Nouvelle Societe

29-12-09

La gauche et la minarchie

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:02

Dès que s’est amorcé le débat entre Libertariens et Gauchistes, j’ai insisté pour qu’on y introduise une structure bidimensionelle. Il y a une dimension partage et une dimension organisation. Il n’est pas innocent qu’on veuille les confondre. Cette confusion maintient le pouvoir de ceux, bien peu nombreux – la liste en tiendrait sur une plaque à la Conciergerie – qui font de ce monde un enfer. Celui qui tiennent la Banque accusent de vouloir plus de pouvoir pour l’État ceux qui, en fait, veulent plus de pouvoir pour la collectivité… et accusent de refuser toute solidarité ceux qui veulent simplement que la solidarité soit un libre choix. Un choix qui, pourtant, est nécessairement celui de quiconque vit en société !

Tout le monde veut une société de justice, tant rétributive que distributive, qui donne donc à chacun selon ses efforts, mais aussi selon ses besoins. Bien peu de gens soutiennent un totale anarchie permanente ; il faut donc bien une structure d’ordre qu’on peut appeler l’État. Si cet État, toutefois, n’est plus l’expression démocratique de la collectivité, mais devient, par le contrôle de l’opinion et la corruption, le bras armé des Banquiers, il est l’ennemi. L’ennemi de tous sauf, bien sûr, des banquiers et de leurs suppôts qui profitent de cette gouvernance oligarchique.

C’est en manipulant le sens des mots, que les Banquiers sèment la zizanie entre ceux qui voient prioritairement les faces « liberté » et « initiative » d’une société progressiste et ceux qui en mettent en avant les aspects « solidarité » et « protection ». Une Nouvelle Société doit offrir TOUS ces avantages : il sont complémentaires. Je pense parfois que nous avons plus besoin d’un lexique que d‘un manifeste. Aujourd’hui je ne veux parler que de l’usage du mot « Capitalisme ». Le mot qui crée des dissensions

Il y a une grande ironie à entendre les thuriféraires du système économique actuel faire simultanément l’apologie du capitalisme et de la libre entreprise, car si le néo-libéralisme a réussi à en faire les deux piliers complémentaires de notre structure économique, la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles entre lesquels celle-ci oscille. Dire que les deux sont nécessaires est une évidence et décrit la tension dynamique qui prévaut dans la société aussi bien que la dichotomie gauche-droite qu’on utilise plus souvent. Avec le même défaut, pourtant, de transformer parfois en alliés circonstanciels des concepts qui s’opposent, créant des dissonances cognitives comme la « dictature du prolétariat », des « autocrates de gauche » … ou la discipline musclée de certains mouvements de droite pour la défense de la liberté !

Une société peut être à la fois capitaliste et entrepreneuriale – la plupart des régimes actuels en sont des exemples – mais il faut comprendre qu’elle se déplace alors sur un axe et qu’un pas dans une direction éloigne toujours de l’autre. Avec l’avènement d’une structure d’économie tertiaire, nécessirement plus entrepreneuriale, on va voir apparaître dans toutes son évidence la contradiction et l’antagonisme entre l’entrepreneuriat et le capitalisme… au détriment de ce dernier. Ce n’est pas une quelconque révolte de la classe ouvrière qui va faire reculer le capitalisme et le remettre à sa juste place, mais l’entrepreneuriat.

Hérésie contre le dogme marxiste ? Pour ramener la réalité dans le giron orthodoxe, il suffit d’accepter d’abord que l’entrepreneuriat est bien une forme de travail, puis de constater, que tout travail n’est plus qu’une prise de décision et donc une forme d’entrepreneuriat. L’entrepreneur n’est plus le « laquais du capitalisme » du florilège communiste, mais l’allié naturel des autres travailleurs. Il EST le travailleur. Le rapport de forces entre capitalistes et travailleurs-entrepreneurs s’est transformé. Pourquoi ? Parce que, dans un monde plus complexe, on a besoin de compétences dont chacune devient indispensable.

À l’origine, le capitalisme a manipulé l’entrepreneuriat. Le propriétaire terrien, avec ses sbires bien armés, allait se cueillir dans une razzia un « entrepreneur » qui lui ferait fonctionner une exploitation agricole. S’appuyant sur les mêmes arguments, il passait périodiquement quérir la plus grande partie des produits, ne laissant à l’ «entrepreneur » qu’un profit dérisoire. L’entrepreneur était l’un des exploités et, s’il l’était moins que les autres esclaves, c’est qu’on avait jugé que la liberté, en le motivant, en faisait un outil plus productif et qu’il était plus rentable de le rémunérer avec une part des résultats. Maintenant, complémentarité oblige et la structure de production se morcelle. L’initiative et la motivation jouent un tel rôle, que tous les travailleurs deviennent peu à peu des entrepreneurs. Les effectifs de l’entrepreneuriat augmentent… et aussi son importance relative.

Le rapport de force de l’entrepreneuriat au capital dépend de la vélocité du changement, car il incarne le rapport du passé au présent. Lorsque les facteurs de production sont assemblés, le capital – incluant la matière première qui, au départ, est le « capital » par excellence – représente le passé. C’est l’apport au projet de ce qui existe déjà – la richesse – par opposition au travail, qui est ce qu’il faut y ajouter. Le capital au départ est d’autant plus important qu’il est rare, alors que le travail est surabondant et ne vaut pas grand-chose. Mais avec l’abondance et le progrès, c’est une autre histoire…

Non seulement la richesse augmente objectivement, mais subjectivement les besoins tendent à être sur-satisfaits, ce qui diminue l’importance relative de la richesse. Pire, le progrès a pour effet d’accélérer la désuétude du seul capital qui soit vraiment actif, le capital dit « fixe », sous sa forme d ‘outil de production de biens et donc de richesse réelle. L’apport du passé s’effiloche donc de plus en plus vite ; c’est ce que l’on fait dans l’instant présent qui est important: le travail. Le travail, qui devient la ressource rare, chaque travailleur-entrepreneur devenant plus important avec la complexité qui augmente. Le rapport des forces entre entrepreneurs et capitalistes est donc transformé.

Attention ! Le capital ne disparaît pas ! Ce que l’on fait dans l’instant présent devient immédiatement, dès l’instant suivant, une partie du « passé »… Le passé se nourrit du présent et ce que l’on produit devient capital. On peut dire, à juste titre, que le pouvoir est toujours entre les mains de celui qui dans l’instant présent POSSÈDE ce capital, mais ce capital est évanescent et de plus en plus éphémère. Le pouvoir du capitaliste face à l’entrepreneur diminue, à mesure que décroît l’espérance de vie de son capital. L’intérêt est là pour donner une permanence accrue au capital, en s’assurant qu’il ne s’évanouira, pas trop vite…

Le risque est grand, toutefois, qu’avec l’intérêt on créée discrétionnairement une pseudo richesse, purement monétaire, qui ne pourra convaincre qu’en grossissant les chiffres et ne convaincra donc que les naïfs. Quand la richesse devient ainsi virtuelle, quiconque en a besoin peut s’en créer lui-même, avec la complicité de l’État-banquier, distribuant des images en papier ; il s’est créé 20 000 banques en Russie après l’effondrement de l’URSS…

On maintient ainsi le capitalisme comme symbole d’une autorité, mais en le vidant de tout pouvoir réel. On parvient à le maintenir dans le miroir monétaire, mais le capital réel ne se dissipe pas moins, à mesure que le passé perd de son importance relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat.

C’est le momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui a été. Plus l’on décide d’évoluer rapidement, plus le travail- entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a déjà été accumulé. Plus le rapport de l’importance relative de la compétence au capital change en faveur de l’entrepreneur, plus le pouvoir du capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la hiérarchie sociale.

Quand son pouvoir fassèye, le capitalisme entre dans sa phase moribonde terminale et devient corporatisme. On a le corporatisme quand ceux qui ont le pouvoir politique cessent de se vendre à ceux qui ont l’argent et comprennent que, dans un univers de richesse symbolique virtuelle, celui qui a le pouvoir politique CRÉE l’argent et n’en est plus le serviteur, mais le maitre. L’argent demeure le grand outil de gouvernance, par la corruption, mais dès que la création d’argent est discrétionnaire pour celui qui a le pouvoir politique, c’est ce seul pouvoir qui importe.. et il repose sur la force.

La Chine est déjà corporatiste. La crise financière actuelle – qui est à ruiner tous ceux qui prétendaient avoir le pouvoir par la seule richesse au profit de ceux dont la richesse leur est consentie par l’État – transformera les USA, puis le reste du monde dit démocratique en États corporatistes. Nous y sommes presque. Dans ce contexte, parler de la Gauche contre la Droite, est une comparaison trompeuse… et un piège. L’État demeure nécessaire, mais doit être rendu minimal, car il ne représente PAS la collectivité.

Cette riposte au capitalisme corporatiste ne doit pas, toutefois, réduire la volonté ni la capacité de la collectivité de vivre la solidarité. C’est ça le défi à relever. Une Nouvelle Société, c’est un socle solide, consensuellement défini, de richesse et de services collectifs essentiels, sur lequel se bâtit une société d’individus libres. C’est ainsi que je comprends la Gauche. C’est ainsi, aussi, que je veux comprendre la Minarchie.

Pierre JC Allard

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