Nouvelle Societe

11-01-10

Faire sauter la banque

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:01




La crise actuelle, qui touchera la production et la gouvernance, a été mise en branle par une attaque sur le front financier. Le pouvoir, dans le style Monte Carlo, va « faire sauter la banque » . Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’en parle beaucoup, surtout dans cette série d’articles. Tout le monde, cependant, ne tient pas à mettre des heures pour aller au fond des choses. Je pense qu’il est utile de voir ici, en quelques paragraphes, le b-a ba de la Grande Arnaque capitaliste. …

Comprendre, d’abord, que valeur de la monnaie tient au fil du pouvoir et donc de la force de l’Autorité qui s’exerce. Quand un État s’impose, il bât monnaie, garantissant le poids en or ou en argent d’une pièce en y posant son sceau. Quand son pouvoir s’affirme, sa seule signature suffit et le papier peut devenir monnaie. Mais, derrière celui qui tend un assignat et exige du blé, il y a toujours la silhouette d’homme qui porte une épée ou un mousquet.

Quand on peut avoir le blé pour le papier, le pouvoir tend à se confondre avec la richesse, puisque la richesse apporte le pouvoir, mais que c’est le Pouvoir qui imprime la richesse. Il suffit qu’on y croit. Or celui qui est fort est cru. La richesse se confond pratiquement avec le pouvoir, la promesse devient plus efficace que la menace, la récompense plus que le châtiment… et la corruption, comme outil de gouvernance, beaucoup plus efficace que la violence. Il ne faut simplement pas laisser oublier que le mousquet qu’on ne montre plus est toujours là quelque part

Le Pouvoir qui est cru peut créer l’argent qu’il veut et le donner à qui il veut; c’est une création totale, discrétionnaire. L’argent, devenu le symbole ultime du pouvoir, passe sous le contrôle absolu du Pouvoir lui-même. On est riche ou pauvre, désormais, par simple décision du Pouvoir, décision prise et exécutée selon des règles que le Pouvoir détermine. On laisse alors les balbutiements et l’on peut créer un véritable capitalisme.

La règle première et suffisante, celle qui crée le capitalisme et assure au Pouvoir le contrôle imparable des conditions d’échange, c’est que l’argent peut être créé à volonté et que quiconque a de l’argent en reçevra plus. C’est ce qu’on appelle toucher un intérêt. Le montant de cette prime à la richesse est fixé de façon à maintenir la stabilité du pouvoir en enrichissant les plus riches, en préservant l’aisance de ceux qui ont quelques biens et donc quelque pouvoir – au moins de nuire – et en exploitant les autres.

On appelle « Banque » l’entité qui gère cette opération récurrente de créer de la monnaie, puis de donner de l’argent à chacun au prorata de celui qu’il a et de ce qu’il est, ce qui vaut confirmation efficace de sa place dans la hiérarchie du pouvoir. Il n’y a aucune logique au paiement d’un intérêt par l’État, puisque c’est lui qui crée ou fait créer l’argent, si ce n’est le maintien du pouvoir en place. Les rationalisations qu’on en donne s’appuient sur des pétitions de principe et des sophismes.

Seul un lavage de cerveau incessant empêche la population de se rendre compte que là est la source de toute iniquité. Seule une population totalement endoctrinée peut croire aux balivernes qu’on lui raconte pour justifier ce transfert éhonté de richesse des pauvres vers les riches. Mais acquiescer à cette répartition est la condition essentielle pour en toucher sa part sans discussion.

Ce chantage et cette corruption systèmique sont les bases des régimes qu’on dit démocratiques, et qui le sont vraiment, dans la mesure où une société complexe ne peut fonctionner sans le consensus d’une majorité effective. Si le système fonctionne, c’est qu’une majorité effective est corrompue… et qu’elle chante.

La Banque est toujours un rouage essentiel de la gouvernance. Son importance, toutefois, est telle qu’elle est soustraite aux aléas de la démocratie, soit en rendant inamovibles ceux qui en ont charge, soit en déléguant toute l’opération à des entreprises dont les dirigeants sont cooptés par ceux qui détiennent le pouvoir. Le mécanisme précis de création d’argent passe par le privilège accordé à la Banque de prêter ce qu’elle n’a pas. Ce privilège lui est garanti par l’État, lequel “émet des obligations”, qui sont autant de promesses de donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup, tout en contrôlant l’inflation qui devrait en résulter en réduisant la consommation de ceux qui manquent parfois du nécessaire.

Le paiement gracieux d’un intérêt par l’État à la Banque détermine le taux d’intérêt à tous les paliers de la structure et équivaut au détournement continuel, au rythme souhaité, de la plus-value du travail de la société vers les membres de l’alliance dominante.

L’exploitation des faibles par les forts existe depuis toujours, mais le procédé du « tout-a la-banque » ne fonctionne vraiment que depuis que l’industrialisation a permis de dégager des surplus significatifs au-delà du niveau de subsistance. On pouvait auparavant engranger les récoltes et thésauriser l’or, mais la monétarisation et le tout-à-la banque permettent le vrai capitalisme.

Aussi longtemps que la richesse a un support matériel, pourtant, la richesse est en péril. On peut cacher des billets de banques et autres symloles, mais ces biens demeurent appropriables par la violence, vulnérables à des “accidents”, guerres, catastrophes, etc. La solution finale, pour le capitalisme, a donc été l’identification récente de la richesse à un symbole totalement intangible et donc PARFAITEMENT contrôlable: l’argent électronique. L’argent électronique est invulnérable.

Il est invulnérable, parce qu’il ne repose sur rien d’autre qu’un consensus. Une note électronique à coté de votre nom, sur un ordinateur, peut faire de vous le maître du monde. C’est une décision libre, réversible, sans contrainte et arbitraire du Pouvoir, le « Pouvoir », dans cette acception, étant l’équipe qui assure le fonctionnement et la permanence du système : l’élément décisionnel de l’alliance dominante.

Le Pouvoir peut effacer cette note électronique à coté de votre nom sur un ordinateur et rien de tangible ne se passe; il peut la ré-écrire, l’effacer à nouveau… la magie n’est pas là. Mais que le Pouvoir fasse connaître OFFICIELLEMENT que la note est là et vous êtes riche. Il dit qu’elle n’est plus là et vous n’êtes plus rien. La Banque est souveraine. C’est la situation de César qui ferait apparaître des légions armées en nombre infini, d’un simple effort de volonté. Aucune gouvernance n’a jamais été aussi proche d’un pouvoir divin. Tout se passe à la Banque.

Mais plus pour bien longtemp… Si la crise actuelle – l’argent ne vaut plus rien – ne conduit pas rapidement à l’émission d’une autre monnaie crédible, c’est la force brute qui reprendra le gouvernail des mains de la richesse. Et on pourrait bien le regretter

Pierre JC Allard

10 commentaires »

  1. Bonjour Pierre JC Allard,
    Tout d’abord mes felicitations pour votre ouvrage dont j’ai vu la couverture sur ce site.

    Pas toujours evident de vulgariser ces principes monetaires et bancaires tout en restant clair et suffisament exact. Je pense qu’on peut parler des pouvoirs, des etats, des richesses sans rendre le résumé/propos trop difficile. La mondialisation implique particulierement de comprendre ces interactions entre etats souverains, entre les pouvoirs, entre les richesses …

    Si on simplifie trop les choses on arrive a creer des analogies bancales avec la réalité.

    Le philosophe et épistémologue français, Michel Serres, me semble bon et assez clair dans cette exercice là de vulgarisation et d’explication.

    Dans son propos au sujet de l’environement il parle d’une necessité d’une organisation mondiale a la place d’une organisation internationale.

    Commentaire par Paul Napoli — 11-01-10 @ 1:54

  2. @ P.N

    Pour aller au bout de la logique du mondial vs l’international, il faut penser une unité politique… dont nous sommes bien loin. Si je vois avant de mourir un Président de l’Europe élu au suffrage universel je croirai que nous avons fait un pas de géant et que nous sommes sur la bonne voie… Mais je n’y compte pas vraiment.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 12-01-10 @ 6:27

  3. En tant que francaise vivant en Suisse alémanique je ne pourrais que préconiser un « Conseil de Sages » et non un président. Le système suisse du gouvernement fédéral n´est bien sur pas idéal mais au moins le pouvoir exécutif ne repose pas dans les mains d´un seul homme.Les sages dont je parle sont des etres d´un niveau de conscience au dessus de la moyenne qui ont fait leurs preuves et dont l´intégrité est à toute épreuve.
    Un tel conseil existait dans les tribus indiennes des Amériques.

    Mais pour cela il faut mériter ce Conseil de Sages, c´est-à-dire qu´une partie de la population du monde doit avoir atteint ce niveau de conscience qui fera basculer l´ancien
    système corrompu actuellement en place.

    Nous nous devons d´atteindre ce niveau de conscience UNIVERSELLE. C´est notre unique salut.

    Alors est-ce une approche politique ou spirituelle?

    Commentaire par Paixducoeur — 15-01-10 @ 8:39

  4. @ Paix du coeur

    Je suis un admirateur de Krishnamurti. Mais ici,nous ne discutons que de politique…

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 16-01-10 @ 4:24

  5. La démocratie ne sera jamais parfaite, c’est l’éssence même de la démocratie, tout est à discuter, à evoluer, à changer Etc…

    Commentaire par Kittoidonc — 23-03-10 @ 8:44

  6. @ Kittoidonc:

    Oui. Mais aujourd’hui le probleme le plus grave est bien celui du contrôle du politique par le financier.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 23-03-10 @ 5:15

  7. Les choses sont toujours plus compliqués, nous le savons.

    http://a53.video2.blip.tv/7530006646160/Exopolitik-NPCPressConferenceUFOsAndNukesSept272010636.mp4?bri=18.7&brs=333

    Surtout quand une partie de ces événements sont fait par l’armée, pour ce projet, mais pas tout.

    Mais l’important c’est de ce concentrer sur l’important

    http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/du-bon-usage-du-remaniement-82042#forum2703356

    Commentaire par K. — 29-09-10 @ 10:03

  8. @ K:

    J’ai écrit un livre qui s’appelle « La crise de l’abondance ». Donc je ne suis pas tellement surpris…
    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 29-09-10 @ 2:25

  9. vivement que ca finisse

    Commentaire par K. — 29-09-10 @ 2:43

  10. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/et-la-mascarade-continue-encore-81365#forum2705787

    Vous êtes prêt ? Une petite bombe nucléaire sur londre par des « extraterrestres » ?

    Commentaire par K. — 01-10-10 @ 12:24


RSS feed for comments on this post.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.