Nouvelle Societe

27-08-12

Médecin ami… ou médecine ennemie

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 9:57

                     Leslie Nielsen dans  « Airplane ! »   

 

On parle ad nauseam, dans cette élection au Québec, du médecin de famille, comme s’il y avait là matière à discussions.  Il n’y en a pas. Nous savons tous très bien que le médecin de famille est la clef de voute du système et je l’écrivais il y a plus de 20 ans… http://wp.me/p59O0-5V

Le débat actuel ne porte donc que sur les couts et les échéanciers. Un débat de totale mauvaise fois, puisque  le noeud du probleme est la volonté des médecins de ne PAS ajuster les resources médicales aux besoins.Ajuster les ressources médicales aux besoins, ce serait  en avoir plus dont la rémunération unitaire diminue, parce que  leur coût de formation est réduit  et  et leur charge de travail réduite, ce qui est possible et opportun si les tâches qui constitent la maquelle des services à rendre à la population  sont redistribuées.

C’est ce que les médecins en bon corporatistes ne veulent pas. L’ennemi public numéro 1, ici, c’est le corporatisme medical. Le drame, c’est ’hypocrise  générale qui fait qu’on ne l’admet pas. On est encore dans la logique nefaste – CRIMINELLE – qui a conduit en1996  le Gouvernement du Québec à pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins et infirmières en exercice.

J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele). Le Québec ne s’est jamais remis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à y bâtir à grands frais. Nous ne nous sommes jamais remis de ce renoncement à faire mieux pour accepter lâchement de devenir moins.

On a réduit alors  le nombre des médecins au Québec, parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que d’en diminuer le nombre.

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs. Bravo, mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, jadis, on les avait réduits, Augmentez les effectifs et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Un État qui veut maintenir la gratuité et l’universalité de la santé doit-il nécessairement choisir entre le sous-développement ou la ruine, ou y a-t-il une issu à ce dilemme? OUI ! Il y en a une. La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales et, si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation, en deux (2) étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout. Même aux USA, où ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation et chaque médecin payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste encore, bien sûr, des spécialistes dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte; mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi avec équité la rémunération des médecins en place et respecté les droits acquis, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser. Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à salaires faramineux (On a parlé de 9 fois le salaire moyen, au Québec !)

Une société n’en a pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération exorbitante est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans une deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra, mais, dans l’avenir, ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose. Parmi ces nouveaus spécialistes, il doit y en avoir un dont la tâche est de suivre le citoyen. Chaque citoyen. Pour la prevention, le diagnostic et l’aiguillage vers les autres specialists, pour le réconfort. C’est LUI LE MÉDECIN DE FAMILLE

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus. On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique.

On espère que, durant la présente période électorale, les partis en lice diront aux Québécois POURQUOI ils ne considèrent pas cette approche.

S’ils ne le font pas, on pourra penser que prévaudra bientôt au Québec la même situation qu’aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est la PREMIÈRE source de financement des partis politiques !   Aux USA, ce qui devait être plus de services pour la population a été manipulé pour devenir plue d’OBLIGATIONS  au profit des assureurs ! Le Québec doit faire plutôt le choix de la solidarité.

D’abord ce choix . Il y a  des détails à régler, mais en discuter en période électorale rendrait le débat complexe et ingérable… ce qui est bien ce que veulent les défenseurs du corporatisme médical !   Basta, donc. !  Pour les esprits curieux, toutefois, je répondrai avec plaisir aux questions sur les 80 textes  traitant de cette question dans la section “Santé” du projet Nouvelle Société. http://wp.me/P59O0-5N

Pierre JC Allard

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2 commentaires »

  1. J’ai retrouvé ça dans un tas de documents, je décline -:) bien sûr toute possibilité de vraisemblance avec la réalité.

    La complainte du toubib (confession?).

    je ne gagne officiellement « que » 11200 € par mois et je trouve que c’est insuffisant, il va falloir que j’augmente les payements en espèce de mes patients, sinon je ne pourrait pas m’acheter ce si joli cottage en Irlande… Mon bon Monsieur, c’est dur pour tout le monde .

    J’ai « fait » 9 années d’études dont au moins la moitié en bonnes rigolades, je me suis appris pas cœur le Vidal comme un perroquet sans comprendre, du coup je suis un piètre diagnosticien et je prescris à mes patient au petit bonheur la chance… Mon taux de mortalité est dans la moyenne, donc tout va bien!

    J’ai refusé pendant longtemps tout ce qui était « électronique » ces p… d’ingénieurs allaient me piquer mon boulot, j’ai mis beaucoup de temps à tripoter les boutons mais maintenant j’y arrive, mais seulement la moitié le reste ne sert à rien, enfin c’est ce que je me dis puisque je n’y comprend rien et que je ne vais surtout pas faire d’efforts.

    Ah! si, je vais faire l’effort de me rendre à Cancún (Mexique) pour un stage (tous frais payés) avec de charmantes hôtesses, bref je n’insiste pas au cas où le public comprendrait qu’en fait de médecine, je vais entretenir mes connaissances anatomiques…

    Je reçois sans rendez-vous 2 matinées par semaines dans mon cabinet à raison de 6 minutes par patient durant 4 heures au tarif de 40 €, je leur dis ce qu’ils veulent entendre ou bien je formule des hypothèses ou encore je les expédie (avec amabilité et toutes les formes requises) visiter un confrère.
    Les visites à domicile? le présent billet ne me laisse pas le temps d’en parler!
    Allez! et qu’Hypocrite veille sur vous!

    Ps officiellement j’ai une vieille 2 chevaux Citroën ( et la Ferrari dans l’autre garage loué par un prête-nom )

    Commentaire par zelectron — 28-08-12 @ 5:12

  2. L’humour a toujours sa place…
    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 30-08-12 @ 10:10


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