Nouvelle Societe

07-02-11

La crise de la politique… en 1 000 mots

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

On ne parle pas ici d’une crise politique dans le sens d’un choix critique à faire entre Pierre et Paul, entre Libéral et Conservateur, entre Démocrate et Républicain ou entre un programme de gauche et un programme de droite, mais d’une crise de la politique elle-même. Une remise en question, non pas tant des procédures pour déterminer qui exerce le pouvoir – même si elles ont leur importance – que de la façon dont la gouvernance se définit, de ses limites et de ses modalités d’exercice.

En apparence, il semble y avoir un consensus. Qui vous a dit du bien, récemment, du fascisme, du stalinisme, du despotisme éclairé, de la monarchie absolue ou que quelque forme de gouvernance autre que la démocratie ? La DÉMOCRATIE occupe seule tout l’espace correct du débat politique. Tout le monde ou presque est convaincu des mérites de la démocratie. On est pour la démocratie ou l’on est un monstre.

Au point où même ceux pour qui se dire démocrates exige de sérieux accommodements avec la logique – comme les amoureux de la charia islamique ou les nostalgiques de la dictature du prolétariat – par exemple, cherchent souvent à se dire démocrates quant même ! Il y a un consensus en faveur de la démocratie. Évidemment, le consensus s’arrête là. Parce que, lorsqu’on a dit  » démocratie  » et qu’on a applaudi, le consensus se brise.

Il éclate dès qu’on tente de répondre à quelques questions pourtant simples, mais bien embêtantes, comme  » Qu’est-ce que la démocratie ? « ,  » Quel type de démocratie ?  » , » Quelles sont les conditions minimales pour qu’on soit bien dans un régime démocratique ?  » etc. etc… Ces questions agacent, parce qu’elles nous confrontent à cette réalité choquante que si l’idéal démocratique comme concept règne sans rival sur les coeurs et les esprits, celle-ci ne règne en fait nulle part ailleurs. La démocratie est un projet de société qui reste à bâtir.

D’abord, elle n’existe pas. Peut-on parler de démocratie, quand certaines options de gouvernance disposent, pour se faire connaître et vanter leurs mérites, de moyens financiers qui sont 100 fois ceux de leurs concurrents et que l’accès de ceux-ci aux médias est, avec les premiers, dans le rapport du zéro à l’infini ? Les conditions matérielles pour un choix démocratique n’existent pas. Triste, mais ce n’est que le moindre des problèmes de la démocratie…

Supposons une information parfaite, accessible à tous. Peut-on honnêtement prétendre que tous les citoyens, adéquatement formés par et dans un système d’éducation dont la sagesse ni la compétence ne suscitent le moindre doute, ont le bagage de connaissances générales, la culture et l’éducation pour accueillir cette information et la comprendre ?

Supposons même que les connaissances générales de tous soient de même niveau, peut-on poser comme axiome que nous, les enfants chéris du bon Dieu, avons tous une même aptitude fondamentale à penser droit et qu’a connaissances et information égales nous en arriverons tous à nous former une opinion éclairée et judicieuse ?

Faisons un acte de foi et supposons-le aussi. Il n’en reste pas moins qu’une société qui peut fonctionner doit être, par définition, un ensemble de compétences complémentaires. L’opinion de chacun sur chacune des questions spécifiques auxquelles gouverner exige une réponse a-t-elle la même probabilité de conduire à la décision la plus efficace ? Serait-il raisonnable que mon avocat opine sur le traitement de mon ulcère et mon médecin sur la conduite de mes affaires ?

La volonté populaire nous dira-t-elle avec sagacité, si on doit encourager l’épargne ou la consommation, si la conjoncture internationale et le rapport des forces suggèrent des investissements militaires, si on doit favoriser un nivellement des revenus, si nous avons les ressources pour un système de santé gratuit et universel, etc. ?

La réalité, c’est que dans une société complexe, considérant tous les facteurs, il n’y a qu’une seule meilleure solution et que ce n’est pas Quidam Lambda, mais des experts qui la connaissent. On peut s’en remettre à la volonté du peuple pour nous dire ce qu’il juge « la meilleure », mais on connaît ses critères. Les réactions du peuple sont prévisibles.

La politique globale qui résulterait de la volonté populaire ne constituerait pas un ensemble cohérent, mais serait au contraire un tissu dense de contradictions. La volonté démocratique de la population serait d’augmenter les services et de diminuer les taxes et impôts tout en remboursant la dette, misant sur un gain d’efficacité qui irait de paire avec une réduction non seulement des effectifs, mais de la charge de travail de chacun…

Le rôle du politicien en démocratie est d’abord de faire croire à l’impossible, puis de s’excuser de ne pas l’avoir livré en promettant que maintenant il le fera. Mentir n’est cependant pas suffisant. Pour qu’un État fonctionne, il faut qu’aux choix démocratiques des quidams soient substituées des décisions prises par des experts. Cohérentes. Efficaces. Le fonctionnariat est là pour ça. Il est choisi, nommé, pas élu.

Quand on dit démocratie, en faisant tout pour exclure toute participation du peuple à la prise de décision, il faut donc comprendre que ce n’est pas SEULEMENT une arnaque pour déplacer le maximum de richesses vers ceux qui ont déjà la richesse et le pouvoir. C’est AUSSI un geste de mansuétude, pour cacher aux enfants chéris du bon Dieu que, non seulement la démocratie n’existe pas, mais que, dans le sens racoleur qu’on a donné au terme “démocratie”, celle-ci est rigoureusement impossible. La crise de la politique, c’est qu’une part grandissante de la population prend conscience de cette impossibilité.

La solution ? Comprendre que l’individu ne peut pas définir des politiques : il ne peut que choisir celle qu’il veut entre des options cohérentes qu’on lui présente. La démocratie efficace est celle d’un droit de veto. Globalement, mais il faut aussi introduire dans la gestion de l’État BEAUCOUP de points de contrôle sectoriels permettant que les citoyens puissent dire démocratiquement ce qu’ils ne veulent pas et, dans le champ de leur compétence, exclure les moyens qu’ils considèrent inacceptables.

Pierre JC Allard

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3 commentaires »

  1. J’ajouterais un droit (devoir plutôt) de sanction jusqu’à la révocation en cours de mandature envers les élus indignes ( élection simultanée d’un représentant (élu) et de son comité de contrôle composé d’un panel( 1,5,10% des votants?) représentatif des tendances d’opposition et de majorité et ce, distribué/désigné par tirage au sort. En cas de révocation le comité est dissout de facto.

    Commentaire par zelectron — 07-02-11 @ 3:41

  2. @ Zelectron

    Le comité de contrôle représentatif des tendances d’opposition que vous appelez de vos voeux est tout a fait dans l’esprit des « porte parole » qui sont un élément de la démocratie contractuelle que mettra en place une Nouvelle Société.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2007/06/17/les-porte-parole/

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 10-07-12 @ 10:59

  3. A ceci près qu’il s’agit dans mon esprit de LA réforme majeure a instituer, toutes les autres en découlant (des millions de suggestions de modifications/réécritures des lois et décrets plus ou moins irréalistes encombrent le débat « démocratique » du style cahiers de doléances, avec des revendications sans queues ni têtes)
    En résumé, c’est la SEULE et UNIQUE réforme, à l’exclusion de toute autre, que je préconise, dans un premier temps.

    Commentaire par zelectron — 11-07-12 @ 3:07


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