Nouvelle Societe

04-01-11

La crise du travail… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 5:04

Ceci est le premier d’une série de 16 articles que j’annonçais la semaine dernière et qui sera ma contribution hebdomadaire pour l’hiver.

J’ai écrit un gros bouquin sur la crise du travail, j’en parle dans quelques autres et j’ai une quarantaine d’articles sur mon site internet qui en traitent. Pourquoi un de plus ? Parce que c’est la source de tous nos problèmes, mais aussi parce que j’ai constaté que tous les débats sur le travail sont tronqués de ce qui devrait être leur indispensable préambule.

En amont de ce qui est le domaine légitime des experts en travail, il doit y avoir, comme en d’autres domaines d’expertise, un espace qui n’appartient pas aux spécialistes, mais à l’honnête homme de Pascal à qui on ne demande que de n’être pas trop bête. C’est dans cet espace qu’on pose des axiomes et qu’on définit une problématique. C’est cet espace pas très fréquenté que je veux que nous visitions, pour discuter de petites évidences et de leurs incontournables conséquences…

1. Voir, d’abord, qu’on évite les malentendus en n’appelant pas « travail » l’effort qui comporte sa propre récompense. Le travail est un effort consenti pour obtenir un résultat ; le résultat et souhaitable, le travail par définition ne l’est pas. Il doit être réduit, si possible éliminé. Est efficace ce qui y parvient.

2. Le résultat du travail, c’est de transformer ce qui est – sa nature ou ses circonstances – en ce qu’on veut qui soit ; on modifie, on déplace, on fabrique, on satisfait ainsi un désir. Si, à tort ou à raison, on le juge indispensable, on l’appelle « besoin » Aussi longtemps que tous nos désirs ne sont pas satisfaits, il est donc absurde de dire qu’on « manque de travail ».

3. Ce chômage, cette crise du travail, alors ? Il peut y avoir une crise du travail quand les facteurs de production – travail, matières premières et capital (équipement et réserves) – ne peuvent être réunis, parce qu’il n’y a pas accord sur le partage de l’éventuel production. À l’origine, le travail était surtout un apport d’énergie. Le travail étant fonction du temps et le temps de non-travail ne pouvant être thésaurisé – alors que matières et capital perdurent – le travail était en position de faiblesse pour conclure cet accord. C’est le conflit capital-travail, sur lequel beaucoup a été dit.

4. N’y revenons pas. Mais avec les machines, l’énergie est devenue une matière première, appropriable comme les autres, et l’énergie pure qu’apporte un travailleur ne vaut pas le coût de la nourriture qui le gardera vivant. Avec l’évolution technologique, le travail utile et donc devenu uniquement une séquence de microdécisions ; le travailleur apporte les connaissances pour prendre ces décisions : sa compétence.

5. Des décisions qui exigent des connaissances diverses. Il y a donc divers types de travailleurs et ils ne sont pas interchangeables. Une crise du travail différente est donc devenue possible ; on peut désormais « manquer de travail » pour certaines compétences, même si globalement on manque – et l’on manquera toujours – encore bien davantage de compétences pour certains types de travail ! C’est une nouvelle problématique.

6. La solution évidente est de créer les compétences qui nous manquent en en dotant les travailleurs dont les compétences actuelles ne correspondent pas à la demande de travail pour satisfaire nos besoins. Connaître nos besoins et les compétences requises pour les satisfaire est trivial. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour deux (2) raisons complémentaires, qui ont trait uniquement à la répartition de la richesse et du pouvoir.

7. La première est que produire pour nos besoins, donc autre chose que ce que nous produisons présentement – (supposément pour la demande effective, mais nous reviendrons ailleurs sur ce mensonge) – introduirait des distorsions dans la structure de production actuelle, au détriment évident de ceux qui en sont les propriétaires. Ils ne le veulent pas.

8. La seconde est que mettre l’accent sur la formation professionnelle modifie le rapport de force entre le travail et la capital, car chaque compétence spécifique devient de plus en plus rare, alors que la valeur du capital fixe tend, avec l’automatisation, à se confondre avec la somme de : a) la rente du propriétaire de la matière brute d’origine, et b) la valeur des apports successifs en travail qui en ont permis la production. Le pouvoir bascule ainsi du capital vers le travail. C’est la mort du capitalisme industriel.

9. Le transfert du pouvoir en production, de ceux qui ont le capital matériel vers ceux qui possèdent la compétence – laquelle au contraire du travail énergie est thésaurisable (éducation) – est inéluctable. Le processus est déjà bien en marche, mais ceux qui ont le pouvoir ne veulent surtout pas l’accélérer.

10. Cela, d’autant moins qu’on ne parle pas seulement de propriété – un raffinement légaliste, que la force pourrait contrer – mais de contrôle RÉEL. Dans un modèle où tout travail est décision, toute supervision signifie un double emploi qui diminue l’efficacité globale qui va de paire avec la complémentarité et tend à être réduite à sa plus simple expression. C’est n’est donc pas à leurs salariés, syndiqués ou non, que le capital est à céder le contrôle réel des entreprises, mais à une structure en gestation, largement informelle, de travailleurs AUTONOMES.

11. Comprenez-vous pourquoi ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir ne se hâtent pas de faire ce changement ?

12. Ne se hâtant pas de le faire, ils ont stoppé net l’enrichissement réel de la société, lequel n’aurait pu continuer que par une automation accélérée de tous les processus industriels qui pouvaient l’être et la préparation d’une main-d’œuvre adéquatement qualifiée pour les services haut de gamme en forte demande.

13. Au lieu de cette évolution naturelle, le capital en Occident s’est retiré de la production industrielle, l’exportant vers des pays de main-d’œuvre bon marché, choisissant de garder son pouvoir et son profit par : a) l’extorsion, défendue par la force, d’une rente sur les ressources naturelles – dont le pétrole est l’archétype – et b) une spéculation monétaire qui est pure arnaque, puisqu’elle repose sur une collusion avec le pouvoir politique qui en contrôle toutes les variables.

Pierre JC Allard

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3 commentaires »

  1. Article toujours admirablement écrit et bien synthétisé, bravo je partage 🙂

    Commentaire par 1975jmr 侯壮马 — 21-01-11 @ 5:46

  2. Original, ces textes « en 1 000 mots »!

    Je me rappel déjà avoir laissé une réplique exactement dans ce premier texte de la série. Cette réplique m’avait accaparée beaucoup de temps et d’efforts puisque j’y élaborait ma conception du ‘travail’ et du ‘salaire’ moderne. Malheureusement, vous l’aviez effacé sans que je ne sache pourquoi. Dommage, j’aurais apprécié participer à ce travail intellectuel. Vous ne m’en avez pas donné la chance. Sans rancune.

    Union Révolution Citoyenne

    Commentaire par Andre Franc-Shi — 04-04-11 @ 6:32

  3. @ AFS

    Si un de vos commentaires a été effacé, c’est par erreur. J’ai passé quelques mois à La Havane cet hiver et la difficulté de communiquer par Internet m’avait suggéré cette série de textes « en 1 000 mots »! dans lesquels je reprenais bien succinctement des themes que j’avais deja traités plus en profondeur, ailleurs, minimisant les dégâts des bavures techniques que je prévoyais.

    Si vous me faires parvenir votre commnetaire perdu, je me ferai un plaisir de vous répondre et de le publier ici ainsi que sur Centpapiers où il touchera un plus vaste auditoire.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 06-04-11 @ 10:35


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