Nouvelle Societe

12-07-09

283 Barack-le-Rouge

Les choses semblent se précipiter et on voit poindre aux USA un autoritarisme qui se propagera sans doute partout après le G 20 de Pittsburgh fin-septembre. Je reproduis donc ici un article que j’avais publié l’an dernier et dont on pourrait voir bientôt qu’il était prémonitoire.

***
On a dit des choses terribles d’Obama, durant la campagne électorale américaine: on a dit qu’il était socialiste. Des gens qui dorment dans leur vieille bagnole parce qu’ils n’ont plus de logement sont venus vociférer à ses meetings. On l’a accusé de vouloir redistribuer la richesse… !

Dans ce pays qui se veut de liberté, on a vu la servitude d’un lumpenproletariat conditionné depuis des générations par une petite élite fasciste à défendre l’idéologie libérale. On a touché du doigt l’abyssale ignorance, au sein de cette nation née sous l’inspiration des Lumières…. Mais les choses vont changer.

Ne pas croire que l’Amérique changera parce qu’Obama l’aura voulu. La béatitude dans l’injustice et l’inégalité sont sur le point de prendre fin aux USA, mais ce ne sera par la volonté de personne, car ceux qui auraient pu le vouloir étaient trop faibles et ceux qui en profitaient ne voulaient rien changer.

C’est l’évolution des technologies qui a fait que le capitalisme industriel atteigne son apogée en apportant l’abondance en Occident, puis soit trahi par cette nouvelle réalité qu’il avait créée. Quand est venue l’abondance, y a maintenant 50 ans, le capitalisme a été confronté à la sursatisfaction des besoins matériels et donc au défi d’une société où la vraie demande devenait pour les services : l’éducation, la santé, les loisirs…

Dans une société tertiaire, le capital traditionnel perd de son importance au profit de la compétence, laquelle est un capital de connaissances qu’on ne peut s’approprier de celui qui l’a acquis, ce qui change la relation entre capitaliste et travailleur

Le capitalisme à longtemps maintenu la primauté de l’industrie sur les services, en créant une société de consommation factice basée sur la possession de l’éphémère et de l’insignifiant. On a détourné la société de ses vrais besoins en lui offrant plus de joujoux: caméras, vidéos, télévisions, téléphones cellulaires, ordinateurs portables, des voitures surtout..

Mais la satiété est venue et avec elle le dégoût de tout ce qui ne sert à rien, alors même qu’on s’apercevait que la demande réduite pour la production industrielle pouvait être mieux satisfaite par les importations d’Asie.

On savait bien qu’en y mettant des efforts, on pourrait mécaniser encore davantage l’industrie nord-américaine et produire à moindre coût toutes ces babioles, mais on savait aussi que ce serait reculer pour mieux sauter, car la société américaine en était repue et il faudrait la manipuler toujours plus pour lui en redonner le goût qu’elle n’avait plus alors qu’elle se mourrait d’avoir plus de services..

Mécaniser davantage – en compressant la main-d’œuvre – ne permettrait pas, d’ailleurs, de distribuer le pouvoir d’achat pour rendre effective la demande globale. On irait vers un système de plus en plus dépendant de diverses formes d’assistanat… tandis que les relations avec les pays exportateurs se gâteraient et nous conduiraient vers une grave crise internationale, peut-être militaire.

On a donc joué le jeu de satisfaire tout le monde en imprimant une monnaie de singe qui ne représentait aucune valeur, les riches ayant l’élégance de ne pas la dépenser pour consommer, mais seulement pour investir, évitant ainsi l’inflation. Pour un temps…

C’était gambader dans l’hyperespace, sur les bords d’un « trou noir ». On y est tombé. Il y a maintenant un crise financière à rÉgler, avec tout cet argent qui ne vaut rien… On verra à le faire disparaître: voyez la bourse comme un four à billets. On n’aura à dévaluer que ce qui restera quand on aura incinéré tout ce qu’on peut.

Il ne faut pas penser, toutefois, que le crise ne soit que financière. La crise monétaire n’est que le reflet de la réalité. Le grand défi d’Obama, c’est qu’il devra changer les choses là où ça compte dans un pays industrialisé: au palier de la production. Le mandat que lui confient ceux à qui ce pays appartient est de voir à ce que les USA produisent autre chose et le produisent autrement. Tout tient à ça.

Il faut sortir le travailleur du secteur secondaire et le mettre à la production de services. Produire des quantités énormes de services divers, allant de la médecine au tourisme et de la culture aux jeux videos. Il faut former et recycler, pour qu’elle s’orientente vers la production de services, la plus grande partie de la main-d‘œuvre qui travaille encore au secteur secondaire.

Ce qui n’est pas un simple recyclage, mais une transformation de la culture du travail, car les nouveaux emplois exigent de l’initiative, de la créativité, souvent un talent de communicateur, la motivation, surtout, qui va de paire avec l’entrepreneuriat. Plus souvent qu’autrement, les services qu’ils devront rendre le seront mieux si ce sont des travailleurs autonomes qui les offrent.

La relation du capital à la compétence doit donc changer et les entreprises industrielles géantes ne peuvent survivre que si elles se scindent en une multitude de petites entreprises de taille humaine, au sein de chacune desquelles le travailleur aura le comportement et la motivation d’un entrepreneur.

Le cas emblématique qui va faire la preuve de cette évolution sera l’achat et la prise en charge de General Motors et autres fabricants automobiles par leurs employés et la transformation de tout ce secteur en un vaste réseau de sous-traitance s‘inspirant de la structure qui prévaut déjà dans le secteur tertiaire. Pour éviter que toute l’économie ne sombre, l’État devra donner son aval aux engagements que prendront les travailleurs acquérants envers les propriétaires actuels.

Cette transformation des travailleurs salariés en entrepreneurs autonomes ne sera possible, que si la sécurité d’emploi – devenue illusoire quand les technologies changent rapidement – est remplacée par une sécurité du revenu. Il faudra un filet sous le trapèze d’où les travailleurs seront forcés de bondir d’un emploi a un autre

L’État, pour garantir que la demande soit effective, devra aussi garantir la valeur indexée des fonds de pension et des paiements de transferts. Il faut donc aux USA un système de sécurité sociale comme ils n’en ont jamais connu. Obama ne pourra le faire qu’en nationalisant les institutions financières et en contrôlant la monnaie et le crédit.

Les USA, vont devoir faire face au défi de gérer une économie dont tous les paramètres changent, sans que la population ne comprenne vraiment les subtilités des changement, ni leur raison d’être. On voudra un système compatissant, mais sans complaisance. Sans indulgence envers ceux qui voudront en abuser.

C’était le défi de l’URSS, au début des années 20. On peut penser, heureusement, que ce nouveau « socialisme » a appris que la liberté et l’initiative personnelle sont les compléments indispensables à la solidarité que l’interdépendance impose aux économies développées. Ceux qui parlaient de socialisme vont néanmoins devoir apprendre le sens des mots.

PIerre JC Allard

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5 commentaires »

  1. @pierre personnellement je pense un monde sans voiture est totalement inconcevable pour la majorité des concitoyens et des dirigeants – meme ceux de bon coeur – et c’est aussi de ca dont il s’agit.

    Il est aussi difficilement prévisible pour celui qui voudrait le prévoir.

    Que le changement se fasse plus ou moins brusquement, que cela soit plus ou moin controlé

    Est ce que le monde peut revenir en arrière au niveau de la population – et du mode de vie d’ailleurs ?

    Et surtout qui voudra le décider ? Cette acte de raison – la première fois peut etre que l’humain et sa société le ferait de l’histoire.

    La « part » du primaire et secondaire pourrait rebondir – les théories fumeuses sur l’importance du tertiaire imaginé dans la période d’abandonce pourraient très bien se révéler faux – et trompeuses.

    Je crois qu’en ce que je vois, le tertiaire, le service, je ne le vois pas – suis je aveugle ?

    Les besoins humains, je comprends.
    Les désirs humains, je comprends.

    Mais la chaleur humaine – monétisé , le transformant en vice humain … au lieu de consacrer ce surplut de temps a bien d’autre choses y compris a etre HUMAIN nous meme avec nos semblables … c’est vraiment continuer dans la mauvaise direction…

    Il y a une limite a vouloir tout controler – a vouloir étiquetter et monétiser tous les rapports humain, donc finalement TOUTES la vie , de tous les citoyens – tout bon gestionnaire se trompe – car il ne verra jamais toute l’étendus des points de vue ( quand il serait a meme de se placer sa subjectivité dans son jugement partial ).

    Je ne sais pas si on peut appeller cela des etres humains.

    Commentaire par Eric — 12-07-09 @ 12:06

  2. @ Eric : je ne dis pas qu’on produira moins, du moins pas avant longtemps à l’échelle globale, mais c’est le travail humain dans la production du tangible qui va diminuer en fleche et l’importance RELATIVE de l’industrie qui est en chute libre http://nouvellesociete.org/PR03.html

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 12-07-09 @ 3:41

  3. Très bonne analyse. La conversion de tendance se joue probablement ce WE à la réunion IETF de Stockholm. Très précisément sur la dispute d’une ligne de code avant ou après une autre, se joue la liberté des usagers de l’Internet vis à vis du réseau et qui en contrôle les paramètres et des serveurs qu’ils accèdent.

    De manière exacte, si dans un certain nombre de phrases du standard (très contraignant dans un sens anglo-saxon) sur le support des noms de domaine non-ASCII il est utilisé des SHOULD (qui permettent de contourner ce standard pour de bonnes raisons [telles que la protection des cultures, des langues, le respect des souverainetés nationales, la primauté de l’Homme sur la machine], ou des MUST [qui interdisent ce contournement].

    Les partenaires d’un standard plus ouvert, plus innovant, et de simple respect de l’architecture même de l’Internet (Francophones – et des Arabophones de bonne volonté) ont permis que le MUST ne gagne pas dès l’abord (ce qui aurait condamné le français à une orthotypographique anglaise) et les auraient forcé à diviser l’Internet.

    L’intéressant est que la bataille est maintenant entre Google et Microsoft. Si les MUST gagnent, c’est la volonté de maintient du « status-quo » des industriels qui prévaudra pour un temps. Si les SHOULD gagnent c’est la porte ouverte à un esprit d’entrepreneuriat pas les utilisateurs pilotes (lead users) et les gens qui restera possible. Mais très contrôlé par les nouveaux industriels des services. Jusqu’à ce que nous ayons trouvé une nouvelle économie où l’argent ne soit plus le seul fondement (la nouvelle approche peut écrouler l’économie des noms de domaine, qui sert à capitaliser l’équivalent d’un 1/6 de la « valeur » de la terre), et où l’information sur les autres par les autres ne soit pas le nouvel outil d’acquisition du pouvoir ….

    Un petit espoir est que le nouvel outil du pouvoir soit ce sur quoi nous travaillons : la facilitation numérique de l’intelligence. Mais il y a là aussi de la bonne et de la mauvaise intelligence …

    Personne ne veut une société sans voiture, mais nous sommes sans doute tous favorables à une société sans voitures inutilement coûteuses de notre temps et de notre fatigue. Ceci veut dire l’intérêt pour des services de voiturage partout disponibles, plus que pour les contraintes de la possession d’une seule voiture.

    Commentaire par jfcm — 14-07-09 @ 11:33

  4. @ JFCM: Je trouve passionnant ce débat sur l’architecture de l’internet et ses conséquences. Puis-je vous recommander d’en faire un article et de le publier sur Agoravox ? J’irai le « plusser » avec plaisir dans la modération. Quant à la rentabilisation des équipements par leur usage commun, c’est une de mes vieilles marottes.

    https://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/18les-commensaux/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 14-07-09 @ 1:39

  5. Impressionnant. Bien vu.

    Commentaire par jm amouroux — 06-08-11 @ 2:17


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