Nouvelle Societe

18-07-09

289 Le Japon: l’agenda inconnu

Quand on regarde l’évolution de la crise financière mondiale et ses conséquences économiques et politiques prévisibles, tout pointe vers un choix entre: a) encore un peu de « capitalisme » hyperspéculatif qui amusera les badauds – mais qui aura de moins en moins de liens avec la réalité de la production, laquelle sera confiée aux travailleurs sous la surveillance attentive des divers États – ou b) des changements plus radicaux qui seront mis en place immédiatement, par lesquels on renoncera à la fiction des États nationaux comme des « pouvoirs financiers » et l’on implantera un « nouvel ordre mondial » : une gouvernance globale plus ou moins ostensible, qui reposera sur la possession tranquille du pouvoir… par ceux qui l’ont déjà.

Ce choix devra être consensuel, entre ceux qui ont voix au chapitre et qui placent aujourd’hui leurs pions, car il est exclus qu’on recoure à la violence entre gens bien élevés. On pourrait bien détruire quelques États voyous, mais il ne s’agirait que d’une diversion. Le monde – enfin, ce qui est présumé en avoir une certaine d’importance – est maintenant UNE société. On discute.

Quatre gros joueurs – USA, Chine, Europe, Russie – ont déjà exprimé leurs exigences pour le changement à venir; les autres qui comptent un peu, comme l’Inde et le Brésil, ont eu leur tour à Yekaterinbourg, comme participants du BRIC. Les autres, les figurants qui ont au moins une réplique à donner, seront au G 20 de Pittsburgh où il faudrait se mettre d’accord. Est-ce qu’il manque un dossier ? Un seul. Le Japon.

Le Japon n’a pas raté le coche ; il a simplement une question préalable à régler. La question de savoir qui gouverne au Japon. Le Parti Liberal Democrate (PLD), au pouvoir pratiquement depuis 50 ans, est en bien mauvaise posture, avec un Premier Ministre Taro Aso qui ne fait pas 20% d’appuis dans les sondages. On ne peut interpréter sa décision de tenir un scrutin le 30 août que comme un digne hara-kiri, pour passer le gouvernail à son rival du Parti Démocrate du Japon (DPJ) avant que le navire ne sombre : la production du Japon est en recul de 29,5% depuis une an…

Le Japon est sans doute la première victime de la crise actuelle. Pourtant on en parle peu. Le Japon ne se plaint pas… Il ne faut pas penser, toutefois, que, parce qu’il est stoïque, le Japon soit résigné. Il regarde ses cartes et prépare ses mises. Il est encore la deuxième économie du monde; après les USA, mais avant la Chine, l’Allemage et tous les autres. On peut chercher à deviner ce que veut le Japon, mais il serait bien téméraire d’en être sûr ; c’est le gouvernement japonais élu le 30 août qui en décidera.

Or, s’il s’agit d’un nouveau gouvernement DPJ, il pourra rompre sans opprobre ni complexe avec les politiques pro-américaines du PLD. Une développement si opportun, qu’on peut, sans être parano, se demander si les « adversaires » politiques à Tokyo n’ont pas mis l’intérêt national au dessus de leurs rivalités, pour orchestrer ce changement de régime. Le Japon, sans paraître laisser tomber son partenaire USA dans le malheur, pourra jouer sans complaisance l’atout de ce trillion de dollars que ceux-ci lui doivent…

Comme la Chine, le Japon peut hésiter à scier la branche dollar sur laquelle son économie est assise; mais il y d’autres considérations. Le Japon n’a pas les problèmes de la Chine. Il a un système de production mature et une consommation domestique énorme; il n’est donc pas la bicyclette qui choit si on freine. Il a une homogénéité que la Chine n’a pas et une composante nationaliste en veilleuse qui ne demande qu’à s’animer. Bien des Japonais ne sont pas si heureux d’un pacifisme ostentatoire – qui lui a tout de même été imposé pas ses vainqueurs – et qui le force à trembler devant quelques bombettes nord-coréennes.

À noter que personne ne mourrait de surprise, si on apprenait que le Japon, soi disant « désarmé », a en fait quelques centaines d’ogives nucléaires discrètement blotties dans une caverne. Même s’il n’en avait pas, d’ailleurs, personne, ne doute qu’il ait la compétence d’en produire en moins de temps qu’il n’en faut pour cultiver un bonsaï. Le rôle effacé du Japon sur l’échiquier politique a été un choix. Cette crise pourrait être l’occasion d’un autre choix. Le monde en serait significativement changé.

Il ne serait pas étonnant que le Japon arrive au G 20 de Pittsburgh avec une agenda bien précis. Cet agenda reste aujourd’hui la grande inconnue de l’équation que le monde en crise a à résoudre.

Pierre JC Allard

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2 commentaires »

  1. Votre article est une reflexion certe interessante de maniere abstraite, mais ne colle pas a la realite du Japon. Le Japon ne « repond » pas car c’est un pays tres profondemment en crise, depuis des annees. La crise gouvernementale est un des aspects d’une sorte de decomposition de la societe, au meme titre que le celibat non choisi de masse, la denatalite, les « otakus » et les psychotiques violents… Le PDJ n’a pas de reelle politique de rechange. C’est un parti centriste constitue d’associatifs, d’ex socialistes et d’ex-PLD. Il gouvernera avec la PCJ, bref, le Japon restera un pays neutre constitutionellement. Ce nationalisme rampant existe, mais dans un pays extremement americanise. Bref, une victoire du PDJ auraient surtout des repercussions a l’interieur en terme de processus democratique, mais ne changerait pas grand chose sur la scene internationale.

    Commentaire par suppaiku — 18-07-09 @ 5:57

  2. @ Suppaiku:

    Merci de votre commentaire qui me confirme poliment ce dont je suis conscient, qui est ma profonde ignorance de la réalité japonaise. Je dirais à mon corps défendant que mon objectif n’était pas d’appréhender cette réalité, mais d’en transmettre une esquisse décodée selon les schèmes occidentaux de ce que j’en perçois, de sorte qu’à défaut de comprendre ce que fait le Japon on puisse un peu prévoir ce qu’il fera.

    Quand j’ai eu l’occasion de quelques brefs séjours au Japon, j’en ai tiré l’impression d’etre plongé dans l’univers de «  Stand on Zanzibar », de Brunner et mon ultime conclusion en a été que la vision du monde qui y prévaut est celle d’un espace-temps totalement vide de sens propre et qui n’a donc la valeur que du sens qu’on y met soi-même. C’est une vision qui ouvre d’immenses perspectives pour la conscience personnelle, mais qui rend possible, sur le plan collectif, une infinité de combinaisons, dont certaines inquiétantes pour les tiers observateurs qui ne voient que les choix les plus simplistes dans la gamme plus restreinte à laquelle ils se limitent. Ce que vous dites est rassurant. C’est une bonne nouvelle.

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 18-07-09 @ 4:46


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