Nouvelle Societe

21-08-09

Pouvoir et majorité effective

On se met en société pour travailler et produire. Un peu paradoxal, car chacun ne cherche rien tant qu’à satisfaire ses besoins avec un minimum de travail. On se met en société pour avoir plus, mais travailler moins. Il faut donc qu’une société soit efficace : c’est sa raison d’être.

L’efficacité exige, d’abord, que chacun accomplisse la tâche complémentaire pour laquelle il est qualifié. Il va de soi que si la division du travail ne mène pas à ce résultat, elle ne joue pas son rôle. L’efficacité, cependant, ne s’arrête pas là. Le bon usage de la complémentarité est l’essentiel, car c’est de la ressource travail que naît finalement toute richesse, mais il y a du travail caché. L’efficacité, c’est donc aussi d’être économe des matières premières qu’on utilise, puisqu’il faut les chercher les trouver, les amener à pied d’oeuvre, et que cela aussi exige du travail.

De même pour les outils et équipements, qui représentent eux aussi un investissement travail en amont. On n’est pas efficace, non plus, si on ne tient pas compte des priorités et si on n’affecte pas le mieux possible le travail, les ressources naturelles et ce capital que sont les outils, mais aussi les réserves sans lesquelles demain le travailleur ne mangera pas et ne travaillera pas. L’efficacité exige que l’on s’organise ou qu’on soit organisé. Il faut organiser la production.

Il y a toujours des volontaires pour prendre charge de l’organisation de la production, pour deux raisons. La première est que quiconque « organise » le travail de la société, peut le faire en privilégiant ses propres intérêts. La deuxième, c’est que, lorsqu’on répartit les tâches selon les compétences, il y a une préférence pour les tâches qui ne consistent pas tant à travailler qu’à faire travailler. Faire travailler se confond vite avec organiser et c’est cette compétence que s’arroge le plus fort.

Le plus fort assume le leadership, exige l’obéissance, organise la production en fonction de ses intérêt et assure assez d’ordre et de sécurité, pour que ses intérêts ne soient pas mis en péril. Parfois, dans sa mansuétude, il en fera plus, mais rien n’est moins sûr.

Dans toute société, il y a donc des inégalités et l’injustice est la règle. Au départ, elle est totale. Quand la société grandit, toutefois, le moment vient ou nul ne possède plus seul la force d’agir à sa discrétion.. La primauté de la force ne disparaît pas quand une société grandit et devient plus complexe, mais la manière d’utiliser la force doit changer car même le plus fort se sent faible s’il doit affronter plusieurs adversaires. Dans une société mature, la véritable force cesse d’être celle qu’on peut exercer soi-même pour devenir la somme des forces qu’on peut rallier et contrôler. Ce sont les ALLIANCES qui deviennent la clef du pouvoir.

Ces alliances se font et se défont à tous les paliers d’une société. Elles se recoupent et se chevauchent, imbriquées comme des poupées-gigognes: moi et mon frère contre mon cousin; moi et mon cousin contre le voisin; nous et nos voisins contre l’étranger…. Toutes les combinaisons de « nous » contre « eux » apparaissent, l’objectif demeurant pourtant toujours d’unir des forces diverses en une force commune, laquelle sera supérieure à celle des opposants et permettra aux « alliés » de constituer une « majorité effective » : un groupe dont les membres ont, ensemble, la force d’imposer leur volonté.

Ce jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine. Une dimension toujours présente à tous les paliers, mais dont la manifestation la plus ambitieuse est la construction, au sommet de la pyramide, d’une alliance dominante qui possède la force de diriger la société. Il y a toujours une alliance dominante dans toute société.

Une majorité effective est bien fragile, toutefois, si les alliances varient uniquement au gré des intérêts fluctuanta de chacun. Jouer de sa force au cas par cas ne permet pas l’exercice serein du pouvoir. On peut contrer cette instabilité en élargissant la majorité effective, mais il devient vite plus rassurant pour tout le monde que des règles soient acceptées par tous à la défense desquelles chacun apportera le soutien de la force dont il dispose.

L’injustice fondamentale demeure, mais, pour que se maintiennent les alliances sur lesquelles repose cette majorité effective, un consensus s’établit pour affirmer qu’il serait « juste » que les accords soient espectés et que quiconque y détient une parcelle de pouvoir devra dès lors respecter ses accords, ou du moins donner à penser qu’il les respectera. La majorité effective y ayant intérêt, l’honnêteté gagne soudain à être ostensible et devient donc une vertu.

Un « contrat social » tacite s’établit peu à peu entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés, fixant les condition auxquelles les accords seront respectés. La morale s’installe, intimement liée à la notion de justice commutative. Dans une société, on travaille tous ensemble et l’on produit ensemble. La société s’enrichit. Quiconque contribue son apport devrait pouvoir retirer de la société sa part d’enrichissement, sa juste part des biens et services produits. A la base de toute société, il y a ce concept implicite de réciprocité.

Le pouvoir obtient sa légitimité quand on sait qu’il reconnaît, au moins du bout des lèvres, que la justice est une vertu.

Pierre JC Allard
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8 commentaires »

  1. On se met en société pour avoir plus, mais travailler moins. Il faut donc qu’une société soit efficace : c’est sa raison d’être.

    A force de rechercher l’efficacité. On finit par remplacer le travail humain par des ordinateurs, des machines,… On produit plus certe MAIS beaucoup se retrouvent au chômage,… d’autres acceptent la morosité (de peur de le perdre) ou voire même l’exploitation abusive….

    Les temps libres dans aucun cas ne ne permettent pas de donner libre court à la créativité. Dans le meilleur des cas on utilise ces temps libre pour rompre avec la monotonie (vacances…).

    Le travail n’a-t-il pas une autre valeur en soi que de produire? Ne mène-t-il pas à l’apprentissage, la confiance en ses propres capacités, sa propre réalisation et in fine la connaissance de soi?

    La société dans sa recherche d’efficacité ne devrait pas l’oublier au risque de se perdre….

    Bien à vous,

    Eric Lacasse

    Commentaire par Lacasse — 24-08-09 @ 3:07

  2. @ EL: Affaire de vocabulaire; il suffit de de mettre d’accord sur le sens des mots. Je définis le travail comme un facteur de production, rien de plus; le travail – tel que je l’utilise est Leffort consenti pour obtenir une résultat et est donc le prix a payer pour transformer ce qui est en ce qu’on veut: il est intrinsèquement dés-utile.

    On peut le définir autrement et lui donner un sens positif en voyant la rétroaction sur le travailleur, mais il n’a jamais ce sens positif dans mes textes.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 24-08-09 @ 6:25

  3. « A force de rechercher l’efficacité. On finit par remplacer le travail humain par des ordinateurs, des machines,… On produit plus certe MAIS beaucoup se retrouvent au chômage »

    Les ordinateurs et l’automatisation en general sont surement un progres comparable a l’avenement de l’imprimerie il y a qq siecles. Oui beaucoup de taches manuelles sont remplacees (comme les graveurs de pierres jadis), mais on y gagne en efficacite, en fiabilite, et d’une certaine maniere on se libere du travail en lui accordant une part moins importante de notre temps. Vu sous cet angle le chomage est un probleme de surpopulation.

    Pour moi l’efficacite d’un travail est toujours une bonne chose si elle est mesuree correctement, c’est a dire en tenant compte de son impact global sur la societe. Exemple: les banquiers sont tres efficaces, ils generent des profits enormes; Probleme, ils sont tellement efficaces qu’ils ont desequilibre le systeme financier => Bilan, ils ne sont pas si efficaces qu’on le croyait…

    Commentaire par JB — 25-08-09 @ 4:36

  4. @ JB & EL: Une production n’est efficace que si elle correspond à un besoin. Le problème actuel de chomage vient de ce qu’une société de production performante exige une COMPLEMENTARITÉ entre les compétences pour que la production corresponde à la demande. Cette complementarité n’est possib;e que si on investit d’énormes efforts dans la formation. Or le capitalisme n’y trouve pas son intéret. Ce probleme est le theme principal de la série de textes où je parle de la genese de la crise actuelle (voir le lien ci-dessous)

    https://nouvellesociete.wordpress.com/historique-69/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 25-08-09 @ 5:28

  5. Le travail n’est pas important mais la reconnaissance l’est, cela met les choses à l’envers.

    Il y a eu très peu de personnes, comme Vincent Van Gogh, qui ont été capables de s’échapper du piège dans lequel la société vous met. Il a continué à peindre, affamé, sans maison, sans vêtements, sans médicaments, malade, mais il a continué à peindre. Pas une seule toile n’était vendue, il n’y avait aucune reconnaissance, de nulle part, mais la chose étrange était que dans ces conditions il était néanmoins heureux… heureux parce que ce qu’il a voulu peindre, il a été à même de le peindre.

    Le travail devrait être important… une joie en soi. Nous devrions travailler, non pour être reconnu, mais parce que nous aimons être créateur, parce que nous aimons le travail pour lui-même. Reconnaissance ou pas reconnaissance, le travail a une valeur intrinsèque.

    Maintenant, presque un siècle après, chacune des peintures de Van Gogh vaut des millions.

    À l’heure actuelle, avoir un Van Gogh veut dire que vous avez un sens esthétique, sa peinture vous donne une identité.

    De son vivant, le monde n’a jamais donné aucune reconnaissance à son travail, mais il ne s’en est jamais soucié.

    Et cela devrait être la façon de regarder les choses.

    Vous travaillez si vous aimez cela, ne demandez pas de reconnaissance. Si elle vient, prenez la naturellement; si elle ne vient pas, n’y pensez pas.

    Aujourd’hui, ce qu’on fait n’est pas bon parce que nous l’aimons, parce que nous le faisons parfaitement, mais parce que le monde le reconnaît, le récompense, donne des médailles, des bonus, des prix Nobel…

    La société a retiré la valeur intrinsèque de la créativité et se faisant a détruit des millions des gens parce que vous ne pouvez pas donner à des millions de gens des prix Nobel.

    Elle a créé en chacun le désir d’être reconnu, ainsi personne ne peut travailler paisiblement, silencieusement, en aimant ce qu’il fait.

    Et cela met les choses à l’envers.

    Bien à vous,

    Eric Lacasse

    Commentaire par Lacasse — 26-08-09 @ 2:49

  6. @ EL: Je comprends ce que vous dites et je comprends la gratifiation de la création. Depuis une quinzaine d’années, j’ecris sans faire vraimnent faire d’effort pour diffuser et sans faire aucun effort pour en tirer un revenu.

    Ce que je vous répète, c’est que c’est une affaire de vocabulaire. Je parle de « travail » pour désigner une activité qui n’a pas d’autre valeur que son résultat et qui m’apporte donc pas cette gratification. On peut donner in autre sens aux mots et remplacer ‘travail » par une périphrase: « une activité qui n’a pas d’autre valeur que son résultat et qui m’apporte donc pas de gratification intrinsèque », mais ça ne changera strictement rien aux raisonnements qui sont basées sur cette prémisse d’une société dans laquelle la valeur de cette « activité qui n’a pas d’autre valeur que son résultat et qui m’apporte donc pas de gratification intrinsèque » est spus-évaluée, ce qui crée des problèmes au palier de la demande effective. C’est de cette sous-évaluation que je traite.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 26-08-09 @ 2:35

  7. Mon commentaire ne s’adressait naturellement pas à vous personnellement mais visait à remonter à la source, à la faute de raisonnement qui fait dériver une société.

    En identifiant la faute logique il devrait être possible de la corriger….

    Bien à vous,

    Eric Lacasse

    Commentaire par Lacasse — 27-08-09 @ 2:09

  8. @ EL: Bien d’accord.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 28-08-09 @ 4:42


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