplessis, a hissé pour la première fois le drapeau du Québec sur Assemblée  Nationale ?  Ou la mémoire de cet autre qui gifla Campbell au Forum, le soir de la suspension de Maurice Richard, disant en un geste tout ce qu’un peuple humilié voulait dire à l’Étranger?

J’ai déjà évoqué la possibilité de créer un lieu de mémoire collective à grande échelle. Je le souhaite plus que jamais. Mais même un petit clin d’oeil à la fierté, aujourd,hui, serait un rayon de soleil dans la grisaille morose de notre image de nous-mêmes qui rase les murs en voulant se faire oublier, en cette époque de l’»Apres-la-Commission-Charbonneau » où l’on ne trouve plus que bien peu d’honneur à être Québécois

Arriba !

Pierre JC Allard

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Un commentaire »

  1. un article bien conçu, c’était un plaisir de le lire

    Commentaire par dydzaex@hotmail.com — 18-03-14 @ 6:31


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