Nouvelle Societe

07-12-09

Le confort douillet

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 1:00

95 234.  C’est la cohorte des nouvelles infirmières de cette année, dont la plupart recevront imminemment leur permis de pratique aux Philippines.  On n’en manque pas. On s’inquiète surtout de celles qui s’ajouteront aux 200 000 qui sont déjà sans emploi.   Chez-nous, bien sûr on en manque.  Le système de santé du Québec ne s’est jamais remis de la grande saignée de 30% de effectifs que l’apprenti-sorcier Lucien Bouchard lui a fait subir en 1996 pour équilibrer le budget.  L’année  où l’on est devenu un pays en voie de sous-développement…

Evidemment, ce ne sont pas les milliers d’infirmières qui ont été poussées vers la porte en 1996 qui nous manquent aujourd’hui ; elle seraient à leur retraite. Il nous manque celles que l’on n’a pas formées, parce qu’on a affamé le système pour qu’il accoutume de vivoter dans l’indigence, qu’il prenne l’allure chétive  d’un réseau du tiers-monde et qu’on s’en trouve satisfait.

Ce qui a été fait… Ce qui faisait scandale est devenu normal. On pavoise quand les taux d’occupation descendent sous 100% dans les urgences, qu’il faut moins de 20 semaines pour voir un spécialiste et moins de 4 heures pour voir un apprenti urgentologue entre deux réanimations, dans un hopital où ne peut être prioritaire que ce qui est terminal.   Nous avons appris a vivre de peu, au risque de mourir de pas grand chose.

Quelques centaines d’infirmières philippines nous feraient beaucoup de bien… Pourquoi ne les avons-nous pas ?  On peut parler des programmes, de formation linguistique, de différences culturelles…  Je publie parfois des articles de fond de 50 ou 100 pages où j’explique le pourquoi des choses.   Mais, il est bon, de temps en temps, de dire les choses simplement :  nous n’avons pas ces quelques centaines d’infirmières qui seraient une bouffée d’oxygène, parce que nous sommes gouvernés par des politiciens corrompus et sans aucun intérêt pour le bien public, assistés de fonctionnaires sans  motivation, sans imagination, vautrés dans le loisir parkinsonien comme des hippopotames dans la boue tiède d’une rivière d’Ouganda.

Aimé Laliberte, qui intervient souvent sur ce blogue et est fort bien renseigné nous parlait, il y a quelques jours d’une nouvelle politique  pancanadienne qui permettra de faciliter le permis d’exercer aux ressources professionnelles  que nous importons parce que nous n’avons pas l’intelligence de former les nôtres.   Parmi ces ressources, des infirmières, bien sûr.  Je n’irai même pas lire cette politique.

Je ne la lirai pas, parce que, pour brillamment qu’elle soit énoncée, elle ne pourra terminer qu’en connerie, car elle est tarée du péché originel : l’absence de volonté d’action et de changement.

Le projet dont notre technocratie a accouché lundi dernier a été conçu en janvier dernier. Il se voulait une réponse à un problème de reconnaissance des acquis  professionnels qui pourrit depuis des décennies.   Il devait être prêt en septembre. Il arrive avec trois mois de retard, mais quelle importance…

Aucune importance et je SAIS, parce que j’ai trainé si longtemps dans cette mouvance de fonctionnaires, de conseillers, de consultants et de politiciens, que PERSONNE, à aucun moment, n’a cru qu’il était important de respecter cette échéance, n’a programmé un calendrier qui aurait laissé penser qu’on pût la respecter… ou n’a éprouvé la moindre surprise ou regret qu’elle ne le soit pas.  TOUT LE MONDE S’EN FOUT.

Comme de tout le reste d’ailleurs.  Chaque politicien pense à la prochaine élection, aux avantages qu’il peut retirer de sa fonction et à son plan de retraite.  Chaque fonctionnaire pense à son plan de carrière, à ses prochaines vacances… et à son plan de retraite. En attendant, on tue le temps dans des réunions où il ne se règle rien, en attendant des décision prises « en haut », venant en cascades de paliers encore plus hauts, par des gens qui ne sont vraiment décisionnels qu’au niveau où leurs agendas sont complètement déconnectés des problémes dont on voudrait qu’ils décident.

Personne ne nous gouverne et l’on ne nous administre que le moins possible. L’alpha et l’omega de notre gouvernance est d’éteindre les feux, de garder les gens tranquilles et de garder ouverts les chenaux qui permettent le flux vers une petite coterie de financiers d’une richesse monétaire qui n’a plus qu’un lointain rapport avec la production réelle.  Pas d’idéal, pas de projet de société. Personne à l’horizon qui aurait les méninges et les couilles de faire un révolution… et donc pas d’espoir.

Que faudrait-il faire pour nous avoir, disons 500 infirmières philippines ?

1.  Choisissez le test DISPONIBLE le plus représentatif de la compétence que l’on veut d’une infirmière au Québec. (3 jours)

2.a  Agencez 10 équipes, composées chacune d’une infirmière  praticienne d’expérience, d’une infirmière bachelière qui connaît bien les méandres de la profession et d’une formatrice/docimologue (2 semaines)

2.b  Envoyez sur place à Manille  3 personnes compétentes – je pourrais vous les trouver – qui respectivement : a) prépareront une campagne de presse et de pub pour inviter  les infirmières a se présenter a un concours pour emploi permanent au Québec b) aplaniront les formalités avec l’administration, et c) organiseront la logistique des entrevues  ( 2 semaines, en parallèle à 2.a)

3.a  Mettez vos 10 equipes au travail en préselection, sur la base d’une lettre de présentation des candidates : 50 dossiers par jours par équipe = 2500 en 5 jours  et en retenir 1 000 (1 semaine)

3.b  Les « 3 personnes compétentes »  continuent d’aplanir les difficulté pertinentes aux enquêtes de securité et formalités générales d’émigration ( 1 semaine, en parallèle à 3.a)

4.a Entrevues individuelles 30 minutes x 1 000 candidates  (2 semaines)

4.b On aplanit les difficulté pertinentes aux enquêtes de securité et forrmalités d’émigration pour les 500 candidates retenues ( 2 semaines, en parallèle à 4.a)

5.a  Formalités et transport vers le Québec (1 mois) ( Avec l’aide des « 3 personnes compétentes »).

5.b  Les 30 ressources (infirmières praticiennes d’expérience, infirmières bachelières et formatrices/docimologues) se répartissent les tâches et produisent un programme permettant  en  3 mois de formation intensive – à 4 heures par jour  de cours  + 4 heures de travail pratique – le meilleur arrimages des compétences des candidates à celles requises pour leur travail au Québec ( 1 mois au Québec, en parallèle à 5.a)

6a   Les  30 ressources ( infirmieres  praticiennes d’expérience, infirmières bachelières et formatrices/docimologues) se répartissent les tâches et voient à a la formation des candidates (3 mois)

6b Les « 3 personnes compétentes » voient au placement et à la logistique d’intégration des  infirmières philippines au Québec.

Tout ça se fait en moins de 6 mois, avec une confortable marge de manœuvre.  Changer Québec par « Madrid » et Philippines par « Andalousie » et c’est ce que faisait le PPO espagnol dans les années 60…

Cela, en supposant que c’est une entreprise privée qui le fait et qu’on lui obtient  les documents necessaires des gouvernements du Canada et du Québec…

On peut essayer de le faire dans la structure du fonctionnariat. Ajoutez seulement au départ deux ou trois ans d’arguties et d’inepties diverses avant de commencer le travail, puis multipliez tous les temps d’exécution par trois (3).

Pierre JC Allard

Publicités

2 commentaires »

  1. « Nous avons appris a vivre de peu, au risque de mourir de pas grand chose. »

    bien trouvé ^^

    Commentaire par Tonyoh — 07-12-09 @ 2:11

  2. @ Tonyoh

    😉

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 07-12-09 @ 4:36


RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.