Nouvelle Societe

19-11-12

La repentance complaisante

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:00

j’ai beaucoup parlé de moralité depuis quelques semaines. Une riposte systémique contre l’immoralité, entre autres, passant par une Église qui devenue vieille se ferait ermite. Mais n’oublions pas que ce changement systémique est un moyen seulement et doit aller de paire avec une transformation de la notion d’éthique au coeur de l’individu. L’alpha et l’omega de la moralité sont bien sûr en nous.

Il faut donc recevoir comme une épiphanie la nouvelle que ce que l’on a vu comme le progrès, le succès, l’affirmation de l’individu et son triomphe dans la lutte darwinienne pour la vie sont des bornes le long d’une route vers nulle part. Il faut rebrousser chemin. Or, le long de la longue route du retour vers le carrefour d’ou l’on prendra la bonne voie,  la première étape s’appelle « repentance » et la chausse-trappe qui en interdit l’accès est la COMPLAISANCE..

Au Québec, où une enquête a été lancée pour débusquer la corruption dans l’industrie de la construction et celle qui la soutient dans l’appareil de l’État, cette complaisance apparait et grandit, grandit… Il n’est pas sans intérêt de voir comment, insidieusement, cette petite bête fait son nid…

Une re-moralisation de la société occidentale n’a pas de plus dangereuse embûche à éviter que cette complaisance, qui se déguisera en indulgence, couverte des feuilles mortes du pardon des offenses

Le but traditionnel d’une commission d’enquête comme celle que préside Madame Charbonneau est de trouver des coupables et de les exposer au pilori.  Il s’agit de permettre à la population de se défoule de ses pulsions vengeresses sur ces boucs émissaires, quand elle voit à quel point elle a été flouée. Crachats, flagellation et couronne d’épines, mais généralement il n’y a pas de Jesus dans ce prétoire et on peut donc ensuite être indulgent avec les Barabbas, sans avoir a crucifier d’innocents.  Une commission a rempli son rôle, quand le système est déclaré « nettoyé » et donc propre…

Cette fois, cependant, au Québec, avec la Commission Charbonneau, on sent un bizarre malaise.  Est-ce la faute de l’Internet ? De l’omniprésente télévision en direct?  On dirait que le peuple, au lieu d’invectiver seulement ceux qu’on mène au gibet, comme on l’y encourage, se pose des questions sur les alguazils, les tabellions et autres marauds serviteurs du système. Tout se passe comme si la foule COMPRENAIT…

Comprenait quoi ?  D’abord, que ce qu’on veut montrer comme les excès, les bavures, les malfonctions du «système» en sont simplement les conséquences bien prévisibles.

Exemple.  Si un système, dans sa logique capitaliste, impose «le plus bas soumissionnaire» tant et si bien qu’il conduit tous les fournisseurs de services à la faillite, à quoi peut-on s’attendre ? Il est RAISONNABLE que ces fournisseurs s’unissent pour fixer les prix, comme il était raisonnable, un siecle plus tôt, que les travailleurs forcés de travailler sous le minimum vital se constiutent en syndicats pour obtenir un prix acceptable…  Illégal  ? Comme l’étaient les premières Unions…

Autre exemple: l’ntervention de la mafia.  Une mafia est le plus souvent, au départ, une justice parallèle et consensuelle qui s’établit avec un soutien populaire non négligeable, là où il n’y a pas a de justice satisfaisante.

Bien sûr, ce sont là deux exemples de déséquiibre. On peut s’attendre à ce qu’on abuse tôt ou tard d’une entente pour fixer les prix et qu’on finisse par payer bien trop cher.  S’attendre aussi à ce qu’une justice mafieuse aboutisse, avec le temps, a une occasion d’extorsion …

Il faut donc se prémunir contre ces dérapage et d’autres…. Mais il ne faut jamais oublier que la SOURCE du probleme a été dans l’injustice et l’ineptie du Systeme et que là aussi il y a des choses à corriger.  C’est ca, le système pris en faute, que la population perçoit confusément quand elle offre une ovation a Zambito à TLMEP.

La population qui suit la Commission Charbonneau à RDI peut aussi comprendre bien davantage…  En regardant le fonctionnement du secteur de la construction, qui est gros et tangible et donc bien visible, il est bien possbible que la population ait entrevu comment  TOUT fonctionne dans notre société.   Compris comment les choses se font. Comment les décisions se prennent, s’appliquent, puis s’expliquent.

A partir d’une facette de la société dans son quotiden, le peuple aurait-il extrapolé le fonctionnement de l’ensemble ?  Le peuple, en regardant les magouilles qu’on lui montre, aurait-il vu, en arrière plan, se profiler cette minorité de profiteurs  – que par comvention on appelle l’«élite» – qui peut d’abord contrôler l’argent, puis par l’argent les médias, puis par les médias ET l’argent le processus démocratique et, enfin, par cette «démocratie» un gouvernement qu’on dira «légitime» ?  S’il l’a vu, peut-on s’étonner que le peuple soit devenu cynique ?

S’étonner qu’il ne s‘identifie plus à un gouvernement légitimé uniquement par un consensus sur ce qu‘on en dit,  et qui fait des lois et des réglements iniques que gère une armée de fonctionnaires protégée par les forces de l’Ordre ?   Doit-on être surpris qu’il désavoue en bloc une gouvernenance qui –  TOUT A FAIT OUVERTEMENT – veille à ce que chacun tire de la société, non pas le bénéfice qui correspond, à ce qu’il y apporte et donc mérite…. mais au pouvoir dont il dispose ?

Quidam Lambda, le Québécois moyen, a été invité par cette Commission Charbonneau à un monde de cynisme qui l’a d’abord stupéfait, mais il pourrait resoudre ses dissonances cognitives d’une façon qui ne nous plaira pas.   Le citoyen, qui a applaudi Zambito, en est venu à s’esclaffer au témoignage de Luc Leclerc au lieu de s’en indigner.  N’est-ce pas le signe qu’il est tout près d’accepter comme normales des règles de vie fondées sur l’arnaque et l‘injustice ?

Luc Leclerc laisse entendre que la corruption c’est la faute aux suppressions de postes, lesquelles ont rendu « la tentation trop forte» pour lui et les entrepreneurs; n’avez vous pas l’impression qu’il est convaincu de parler à un auditoire complaisant?  Et quand il dit qu’il ne ressent pas le besoin de se montrer repentant devant la Commission, puisqu’il est convaincu qu’il ne sera jamais pardonné, n’avez-vous pas l’impression d’un clin d’oeil à la cantonade de Leclerc, se sentant le porte-parole de Quidam Lambda ?

Voyez sa photo. Est-ce que vous n’entendez pas, comme moi:

« Je ne pleurnicherai pas ici, car je sais (et vous savez aussi), que tous et chacun d’entre vous, à ma place et pouvant jouir des mêmes avantages, en aurait profité tout autant que moi et sans l’ombre d’un scrupule. Mon patron l’a fait, mes employés l’ont fait  et je ne connais pas de cas où un contrat ait été accordé sans que celui que le donne ait voulu en  rétirer, en argent ou en « bonnes notes », tout le profit qu’il pouvait.  Si quelqu’un a volé un oeuf plutôt qu’un boeuf, c’est qu’il était au poulailler et non à l’étable.  Je peux exprimer mes regrets à la population» – (sous entendu, que vous n’ayez pas tous eu ma chance !) – mais je ne pense pas que la population me pardonnera» (- sous entendu, que j’aie eu cette sacrée veine dont les autres ont été privés.) 

N’est-ce pas là ce que pense, au fond, Luc Lambert ? Et sommes-nous si sûrs qu’il n’ait pas raison ? Il y a grave encore que la prise de conscience par la population de la turpitude de sa gouvernance; il y a celle pour chacun de la sienne propre, si seul, entre quatre murs, il doit s’avouer à lui-même qu’Il n’aurait peut-etre pas résisté à la tentation.

On doit tous y réfléchir. Tout en posant des gestes pour changer la société, il faut aussi poser, si nécessaire, ceux pour se changer soi même.  Et ce n’est pas gagné.

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2 commentaires »

  1. Je souscrit à votre billet globalement mais je suis étonné quant à l’utilisation galvaudée du mot « élite », votre bienveillance (complaisance) à cet égard montre que tout en sachant parfaitement ce que signifie ce mot qui vous décrit aussi, vous l’utilisez pour le dévoyer … ?

    Commentaire par zelectron — 19-11-12 @ 12:41

  2. Sont littéralement l’élite ceux qui sont « choisis ». ceux qui se démarquent et c’est le sens que je lui donne, En fait, l’usage ici fait le sens. et sont désormais l’élite ceux qui se définissent comme tels. La population, plutôt que de leur contester cette appellation, leur attribue collectivement les caractéristiques positives, mais aussi les tares qu’elle y associe. Comme « bourgeois » vous pouvez y voir un compliment ou un reproche

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 29-11-12 @ 7:44


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