Nouvelle Societe

21-03-11

La crise de la gouvernance … en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

J’ai parlé, il y a quelques semaines, d’une crise de la liberté, les individus s’interrogeant sur la part qu’ils doivent accepter d’en sacrifier pour retirer les avantages de la vie en la société … et en concluant, de plus en plus souvent, que le moins sera le mieux… Au grand péril, bien sûr, de la solidarité qui est l’assise de cette société.

L’individu se méfie – sans doute à juste titre – de l’État tentaculaire, envahissant, qu’il faut mettre à la porte un jour de son bureau et le lendemain de sa chambre à coucher… Mais l’État n’est qu’une des manifestations d’une fonction plus large diffuse dans la société et qu’on pourrait appeler la « gouvernance ».

La gouvernance était là bien avant l’État – elle est l’extrapolation de l’autorité parentale – et il faut se souvenir que l’autorité n’est pas qu’une imposition, mais aussi et surtout un service qui nous est rendu. Un service qui, au palier social, prend la forme d’assurer l’ordre et les échanges de cette myriade d’expertises auxquelles nous donne accès notre choix de vivre en groupe. Le service de décider pour nous quand nous ne pouvons pas ou ne voulons pas décider. La gouvernance, c’est l’expression concrète de l’autorité sans laquelle il n’y a pas de société.

La crise actuelle de la liberté résulte des efforts des libertaires et libertariens pour limiter les pouvoirs de l’État et ils y parviendront, car l’État dans sa forme actuelle est anachronique. Mais l’autorité prendra une autre forme, car c’est son appartenance à un ensemble complexe dont il est dépendant qui pose les vraies limites de ce que l’individu peut faire et cette dépendance ne cessera pas. Il va falloir identifier et délimiter ces autres formes de l’autorité : c’est la crise de la gouvernance.

On va le faire : 1) dans le sens de l’Histoire, et 2) dans le respect accru de l’individu qui correspond à son pouvoir croissant, dans une société où il devient complémentaire et donc indispensable.

1) Dans le sens de l’Histoire, qui est le passage progressif d’un pouvoir autocratique, centripète, basé sur la force brute, la menace et le châtiment vers, un pouvoir décentralisé, basé sur la promesse et la récompense… et sur des alliances en perpétuelle reconstruction. Un pouvoir qu’on dit démocratique, même s’il n’est en fait que collégial. Continuer dans cette voie, c’est remplacer peu à peu l’État jacobin par une mosaïque de pouvoirs, imbriqués les uns dans les autres comme des poupées russes.

C’est créer une société-gigogne qui, à la limite, pourra devenir globale. Une forme fédérative de mondialisation, remplaçant la dictature actuelle des financiers. Une telle structure gigogne ne peut bien fonctionner que si les attributions de chaque palier de gouvernance sont clairement définies et que le droit d’intervention de chaque entité de niveau supérieur sur ses composantes est nul ou réduit à un minimum : contrôle du respect des règles convenues et droit d’appel spécifique en cas d’injustice ou de corruption.

Cette évolution de la gouvernance conduira à la création d’entités gouvernementales (souveraines) de plus en plus nombreuses, mais souveraines uniquement dans le cadre des pouvoirs qui leur auront été conférés et qu’on ne pourra légitimement leur enlever. La constitution d’ensembles comme l’Union Européenne ou une éventuelle Amérique mènera à l’autonomie croissante, puis à ce qu’on appellera l’indépendance de leurs constituantes. Corse, Catalogne, Québec libres….

Au sein de ces entités devenues souveraines, d’autres entités de plus en plus autonomes se constitueront dans toute la mesure permise par le bien commun, ce qui prêtera naturellement à interprétation… Gaspésie libre, Abitibi libre… Montréal libre ? On peut aller loin quand on parle d’entités « souveraines uniquement dans le cadre des pouvoirs qui leur ont été conférés ». C’est toujours la solidarité qui reste le critère… et l’intelligence d’en voir les avantages qui demeure la clef.

2) La gouvernance évoluera aussi dans le sens du respect accru de l’individu qui devient indispensable et donc de sa volonté qui devient incontournable. Quelles que soient les entités gouvernementales qui se forment et leurs sous-ensemble dans un monde-mosaïque, chacune ne pourra exister durablement que si en font partie ceux-la et ceux-la seulement qui veulent en faire partie. Chacune ne pourra avoir d’autre autonomie ou souveraineté que celle que voudront ses citoyens.

Concrètement, les citoyens qui se sentent un sentiment d’appartenance se donneront un structure qui correspond à leur aspiration commune essentielle, acceptant que l’entité qu’ils ont ainsi créée s’intègre pour d’autres fins à un ensemble plus vaste, au niveau duquel eux et ceux auxquels ils se sont ainsi joints seront aussi gouvernés. Gouvernés de leur plein accord, selon les lois dont ils auront convenus qu’elles ne contredisent pas les exigences essentielles découlant de leur sentiment d’appartenance initial.

Ainsi, au Canada ou en Belgique, les questions économiques peuvent être gérées par la fédération, mais celles comme l’éducation, la radio-télévision ou l’immigration qui ont des conséquences culturelles évidentes ne devraient pas l’être. A appliquer mutatis mutandis au Pays Basque, à l’Ukraine… à l’Inde, à la Chine et à presque tous les pays d’Afrique… Mais c’est aux citoyens eux-mêmes qu’il faudra accepter de laisser le choix de leurs appartenances

Et ce n’est qu’un début. La gouvernance n’atteindra sa maturité définitive et sa vraie légitimité, que quand les États souverains, faisant une place aux marginaux et dissidents, accepteront qu’en leur sein se constituent des associations auxquelles les citoyens mêmes délégueront des pouvoirs quasi-régaliens. Des associations qui puissent imposer à leurs membres les règles que ceux-ci acceptent, l’État s’engageant à n’intervenir que pour s’assurer que ces décisions ont été prises librement, après quoi il les fera respecter comme si elles étaient les siennes. On y viendra par étapes.

Cette évolution est souhaitable et inévitable. On ne peut pas vivre en société sans gouvernance, mais on peut et on doit, dans toute la mesure du possible, donner a chacun le choix de sa gouvernance. Le dire aujourd’hui est tabou et anathème car, les opposants voient « Chari’ya » écrit sur le mur. Mais ce n’est pas en brimant la liberté qu’on peut lutter contre l’obscurantisme ou une foi.

Pierre JC Allard

https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/08/31/la-gouvernance-eclatee/

https://nouvellesociete.wordpress.com/societe-civ

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