Nouvelle Societe

23-08-09

La loi et le marché

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

L’alliance dominante – le regroupement de ceux qui, ensemble, ont la force d’imposer leur volonté à la société – va expliciter le contrat social. Elle va donc définir une éthique, une moralité, des normes de conduite, des lois, des règlements … C’est la dimension normative de l’activité humaine.

Quand ces règles sont ainsi faites que la sécurité permanente qu’elles apportent vaut toujours, pour une majorité effective de ceux qui ont la force, plus que les sacrifices ponctuels que l’application de ces règles peut exiger d’eux, on peut raisonnablement s’attendre à ce que la force de ceux qui se commettront à assurer le respect de ces règles soit toujours supérieure à celle de quiconque s’y opposerait. Les lois sont alors stables et un État de droit peut se créer.

Chacun, bien sûr, n’en cessera pas pour autant de chercher à infléchir les règles en sa faveur. Parmi les normes que l’on établit, on trouvera en bonne place – peut-on s’en étonner ? – les lois qui établissent des conditions d’échange systématiquement favorables aux membres de l’alliance dominante. Quand des normes existent qui la font respecter, l’inégalité peut se prétendre légitime
.
Pour retirer plus de la société et y contribuer moins, ce qui est l’enjeu que l’égoîsme impose aux sociétaires, ceux qui ont le pouvoir mettent donc vite en place un cadre légal, des règles qui biaiseront toute transaction en leur propre faveur. Cette mise en place d’un cadre normatif (moral, constitutionnel, juridique, réglementaire) à la convenance de ses membres est l’expression la plus significative du pouvoir qu’exerce l’alliance dominante.

Quand les lois ont été édictées qui assurent la suprématie de l’alliance dominante et régissent les rapports entre les membres de celle-ci en tenant compte de leur force respective, chacun peut tirer légalement la couverture à soi et optimiser l’inégalité en fonction de sa propre force, sans remettre en question l’ordre établi, c’est-à-dire sans compromettre la stabilité de la société ni de l’alliance dominante: la rapine est institutionnalisée.

Dans une société naturelle, il ne faut donc pas penser un instant que les lois sont établies pour faire prévaloir l’équité. Loin de garantir la justice, elles visent à garantir la pérennité de l’équilibre des forces tel qu’il existait au moment où les lois ont été édictées. Corollairement, tout ce qui pourrait modifier substantiellement cet équilibre des forces deviendra illégal, puis, peu à peu, immoral… C’est ce qu’on appelle maintenir l’ordre social.

Le jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine; l’établissement du cadre légal et de ses lois en est la dimension normative; produire en mettant à profit la complémentarité des sociétaires et répartir entre ceux-ci la masse de ce qui est produit en est la dimension économique. Dans une société naturelle, cette répartition est faite en fonction de la force dont chacun dispose et elle tend à être aussi inégale que faire se peut sans compromettre la survie de ceux qui n’ont d’autre pouvoir que leur utilité.

Dans une société primitive, les forts prennent sans discuter, mais quand ce sont des alliances qui détiennent le pouvoir, et qu’un cadre légal a été mis en place, on ne peut plus piller à sa guise: il faut y mettre des formes. On ne prend plus, on marchande. « Utilité » et « rareté » prennent alors une importance accrue et on dit que la « loi du marché » s’impose.

Utilité et rareté sont mises en évidence pour maintenir une apparence d’équité, puisque les inégalités apparaissent alors justifiées ou au pire aléatoires, plus tolérables puisqu’elles sont circonstancielles, « externalisées » donc, et non la conséquence irrémédiables et permanente d’une qualité inhérente à l’un ou à l’autre. L’équité est là, au palier des chances sinon des résultats

Ce qui est vrai… avec certaines réserves. Il est vrai que les biens et services prennent sur le « marché » une valeur variable – et que chaque sociétaire retire un pouvoir précaire de cette valeur circonstancielle du service qu’il offre – mais il est faux de prétendre que l’inégalité s’arrête là et que seules les lois du marché déterminent les « conditions d’échange ».

Il faut voir avec lucidité que l’avantage concurrentiel que confèrent les « lois du marché » à quiconque offre un bien ou un service sur le marché n’est qu’une des composantes du rapport de force qui prévaut au moment de chaque transaction et qui fera que l’une des parties gagnera à l’échange… et l’autre pas. Le pouvoir circonstanciel de la rareté ou de l’utilité ne fait que s’ajouter au pouvoir, significativement plus stable, que chacun tire de son appartenance au réseau des alliances qui quadrille la société.

Chaque sociétaire qui se présente sur le marché cherche à biaiser en sa faveur les « conditions d’échange » (Terms of Trade) en utilisant tout le pouvoir dont il dispose, y compris, au premier chef, celui qui découle de son appartenance à des alliances qui ont la force pour eux . Avec ou sans cadre légal, on va tricher. L’État de droit efficace est celui qui minimise la tricherie, sans oublier qu’elle ne demande qu’à se manifester. On va tricher, mais malgré ces anicroches, la notion de justice sera là pour rester.

Pierre JC Allard

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9 commentaires »

  1. Comme j’aimerai rédigé aussi bien que ce texte. Je suis assez d’accord avec l’idée sousjacente à cet article. L’alliance dominante est issu du pays et si elle exploite sa force, elle est conditionné par la mentalité du pays qui l’a vu naitre. Elle trompe sa population (pas toujours volontairement) mais elle peut se tromper aussi indirectement à ses propres boniments. La désinformation est à double tranchant.

    > les lois qui établissent des conditions d’échange systématiquement favorables aux membres de l’alliance
    dominante.

    Vous parlez au sein d’un pays avec en tête j’imagine l’élite US. Au niveau géopolitique, j’ai l’impression que certaines regles mises en place (droits d’auteurs renforcés) par les pays développés pour se proteger de la concurrence des pays emmergents peut se retourner contre elle. il faudra regarder le bilan sur une longue période.

    > Quand des normes existent qui la font respecter, l’inégalité peut se prétendre légitime

    oui l’inégalité devient alors légal et légitime mais aucun texte ne peut la rendre équitable et juste.

    Commentaire par Paul Napoli — 24-08-09 @ 7:25

  2. La société que vous décrivez est vorace et dominatrice: elle consume les peuples qu’elle envahit, elle extermine ou anéantit les races qui gênent sa marche conquérante… C’est une civilisation toute politique, aux tendances cannibales ; elle opprime les faibles et s’enrichit à leurs dépens. Elle concentre ses forces vers l’unique but de s’enrichir, comme le ferait un millionaire qui s’acquiert une fortune au prix de son âme…. C’est une véritable machine à broyer qui sème partout jalousies et dissensions. Elle est malheureusement assez proche de la société actuelle mais pensez-vous que cela pourra durer toujours? Certes elle a scientifiques mais ceux-ci sont largement contre balancés (réchauffement climatique, cancers, dépressions, guerres, destruction…)
    Quelle relation avec l’intitulé de votre blog « nouvelle société »?

    Bien à vous,

    Eric Lacasse

    Commentaire par Lacasse — 25-08-09 @ 3:34

  3. Lire dans mon commentaire précédent:
    Certes elle a permis des progrès scientifiques

    Sorry,

    Eric Lacasse

    Commentaire par Lacasse — 25-08-09 @ 3:37

  4. @EL: Cet article traite des conditions qui prévalent lors de la création des sociétés; ce n’est évidemment pas le programme pour une Nouvelle Société !

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/901-programme-pour-une-nouvelles-societe/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 25-08-09 @ 6:32

  5. […] Les lois d’une société ne visent pas à la justice ; elle reflètent l’équilibre des forces …; le concept de justice n’est là que pour rationaliser le consensus.  Les lois sont faites pour PROTEGER les inégalités. […]

    Ping par D’abord, passez le fric ! | Pierre JC Allard — 12-08-12 @ 12:09

  6. […] Les lois d’une société ne visent pas à la justice ; elle reflètent l’équilibre des forces …; le concept de justice n’est là que pour rationaliser le consensus.  Les lois sont faites pour PROTEGER les inégalités. […]

    Ping par Trève de balivernes; parlons fric | Les 7 du Québec — 23-09-12 @ 8:52

  7. […] sa cupidité que la société lui impose, mais il fait tout pour biaiser les règles en sa faveur. C’est la nature humaine et nous le savons.  Nous savons qui la tendance normale des lois d’une société ne sont donc pas de viser à la […]

    Ping par Les Voix du PANDA » Blog Archive » Un temps pour St-Martin — 24-09-12 @ 1:40

  8. […] sa cupidité que la société lui impose, mais il fait tout pour biaiser les règles en sa faveur. C’est la nature humaine et nous le savons.  Nous savons qui la tendance normale des lois d’une société ne sont donc pas de viser à la […]

    Ping par Un temps pour St-Martin | CentPapiers — 24-09-12 @ 7:46

  9. […] Les lois d’une société ne visent pas à la justice ; elle reflètent l’équilibre des forces …; le concept de justice n’est là que pour rationaliser le consensus.  Les lois sont faites pour PROTEGER les inégalités. […]

    Ping par LE JEU ÉLECTORAL | Pierre JC Allard — 24-06-14 @ 8:21


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